Promouvoir et défendre le logiciel libre

23 January 2021

pcadete.png Pedro CADETE

La supervision décentralisée avec Monit

Le 23 January 2021 à 20:10:00

Monit est une application de supervision décentralisée. A l'heure ou les Nagios, Centreon et autre Shinken, ont une approche centralisée, Monit est un outil standalone qui s'installe directement sur chacunes de vos machines. Fonctionnant de manière isolé, nous verront comment déployer autant d'instance de Monit que nous avons de serveur grâce à un playbook Ansible.

Monit est un logiciel libre développé en C. Vous trouverez toute la documentation nécessaire à son utilisation sur le site officiel.

Installation

Monit est disponible dans les dépôts de la plupart des distributions Linux, ce qui en simplifie l'installation.

Sous Debian :

printf "%sn" "deb http://ftp.de.debian.org/debian buster-backports main" | sudo tee /etc/apt/sources.list.d/buster-backports.list
sudo apt update

sudo apt install -t buster-backports monit

Sous Ubuntu et Raspbian :

sudo apt install monit

Sous CentOS, Red Hat, Fedora :

sudo dnf install monit

Vérifions l'installation de Monit en lançant la commande ci-dessous :

monit -V

Enfin, activons Monit au démarrage :

sudo systemctl enable monit

Configuration et usage

Lancez la commande ci-dessous pour obtenir un rapport sur l'état du système :

sudo monit status

Si vous obtenez l'erreur ci-dessous, alors il est nécessaire de modifier la configuration de Monit, afin d'activer l'interface web. En effet, celle-ci est nécessaire pour utiliser monit status, car le client monit utilise l'interface http pour communiquer avec le démon Monit.

Monit: the monit HTTP interface is not enabled, please add the 'set httpd' statement and use the 'allow' option to allow monit to connect

Le fichier de configuration de Monit étant /etc/monit/monitrc, vous pouvez directement modifier ce fichier, mais dans le cadre de l'utilisation d'Ansible, nous allons plutôt créer un fichier /etc/monit/conf.d/monit.conf. Ainsi nous ne seront pas impactés par les mises à jours de Monit et nous pourront gérer nos différents fichiers .conf dans un outil de versionning de code tel que Git. Vérifiez au préalable la présence d'une ligne include dans le fichier monitrc qui permettra de charger tous les fichiers présents dans le répertoire /etc/monit/conf.d/.

set httpd port 2812 and
    allow localhost

Puis, relancez Monit pour prendre en compte le changement de configuration.

sudo monit reload
sudo monit status

Configurer des alertes

Pour chaque alerte que l'on souhaite configurer nous allons créer un fichier spécifique dans le répertoire /etc/monit/conf.d/, ce qui nous permettra de déployer uniquement les alertes nécessaires en fonction du type de service que l'on souhaite monitorer. Je vous propose deux exemples simples dans cet article, mais je vous invite à aller sur le site officiel de Monit qui regorge d'exemples : https://mmonit.com/wiki/Monit/ConfigurationExamples.

Les alertes s'affichent en rouge avec la commande : sudo monit status.

Surveiller l'espace disque

Ajouter les lignes ci-dessous dans le fichier /etc/monit/conf.d/disk.conf

check filesystem disk with path /
    if space usage > 80 then alert

Monit va ainsi surveiller le chemin / et provoquer une alerte si l'espace occupé dépasse les 80%.

Surveiller un service distant

Ajouter les lignes ci-dessous au fichier /etc/monit/conf.d/monsiteweb.conf

check host pluxml.org address www.monsiteweb.fr
    if failed ping timeout 15 seconds then alert

Dans cet exemple, Monit va surveiller que l'adresse www.monsiteweb.fr répond au travers du protocole HTTP. En cas d'erreur, Monit lancera un ping et au délà des 15 secondes de timeout une alerte sera créée.

Activer les notifications par e-mail

Monit permet également d'envoyer les alertes par e-mail. Vous pouvez utiliser le service mail présent en local (postfix, exim4, ...), en ajouter les lignes ci-dessous dans /etc/monit/conf.d/monit.conf :

set mailserver localhost

Si vous n'avez pas ce type de service, vous pouvez utiliser un serveur mail tiers. Pour cela ajouter les lignes ci-dessous dans le fichier /etc/monit/conf.d/monit.conf (à adapter en fonction du service tiers utilisé) :

set mailserver mail.domain.net port 465
    username password "PassWord"
    using SSL with timeout 30 seconds

Il est également possible de modifier le template de mail ainsi :

set mail-format {
  from:    Monit <>
  subject: monit alert --  $EVENT $SERVICE
  message: $EVENT Service $SERVICE
                Date:        $DATE
                Action:      $ACTION
                Host:        $HOST
                Description: $DESCRIPTION

           Your faithful employee,
           Monit
}

Enfin, définissez le destinataire des alertes avec la ligne ci-dessous :

set alert

Puis, relancez Monit pour prendre en compte le changement de configuration.

sudo monit reload

Déploiement de Monit avec Ansible

Comme nous l'avons vu, la configuration de Monit se réalisant au travers de simples fichiers, le déploiement de Monit sur d'autres serveurs peux se faire facilement en copiant ces fichiers directement sur la machine distante. Vous trouverez ci-dessous un exemple de playbook Ansible pour Debian permettant d'installer, puis de copier les fichiers de configuration. Pensez seulement à remplacer <username> par le nom d'utilisateur à utiliser pour la connexion SSH sur l'hôte distant, ainsi que </chemin/vers/fichiers/monit/> par le chemin contenant vos fichiers de configuration pour Monit.

- name: Install Monit for web servers on Debian
  hosts: all
  remote_user: <username>
  become: true
  become_method: sudo
 
  tasks:
  - name: Add backports repository
    apt_repository:
      repo: deb http://ftp.de.debian.org/debian buster-backports main
      state: present
      filename: buster-backports
  - name: Monit installation
    apt:
      name: monit
      autoclean: yes
  - name : Monit configuration files deploy
    copy:
      src: </chemin/vers/fichiers/monit/>
      dest: /etc/monit/conf.d/
      owner: root
      group: root
      mode: '0644'
  - name: Restart Monit
    service:
      name: monit
      state: restarted

 


Un article à retrouver sur P3ter.fr

22 January 2021

tnitot.png Tristan NITOT

Un peu de sagesse pour le week-end

Le 22 January 2021 à 13:26:00

Un petit morceau de sagesse qui nous vient tout droit d’Arnold Schwarzenegger et qui porte sur le vaccin et le complotisme. C’est traduit par mes soins :

Je dis toujours qu’il faut connaître ses points forts et écouter les experts. Si vous voulez savoir comment cultiver vos biceps, écoutez-moi, parce que j’ai passé toute ma vie à étudier comment leur donner une forme idéale et on considère que je suis le plus grand bodybuilder de tous les temps. Nous avons tous nos différentes spécialités.

Le Dr Fauci[1] et les virologues, épidémiologistes et docteurs ont étudié les maladies et les vaccins toute leur vie, du coup je les écoute et je vous demande de faire de même. Aucun d’entre nous n’arrivera à les dépasser en regardant quelques heures de vidéos. C’est simple : si votre maison est en feu, vous n’allez pas sur YouTube, vous appelez les pompiers. Si vous avez une crise cardiaque, vous n’allez pas vérifier auprès de votre groupe Facebook, et vous appelez une ambulance.Si 9 docteurs vous disent que vous avez le cancer et que vous avez besoin d’un traitement sinon vous allez mourir, et qu’un docteur dit que le cancer va s’en aller tout seul, il faut toujours se mettre du coté des 9 docteurs. Dans le cas présent, quasiment tous les vrais experts dans le monde entier nous disent que le vaccin est sûr et quelques personnes sur Facebook disent qu’il ne l’est pas.

De façon générale, je pense que si le cercle de personnes en qui vous avez confiance devient de plus en plus petit et que vous vous retrouvez de plus en plus isolé, c’est le signe indéniable que vous vous enfoncez dans la désinformation. Certains disent que c’est faire preuve de faiblesse que d’écouter les experts. C’est faux. Cela réclame de la force que de reconnaître que vous ne savez pas tout sur tout. La faiblesse est de penser que vous n’avez pas besoin de l’avis des experts et e n’écouter que les sources qui confirment ce que vous avez envie d’entendre.

On notera que c’est quelque chose qu’on pourrait très bien appliquer au changement climatique : faire confiance aux experts (du GIEC, par exemple) plutôt que de n’écouter que les sources qui confirment ce que vous avez envie d’entendre.

Note

[1] Médecin immunologue américain qui a géré la crise COVID-19 auprès de Trump. Il a été beaucoup décrié par des complotistes de son pays.

april.png Nouvelles April

Assemblée générale de l'April

Le 22 January 2021 à 08:16:41

20 Mars 2021 - 14:00
20 Mars 2021 - 18:00

L'assemblée générale de l'April aura lieu le samedi 20 mars 2021, de 14 h à 18 h, à l'université Paris 8 à Saint-Denis (avec accueil à partir de 13h30) si les conditions sanitaires le permettent. Sinon, l'AG aura lieu en distanciel avec le système de visioconférence BigBlueButton. L'AG qui se tient en 2021 concerne le bilan de l'année 2020 et les perspectives de l'année à venir.

C'est l'un des événements les plus importants de la vie de l'association, l'occasion de voter les rapports, moral et financier, de faire un point sur l'année qui vient de s'écouler, de rencontrer les autres membres et d'élire le conseil d'administration.

Ne suivez plus l'April de loin... rejoignez-la avant son assemblée générale.

Dans l'objectif de renforcer encore ses liens avec les groupes d'utilisateurs de logiciels libres, l'AG de l'April est ouverte à des représentants de ces groupes. N'hésitez pas à nous contacter.

Les conditions précisent d'organisation de l'AG seront annoncées dès que possible.

21 January 2021

Bruno CORNEC

Speaking at Linux.conf.au 2021

Le 21 January 2021 à 23:43:38

This conference is special for me. It has been one of the first big FLOSS conference WW to which I’ve been accepted as a speaker. It was in Sidney in 2007 and that was also an opportunity to organize the first and unique WW MondoRescue meeting (we were 2 !!). And I keep a strong feeling about that presentation and the australian way of life I really appreciated a lot.

Then I was luck to be selected again two more times in 2013 and 2014 in Canberra and Perth for a cross-distribution miniconf I organized there and a talk on project-builder.org. Again great travels and events so well organized and allowing to meet all the greatest FLOSS contributors. Just a dream !

And that’s there again. Well quite ! I’ll be speaking again during the 2021 Linux.conf.au sysadmin mini-conference with my colleague and friend Frédéric Passeron around the work we’ve done to make Workshops on demand accessible to everybody. This session will cover all the gory details behind this project made of ansible, scripts, procmail, REST and SMTP API, and more !! in particular explaining why an API, even in 2021 is not necessarily a REST one to be useful 😉 All that in less than 20 minutes.

Watch out the agenda to compute the correct time for it in your timezone (yes it will be late for the 2 of us based in France), but that’s a fair price to pay to be honored to contribute to one of the most interesting conference on FLOSS (with Fosdem !).

One regret ? Well, yes, of course, not being in sunny Australia with Frédéric to enjoy what happens outside the conference itself !! But as much as I dislike doing virtual conferences, this one is so special for me it deserved efforts on my side. See you there hopfully !

20 January 2021

Carl CHENET

Les relous du télétravail

Le 20 January 2021 à 23:00:00

Tu les connais, ces gens qui rendent le télétravail pénible, tu bosses avec, certains de tes collègues ou des tes chefs. On va passer en revue dans cet article un florilège des mauvaises habitudes qui te saoulent quand tu essaies de bosser de manière efficace en télétravail.

Le chef qui organise une réunion de deux heures avec 12 personnes

Donc tous les lundis matins, ton n+2 réunit douze personnes dans sa réunion “strategy weekly meeting” et déjà rien qu’au titre tu sais que ça va être long et chiant.

Tu ne sais pas pourquoi, mais il veut que tout le monde allume sa caméra. Sûrement pour vérifier la couleur de ta chemise ou de ton pyjama. Non en fait il est pas bête, il a compris qu’au bout de dix minutes tout le monde va faire autre chose. Alors ça le rassure de pas voir une chaise vide en vision-conférence.

Car il va parler deux heures de suite. 2-heures-complètes. Oui, il va faire semblant de te demander ton avis une fois dans la réunion, mais sinon pendant deux heures il va parler tout seul et tu vas prendre cher ! Bien sûr il s’excuse toutes les 30 minutes de trop parler (mais il continue).

Alors, t’as essayé de lui expliquer une fois en one-to-one, mais bon, apparemment ça l’intéresse pas. Et maintenant il te déteste parce que t’es pas un team player. Traître, va.

Le chef… et vous

Le collègue qui t’embarque dans des réunions improvisées 10 fois par jour

C’est ce collègue – gentil au demeurant – mais qui, pour une raison incompréhensible, tient à t’embarquer dans dix réunions par jour dans lesquelles tu ne sers à rien. Littéralement.

Il a peut-être besoin d’être écouté, sûrement d’ailleurs vu le nombre de personnes présentes dans ses réunions à chaque fois. Jamais moins de 10 personnes, plus on est de fous…

En général ça se passe comme ça : t’es là tranquille dans ta journée, posé, tu bosses sur un sujet de fond, puis paf ! tu vois une notification comme quoi tu as été ajouté à un canal de discussion qui porte un nom cryptique genre “PROD MACHIN URGENT “. Au final c’est pas de la prod, c’est pas urgent, c’est pas le projet MACHIN, ça a déjà été analysé 20 fois et c’est tracé dans un ticket problème. Mais lui n’est pas au courant ou essaie de relancer le sujet parce qu’il a reçu un e-mail à ce sujet.

Tu te fais avoir les premières fois, puis tu identifies le bonhomme, ensuite tu joues le mort et tu mutes le canal ou tu le quittes dès que ça se calme.

En dehors de ça quand tu lui parles en direct, tu as essayé de lui dire que ce serait bien qu’il se renseigne un peu avant de faire une réunion de crise quand il n’y a pas de crise, qu’il réduise aussi le nombre de personnes présentes dans ses réunions en n’incluant que celles strictement indispensables, que tu peux régler beaucoup de problèmes avec la personne en direct.. Mais non, il préfère faire perdre du temps à dix personnes à chaque fois. Et en général personne n’écrit de compte-rendu… puisque personne ne suit vraiment ses réunions.

Le chef de projets qui fait des points hebdomadaires tout le temps

Autre nuisance critique : le chef de projets qui fait des points hebdomadaires sur tous les projets qu’il suit. Mais tellement qu’à la fin tu n’as plus de plage pour travailler, tout le temps en train de faire des points de situation dans lesquels il te demande si tu as avancé, mais comme tu es en point toute la semaine, tu n’avances sur rien en fait.

Selon lui il a une bonne raison : chaque semaine on lui demande comment les projets qu’il supervise ont avancé. Donc ben lui il te colle un point hebdo. Logique. Mais comme t’es sur 40 projets différents, ça finit par faire minimum 8 points par jour… quand il n’organise pas deux points hebdomadaires par semaine sur le même sujet. Dans le cadre d’une bonne pratique du télétravail, les points doivent être espacés et réduits en nombre. Beaucoup de problèmes peuvent se régler en direct entre collègues, il n’est pas nécessaire d’attendre un point dédié pour avancer sur un sujet.

Et on doit avancer à quel moment ?

Le chef qui veut qu’on le nourrisse parce qu’il fait pas son taf

Quand ton n+1 a rendez-vous avec ton n+2, en général t’as une réunion d’équipe juste avant où il va te lâcher la célèbre phrase : “bon, on en est où sur ce sujet ?”. Sauf qu’au final on les passe tous en revue.

En gros ça veut dire qu’il sait pas trop qui travaille sur quoi, et où on en est. Et bien sûr il va faire ça pour tous les projets “visibles”. Et donc faire perdre du temps à toute l’équipe car il a pas fait son taf avant, sachant que dans la plupart des entreprises t’as déjà une réunion journalière.

Si ça arrive une fois, ok pas de problème, mais de façon systématique ça dérange tout le monde pour quelque chose qui n’est pas nécessaire et pourrait, devrait être évitée. La responsabilisation individuelle du travail de chacun doit être encouragée pour une bonne pratique du télétravail.

Le collègue qui n’est jamais disponible

Dans la plupart des grosses boîtes qui découvrent le télétravail, tu as ce collègue, en général pas dans la même équipe – sinon c’est chaud pour toi – à qui tu poses de temps en temps une question et qui ne te répond pas. Ni aujourd’hui, ni demain. Mais vraiment il te zappe, jamais de retour. Et pas qu’une fois, c’est systématique. À côté de ça, quand t’as le grand chef qui pose une question, il répond en 10 minutes par un e-mail de 200 lignes.

Il peut aussi répondre “désolé je suis sous l’eau cette semaine, on peut planifier un point pour en parler ?”. Et bien sûr il répond jamais aux dates que tu lui proposes.

Un classique c’est aussi “tu peux voir avec machin ? c’est lui qui gère ce point” alors que tu sais très bien que c’est lui qui suit ça d’habitude.

Par contre au point projet, t’essaies quand même d’en savoir un peu plus, il répond aux questions triviales et si c’est trop compliqué il te propose un point en dehors de la réunion… qui ne se fera jamais, comme tu as deviné.

Dissimulation d’informations, refus de communiquer, un cas habituel d’adepte de la rétention d’informations qui doit être traité par le management, mais particulièrement nuisible pour une bonne pratique du télétravail.

Le collègue injoignable, un trou noir dans l’entreprise

Le chef de projet qui te colle des réunions parce que t’as de la place dans ton agenda

Ça c’est soûlant, mais à un point ! Ça me rend ouf. Le chef de projet sent qu’il faut organiser une réunion sur un sujet, mais comme il ne veut pas se casser le cul à te demander, il pose une réunion sans te consulter avant, parce qu’il a vu un créneau dans ton agenda.

Comme si, en fait, sur tout ton calendrier, t’étais en attente de choses à faire. Quelque part il pense que tu t’ennuies, là maintenant. Bien sûr, toi t’avais regardé ton agenda pour la journée, t’étais chaud, réunion la matinée et puis go, concentré tout le reste de la journée. Et bien non, raté.

C’est imparable, à moins de pré-réserver des créneaux dans ton agenda pour toute la semaine et les semaines à venir. Mais t’as pas que ça à faire d’imaginer en début de semaine les créneaux sur lesquels tu vas pouvoir bosser intensément. De plus tes priorités évoluent selon les besoins, en général.

La variante c’est quand un chef de projets te pose une réunion, apparemment impérative, qui entre en conflit avec des réunions pré-existantes parce que bon, c’est urgent hein (comme le reste en fait). Il regarde que dalle, il pose sa réunion.

Toi plus tard, tu vois deux notifications apparaître pour deux réunions… à la même heure. Merci, bien, organisation au top ! Et bien sûr en général, il te contacte en direct pour te demander pourquoi tu ne viens pas à sa réunion.

Le collègue qui détourne ta réunion

C’est un peu le complémentaire au collègue qui embarque 10 personnes dans sa réunion vu plus haut. Là ce collègue participe à la tienne qui est bien cadrée : nombre limité de personnes bien identifiées, rappel du problème en début de réunion, t’es à la prise de notes pour le compte-rendu, et là c’est à son tour de parler… et il part complètement dans une autre direction, en évoquant un problème qui n’a rien à voir mais qui lui pose problème à lui apparemment. En général ça provoque un gros blanc dans la conversation, tout le monde se dit “wtf” ?

Bon, le premier coup tu le recadres, normal, hého, c’est ta réu. Tes problèmes mon gars, on verra plus tard. Tu penses que c’est fini, il a compris, un dérapage comme diraient les journalistes. Mais quand il reprend la parole, pareil, la même ! Il repart à 180° sur un sujet qui n’a rien à voir. Suffit que quelqu’un lui réponde (le classique “ah oui moi aussi…”) et c’est parti pour 20 minutes à blablater sur un sujet qui n’a rien à voir et c’est mort, tu peux raccrocher, rien ne sortira de cette échange.

Le télétravail est une culture

Si tu es arrivé jusqu’ici, tu te dis que c’est facile de taper sur tout le monde, tu t’es peut-être identifié à l’un des personnages et tu te demandes comment faire autrement pour être plus efficace en télétravail. Déjà tu as lu l’article et tu as pris conscience d’un problème, c’est déjà ça. Merci à toi.

En fait j’en parle dans un autre article, le télétravail est une culture, très minoritaire dans le monde du travail jusqu’ici, dans laquelle beaucoup de professionnels sont entrés brusquement début 2020 par la force des choses.

Mais cette culture est là depuis beaucoup plus longtemps dans d’autres entreprises, qui connaissent par cœur les problèmes que tu rencontres aujourd’hui. Des bonnes pratiques existent. J’en aborde quelques-uns dans l’un de mes précédent articles.

Bien sûr il est impossible de changer tous les usages ayant cours dans une entreprise du jour au lendemain. Le recours massif au télétravail est récent, il est donc normal de ne pas encore l’appréhender complètement.

Mais force fait loi, l’entreprise évolue le plus souvent sous la contrainte (réglementaire, concurrentielle, etc) et aujourd’hui par des facteurs extérieurs comme cette crise sanitaire. Il est donc primordial de ne pas faire comme si rien ne s’était passé et de sauter dans le train en marche.

Puis si on peut se faciliter la vie entre collègues dans notre pratique quotidienne du télétravail, c’est bien aussi.

Il y a sûrement de nombreux autres comportements inopportuns que vous avez vécus en télétravaillant. N’hésitez pas à les évoquer en commentaire .

L’auteur

Carl Chenet, architecte de systèmes informatiques indépendant (en recherche de mission), 3 ans de télétravail régulier, entrepreneur.

Fondateur de l’agrégateur Le Journal du hacker, du site d’emploi LinuxJobs.fr et de la newsletter Le Courrier du hacker. Modérateur sur le Chantier, lieu virtuel (Discord, forum) d’échanges d’entrepreneurs francophones.

Me suivre sur les réseaux sociaux

N’hésitez pas à me suivre directement sur les différents sociaux pour suivre au jour le jour mes différentes projets dans le Logiciel Libre et/ou pour me contacter :

Suivre l’actualité du Logiciel Libre et Open Source francophone

Abonnez-vous au Courrier du hacker, une newsletter hebdomadaire résumant le meilleur de l’actualité francophone du Logiciel Libre et Open Source. Déjà plus de 90 numéros et plus de 2000 abonnés.

The post Les relous du télétravail appeared first on Carl Chenet's Blog.

19 January 2021

ad_aures.png AD AURES

Use Ubuntu Studio for better sound experience

Le 19 January 2021 à 17:04:00

Use Ubuntu Studio for better sound experience

Sound management with Linux can become unstable when it gets complicated (ALSA, PulseAudio, JackAudio…). If you encounter issues, switching to Ubuntu Studio may be a good solution. But you may like your current distribution and are reluctant to change. In that case you do not need to move, let Ubuntu Studio come to you thanks to Ubuntu Studio Installer!

First, updating all packages is a good idea:
$ sudo apt-get update && sudo apt-get upgrade -y

Then install the installer:
$ sudo apt-get install ubuntustudio-installer
Use Ubuntu Studio for better sound experience

Then run ubuntustudio-installer:
Use Ubuntu Studio for better sound experience

Select the components you wish to install. I recommend the following:

  • linux-latency
  • ubuntustudio-lowlatency-settings
  • ubuntustudio-performance-tweaks
  • …and Enable Backports PPA in order to get the latest (but unsupported) versions.

Et voilà! XRUN count should remain null, sound should be more stable.


For the bolder: get the latest QjackCtl

Ubuntu 20.10 “Groovy Gorilla” (even the Ubuntu Studio distribution with ppa) comes with QjackCtl 0.5 (which was released in december 2017) but you may want to install the latest version (0.9.0 as of december 2020).

Install QjackCtl before installing Ubuntu Studio.

QjackCtl 0.5 works perfectly but I find the graph really ugly and hard to read:
Use Ubuntu Studio for better sound experience
Whereas QjackCtl 0.9.0 has nice graph:
Use Ubuntu Studio for better sound experience

There is nothing complicated, just follow the next steps as you will have to compile it yourself.

Download and expand QjackCtl latest source code.

Install the required tools for compiling it:

$ sudo apt-get install build-essential qt5-default qttools5-dev-tools libjack-jackd2-dev

Note: the old version should be in /usr/bin/qjackctl whereas the new one will be in /usr/local/bin/qjackctl (unless you specify otherwise with ./configure [--prefix=prefix]).

Compile it:

$ cd ~/Downloads/qjackctl-0.9.0
$ ./configure --enable-jack-version
$ sudo make install

You may now run QjackCtl latest version!

april.png Nouvelles April

#90 - Rapport Bothorel - Install parties - Hommage aux graphistes - « Libre à vous ! » diffusée mardi 19 janvier 2021 sur radio Cause Commune

Le 19 January 2021 à 14:30:00

Au programme de l'émission : une interview du député Éric Bothorel sur son rapport « Pour une politique publique de la donnée », la chronique de Véronique Bonnet, présidente de l'April, sur le texte « Install parties : comment réagir au pacte avec le diable » de Richard Stallman, et Vincent Calame rend hommage au travail des graphistes dans une chronique intitulée « des goûts et des couleurs ».

Libre à vous !, l'émission pour comprendre et agir avec l'April, chaque mardi de 15 h 30 à 17 h sur la radio Cause Commune (93.1 FM en Île-de-France et sur Internet).

Au programme de la 90e émission :

Podcasts des différents sujets abordés

Les podcasts seront disponibles après la diffusion de l'émission (quelques jours après en général).

N'hésitez pas à nous faire des retours sur le contenu de nos émissions pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d'amélioration. Vous pouvez nous contacter par courriel, sur le webchat dédié à l'émission (mais nous n'y sommes pas forcément tout le temps) ou encore sur notre salon IRC (accès par webchat). Vous pouvez nous laisser un message sur le répondeur de la radio en appelant le 09 72 51 55 46

Personnes participantes

  • Étienne Gonnu, chargé de mission affaires publiques pour l'April
  • Frédéric Couchet, délégué général de l'April
  • Véronique Bonnet, professeur de philosophie et présidente de l'April
  • Éric Bothorel, député des Côtes d'Armor
  • Vincent Calame, bénévole à l'April

Galerie photos

Vous pouvez voir quelques photos prises pendant l'émission.

Référence pour la chronique de Véronique Bonnet

Références pour l'interview d'Éric Bothorel

Références pour la chronique de Vincent Calame

Références pour la partie « Quoi de Libre ? »

Pauses musicales

Les références pour les pauses musicales :

Licences de diffusion, réutilisation

Les podcasts sont diffusés selon les termes d’au moins une des licences suivantes : licence Art libre version 1.3 ou ultérieure, licence Creative Commons By Sa version 2.0 ou ultérieure et licence GNU FDL version 1.3 ou ultérieure. Les musiques sont diffusées sous leur propre licence.

Les réseaux sociaux en ébullition - Décryptualité du 11 janvier 2021

Le 19 January 2021 à 12:06:26


Ce feu chauffe la cuisine…

Titre : Décryptualité du 11 janvier 2021 - Les réseaux sociaux en ébullition
Intervenants : Manu - Luc
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : 11 janvier 2021
Durée : 16 min
Écouter ou enregistrer le podcast
Revue de presse pour la semaine 1 de l'année 2021
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Ce feu chauffe la cuisine…, La Ferme de Sourrou - Licence Creative Commons Attribution-ShareAlike 2.0 Generic
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

2021 démarre en trombe avec un chaos politique où les réseaux sociaux sont encore une fois pointés du doigt. Petit tour du champ de bataille.

Transcription

Luc : Décryptualité. Semaine 1 de l’année 2021. Salut Manu.

Manu : Salut Luc. On se souhaite bonne année ?

Luc : J’ai arrêté parce que l’année dernière ça n’a pas bien marché, donc je ne veux pas recommencer cette année.

Manu : Et puis on a une année qui commence en force, à priori ça va être un super année, c’est quelque chose !

Luc : En termes de revue de presse, l’année commence plutôt tranquillement. On a quatre articles, c’est ça ?

Manu : Un qui date de l’année dernière, mais je ne l’avais pas remonté, il était tout seul.

Luc : RTL.fr, « Polémique WhatsApp : comment utiliser Signal, l'application la plus téléchargée du moment », un article de Benjamin Hue.

Manu : Polémique, il faut voir, mais effectivement ils ont changé leurs conditions d’utilisation.

Luc : Oui, ils ont fait ce qu’ils avaient dit qu’ils ne feraient pas.

Manu : Oh ! Ils avaient promis.

Luc : Quand WhatsApp avait été rachetée, c’était « non, non on ne va pas tout mixer avec Facebook », puisque WhatsApp appartient à Facebook. Eh bien là c’est fait, ils ont dit « allez, maintenant on va collecter tout autant de donnés que sur l’appli Facebook – c’est-à-dire énormément – et puis on va croiser tout ça parce qu’on n’en a rien à foutre ».

Manu : Et puis qu’on peut. Techniquement Facebook en a les capacités et a le désir de le faire parce qu’il y a plein d’argent qui peut tomber de ce genre de changement. Mais, pour le coup, il y a plein de gens qui parlent de Signal une application concurrente et surtout libre.

Luc : Notamment Elon Musk, l’homme le plus riche du monde.

Manu : Oui !

Luc : Qui a dit utiliser Signal parce que, effectivement, ces changements sur WhatsApp l’ont un peu fâché. Comme quoi si nous voulons faire la promotion de l’informatique libre, j’ai trouvé la solution.

Manu : Être l’homme le plus riche du monde !

Luc : Comme ça les gens vont nous écouter ! C’est con, j’aurais dû commencer il y a longtemps. On va en parler plus en détail dans notre sujet du jour.
ZDNet France, « Un spécialiste de l'open source nommé directeur de la technologie à la Maison blanche », un article de Steven J. Vaughan-Nichols,

Manu : C’est un personnage intéressant, David Ricordon, j’espère qu’on prononce comme ça. Ce qui est vachement intéressant, je trouve, c’est que certes il a fait et il fait beaucoup d’open source, de logiciel libre, mais il le fait dans le contexte de Facebook ! Donc ça reste un peu énervant. D’un côté c’est vraisemblablement un libriste, en tout cas un opensourciste.

Luc : Opensourciste.

Manu : Il n’y a pas trop de doutes là-dessus. Mais c’est un gars qui sort d’une entreprise un peu à problèmes, donc on est gênés.

Luc : Next INpact, « Le Digital Services Act expliqué ligne par ligne », un article de Marc Rees.

Manu : Le Digital Services Act est un truc européen qui est en train d’être élaboré en ce moment, donc ils ont publié des premiers morceaux et, effectivement, ça devrait permettre de contrôler ou de changer un peu les règles sur Internet, sur les réseaux sociaux, les grosses entreprises.

Luc : On avait commencé à l’évoquer avant les vacances.

Manu : La aussi je pense que ça va être un gros sujet de l’année 2021, à trolls sûrement, parce que quand les hommes politiques s’emparent de la technologie, en général ça se passe mal !

Luc : Le quatrième article : LeMagIT, « L’Open Data: l'avance prise par la France ne tient qu'à un fil », un article de Gaétan Raoul.

Manu : L’open data c’est le fait que les données, notamment des administrations, mais en gros de toutes les collectivités et de tout ce qui touche aux citoyens, soient publiques, publiées, utilisables, réutilisables par tout un chacun. C’est quelque chose d’assez novateur, une nouvelle approche et ça permet normalement d’innover, de mieux utiliser et de manière plus riche toutes les informations dont on peut avoir l’utilité dans la sphère citoyenne. C’est plutôt sympa et oui, effectivement, la France était plutôt en avance sur l’open data.

Luc : Mais pas tant que ça manifestement !

Manu : En tout cas c’est compliqué, parce qu’une avance ça se perd. Donc il ne faut pas, il faut faire attention et continuer à faire beaucoup d’open data en France.
Le sujet du jour et le sujet du moment, de l’année sûrement.

Luc : De la semaine. On va encore parler de réseaux sociaux.

Manu : Oui. La chute des réseaux sociaux, l’avancée des réseaux sociaux ? Comment on peut… ?

Luc : Je ne sais pas, le gros merdier des réseaux sociaux ?

Manu : Oui !

Luc : Parce que ce démarrage 2021 en trombe – on le sentait venir depuis longtemps et c’est pour ça qu’on en parle régulièrement – remet ce sujet-là au centre. Il se passe énormément de choses de différentes façons qui font que ce modèle « réseaux sociaux » est aujourd’hui mis en cause de plusieurs façons. Donc ça nous fait plaisir parce qu’on fait partie de ces gens qui disent depuis un paquet d’années que c’est quand même de la merde.

Manu : Au minimum c’est problématique, c’est clair. Quand tu dis les réseaux sociaux, tu entends notamment Twitter, Facebook.

Luc : Évidemment les réseaux sociaux des GAFAM, ceux qui exploitent les données des gens, qui ne les contrôlent pas.

Manu : Qui les enferment.

Luc : Et qui les enferment effectivement. Donc il y a l’affaire WhatsApp-Signal, WhatsApp appartenant à Facebook et qui va étendre toutes les données qui vont être collectées, etc., donc utiliser une appli libre, qui s’appelle qui s’appelle Signal1, et qui fait sensiblement la même chose.

Manu : Ce n’est pas la seule appli, il y en a d’autres et plein. J’utilise aussi Silence2. Il y a Telegram3, c’est le client qui est libre, ce n’est pas le serveur si j’ai bien compris. Il y en a d’autres qui sont plus ou moins bien à chaque fois, il faut les tester, les utiliser et partir de ce truc.

Luc : Signal et Telegram, effectivement, ont quand même cette réputation de très bien marcher. Silence c’est plus pour gérer des SMS.

Manu : Oui, de manière chiffrée, ça reste intéressant.

Luc : Oui, tout à fait. Donc, sur les réseaux sociaux, si on résume un petit peu toutes les attaques qu’il y a. Il y a eu cette partie exploitation des données des gens, le fait de distribuer ces données à n’importe qui. Facebook s’est distingué là-dessus ces dernières années, on a eu des données de dizaines de millions de gens qui ont été distribuées à peu près à n’importe qui.

Manu : Ça a été utilisé de manière plus ou moins légale notamment par Cambridge Analytica4 pour permettre des élections et des votes problématiques : en gros le Brexit et l’élection de Donald Trump.

Luc : Et ces discussions avec des gens qui disent que ça n’a pas eu tant d’effets que ça, d’autres qui disent que peut-être que si.
J’ai vu un petit jeu sur une théorie : comment on arrive à changer les gens. Si on a un réseau de gens et qu’une personne va être confrontée, dans son entourage, à x % de personnes qui pensent dans un certain sens, par exemple qui ont une habitude de consommation, on arrive semble-t-il – c’est une théorie et il y a des gens qui ont travaillé là-dessus en fonction de la difficulté, bien sûr –, mais si on est cerné par des gens qui ont un comportement, on va avoir tendance à adopter ce comportement.
Du coup on comprend super bien, avec cette théorie-là, l’intérêt d’un Facebook, qui connaît très bien les relations entre les gens, qui se dit « si je veux pousser, par exemple, un truc commercial ou une opinion, eh bien je sais sur qui il faut que je mette le paquet. Parce que, en connaissant les uns et les autres, je me dis telle personne va être une personne clef parce qu’elle connaît beaucoup de monde et si j’arrive à la convaincre elle, plus quelques autres, en mettant des efforts ciblés sur un nombre limité de personnes, je peux avoir beaucoup d’influence ».

Manu : Et on peut convaincre ces influenceurs, c’est souvent le terme qui est utilisé, de plein de manières. La plus simple c’est de les payer, mais pas que, il y a pas de mal de façons de faire changer les opinions des influenceurs.

Luc : Il y a des influenceurs qui sont des professionnels et qui en font leur business, c’est ceux dont on parle. Mais après il y a des gens qui sont communicatifs, qui sont des références pour les gens qui sont autour d’eux. Donc ça c’est un premier point sur le pouvoir de ces réseaux sociaux qui reste super fort et d’autant plus inquiétant que toutes ces données sont captées et privatisées.

Manu : Et puis on a parlé de plein d’autres manières dont les réseaux sociaux sont pourris. Ils peuvent aider à transmettre de mauvaises informations de manière assez aisée en utilisant les influenceurs mais pas que, en utilisant aussi cet effet de chambre d’écho, la bulle d’information qui fait qu’on est rarement confronté, dans ces réseaux, à des opinions contraires aux siennes.

Luc : Oui. Et sur le fait qu’il y a les fameuses fake news. Il y a quelques années, notamment lors de l’élection de Trump et du Brexit où on a dit : « Oh là, là, il y a plein de fake news » et tous les GAFAM avaient dit : « C’est bon, on va faire plein de trucs contre les fake news », les dernières études montrent qu’il y en a encore plus qu’à l’époque, donc ça a empiré. On avait dit abondamment qu’ils n’arriveraient jamais à contrôler ce truc-là parce qu’on ne peut pas contrôler ça par des systèmes automatiques et, évidemment, ils n’ont pas les moyens de mettre des humains suffisamment intelligents et renseignés pour faire la différence sur chacune des publications qui passe sur Internet.

Manu : Donc là si on en parle et si on parle de cette année 2021 dans d’aussi forts termes c’est notamment parce ça percole. Trump, il a utilisé Twitter, il a utilisé Facebook pour diffuser beaucoup d’informations, essayer de faire qu’il y ait une tentative de coup d’État, alors un plosh, une sorte de coup d’État auto-administré à la Napoléon III, il ne faut pas oublier que c’est déjà arrivé et que ça a déjà réussi. Il est probablement un peu nul à sa manière, il n’avait peut-être pas ciblé d’aller aussi loin.

Luc : Je pense qu’on a la chance que Trump soit un gros feignant et qu’il a deux neurones. Il réussit à semer le bordel dans une logique pré-totalitaire. Un jour, il faudra qu’on parle de Hannah Arendt et des Origines du totalitarisme, c’est une lecture très utile. Selon moi il n’y avait pas de gros risques parce Trump reste un gros naze.

Manu : Oui, mais il avait réussi par ses tweets, par ses propos, à influencer suffisamment de personnes qui étaient venues avec des armes, des bombes, des cocktails Molotov et des outils, ces espèces de menottes en plastique qu’on utilise à l’armée, pour restreindre les sénateurs et les députés qui étaient là. Il y a des gars qui se sont pointés et qui, quelque part, avaient bien dans l’idée, dans la tête de prendre en otage le Capitole.

Luc : C’était symbolique !

Manu : Oui ! Oui ! Et le truc à l’extérieur qui était attaché en haut d’une potence avec un petit nœud coulant c’était symbolique aussi ! Bien sûr !

Luc : Tout à fait.

Manu : Mais ça restait quand même perturbant et vraisemblablement ça perturbe tout le monde. On va encore en parler parce qu’on sent bien qu'il y a gros un problème, que ce sont ces réseaux sociaux qui alimentent le feu.

Luc : C’est un problème de médias. Il y a quelques semaines tu avais remonté un article là-dessus qui disait que derrière il y a des médias traditionnels qui ont mis le feu et alimenté les flammes.

Manu : On pense à Fox News. C’est largement eux, parce qu’ils sont beaucoup regardés aux États-Unis

Luc : On a des exemples très classiques. Je pense notamment au génocide au Rwanda dont un des retours était de dire que pendant des années, avant que le génocide ne démarre, il y a eu la radio des Mille Collines qui a transmis, diffusé des messages de haine, des appels au meurtre.

Manu : De déshumanisation.

Luc : Tout à fait. On sait pour les réseaux sociaux mais pas que. Manifestement, il y a des gens qui pensent, y compris aux États-Unis, que ce ne sont pas que les réseaux sociaux qui ont fait la différence, on sait que ça change la face du monde et que ça pousse les gens dans une direction ou dans une autre.

Manu : Aujourd’hui on a plein d’outils pour contrôler l’information, pour la diffuser.

Luc : Pour la contrôler, non !

Manu : Pour la contrôler, quand on est à la tête de ces outils et quand on peut soi-même la diffuser. Quand on veut diffuser son information, on a vraiment des porte-voix qui sont gigantesques, mais on n’a pas de manière réaliste, aujourd’hui en tout cas, qu'elle soit technique ou légale, de bloquer ces porte-voix.

Luc : En plus de ça c’est un champ de bataille puisque, en gros, on le sait depuis longtemps et maintenant c’est très clair, que la Russie a une politique très active de déstabilisation de différents pays au travers des réseaux sociaux notamment.

Manu : On en a parlé, il y avait notamment des fermes de trolls dans différentes banlieues de la Russie où ils ne faisaient que ça tous les jours du troll, du troll, du troll !

Luc : Cette semaine par exemple Marlène Schiappa, notre ministre aux beaux cheveux, a fait une vidéo qui a fait troller, parce qu’on lui a reproché d’avoir fait du placement produit. Elle s’est défendue de façon extrêmement maladroite en prétendant que ce n’était pas elle, que ceci, que cela, et en mentant. Du coup, des journalistes ont commencé à regarder qui sont les soutiens de Marlène Schiappa sur Twitter et ça ressemble beaucoup à de gens qui travaillent pour elle, qui se sont tous inscrits au même moment, etc.

Manu : Et ça tu n’aimes pas parce que tu sens bien qu’il y a une manipulation et une organisation derrière tout ça.

Luc : De fait, je pense que c’est le truc qu’il faut réussir à rentrer dans la tête des gens avec qui on discute, c’est que les réseaux sociaux sont un champ de bataille et que tout le monde essaye de modifier et de manipuler.

Manu : Tout le monde, mais pas la France, enfin selon moi !

Luc : Eh bien si !

Manu : Comment !

Luc : C’est un truc qui est arrivé pendant les vacances. La France a été mise en cause pour peser sur les réseaux sociaux, notamment en Afrique pour ses combats au Mali et tout autour contre le djihadisme. Donc le boulot d’avoir des fermes à trolls et des gens qui sont là pour essayer d’orienter les opinions, eh bien l’État français le fait également et on n’a pas de doutes sur le fait que tout le monde, aujourd’hui, le fait. Donc quand on est sur des réseaux sociaux on est dans une sorte de terrain miné, avec des enjeux géostratégiques, des enjeux commerciaux parce que les GAFAM veulent continuer à vendre des trucs et tout le monde essaye de manipuler tout le monde pour arriver à ses fins.

Manu : Il y a quand même un pilier qui permet aux GAFAM et aux réseaux sociaux d’exister aujourd’hui c’est qu’aux États-Unis, mais en Europe aussi, il y a des lois qui leur permettent d’être des hébergeurs neutres. En gros, ils ne prennent pas part et ils ne font que permettre à d’autres personnes de s’exprimer. En tant que juste des plateformes neutres, eux-mêmes ne peuvent pas être mis en cause par la loi. Bizarrement, à la fin ça ne plaisait pas à Trump et ça ne plaît à Biden qui risque de changer ces lois.

Luc : Je pense qu’ils sont arrivés au bout de leur modèle de la liberté d’expression par-dessus tout en s’apercevant qu’en fait ça ne marche pas et que ces sociétés privées ont finalement un pouvoir énorme sur des outils de communication qui deviennent finalement des outils publics. Le fait que Trump, président des États-Unis, ne communique finalement que par Twitter, c’est un truc complètement incroyable ! Ça veut dire que de plus en plus la communication officielle, et de plus en plus d'institutions les font, passe par un réseau privé. Pour moi, ils sont en train de découvrir, dans les questions qui se posent, le fait qu’il faut réguler tout ça.
Quelque chose qui existe en droit français depuis très longtemps, en droit public, est qu’une société privée peut, du jour au lendemain, se retrouver affublée d’une mission de service public si un tribunal administratif dit « vous faites ça et, en fait, c’est une mission de service public ». Et la boîte privée dit : « Mais moi je n’ai jamais voulu ! — On ne t’a pas demandé ton avis ! On te dit que c’est une mission de service public et, du coup, toute société privée que tu sois tu as maintenant des obligations.
Pour les réseaux sociaux, je pense que ce cheminement est en train de se faire chez les Américains qui ne sont pas du tout dans cette culture. Ils sont en train de dire qu’on ne peut pas laisser l’initiative privée réguler des communications avec l’importance qu’elles ont pris.

Manu : Pour l’instant je pense que nos hommes politiques, en France, pour ce qu’en j’en ai vu, ont pris conscience d’une autre chose mais qui est en lien. C’est que là Twitter, Facebook ont bloqué le compte de Donald Trump, ce qu’ils font bien de faire, ce mec est quand même un gros problème, mais ça dérange aussi les hommes politiques français parce qu’ils se rendent compte que la police d’Internet ce sont des entreprises privées. Certes, le mec a voulu faire une sorte de coup d’État, on le bloque OK, pourquoi pas, mais qu’on le bloque de cette manière-là, c’est-à-dire que ce sont des entreprises privées qui, en utilisant le droit, leur droit de le faire, bloquent l’homme le plus puissant du monde, eh bien là il y a des gens qui se réveillent, qui se rendent compte, qui se demandent ce qu’est ce droit phénoménal de police qu’on a effectivement accordé à des entreprises privées.

Luc : Il y en a d’autres et ça fait longtemps, notamment les cartes bancaires. Quand WikiLeaks a vraiment déplu aux États-Unis, eh bien en gros Visa, Mastercard et American Express, je crois, ont dit : « Plus personne ne peut payer avec une carte bancaire WikiLeaks, c’est interdit. »

Manu : Donc les dons ont été bloqués du jour au lendemain. Les sommes qui étaient en cours ont probablement été bloquées. Effectivement, bonne chance pour faire d’autres virements internationaux.

Luc : Il n’y a aucune décision judiciaire qui leur a permis de faire ça. Ils l’ont juste décidé.

Manu : Ce sont des entreprises privées. Elles ont le droit, en tant qu'entreprises privées, de choisir avec qui elles travaillent dans une certaine mesure.

Luc : De fait, quand on possède un réseau de ce type-là, qu’il n’y en pas beaucoup et que ce n’est pas évident parce qu’on ne va pas créer un réseau de cartes bancaires du jour au lendemain comme ça, de fait il y a une logique service public qui fait que ces sociétés privées ne devraient pas avoir le droit de virer, ou pas, des gens de leur réseau.

Manu : Je n’ai pas de solution idéale. Je suis très embêté parce que, effectivement, j’aime beaucoup la liberté d’expression. Je pense qu’on va encore en parler toute cette année. Le sujet ne sera pas terminé parce que, clairement, il y aura d’autres trucs. On n’a pas abordé, pas parlé d’un réseau social d’extrême droite qui s’est fait planter et ça fait plaisir quand même, on a un gros sourire quand on entend l’histoire.

Luc : Ils se sont fait pirater et, du coup, toutes les données ont été récupérées avec toutes les communications, toutes discussions qu’il y a eues, qui vont probablement être rendues publiques.

Manu : Ça peut être drôle même si ça reste embêtant. De toute façon ce sont des sujets qui ne sont pas simples.

Luc : En tout cas, la période est intéressante. On va voir ce que ça va donner pour la suite.

Manu : À la semaine prochaine.

Luc : Oui. Salut.

Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 12 janvier 2021

Le 19 January 2021 à 07:55:48


Bannière de l'émission

Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 12 janvier 2021 sur radio Cause Commune
Intervenant·e·s : Jean-Christophe Becquet - Marie-Jo Kopp Castinel - Jean-Michel Boulet - Isabelle carrère - Freco - Frédéric Couchet- Étienne Gonnu et Adrien Bourmault à la régie
Lieu : Radio Cause Commune
Date : 12 janvier 2021
Durée : 1 h 30 min
Écouter ou enregistrer le podcast
Page des références utiles concernant cette émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Bannière de l'émission Libre à vous ! de Antoine Bardelli, disponible selon les termes de, au moins, une des licences suivantes : licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure. Logo de la radio Cause Commune utilisé avec l'accord de Olivier Grieco.
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

logo cause commune

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous.
Logiciel libre et formation professionnelle, retour d’expérience et actualité de deux centres de formation, c’est le sujet principal de l’émission du jour. Avec également au programme la bande dessinée libre Pepper&Carrot, Poivre et Carotte, et aussi les systèmes d’exploitation libres pour téléphone mobile. Nous allons parler de tout cela dans l’émission du jour.

Vous êtes sur la radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM et en DAB+ en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.

Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Je suis Frédéric Couchet, le délégué général de l’April.
Le site web de l’April c’est april.org, vous pouvez y trouver une page consacrée à cette émission avec les liens et les références utiles et également les moyens de nous contacter.

Nous sommes mardi 12 janvier 2021, nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.

À la réalisation de l’émission aujourd’hui mon collègue Étienne Gonnu, accompagné de Adrien Bourmault, bénévole à l’April. Bonjour les gars.

Étienne Gonnu : Salut.

Adrien Bourmault : Hello.

Frédéric Couchet : Si vous souhaitez réagir, poser une question pendant ce direct, n’hésitez pas à vous connecter sur le salon web de la radio. Pour cela rendez-vous sur le site causecommune.fm, cliquez sur « chat » et rendez-vous sur le salon dédié à l’émission.
Nous vous souhaitons une excellente écoute.

Tout de suite place au premier sujet.

[Virgule musicale]

Chronique « Pépites libres » de Jean-Christophe Becquet, vice-président de l’April, sur la bande dessinée libre Pepper&Carrot de David Revoy

Frédéric Couchet : Texte, image, vidéo ou base de données, sélectionnée pour son intérêt artistique, pédagogique, insolite, utile. Jean-Christophe Becquet nous présente une ressource sous une licence libre. Les auteurs et autrices de ces pépites ont choisi de mettre l’accent sur les libertés à accorder à leur public, parfois avec la complicité du chroniqueur. C’est la chronique « Pépites libres » de Jean-Christophe Becquet, vice-président de l’April. Bonjour Jean-Christophe.

Jean-Christophe Becquet : Bonjour Fred. Bonjour à tous. Bonjour à toutes. Pour commencer, je voudrais souhaiter à tous les fans de Libre à vous ! sur la radio Cause Commune une belle année 2021 avec moins de virus et plus de retrouvailles, de sorties et d’ouverture.

Place maintenant à notre pépite du jour. Je voudrais vous parler aujourd’hui de Pepper&Carrot.
Pepper&Carrot est une bande-dessinée libre sous licence Creative Commons. On la doit à David Revoy.
Pepper&Carrot raconte les aventures d'une jeune sorcière espiègle, Pepper, et de son chat Carrot. L'action se déroule dans un monde de potions et de magie. D'autres personnages aux noms épicés viennent donner à ces histoires toute leur saveur : on rencontre Cayenne, Thym, Cumin, Safran ou Coriandre.

Comme évoqué ici pour d'autres pépites, la liberté offerte par la licence libre de produire des versions dérivées permet à des contributeurs volontaires de traduire les dialogues. Pepper&Carrot est donc désormais disponible dans une cinquantaine de langues. « Les traductions, les fan-arts, l'impression, les films, les jeux vidéos et le repartage sur le Net sont encouragés. Je veux donner aux autres le droit d'utiliser, de changer et même de commercialiser leurs projets utilisant Pepper&Carrot », déclare David.

David met à disposition toutes les sources de son travail et la préparation des prochains épisodes donne lieu à un dialogue permanent avec ses contributeurs. L'ensemble du processus se déroule sur Framagit, une forge hébergée par l'association Framasoft. Une forge est un environnement de travail en ligne qui permet de partager des fichiers, de proposer des modifications, de discuter des évolutions. C’est un outil souvent utilisé par les développeurs de logiciels libres. L'April vient d'ailleurs tout juste d'ouvrir une forge libre et éthique pour ceux qui voudraient héberger des projets libres.

David Revoy travaille exclusivement avec des logiciels libres. Son environnement de travail se compose d'un système GNU/Linux avec des logiciels de graphisme comme Krita et Inkscape. C'est un parti pris et un engagement fort. Il explique dans un article en anglais – je traduis : « Certains disent que je n'utilise des logiciels libres que parce que je suis un artiste pauvre. C'est faux, j'utilise des logiciels libres par choix personnel. »

David contribue aussi plus largement au Libre. Sur son site, il partage des outils pour les graphistes comme des brosses ou des textures, des tutoriels. On lui doit également la mascotte de PeerTube, un logiciel développé par Framasoft qui permet à chacun d'installer sa plateforme de partage de vidéos, libre et décentralisée. Encore un beau succès du logiciel libre qui a vu sa version 3 sortir en début d’année.
David a aussi partagé GNUess, une interprétation de la mascotte du projet GNU dessinée pendant la conférence en ligne LibrePlanet 2020. Il était encore directeur artistique de Sintel, un film d'animation de la Fondation Blender dont j'avais parlé dans ma chronique « Pépites libres » de juin 2019.

Le mode de distribution des livres David Revoy est lui aussi original. Les histoires sont disponibles gratuitement au format PDF sur le site peppercarrot.com, avec deux « p », deux « r ». On peut commander des exemplaires imprimés. David partage en totale transparence le modèle économique de l'impression à la demande. Il annonce gagner 1,50 euro par exemplaire vendu, soit 9 % du montant total payé par le client. Ce financement est abondé par un appel au mécénat. Par ailleurs, la maison d'édition Glénat commercialise des albums au format papier. Plutôt que de verser des droits d'auteur à David Revoy, elle participe à sa campagne de financement. Ar Gripi, un autre éditeur, a publié le premier tome de Pepper&Carrot en breton.

Initié en 2014, Pepper&Carrot compte aujourd'hui 33 épisodes. L'objectif de l'auteur était de montrer que la réalisation d'une bande dessinée libre est possible en changeant le mode de production habituel. « Libre ne signifie pas « au rabais ou à l'arrache ». Au contraire ! », défend David. Avec 1200 livres vendus, soutenu par autant de mécènes, on peut dire qu’aujourd’hui il a réussi !

Frédéric Couchet : Merci Jean-Christophe pour cette belle chronique de rentrée 2021.
Tout à l’heure tu parlais de la forge qui est un outil qui permet d’héberger du code source ou de la documentation. Je vais préciser que l’April, effectivement, propose depuis récemment une forge. C’est sur le site chapril.org, où vous trouverez d’ailleurs 12 autres services. Vous trouverez un service de microblogging décentralisé, vous pouvez aussi de faire de la VoIP. Je salue d’ailleurs l’un des bénévoles du Chapril qui est en régie aujourd’hui, Adrien. N’hésitez pas aller sur chapril.org pour découvrir la forge.
Tu parlais de la contribution de David Revoy notamment à la mascotte GNUess de la Fondation pour le logiciel libre. David a également contribué avec un super poster pour les 35 ans de la Fondation pour le logiciel libre, poster qui représente une sorte de récif de corail. Vous pouvez aller sur fsf.org, Free Software Foundation, pour commander ce tee-shirt et ce poster, je crois qu’il en reste encore.
Dernière précision. Tu viens de parler de PeerTube qui est un outil d’hébergement de vidéos décentralisé. Effectivement, la version 3 de PeerTube permet maintenant de faire des directs. Nous testons en ce moment d'ailleurs un direct de la vidéo. Donc les personnes qui voudraient voir un petit peu les coulisses de la radio, vous allez sur le site de la radio, causecommune.fm, bouton « chat » et vous nous rejoignez sur le salon web de la radio. On partagera avec vous le lien. Vous verrez un petit peu les images et les coulisses de l’émission grâce à ce PeerTube. Aujourd’hui c’est actuellement en test.
Est-ce que tu souhaites quelque chose Jean-Christophe ?

Jean-Christophe Becquet : Juste dire aux auditeurs qui auraient effectivement accès à une connexion Internet tout de suite que PeerTube dont tu viens de parler fonctionne, je vous vois en studio, ça fonctionne parfaitement.
J’ai mis tous les liens pour les créations artistiques de David, le PeerTube, la forge de l’April, dans les références sur la page consacrée à l’émission, sur le site april.org.
Je vous souhaite une bonne fin d’émission.

Frédéric Couchet : Merci Jean-Christophe. Je vais juste rappeler le site de David Revoy, davidrevoy.com, sur lequel vous pouvez trouver toutes les créations de David. Merci Jean-Christophe et à bientôt.

On va faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Aujourd’hui notre programmateur musical Éric Fraudain, du site auboutdufil.com, nous fait découvrir un artiste qu’on connaît déjà dans l’émission, Jahzzar, de son nom Javier Suarez. La musique est avant tout, pour lui, un moyen de recréer un souvenir ou une ambiance. Cet artiste est originaire de Gijón et depuis cette ville centrale de la Costa Verde en Espagne, il n’hésite pas à voyager pour découvrir les capitales européennes. Nous écouterons d’ailleurs tout à l’heure Boulevard St Germain composé peu après sa visite de Paris.
Pourquoi connaît-on Jahzzar ? Tout simplement parce que la virgule musicale que vous entendez à la fin de l’émission, juste avant les annonces finales, est basée sur un extrait d’une musique de Jahzzar. Récemment vous avez eu l’occasion d’écouter également Waiting Room qui est notre musique d’attente en cas de problème technique. On espère que vous n’aurez pas l’occasion de la réécouter.
Pour le moment nous allons écouter Please listen carefully par Jahzzar. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Please listen carefully par Jahzzar.

Voix off : Caus Commune, 93.1.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Please listen carefully par Jahzzar, disponible sous licence libre Creative Commons Partage dans les mêmes conditions, CC By SA, qui permet la réutilisation, la modification, la diffusion, le partage de cette musique pour toute utilisation y compris commerciale à condition de créditer l'artiste, d'indiquer la licence, d'indiquer si des modifications ont été effectuées. Si vous faites un remix ou que vous transformez, vous devez diffuser cette oeuvre modifiée selon les mêmes conditions c'est-à-dire sous la licence Creative Commoins CC By SA. Le site de l'artiste est sur SoundCloud, souncloud.com. Jahzzar s'écrit J, a, h, z, z, a, r et vous tyrouverez une présentation en français de l'artiste sur le site
Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org, sur le site de la radio auboutdufil.com qui est géré par notre programmateur musical Éric Fraudain.

Vous écoutez toujours Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM et en DAB+, et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.

Nous allons passer au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Le logiciel libre et la formation professionnelle, retour d’expérience et actualité de deux centres de formation avec Marie-Jo Kopp Castinel d’OpenGo et Jean-Michel Boulet de 2i2L

Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre avec notre sujet principal qui va porter sur le logiciel libre et la formation professionnelle, retour d’expérience et actualité de deux centres de formation avec Marie-Jo Kopp Castinel d’OpenGo et Jean-Michel Boulet de 2i2L.
On va vérifier que Marie-Jo et Jean-Michel sont au téléphone. Bonjour Marie-Jo.

Marie-Jo Kopp Castinel : Bonjour Fred. Bonne année à tout le monde.

Frédéric Couchet : Merci. Bonne année à toi également. Bonjour Jean-Michel.

Jean-Michel Boulet : Bonjour. Bonjour à tout le monde. Bonne année.

Frédéric Couchet : En espérant qu’elle soit meilleure que la précédente.
Nous allons donc parler aujourd’hui, comme je le disais en introduction, de logiciel libre et de formation professionnelle. On va commencer par une petite présentation individuelle, une présentation de chacun de vous. On va commencer par Marie-Jo.

Marie-Jo Kopp Castinel : Marie-Jo. Je suis responsable du centre de formation OpenGo, spécialisé en migration vers le logiciel libre et vers LibreOffice en particulier, depuis une quinzaine d’années ; OpenGo fait également d’autres formations. Engagée dans Open office puis LibreOffice, dans l’association La Mouette, dans l’association PLOSS-RA, dont nous reparlerons, et formatrice de métier.

Frédéric Couchet : Merci Marie-Jo. À ton tour Jean-Michel.

Jean-Michel Boulet : Jean-Michel Boulet. Je suis formateur avant tout, formateur en enquêtes statistiques, traitement, analyse et représentation de données, c’est le plus clair de mon temps. Par ailleurs, comme Marie-Jo, je suis responsable de formation et gérant de l’organisme de formation 2i2L depuis 2006. On est super spécialisés sur des niches métiers, on fait du métier et c’est pour ça que, généralement, on communique en disant qu’on assure de la formation en mode ingénierie sur des niveaux qu’on apprécie de transmettre et uniquement sur des logiciels libres, uniquement sur des logiciels libres. C’est la licence du logiciel qui nous fait rentrer la formation dans le catalogue.

Frédéric Couchet : D’accord. On va évidemment parler de tout ça en détail.
Première question avant d’aborder, justement, la partie ingénierie, logiciel libre, bureautique, premier sujet : pourquoi finalement est-il si important de former les gens en informatique ? Moi qui pensais, qui croyais que l’informatique c’est très simple, utilisable par toute personne. L’importance de former les gens. On va commencer par Marie-Jo.

Marie-Jo Kopp Castinel : On constate, et Jean-Michel complétera avec d’autres aspects, que les gens ont un niveau informatique, donc le poste utilisateur, on ne va pas parler d’outils métiers mais d’outils de bureautique et autres, assez mauvais, on va dire, au 21e siècle, particulièrement mauvais, parce qu’on ne forme pas les gens, parce qu’il y a des sociétés qui font des logiciels avec des gros boutons qui disent que c’est facile, alors que ce n’est pas vrai. Il faut un mode d’emploi. C’est comme si vous dites à quelqu’un « voilà les clefs de la voiture, tu vas conduire ». Non, il y a un mode d’emploi pour un traitement de texte, pour un tableur, pour tout outil. C’est donc essentiel de former les gens, on en demande de plus en plus aux gens, ils sont de plus en plus sous pression, donc il faut qu’ils arrivent à gagner du temps, à ne pas perdre de temps sur des outils qu’ils ne savent pas utiliser. Et là je laisse compléter Jean-Michel sur d’autres aspects.

Jean-Michel Boulet : Je ne sais pas quels autres aspects. Il faut monter les gens en compétence, on commence à le comprendre, sur les aspects métier et logiciel. Pour les logiciels c’est ce qui nous concerne, mais ce n’est pas du tout ce qu’on vend. On vend de la formation métier, de la méthode et puis des pratiques métiers, parce que ce sont des spécialistes métiers qui interviennent, donc c’est d’abord ça.
Le logiciel vient dans un deuxième temps, c’est-à-dire qu’il faut le prendre en main et l’idée c’est d’assurer des gains de temps, de monter les gens en compétence et gagner de l’argent ; du temps et de l’argent.

Marie-Jo Kopp Castinel : En tout cas ne pas en perdre par l’improductivité des gens dans l’outil de bureautique, l’outil numérique en général, il n’y a pas que la bureautique.

Frédéric Couchet : Oui, effectivement. On va parler un petit peu de bureautique et aussi d’ingénierie parce que, justement, vous êtes très complémentaires par rapport à ça. Il y a un exemple qui me vient en tête, je ne vais pas citer le document mais un document qui vient d’être publié très récemment dont la table de matières en PDF n’est pas cliquable, table des matières qui, visiblement, a été faite à la main, j’ai un peu suivi ça. C’est quand même hallucinant, effectivement aujourd’hui, en 2021, que sur un outil de bureautique des gens fassent une table de matières à la main. C’est clairement un manque de formation ! C’est ça ?

Marie-Jo Kopp Castinel : Oui, c’est encore plus flagrant quand ce sont des assistant·e·s. Encore, quand ce sont des gens qui sont dans d’autres métiers pour lesquels c’est juste un outil, bon !, ils n’ont pas été formés, c’est un manque de formation ! Mais pour des gens dont c’est le métier de produire du document bureautique, c’est en effet absolument incroyable de voir la méconnaissance totale des formats, la méconnaissance totale des techniques pour faire des documents corrects. Je l’ai vécu par rapport aux attestations notamment pour le Covid,on en arrive même un non-respect de l’individu à qui on transmet un document comme ça. Je trouve que ça va même loin dans l’image d’une entreprise ; je parlerai du privé. Une entreprise privée qui fournit un document bureautique d’une qualité médiocre casse son image de marque. Je trouve ça grave de ne pas avoir un document PDF avec une table de matières cliquable.

Frédéric Couchet : Oui, ça m’a un peu étonné. On ne va pas citer le document, il vient d’être publié.
Est-ce que c’est important, c’est encore renforcé, enfin je suppose, dans le cas des outils collaboratifs ; là on va vient de parler d’un document de bureautique. Depuis quelques années les outils collaboratifs se développent de plus en plus, donc je suppose que le besoin de formation est encore plus important et qu’il n’est pas uniquement technique dans ce cadre-là. Jean-Michel.

Jean-Michel Boulet : Il n’est pas uniquement technique, j’ai envie de dire. Il l’est, bien sûr, parce qu’il y a de la méthode. Quand il y a de la méthode, il y a du métier, il y a un peu de technique. Mais, en effet, ça ne l’est plus parce qu’aujourd’hui tous les gens ont des mobiles, tous les gens utilisent Internet et tout le monde a bien compris où est-ce qu’il fallait cliquer, c’est à peu près tout le temps la même chose qui revient.
Avant de parler de monter les gens en compétence, on a peut-être un manque de communication et de connaissance des outils, de tout ce qu’il faut, des choix. Les possibilités de faire des choix ça commence par là, j’ai envie de dire. Si on parle de formation professionnelle, on est obligé d’aborder les prérequis et c’est le premier point sur lequel il faut pointer, c’est la connaissance avant la montée en compétence ; les choix qui sont faits.
Je ne sais pas si je réponds bien à ta question.

Frédéric Couchet : Est-ce que tu peux préciser, s’il te plaît ?

Jean-Michel Boulet : En fait, on est là un petit peu aussi parler des retours logiciel libre dans la formation professionnelle. J’ai envie de dire, d’un côté, heureusement que la connaissance n’est pas nécessaire, mais, en même temps, elle est intéressante. C’est-à-dire que quand nous intervenons sur des formations, les stagiaires ne savent pas forcément qu’ils sont sur une application particulière avec une licence particulière.

Frédéric Couchet : Tu veux dire une information sur la partie licence logiciel libre.

Jean-Michel Boulet : Non, pas sur la partie licence. Sur la partie logicielle, c’est-à-dire les choix qui sont faits au niveau des outils.
Je vais prendre un autre exemple. Si on prend l’actualité avec le tout le confinement, tout le monde s’est retrouvé sur un super outil de visioconférence d’une entreprise californienne dont je tairai le nom et il y a eu beaucoup de communication dessus. Donc, du fait de la communication sur les radios, sur la télévision, enfin j’imagine parce que je n’ai pas la télévision comme ça, comme il y a eu beaucoup de communication partout, tout le monde s’est retrouvé dessus. Donc il y a eu des demandes de formation par rapport à ça, l’utilisation, des choses comme ça. Mais, en ce qui concerne le logiciel libre en tout cas, on a d’abord eu une première étape à prendre en considération c’est la connaissance et le choix dans les outils.

Frédéric Couchet : En l’occurrence, je suppose que tu parlais de Zoom, effectivement pendant le confinement. En plus, pendant le confinement, les gens ont clairement été laissés seuls à se débrouiller. Je connais bien le monde de l’enseignement pour côtoyer pas mal de profs plus ou moins directement et, effectivement, nombre d’outils privateurs ont été utilisés ! En fait, ils ont retrouvé ce qu’ils connaissaient, en tout cas, peut-être, ce dont la presse parlait, etc., et ils se sont mis sur des trucs ! Donc c’est ce manque de connaissance d’alternatives. Donc quand tu recevais une demande de formation autour de Zoom, qu’est-ce que tu faisais ? Tu leur expliquais qu’il y avait des alternatives et tu les formais là-dessus ?

Jean-Michel Boulet : Oui en effet. L’orientation de 2i2L est clairement sur le logiciel libre, donc c’est d’abord la licence qui compte.
Après, évidemment, si on aborde ce point-là, on a d’autres inconvénients. On ne refuse pas, clairement, de former sur un logiciel.

Frédéric Couchet : Ce sont des choix.

Jean-Michel Boulet : Si, en même temps, on refuse de former sur certains logiciels pour des raisons qui sont, là en l’occurrence, toute la partie RGPD, protection des données, la transparence du logiciel et ces choses-là.
Oui, on va plutôt avoir une démarche de réorienter les gens vers d’autres applications, en l’occurrence BigBlueButton et ça a bien fonctionné. Plein d’instances ont été installées, on a accompagné les gens là-dessus, sur Moodle et toutes ces choses-là. Il y a eu cette réaction.
Avant de prendre ces décisions de formation, il y a eu un long travail de transmission de connaissance.

Frédéric Couchet : D’accord. On va détailler tout à l’heure les logiciels dont tu cites les noms, dans la partie travail collaboratif, je ne le fais pas tout de suite.
Par contre, sur le salon web de la radio – je rappelle que les auditeurs et auditrices peuvent participer en se connectant sur le site web causecommune.fm, bouton « chat » et nous rejoindre sur le salon –, Jean-Christophe qui intervenait juste avant vous en chronique dit qu’il y a déjà un manque de conscience de la nécessité de se former de la part de la plupart des utilisateurs et utilisatrices, mais surtout des employeurs qu’ils soient publics et privés. Est-ce que tu partages ce point de vue, Marie-Jo ?

Marie-Jo Kopp Castinel : Non seulement je le partage – je fais je fais beaucoup de formation de formateurs, je ne fais pas que de la bureautique – et c’est ce qu’on appelle l’incompétence inconsciente. La première phase de l’apprentissage, il faut bien le comprendre, c’est l’incompétence inconsciente. J’arrive en formation, déjà il faut que j’y aille et vous savez que c’est toujours une question de référentiel, la plupart pensent « je suis bon à côté de mon collègue ! ». C’est un référentiel. J’avais des pompiers que je salue, qui sont super, qui me disent « on n’est pas bons ». Je dis « si, vous êtes très bons à côté d’autres gens ! ». Les gens se sentent soit très mauvais soit très bons en fonction de leurs collègues, comme disait Coluche. Bref !
Donc la première chose de l’apprentissage c’est « je ne sais pas que je ne sais, donc je n’ai pas besoin d’être formé puisque je fais du tableur tous les jours ». Mais, en fait, ils ne savent rien faire, ils bidouillent avec le tableur tous les jours parce qu’ils n’ont jamais été formés. Ils arrivent en formation et, pour aller plus loin sur le sujet, il y a les quatre phases d’apprentissage : l’incompétence inconsciente, je ne sais pas que je ne sais pas, et puis, pendant la formation, il y a la phase d’incompétence consciente. Là je réalise que je ne sais pas et c’est là qu’on a les phases les plus compliquées à gérer en tant que formateur, avec des gens qui peuvent avoir des réactions assez compliquées parce qu’ils se retrouvent en situation d’échec. Donc oui les gens ne savent pas qu’ils ne savent pas, ne réalisent pas à quel point ils ne savent pas utiliser les outils. Moi je le vis avec mon téléphone portable, je n’aime pas le téléphone portable, je fais appel à mes gamins qui sont assez grands parce que je ne sais pas utiliser mon téléphone portable. Les gens ne réalisent pas à quel point ils utilisent mal.
On a parlé de traitement de texte, mais on pourrait peut-être plus parler de messagerie aujourd’hui, on a le même problème. On ne forme pas les gens aux messageries, alors que les gens passent leur vie à envoyer des mails, ils ne savent pas faire un filtre, ils ne savent pas classer leurs mails, ils ne savent pas « répondre à tous. » Les gens qui ne savent pas répondre à tous, ça m’horripile !, mais c’est parce qu’ils n’ont jamais été formés, ni pris conscience de ça.

Frédéric Couchet : Et je suppose aussi que les pseudo-algorithmes des boîtes mails privatrices type Google, Yahoo et compagnie, pré-filtrent automatiquement les mails. C’est-à-dire qu’ils envoient les pseudos spams dans un onglet, je ne sais plus comment il s’appelle, sur Gmail je crois que c’est « Promotions » et je crois que, finalement, tout le reste arrive dans la boîte principale et effectivement les gens ne trient pas parce qu’ils n’ont pas appris, tout simplement.

Marie-Jo Kopp Castinel : Quand quelqu’un dit « je ne veux pas d’une nouvelle boite », je dis dans le milieu associatif, tu connais bien ce monde-là, « je n’ai pas envie d’avoir une adresse parce que je vais encore avoir des mails », eh bien tu fais un filtre, tu ranges tes mails. Encore faut-il savoir utiliser l’outil messagerie ! En ce moment c’est criant la perte de temps occasionnée dans les entreprises et les collectivités par cette non-formation, en fait. Et surtout des gens qui pètent les plombs parce qu’ils sont en surcharge de travail alors que, peut-être, on pourrait être plus tranquille en étant plus efficace, enfin oui, ils pourraient être plus tranquilles pour faire leur travail. Du coup, ils retrouveraient facilement les cinq heures qui leur manquent par semaine.
La formation est un investissement. J’ai vécu aussi ça, un endroit où le gars dit : « Je ne viens pas ce matin, je n’ai pas le temps — Pourquoi n’avez-vous pas le temps ? — Je n’aurai pas le temps jusqu’au mois de juin. – Venez et vous verrez que la demi-journée qu’on va passer ensemble va vous faire gagner quatre-cinq heures par semaine. » Il m’a dit : « Je viens juste ce matin ». Résultat il est venu le matin il m’a dit : « OK, j’ai compris que je ne connaissais pas, je vais rester toute la journée ».
En plus, non seulement je ne sais pas que je ne sais pas, mais, en plus, les gens se disent « je n’ai pas le temps » Si ! J’ai le temps d’investir une journée pour gagner plusieurs heures par semaine, que ce soit sur de la bureautique pure ou sur de l’application plus métier, plus orientée métier comme le fait Jean-Michel, sur des logiciels plus orientés métier.

Frédéric Couchet : D’accord. Vas-y Jean-Michel si tu veux compéter.

Jean-Michel Boulet : Compléter et prendre le contre-pied, en fait, parce que je ne vis pas ça. C’est-à-dire que dans les demandes qu’on a je suis plutôt avec des spécialistes métiers qui ont, justement, pointé le fait qu’ils ont un manque de maîtrise sur certains points et ils ont une demande précise. Pour nous ça commence par ça, en fait. Ça commence par une prise de connaissance des attentes, des besoins très précis pour découper une formation sur mesure. Pratiquement, pour toutes les formations qu’on a, c’est que le besoin est pointé et les stagiaires sont là parce qu’ils savent qu’ils ont besoin d’apprendre pour continuer à travailler.

Marie-Jo Kopp Castinel : On en revient au public. En préparant cette émission, on s’en est bien rendu compte avec Jean-Michel. En effet, on n’a pas les mêmes préoccupations parce que ce n’est pas du tout le même axe de formation. Quand vous formez des gens en leur disant « on change d’outil bureautique, on vous forme sur un nouvel outil », il n’y a pas d’aboutissement, d’objectif précis, en fait, il faut juste qu’ils retrouvent leurs petits. En effet Jean-Michel, quand tu fais du QGIS ou des choses comme ça, c’est clair que le gars sait pourquoi il doit être formé.

Frédéric Couchet : Ça va justement être l’occasion de préciser pour les personnes. Je vais laisser chacun et chacune expliquer son métier de formation, son cœur de métier. Je vais préciser que QGIS est un outil, un système de gestion d’informations géographiques dont on parlera sans doute prochainement dans Libre à vous !.
Je rappelle le site web de OpenGo, opengo.fr. Quels types de formation donnes-tu Marie-Jo ?

Marie-Jo Kopp Castinel : On est vraiment spécialistes bureautique, donc accompagnement beaucoup dans les collectivités, parfois grosses associations ou entreprises privées, mais principalement collectivités ; c’est aujourd’hui l’activité principale. Ce sont vraiment des projets. Un projet de migration ce n’est pas que de la formation : il y a la formation, il y a la reprise documentaire, il y a la conduite du changement, il y a la communication, ça c’est le projet complet. C’est vrai que dans ce cadre-là de formation, les gens n’ont pas envie d’être en formation, ils n’ont pas envie qu’on leur enlève leur outil. C’est une partie de l’activité qui est très importante, c’est quand même la spécialité.
OpenGo fait aussi de la formation en infographie, fait aussi des formations. On n’a pas le même vocabulaire avec Jean-Michel, lui parle de formation ingénierie, moi je parle de formation action, c’est-à-dire que j’ai aussi des clients où on va. Dernièrement, j’ai formé un responsable et une directrice financière sur du tableur, sur Calc, mais ce n’était pas dans le but de faire du Calc, c‘était dans le but de monter les budgets, les comparatifs, donc là aussi on est dans de l’ingénierie. C’est vrai qu’on va faire ça aussi.
Donc c’est plus souvent, en effet, de la formation. Il y a toujours un programme spécifique puisqu’on ne fait que de l’intra et du spécifique aussi.
J’en reviens à l’outil. La bureautique ce n’est pas toujours dans un but précis, c’est dans un but d’apprentissage du logiciel. Là, par contre, j’étais à Annecy ce matin, je reviens d’Annecy, j’accompagne les pompiers sur un projet avec Draw, LibreOffice Draw, là on sait exactement ce qu’on doit faire. C’est passionnant parce qu’on doit justement arriver à la finalité de l’outil métier qu’on est en train de créer avec l’outil Draw, mais c’est assez rare. Dans les migrations, et c’est vraiment une grosse différence avec Jean-Michel, on a des publics où là, en effet, il n’y a pas une finalité, il faut apprendre le nouvel outil, mais après on ne sait pas ce que les gens vont en faire, selon leurs usages.

Frédéric Couchet : D’accord. Ça c’est OpenGo, Marie-Jo.
Toi, Jean-Michel, de 2i2l.fr, tu fais de l’ingénierie. J’aimerais bien que tu nous expliques ce qu’est l’ingénierie, notamment pour les auditrices et auditeurs qui nous écoutent.

Jean-Michel Boulet : C’est historique. Je suis formateur en enquêtes statistiques, statistiques, analyses de données, depuis 20 ans. Dans mon travail je suis plutôt avec des chefs de projet ou avec des services qui ont des besoins de répondre à des questions.
En fait je suis parti là-dessus dans le début des années 2000 et aujourd’hui j’ai agrégé un ensemble de spécialistes autour de moi. Comme ce ne sont que des spécialistes, eh bien on en vient à faire des formations pour des spécialistes métiers, des chefs de projet, des ingénieurs, etc., sur des projets.
Pour vous donner quelques exemples, vous parliez de QJIS juste avant. QJIS est une application pour faire de la cartographie 2D, donc pour faire des cartes et qu’est-ce qu’on fait avec des cartes ? On fait beaucoup de choses. Par exemple avec QJIS on peut faire de la construction de cartes dynamiques pour la gestion de PLU, les plans locaux d’urbanisme. Toutes les collectivités, en France, ont besoin d’utiliser des logiciels comme ça pour faire les projets sur leur territoire. QJIS sert à ça et, aujourd’hui, on arrive à faire avec QJIS des choses que ne permettent pas de faire d’autres logiciels propriétaires, en particulier des aspects dynamiques, comme ça, de construction de cartes.
D’autres exemples que je pourrais donner en cartographie, en cartographie 3D, trois dimensions : il y a un outil logiciel libre qui s’appelle GRASS GIS qui permet de faire des projections des terres submergées par les eaux dans les bassins versants. Vous avez de l’eau qui s’écoule le long d’une rivière et vous avez, avec GRASS GIS, la possibilité de modéliser en 3D toute la prise d’eau sur tout le territoire. Donc ça permet d’avoir des projections avec l’élévation du niveau de la mer, des choses comme ça.
On peut faire de la formation-intervention sur OpenStreetMap, sur la maîtrise des contributions à OpenStreetMap, sur la réalisation de cartes spécifiques pour le vélo avec des calculs d’itinéraire. Là, en fait, on va avoir des besoins où le formateur n’intervient pas uniquement avec des connaissances du logiciel, mais il intervient aussi avec de la méthodologie métier, des compétences métier qui ne s'inventent pas, qui sont assez élevées en fait. Pratiquement tous les formateurs, c’est du bac + 5 au niveau des interventions.
Je peux vous donner d’autres exemples. On peut faire des formations, je peux vous en donner qui font sourire parce qu’elles sont rares, mais on peut faire du FFmpeg, par exemple, sur des flux vidéos sur la déformation de carlingue des avions dans les espaces de soufflerie.

Frédéric Couchet : FFmpeg c’est un outil, c’est une boîte à outils on va dire magique pour traiter effectivement de la vidéo, de l’audio, on l’utilise d’ailleurs beaucoup à l’April. C’est vraiment quelque chose de pointu, de haut niveau. Je suppose que tu fais aussi des formations de développement. Dans le cadre de ce que tu appelles ingénierie, c'est de la création d’applications ?

Jean-Michel Boulet : Oui, évidemment, il y a des choses plus classiques. On fait aussi simplement de la bureautique parce que c’est toujours intéressant d’aborder, de rencontrer. On a des clients qui le nous demandent par rapport à des formations spécialisées et on en vient à faire des choses plus génériques.
Tout ce qui est générique, on fait du développement. Oui, on fait du développement, principalement du Python ; en ce moment c’est plutôt ça.

Frédéric Couchet : Justement j’ai une question. Tu viens de parler de clientèle. Comment trouvez-vous vos clients ? J’ai l’impression que vos publics cibles sont assez différents. Marie-Jo, comment trouves-tu tes clients ?

Marie-Jo Kopp Castinel : Je voudrais juste rajouter, parce que j’ai parlé de LibreOffice, c’est un peu réducteur. Tout à l’heure tu as parlé des outils collaboratifs, bien sûr arrive maintenant en formation me concernant tout ce qui est la partie NexCloud, outil collaboratif. Là on n’est que dans du spécifique parce qu’à chaque entité NextCloud on retrouve OnlyOffice derrière ou Collabora Office, ça dépend, mais il y a beaucoup d’OnlyOffice derrière. C’est juste pour élargir sur le monde du poste de travail. Moi je suis vraiment basée poste de travail.

Frédéric Couchet : Avant que tu répondes à la question, on va juste préciser que NextCloud est un environnement de travail collaboratif qui intègre agenda, qui intègre de la bureautique, enfin plein de choses. Vraiment quelque chose qui est un gros développement et il y a des administrations importantes qui migrent, il y a même des structures privées et autres. Je crois, de mémoire, si je me trompe Adrien me corrigera, qu’il y a une instance NexCloud proposée par le Chapril. Si vous voulez, par exemple, partager des photos dans votre famille ou un agenda avec votre famille, vous pouvez aller sur chapril.org.
Je reviens à ma question, Marie-Jo, comment trouves-tu ta clientèle ?

Marie-Jo Kopp Castinel : Concernant les collectivités, je ne la trouve pas, je réponds à des appels d’offre. C’est un gros travail, surtout quand on est une TPE, c’est toujours le vrai problème qu’on a sur PLOSS-RA avec toutes les entreprises, d’où le combat qu’on a, on en reparlera tout à l’heure, que les appels d’offre ne soient pas complètement pipés parce que c’est un énorme travail que de répondre à appel d’offre ; même, entre guillemets, un « petit appel d’offre simple », la bureautique c’est assez simple, c’est quatre-cinq jours de boulot pour répondre à un appel d’offre. Les collectivités ce ne sont que des appels d’offre. Après, ça peut être des devis, des appels à projet avec des devis. Sinon, j’ai créé ma première société en 1996 et, en gros, j’ai la chance de ne pas avoir perdu de clients. Donc à force, par réseau, par connaissance et puis justement, on peut en parler maintenant, par le monde libriste en fait. Je pense que le monde libriste est un peu petit et on se connaît les uns les autres. Une fois j’ai formé des gens grâce à l’April, ils m’avaient trouvé sur le site de l’April.
Donc ça va être du réseau, du bouche-à-oreille et des appels d’offre.

Frédéric Couchet : D’accord. Je vais juste préciser avant de passer la parole à Jean-Michel sur le même sujet, que tu as cité PLOSS-RA, on va dire que PLOSS-RA c’est le regroupement d’entreprises libristes de la région Rhône-Alpes, tout simplement.

Marie-Jo Kopp Castinel : Auvergne-Rhône-Alpes.

Frédéric Couchet : Auvergne-Rhône-Alpes, excuse-moi, ça a changé il y a quand même quelques années, donc Auvergne-Rhône-Alpes.
Même question Jean-Michel, comment trouves-tu ta clientèle et quels types de clients as-tu ?

Jean-Michel Boulet : Puisque vous parlez du PLOSS-RA, je vais vous parler d’Alliance Libre.

Marie-Jo Kopp Castinel : Alliance Libre c’est du côté de Nantes.

Jean-Michel Boulet : C’est le cluster des Pays de la Loire et de Bretagne qui rassemble les entreprises ; les entreprises adhérentes d’Alliance Libre sont des entreprises qui font du Libre, l’idée c’est bien ça, c’est de nous mettre en réseau ; ça rassemble CapLibre qui était historiquement à Rennes. Donc on fait Pays de la Loire, Bretagne. On fait en sorte de se connaître. Alliance Libre ce sont 36 numéros SIRET, sociétés, 350 salariés, ça varie, à peu près 350 personnes qui travaillent sur le Libre.
Je continue à répondre toujours dans l’idée de comment je trouve mes contrats. Forcément, bien sûr, c’est le réseau du Libre.
À Nantes, au périphérique sud de Nantes, on est dans un bâtiment où il y a pratiquement 50 personnes dans un bâtiment où on fait tous du Libre, c’est le siège social de l’association Alliance Libre. Donc tous les jours, dans les deux salles de formation, on est parmi des libristes.
Ça c’est une première chose, comment on trouve des contrats.
J’ai envie de dire aussi aujourd’hui que ce n’est pas l’entrée principale. Il n’y a pas longtemps j’ai fait des calculs par rapport à l’année 2020, vu qu’elle n’a pas été terrible, j’ai plus de la moitié de mes contrats qui sont des anciens clients. On fonctionne depuis 2006, donc heureusement là, cette année, plus de la moitié sont des anciens clients.
En fait il y a l’aspect réseau libriste, l’aspect on a un peu de bouteille donc on a des clients et, pour une minorité, le site web. Ce n’est pas énorme, ce n’est pas le principal. J’ai envie de dire avant ça, c’est vraiment du réseau en dehors du Libre, c’est tout le réseau qu’on fait en dehors du Libre puisque j’ai parlé du Libre avant.
Donc j’ai envie de dire le Libre, les anciens clients, du réseau et puis un petit peu le site web, mais pas trop. J’ai envie de rajouter, j’avais envie de dire rien des réseaux sociaux, mais, en même temps, je n’y suis pas du tout !

Frédéric Couchet : Effectivement !
Avant la pause musicale, je vais préciser que PLOSS-RA, Auvergne-Rhône-Alpes et Alliance Libre Pays de la Loire et Bretagne sont membres d’un réseau plus important encore qui est le Conseil National du Logiciel Libre, cnll.fr.
On va faire une petite pause musicale avant de poursuivre notre discussion. Nous allons rester avec Jahzzar. On va écouter Ashes par Jahzzar. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Ashes par Jahzzar.

Voix off : Cause Commune, 93.1.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Ashes par Jahzzar, disponible sous licence libre Creative Commons Partage dans les mêmes conditions, CC By SA. Vous trouverez une présentation de l’artiste sur le site auboutdufil.com et le site de l’artiste est sur soundcloud.com.

Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM et en DAB+ en Île-de-France, partout dans le monde sur le site causecommune.fm.
N’hésitez pas à participer à notre discussion en vous rendant sur le salon web de la radio, site causecommune.fm, bouton « chat » et vous nous rejoignez sur le salon #libreavous.

Nous parlons actuellement avec Jean-Michel Boulet de la société 2i2l.fr et Marie-Jo Kopp Castinel de la société opengo.fr de formation professionnelle et de logiciel libre. On va poursuivre la discussion.
On parlait juste avant la pause de la clientèle de Jean-Michel et de Marie-Jo. J’ai aussi envie de vous demander comment vous travaillez. Est-ce que vous travaillez seul, avec des partenaires, des sous-traitants ? On va commencer par Marie-Jo.

Marie-Jo Kopp Castinel : Je travaille avec des prestataires libristes, on va insister là-dessus, mais pour former au logiciel libre il faut avoir des libristes convaincus, sinon ça ne peut pas bien se passer.
Donc je travaille avec plusieurs personnes qui sont souvent auto-entrepreneurs quand il y a des gros projets où il faut qu’on soit plusieurs formateurs notamment simultanés ; le Covid a un petit peu bloqué le truc. Donc me concernant, je travaille avec des sous-traitants qui sont en général auto-entrepreneurs.

Frédéric Couchet : D’accord. Jean-Michel.

Jean-Michel Boulet : Même chose, bien sûr. J’ai envie de préciser que 2i2L, au-delà d’être un centre de formation, c’est aussi un agrégateur de compétences. En fait, je travaille des gens avec lesquels je fais en sorte que ça devienne un réseau. C’est-à-dire que les formateurs connaissent une partie métier, ils sont passionnés par leur métier, ils ont une préférence pour le logiciel libre et ils ont une bonne connaissance du monde du logiciel libre. C’est ce qu’on appelle les libristes.
Au-delà de ça, beaucoup travaillent ailleurs. Ce sont soit des maîtres de conférences par exemple à la fac, des chefs de projet sur des sociétés, des indépendants, des salariés d’entreprises spécialisées. Je reviens sur la question d’avant, ce sont des personnes qui peuvent aussi rapporter des contrats par rapport à ce qu’ils font, par rapport à ce qu’ils savent que l’on peut faire sur 2i2L. Donc on travaille avec ces gens.
Tout à l’heure on parlait d’Alliance Libre, mais ce ne sont pas forcément que des gens d’Alliance Libre. J’ai parlé de maîtres de conférences à la fac. L’idée c’est vraiment d’avoir des spécialistes, vraiment des spécialistes métiers dans des domaines, capables de défendre un logiciel. Voilà. C’est plutôt de cette façon-là qu’on se retrouve avec les gens avec lesquels on travaille, sur une passion, sur un logiciel, sur un métier.

Frédéric Couchet : D’accord. Donc de l’expertise libriste passionnée. Est-ce qu’il y a en a suffisamment en France pour couvrir les besoins de vos clients ? Marie-Jo.

Marie-Jo Kopp Castinel : Très clairement non. Dernièrement j’ai fait un appel sur un réseau, je n’utilise qu’un réseau social, au moins un par rapport à Jean-Michel, et c’est très compliqué de trouver des compétences.
Je reviens à la bureautique qui est quand même ma spécialité. J’avais déjà eu le cas, j’avais embauché en 2014, donc j’avais des salariés pour le coup, c’était très compliqué et j’avais fini par passer par les réseaux de communautés du Libre en disant « si vous connaissez LibreOffice, moi je vous formerai à la pédagogie, je sais faire il n’y a pas de souci ». Donc il y a un vrai problème qui provient de l’école, on en revient à l’enseignement, ça fait aussi partie des combats du PLOOS d’essayer d’agir au niveau de l’école, l’Éducation nationale, etc., on connaît toutes les histoires, enfin nous les connaissons, peut-être pas tous les auditeurs. C’est assez scandaleux de fermer, de formater les jeunes. Quand ils sortent de leurs études, si c’est scientifique c’est bon, ils connaissent le logiciel libre, mais dès qu’on est dans d’autres études, ils sont tombés tout petits dans un truc et on les a formatés, donc il n’y a pas de compétences. Même dans les écoles ensuite, dans le secondaire, les gens ne sont pas nécessairement formés sur des choses comme ça. Donc c’est un vrai souci de recruter et on essaye beaucoup d'agir au niveau association. À Lyon, on organise le Campus du Libre avec l’INSA [Institut National des sciences appliquées] justement pour se tourner vers les étudiants, pour que les étudiants connaissent et se mettent dans le Libre.

Frédéric Couchet : D’accord. Est-ce que tu as le même sentiment, le même constat, Jean-Michel ?

Jean-Michel Boulet : Je suis d’accord avec Marie-Jo, mais je n’ai pas le même vécu par rapport à ça. C’est-à-dire que 2i2L ne cherche pas à recruter des formateurs. Bien sûr, on est ouvert à intégrer des formateurs, mais si je vous explique comment je fonctionne, c’est différent.
Pour nous, l’idée, en fait, c’est de se faire plaisir dans la formation. Il y a d’autres critères pour avoir une bonne formation, tu poseras peut-être la question après, mais se faire plaisir c’est pour moi un des points principaux. Je n’ai pas envie de rechercher un formateur pour assurer une formation. L’idée c’est plutôt le contraire. C’est-à-dire que j’intègre dans le catalogue de 2i2L des gens que je rencontre ou qui me sont en lien par cooptation, par réseau, et qui viennent me dire « moi je fais ça, j’utilise ce logiciel professionnellement, c’est une bombe, j’ai envie d’en parler, on n’en parle pas assez, il n’y a pas de formation sur le Web, je te propose une formation ». Et là je dis banco, on y va, on va se faire plaisir. On va faire une formation.
C’est pour ça que tout à l’heure je vous parlais de FFmpeg, c’est improbable mais pourquoi pas !, et on en fait. Je peux vous donner autre chose, par exemple Emacs ; ça va faire rire les gens, on a fait des formations Emacs.

Frédéric Couchet : Explique en une phrase ce qu’est Emacs.

Jean-Michel Boulet : Non, je ne peux pas. À part le café, Emacs fait à peu près tout !

Frédéric Couchet : À l’origine Emacs est un éditeur de texte qui existe depuis une trentaine d’années. Aujourd’hui c’est quasiment un environnement de travail où on peut tout faire. Par exemple je lis mes courriels sur Emacs, je fais de la messagerie instantanée sur Emacs. Effectivement, c’est ultra-technique.
On va essayer d’avancer parce qu’en fait que le temps file.
Tout à l’heure, en introduction, on a parlé de l’importance de la formation. J’ai une petite question : quels sont les points clés, les deux-trois points clés ou bonnes pratiques pour une formation réussie quel que soit le type de formation ? Marie-Jo.

Marie-Jo Kopp Castinel : Le point clé, là encore je reviens à mes formations de formateurs : 95 % de la réussite d’une formation se situe avant l’entrée dans la salle. C’est-à-dire avoir préparé les objectifs, avoir identifié les publics, avoir préparé des exercices en lien, quand même, avec l’endroit où on va : si on forme des comptables, on ne va pas mettre les mêmes chose qui si on forme une secrétaire, etc., parce que ce ne sont pas les mêmes usages de la bureautique, ils ne manipulent pas les mêmes données. Donc pour moi c’est vraiment la préparation et c’est peut-être là où on voit les organismes de formation entre guillemets « sérieux ». Une fois je l’ai vécu, quand on me dit « j’ai besoin que vous veniez former un groupe de personnes – c’était sur Word à l’époque – tel jour et tel jour pendant deux heures », je ne peux pas répondre à cette question. C’est d’abord : quels sont les objectifs, quels sont les niveaux ? En pratique, j’envoie beaucoup de questionnaires d’audit de niveau sur des fonctions avancés pour m’assurer d’avoir les mêmes objectifs à atteindre avec la notion de groupe homogène ou hétérogène. Je vais laisser Jean-Michel compléter là-dessus parce qu’il le vit aussi.

Jean-Michel Boulet : Oui. Les trois points c’est en effet de la procédure et on va en parler après avec Qualiopi, je pense. Les procédures sont très importantes. Il faut savoir à quel objectif on va répondre. C’est un point important. Moi je ne le vis pas, c’est plus Marie-Jo qui voit ça. Mais, d’une manière générale, je ne suis pas en lien avec un service formation qui me demande une formation. Je suis en lien avec un chef de projet, un expert métier qui me dit « on a besoin de ça ». Donc nous, on n’a pas trop de problèmes par rapport à ça ; on arrive à fixer les attentes assez vite.
C’est vrai que quand on passe par un service formation, quand on a une personne administrative en face de soi qui dit « on a besoin d’un devis pour telle formation », je dis la même chose que Marie-Jo. On peut envoyer un devis, c’est bien, mais si on ne connaît pas les stagiaires, si on ne sait pas s’ils utilisent déjà l’application ou s’ils sont en cours de migration, on ne peut pas proposer quelque chose dans ces cas-là.

Frédéric Couchet : Donc vraiment l’importance de la préparation en amont avec un audit, un questionnaire.

Jean-Michel Boulet : Oui. Préparation en amont et feed-back en fin de formation. C’est-à-dire qu’on a aussi besoin d’avoir un retour si on s’est planté ou pas. On s’en rend compte assez vite, il n’y a pas de problème. Je ne suis pas toujours devant les stagiaires, mais en tout cas pour l’organisme de formation, quand ce sont d’autres formateurs qui interviennent, on a des procédures de questionnaires, on a deux-trois types de questionnaires qui font que, par le retour, on sait si on a bien répondu aux attentes.

Frédéric Couchet : D’accord.
Je vois sur le salon web une question de Marie-Odile qui demande ce que vous pensez de Pix. Est-ce que ça vous sert pour faire le point ? Pix, p, i, x. Est-ce que tu veux dire ce que c’est, parce que je ne suis pas sûr de savoir ce que c’est ?

Jean-Michel Boulet : Je ne sais pas si Marie-Jo veut le dire parce que c’est plus son domaine.

Marie-Jo Kopp Castinel : Je ne connais pas.

Jean-Michel Boulet : Tu ne connais pas ! Pix, c’est une structuration un peu différente de ce qu’on appelait le C2i.

Frédéric Couchet : Certificat informatique et internet à l’époque.

Jean-Michel Boulet : Il y avait le B2i au collège

Frédéric Couchet : Brevet informatique et internet.

Jean-Michel Boulet : Voilà, en gros, puis lycée, et à la fac il y avait le C2i, Certificat informatique et internet. 2I2L vient un peu de là parce que j’ai fait du C2i, informatique et internet et après logiciel libre.
Le Pix c’est ça, c’est une structuration de points clefs à maîtriser, donc, en fait, c’est un découpage de connaissances à avoir, de compétences à acquérir, qui sont formalisées sur un site internet qui s’appelle pix.fr.

Frédéric Couchet : D’accord.

Marie-Jo Kopp Castinel : Je peux rebondir là-dessus. J’ai l’occasion de rendre hommage à un grand monsieur qui nous a quittés, qui s’appelait Jean-Yves Royer. Par contre il m’avait bien expliqué le C2i, parce que lui s’est aussi battu toute une vie pour que dans ces trucs-là on ne parle pas que de Word et d’Excel. Ça fait plusieurs années que je n’ai pas suivi, je ne sais pas si ça a beaucoup évolué. Il faudrait demander à la personne, Marie-Odile, parce que c’est le problème de ces compétences où là encore, pour tester les gens, eh bien on leur met un Word et un Excel dans les pattes. Ils n’ont pas le choix alors qu’ils devraient avoir le choix de l’outil qu’ils utilisent. Je ne sais pas si ça a avancé, si elle peut nous répondre.

Frédéric Couchet : En tout cas, elle nous écoute et je crois que ça n'a pas beaucoup avancé vu les émissions qu’on a faites récemment sur l’éducation plusieurs fois. On va en refaire, évidemment.
Tu voulais ajouter quelque chose sur cette partie, Jean-Michel.

Jean-Michel Boulet : Juste dire, je reviens toujours à ça, c’est que Pix est très généraliste, ça va plus concerner les personnes avant leur entrée dans la vie active. Quand on est dans la vie active, quand les personnes ont un poste de travail là, du coup, elles ont besoin de formation professionnelle qui réponde à leur demande quotidienne de compétences et c’est différent.

Frédéric Couchet : D’accord.
On vit évidemment une période particulière et vous êtes bien placés aussi pour le savoir parce que souvent, quand on pense formation, on pense à présentiel, c’est-à-dire une salle de formation avec un formateur ou une formatrice. Ces derniers mois ont dû chambouler un petit peu vos formations. Tout à l’heure on a parlé d’outils de visioconférence comme BigBlueButton. J’ai envie de vous demander, aujourd’hui, comment vous avez vécu cette période ? Est-ce qu’il y a eu des choses positives, négatives ? Les formations en présentiel, le mix, avantages, inconvénients ? Voilà. Comment avez-vous vécu cette période et comment comptez-vous vous organiser, comment vous vous préparez pour la période qui vient, qui continue parce que, aujourd’hui, rien n’est réglé au niveau de la pandémie ? La formation en présentiel versus formation à distance ? Marie-Jo.

Marie-Jo Kopp Castinel : Le premier confinement ça a été la catastrophe puisque tout s’est arrêté, annulé, on va dire du mois d’avril pratiquement au mois de septembre. Basculer de présentiel à distanciel ça ne se fait pas comme ça, donc j’ai revu complètement le découpage des formations. Ça a été un travail énorme. J’ai aussi fait le choix de la solution BigBlueButton qui est une solution exceptionnelle de classe virtuelle à mon sens.
Aujourd’hui je dirais que le gros du projet, qui me prend le plus de temps, est en place. Je pensais que ce n’était pas possible de faire du savoir-faire numérique en distanciel. Si, et ça je sais que Jean-Michel complétera. Pour le plus de la formation en distanciel, il y a des choses très bien qui sont liées au distanciel. Le souci majeur, pour moi, qui reste par rapport au distanciel, c’est qu’il faut que ça marche, c’est-à-dire qu’il faut que les apprenants aient l’ordinateur, la caméra, le micro et le bon logiciel. Ces apprenants, quand ils ne sont pas au bureau ils sont chez eux. Si on savait que tout le monde se reconnecte tel jour et on qu’avance ensemble, pour moi ce serait vraiment une solution. Alors elle ne convient pas à des débutants en informatique, il faut quand même que les gens aient une certaine autonomie, mais elle a des points très positifs. Et puis, pour le formateur, en effet c’est plus cool en effet de ne pas se déplacer.
Après, moi j’ai besoin de contact, je suis une grande kinesthésique, j’ai besoin de voir les gens, de les toucher. J’ai repris depuis une semaine en présentiel avec le plus grand des bonheurs, mais je reconnais que le distanciel a certains atouts. Je sais que Jean-Michel va le dire aussi, je lui laisse raconter cette période.

Frédéric Couchet : Dans la préparation, je crois, Jean-Michel, que tu as dit : « Je me suis fait plaisir ». Est-ce que tu peux nous expliquer ?

Marie-Jo Kopp Castinel : Moi aussi, j’ai fini par me faire plaisir !

Frédéric Couchet : Toi aussi ! D’accord. Jean-Michel.

Jean-Michel Boulet : Oui, en fait clairement. Ça a été une obligation qui a vite été transformée en plaisir.
Déjà on a tous les outils. Comme Marie-Jo, comme tout le monde en France, avril-mai ça a été le black-out, voilà, terminé ! Du coup il fallait réagir assez vite. La réaction a été de prendre en main les outils nécessaires pour faire les formations à distance.
On a une chance incroyable dans le Libre, je le savais avant mais il fallait ce moment-là pour y rentrer, c’est qu’on a tous les outils qui vont bien et il n’a pas fallu longtemps, fin avril j’avais tous mes outils, que ce soit Chamilo, Moodle, Open edX qu’on a testé pour la formation à distance, mais aussitôt on est passé sur BigBlueButton évidemment, Etherpad que j’utilisais avant. On a utilisé des pratiques différentes, des usages, Collabora, OnlyOffice dans NextCloud, LimeSurvey pour les formulaires et les procédures en ligne. On a tous les outils. Donc déjà ça.
Ensuite, là où ça a été un plaisir en effet, ça a été de pouvoir monter des procédures pédagogiques, d’apprendre à transmettre du savoir d’une autre façon. Comme on maîtrise tous ces outils-là, du coup on a placé les bons outils aux bons endroits, où on avait besoin de les avoir. On a monté, en fait, ce qui était nécessaire. Depuis les premières formations au mois de mai, je n’ai pratiquement fait que de la distance, que de la formation à distance.
Ce qui a changé aussi c’est que toutes les formations qu’on faisait puisqu’on se déplaçait sur toute la France, même au-delà, eh bien quand on se déplace pour une formation de deux, trois, quatre jours, du coup on essaye de condenser la formation, mais là ce n’est plus pareil. Avec la formation à distance on a découpé en matinées. C’est-à-dire que maintenant toutes les formations c’est une demi-journée. Donc plein de matinées, toutes les matinées sont prises pour faire des formations. Pour les stagiaires ça devient plus flexible aussi. Du coup, dans la même journée, ils peuvent être en formation le matin et travailler à leur bureau l’après-midi, en l’occurrence ce n’était pas le bureau, c’était chez eux.
D’une manière générale la formation à distance a apporté, pour nous, de nouveaux usages avec de nouveaux outils et un plaisir de travailler sur un temps découpé.

Frédéric Couchet : J’ai justement une question sur ces nouveaux usages, mais juste avant est-ce que la formation à distance est plus fatigante pour le formateur ou la formatrice et même question pour les personnes qui suivent la formation, par rapport à une formation purement présentielle ? Je ne sais pas qui veut répondre à la question. Marie-Jo.

Marie-Jo Kopp Castinel : Très clairement, en présentiel, je suis épuisée, lessivée, à la fin de la formation ; mes stagiaires aussi, il n’y a pas de souci ! En distanciel, ce sont les stagiaires qui me disent que c’est épuisant. Épuisant parce qu’ils sont à fond. Quand il y a un groupe, il y en a toujours un qui est en retard, qui va poser une question, les autres peuvent se reposer. En distanciel c’est chacun de son côté, c’est très compliqué aussi, il n’y a pas cette entraide qu’on a dans une salle de formation où les gens s’entraident. Là ils sont très seuls. Quand ils étaient à deux, c’était quand même plus simple pour eux. Ce sont de bons utilisateurs qui me disaient « c’était super, mais je suis épuisé ». Je pense que c’est beaucoup plus reposant pour le formateur, à mon avis. Peut-être aussi qu’en présentiel j’ai une certaine dynamique qui fait que je me vide complètement, mais pour moi c’est beaucoup plus reposant et c’est aussi le côté positif.

Jean-Michel Boulet : Je suis d’accord. C’est ça. C’est plus reposant pour le formateur. C’est peut-être plus de tension pour les stagiaires et c’est pour ça qu’on a découpé les formations en demi-journées. Pour moi une journée de formation c’est trop lourd.

Frédéric Couchet : D’accord.

Marie-Jo Kopp Castinel : Il y en a qui ont apprécié pour certains sujets. En respectant des pauses comme en présentiel, je fais 15 minutes de pause par demi-journée, que ce soit distanciel ou présentiel, en respectant les pauses, je n’ai pas vu le temps passer. C’est là où j’ai fini par me faire plaisir. Je m’étais dit une journée ça va être monstrueux, c’est ce que disaient les gens « passer une journée derrière son ordinateur ça va être monstrueux ». En fait comme ils pratiquent, on est quand même sur de la pratique dans nos outils numériques, du coup ça passe très vite. Mais je pense que c’est lourd et qu’il vaut mieux, en effet, privilégier des demi-journées plutôt qu’une journée entière. Ça se fait aussi, mais tu as raison.

Frédéric Couchet : D’accord. Je précise juste qu’il nous reste une petite dizaine de minutes. Avant de poser une nouvelle question, je vais juste préciser que vous pouvez découvrir les outils qu’on a cités, notamment en tout cas, sur le site du Collectif CHATONS avec un « S », chatons.org, qui est le Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires, notamment BigBlueButton qui est un outil de visioconférence et de classe virtuelle.
J’avais justement une question, Marie-Jo. Pendant la préparation, si je me souviens bien, tu m’as expliqué que cet outil de classe virtuelle qui propose de la vidéo, du partage d’écran, propose aussi une zone de chat et tu m’as dit que des gens qui ne s’exprimeraient pas en présentiel s’étaient exprimés sur la zone de chat. Est-ce que tu peux faire ce retour d’expérience ?

Marie-Jo Kopp Castinel : En plus, toujours pareil, Jean-Michel, dans des groupes on peut avoir des problèmes de hiérarchie, on peut avoir des problèmes de grands timides ou de grandes gueules. Eh bien des gens qui n’auraient pas ouvert la bouche dans un groupe — c’est le rôle du formateur de les suivre — vont facilement poser une question sur le chat, commenter quelque chose. Et puis il y a aussi le chat privé, il y a ceux qui vous écrivent en privé. Suivre le chat public et le chat privé, c’est compliqué. J'explique en deux mots : on a un outil de chat ; quand on écrit tout le monde voit ce qu’on écrit. Mais, sur BigBlueButton, on peut aussi écrire en privé à quelqu’un, c’est-à-dire qu’à la personne. Moi j’avais des gens qui me posaient des questions en chat privé, ils ne les posaient pas au groupe. C’est une gymnastique que de suivre les deux ! Du coup, des gens qui n’auraient certainement jamais dit autant de choses en présentiel, ont pu s’exprimer en distanciel, poser des questions.

Frédéric Couchet : Ça permet effectivement à des gens, comme tu viens de le dire, de s’exprimer alors qu’en fait ils ne l’auraient sans doute pas fait en présentiel. Ça fait finalement partie de ces apports positifs, quelque part, du distanciel.

Marie-Jo Kopp Castinel : Oui. De s’exprimer soit pour poser une question, soit quelqu’un qui serait peut-être plus avancé qui, en même temps, fait des tests, il est en même temps sur Internet, il vérifie, il fait des questions parallèles, il n’aurait pas bloqué une formation pour parler d’un sujet annexe. Alors que là on peut le faire.

Frédéric Couchet : D’accord. Est-ce que tu veux rajouter quelque chose, Jean-Michel, avant qu’on passe au dernier point ?

Jean-Michel Boulet : Non. On a des beaux outils et quand on les utilise bien c’est parfait, c’est nickel. On profite !

Frédéric Couchet : Donc on a les outils, il faut monter en compétences, nouvelles possibilités pédagogiques.
On va aborder le dernier point. Tout à l’heure tu as parlé d’un mot, Qualiopi, qui a d’ailleurs fait réagir sur le salon un certain Dimitri, je ne sais pas si c’est le Dimitri qui fait de la formation et que je connais, il répondra.

Jean-Michel Boulet : Si, je pense que c’est lui.

Frédéric Couchet : C’est lui ? Donc Dimitri Robert. On le salue.

Jean-Michel Boulet : On va parler de lui.

Frédéric Couchet : D’accord. Le dernier point c’est la problématique du financement de la formation professionnelle en France. Comme c’est un sujet qui est un petit peu particulier, un terrain glissant on va dire, peut-être, Jean-Michel, que tu pourrais commencer par expliquer ce qu’est Qualiopi, ce que tu voulais dire là-dessus.

Jean-Michel Boulet : Oui. Je vais reprendre un petit texte pour expliquer, mais c’est tout simple. En fait, Qualiopi c’est la future certification obligatoire pour les organismes de formation à partir du 1er janvier 2022. C’est une certification pour organismes de formation. Ça été pondu par la loi du 5 septembre 2018 et il faut le mettre en place au 1er janvier 2022.
Pourquoi est-on obligé d’être certifié ? Il faut savoir que quand on fait de la formation professionnelle, il y a des fonds qui interviennent. Il y a des fonds. Il y a un pourcentage du bulletin de salaire de chaque Français qui va à la formation professionnelle, qui est collecté. Avant c’était par les OPCA [Organismes paritaires collecteurs agréés], maintenant ce sont les OPCO [Opérateurs de compétences]. Ce pourcentage sert à abonder, à permettre de monter des formations professionnelles.
Pour pouvoir profiter de ces fonds, il va falloir, à partir du 1er janvier 2022, être certifié Qualiopi. Voilà.
Ça permettra aussi d’avoir des formations auprès d’organismes publics parce que même les collectivités et l’État devront faire appel, savoir si on est certifié Qualiopi ou pas, pour pouvoir assurer la formation.
Être certifié Qualiopi permettra aussi de savoir si l’organisme de formation a inscrit des parcours de formation au répertoire spécifique, au Répertoire national de certification professionnelle, c’est-à-dire, en gros, là où on retrouve l’ensemble des formations.
En gros, Qualiopi c’est quoi ? C’est une continuité du Datadock. Datadock c’est un autre gros mot. Datadock c’était en 2017, maintenant on a Qualiopi. C’est une demande de structuration forte des organismes de formation.

Frédéric Couchet : D’accord. C’est une bonne chose ?

Jean-Michel Boulet : C’est de l’administratif, c’est du pur administratif avec 32 indicateurs et 7 critères. Du coup, en fait c’est ce que je disais tout l’heure, c’est-à-dire la possibilité de prendre en amont les attentes exactes des stagiaires, d’avoir un feed-back en fin pour savoir s’il y a eu une bonne progression, d’avoir des échanges constructifs au-delà du temps de formation. C’est-à-dire qu’il y a tout un travail administratif.
C’est de la procédure et c’est de la procédure qui n’est pas finie, ce n’est pas près de s’arrêter parce qu’on est dans une démarche d’amélioration continue.

Frédéric Couchet : OK ! Marie-Jo, là-dessus tu veux réagir ?

Marie-Jo Kopp Castinel : Je vais réagir un peu sous un autre angle. Datadock ce n’est un gros mot, c’était une certification qualité qui nous a permis à tous, justement, de remettre en place les bonnes procédures. Le but de Datadock c’était d’éliminer les petits organismes de formation, mais ils se sont accrochés et ils se sont certifiés pour la bonne raison que c’était du temps et on l’a fait.
Là où ce Qualiopi est absolument scandaleux c’est que c’est une certification qui coûte au minimum 5 000 euros. Donc là, en fait, il faut payer pour être certifié, il ne faut pas être meilleur que les autres, il faut payer !
J’en reviens au logiciel libre. 90 % des entreprises du Libre sont des TPE. Ça veut dire que demain si une entreprise veut se faire financier sa formation administration Linux, elle n’aura pas le choix de son prestataire si celui-ci n’a pas sorti 5 000 euros la première année plus 3 000 euros tous les deux ans pour avoir sa certification Qualiopi. Le but c’est toujours d’éliminer les petits organismes de formation et, dans le logiciel libre, ce sont des petits organismes de formation. Voilà ma vision de Qualiopi. On en reparlera, Jean-Michel, mais, quand une collectivité fait un appel d’offres, elle n’a rien à faire de Qualiopi ! C’est obligatoirement par appel d’offre, ils n’ont pas droit de faire de la formation sans appel d’offre.

Jean-Michel Boulet : Oui. Il y a autre chose à prendre en compte dans ce cas-là, c’est qu’on n’est pas obligé d’être certifié Qualiopi pour survivre en tant que centre de formation parce que, de toute façon, c’est à peine un quart des formations qui passe par les OPCO.

Frédéric Couchet : OPCO, Opérateurs de compétences. On a cité beaucoup de mots clefs.

Jean-Michel Boulet : Je voudrais dire une dernière chose à propos de Dimitri qui est sen ligne. Il y a un projet de Dimitri de développement d’une application pour répondre à la demande de structuration Qualiopi et Dimitri en fait un logiciel libre en AGPL. J’ai mis le lien sur le site de l’April.

Frédéric Couchet : D’accord. On mettra la référence. Dimitri Robert. L’AGPL est une licence libre, notamment dédiée pour les services, les sites web, etc.
Je suis désolé, mais les intervenants suivants viennent de rentrer, en tout cas ils attendent sagement derrière la vitre.
Il reste deux minutes à chacun et chacune si vous avez un message à faire passer, un résumé, une actualité ou un besoin. On va commencer par Jean-Michel, mais vraiment deux minutes maximum.

Jean-Michel Boulet : L’actualité c’est toujours d’améliorer le catalogue et d’avoir des spécialistes qui sont capables de défendre des logiciels libres qu’ils apprécient. Donc trouver des personnes qui se font plaisir dans la formation pour monter des formations, en avoir plus.
L’idée c’est aussi de bien faire penser à tout le monde que s’il y a des migrations vers le logiciel libre, ce n’est pas moins cher que du logiciel propriétaire. Généralement, on dit qu’il faut pointer l’argent des licences vers la formation professionnelle ; c’est un point qu’on ne dit pas assez : arrêter de payer des licences de logiciels, c’est utiliser l’argent sur des budgets de formation professionnelle parce qu’il faut accompagner les migrations ; c’est le changement.
Et puis dire aussi que quand vous travaillez avec des spécialistes qui sont dans le Libre, ce sont généralement des gens qui sont intégrés dans les communautés et que les formations professionnelles c’est aussi un moyen de voir quels sont les problèmes qui sont posés par l’application, voire les bugs et les choses comme ça et généralement les formateurs ont un rôle de faire remonter ces bugs et ces améliorations des logiciels, d’ergonomie et de choses comme ça.
Donc faire appel aux spécialistes du logiciel libre en particulier c’est s’assurer, d’un côté, que la personne connaît le logiciel, le métier, le monde du Libre, mais aussi, en arrière plan, qu’elle peut participer à l’amélioration de l’application.

Frédéric Couchet : Super Jean-Michel. Pareil, dernier mot de conclusion Marie-Jo.

Marie-Jo Kopp Castinel : Il a dit pas mal de choses donc c’est tout bon.
En conclusion, j’espère que monsieur Covid va nous laisser continuer à travailler, que le présentiel va quand même continuer. Dire n’arrêtez pas tout parce qu’on peut prendre des mesures, on prend des mesures : on est moins dans les salles, on met des masques, etc. Formez-vous, bien sûr avec des gens qui connaissent et qui sont passionnés par l’outil parce que sinon ça se passera mal. Il y a des migrations qui se passent mal parce qu’on a pris les mauvais intervenants et ça se passe mal à la fin.
En espérant que cette année soit moins perturbée que 2020.

Frédéric Couchet : C’est tout ce qu’on peut espérer. En tout cas, je conseille les personnes qui cherchent des intervenants et intervenantes de qualité professionnelle et libristes de faire appel à Marie-Jo Kopp Castinel de la société opengo.fr et Jean-Michel Boulet 2i2l.fr.
Je vous remercie tous les deux et je vous souhaite de passer une bonne fin de journée et à bientôt.

Marie-Jo Kopp Castinel : Merci beaucoup.

Jean-Michel Boulet : Merci. À bientôt. Au revoir

Marie-Jo Kopp Castinel : Merci Fred. À bientôt. Au revoir.

Frédéric Couchet : Nous allons faire une pause musicale.

[Virgule sonore]

Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre notre écoute de Jahzzar avec un morceau qu’il a écrit suite à sa visite de Paris il y a quelques mois ou années, je ne sais pas. Le titre s’appelle Boulevard St Germain. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Pause musicale : Boulevard St Germain par Jahzzar.

Voix off : Cause commune, 93.1.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Boulevard St Germain par Jahzzar, disponible sous licence libre Creative Commons Partage dans les mêmes conditions, CC By SA. Cet artiste, comme je vous le disais, a fait un certain nombre de titres sous licence libre suite à sa visite de capitales ou peut-être de villes européennes. Vous les retrouverez sur le site de l’artiste, sur sa page soundcloud.com, et vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org, et sur le site de la radio causecommune.fm.

Vous écoutez toujours Libre à vous ! sur radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout dans le monde sur causecommune.fm.

On va passer au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Chronique « Que libérer d'autre que du logiciel » avec Antanak sur les systèmes d'exploitation libres pour téléphone mobile

Frédéric Couchet : « Que libérer d'autre que du logiciel », c’est la chronique d’Antanak. Des personnes actives de l’association Antanak se proposent de partager des situations très concrètes et/ou des pensées, mises en acte et en pratique au sein du collectif — le reconditionnement, la baisse des déchets, l’entraide sur les logiciels libres, l’appropriation du numérique par tous et toutes.
Aujourd’hui Isabelle et Freco vont continuer sur le thème des précédentes chroniques, les systèmes d’exploitation libres pour téléphone. Je ne sais pas qui commence.

Isabelle Carrère : Bonjour. C’est François, Freco, qui va poursuivre son exposé là-dessus puisqu’on n’avait déjà pas mal avancé, François, sur ces sujets.

Freco : Oui. Donc les 13 octobre et 10 novembre derniers, on avait commencé par l’importance de la protection des données personnelles sur son téléphone en utilisant notamment des logiciels libres. On avait évoqué jusque-là les systèmes libres basés sur Android. L’intérêt principal est de permettre d’avoir une compatibilité avec les applications Android.
Aujourd’hui on va changer, on va parler uniquement des systèmes entièrement GNU/ Linux, qui ne sont donc pas basés sur le projet open source d’Android, mais bel et bien sur les différentes distributions GNU/Linux.

Isabelle Carrère : OK. Du coup, avec eux, on peut retrouver directement ce qu’on a sur PC sur un téléphone, pareil ?

Freco : Suivant les systèmes, oui, c’est possible techniquement. Après, les logiciels pour PC sont développés sur un écran d’ordinateur, bien plus grand que celui d’un smartphone, donc si vous pouvez concrètement installer des applications pour PC, les utiliser ne sera pas forcément possible.

Isabelle Carrère : Ça permet quand même de garder ses repères sur son téléphone de la même manière que sur un PC, comme pour les mises à jour ?

Freco : Cela dépend encore des versions. Typiquement, pour garder les mêmes réflexes que sur un PC, il faudra choisir, par exemple, la version pour téléphone de Debian, qui est la mère de la majorité des distributions grand public.

Isabelle Carrère : Et ce système est disponible pour quels appareils ?

Freco : Ce système est encore tout frais et il vient de sortir pré-installé sur un téléphone entièrement libre, le Librem 5 de la société Purism, qui a adapté ce système en le nommant Pure OS, système qui a d’ailleurs pu recevoir le tampon de Richard Stallman comme étant validé 100 % libre.

Isabelle Carrère : Ah, si Richard Stallman a validé ! Le pape du logiciel libre depuis 1984 !
Est-ce qu’on peut l’avoir sur d’autres appareils ?

Freco : Pour l’instant, celui-là vient d’apparaître en version communautaire sous le nom de Mobian, installable sur le PinePhone, un autre appareil spécifique GNU/Linux. La démarche du PinePhone est différente de celle du Librem 5. La société Pine64 propose ici un téléphone peu cher, avec du matériel libre, et laisse le travail à chaque communauté de préparer un système pour cet appareil, ce qui permet de booster le développement des distributions.

Isabelle Carrère : Est-ce que tu penses qu’on peut le conseiller d’ores et déjà à Antanak pour le grand public ?

Freco : Cet appareil est conçu au départ pour les développeurs des communautés GNU/Linux qui peuvent, d’ailleurs, démarrer directement un système depuis une carte micro-SD externe. Vous pouvez ainsi tester facilement une distribution parmi la vingtaine de disponibles, sans écraser votre système !

Isabelle Carrère : OK. Ça fait penser au démarrage d’un PC à partir d’une clef USB, par exemple ?

Freco : Oui, c’est exactement ça, c’est exactement l’équivalent mais sur un téléphone.

Isabelle Carrère : D’accord. Tu dis 20 distributions ? Elles ne sont pas complètement toutes utilisables de la même manière.

Freco : Oui, forcément, certaines sont à des stades de développement assez précoces, où on peut juste démarrer l’interface graphique sans forcément avoir les fonctions basiques d’un téléphone comme les SMS ou les appels.

Isabelle Carrère : OK. Il faut bien commencer par le début ! Je suppose que certaines autres distributions sont plus avancées. Est-ce qu’il en existe qui ont déjà prouvé qu’elles étaient utilisables au quotidien ?

Freco : Oui. Celle qu’on peut utiliser clairement c’est Ubuntu Touch qui se démarque du lot.

Isabelle Carrère : Ah bon ! Ubuntu Touch ? Je croyais que son développement a été abandonné ?

Freco : C’est l’entreprise Canonical, qui est derrière Ubuntu, qui a arrêté son développement en 2017, mais la communauté a repris aussitôt la relève.

Isabelle Carrère : OK ! Ubuntu, à Antanak on avait été embêté par ça, est-ce qu’ils proposent toujours par défaut des liens comme avec Amazon comme sur PC ?

Freco : Du coup, vu que c’est maintenant 100 % supporté par la communauté, il n’y a pas de risques d’intrusions commerciales comme celle-là, par défaut, ainsi que dans le magasin d’applications.

Isabelle Carrère : OK, là c’est communautaire. Et ils entretiennent à jour juste le système ou est-ce qu’ils le font vraiment évoluer ?

Freco : La différence, maintenant, c’est que de nombreux développeurs bénévoles remplacent un petit groupe de développeurs à plein temps et l’orientation choisie est clairement de collaborer avec les autres communautés afin d’avancer plus vite.

Isabelle Carrère : Et le développement d’Ubuntu Touch avance bien ?

Freco : Oui ! Même s’il y a encore plein de chose à faire, après avoir migré le système dans la version stable d’Ubuntu de 2016, ils ont déjà bien avancé la migration vers la version stable de 2020 qui se fera cette année.

Isabelle Carrère : Tu veux dire qu’ils vont se baser sur la version LTS, long-term support de 2020, la 20.04 ?

Freco : Oui ! C’est ça.

Isabelle Carrère : OK.

Freco : Cela permet de bénéficier directement des mises à jour d’Ubuntu. Elles sont ensuite proposées sous la forme de packs disponibles, environ tous les deux mois, pour le téléphone. Avec la dernière mise à jour, par exemple, ils ont nettement amélioré les performances du navigateur web et ils rajoutent régulièrement des améliorations de l’interface, en rajoutant quelques fonctionnalités.

Isabelle Carrère : OK. Est-ce que c’est aussi technique à installer que Lineage ?

Freco : Alors là, non, pas du tout. C’est même plus facile à installer qu’une distribution sur un PC. L’installation est totalement guidée et automatique. Et, avec leur dernière version, il n’y a même plus rien à faire sur le téléphone, il n’y a même pas besoin de faire des combinaisons de touches. C’est vraiment accessible à tous. Ubuntu Touch fonctionne très bien avec une vingtaine d’appareils, sachant qu’une autre vingtaine est en cours de maturation. La liste est disponible dans le premier lien du pad indiqué dans les commentaires de l’émission.

Isabelle Carrère : OK. Du coup ça donne envie ! Est-ce qu’il est complètement libre ? Est-ce que tous les composants sont fonctionnels comme le wi-fi, le GPS, le Bluetooth ?

Freco : Sur les téléphones, il est difficile d’avoir uniquement des pilotes libres disponibles sur du matériel propriétaire. Pour permettre de pouvoir profiter pleinement des fonctionnalités du téléphone, il a donc été choisi d’utiliser certains pilotes non libres d’Android, mais de les cloisonner afin qu’ils ne puissent rien faire d’autre que ce qu’on leur demande.

Isabelle Carrère : Et ça marche bien ?

Freco : Oui ! Tout est fonctionnel ! Après, il peut y avoir encore des progrès à faire sur certains points comme la gestion du GPS.

Isabelle Carrère : Concrètement, au quotidien, cela donne quoi ? On peut donc le conseiller à tout le monde ?

Freco : Vu qu’on n’est plus sur une base Android, il faut bien avoir en tête qu’aucune application Android n’est compatible nativement. Après, en général, on peut retrouver un équivalent ainsi que toutes les applications classiques pour un usage quotidien. Il faut prendre ce qu’il y a de disponible et être flexible sur ses habitudes. Par exemple WhatsApp impose l’utilisation de son application propriétaire pour utiliser son service. Impossible donc d’avoir une application libre compatible WhatsApp.

Isabelle Carrère : En même temps, si on fait la démarche d’aller sur GNU/Linux c’est pour sortir des GAFAM, et surtout, tu as vu, WhatsApp vient d’annoncer qu’ils communiqueront leurs données à Facebook à partir du 8 février.

Freco : Ah bon ? Je croyais qu’ils le faisaient déjà ! Du coup, c’est vraiment l’occasion de franchir le cap et de sortir des GAFAM !
Il faut savoir que des geeks ont quand même réussi à faire tourner cette application sur Ubuntu Touch en simulant un environnement Android, mais cette bidouille n’est pas encore totalement au point pour la conseiller au grand public. Dans ce cas, pour avoir les mêmes fonctionnalités, il faut se reporter sur une application équivalente, comme Signal ou Telegram qui marchent très bien pour les messages écrits, et dernièrement aussi pour les envois de messages vocaux. Par contre, les appels directs ne sont pas encore fonctionnels. Dans ce cas-là, il faudra se tourner vers LinPhone, la seule application qui permet aujourd’hui de passer des coups de fil par Internet, donc le protocole VoIP.

Isabelle Carrère : Du coup, tu dirais qu’il y a un profil type de l’utilisateur d’Ubuntu Touch ?

Freco : J’ai été surpris au stand de la dernière Ubuntu Party à Paris, où les utilisateurs d’Ubuntu Touch que j’ai rencontrés sont plutôt de l’ancienne génération, sensibles à la protection des données personnelles, et qu’ils considèrent le smartphone comme un téléphone ++ plutôt qu’un unique appareil qui remplace totalement un ordinateur. Il faut savoir qu’il y a même des grand-mères qui l’utilisent au quotidien.

Isabelle Carrère : Et des grands-pères ?

Freco : Oui ! Forcément, il y a aussi de nombreux geeks comme moi qui sont plutôt hyper-enthousiastes de montrer qu’il est possible d’utiliser au quotidien GNU/Linux sur son téléphone.

Isabelle Carrère : Donc tu en es satisfait, ça répond à tous les besoins que tu as ?

Freco : Oui. Mais moi je ne représente pas l’utilisateur classique, j’ai franchi le pas du smartphone il y a seulement deux ans et directement avec Ubuntu, donc je n’ai eu donc aucune habitude sur Android. Donc oui, je suis comblé au quotidien par ce système fiable, qui s’améliore avec le temps, qui rajoute de nouvelles fonctionnalités avec le temps. Tout cela compatible avec d’anciens téléphones disponibles entre seulement 50 et 100 euros. Donc c’est vraiment top pour lutter contre l’obsolescence logicielle et l’espionnage des données !

Isabelle Carrère : OK ! Et toi qui n’es pas un grand-père, franchement, tu n’as jamais eu envie d’utiliser d’autres applis ?

Freco : À vrai dire si, il y a quand même une application qui m’est utile, c’est Cesium qui permet de payer en monnaie libre Ğ1.

Isabelle Carrère : Du coup comment fais-tu ? Tu as un autre téléphone pour ça ?

Freco : Non. Il y a une solution parce qu’avoir un deuxième téléphone ce n’est pas marrant. Il est possible d’installer plusieurs systèmes sur le même téléphone, j’ai donc un multiboot au démarrage, c’est-à-dire qu’au démarrage je peux choisir Ubuntu Touch par défaut ou bien Lineage sans Google, que j’utilise juste pour utiliser Cesium, donc pour la monnaie libre, ou pour faire des démonstrations.

Isabelle Carrère : OK !Multiboot, on le fait sur les PC à Antanak. Alors là, sur un téléphone, un truc de geek quoi ! Comme quoi c’est vraiment de plus en plus proche d’un ordinateur, en fait.

Freco : C’est ça. C’est pour montrer aux gens qu’on peut vraiment se réapproprier le matériel

Isabelle Carrère : Ton affaire Cesium pour payer en monnaie libre, c’est encore une monnaie alternative basée sur l’euro ?

Freco : Non ! Ça n’a rien à voir, c’est une cryptomonnaie, que l’on utilise sans dépenser un seul euro, sans banque, conçue par et pour les humains afin de répartir de façon équitable la création de monnaie, plutôt que confier ce privilège exclusivement aux seules banques.

Isabelle Carrère : Hou, la ! C’est un autre un vaste programme !

Freco : Si vous vous demandez ce qu’on peut libérer d’autres que des logiciels, je vous réponds, la monnaie !

Frédéric Couchet : Merci Freco et Isabelle. La libération de la monnaie sera sans doute un sujet un jour.
Donc Antanak, je rappelle que le site web est antanak.com, avec un « k », en plus ce sont nos voisins et voisines au 18 rue Bernard Dimey, n’hésitez pas à les contacter. Et Isabelle anime une autre émission de radio sur Cause Comme qui est Un coin quelque part sur l’habitat ; n’hésitez pas à écouter sur causecommune.fm.

Isabelle Carrère : Merci Fred.

Freco : Merci.

Frédéric Couchet : Merci à vous. Bonne fin de journée. Vous restez évidemment avec moi pour les annonces de fin. Nous allons passer aux annonces de fin.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Ce petit jingle que vous venez d’entendre c’est toujours Jahzzar.

Quoi de Libre ? Actualités et annonces concernant l'April et le monde du Libre

Frédéric Couchet : On vient de parler de WhatsApp, on vient de parler de plein de choses et notamment, si vous recherchez une messagerie instantanée avec groupes et appels audio/vidéo à deux, libre, loyale, éthique et qui respecte vraiment votre vie privée, avec un vrai standard ouvert décentralisé et pérenne, eh bien le Chapril dont on a parlé tout à l’heure, qui propose des services libres, éthiques et loyaux, vous propose un nouveau service basé sur un protocole qui s’appelle XMPP, peu importe les détails, vous allez sur chapril.org. Ça nous donne l’occasion de saluer à nouveau Adrien, qui est en régie aujourd’hui, et qui a activement participé à cet ajout notamment de la partie audio et vidéo.
Tout à l’heure on a également parlé de PeerTube, la nouvelle version majeure, la version 3 de Peertube, alternative aux plateformes de vidéo centralisatrices à la YouTube. Il y a plein de nouveautés dans cette version 3, vous allez sur joinpeertube.org et notamment la diffusion de vidéos en direct que nous testons aujourd’hui. Je crois qu’elle sera testée à nouveau, si j’ai bien compris, vendredi soir à 21 heures sur Cause Commune pour la présence de Manu Key, le célèbre rappeur Manu Key, le pionnier du rap en France, on vous le confirmera.
Jeudi soir réunion du groupe de travail Sensibilisation de l’April, à distance comme d’habitude, jeudi de 17 heures 15 à 19 heures 30.
Toujours jeudi soir, nos amis de Parinux organisent la Soirée de Conversations autour du Libre qui sera consacrée à Exodus, la plateforme d’audit de la vie privée des applications Android. Ouverture du salon BigBlueButton, dont on a parlé tout à l’heure, à 20 heures 30, démarrage de la session à 21 heures.

Notre émission se termine.
Je remercie les personnes qui ont participé à l’émission du jour : Jean-Christophe Becquet, Marie-Jo Kopp Castinel, Jean-Michel Boulet, Isabelle Carrère, Freco.
Aux manettes de la régie aujourd’hui le duo Étienne Gonnu et Adrien Bourmault.
Merci également à l’équipe qui s’occupe de la post-production des podcasts : Samuel Aubert, Élodie Déniel-Girodon, Olivier Humbert, Lang1, Olivier Grieco et Quentin Gibeaux.

Vous retrouverez sur le site de l’April et sur le site de la radio, april.org et causecommune.fm, toutes les références utiles. N’hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi des points d’amélioration. Vous pouvez également nous poser toute question, nous y répondrons directement lors d’une prochaine émission. Toutes vos remarques et questions sont les bienvenues.

Nous vous remercions d’avoir écouté l’émission du jour.
Si vous avez aimé cette émission, n’hésitez pas à la faire connaître autour de vous. Faites également connaître la radio Cause Commune, la voix des possibles.

La prochaine émission en direct aura lieu mardi 19 janvier 2021 à 15 heures 30. Notre invité principal sera le député Éric Bothorel et nous échangerons suite à la publication de son rapport sur les données publiques et les codes sources. Ce sera mon collègue Étienne Gonnu qui aura le plaisir d’animer cet échange avec Éric Bothorel que nous remercions de sa présence.

Ce soir, si vous voulez écouter de la bonne musique, bouger vos fesses et faire un petit peu le pigeon comme dirait Olivier Grieco, mon pote Mehdi sera en direct sur Cause Commune à partir de 21 heures, depuis chez nous, pour une Antenne libre musicale avec au programme du hip hop, de la house, de la techno, de la jungle, de la drum and bass – je l’ai bien dit aujourd’hui Étienne ?, super, je l’ai fait exprès en plus.
Comme je vous l’ai dit tout à l’heure, vendredi soir à 21 heures Manu Key, un pionnier du rap français, sera dans les studios de la radio et on me dit que Manu Key espère qu’il y aura des appels parce qu’il veut échanger avec des auditeurs et auditrices, donc soyez présentes et présents vendredi soir à 21 heures sur causecommune.fm.

Nous vous souhaitons de passer une belle fin de journée. On se retrouve en direct mardi 19 janvier 2021 et d’ici là, portez-vous bien.

Générique de fin d'émission : Wesh Tone par Realaze.

18 January 2021

april.png Nouvelles April

Décryptualité du 18 janvier 2021 - Le Libre comme stratégie européenne requiert un changement de mentalité face aux acteurs économiques

Le 18 January 2021 à 23:56:19

Écouter le décryptualité
(15minutes)

podcast OGG

En réaction à la tribune de Roberto Di Cosmo, Stéphane Fermigier et Cédric Thomas, Décryptualité considère que le gouvernement français aura aussi besoin de revoir le modèle d'innovation et de développement. Decryptualité sur Mastodon Musique de l'indicatif : Sebkha-Chott - CRPTS ND TPSTRZ - KHOLIK NEFAEHRTITIK

Revue de presse de l'April pour la semaine 2 de l'année 2021

Le 18 January 2021 à 19:00:40

Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

[Le Monde Informatique] La mauvaise qualité logicielle a coûté 2 080 Md$ aux Etats-Unis en 2020

✍ Maryse Gros, le .

Réunion du groupe de travail Sensibilisation de l'April - jeudi 21 janvier 2021 à 17 h 30 (accueil à 17 h 15) à distance

Le 18 January 2021 à 13:25:48

21 Janvier 2021 - 17:15
21 Janvier 2021 - 19:30

Logo du groupe de travail Sensibilisation de l'April

Le groupe de travail Sensibilisation

Le groupe de travail Sensibilisation de l'April a pour vocation de proposer des outils de communication permettant de sensibiliser un plus large public aux enjeux du logiciel libre et des formats ouverts. La participation aux activités du groupe est ouverte à tout le monde (membre de l'April ou pas) : n'hésitez pas à nous rejoindre en vous inscrivant sur la liste de discussion.

Le groupe Sensibilisation se réunit chaque jeudi du mois. Il est possible de participer aux projets du groupe en dehors des réunions : vous pouvez consulter la liste des projets en cours. Merci de signaler vos contributions en écrivant un message à la liste de discussion. Vous pouvez aussi proposer de nouveaux projets !

Informations pratiques sur la réunion de jeudi 21 janvier 2021

Une réunion du groupe Sensibilisation aura lieu jeudi 21 janvier 2021, en visioconférence. Horaires : dès 17 h 30 et jusqu'à 19 h 30 (accueil à partir de 17 h 15). Il sera possible de rejoindre la réunion à tout moment. Ordre du jour : à cette occasion, nous continuerons à rédiger le descriptif des cases du plateau du Jeu du Gnou (pour le projet « Jeu du Gnou », voir plus bas) ; nous nous occuperons notamment des trois dernières cases en lien avec le danger « Restrictions d'usage ».

Pour tous les détails et vous inscrire à la réunion, rendez-vous sur le pad. Si vous prévoyez de rejoindre la réunion après 17 h 30, merci de préciser votre horaire d'arrivée en plus de votre nom/pseudo.

Image du Jeu du Gnou

Jeu du Gnou

Le Jeu du Gnou est l'un des projets en cours du groupe de travail Sensibilisation. Il s'agit d'un jeu de plateau coopératif et pédagogique dont le but est de sensibiliser le grand public aux enjeux de l'informatique (libertés vs servitudes, protections contre les dangers).

On peut déjà jouer au Jeu du Gnou ? Oui ! Il est possible de télécharger les éléments graphiques de la version beta depuis le pad principal du jeu.

Qu'est-ce qu'il reste à faire ? Finaliser le descriptif des cases du plateau et réaliser le graphisme.

Comment contribuer ? Tester le jeu, relire et rédiger les textes, proposer des images, sont autant d'actions possibles pour nous aider à faire avancer le projet. Sans oublier bien sûr la participant aux réunions ! :-)

Pour en savoir plus sur le Jeu du Gnou et sur comment contribuer, voir la page wiki du projet.

Le numérique peut-il être écologique et responsable ? - De cause à effets

Le 18 January 2021 à 10:06:10


Signe de pourcentage

Titre : Le numérique peut-il être écologique et responsable ?
Intervenant·e·s : Sophie Comte - Frédéric Bordage - Vincent Courboulay - Aurélie Luneau
Lieu : De cause à effets, le magazine de l'environnement - France Culture
Date : janvier 2021
Durée : 54 min - La partie « L'Œil du Monde » n'est pas transcrite
Écouter ou télécharger le podcast
Page de présentation de l'émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Signe de pourcentage - Licence CC0, domaine public
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

Aujourd'hui dénoncé comme un problème environnemental, il pourrait aussi devenir une solution.

Transcription

Voix off : De cause à effets, le magazine de l’environnement.

Diverses voix off : C’est mon « suit partout ».
— Pratique.
— Ouais, indispensable.
— La preuve, ce que je fais quand je lève, je checke mes réseaux sociaux, Instagram, Snap, Facebook, les actualités, les pages, le nombre de « likes », les messages que j’ai pu recevoir.
— Le téléphone, si on me l’enlève, je n’ai plus de vie parce que je fais tout avec.
— Je serais en manque de quelque chose. C’est vraiment une addiction pour moi.
— On est perdu.

Aurélie Luneau : Accro à son téléphone portable, aux applis, aux ordinateurs, aux réseaux sociaux, mais les outils numériques peuvent-ils être plus écologiques et plus vertueux ?
Décrié pour son rôle dans le réchauffement climatique, le numérique serait responsable de 4 % des émissions de gaz à effet de serre et pourrait afficher un taux de 8 % d'ici 2025. Or, force est de constater qu'il remplit aussi un rôle indispensable, comme il le fut montré durant les confinements face à la pandémie de Covid-19.
Quels sont les impacts, les bienfaits et les méfaits de cette technologie ? Un numérique vert, raisonné et sobre, est-il en passe de voir le jour ? En quoi les législateurs et les citoyens pourraient bien faire évoluer le marché ? Comment repenser notre dépendance aux technologies digitales ?
En partenariat avec Chut !, le magazine à l'écoute du numérique, nous nous penchons, ce soir, sur ces questions qui interrogent aussi le devenir de nos sociétés.
Nous sommes en direct avec nos trois invités. Frédéric Bordage bonsoir.

Frédéric Bordage : Bonsoir.

Aurélie Luneau : Vous êtes fondateur du Collectif Green IT1 et auteur du livre Sobriété numérique, un livre paru chez Buchet-Chastel.
Avec nous également Vincent Courboulay. Bonsoir.

Vincent Courboulay : Bonsoir.

Aurélie Luneau : Vous êtes ingénieur et maître de conférences en informatique à La Rochelle Université et auteur du livre Vers un numérique responsable, un livre qui paraît ce mois-ci chez Actes Sud.
Avec nous Sophie Comte. Bonsoir.

Sophie Comte : Bonsoir.

Aurélie Luneau : Vous êtes cofondatrice de Chut !2, le magazine à l'écoute du numérique, dont le dernier numéro traite de ce sujet phare.
Et dans « L’œil du Monde-Planète », c’est la journaliste du quotidien Le Monde Perrine Mouterde qui ouvrira cette année 2021 sur la biodiversité et qui sera à l’honneur, cette biodiversité, tout au long de l’année. Perrine Mouterde nous parlera du travail d’inventaire des espèces, une tâche colossale, un univers insoupçonné.

Bonne année à toutes et à tous et bienvenue dans le magazine de l’environnement de France Culture toujours préparé par Anahi Morales, avec nos complices Anne Gouzon, Valérie Ernould, Caroline Chaussé, Vanessa Chang. L’émission est réalisée par Alexandra Malka de retour pour notre plus grand plaisir avec à ses côtés, pour notre plaisir également, à la technique ???.

[Extrait d’un reportage France 2]

Journaliste : Même à la plage on reste accro à nos écrans, à nos jeux, nos mails et surtout nos séries préférées.

Diverses voix off : — Ouais. Je suis un bon consommateur de vidéos.
— Je ne pense pas que ce serait possible de venir sans téléphone, en fait.
— Si je n’ai pas mon téléphone, je ne suis pas bien.

Journaliste : Toutes ces vidéos semblent bien inoffensives, mais elles pèsent de plus en plus lourd sur nos réseaux. Internet aujourd’hui c’est 20 % de mails et de fichiers et 80 % de flux vidéos. L’an dernier, les vidéos en ligne ont généré autant de CO2 qu’un pays comme l’Espagne. Voici celui qui s’est livré à tous ces calculs. Maxime Efoui-Hess est un jeune ingénieur déjà expérimenté sur la question du numérique et du climat.

Maxime Efoui-Hess : Personne ne pense, en cliquant sur « Play » sur Netflix, au centre de données qui est appelé derrière et aux infrastructures réseau qui sont en train de tourner pour nous amener les données. Si on n’y pense pas, on ne se rend pas compte de la quantité d’énergie et d’électricité que ça va demander derrière.

Journaliste : Regarder une vidéo de trois gigaoctets nécessite autant d’énergie que 1000 ampoules basse consommation allumées pendant une heure.

Maxime Efoui-Hess : Il faut réfléchir à la quantité de vidéos qu’on regarde, réfléchir à la résolution des vidéos, donc essayer d’utiliser la plus petite résolution. Ne pas écouter de musique sur YouTube.

Journaliste : Les gouvernements devront sans doute aussi en passer par des lois pour réguler les réseaux et ménager notre climat.

[Fin de l’extrait]

Aurélie Luneau : C’était un reportage diffusé sur France 2 le 14 août 2019.
Accrocs, dépendants, nous le sommes sûrement devenus et, sans les moyens numériques, il faut bien reconnaître que nous aurions difficilement fait face au confinement en cette période de pandémie, mais le secteur reste décrié pour son rôle dans le réchauffement climatique.
Frédéric Bordage, le numérique est-il un problème ou une solution avec, je le rappelle, 4 % des émissions de gaz à effet de serre et on estime que ce sera 8 % d’ici 2025.

Frédéric Bordage : Notre étude estime que ça sera plutôt 6 %, ce qui est déjà énorme, concrètement, puisqu’on part de 2 % en 2010, on arrive à 4 % en 2020 et on arrive à 6 % en 2025, ce qui est déjà monstrueux, en fait. Il faut se rendre compte que c’est plus que le trafic aérien.
Donc oui le numérique c’est une solution, c’est un formidable outil, mais c’est aussi une source importante d’impacts environnementaux qui, malheureusement, ne se limitent pas aux émissions de gaz à effet de serre. On les listera après, mais il y a beaucoup d’impacts environnementaux autres que le simple réchauffement global.

Aurélie Luneau : Donc vous, Frédéric Bordage, vous travaillez depuis plus de 15 ans, 16 ans je crois, avec votre Collectif Green IT, on peut peut-être en parler.

Frédéric Bordage : Tout à fait. Ça fait 16 ans, en 2004, qu’on a fondé un collectif d’experts et de citoyens qui structurent cette démarche en France. On a forgé des expressions et des démarches comme « sobriété numérique » ou « numérique responsable ». L’objet, derrière, c’est de nous aider au quotidien à réduire nos impacts environnementaux en ayant un usage plus raisonné du numérique, plus raisonnable, à la fois en tant qu’utilisateurs, mais aussi pour toutes les entreprises qui conçoivent le numérique que l’on consomme.

Aurélie Luneau : Ce soir nous allons bénéficier justement de ces années d’étude et de votre expertise pour mieux comprendre, effectivement, à la fois le problème et le côté solutions du numérique.
Sophie Comte, je me tourne vers vous. Je rappelle que vous êtes cofondatrice de Chut !, le magazine à l’écoute du numérique et que dernier numéro paru, toujours accessible actuellement en kiosque ou en librairie, traite justement de cette question du numérique écologique. Est-ce que, finalement, c’était peut-être devenu une nécessité ?

Sophie Comte : Tout à fait. Oui. Chut ! est un jeune média qui existe depuis maintenant un an, on vient de fêter nos un an avec ce numéro quatre. Notre idée, avec Chut !, en fait, c’est d’explorer l’impact du numérique et des technologies dans nos vies. Comme on l’a bien vu, comme vous l’avez dit tout à l’heure, on utilise de plus en plus les technologies ; on a tous, ou presque, des smartphones de plus en plus performants ; il y a la 5G qui arrive. Les usages vont grandissants et même la tech est devenue un peu une mode, quand il y a un iPhone qui sort. Ce sont des produits qui sont devenus, en fait, extrêmement désirables, donc cette question des usages.
On s’est posé la question : quel est l’impact que ça peut avoir sur l’environnement ?
Effectivement, les chiffres sont plutôt inquiétants comme vous l’avez dit aussi. Apparemment, d’après une étude de The Shift Project3, il semblerait qu’en 2025 on serait plutôt à 8 %, 6 ou 8 % en tout cas, c’est plutôt inquiétant quand actuellement on est à 4 %. Ça voudrait dire que cette pollution aurait doublé en quelques années. On a eu vraiment à cœur de comprendre quelle est cette pollution, en quoi elle consiste. C’est vrai qu’on en a parlé ces dernières années dans les médias, on a vu des articles émerger, des reportages effectivement sur la pollution liée aux datacenters, liée aux vidéos qu’on peut regarder. En quoi elle consiste exactement c’était un peu notre enquête et puis aussi comprendre quelles solutions existent déjà, parce qu’il en existe, pour créer, pour concevoir un numérique plus vertueux, plus vert, plus responsable.

Aurélie Luneau : Nous allons justement les détailler.
Vincent Courboulay, vous, vous parlez d’un Janus des temps modernes pour désigner ce numérique. Allons-y. Quelles sont les pollutions et les impacts directs et indirects du secteur sur la planète et son environnement ? Il y a différentes phases, on peut peut-être démarrer par la phase de fabrication.

Vincent Courboulay : On va commencer par finalement la pire, celle qui concentre à elle seule trois quarts des impacts. C’est une phase lointaine puisqu’elle se passe dans des pays émergents ou dans des pays éloignés de la zone européenne. Ce sont des pays où on va extraire les métaux, les terres rares. Depuis un an il y a eu beaucoup de reportages sur la notion de terres rares, moi j’appelle ça « les vitamines du numérique », c’est-à-dire des produits dont il ne faut pas beaucoup de quantité pour, finalement, doper les capacités techniques à la fois des batteries, à la fois des terminaux, des écrans.
Donc très loin de chez nous, en Chine, en Mongolie, en République démocratique du Congo, en Amérique du Sud, on va extraire de façon très peu encadrée l’ensemble de ces minéraux, de ces matériaux, dans des mines à ciel ouvert, dans des conditions dramatiques. Et c’est là où on va commencer à toucher du doigt le fait qu’il n’y a pas que des problématiques environnementales, mais il y a aussi des problématiques sociales inhérentes au numérique. C’est là où c’est difficile de compartimenter, de ne parler que des impacts environnementaux ou des impacts sociaux. Bref ! C’est vraiment très protéiforme comme impacts.
Donc on commence par l’extraction de ces minéraux qui est très polluante et la fabrication des composants du numérique qui s’appuie aussi sur des usines et des procédés particulièrement polluants.

Aurélie Luneau : Et aussi particulièrement voraces en eau, d’ailleurs. On ne le sait pas forcément mais finalement cette fabrication représente 80 % des impacts négatifs et ces matériaux nécessitent de l’eau à profusion pour les traiter. Tout cela génère aussi, par effet supplémentaire, une contamination des sols et de fleuves.

Vincent Courboulay : Bien sûr. Les forêts primaires sont rasées pour permettre d’extraire encore plus des minéraux précieux. L’utilisation de l’eau dans ce qu’on appelle le triangle ABC – Argentine, Bolivie, Chili – pour extraire un matériau, le lithium, qui est très utilisé dans nos batteries, qui est excessivement utilisée dans des zones qui sont déjà en tension d’eau, ce qu’on appelle un stress hydrique. C’est un détournement de l’utilisation de l’eau potable pour extraire ces matériaux-là. Donc oui, destruction de la biodiversité, effondrement de la biodiversité, destruction des biotopes, utilisation massive de stress hydrique, destruction de la planète, rejet de particules et de terres radioactives. Bref ! C’est vraiment la totale ! C’est vraiment une industrie qui coche toutes les cases et dans des endroits qui sont assez lointains.
J’ai du sang ariégeois et, en Ariège, il y a depuis des années un projet de réouverture d'une mine de tungstène. Il y a vraiment une levée de boucliers pour des conditions très draconiennes de surveillance de cette mine. On voit que l’ouverture d’une mine en France est bloquée par des décisions administratives et environnementales, acte !, alors qu’à l’autre bout du monde, pour assurer la production et l’utilisation de ces outils merveilleux qui nous permettent à tous, ce soir, de partager ce sujet-là…

Aurélie Luneau : On ferme les yeux.

Vincent Courboulay : On ferme les yeux, exactement. Donc c’est assez problématique, c’est même particulièrement problématique. Il y a aussi les usines et les constructions qui sont la deuxième étape, la deuxième lame de ce rasoir on va dire multi-lames.

Aurélie Luneau : Frédéric Bordage, la phase de fabrication, les matériaux, les métaux rares. Il faut aussi préciser, profitons-en, qu’on utilise aussi ces métaux rares pour les éoliennes et les panneaux photovoltaïques. On espère aussi beaucoup dans ces questions énergétiques et les énergies renouvelables, mais toujours avec cette question des métaux rares.

Frédéric Bordage : Les terres rares sont des métaux très abondants mais très peu denses dans la terre, donc il faut extraire de très grandes quantités de terre pour obtenir très peu de ces métaux, c’est pour ça qu’on les a mal nommés terres rares d’une certaine façon. La question des terres rares, en fait, c’est une tension très forte entre différentes industries – l’électronique, les véhicules électriques, les énergies renouvelables – qui font qu’il y a une dizaine ou une quinzaine d’années nous avons pris conscience, au sein du Collectif GreenIT.fr que le numérique, finalement, du fait de cette tension, est une ressource non renouvelable, critique et qui s’épuise inéluctablement. Il faut aujourd’hui penser le numérique comme une ressource non renouvelable qui s’épuise inéluctablement et il nous reste une à trois générations devant nous au rythme où on va.
Il y a vraiment une tension très forte sur ces ressources pour la fabrication, mais aussi, forcément, sur la phase d’utilisation. Quand on va produire de l’électricité dite renouvelable, donc à partir d’énergies primaires renouvelables, on épuise aussi ces matériaux. Donc clairement l’ordinateur le plus vert c’est celui qu’on ne fabrique pas et nos usages numériques les plus respectueux de la planète sont ceux qu’on modère le plus possible. C’est pour ça que quand on a forgé l’expression « numérique responsable », finalement, pour la résumer en une phrase courte, un numérique responsable est un numérique qui respecte le plus possible le vivant, c’est-à-dire la planète et les êtres humains.

Aurélie Luneau : Vous nous donnez également des chiffres dans vos ouvrages, Frédéric Bordage. On peut par exemple préciser qu’en 2018 on comptait 15 milliards d’ordinateurs, de consoles de jeu, de smartphones, enfin d’équipements numériques, on en prédit 65 milliards en 2025. Aujourd’hui, par exemple sur la planète, on est 4,5 milliards de personnes connectées. On se rend compte que c’est aussi une courbe exponentielle et que ces questions que vous abordez les uns et les autres sur ces métaux rares, sur la phase de fabrication qui représente notamment 80 % des impacts négatifs, mais il y a aussi l’activité des data, les serveurs et la consommation d’énergie, Frédéric Bordage, 20 % des impacts. Tout cela. Comment faire pour déclencher, peut-être, une prise de conscience parce que, d’un côté, il y a les méfaits, mais de l’autre côté, on l’a perçu encore plus avec la pandémie de Covid-19, c’est un outil indispensable pour des secteurs comme le monde médical, le monde de l’éducation, l’aide sanitaire tout simplement. Frédéric Bordage.

Frédéric Bordage : Je pense qu’il y a un point qui est absolument essentiel à comprendre pour les auditrices et les auditeurs c’est que les impacts environnementaux du numérique sont concentrés dans trois phases : principalement la fabrication des équipements, on vient de l’évoquer, ensuite dans la production de l’électricité qui va alimenter nos équipements numériques et enfin en fin de vie, quand ça devient des déchets qui sont mal recyclés ou pas recyclés. Ce qu’il faut bien comprendre sur la phase d’utilisation c’est qu’à partir du moment où nos ordinateurs sont fabriqués, à partir du moment où ils sont alimentés en électricité, les impacts ont eu lieu. Après, ce qu’on fait avec, qu’on regarde des vidéos, qu’on envoie des mails, à l’instant t ça ne change rien du tout.
Par contre, évidemment, si on se met tous à regarder des vidéos en haute définition dans le TGV à 300 km/heure, peut-être qu’il va falloir déployer des réseaux 5G partout, donc peut-être qu’il va falloir fabriquer à nouveau, donc épuiser cette ressource numérique non renouvelable. Sur la phase d’utilisation l’enjeu n’est pas tant de parler de l’énergie, parce qu’en soi 80 % des impacts c’est dans la phase de fabrication. Par contre, quand nous utilisons, nous consommateurs, le numérique, nous devons prendre conscience qu’on doit l’utiliser de façon à ne pas saturer les réseaux, à ne pas saturer les serveurs et à prendre soin de son terminal, de son smartphone ou de son ordinateur, pour pouvoir l’utiliser le plus longtemps possible parce que, finalement, c’est très simple de réduire son empreinte numérique : il suffit de fabriquer moins d’équipements et qui durent plus longtemps. Pour ça, eh bien il faut modérer ses usages et prendre soin de ses joujoux numériques.

Aurélie Luneau : Pour nos auditeurs, je précise que dans vos livres respectifs ou dans le magazine il y a aussi des pages qui renseignent justement sur les méthodes, les moyens, les fameux clics qui nous évitent d’être des voraces dans ce monde numérique.
Sophie Comte une réaction peut-être ?

Oui, tout à fait. C’est vraiment ce qu’on a cherché à présenter dans ce numéro, c’était le fait que la pollution est vraiment majoritairement engendrée par la conception, la fabrication et l’alimentation de nos équipements, de nos téléphones. C’est vrai qu’on parle beaucoup, actuellement dans les médias, plutôt de cette pollution générée par l’utilisation qu’on en fait, la consommation de vidéos, etc.
C’est plutôt intéressant de comprendre cela parce qu’il y a une responsabilité des constructeurs, évidemment, et que d’autres questions se posent qui sont plutôt liées, par exemple, à l’écoconception : comment fait-on pour créer des produits plus durables aujourd’hui ? Le problème c’est que, par exemple, la garantie légale d’un téléphone portable est de deux ans. C’est un vrai souci parce que, au bout de deux ans, le téléphone portable peut avoir des défauts de batterie, des problèmes de mise à jour qui viennent ralentir l’utilisation de son téléphone. La question qui se pose aujourd’hui c’est peut-être, effectivement, comment est-ce qu’on fait en sorte de rendre nos équipements plus durables. L’écoconception est un concept qui consiste à inclure dès la fabrication les impacts environnementaux du produit. Ça veut dire que quand on le fabrique on pense déjà au recyclage. Cette vision-là permet, peut-être, de commencer à construire un numérique plus vert et d’aborder le vrai problème qui est celui-ci en grande partie.

Aurélie Luneau : Justement, partons peut-être sur cette question de l’écoconception, Vincent Courboulay. Tout cela fait partie, justement, de ces façons de réduire, peut-être de diviser notre empreinte numérique sur la planète. Comment passer à un numérique raisonné dans une société qui dépend de ces technologies ? Où est-ce qu’on en est concrètement ? Est-ce qu’on en reste encore aux mots, c’est-à-dire aux belles pensées, ou il y a d’ores et déjà une réalité qui est industrialisable, si on peut parler de cette façon-là ?

Vincent Courboulay : Je crois que ça ne peut pas mieux tomber puisque ce matin j’avais un rendez-vous avec le ministère de la Transition écologique, la délégation interministérielle au numérique ; j’avais rendez-vous aussi avec l’Afnor [Association française de normalisation] et toutes ces institutions ont pris en compte ces problématiques-là. Effectivement, la notion de conception responsable de services numériques, ou écoconception, fait partie de ce qui aujourd’hui est sur les radars des institutions pour dire « si on n’a pas les moyens d’interdire – et on n’a aucun intérêt à interdire si on a des difficultés à contrôler – eh bien essayons de faire en sorte que ce qui se déploie se déploie de façon raisonnable, raisonnée, pour reprendre les mots de Frédéric Bordage. Essayons de voir comment est-ce qu’on peut aider au déploiement d’un numérique plus intelligent ». Et justement, ce matin, on travaillait sur la proposition de l’équivalent d’une norme qui serait une norme de conception responsable de services numériques appuyée par l’État, soutenue par l’Afnor. On est au tout début, ça veut dire que dans six mois, à peu près, elle pourrait sortir. En plus, très rapidement elle pourrait basculer à un niveau européen et porter une vision française du numérique, une vision humaniste, une vision environnementale d’un numérique à la française et porter, avec quelque chose d’assez fort qui est une norme – en l’occurrence c’est ce qu’on appelle une Afnor Spec, peu importe, c’est l’équivalent d’une norme – qui pourrait porter la notion de « voilà ce que serait, pour nous, un service numérique conçu de façon responsable ».
Aujourd’hui il y a une appropriation. On a dépassé les mots. L’année 2018/2019 – l’année 2020 je la mets entre parenthèses – a vraiment été une année de prise de conscience. J’ai l’impression, vu de ma fenêtre, que l’année 2021 va être marquée par des actions concrètes, des lois et des outils de mesure.
Pour ce sujet d’écoconception ou de conception responsable de services numériques, qui est un sujet très vaste, qui part depuis la stratégie, le contenu, la manière d’écrire, la manière de développer, de faire héberger les contenus dans des datacenters responsables, plus frugaux, etc., tout ça, aujourd’hui, est en train d’être structuré par, on va dire, bon nombre d’acteurs dont les vues sont totalement convergentes et on le voit. Je pense que les trois témoins que vous avez choisis vont dire, globalement, tous à peu près la même chose justement parce que, aujourd’hui, il y a une maturité des solutions à apporter. À mon avis aujourd’hui, cette année 2021 est une année où ça va s’opérationnaliser, ce qui est quand même plutôt très optimiste et très positif.

Aurélie Luneau : Frédéric Bordage, donc recycler, reconditionner, réduire, donc réparer, réutiliser, est-ce que les pouvoirs publics ne se rendent pas compte que là aussi on est face à un terreau d’emplois formidable ? Il y a d’ores et déjà, je crois, des expériences de terrain, des possibilités ou aussi des mises en place d’ateliers ou d’entreprises qui reconditionnent et tout cela créé aussi de l’emploi.

Frédéric Bordage : Oui, tout à fait.
Avant, j’aimerais juste revenir un petit peu sur l’écoconception en quelques secondes. En fait, ça fait dix ans que nous faisons de l’écoconception sur le terrain, concrètement, qu’on éco-conçoit des services numériques, plus de dix ans.
Donc il y a des standards internationaux qui existent, je vais dire des gros mots mais qui seront des mots clés pour les auditrices et les auditeurs, qui sont ISO 14 0624 qui est le standard de l’écoconception qui existe depuis plus de dix ans. On a des standards comme ISO 14 0445 et 14 0406 qui permettent de quantifier des impacts environnementaux. Donc pour nous, acteurs de terrain, on a un collectif d’experts de terrain, c’est opérationnel depuis dix ans, ça fait dix qu’on éco-conçoit ; pour nous c’est business as usual. Que le monde découvre que ça existe et qu’on puisse le faire, effectivement c’est plus nouveau. Par contre, il y a déjà plus de dix ans que des dizaines d’entreprises éco-conçoivent concrètement des services numériques.

Aurélie Luneau : Ça veut dire que nos vieux outils numériques sont récupérés et servent aussi à quelque chose ?

Frédéric Bordage : Pour revenir à votre question sur le recyclage, en fait il faut absolument ôter de nos têtes le mot clé « recyclage » qui est important mais qui est, finalement, une solution de dernier recours. Il faut absolument prendre en considération le réemploi, c‘est-à-dire prendre conscience que c’est en donnant une seconde vie à nos équipements numériques qu’on va réduire considérablement notre empreinte numérique en tant que consommateurs, consommatrices. Pourquoi ? Parce que 80 % des impacts sont liés à la fabrication, donc il faut fabriquer moins d’équipements qui durent plus longtemps. Donner une seconde vie, reconditionner un équipement, donc le remettre à l’état quasi neuf pour qu’il puisse être réemployé, c’est vraiment une solution fondamentale. Là on a vraiment des secteurs qui se développent. De notre côté, en tant que collectif d’experts, on pense qu’il faudrait que les pouvoirs publics s’en emparent à l’échelle européenne pour qu’il y ait une directive européenne réemploi qui permette d’articuler les flux entre les équipements qui sont réemployés et les déchets. Aujourd’hui, finalement, on ne compte pas les équipements qui sont réemployés, on ne compte que les déchets, ça pose des problèmes de comptabilité, ça pose des problèmes de soutien à la filière réemploi qui se développe au travers de l’économie sociale et solidaire. Ce sont des emplois locaux, d’insertion ou liés au handicap, non délocalisables. Il y a à peu près dix fois plus de valeur ajoutée humaine et économique dans le réemploi que dans le recyclage. Vraiment, le mot clef qu’il faut effectivement avoir en tête c’est le réemploi.

Aurélie Luneau : Donc recycler, reconditionner. En même temps on entend aussi un autre message qui dit qu’un produit reconditionné n’est peut-être pas vraiment écolo et fiable. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Frédéric Bordage : En fait, un produit reconditionné peut être tout à fait fiable. D’ailleurs nous avons fait différentes propositions depuis la loi Hamon, donc la loi consommation en 2013, pour encadrer la filière réemploi-reconditionnement de façon plus stricte, pour garantir aux consommateurs et consommatrices, un peu comme on a un contrôle technique obligatoire sur un véhicule avant de le vendre ; on a fait des propositions qui vont dans ce sens-là. Je pense que les pouvoirs publics ont tardé à prendre conscience de l’importance d’encadrer cette filière reconditionnement-réemploi. Je pense que ça y est, c’est fait, avec la proposition de loi7 qui est actuellement au Sénat, ça y est, ils ont pris conscience qu’il y avait un enjeu à encadrer plus fortement. On espère que les consommateurs et les consommatrices qui vont essayer les équipements reconditionnés ne seront pas déçus grâce à un encadrement plus fort, plus strict de la filière.

Aurélie Luneau : Vous faites référence à la proposition de loi au Sénat en décembre 2020 pour réduire l’empreinte environnementale du numérique.
Vincent Courboulay, on a tous entendu parler du Fairphone8, ce téléphone éco-conçu, en tout cas présenté en tant que tel, mais on sent bien que cette démarche pose quand même aussi la question du modèle économique et de la culture du profit qui est, il faut quand même le reconnaître, encore la base de nos sociétés de consommation. Est-ce que tout cela peut expliquer le fait que les fabricants de téléphonie portable ne se précipitent pas sur ce terrain ? Ce téléphone-là vendu par un fabricant est vendu un peu plus cher mais serait plus éco-conçu et peut-être plus durable, mais il faut bien avouer que s’il y a de nombreux concurrents qui se mettent sur le marché, les prix risquent de baisser et que, pour la concurrence, il y a quand même moins de profits en perspective.

Vincent Courboulay : Tout à fait. Déjà je vous appelle avec un Fairphone, donc ça marche, ça fonctionne.
Après, effectivement, le fait de dire qu’un Fairphone est un peu plus cher, je pense que, peut-être, le Fairphone est à prix plus juste. Ce sont peut-être les autres téléphones qui ont un prix qui est non raisonnable, non responsable. Inverser la problématique peut être aussi une bonne façon de voir les choses et plutôt que de mettre l’accent sur le côté cher du Fairphone, mettre l’accent sur le côté trop peu cher des autres téléphones qui sont quand même, je vous le rappelle, des condensés de technologie assez exceptionnels.

Pour répondre à votre question, le modèle économique, effectivement, est encore plus critique que dans beaucoup d’autres secteurs, puisque, en fait, il est complètement mondialisé, c’est-à-dire qu’un téléphone va être quasiment le même en Chine, aux États-Unis ou en France. Le marché de niche de 60 millions de consommateurs dont un tout petit pourcentage est prêt à payer plus cher un téléphone éthique n’est absolument rien comparé aux milliards, aux millions, aux dizaines de millions de téléphones qui sont vendus chaque jour dans des pays où la conscience environnementale est, à juste titre, surtout je ne pointe pas du doigt, beaucoup moins développée que chez nous.
Le modèle économique s’appuie sur la réalité du marché. La réalité du marché ce sont des milliards d’utilisateurs dans des pays moins développés, qui ont une conscience environnementale moins développée. Donc on se doit de montrer l’exemple.
Tout à l’heure les deux autres intervenants disaient qu’effectivement les impacts étaient déjà là à la fabrication et que la proportion par rapport à l’impact de l’usage qu’on en faisait était finalement plus faible. Oui, certes, mais comme pour tous les autres secteurs de la consommation, ce qu’il faut bien voir c’est que nous donnons, nous Européens occidentaux, pays riches, des signaux de ce qui est fun, de ce qui est cool, de ce qui doit être la norme pour quasiment le reste de la population. Ce qui fait que même si nous réparons nos téléphones ou si nous les gardons plus longtemps, mais qu’on utilise beaucoup plus des plateformes et qu’on bascule complètement sur Netflix, etc., on donne un signal aux autres. En fait, le problème c’est que nous définissons la norme et nous définissons un monde désir. Aujourd’hui le modèle économique est un modèle économique basé sur la notion de désir. On est en train, en France, de basculer de cette notion de modèle économique de désir tranquillement vers un modèle économique du besoin avec l’économie sociale et solidaire, le recyclage, le reconditionnement, etc. Aujourd’hui le modèle économique prégnant dans le monde c’est quand même celui qui correspond à celui du désir, à celui d’un idéal économique.
Le modèle économique du Fairphone existe, c’est un marché de niche. On est encore très loin de ces fameux 4, 5, 8 % qui permettraient d’enclencher un phénomène de boule de neige et qui auraient des répercussions beaucoup plus fortes sur l’intégralité du marché. C’est pour ça que la notion de réponse européenne est fondamentale, c’est-à-dire que nous, marché français, nous sommes ridicules, nous sommes inexistants pour les cadors du domaine. La réponse doit être à un niveau européen.

Aurélie Luneau : Sophie Comte, je sais qu’on parle aussi de l’effet rebond, toute amélioration d’un produit conduit souvent à une augmentation de l’utilisation de ce produit, ce qui n’est pas forcément une bonne chose. Précisons aussi, puisqu’on parlait de la durée de vie, l’obsolescence programmée est interdite depuis 2015 en France, c‘était pour la précision supplémentaire. Peut-être une réaction sur ce qui vient d’être dit ?

Sophie Comte : Oui, effectivement. On a parlé de téléphones reconditionnés et c’est vrai qu’aujourd’hui il y a de plus en plus des plateformes qui proposent cela. Il y a de plus en plus de Français qui sont intéressés par l’achat en reconditionné, il y aurait un quart de Français qui auraient acheté un smartphone reconditionné en 2019. Donc il y a un engouement, il y a une envie, peut-être, d’une consommation plus responsable de la part des Français.
On s’est interrogé sur le reconditionné et le fait que ce soit écologique ou non. Effectivement oui, c’est forcément plus écologique d’acheter un téléphone reconditionné. Après, effectivement, il y a un souci au niveau de la régulation. Les téléphones sont proposés par des reconditionneurs et ces reconditionneurs, eux-mêmes, ne sont pas forcément situés en France, ils peuvent même être à l’autre bout du monde, donc il y a un impact au niveau du transport.

Aurélie Luneau : Il peut aussi y avoir de mauvaises expériences ; elles sont quand même listées, on en connaît tous autour de nous.

Sophie Comte : En tout cas parmi les critères de sélection de ces reconditionneurs, il n’y a pas forcément le critère de l’impact environnemental. C’est un point noir qu’on peut pointer. Il y a des améliorations à faire.

Aurélie Luneau : Peut-être même, justement, sur l’information nécessaire des consommateurs, développer, renforcer cette information environnementale concernant le numérique, Sophie Comte.

Sophie Comte : Oui, tout à fait. Après, pour reparler des plateformes, il y a effectivement aussi des plateformes qui proposent plutôt des circuits courts, en fait, avec l’achat de téléphones via des reconditionneurs qui sont situés en France ; il y a quand même des alternatives possibles. Effectivement peut-être cette volonté de plus en plus de la part des consommateurs d’avoir une consommation plus citoyenne en fait, de s’inscrire dans une démarche plus citoyenne, d’acheter autrement, de consommer autrement.

Aurélie Luneau : Encore faut-il, effectivement, qu’ils puissent être informés. On en parle dans un instant.

Pause musicale :Maison de Terre, Stéfi Celma.

Voix off : France Culture, De Cause à effets, le magazine de l’environnement. Aurélie Luneau.

Aurélie Luneau : C’était Stéfi Celma, Maison de Terre.
C’est la suite de notre émission De Cause à effets sur France Culture consacrée ce soir au numérique et à ses différentes facettes, ce Janus des temps modernes. Un numérique vert, raisonné et sobre est-il en passe de voir le jour ? Comment repenser notre dépendance aux technologies digitales ? Question posée à nos invités ce soir en direct sur France Culture : Sophie Comte, cofondatrice de Chut !, le magazine à l’écoute du numérique, notre partenaire sur cette émission, et dont le dernier numéro propose un dossier complet dédié à ce sujet ; Frédéric Bordage, fondateur du Collectif Green IT, auteur du livre Sobriété numérique paru chez Buchet-Chastel et puis Vincent Courboulay ingénieur et maître de conférences en informatique à La Rochelle Université et auteur du livre Vers un numérique responsable, livre qui paraît ce mois-ci chez Actes Sud.

Tout de suite direction la rédaction des pages « Planète » du journal Le Monde, notre partenaire média dans l’actualité qui touche à l’environnement. Comme d’habitude un coup de projecteur sur une info choisie par l’un des journalistes du quotidien. Bonsoir Perrine Mouterde.

[Partie non transcrite]

Voix off : France Culture, De Cause à effets, le magazine de l’environnement. Aurélie Luneau.

[Extrait d’un reportage de France 3]

Diverses voix off : L’idée est simple, utiliser la chaleur produite par ces ordinateurs. Installées juste en dessous de la piscine, ces six chaudières numériques fonctionnent comme un chauffage central.
– En fonctionnement, ce disque dur va émettre des calories. Ces calories vont être absorbées par ce fluide. Ensuite vous voyez la fontaine, on a un circuit qui vient faire circuler l’huile à travers, en effet, ce disque dur et à travers un jeu d’échangeurs qui ensuite va ramener et transférer ces calories jusqu’à la piscine.
– Dans l’eau, les nageurs de la Butte aux Cailles croient déjà sentir la différence.
– C’est une bonne chose. De toute façon, avec l’été qui arrive ça va chauffer la piscine, mais en hiver on ferait mieux de récupérer l’énergie de ces serveurs, c'est une super chose. Ce sont des économies et on pourrait venir à la piscine en toute saison.
– Puisque cette expérimentation fonctionne, eh bien nous allons pouvoir l’étendre à d’autres piscines, donc avoir un mode de chauffage qui correspond aux objectifs que nous nous sommes fixés en matière de plan climat.
– D’ici 2020 Paris devrait compter quatre autres piscines réchauffées grâce à ces datacenters. Le potentiel est gigantesque. Cela représente huit milliards de téraoctets dans le monde.

[Fin de l’extrait]

Aurélie Luneau : Ce reportage a été diffusé sur France 3 le 8 juin 2017. Cette piscine continue d’agir, en tout cas d’être chauffée par datacenter. Est-ce que ce genre d’initiative ouvre un monde des possibles et une adaptation positive selon vous, Frédéric Bordage ?

Frédéric Bordage : C’est très intéressant. La société s’appelle Stimergy9 et c’est une des petites pépites qu’on a en France, elle est d’ailleurs basée à côté de Grenoble ; c’est le pionnier de ce genre d’installation. C’est très intéressant parce qu’elle a pensé nativement la réutilisation de la chaleur fatale dégagée par les serveurs pour préchauffer l’eau chaude d’une piscine ou l’eau chaude sanitaire d’un logement. Elle utilise des serveurs qui sont eux-mêmes des serveurs reconditionnés, donc elle donne une seconde vie aux serveurs. C’est donc vraiment une solution qui est bien pensée.
On peut aller encore plus loin, c’est ça qui est intéressant. C’est vraiment une de nos petites pépites française qui mériterait d’être plus soutenue, plus mise encore en valeur comme vous le faites ce soir. On peut aller encore plus loin. On a par exemple éco-conçu un service numérique pour une startup, Weatherforce10, basée à Toulouse, qui fait des prévisions pluviométriques et qui se demandait comment réduire ses impacts environnementaux. Au niveau de son datacenter, elle ne peut pas faire mieux, parce qu’elle fait beaucoup de calculs et les prévisions de pluviométrie ce sont des calculs.
Par contre, pour pouvoir attaquer les pays émergents commercialement, donc en faire un facteur de business qui fonctionne tout en réduisant son impact, on a trouvé la solution, une solution pour diffuser l’information auprès de ses clients dans des pays émergents, en Côte d’Ivoire par exemple, où quand on a 50 paysans, on a viré 48 smartphones qui ne servent à rien. Pour éviter que les paysans soient obligés de s’équiper de smartphones pour bénéficier des prévisions pluviométriques, on les a remplacés par les tableaux noirs de l’école avec des messagers qui sont les enfants des agriculteurs.
On pense qu’on peut concevoir un numérique complètement différent, alternatif, où on va associer de la low-tech avec de la high-tech, donc on va associer des tableaux noirs avec des super calculateurs et c’est la seule façon d’avoir du numérique demain puisque que le numérique est une ressource critique non renouvelable qui s’épuise inévitablement.
Donc il faut aller très loin, de façon radicale, en facteur quatre que vous avez cité au début de l’émission, si on veut économiser cette ressource critique.

Aurélie Luneau : Ce que vous nous dites, Frédéric Bordage, c’est intéressant. Ça veut dire que finalement il y a des idées, des initiatives qui viennent de ces jeunes pousses, notamment sur notre territoire en France et probablement dans d’autres pays en Europe ou ailleurs. Ces solutions viennent de ces jeunes gens, peut-être, plutôt que des GAFAM. C’est ça ?

Frédéric Bordage : Complètement. Les GAFAM sont très forts pour optimiser des processus disfonctionnants, c’est-à-dire qu’ils vont optimiser leurs datacenters comme avant, mais ils n’ont aucun intérêt puisqu’ils vous vendent – je peux peut-être citer des marques puisqu’on parle des GAFAM – si on prend l’exemple d’Apple : il nous vend le téléphone et le contenu qui va dedans ; si on prend Microsoft il nous vend, etc. C’est vrai à peu près pour tous, concrètement. Donc ils n’ont aucun intérêt à changer de modèle. La disruption, le caractère vraiment innovant vient aujourd’hui de startups et particulièrement de la France où, un peu comme on a eu un siècle des Lumières, on a vraiment un siècle des lumières du numérique responsable en France aujourd’hui. Pour une fois, je pense qu’il faut souligner cette exception française.

Aurélie Luneau : Qu’est-ce que vous pensez de la polémique autour de la 5G ? Est-ce qu’elle est fondée, infondée ? On entend dire beaucoup de choses, notamment que finalement cette 5G éviterait aussi, peut-être, des émissions de gaz à effet de serre parce que la technologie serait plus performante, donc moins polluante.

Frédéric Bordage : La 5G est intéressante parce que c’est une cristallisation sur une technologie particulière. Pourquoi ? On ne s’est pas posé la question sur la 4G, il faut se poser cette question-là. Donc elle montre que la démocratie est vivante, que les citoyens, les auditrices, les auditeurs s’emparent du sujet. Ce qui se passe autour de la 5G est très intéressant. Après, c’est une technologie comme une autre, qui devrait être utilisée pour ses savoir-faire spécifiques, ses utilisations spécifiques. Malheureusement, elle est détournée aujourd’hui pour en faire un argumentaire commercial par les opérateurs qui vont bientôt vous engager à renouveler votre abonnement 24 mois pour bénéficier de la 5G, de son débit, du téléphone. Posons-nous la question : pourquoi avons-nous des durées de vie de deux ans, de 24 mois exactement, des smartphones en France ?
La 5G est une technologie qui a un intérêt, comme toutes les technologies, mais qui, malheureusement, est mal utilisée pour des raisons purement économiques aujourd’hui.

Aurélie Luneau : Vincent Courboulay, est-ce que la solution viendra, justement, d’un autre univers que celui des GAFAM ? Un peu votre position par rapport à ces questions qui aujourd’hui, on le sent quand même, cristallisent aussi les débats dans les sociétés.

Vincent Courboulay : En plus, ce que je disais un peu au début, ce sont des problématiques qui sont protéiformes, c’est-à-dire qu’il n’y a pas simplement le côté environnemental. Se greffe à ça le côté surveillance, le côté monopole, le côté opposition aux GAFAM versus leur alter ego chinois qu’on appelle les BATX qui sont Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi, Huawei. On est au milieu d’une guerre économique avec les États-Unis qui blacklistent les antennes 5G d’opérateurs chinois. On est en plus, comme disait effectivement Frédéric Bordage, dans un moment démocratique assez hallucinant où, en même temps qu’on développe une convention citoyenne on est capable, en deux phrases, de boucler le sujet de la 5G en disant « Messieurs-dames Amish, circulez, il n’y a rien à voir ! » C’est vrai que cette notion de 5G est très clivante et très cristallisante.
Et puis, il faut être honnête, quand aujourd’hui les GAFAM se targuent d’avoir des plans d’effacement de la dette environnementale depuis le début de leur histoire, des plans de neutralité carbone dans les six mois, etc., il faut voir aujourd’hui, finalement, le périmètre d’action de ces opérateurs ; le périmètre de fabrication n’est pas inclus, tout est sous-traité aujourd’hui. Finalement, quel est le vrai périmètre de ces opérateurs-là ? S’il s’agit de mettre quelques milliards d’euros pour mettre des panneaux solaires sur les datacenters ou de faire tourner les bâtiments de leurs ingénieurs, on a envie de dire, au minimum, vu ce que vous gagnez, ça parait la moindre de choses. Le jour où véritablement on aura passé un cap c’est quand les GAFAM s’impliqueront auprès de leurs sous-traitants ; c’est quand les GAFAM fermeront des services soi-disant inutiles ; c’est quand les GAFAM feront des services qui tournent sur des téléphones d’hier. C’est ce que j’ai l’habitude de dire. La loi de Moore dit que les puissances de calcul doublent tous les deux ans. Donc les gens qui vont développer des services numériques disent « on va les développer pour des ordinateurs ou des smartphones qui sortiront dans un an ou deux ans, donc plus puissants ». Il y aura un vrai changement de mentalité, un vrai changement d’économie quand les opérateurs ou les fournisseurs de services fourniront des services non pas capables de tourner sur des machines de demain, mais il y aura un changement fondamental dans nos sociétés quand on fournira des services innovants, capables de tourner sur du matériel d’hier. C’est vraiment là l’enjeu qu’il faut avoir.

Aurélie Luneau : Frédéric Bordage, vous voulez réagir ?

Frédéric Bordage : Non.

Aurélie Luneau : Comme le disait Sophie Comte tout à l’heure qu’il y avait quand même la question de la version des logiciels qui ne permettent pas toujours de recycler sans fin. On voit bien que nos outils numériques nous demandent aussi des mises à jour. C’est aussi tout ce système dans lequel les utilisateurs peuvent se sentir piégés. Les GAFAM, peut-être qu’il faut qu’on le précise pour ceux qui ne se souviendraient pas, c’est donc Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft.
Sophie Comte, la question se pose aussi de cette responsabilité élargie qui touche désormais les producteurs, ce numérique vert. Vous avez des partenaires avec le magazine Chut !. Est-ce que vous sentez, vous percevez peut-être ce monde différemment par rapport à Vincent Courboulay ou Frédéric Bordage ou alors vous rejoignez leur regard sur ce monde-là ?

Sophie Comte : Je pense que l’engagement pour un numérique vert de la part des GAFAM est encore timide, mais on voit qu’il y a une prise de conscience et je pense qu’elle vient aussi des mouvements citoyens en fait, justement aussi de cette prise de conscience citoyenne qui va peut-être, je l’espère, progressivement obliger les grandes entreprises de la tech à revoir leur façon de travailler. Il y a déjà des initiatives qui sont là, qui arrivent doucement. Après, est-ce qu’elles sont suffisantes ?, peut-être pas, mais ça arrive. On a par exemple Microsoft qui a immergé des datacenters sous l’eau pour justement pallier ce problème de climatisation des datacenters qui est très énergivore, ce sont d’énormes serveurs qui demandent à être refroidis, donc des systèmes de climatisation qui sont en place ; ça peut être une solution de les immerger.
Après, si on parle de GAFAM à proprement parler, on parle de Facebook par exemple et l’un des problèmes de Facebook ce sont les vidéos qui se lancent automatiquement. Là on est dans le contre-modèle complet du numérique vert avec ce système de vidéos qui se chargent automatiquement sans que vous l’ayez demandé.
Donc oui, il y a des initiatives qui émergent. Ces grandes entreprises ont effectivement un rôle à jouer, un rôle d’exemplarité, en fait, qui doit encore faire ses preuves.

Aurélie Luneau : Frédéric Bordage, Sophie Comte parlait de ces vidéos. Ça fait référence à la façon dont le numérique, finalement, entre dans nos vies, nos vies privées, et de quelle façon est-ce que nous-mêmes pouvons peut-être reprendre le contrôle, parce que ces vidéos ce sont aussi des algorithmes, des biais informationnels et c’est cette fameuse bulle de filtres, je crois qu’on appelle aussi ça chambre d’écho, mais qui réagit selon nos clics et qui, finalement, nous suit, est totalement renseignée sur nos pratiques.

Frédéric Bordage : Oui, c’est vrai qu’on est pistés dans nos pratiques.
J’aimerais insister sur le fait qu’il y a une très bonne nouvelle pour ce début d’année 2021 sur la sobriété numérique, c’est nous en fait, nous les utilisateurs qui avons les cartes en main. On peut utiliser des solutions alternatives, il existe des logiciels alternatifs à ceux de Google, il existe des Fairphone alternatifs à ceux d’Apple, etc. Il y a des alternatives, donc c’est à nous, en tant que consommateurs et citoyens, de le décider. Le bio se développe énormément et s’est développé parce qu’on a commencé à en manger. Si on veut, demain, avoir des smartphones sans minerai de conflit dedans, équitables et éco-conçus, eh bien il faut en demander. Donc c’est nous, consommateurs et consommatrices, qui avons les cartes en main. Je voudrais vraiment insister sur cette dimension qui est réjouissante d’une certaine façon parce que c’est à nous de vraiment décider de la faire, c’est-à-dire que nos actes soient en accord avec nos pensées.
Après, concrètement, il y a quatre gestes qui nous permettent de réduire notre empreinte : c’est éteindre ses box quand on dort ou qu’on quitte son domicile ; c’est se poser la question : ai-je vraiment loupé ma vie si je n’ai pas de montre connectée à 40 ans ?, donc éviter de se sur-équiper ; favoriser le réemploi et puis regarder la télé via la TNT ou écouter la radio via la radio quand on l’écoute en direct par exemple. Ces gestes sont simples, ils ne coûtent rien et ce sont ceux qui vous permettent de réduire considérablement votre empreinte numérique concrètement.

Aurélie Luneau : Des gestes dont vous nous faites bénéficier, je le précise, dans votre livre, comme Vincent Courboulay d’ailleurs. Vous nous proposez aussi, à la fin de votre libre, une journée dans la vie d’un citoyen numériquement responsable et il y a effectivement des gestes que l’on méconnaît totalement ou alors on ne se rend même pas compte qu’on a la main sur nos vies numériques, finalement.

Vincent Courboulay : Oui, absolument. On a la main sur tout. On a la main sur notre façon de consommer, de se nourrir, de s’habiller et de consommer le numérique, effectivement. La solution est individuelle, mais elle est aussi collective, elle est aussi étatique. Par exemple, grâce à une mobilisation citoyenne, des propositions citoyennes et une appropriation de l’État, depuis le 1er janvier il existe, de façon obligatoire, sur cinq produits dont les smartphones et les ordinateurs, un indice de réparabilité qui va permettre, un peu commne le Nutriscore dans les aliments, de dire « si vous achetez cet ordinateur ou si vous achetez ce téléphone, sachez qu’il est réparable ». Et aujourd’hui c’est de ça dont on a besoin. Globalement – je déteste utiliser cette expression – les gens sont aujourd’hui, pour beaucoup, en attente de meilleure consommation, de mieux consommer, mais pour ça il faut leur en donner les outils sans avoir un bac plus 42 ou sans avoir deux heures pour aller creuser Internet pour savoir véritablement comment tel ou tel outil s’utilise de façon plus sécurisée.
Il y a tout un écosystème à mettre en place. Il y a aussi le bouche-à-oreille, il y a aller voir son voisin, aller voir ses parents. Quand on offre un cadeau, expliquer d’où vient ce cadeau. Le fait de dire « je ne t’ai pas acheté du neuf, par contre je t’aime bien ».

Aurélie Luneau : Informer.

Vincent Courboulay : Voilà, informer. Former et informer, ce sont vraiment deux piliers fondamentaux pour la société de demain et je dis véritablement demain, je ne dis pas dans la génération d’après, je dis demain.

Aurélie Luneau : Pour informer et renseigner, je renvoie nos auditeurs vers vos livres respectifs. Merci à tous les trois.
Frédéric Bordage, votre livre s’intitule Sobriété numérique, il est paru chez Buchet-Chastel et puis il y a aussi le site greenit.fr à investir.
Vincent Courboulay, votre livre s’intitule Vers un numérique responsable et il paraît chez Actes Sud le 20 janvier.
Sophie Comte, on renvoie bien sûr sur Chut !, le magazine à l’écoute du numérique. On le trouve partout en kiosque en librairie ou ailleurs.
Bien sûr toutes les informations, les références sont à retrouver sur le site de l’émission franceculture.fr, rubrique De cause à effets, téléchargement, réécoute à votre disposition.
Mardi prochain nous irons du côté des néoruraux pour dresser un bilan de leur choix de vie pour le meilleur ou le pire. Le bonheur est-il toujours dans le pré ? Ce sera la question posée. En tout cas le bonheur est sur France Culture.

17 January 2021

bsibaud.png Benoît SIBAUD

LinuxFr.org : première quinzaine de janvier 2021

Le 17 January 2021 à 11:49:43

Cent soixantième dans la communication entre les différents intervenants autour du site LinuxFr.org : l’idée est tenir tout le monde au courant de ce qui est fait par les rédacteurs, les admins, les modérateurs, les codeurs, les membres de l’association, etc.

L’actu résumée ([*] signifie une modification du sujet du courriel) :

Statistiques

Du 01 au 15 janvier 2021

  • 1960 commentaires publiés (dont 10 masqués depuis) ;
  • 348 étiquettes posées (plus 2840 autres ajoutées sur d’anciens contenus lors d’un ré-étiquetage massif) ;
  • 108 comptes ouverts (dont 36 fermés depuis) ;
  • 47 entrées de forum publiées (dont 14 masquées depuis) ;
  • 69 liens publiés (dont 1 masqué depuis) ;
  • 20 dépêches publiées ;
  • 28 journaux publiés (dont 1 masqué depuis) ;
  • 0 entrée nouvelle, 1 corrigée et 4 invalides dans le système de suivi ;
  • 0 sondage publié ;
  • 0 page wiki publiée (dont 0 masquée depuis).

Listes de diffusion (hors pourriel)

Liste ca@ - [restreint]

  • R.A.S.

Liste linuxfr-membres@ - [restreint]

  • R.A.S.

Liste moderateurs@ - [restreint]

  • [Modérateurs] Voeux et bonnes résolutions pour 2021
  • [Modérateurs] Suppression page linuxfr
  • [Modérateurs] merci pour ma dérive sur trump
  • [Modérateurs] Ta dépêche sur les logiciels open source qui nous espionnent
  • [Modérateurs] Article sur X [*]

Liste prizes@ - [restreint]

  • [Prizes] LinuxFr prizes recap du sam. 02 janv. 2021 22:36:00 CET
  • [Prizes] Livre offert

Liste redacteurs@ - [restreint]

  • R.A.S.

Liste team@ - [restreint]

  • [team linuxfr] Demande de correction de l'un de mes commentaires
  • [team linuxfr] Changement identifiant
  • [team linuxfr] Réouverture de compte suite inactivité

Liste webmaster@ - [restreint]

  • R.A.S.

Canal IRC adminsys (résumé)

  • voeux de bonne année
  • le premier bug de l’année sur le dernier code de l’année précédente…
  • discussion
    • npm…, des UNMET DEPENDENCY, des ERR pour du missing: et du extraneous:, des différences entre la production et le développement, et pourtant rien ne nous gêne ?
    • c’est du npm, c’est fait par et pour des développeurs Javascript, c’est fréquent que ça fasse des erreurs, faut pas s’inquiéter
  • discussion autour d’une page statique code de conduite (contribution externe)
  • remarque externe : « je voulais dire bravo pour la série d’articles sur les téléphones plus ou moins libres. Je vous encourage à en faire un livre. »
  • les étiquettes populaires sont assez sensibles au volume d’étiquetages dans le dernier mois visiblement

Tribune de rédaction (résumé)

  • vœux de bonne année
  • du spam signalé et traité
  • des étiquettes en doublon signalées et traitées
  • le générateur de fortunes ne fonctionne plus, mais à part l’entrée DNS, il n’y a pas de lien avec l’équipe Linuxfr.org

Tribune de modération (résumé)

(sur l’historique disponible)

  • beaucoup de notifications concernant les étiquettes (nettoyage et ré-étiquetage massif)
  • du spam
  • gestion de contenus et commentaires problématiques (dont une fermeture de compte après trois interventions de la modération)

Commits/pushs de code https://github.com/linuxfrorg/

(website)

  • tags: on destroy, destroy taggings too to update the counter_cache (#289)
  • Mention the right tag creator at least, not the creator of the tagged content…

(admin sys)

  • Script to help tagging
  • Remove 'using the discovered Python interpreter' warning

Divers / TODO / pense-bête

  • aide / FAQ : synthèse en cours d’écriture sur le karma ;
  • préparer une dépêche sur les mises en demeure n°4 et n°5 ;
  • interventions à faire sur les serveurs zobe et gruik ;
  • finaliser le rapport moral et préparer l’assemblée générale de LinuxFr ;
  • écrire une page statique avec l’histoire du site ;
  • finaliser un peu le code qui permet de tester actuellement 283 adresses du site

Commentaires : voir le flux Atom ouvrir dans le navigateur

16 January 2021

bsibaud.png Benoît SIBAUD

Retour sur rC3, le 37e CCC mais en distant

Le 16 January 2021 à 18:52:45

Entre les fêtes de fin d’année devait avoir lieu le traditionnel Chaos Communication Congress (CCC), le 37ᵉ, par le Chaos Computer Club (CCC). Mais pour cause de pandémie, l’événement a eu lieu en ligne et a été rebaptisé rC3. Les sujets abordés sont variés : féminisme, Bruce Schneier, manifestations en Bulgarie, rançongiciel, conflit Arménie/Azerbaïdjan, AES, Cory Doctorow, jeu vidéo, les Yes Men, fuzzing, contenus pédagogiques, climat, rayons X, chaîne de blocs, Wikileaks, brevets, matériel ouvert, Digital Service Act, nazisme, biohacking, Covid-19, xhamster… ne sont que quelques-uns des thèmes abordés. Ça va, c’est assez putaclic maintenant ?

Quelques liens comme l’entrée de blog #rC3 farewell, le site de l’événement, l'ensemble des conférences ou les enregistrements vidéo.

Et en dehors de vous plonger de vous-même dans tous ces liens, vous pourriez aussi apprécier le compte-rendu fait par Grégory Fabre (Cyberzen) en vidéo PeerTube ou Youtube :

  • introduction au CCC (le principe, l’organisation, les bénévoles, etc.)
  • le jeu vidéo (libre) mis en place cette année avec son monde virtuel
  • trois conférences résumées en français :
    • Attacking CPUs with power side channels (la consommation énergétique du CPU qui devient un cauchemar pour la sécurité) (vidéo par Moritz Lipp, Michael Schwarz, Daniel Gruss et Andreas Kogler)
    • The Elephant In The Background: Empowering Users Against Browser Fingerprinting (la traque des visiteurs de sites web qui devient un cauchemar pour la vie privée) (vidéo par Julian Fietkau)
    • Hacking German Elections (du vote électronique en Allemagne où l’on cherche les non-trous de sécurité) (vidéo par Johannes et Tobias)

Grand merci à Grégory Fabre, sa vidéo est passionnante à écouter et ça donne envie de se plonger dans les vidéos (petite critique : ça manque de liens en description).

Mais peut-être avez-vous suivi d'autres conférences ? D'autres retours à nous faire sur le rC3 ? D'autres petites pépites à partager ?

Commentaires : voir le flux Atom ouvrir dans le navigateur

tnitot.png Tristan NITOT

Quelles sont les conséquences du changement climatique ?

Le 16 January 2021 à 14:17:00

Lever de soleil façon apocalypse : rouge avec un panache de fumée sur la ville

C’est un sujet dont parle assez peu, mais qui est essentiel. On entend plus les injonctions classiques façon « il faut faire quelques chose », avec son chapelet d’exigences parfois justes comme « limitez l’avion, la voiture et la viande » ou fantaisistes comme « pensez à effacer vos mails et faites pipi sous la douche ».

Reste qu’on a du mal à comprendre pourquoi il faut le faire. Le changement climatique a déjà des conséquences concrètes (comme fait que la grande majorité des années les plus chaudes sont arrivées ces deux dernières décennies) mais trop peu compréhensibles pour le citoyen lambda.

Une récente interview du climatologue Jean-Pascal van Ypersele, professeur à l’Université catholique de Louvain et ancien vice-président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), est de ce point de vue très intéressante, même si elle est porteuse de mauvaises nouvelles. En voici un court extrait :

Des zones de la Terre seront-elles bientôt inhabitables ?

Le dérèglement climatique se traduit par une hausse de la température mais aussi de l’humidité – sous l’effet notamment de l’évaporation des océans. Cette combinaison met les organismes vivants sous pression, car notre transpiration, qui nous permet de nous réguler, a du mal à s’évaporer. Si l’humidité est par exemple de 55 %, une température de 45 °C peut être mortelle pour les humains en bonne santé en quelques heures.

Avec 70 % d’humidité, une température de 35 °C est déjà considérée comme extrêmement dangereuse. Dans les bassins du Gange et de l’Indus, où vit un cinquième de la population mondiale, 15 % des habitants connaissent aujourd’hui régulièrement ces conditions de vie dangereuses. Cette proportion augmenterait à 75 % d’ici à la fin du siècle dans un scénario d’émissions très élevées.

Le travail et la vie dehors vont devenir insupportables dans des régions de plus en plus vastes et une part de plus en plus grande de la planète sera inhabitable. Les animaux et les végétaux souffriront aussi énormément, ce qui affectera la production agricole. Si l’on n’arrête pas cette machine infernale, des centaines de millions de gens devront fuir leurs terres pour survivre. Les plus vulnérables, souvent les plus pauvres, seront les plus touchés mais les autres ne seront pas indéfiniment à l’abri.

A la fin du siècle, dans un scénario d’inaction contre le dérèglement climatique, près des deux tiers de la population européenne pourraient être affectés chaque année par des événements climatiques extrêmes, contre 5 % sur la période de référence 1981-2010. Le nombre moyen de décès annuels dus à des extrêmes climatiques en Europe pourrait passer de 3 000 aujourd’hui à environ 100 000 au milieu du siècle et 150 000$ vers 2100, principalement à cause des vagues de chaleur.

Je récapitule :

  • des zones importantes de pays pauvres vont devenir inhabitables ;
  • Les rendements de production agricole vont baisser, ce qui va dire qu’on va avoir des famines ;
  • On va donc avoir des déplacements massifs de population ;
  • On risque donc d’avoir des conflits armés pour lutter contre la migration, le contrôle des fleuves (pour l’irrigation) ;
  • Même sans cela, en Europe, le nombre de morts à cause de canicules vont être multipliés par 30 en 2050 (100 000 morts) et par 50 en 2100 (150 000 morts).

Pour comprendre comment ou pourrait en arriver là, pour saisir le fonctionnement du changement climatique et en avoir une vue d’ensemble, je vous recommande vivement de faire un atelier fresque du climat, qui repose sur les travaux du GIEC.

Ensuite, vous renseigner sur ce que l’on peut faire au quotidien pour limiter l’impact du changement climatique, avant qu’il ne bouleverse tout. Pour vous aider, voici ma démarche, entamée il y a plus de deux ans. Car oui, la démarche de chacun est importante, et chaque dixième de degré évité est une victoire.

14 January 2021

jzimmermann.png Jérémie ZIMMERMANN

PASP Decrees: first battle lost against the massive registration of political activists

Le 14 January 2021 à 13:40:33

On 4th January 2020, the Conseil d’Etat (the French highest administrative authority) rejected the appeals urgently lodged by several associations (to which we had contributed) against the three decrees PASP, GIPASP and EASP (more explanations can be found here). Therefore the massive registration of political activists, their entourage, their political opinions as well as their health data will not be suspended. Indeed, since the files are being extended by a regulatory text, only the Conseil d’Etat had the power to stop the government’s security ambitions – which it has just refused to do, at least for now. This refusal reveals the failure of the system which claims to supervise police files: the only counter-power placed against the ambitions of the police is a Conseil d’Etat which, on security issues, is regularly lacking independence vis-a-vis the government and showing permissiveness in the application of the law (as in this decision, with a legal demonstration as brief as confusing).

This decision also marks a new stage in the forfeiture of the French Data Protection Authority (CNIL): Besides its very reserved non-binding opinions regarding these police files , the CNIL had nevertheless released a statement criticizing the fact that it had not been able to give its opinion on the listing of political opinions, religious or philosophical beliefs, or trade union membership. The Conseil d’Etat dismissed this argument in only one paragraph, without any real explanation.

However, this decision is not final. The appeal that the Conseil d’Etat rejected was only to suspend the decrees while the administrative court was to examine the annulment of the decrees. So an annulment of the decrees is still possible.

The battle is not yet lost. At the end of December, together with many associations, we filed our three appeals for annulment against these decrees. A decision is expected in a few months.

april.png Nouvelles April

« Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (19 janvier 2021)

Le 14 January 2021 à 10:18:19

19 Janvier 2021 - 15:30
19 Janvier 2021 - 17:00

Photo d'illustration de l'émission

90e émission Libre à vous ! de l'April en direct sur radio Cause Commune 93.1 FM et DAB+ en Île-de-France, et sur le site web de la radio, mardi 19 janvier 2021 de 15 h 30 à 17 h. Le podcast de l'émission et les podcasts par sujets traités sont disponibles dès que possible, quelques jours après l'émission en général.

Au programme :

  • sujet principal : nous échangerons avec le député Éric Bothorel sur son rapport « Pour une politique publique de la donnée ». Lire le communiqué de l'April : Logiciel libre : le Premier ministre se montrera-t-il à la hauteur du rapport Bothorel ?
  • la chronique « Partager est bon de » Véronique Bonnet, professeur de philosophie et vice-présidente de l'April, sur le thème « Install parties : comment réagir au pacte avec le diable »
  • la chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame, bénévole à l'April, sur
  • quoi de Libre ? Actualités et annonces concernant l'April et le monde du Libre

Nous contacter pour poser une question :

Intervenir pendant le direct (mardi 19 janvier 2021 de 15h30 à 17h00) :

Écouter le direct mardi 19 janvier 2021 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast S'abonner à la lettre d'actus

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h.

Les archives de l'émission

Écouter les émissions précédentes

13 January 2021

Carl CHENET

Le télétravail efficace

Le 13 January 2021 à 23:01:00

Après avoir parlé de l’inefficacité de la culture du télétravail de beaucoup d’entreprises qui tentent de plaquer leurs anciennes méthodes managériales sur cette nouvelle organisation, nous allons dans les articles à venir décrire les différents points nécessaires à une pratique efficace du télétravail. Aujourd’hui : communiquer.

Communiquer pour exister en télétravail

Si vous ne communiquez pas au quotidien, vous ressemblerez rapidement à un fantôme, qui fait de rares apparitions ça et là et semble ne vraiment être nulle part, peu investi dans votre équipe.

Concrètement, en ne communiquant pas sur une base régulière, vous vous isolez et pouvez donner l’impression d’être difficile à approcher, ce qui aboutit au final à encore moins de communication envers vous. Et lorsque vous réapparaissez sur les sujets que vous souhaitez défendre, les gens se demandent qui vous êtes, de façon légitime.

Abattre du travail au quotidien est crucial, mais en informer les membres concernés dans l’entreprise est aussi très important.

Il faut donc vous servir des différents outils utilisés par l’entreprise dans le cadre du télétravail pour faire avancer vos tâches et mettre en avant vos réalisations. Finies les discussions informelles à la machine à café.

La communication en télétravail prend plusieurs formes que nous allons voir aujourd’hui :

  • les réunions
  • la messagerie instantanée
  • l’e-mail
  • les appels vocaux

Avant-propos : ce qui n’est pas écrit n’existe pas

Contrairement au présentiel où tout le monde est censé être au courant de tout parce qu’on est dans le même bureau toute la journée, il est impératif dans le cadre du télétravail d’expliciter les événements qui arrivent dans l’entreprise en les écrivant.

Un incident de production ? Un message sur le canal dédié. Une livraison logicielle ? Un message sur le canal dédié. Plus rarement un e-mail, sur des problématiques difficiles à traiter dans le cadre de l’instantanéité. Nous aborderons plus longuement ce point dans un prochain article mais il est important d’en comprendre l’importance dès maintenant. Nous reparlerons également de l’e-mail plus bas.

Éviter la multiplication des réunions pour un télétravail efficace

Le rapport aux réunions varie selon votre métier. Elle sont omniprésentes pour le personnel d’encadrement, mais deviennent rapidement envahissantes pour d’autres, par exemple les fonctions support ou les professions techniques (développeurs, sysadmins), empêchant rapidement la réalisation du travail au quotidien.

Oui, parce que soyons clairs, le dev qui écrit du code pendant qu’il répond à des questions en réunion, soit il est en train de faire n’importe quoi au niveau de son code, soit il est en train de vous répondre n’importe quoi.

Il faut donc impérativement réguler le temps passer en réunion. Il faut également optimiser la qualité des réunions.

Lorsqu’un problème est géré par un chef de projets, ce dernier a tendance à inviter beaucoup de personnes à chaque réunion, pour être sûr d’avoir dans le tas le bon interlocuteur. J’appelle ça le phénomène “mêlée de rugby”.

Si c’est le cas pour vous, il est courant de vous retrouver dans des réunions où personne ne répond à vos questions, car personne ne sent concerné et vaque en fait à ses occupations en parallèle.

Pour éviter cela, il est nécessaire de soit recadrer le chef de projets sur votre rôle, soit de voir le point suivant.

Rappelons-le même si cela n’est pas propre au télétravail : une réunion coûte chère. Vous mettez 5 informaticiens payés 50k€ par an dans une pièce pendant 2 heures, je vous laisse faire le calcul (spoiler : plusieurs centaines d’euros).

La qualité des réunions

Une réunion doit avoir un but précis. Elle doit viser à produire un résultat. Un compte-rendu de réunion sera écrit pour les personnes potentiellement intéressées mais n’ayant pu y assister et pour consigner les décisions prises durant ladite réunion, afin que personne ne puisse dire ensuite “ah oui mais on a jamais parlé de ça”.

Refuser les réunions pour un télétravail efficace

Vous avez sûrement remarqué ce petit bouton à droite du bouton “accepter la réunion”. Il vous permet de refuser d’assister à une réunion. Aussi bizarre que cela puisse paraître, il va falloir commencer à l’utiliser, afin de de bien faire comprendre qu’on ne peut pas vous embarquer dans tout et n’importe quoi.

Une réunion d’équipe régulière mais courte

Voyons maintenant le cas particulier de la réunion d’équipe.

Le but de cette réunion régulière est de partager de l’information et de dégager les éléments bloquants de chacun. La réunion doit faire émerger des possibilités pour régler ces points, qui se règleront eux en dehors de cette réunion, dans des réunions dédiées ou encore mieux des discussions 1 à 1.

Cette réunion doit rester courte pour un télétravail efficace, on sait tous qu’on décroche rapidement d’une réunion, surtout quand on est pas concerné par l’échange. Les point abordés par chacun doivent donc être limités aux points bloquants.

Comportements à éviter absolument en réunion régulière

  • la réunion régulière n’est pas le moment où le chef fait le point sur tous les projets de chacun. Il peut faire le point avec chacun. Il peut par contre interpeler l’ensemble de l’équipe sur un sujet bloquant. Pour le reste, s’il veut récupérer de l’info sur un ou plusieurs sujets, il peut s’adresser à chacun en direct, ce qui sera beaucoup plus efficient
  • chacun ne doit pas résumer la journée précédente, car en général tout le monde écoute les deux premiers, puis tout le monde décroche. Il faut impérativement se concentrer sur les points bloquants ou très importants
  • éviter absolument les discussions sur des sujets de fond, qui doivent faire l’objet d’une réunion dédiée
  • les communications d’entreprise, qui doivent faire l’objet d’une réunion dédiée. On peut faire passer une info très rapide, mais en général elle donne lieu à réaction de la part des membres de l’équipe, donc comme règle générale c’est à éviter à ce moment-là

Si vous n’avez rien à dire, et bien tant mieux. Cela fait gagner du temps à tout le monde.

Fréquence des réunions régulières

La fréquence de la réunion peut dépendre de la taille de l’équipe et du nombre de projets en cours, mais elle doit dans tous les cas être régulière, au même horaire.

Pourquoi au même horaire ? Car le télétravail doit laisser les employés s’organiser selon les besoins de leurs tâches et par rapport à leur organisation personnelle. Typiquement un développeur va avoir besoin de se concentrer longtemps sur une fonctionnalité à développer. Cela est gênant pour lui de devoir chaque jour replanifier ses planches de travail.

Improviser chaque jour l’heure de la réunion, par exemple par rapport à la disponibilité du chef, est donc nuisible à la réalisation des tâches en attente des différents membres de l’équipe.

À retenir au sujet des réunions

  • réduire le nombre de réunions et le nombre d’intervenants à chacune
  • refuser celles où vous n’êtes pas vraiment utile
  • maintenir courte et participative la réunion régulière, orientée sur les points bloquants

L’e-mail pour être efficace en télétravail

Depuis sa démocratisation dans les entreprises, l’e-mail est devenu peu à peu indispensable, évidemment pour la communication externe, mais aussi pour les communications internes.

C’est sûrement sur ce second point que l’usage est devenu aujourd’hui réellement abusif, un bien trop grand nombre d’e-mails allant d’un niveau d’importance très relative, voire triviale venant engorger les boîtes des membres de l’entreprise et les décourageant bien souvent de les lire tous, allant même jusqu’à noyer les plus importants dans la masse.

Mon expérience est que pour pratiquer un télétravail efficace, réserver les e-mails à des communications nécessitant une réponse obligatoire ou à des communications formelles dans l’équipe ou dans l’entreprise permet de redonner de l’efficacité à ce formidable outil et surtout d’augmenter les chances que quelqu’un réponde aux e-mails.

Contrairement aux métiers d’encadrement qui sont toute la journée la tête dans leurs e-mails, les métiers techniques (développeurs, sysadmins) nécessitent des grandes plages de temps pour se concentrer. Je regarde pour ma part deux fois par jour mes e-mails, avant chacune des deux grandes plages de travail qui rythment ma journée.

L’e-mail ne sera donc clairement pas le bon moyen de communication pour un sujet nécessitant une réponse rapide ou pour une discussions croisée nécessitant différents intervenants par rapport à un événement à régler rapidement, cette dernière discussion prendra un temps fou par e-mail.

À retenir au sujet de l’e-mail

  • réserver les e-mails à la communication externe, aux problèmes de fond nécessitant impérativement une réponse et à la communication interne officielle d’entreprise

La messagerie instantanée pour un télétravail efficace

La messagerie instantanée s’emploie à plusieurs niveaux de communication dans le cadre d’un télétravail efficace.

Elle permet d’échanger des messages visant un ou plusieurs destinataires, voire un groupe (l’équipe, un canal de discussion entier), de réagir légèrement (un smiley sur une remarque) ou formellement en réaction à une question. On peut également citer les passages auxquels on veut répondre, ce qui rend les réponses asynchrones très lisibles, même plusieurs heures ou plusieurs jours après la question initiale.

Ces outils sont en général équipé d’un moteur de recherche permettant de retrouver les messages précédents assez rapidement.

L’idée est de déplacer une grande partie de ce qu’on envoyait précédemment par e-mail dans la messagerie instantanée. Les transferts de fichiers sont également beaucoup plus simples à gérer.

Tout le reste, que ce soit unidirectionnel ou davantage dans l’optionnel ou dans l’informe, gagne à être déplacé vers la messagerie instantanée.

Notification immédiate n’implique pas réaction immédiate

Il est important de comprendre en effet que recevoir une notification n’entraîne pas un besoin de réponse immédiate. Il faut pratiquer un certain détachement vis-à-vis des notifications, sous peine de se voir interrompre en permanence.

En général les entreprises qui embrassent le télétravail multiplie les canaux de communication sur leur outil de messagerie instantanée. Il devient rapidement utile de paramétrer les notifications que vous recevez des différents canaux, voire de vous désinscrire des canaux sur lesquels vous n’avez rien à faire. Recevoir trop de notifications a l’effet inverse de celui escompté.

Parler des petites victoires

Un moyen simple de communiquer est de célébrer vos petites victoires, par exemple sur le canal dédié à votre équipe. Une courte phrase, pour signifier que vous avez avancé sur l’un de vos projets. Cela permet de vous rendre visible, de montrer que vous avancez, que les projets de l’équipe avancent et peut provoquer des interactions avec les autres membres de votre équipe. Que du bon donc.

De votre côté, il est de bon ton de répondre aux collègues qui font de même, soit en appréciant la communication, soit en réagissant sur ce que ça débloque pour vous ou l’équipe.

Être disponible pour un télétravail efficace

En télétravail, il est très important de sentir que vos collègues sont disponibles quand vous en avez besoin. Et réciproquement. La messagerie instantanée est là pour ça.

Cela implique d’être capable de vous rendre disponible de votre côté. Bien sûr, nous avons tous nos tâches à réaliser, donc il faut s’organiser pour ne pas être interrompu constamment.

Personnellement j’essaie de répondre rapidement à une sollicitation, au moins pour indiquer que j’ai pris en compte la sollicitation. Je fais ça en général à la réception de la notification, si je ne suis pas très concentré dans une tâche. Je demande en général que mon collègue explicite le problème via la messagerie instantanée et que je reviendrai vers lui dès que j’aurai le temps. Puis je regarde rapidement à l’une de mes pauses ses explications. J’y réponds immédiatement si c’est simple. Sinon je fixe un point plus tard pour étudier le problème plus avant.

À retenir au sujet de la messagerie instantanée

  • communiquer via la messagerie instantané pour ne pas être vu comme peu impliqué ou absent sur les avancées et les problèmes rencontrés
  • se rendre disponible aussi souvent que possible en respectant votre agenda

En cas de ralentissement, un appel vocal

Il est assez facile de ralentir dans sa réalisation des tâches lorsqu’on est en télétravail. On peut bloquer sur un point technique et avoir besoin d’aide. Ou avoir un collègue qui enchaîne les réunions et qui nous bloque. On peut avoir besoin d’une directive claire d’un supérieur qui ne prend pas le temps de répondre par messagerie instantanée ou par e-mail.

L’appel vocal va le plus souvent régler rapidement le problème. Selon l’urgence du problème, vous pouvez demander la permission avant d’appeler pour vous assurer de la disponibilité de la personne (ce que je fais le plus souvent). Par cette demande avant l’appel, vous signifiez néanmoins que vous avez quelque chose à régler rapidement et que vous êtes bloqué.

Vous pouvez aussi appeler directement, par contre vous interrompez la personne dans son travail, une attitude plutôt intrusive dans le cadre du télétravail. Donc veillez à ce que ce soit justifié/justifiable pour qu’on continue à vous répondre dans l’avenir et que vous puissiez conserver une dynamique efficace de télétravail.

À retenir au sujet des appels vocaux

  • passer un appel vocal à un collègue permet de débloquer une situation rapidement

Conclusion

Nous avons vu dans cette article l’importance d’adapter la communication de l’entreprise, principalement orale en présentiel, vers une communication principalement écrite, régulière et plus partagée en télétravail.

Se rendre disponible est également important pour la perception de votre implication dans l’entreprise et afin d’aider et d’être aidé.

Dans le prochain article, nous parlerons du stockage et du suivi de l’information (documents partagés, système de suivi de tickets) et de leur importance dans un télétravail efficace.

L’auteur

Carl Chenet, architecte de systèmes informatiques indépendant (en recherche de mission), 3 ans de télétravail régulier, entrepreneur.

Fondateur de l’agrégateur Le Journal du hacker, du site d’emploi LinuxJobs.fr et de la newsletter Le Courrier du hacker. Modérateur sur le Chantier, lieu virtuel (Discord, forum) d’échanges d’entrepreneurs francophones.

Me suivre sur les réseaux sociaux

N’hésitez pas à me suivre directement sur les différents sociaux pour suivre au jour le jour mes différentes projets dans le Logiciel Libre et/ou pour me contacter :

Suivre l’actualité du Logiciel Libre et Open Source francophone

Abonnez-vous au Courrier du hacker, une newsletter hebdomadaire résumant le meilleur de l’actualité francophone du Logiciel Libre et Open Source. Déjà plus de 90 numéros et plus de 2000 abonnés.

The post Le télétravail efficace appeared first on Carl Chenet's Blog.

april.png Nouvelles April

Le refus de sacrifier la liberté - François Sureau

Le 13 January 2021 à 17:12:42


La liberté guidant le peuple

Titre : Le refus de sacrifier la liberté
Intervenant·e·s : François Sureau - Fabien Escalona - Ellen Salvi
Lieu : Mediapart, chaîne YouTube
Date : 10 octobre 2019
Durée : 37 min
Visionner la vidéo
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : La Liberté guidant le peuple, Eugène Delacroix, Wikimedia Commons - Domaine publictitre du lien
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

Mediapart interroge l’avocat et écrivain François Sureau, qui vient de publier Sans la liberté (Tracts/Gallimard), un texte d’alerte contre la dégradation de long terme du régime des libertés publiques en France. Nous répondant sur les causes du phénomène, il s’exprime également sur les questions d’asile et d’immigration

Transcription

Fabien Escalona : Bonjour et bienvenue à Mediapart1. Nous vous proposons aujourd’hui un entretien plus que jamais d'actualité avec l'écrivain et avocat François Sureau.
Bonjour.

François Sureau : Bonjour.

Fabien Escalona : Vous venez de publier aux éditions Gallimard – c’est la collection Tracts – Sans la liberté, un texte en défense des libertés publiques et vous vous attaquez aux gouvernants qui ne cessent de les réduire, pour des effets, a minima, contestables. Je vous interroge avec ma collègue Ellen Salvi qui suit l’exécutif pour Mediapart.
Avant qu’on rentre dans le vif du sujet, pour celles et ceux qui ne vous connaîtraient pas bien, essayons de vous situer un peu, vous allez vous situer tout seul, notamment politiquement. Dans la presse, on vous a dit tantôt proche de François Fillon, tantôt proche de Macron. Le Monde a même titré « La mauvaise conscience d’Emmanuel Macron ». Est-ce que tout ceci est juste, faux, complexe ?

François Sureau : Quand je suis avec des gens de droite, j’ai tendance à être très, très à gauche. Quand je suis avec des gens de gauche, très souvent, surtout avec ceux de la gauche « sociétale », entre guillemets, j'ai tendance à être très, très à droite. De manière générale, je suis probablement culturellement un homme de droite qui a toujours voté à gauche, à peu près toujours, mais culturellement un homme de droite.

Fabien Escalona : Ça veut dire quoi « culturellement un homme de droite » ?

François Sureau : Ça veut dire que mon pessimisme est assez grand sur la nature humaine et que, au fond, je suis raisonnablement peu confiant dans la capacité des institutions à l’améliorer. Ça c’est la partie droite. En revanche, la partie gauche, c’est que je préfère un désordre à une injustice. Ce qui fait, qu’en fait, je suis alternativement un homme de droite et un homme de gauche, parce que je pense que l’alternance est la seule manière de résoudre le dilemme de la société politique né de la Révolution française.

Ellen Salvi : Pour en revenir à quelque chose, pour le coup, plus d’actualité que la Révolution française, un hommage a été rendu mardi matin aux victimes de l'attaque de la préfecture de police de Paris et, à l’occasion de cet hommage, Emmanuel Macron a eu une expression qui, finalement, résonne un petit peu avec votre livre ; il a dit, il a expliqué vouloir bâtir – je cite – « une société de la vigilance ». Que vous inspire cette expression-là ?

François Sureau : Ça m’inspire la crainte face à ce qu’on voit se produire depuis pratiquement 20 ou 30 ans et dont le gouvernement actuel, l’exécutif actuel, ne sont qu’une des dernières manifestations, qui est une manière de se défausser sur les impératifs de sûreté, qui sont des impératifs constitutionnels, sur la société entière, par la promotion d’une attitude de pensée et de parole, qui, en réalité, vise à fabriquer une société du soupçon au lieu de se concentrer sur ses activités propres. Je vais vous donner plusieurs exemples, mais ça ne date pas d’hier ces trucs-là.
L’un des éléments très caractéristique des systèmes sécuritaires auxquels on assiste depuis 20 ou 30 ans, c’est, en réalité, le transfert de responsabilité d’une classe politique déficiente qui, au fond, ne fait rien de ce qu’elle devrait et fait tout ce qu’elle ne devrait pas faire. Ça donne quoi concrètement ? Pour partir de ce qui a donné lieu à la société de vigilance, il n’y a pas de société de vigilance qui tienne. Ce à quoi on assiste en ce moment, c’est, au fond, à un système qui est incapable de maintenir un ordre minimal à l'intérieur d’une des grandes institutions publiques chargées la sécurité, la préfecture de police de Paris. Ça n’appelle pas à la création d’une société de vigilance ! Ça appelle tout au plus au remplacement des responsables et au fait d’établir des procédures qui évitent ce genre de choses
Ce transfert, en quelque sorte hystérique, d’une responsabilité politique ou administrative qui n’entraîne jamais de sanctions particulières, vers une responsabilité de l’ensemble de la société qui l’inquiète et l’incite progressivement à rentrer dans l’espace sécuritaire, est quelque chose que je trouve extrêmement blâmable. C’est quelque chose qui se produit continûment depuis 10 ou 20 ans. À l’époque où le président Sarkozy faisait varier le code pénal chaque année pour le durcir et supprimer les garanties, en même temps introduisant ainsi l’espace public tout entier dans une société du soupçon ou les garanties individuelles n’ont pas lieu, en même temps il supprimait 14 compagnies de gendarmes mobiles et 8000 postes de maintien de l’ordre. Ce transfert irresponsable est le transfert dans lequel nous vivons pratiquement continûment depuis 20 ans.

Fabien Escalona : C’est justement le sujet de votre livre. On parlait de cette augmentation, comme ça, du code pénal presque à chaque fait divers. On sait que, sous Sarkozy, ce réflexe-là était très prégnant. Mais alors, comment fait-on quand même le pouvoir actuel répond en arguant justement de la violence qui existe dans la société, même quand il s'agit de manifestations, disant « il y a des gens qui cassent, il y a des gens qui manifestent alors qu’ils ne devraient pas le faire, qu’ils n’ont pas prévenu ». Quels contre-arguments peut-on opposer ?

François Sureau : Il y en a plein. D’abord, m’accable un peu l’idée généralement répandue selon laquelle, au fond, les garanties individuelles, les droits, les machins, tout ça, ça va quand tout se passe bien, mais quand tout va mal, on bazarde ce truc à la rivière. Notre système civilisé, notre système d’État de droit a été pensé précisément pour éviter ça. Donc je crois qu’il faut absolument éviter de tomber dans le piège consistant à dire que puisque vous êtes un fana des garanties individuelles et des libertés publiques alors vous êtes prêt à faire bon marché de la vie et de la sécurité de vos compatriotes. C’est tout à fait inexact, pour une foule de raisons.
La première raison c’est que la diminution des garanties répond à une demande absolument constante des forces répressives depuis 20 ans. J’appartiens à une génération qui n'a jamais cessé de voir la police s’opposer à la présence de l’avocat en garde à vue, et il n’était pas question de terrorisme, si vous voulez, donc c’est un mouvement extrêmement long. La diminution des garanties est, on le sait, absolument sans rapport avec l’efficacité de la répression. Les pays qui ont l’Habeas corpus n’ont pas un taux d’élucidation des crimes et délits inférieur, il est plutôt supérieur à ce qu’on trouve en France. En réalité, la pression à la diminution des libertés publiques, la pression à l’affaiblissement des garanties individuelles, est une tradition française très ancienne de contrôle administratif et répressif sur la société. Elle s'alimente de la pédophilie, de la fraude fiscale, du terrorisme, des discours de haine, de ce qu’on veut, mais notre rêve c’est le gouvernement de la société par des préfets inspirés par la forme moderne de l'ordre moral. Et c’est comme ça, donc il ne faut pas se leurrer là-dessus. Ça c’est un problème absolument général.
Après, il y a une deuxième réponse, c’est de dire en quoi est-ce que l'ordre public français ne permet pas de répondre aux atteintes les plus graves ? Personnellement, je ne suis pas totalement un anarchiste, c’est-à-dire que la liberté de manifester me paraît également atteinte par des types qui viennent manifester avec des boules de pétanque pour les lancer dans les commerces. Ce n’est pas l’idée que je me fais de la liberté de manifester dans une démocratie. Mais à ça il y a des réponses et ces réponses ont été absolument données par le droit public français depuis les années 30. Elles consistent simplement à dire que, dans le cas où il y a des risques de troubles à l’ordre public, le préfet peut interdire, sous le contrôle du juge de l’excès de pouvoir, une manifestation sur la totalité du territoire, enfin du territoire en question. Puis, si ensuite des gens viennent manifester malgré l’interdiction, eh bien on les arrête, on les condamne et ça ne me choque pas du tout. En revanche, sous couvert de ce risque d’émeutes, que met-on en place ?, et c’est là où il faut s’y arrêter. On met en place quelque chose de très dangereux qui est le filtrage individuel des manifestants. Le filtrage individuel des manifestants, le fait de dire « vous, vous avez une sale gueule. On pense que vous allez lancer des boules de pétanque. On n'est pas sûr que vous en ayez et d’ailleurs vous en avez lancé la semaine dernière, donc vous, on va vous interdire de manifester ». Ça c’est la remise des libertés constitutionnelles entre la main des agents du gouvernement. Encore une fois, ce n’est pas nouveau. C’était déjà le cas en 1830. Ça a toujours été le cas au cours du XIXe siècle. C’est une pression permanente à l’affaiblissement de libertés qui se fonde toujours sur cette idée que, au fond, si on n’est pas pour la diminution des libertés, ça veut dire qu’on est favorable au bordel. Ce n’est pas vrai du tout ! J’ajoute même que je suis inquiet de cette attitude. Pourquoi ? Pascal le dit très bien dans Les pensées, je trouve que Pascal est un des penseurs politiques les plus profonds qui soit. La question est ultimement celle de l'assentiment public aux institutions. La seule manière de maintenir l’assentiment public aux institutions, c’est-à-dire la paix civile à laquelle les répressifs en général sont attachés, c’est cette idée que l’ordre doit être légitime. Cet ordre ne peut pas être légitime s’il ne se fonde pas sur l’exercice par le citoyen de ses libertés constitutionnelles – c’est bien ce que dit la Déclaration – parce que, sans ça, l’ordre n’est pas légitime, c’est autre chose que l’ordre. Donc, au fond, la seule manière de pouvoir maintenir l’ordre face à des émeutiers, face à des terroristes, tout ce qu’on veut, dès lors que cet ordre est démocratique, c’est de se montrer extrêmement ferme sur les libertés constitutionnelles. Et c’est d’autant moins gênant que l’on sait bien que l'exercice des libertés constitutionnelles ne constitue aucunement un obstacle à la répression.

Ellen Salvi : Vous dites que c’est un phénomène ancien. On l'a vu effectivement quand même ressurgir dans l’actualité, notamment au début de l’année 2019, avec la loi anti-casseurs2 que vous avez dénoncée, dont vous avez dénoncé à peu près tous les dispositifs qu’elle mettait en place. J’aimerais comprendre ce que ça traduit politiquement. On comprend la volonté des gouvernements successifs, y compris l’actuel, de vouloir réduire nos libertés. Pourquoi font-ils ça ? Est-ce que, en clair, c’est un signe de faiblesse ? Est-ce qu’ils ont peur de quelque chose ? Pourquoi font-ils ça ?

François Sureau : Avant de dire ça, et non pas par une tendresse excessive à l’égard du gouvernement, mais, je crois, simplement par honnêteté intellectuelle, je me suis posé la question en écrivant ce petit trac. Les amis de la liberté ont très souvent l’attitude absolument classique consistant, au fond, à se poser en défenseur de la liberté face à un État qui voudrait les réduire. Maintenant, tout État veut réduire les libertés. Tout État ! C’est son travail, c’est comme ça qu’il est fait. Comme le dit très bien Cabanis quand il parle du sacre de l'empereur dans un texte magnifique [Le Sacre de Napoléon], le gouvernement tend à l’efficacité et la liberté est plutôt un facteur de bordel qu’un facteur d’efficacité en général. Donc tout gouvernement tend à la réduction des libertés. C’était la pensée du XVIIIe et elle est exacte. À partir du moment où tout gouvernement tend à la réduction des libertés, qu’est-ce qui explique profondément que nous ayons laissé cette succession de gouvernements – pas seulement celui-là mais les précédents aussi, et par libertés j'entends libertés au sens large, y compris la déchéance de nationalité qui a été à deux doigts d’être votée et autres monstruosités –, qu’est-ce qui fait que nous avons laissé cela advenir ? Parce qu’au fond, dans une démocratie, les politiciens, ceux-là comme les autres, font ce qu’ils pensent que le peuple va aimer. À mon avis d’ailleurs, dans ce cas particulier, ils vont au-delà de ce que le peuple aime profondément, mais comme je suis peu qualifié pour parler au nom du peuple, je m’abstiendrai.
En réalité, la vraie question c’est cette espèce de demande, vous voyez ce que je veux dire, c’est cette espèce de demande sans cesse adressée et qui conduit à faire bon marché de la liberté au bénéfice de la sécurité. Je crois que cette demande est générale. Elle n’est pas simplement le fait du ministre de l’Intérieur, de trois préfets, du président de la République ou du Premier ministre. C’est une demande qui s’exerce sur eux, à leur égard, de manière absolument permanente. Je crois que cette demande a plusieurs origines. D’abord, premièrement, la France n’aime pas la liberté. Contrairement à l’idée que nous aimons donner de nous-mêmes, nous avons très peu été une société de libertés dans l’Histoire. Ça n’est pas un truc naturel aux Français comme ça l’est aux Anglais pour des raisons historiques ou aux Américains pour des raisons de souvenirs de la guerre d'indépendance.

Fabien Escalona : On en a arraché quelques-unes quand même.

François Sureau : Écoutez, globalement, on a été assez libre de 1789 à 1791. À partir de 1792, ça se gâte. Comme disait Clemenceau, on a commencé par proclamer les droits de l'homme et ensuite on a érigé une guillotine. Après le régime de La Terreur, le régime du Directoire, y compris les lois horribles dont on parle ce sont des lois du Directoire en réalité : la loi des suspects, la possibilité d’arrêter les gens d’une même famille, enfin tout ça, c’est le Directoire. Ensuite vous avez l’Empire, ce m’est pas brillant ! Après l’Empire, vous avez la Restauration avec la loi sur le sacrilège, ce n’est pas brillant. Après vous avez un court moment en 1848 où ça se passe plutôt pas mal, et ensuite, immédiatement après, vous avez le Second Empire. Ça fait quand même beaucoup pour des gars qui se prennent pour les parangons de la liberté ! Et au total, vous avez un grand moment entre 1880 et 1910, qui est les grandes lois libérales, la loi sur la presse, la Troisième République. Mais encore là-dedans, vous avez la loi scélérate de 1893 sur la répression des monarchistes et les caractéristiques de la persécution anticatholique, c’est-à-dire qu’on pouvait tout à fait séparer l’Église de l’État sans pour autant expulser 40 000 religieux. Si on faisait ça maintenant, ça serait très probablement condamné par la Cour européenne des droits de l’homme. Après vous avez l’entre-deux-guerres avec le durcissement des législations d’exception, le rétablissement de la censure, les guerres coloniales, le législateur colonial et tout ce qui s’en est suivi au moment des guerres de décolonisation. Non, on n'est pas brillant ! Et il a fallu attendre 1971 – 1971 ! – pour qu’on vienne contrôler une loi par rapport aux normes de la Déclaration des droits.

Fabien Escalona : Le Conseil constitutionnel.

François Sureau : Voilà. Donc déjà, premièrement, historiquement on n’est pas fantastiques. Historiquement, on a quand même tendance à penser que c’est à l’État de nous dire où il faut aller. Bien sûr, il y a des gens qu’on adore : ça va de La Rouërie à Rossel en passant par Louise Michel, Victor Hugo. Oui, on est passé maîtres, si vous voulez, pour ériger en exemple des gens qui sont contraires à ce que nous avons fait pour nous réclamer d’eux ! Donc il y a cette première caractéristique.
Il y a une deuxième chose, qui me paraît plus profonde, c'est l’inculture constitutionnelle, qui est due à l'avènement de la technocratie au pouvoir. Cette idée que, au fond, l’ensemble des dispositifs, pour parler comme Adam Bell, doit tendre à l’efficacité ; l’ensemble des dispositifs démocratiques doit tendre l'efficacité. Ça aussi, c’est une pensée technocratique. La pensée libérale, au sens du libéralisme politique, la pensée libérale traditionnelle est une pensée qui, au contraire, place l’idéal de la société bonne et du progrès moral et politique de la société dans son ensemble avant l’idée de la pure efficacité technique. Cette idée de la pure efficacité technique, on voit bien comment elle est adverse ou rebelle à toute idée de contradiction. Par exemple, quand vous dites à un responsable « écoutez, franchement, je préfère qu’il y ait quelques vitrines brisées plutôt que le gouvernement ait, sur la longue période, la possibilité de choisir les manifestants qui lui convienne », il recule avec un mouvement d’horreur. Et pas nécessairement de manière intéressée, vous voyez ce que je veux dire, pas nécessairement parce que c’est un facho qui veut contrôler tout le monde. Non, non ! Il recule avec un mouvement d’horreur parce que nous avons cessé de penser, et c’est là où je veux en venir, c’est mon troisième point, nous avons cessé de penser, ce qui est pourtant, à mon avis, l'une de nos caractéristiques fondamentales, que la contradiction – y compris en ce qu’elle peut déboucher sur l’émeute ou sur des choses violentes que je n’aime pas plus que tout le monde et qui doivent donner lieu ultérieurement à une répression pénale, mais qui ne doit pas servir de prétexte avant pour empêcher les manifestations – provoquée par l'exercice continu des libertés est ce qui nous fait agir dans l’Histoire. Nous avons cessé de le penser. C’est ma source principale d’inquiétude.
Je pense que toutes ces raisons font qu’à la fin des fins, quand un gouvernement vient proposer de filtrer individuellement les manifestants ou d’assigner à résidence ceux-ci sans le contrôle du juge, etc., eh bien, il ne rencontre pas beaucoup d’obstacles, parce que nous avons cessé, en nous-mêmes, de penser que la liberté avait un prix et que nous étions prêts à le payer pour conserver notre mouvement dans l'Histoire.

Fabien Escalona : Pour poursuivre la question d’Ellen sur les causes, quand même, de cette tendance, comme ça, à la restriction des libertés, je vais faire un peu de promotion pour un de nos collègues qui s’appelle Romaric Godin, qui a publié tout récemment un livre qui s’appelle La guerre sociale en France. En fait, il développe cette idée, qui est partagée par d’autres, qu’au fond cette réduction des libertés, ou ce mécanisme de répression, notamment dans les récentes manifestations des gilets jaunes, doit être rapporté à une offensive néolibérale que le peuple français a du mal à accepter au fond. Donc il met en jeu une économie politique donnée qui violente la société et qui, pour s’appliquer, du coup, doit de plus en plus violenter la société. Vous, ce n’est pas une grille de lecture que vous avez. À un moment, vous parlez des intérêts de la bourgeoisie d’argent qui sont souvent protégés par les dispositifs répressifs.

François Sureau : Au fil de l'histoire, oui.

Fabien Escalona : Voilà. Vous n'en faites pas du tout une dimension importante du livre, de votre explication.

François Sureau : Non et peut-être par défaut de culture. J’ai connu des sociétés hyper-libérales quand j’étais jeune aux États-Unis, vous voyez. J’ai quand même beaucoup de mal, quoique étant aussi attaché à la justice sociale que quiconque, à m’entendre dire que nous vivons en France dans une société hyper-libérale, compte tenu de la masse gigantesque des transferts sociaux, compte tenu du taux de prélèvements obligatoires, compte tenu de l’influence partout de l’État sur l’économie. Ce genre de discours suscite toujours en moi, mais probablement par inculture, une forme d’étonnement. Je pense que s’il y a une injustice, elle se passe ailleurs. Je la ressens, je veux dire que je pense que nous vivons une société de l’injustice sociale.

Fabien Escalona : Elle est où alors ?

François Sureau : Je pense qu’elle se joue, en réalité, non pas dans la mise en ordre libéral de manière classique au sens du XIXe – je supprime le Code du travail et j’envoie les enfants de quinze ans dans les mines – je pense qu’elle se passe dans la fabrication de ghettos culturels, l’incapacité pour les gens qui n’en font pas partie d’accéder à l’élite et un feuilletage absolument invraisemblable et pratiquement définitif des niveaux de connaissance et d’intelligence.

Fabien Escalona : C’est donc l’effet des niveaux de diplômes sur les destins sociaux ?

François Sureau : Oui. Quand je me promène en France, c’est ça qui me frappe plus que la description d’une société hyper-libérale que je ne vois pas beaucoup. Mais bon, je peux me tromper. En tout cas, là où je ne suis pas sûr d’être d’accord avec la position – c’est difficile de dire qu’on n’est pas d’accord avec un livre que l’on n’a pas lu – c’est que, mais peut-être que ma position est différente et plus politique ou plus constitutionnelle, ce qui me semble c’est qu’on n’est pas en train d’assister à un ajustement répressif corollaire d’un ajustement libéral. On est simplement en train d’assister à un des nombreux épisodes de cette espèce de mouvement absolument permanent vers le contrôle social, qui a été décrit par Simone Weil comme par les communards d’ailleurs, enfin par tout le monde depuis le XIXe siècle, comme par les anarchistes, comme par Guérin, qui sont probablement ceux qui ont vu ça de la manière la plus la plus pertinente. Un mouvement absolument permanent où, en réalité, face à chaque difficulté, nous voyons l’État comme une sorte de tiers neutre auquel on peut absolument se remettre, alors que l’État est variable, a des intérêts qui lui sont propres.
Pour tout vous dire, si on prend le truc autrement, je raisonne devant vous et essaye d’y réfléchir, c’est là où je me séparerais peut-être de la personne que vous avez citée, c'est qu’il me semble, pour le ressentir, pour en avoir parlé à certains des acteurs, que la politique sécuritaire actuelle de ce gouvernement, comme d’ailleurs des précédents, serait à peu près la même s'ils étaient à 1 000 % sociaux démocrates. D’ailleurs, je ne sais pas si l’auteur du livre fait le même grief à Hollande d’avoir, par exemple, essayé de mettre en œuvre à toute force une société hyper-libérale. Ça me semblerait un peu étrange qu’il le fasse. Mais enfin, parmi les pires atteintes que j’ai vues aux garanties des libertés publiques, il y a celles de la période de Hollande : l’état d’urgence maintenu pendant deux ans, ne varietur, en supprimant des pans entiers de la Déclaration, l’idée qu’on était obligé de notifier à la CEDH que l’on cessait d’appliquer la Déclaration des droits quand même.

Fabien Escalona : La Convention européenne des droits de l’homme.

François Sureau : L’idée de la déchéance de nationalité, enfin si vous voulez, tout ça est sans rapport, du moins à mes yeux, avec les ajustements macroéconomiques.

Ellen Salvi : Qui dit liberté dit effectivement la liberté de manifester, dit aussi liberté de la presse, donc je vais je vais faire plusieurs ricochets. Qui dit liberté de la presse dit aussi droit à l'information. Il y a un sujet sur lequel je crois ne vous avoir jamais entendu qui est le cas de Snowden3. Comment vous positionnez-vous par rapport à ce type de personnes ? Est-ce que ce sont des personnes qui sont nécessaires dans notre démocratie ou est-ce que, comme le disent ses « adversaires », entre guillemets, c’est quelqu’un qui est dangereux pour nos démocraties ?

François Sureau : Je ne pense pas du tout qu’il soit dangereux, mais je pense que la bonne réponse n’appartient ni au gouvernement et à la classe politique qui, comme toujours d’ailleurs en France se croient autorisés à émettre une opinion sur le fait de savoir s’il devrait rester ou pas, ni aux associations qui jugent, compte tenu des critiques qu’il émet, que le bonhomme est un type qui sert à quelque chose pour la défense des libertés. Je crois qu’on a une tradition absolument magnifique à laquelle j’adhère de tout mon cœur qui est la tradition de l’asile. Et c’est quoi la tradition de l'asile ? La tradition de l’asile est magnifique en ce que personne n’a à parler, en dehors de Snowden et de son juge national. C’est quoi la tradition de l'asile ? C’est que Snowden a fait ce qu’il croyait devoir faire. Il va expliquer pourquoi il l’a fait. Par exemple, il va expliquer à des gens indépendants pourquoi il l’a fait pour la liberté. Et, en fonction de ce qu’il a fait pour la liberté, eh bien les gens indépendants, jusqu’à la Cour nationale du droit d’asile, vont peser les risques de persécution qui pèsent sur lui. Et à la fin, ces gens indépendants du gouvernement vont dire : « Voilà, on l’accueille en France et on lui donne le droit d’asile ». Et je trouve ça extraordinaire ! Maintenant, les gens qui poussent des cris de bêtes en disant « il faudrait l’accueillir parce que ce qu’il a fait est bien », alors que personnellement je n'en sais rien ! Je suis à ce point défenseur de l’asile que je me refuse absolument à rentrer dans le détail du dossier du demandeur, qu’il s’agisse de Snowden, qu’il s’agisse d’un Iranien ou qu’il s’agisse d’un Marocain, etc. Je suis frappé que, par une espèce d’ethnocentrisme incroyable, à chaque fois qu’il est question d’un demandeur d’asile connu ou inconnu, blanc ou pas blanc, eh bien tout le monde se met à parler à sa place en disant « à celui-là il faut le donner, à celui-là il faut le refuser ». Je trouve vraiment que la grandeur de la tradition asilaire de la France, qui est d’ailleurs mise à mal par tous les gouvernements depuis 30 ans de manière absolument continue, c’est que quelqu’un qui croit s’être battu pour la liberté vient nous voir et ce ne sont ni les associations, ni le gouvernement qui décident. Je trouve ça extraordinaire !

Ellen Salvi : Justement, vous m’offrez une transition parfaite. Il y a un autre sujet qui a été remis au goût du jour dernièrement par le président de la République, c’est le sujet de l’immigration. Je sais que c’est un sujet auquel vous vous intéressez aussi, la question de l'asile, évidemment, et puis, plus largement, celle de l'immigration. Emmanuel Macron, devant les parlementaires de La République en marche – je pense que ça ne vous a pas échappé – a récemment opposé ce qu’il a appelé les bourgeois – il a même parlé de parti bourgeois – aux classes populaires. C’était sa façon à lui, finalement, d’aborder l’immigration, de dire « vous, les bourgeois, vous ne voyez pas les classes populaires ». Comment avez-vous perçu les propos qu’a tenu ce jour-là le président de la République et, plus largement, quel regard posez-vous sur le fait qu’il veuille à ce point réintroduire au cœur du débat public ce sujet aujourd’hui ?

François Sureau : Je vais faire un pas de côté, un pas latéral. Pour vous dire exactement ce que j'en pense, j’ai du mal à prendre tout ça au sérieux. Pardon !

Ellen Salvi : C’est quand même dit, ça reste !

Fabien Escalona : Ça peut quand même avoir des incidences sur les gens !

François Sureau : J’ai du mal à prendre ça au sérieux parce que ça fait 30 ans que je vois ça. Nous assistons là à une figure du ballet chorégraphique de la Ve République, une figure actuellement classique que je vais vous décrire maintenant parce que c’est très intéressant sur le plan du théâtre.
À l’époque il n’y avait pas d’attentats, il y en a eu un depuis, mais il n’y avait pas d’attentat, il ne se passe rien, à. On sent que, quand même, l’élection se jouera à droite alors on intervient, on fait un truc qui va plaire globalement plutôt à l’électorat de droite en soulevant la question de l’immigration, exactement comme Mitterrand, à son époque, quand j’étais jeune, soulevait la question du vote des immigrés pour faire monter le Front national dans la semaine qui suivait. Tout cela est absolument parfait !
Là on arrive et on tient ce genre de discours, classique, selon des formes rhétoriques habituelles. Il ne va rien en sortir, naturellement ! Qu’est-ce qui va se passer ? Une fois ce discours tenu, l’appareil de l’État va se retourner vers le même type qui est là depuis 30 ans, qui est le chef de bureau adjoint au sous-directeur de la sous-direction ZB4 du ministère l'Intérieur, auquel on va dire : « Le président a tenu un discours assez hard sur l’immigration, n'as-tu pas un truc en magasin ? » Et le gars va sortir le même projet de circulaire qu’il fabrique et qu’il refourgue à tous les ministres de l’Intérieur depuis 40 ans sur la diminution de l'AME [Aide médicale de l'État], à laquelle d’ailleurs Buzin va s’opposer, plus trois ou quatre trucs qui ne servent absolument à rien et, à la fin, il va se passer ce qui se passe toujours sous la Ve : il y aura eu un beau discours et il n’y aura pas de fête.

Ellen Salvi : Et en attendant, il y aura une société qui se crispe.

François Sureau : Voilà. Que puis-je répondre à ça ? À la longue, on en a un peu assez d’avoir une société qui soit une société du discours dangereux d’un côté et dans laquelle rien n’est fait, rien ne se passe, parce que ça aboutit, en effet, à des crispations. Mais, si vous voulez, je pense que nous gagnerions tous à prendre ça avec un certain flegme, c’est-à-dire, et tout le monde le sait, vous le savez comme moi, qu’il ne sortira rien de ce type de chose.

Fabien Escalona : À ceci près qu’il y a eu la loi asile et immigration qui a été contestée quand même. Il peut y avoir des traductions législatives, au bout d’un moment, à force d’accumuler les discours. Ce ne sont pas juste des mots qui sont sans effet.

François Sureau : Oui, la loi asile et immigration4 a des effets, progressivement, des effets qui sont extrêmement fâcheux, qui sont extrêmement blâmables, etc. Ça c’est sûr, mais au fond, pour en parler franchement, ce qui me trouble en matière d’asile en particulier, c’est l’énorme discordance entre les discours creux et des adaptations législatives qui, de temps en temps, entraînent des effets extrêmement fâcheux. Je me suis opposé récemment à un truc absolument incroyable au sujet des pays d’origine sûrs en matière d’asile. Quand vous êtes ressortissant d’un pays d’origine sûr, en réalité, on a diminué vos garanties entre l'OFPRA [Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides] et la CNDA [Cour nationale du droit d’asile]. C’est-à-dire que vous pouvez être expulsé alors que la CNDA n’a pas encore statué sur votre cas, ce qui, à mes yeux, est une monstruosité puisque le pays d’origine sûr est une considération générale alors que la persécution, dans notre droit, c’est une persécution personnelle. On peut tout à fait être persécuté dans un pays jugé sûr.

Ellen Salvi : Donc il y a quand même quelques conséquences ?

François Sureau : Il y a des conséquences absolument directes. Ces conséquences, en réalité, ce que je vois depuis 20 ans, c'est qu'elles sont sans rapport – je pense que vous fonctionnez sur un système ancien – avec les vaticinations publiques des gouvernants. Nous sommes gouvernés depuis 20 ans par la même technostructure préfectorale dans ces registres, dans ces domaines, la même technostructure préfectoralo-policière animée par la xénophobie assez classique. Des gens qui, en France, sont chargés du maintien de l'ordre et du contrôle des étrangers et qui, globalement, à quelques exceptions près, année après année, essayent de refourguer au ministre qui passe la totalité des mesures que vous finissez par voir dans les projets de loi. Il y a ça d’un côté. Et puis de l’autre, il y a de temps en temps, pour des raisons politiques, tel gouvernant, tel président, tel Premier ministre qui sort et fait des déclarations que vous trouvez pénibles.

Ellen Salvi : Parce que vous ne les trouvez pas pénibles, vous ?

François Sureau : Naturellement si, mais je m’attache à ce qui est le plus inquiétant. Ce qui est le plus inquiétant, pour moi, ce n’est pas la commission de ces déclarations, ce genre de propos, c’est la conscience que j’ai, conscience pratique, étayée par des faits, que depuis 20 ans nous sommes gouvernés par une doxa administrative qui prend en main, en l’espace de 15 jours ou trois semaines, tout nouveau ministre de l’Intérieur, tout nouveau président de la République, tout nouveau Premier ministre, sans que personne ne soit capable d’y rien changer, et dans une situation où le contrôle parlementaire est pratiquement nul. C’est extrêmement frappant. Le changement de position d’Emmanuel Macron sur ces questions, entre avant et après l'élection, est quelque chose d’absolument frappant alors que, au fond, la situation d’avant l'élection n’était, sous le rapport des flux asilaires ou je ne sais quoi, pas extrêmement différente de celle qu'elle est après.

Fabien Escalona : On vient de parler de ces discours répétés qui sont, en l’occurrence, le fruit de la volonté d’un homme, le président de la République, qui a voulu le débat qu’on a eu lundi à l’Assemblée nationale, qui a fait ce discours devant les députés. Vous venez de parler du faible contrôle parlementaire sur la technostructure. On est un peu en train de dessiner un paysage bien français qui est celui de la Ve République.

François Sureau : Non !

Fabien Escalona : Vous allez dire non ! En l’occurrence, c’est vrai que dans le livre vous dites, à moment donné, que dans la Ve République il y a du bon et du mauvais. On a l’impression que c’est le mauvais qu’on garde et pas le bon. Est-ce qu’on peut vraiment faire le tri ?

François Sureau : Ah oui, oui ! C’est une très bonne question, comme dit l’autre, et je vais vraiment dire pourquoi. J’ai essayé de réfléchir à ça pour ce livre de manière un peu dépassionnée, en évitant de critiquer le ministre Tartemol ou le président machin, parce que ce à quoi on assiste est en réalité trop grave. Nous assistons à la disparition de l’idéal des libertés publiques en France depuis 20 ans et je pense que nous sommes déjà passés de l’autre côté. On est déjà passé de l'autre côté ! On accepte l’idée que quelqu’un puisse être assigné à résidence sans intervention d’un juge. On a accepté le filtrage individuel des manifestants. On était à deux doigts d’accepter la déchéance de nationalité et s’il n’y a pas 10 morts mais 50 au milieu de Paris la semaine prochaine, je vous prie de croire que toutes les digues sauteront. C’est l’évidence. Donc nous sommes déjà absolument passés de l’autre côté.
Il y a plusieurs raisons au fait d’être passés l’autre côté. Il y a ce que je disais sur l'inculture constitutionnelle, sur l’absence de considération pour notre propre histoire en tant que notre propre histoire est, le cas échéant, liberticide. Il y a aussi une question presque métaphysique, dont je parlerai ensuite, sur l'existence du mal qui me paraît absolument fondamentale, me paraît quelque chose de vraiment absolument central dans la question des libertés publiques, quand on essaie de dépasser l’élément immédiat.
Et il y a ce qu’on disait sur la Constitution. Je pense qu’une partie des discours qu’on peut reprocher au président la République, ou une partie de cette espèce d’impression que nous avons où, au fond, il n’y a plus aucun contre-pouvoir, ou très peu de contre-pouvoir et où tout ceci se déroule dans une espèce de vide presque personnel, qui est une impression extrêmement fâcheuse pour un démocrate, tient à quelque chose d’assez simple qui est la réforme du quinquennat. Nous vivons dans un système où maintenant, du début à la fin d’un mandat présidentiel, il n’y a qu’une assemblée parlementaire. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que l’opposition ne peut plus se structurer, en tout cas pour des élections intermédiaires et une perspective de cohabitation. Elle ne se structure plus que pour choisir le gars qui l’emportera à la présidentielle donc, en fait, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que ce qui l’intéresse n’est pas du tout le contrôle de l’exécutif, dans le temps où l’exécutif est là, mais uniquement la perspective de l’élection ultérieure. Donc déjà, vous avez supprimé l’opposition. Cinq ans, il n’y a pas d’opposition, sauf le cas où vous avez des frondeurs qui réapparaissent, etc.
Deuxièmement, vous supprimez la fonction de premier Ministre, parce qu’en réalité, il n’y a pas de premier Ministre. Or le premier Ministre est le seul qui soit responsable devant l’Assemblée nationale. Donc vous avez une Assemblée nationale qui ne peut pas jouer son rôle de contrôle, un premier Ministre qui n’est plus responsable devant l’Assemblée nationale. Et l’ensemble des acteurs politiques se positionne simplement dans l’idée de savoir si le président de la République va, ou non, être candidat. Mais c’est pire que ça ! En fait, le président la République lui-même sait, j’imagine, que ses chances d’être réélu ne sont pas si fortes. Ce n’est pas pour rien que, depuis le quinquennat, le Président Sarkozy n’a pas été réélu et le Président Hollande n’a même pas pu se présenter. Dans la mesure où il vient de s’écouler une période de cinq ans sans aucun contrepoids, ça veut dire que la cristallisation négative au cours des quatre mois précédant l’élection devient absolument considérable. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que pour pouvoir passer cette cristallisation négative, en réalité, le président est obligé de taper un coup énorme, c’est-à-dire d’être incroyablement clivant. Et c’est ce à quoi on commence à assister à l’heure actuelle.
Ce que je veux dire, c'est que la Ve République du quinquennat a, en matière de liberté, des conséquences extrêmement négatives parce qu’elle a totalement déséquilibré le système institutionnel. Dans le système antérieur où vous aviez une période de cohabitation, les gens faisaient gaffe, y compris les hauts fonctionnaires qui savaient, qu’après tout, dans trois ans, c’est peut-être les amis de monsieur Jospin qui seront au pouvoir. Ce n’est peut-être pas la peine que j’essaie d’ouvrir, en attendant, des camps de concentration pour les fichés S.

Fabien Escalona : Ceci dit, la première loi anti-casseurs à la fin des années 1970, c’était une période où l'alternance était attendue et avec un septennat.

François Sureau : Bien sûr, sauf que c’était un septennat et, qu’en réalité, il n’y avait pas d’alternance interne puisque, à l’époque, aucune cohabitation n’avait eu lieu. Aucun de ces systèmes n’est parfait. Ce que je veux dire c’est que je suis quand même très frappé par l’incroyable déséquilibre institutionnel résultant de la logique du quinquennat. À la fin, on ne peut plus compter que sur le Conseil constitutionnel. C’est quand même très frappant !

Ellen Salvi : Je me permets juste, dernière question, de rebondir à une phrase, une des rares qui m’a plus qu’interloquée dans votre livre. Vous dites, justement : « On a un problème aujourd’hui, c’est que le Parlement ne peut pas contrôler assez l’exécutif ». Et, dans tout un développement que vous faites au sujet de la séparation des pouvoirs, vous écrivez : « C’est le Sénat recueillant des déclarations sous serment en période d’enquête judiciaire au mépris des principes élémentaires de la procédure pénale ». On imagine, à ce moment-là, que vous parlez de la commission d’enquête sénatoriale sur l’affaire Benalla. Il y a eu énormément de débats entre constitutionnalistes à ce moment-là. Je crois savoir que vous étiez plutôt du côté de ceux – d’ailleurs c’est ce que confirme cette phrase – qui pensent que cette commission d’enquête sénatoriale n’était pas évidente. Pourquoi critiquer le fait que le Parlement s’empare d’un contrôle, non pas du président de la République comme personne morale en tant que telle, parce que je sais ce que vous allez me répondre, mais des services de la présidence ?

François Sureau : Je suis partagé sur cette question parce que je ne peux pas à la fois, en effet, déplorer le fait qu’il n’y ait pas de contre-pouvoir et, en même temps, critiquer celui qui s’érige en contre-pouvoir. En revanche, on est tombé dans le seul cas où je le regrette quand même, parce qu’il s’agit des droits individuels. Je pense que si le règlement du Sénat était passé devant le Conseil constitutionnel, compte-tenu de sa jurisprudence, il aurait été annulé pour cette raison. On ne peut pas, à mes yeux, exiger un serment de quelqu’un qui est sous le coup d’une instruction pénale ou susceptible d’être sous le coup d’une instruction pénale, car il doit pouvoir protéger ses droits. Il doit pouvoir refuser de s’incriminer. On ne peut pas exiger le serment de quelqu’un qui est susceptible de passer devant un juge. C’est un truc basique ! Ça existe en Angleterre depuis 1689. Vous voyez ce que je veux dire : le fait que monsieur Tartemol ait menti, que le préfet Machin ait déconné, je n’ai aucun problème. Mon problème se pose simplement sur la possibilité de ne pas s’incriminer de la part d’une personne susceptible de faire l’objet d’une instruction judiciaire. Parce que ça, c’est vraiment, pour le coup, ce qu’on a voulu créer avec la Déclaration des droits. C’est vraiment un des deux ou trois principes fondamentaux de la Déclaration des droits. Je ne suis pas prêt à le sacrifier au motif qu’il faudrait rétablir un équilibre constitutionnel. Je ne suis pas prêt à sacrifier une garantie de la personne au motif qu’il faudrait rétablir un équilibre constitutionnel. J’ajoute que j'aimerais que la question des garanties de la personne transcende tout à fait cette question. Et je ne suis pas prêt non plus à tresser des couronnes à la commission des lois du Sénat, dont le président, vous vous en souvenez, immédiatement après la déclaration d'inconstitutionnalité sur la consultation des sites jihadistes, l’avait réintroduite en commission mixte paritaire, au mépris de la jurisprudence constitutionnelle. Le Sénat fait de la politique, je ne lui reproche pas, je préfère qu’il fasse de la politique comme contre-pouvoir parce que je trouve ça nécessaire. En revanche, dès lors qu’il s’agit du droit de chacun à ne pas s’incriminer lui-même, je pense qu’il faut faire très attention.

Fabien Escalona : On vous en remercie, François Sureau, pour cet entretien.

[François Sureau allume sa pipe]

François Sureau : Jje n’ai parlé de la question du mal qui est pourtant centrale mais, la prochaine fois, nous l'évoquerons avec celle de Dieu !

Fabien Escalona : Voilà, on aura le temps. On a définitivement inauguré ce studio, c'est la première fois qu'on fume la pipe dans le studio de Mediapart.
Je vous rappelle la sortie de ce livre, Sans la liberté, aux éditions Gallimard.
Pour toutes les autres vidéos de Mediapart, il y a notre site, bien sûr, et la chaîne YouTube du journal.


Powered by Planet!
Mise à jour: Le 24 January 2021 à 04:33:10