Promouvoir et défendre le logiciel libre

21 September 2019

Lucas CIMON

A folded paper puzzle

Le 21 September 2019 à 10:00:00

Star-shape foldable puzzle

Last week-end was the 30th anniversary of one of my best friends. For the occasion, I wanted to craft him a small puzzle with a custom secret drawing, as a reminder of some shared memories.

I came upon Erik & Martin Demaine's creation for CSAIL 2006, a print & play puzzle based on folding, which was exactly what I was looking for !

Hence I wrote a web version, with a customizable background : any image can be uploaded !

You can find this puzzle online here : folded_puzzle.html

I am very happy with the result, and I hope you will enjoy trying to solve it đŸ˜‰

You can export the puzzle to an SVG file, which can then easily be converted to a printable PDF using dedicated websites. I tried to provide a direct PDF export, but it was a pain due to poor support of SVG in web browsers PDF converters. If you don't care about the puzzle image and just want a printable PDF, go visit Erik Demaine website on the first hyperlink above.

To be honest, it was both very funny and painful to craft. Why ? First, because I had to resort to using SVG rotations to build the star-shape, and it was a nightmare to come up with the correct trigonometry in order to exactly mimic the original model.

And second, because it was actually quite hard to solve !! I have to admit I offered it to my good friend without solving it first hand đŸ™ƒ I only solved it yesterday evening ! But I added a few hints at the bottom of the web page, in case you need help đŸ¤­

20 September 2019

Bruno CORNEC

La vie continue et reste passionnante

Le 20 September 2019 à 13:11:50

Il y a un temps pour le deuil, le souvenir, se rendre compte qu’on est maintenant l’ainĂŠ d’une famille, avec l’exemplaritĂŠ que cela suppose, et l’administratif qui va avec la gestion du dĂŠcès d’un parent.

Mais, bien ĂŠvidemment, la vie continue, et sur tous les plans, personnels comme professionnels. A peine de retour du Var oĂš les obsèques furent cĂŠlĂŠbrĂŠes, je suis reparti pour un workshop ce jour Ă  HPE Genève avec Intel et EnterpriseDB, avant de diriger une rĂŠpĂŠtition ce soir Ă  la maison. Ce week-end nous devons ĂŞtre en rĂŠgion parisienne pour la rentrĂŠe universitaire de ma fille suivi d’un concert de l’acadĂŠmie de musique ancienne d’Étampes Ă  IngrĂŠ (45) ce dimanche, avant un retour sur Grenoble. L’administratif attendra la semaine prochaine.

CĂ´tĂŠ travail, trois nouveaux workshops Ă  Genève jusqu’Ă  mi-octobre, l’organisation du Workshop Redfish Ă  Lyon le 31 octobre, des activitĂŠs avec l’ĂŠquipe HPC, …. CĂ´tĂŠ FLOSS, après project-builder 0.15.2, Ă  venir une mise Ă  jour officielle de python-redfish (0.4.2 figĂŠe sur le repo git d’opendev maintenant), de nouveaux tests sur MondoRescue Ă  la suite de retours d’utilisateurs avant de publier 3.3.0, arriver Ă  pousser un patch trivial sur OpenBMC (malgrĂŠ leur process bien compliquĂŠ pour cela). CĂ´tĂŠ syndical (je n’avais pas assez de choses Ă  faire ;-), alors je m’implique lĂ  aussi pour tenter d’aider mes collègues), il faut finaliser la liste CFTC pour le nouveau CSE qui doit ĂŞtre mis en place sur HPE après les ĂŠlections du 18 et 19 novembre 2019 (votez pour nous đŸ˜‰ et participer comme DS (dĂŠlĂŠguĂŠ Syndical) aux rĂŠunions NAO Ă  venir (Ă  Boulogne) plus certaines autres. Et cĂ´tĂŠ musical, avec l’ensemble Variations nous redonnons notre programme mĂŠdiĂŠval une dernière fois au château de Septème, commençons une sĂŠrie de concerts Vivaldi sur cette fin d’annĂŠe, et prĂŠparons les concerts de 2020/2021 en commĂŠmorant le 500è anniversaire de la mort de Josquin Desprez.

Tout cela doit ĂŞtre fait prochainement en parallèle, sans oublier de prendre soin des miens au mieux (et en prioritĂŠ … normalement !) car tout cela va nous demander de l’ĂŠnergie, donc une bonne santĂŠ.

Alors, malgrÊ des moments difficiles, nous avons beaucoup de chance de vivre une vie aussi intense et captivante, dans autant de domaines, auprès de nombreuses personnes formidables, et je vous souhaite la même chose de votre côtÊ..

april.png Nouvelles April

Faire atterrir les Communs numériques - Lionel Maurel - Cerisy

Le 20 September 2019 à 12:57:42


Image de la première page du diaporama

Titre : Faire atterrir les Communs numériques. Des utopies métaphysiques aux nouveaux territoires de l'hétérotopie
Intervenant : Lionel Maurel
Lieu : Colloque « Territoires solidaires en commun : controverses à l'horizon du translocalisme » - Centre Culturel International de Cerisy (80)
Date : juillet 2019
Durée : 1 h 02 min
Écouter ou télécharger la conférence ici ou ici
Diaporama support de la communication
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : image de la première page du diaporama support de la communication - Licence Creative Commons CC0
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Transcription

En lisant l’argument du colloque sur les deux premiers jours, je pense qu’il ne vous a pas échappé que l’ombre de Bruno Latour1 plane sur ce colloque. Ça se voit au titre du colloque : la notion de territoire, la notion de controverse typiques du vocabulaire de Bruno Latour et il y a cette interrogation sur le local et le global qui est revenue plusieurs fois, cette idée d’essayer de sortir de cette imposition dans laquelle on se trouve pris entre le local et le global et ça, ça correspond exactement aux propos de ce livre, c’est en filigrane dans ses travaux depuis le début, mais ça a surtout été mis en forme dans un format compact de ce livre Où atterrir ? Comment s'orienter en politique et ça me semble particulièrement intéressant pour reposer cette question des communs numériques.

Très rapidement, Bruno Latour dans ce livre nous explique que nous sommes pris depuis le début de la modernité dans une sorte de mouvement qui nous emmène du local au global. On en a parlé ce matin, par exemple avec l’AFD [Agence française de développement] : pendant longtemps le modèle du développement c’était d’aller dans une émancipation qui nous sortirait des attaches locales vers une modernisation qui nous emmènerait vers le global, donc vers l’universel, avec des vecteurs qui ont été, par exemple, le marché, vecteur d’une globalité universelle. Pendant longtemps, en fait, tout ce qui nous ferait revenir vers le local était jugé comme rétrograde, réactionnaire, ringard. Pendant très longtemps on a été pris dans cette opposition et il nous explique qu’aujourd’hui il y a une crise de cette manière de penser, qui est en partie et surtout liée à la crise écologique, qui nous fait nous rendre compte que ce qu’on nous a vendu comme étant le globe, le monde que nous devions atteindre, ne sera jamais atteignable, tout simplement parce que la Terre n’est pas assez vaste pour accueillir toutes les promesses de développement qu’on nous avait vendues comme étant l’aboutissement de la modernisation.
L’autre problème qu’il y a c’est que nous ne pouvons pas retourner vers le local non plus, parce que cette volonté romantique de revenir à une attache locale, telle qu’on nous la vend notamment dans certains courants de pensée très réactionnaires, est en fait une illusion parce que nous ne retrouverons pas, de toute façon, les attaches locales.

Il dit que face à ça il y a une riposte qui s’est faite jeu. Lui, sa bête noire, c’est Donald Trump, c’est ce qu’il appelle l’attracteur numéro 4 où, en fait, on a le hors-sol, c’est-à-dire que Donald Trump incarne, pour lui, celui qui refuse de voir les limites planétaires donc qui continue à développer sa politique de développement au maximum, donc qui est hors-sol, mais qui a quand même réussi à capter les aspirations réactionnaires de ceux qui étaient attirés par l’attracteur local. Et il imagine, en fait, que si on veut sortir de l’opposition et ne pas tomber dans le hors-sol, eh bien nous allons pouvoir, en faisant une sorte d’inverse de Donald Trump, nous faire attirer par un autre attracteur qu’il appelle le terrestre, qui est celui qui, justement, retrouve le sol, qui retrouve un sol ; qui retrouve le contact avec un territoire qui prenne en compte cette question des limites et qui ne refuse plus de définir son identité par rapport à un lieu, mais qui le fait de manière ouverte, qui ne le fait pas de manière fermée et qui essaye de se ré-attacher sur le sol. L’exemple qu’il donne souvent c’est celui de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes qui, pour lui, a été un exemple de lutte qui s’est territorialisée, sans se fermer, en prenant en compte cette question du terrestre, des limites de la terre.

La question que je voudrais poser c’est comment les communs, tels qu’ils sont conceptualisés aujourd’hui, se situent dans cette quadrangulation des attracteurs politiques. Ça, ça va rejoindre l’argument général du colloque. Il y a un très gros risque que la manière dont on nous présente les communs naturels, les communs dits naturels, soit attirée par l’attracteur local. Il y a une certaine tendance à romantiser cette vision des communs naturels, faire un retour aux pratiques traditionnelles – d’ailleurs j’ai beaucoup aimé l’intervention de Simenza2 ce matin qui nous a dit qu’eux ne sont pas dans cette logique-là, mais il y a une façon de vendre les communs naturels qui pourrait nous y pousser.
Les communs numériques, ce qu’on appelle les logiciels libres, Wikipédia, toutes ces nouvelles formes de communs qu’on trouve sur Internet, eux ont de très grandes chances et jusqu’à présent sont des figures du global ; c’est-à-dire Wikipédia encyclopédie mondiale de la connaissance, Internet qui va nous permettre d’abolir l’espace et le temps pour une diffusion immédiate des connaissances sur terre, on nous vend ça comme un cerveau global qui va permettre d’interconnecter tous les esprits de la planète.
Moi, ce que j’aimerais montrer c’est qu’en fait, pour s’orienter sur cette carte, déjà il y a quand même un très grand risque que les communs numériques finissent pas être attirés par le hors-sol. Je vous montrerai que, hélas, une des façons de les penser nous amène vers le hors-sol et moi j’aimerais savoir si on peut les faire atterrir, c’est-à-dire les faire se poser sur un sol mais au sens où Latour l’entend, un sol terrestre.
Donc c’est un peu le pari de cette intervention.

Là, il faut se plonger dans la manière dont on nous présente les communs en général. Les gens qui réfléchissent aux communs depuis dix ans adorent faire des typologies, ils adorent faire des cartographies et ils adorent ranger les communs dans des catégories. Exercice qui peut être utile, notamment ça a été utile quand Charlotte Hess parle des nouveaux communs ; c’est utile parce qu’elle ouvre des champs où la logique des communs peut s’investir, donc c’était utile.
Mais quand on fait ce genre de choses, on manie en général des sous-entendus, non questionnés, qui aboutissent à des résultats problématiques. Là j’ai mis une cartographie qui est faite par Michel Bauwens3 qui nous explique, en gros, que dans les communs il y a des communs matériels et immatériels, ou il y a des communs hérités ou produits, donc il arrive a une typologie. Il nous dit, par exemple, « un commun numérique est un commun qui est immatériel et produit, ce qui ne serait pas la même chose qu’un commun culturel qui lui serait hérité et immatériel, qu’un commun naturel qui est à la fois hérité et matériel, et qu’il y a des communs sociaux qui seraient, eux, matériels et produits ». Le gros problème de ce genre de typologie c’est que ça sous-entend implicitement qu’un commun numérique n’est jamais culturel ou qu’un commun numérique n’est pas social ou qu’un commun social n’est pas naturel et vous arrivez à un éclatement qui aboutit à des antagonismes.
Là aussi j’ai beaucoup aimé l’intervention sur Simenza ce matin parce que, vous voyez Simenza, c’est quoi ? C’est un commun naturel ? Non en fait. Ils nous ont dit que ce qu’ils avaient fait entre les paysans c’est de créer une association culturelle. C’est un commun qui ne serait pas numérique ? J’ai noté qu’ils ont quand même une activité sur Telegram où ils partagent des informations et qu’ils se coordonnent aussi avec ces outils-là. Et évidemment c’est un commun social. Donc vous voyez, cette manière de ventiler les communs est problématique dans ce qu’elle produit ensuite.
Et la plus grande distinction c’est quand même la distinction entre les communs matériels et immatériels. Cette distinction-là est particulièrement problématique, elle est particulièrement puissante.

Quand on lit la littérature des communs, vous avez même ce que moi j’appellerais, les juristes disent ça, une summa divisio, c’est-à-dire une grande séparation, Bruno Latour dirait un grand partage, entre ce qu’on nous vend comme des communs naturels et des communs de la connaissance. Et ça se décline. Un commun naturel on va vous dire que c’est un commun matériel, que c’est un commun tangible, environnemental, que c’est un commun territorial, un commun urbain. Et à côté de ça vous auriez des communs de la connaissance qui vont être des communs immatériels, intangibles, des communs de l’esprit, des communs informationnels ou des communs culturels.
Cette division est très problématique, en fait. Moi j’ai fini par arriver à la conclusion qu’elle était très problématique et ça rejoint tout à fait ce que Bruno Latour a essayé de dénoncer depuis très longtemps, notamment depuis son livre Nous n’avons jamais été modernes, le grand partage occidental de la pensée dualiste occidentale entre nature et culture ; c’est une sorte de reproduction de cette division-là qui est fondatrice dans notre manière de concevoir les choses.

Je vais repartir d’Elinor Ostrom4 et de Charlotte Hess avec qui elle a notamment construit la question des communs de la connaissance, en vous montrant qu’en fait c’est une distinction qui est erronée, y compris dans la manière dont Ostronm et Hess présentent les choses : c’est-à-dire qu’elles n’ont jamais dit ça. En ce moment il y a une chose que je trouve très dangereuse, moi j’appelle ça la vulgate des communs, c’est-à-dire qu’on arrive à une phase de diffusion de la pensée des communs qui, nécessairement, se traduit par des simplifications. C’est normal, parce que pour qu’une pensée se diffuse il faut la simplifier. Mais Elinor Ostrom c’est quelqu’un qui pense la complexité et c’est très dur de simplifier Elinor Ostrom sans aboutir à des réductionnismes et à des déformations.

Là je vais essayer de vous montrer qu’en fait, sur la question des communs de la connaissance, elles avaient une pensée très subtile, notamment dans Understanding Knowledge as a Commons ; c’est le livre qu’elles font paraître en 2007, qu’elles dirigent, c’est un ouvrage collectif et elles font l’introduction théorique. En fait, elles montrent que les communs de la connaissance ont une dimension matérielle ; c’est complètement intégré dans la manière dont elles systématisent ça et inversement – je ne vais pas pouvoir en parler mais ce serait extrêmement intéressant – c’est que même depuis Governing the Commons Ostrom montre que les communs matériels ou dits naturels sont aussi des communs de la connaissance. Elle ne fait pas du tout cette séparation, y compris pour les communs naturels.

Dans ma présentation j’ai mis des petites dates entre crochets, vous verrez, parce que la chronologie a beaucoup d’importance. Ce que je vais essayer de vous montrer c’est que cette leçon initiale d’Ostrom et Hess a été oubliée dans la manière dont nous avons pensé les communs de la connaissance et ça s’est fait recouvrir par une autre généalogie des communs, qui vient d’autre part, qui l’a recouverte si vous voulez, et il faut gratter un peu pour retrouver ce plancher-là qui est, à mon avis, très important. Ostrom et Hess disent même que les communs de la connaissance ont une dimension biophysique, ce qui paraît un peu étrange au premier abord.

Quand on va dans Understanding Knowledge as a Commons Ostrom et Hess utilisent le modèle classique qu’Ostrom utilise pour décrire les situations de communs qui s’appelle le modèle IAD, Institutional Analysis and Development, qui est le modèle qu’elle a forgé pour faire ses descriptions. Dans la colonne de gauche, vous voyez, on retrouve ces trois éléments : les caractéristiques biophysiques, les caractéristiques de la communauté et les règles en usage, ce qu’elle appelle les variables exogènes et c'est de ça qu’on a fait le fameux triptyque : un commun c’est une ressource gérée par une communauté avec des règles. Ça, par exemple pour moi, c’est vraiment la vulgate des communs, d’ailleurs ce n’est pas tout à fait ce qu’elles disaient. Elle appelle ça les caractéristiques biophysiques, les caractéristiques de la communauté et les règles en usage.

Déjà, dans un commun dit naturel, c’est plus compliqué pour elle parce que ce qu’elle appelle caractéristiques biophysiques ça se sépare en deux. Si vous prenez par exemple une forêt qui sert à une communauté pour s’alimenter en bois, elle va vous dire qu’en fait la forêt est divisée en deux : vous avez un système de ressources, c’est la forêt en tant qu’écosystème, avec les arbres qui poussent, etc., et ça produit ce qu’elle appelle des unités de ressources que les communautés d’usagers vont aller prélever ; les caractéristiques biophysiques c’est déjà un peu plus compliqué pour elle.
Mais pour les communs de la connaissance, Ostrom et Hess disent qu’on ne peut pas partir de ce présupposé-là ; il faut changer de modèle. Elles disent : « La nature complexe du savoir en tant que commun, que bien commun, exige une tri-distinction parce qu’il est composé à la fois d’éléments humains et non humains : infrastructures, artefacts et idées. Donc elles redéplient l’élément « caractéristiques biophysiques » qui est ici, et elles vous disent qu’en fait un commun de la connaissance c’est dans l’élément, on va dire ressources, ça se distingue en trois : vous avez les idées, les artefacts et les installations, facilities en anglais, qui se traduit plutôt par infrastructures. Donc vous avez un triangle qui est entre idées, artefacts et infrastructures.

Ça, dans la littérature sur les communs de la connaissance, personne n’en parle. D’ailleurs c’est même étonnant parce que dans Understanding Knowledge as a Commons elles en parlent, mais tous les autres qui écrivent dans le bouquin n’en parlent pas et je n’ai jamais vu vraiment de reprise qui prenait au sérieux cette tripartition. On dit c’est la ressource : le logiciel c’est la ressource ; Internet c’est une ressource.
Un peu avant Understanding Knowledge as a Commons Ostrom et Hess détaillent ça dans un article qui paraît en 2003. Pour bien comprendre ce qui se joue là-dedans, Charlotte Hess, en fait, c’est une bibliothécaire – vous savez que moi à la base je suis bibliothécaire –, je pense que ça a une certaine importance, d’ailleurs on a une bibliothèque ici. Qu’est-ce qu’elles veulent dire ? Elles veulent dire qu’un commun de la connaissance, ce qu’elles appellent de l’ordre des idées qui là, qui est l’élément immatériel - des idées, des informations, des données -, mais que ces éléments-là ne sont jamais séparables des artefacts.
Dans la bibliothèque vous avez des idées mais elles sont dans des livres qui sont des objets, qui eux-mêmes sont dans une bibliothèque qui est l’infrastructure. Ce qu’elles veulent dire c’est que ces trois éléments-là ne sont pas des choses qu’on peut séparer. C’est-à-dire qu’on peut les séparer conceptuellement, mais on ne pourra jamais les séparer, en fait, parce que ça forme un agencement, pour parler comme Latour, qui lui n’est pas séparable et qui forme un réseau.

Dans la pensée économique classique, les économistes ne font pas comme ça. Le tableau qui est là c’est le fameux tableau de la typologie des biens selon les économistes qui vient de Paul Samuelson5, etc. On vous dit : « Il y a des biens publics, des biens privés, des biens communs, etc. », et on vous dit toujours que la connaissance c’est un bien public, sous-entendu d’ailleurs que ce serait le bien public le plus pur de tous, le plus pur de tous les biens publics purs, parce qu’il est non-excluable et il est non-rival. Par exemple si j’ai une idée, je vous en parle, vous l’avez, moi je l’ai gardée, donc c’est non-rival, on peut la partager à l’infini, elle peut se répandre sur toute la terre. Et il est très difficilement excluable parce que les idées se répandent à la vitesse de la pensée.

Chez Ostrom et Hess, OK, elle reconnaissent ça, mais ça n’est qu’un des éléments d’un triptyque et, si vous regardez bien, je suis sûr que dans ce qu’elles appellent des artefacts qui sont en fait des objets, elle ne séparent pas les objets numériques et les objets dits physiques. C’est-à-dire que dedans elles y mettent les livres, les articles, les pages web, les bases de données et même les fichiers ; c’est-à-dire qu’un fichier qui contient des 0 et des 1, si vous voulez pour elles c’est un objet au même rang qu’un livre. Ça nous ramènera d’ailleurs à la discussion compliquée qu’on a eue hier sur papier versus numérique. Elles ne font pas vraiment cette distinction, pour elles c’est un objet. Et dans ce qu’elles appellent les infrastructures elles vont mettre une bibliothèque ou un centre d’archives, ce sont des infrastructures qui contiennent des objets, qui contiennent des idées, et elles vont mettre une bibliothèque numérique, une archive ouverte sur Internet, le réseau internet lui-même ou un réseau local.

D’ailleurs je ne sais pas si vous avez vu dans le titre, c’est un sous-titre de l’article, ils nous disent « idées, artefacts infrastructures », the ecological makeup ça veut dire « la composition écologique de l’information ». Ce cadre-là change beaucoup de choses, si vous voulez, quand on essaie d’analyser le numérique ou par exemple Internet. Là je vous prends un article qui a été écrit par Charlotte Hess toute seule, elle a aussi écrit seule, qui paraît en 1995, qui s’appelle The Virtual CPR, donc c’est Common Pool Resource, ce sont les biens communs au sens d’Elinor Ostrom, « Internet comme un commun local et global ». Cet article est très intéressant parce qu’elle explique qu’en 1994 elle était, en fait, la bibliothécaire, la documentaliste du projet du séminaire d’Elinor Ostrom, le fameux séminaire qu’elle avait à l’Université de l’Indiana et qu’elle avait été chargée par le séminaire de mettre en place un site internet avec les textes et la bibliographie du projet. On est en 1995, il n’y a même pas encore vraiment le Web à cette époque-là. Elle le fait en utilisant un protocole qui s’appelait Gropher6, qui permettait déjà de faire de l’hypertexte. Elle explique que pour elle c’est très compliqué. Elle se rend compte qu’une fois qu’elle a mis ça en place dans son université, elle fait crasher les autres ressources numériques que les autres centres de recherche avaient mises en place. Là elle se dit « mais en fait Internet ce n’est pas du tout un monde de l’illimité comme on nous l’a vendu, c’est-à-dire que ce n’est pas non-rival. Moi j’ai utilisé les ressources que l’université met en place et j’ai fait tomber les ressources des autres centres de recherche ». Elle se dit « en fait c’est très proche de ce qu’on a observé avec Ostrom dans nos approches des communs dits naturels ».

Comme elle utilisait déjà à ce moment-là la tripartition infrastructures, objets et idées, elle dit : « C’est quoi Internet ? C’est la machine que j’ai devant moi. Il y a un fil, je vais suivre le fil. Le fil va à un serveur. Le serveur a d’autres fils. Les autres ordinateurs du laboratoire sont reliés à ce serveur. Ce serveur-là est relié au système d’information de l’université ». Donc elle fait la carte du système d’information de l’université. Elle dit : « Il y a plusieurs serveurs qui sont ici et là dans tels bâtiments, ils sont reliés par des fils, etc. ». Elle dit : « Finalement ce réseau-là est relié à un réseau plus général qui est régional, qui est celui de l’Indiana en général, qui est structuré de telle et telle façon, et ce réseau est en fait un réseau qui est relié par des câbles au réseau des réseaux qu’est Internet » et elle fait une description qui n’a absolument rien d’immatériel. Elle suit des fils. D’ailleurs elle dit qu’elle aime beaucoup l’expression « autoroutes de l’information » de l’époque, la fameuse expression de Al Gore [vice-président des États-Unis, NdT], parce que ça lui permet de comprendre qu’Internet c'est cheminer avec des choses [image qui permettait à Charlotte Hess de saisir aussi Internet dans sa matérialité, indissociable d'un certain nombre d'objets, comme des ordinateurs, des câbles, des serveurs, etc, NdT]. Et elle finit par dire dans cet article que, pour elle, Internet ce sont quatre communs qui sont enchâssés : il y a un commun techno, une infrastructure technologique, techno infrastructure commons qui est le réseau tout à fait physique des machines, des serveurs, des câbles et des routeurs qui acheminent l’information. Elle dit, c’est assez amusant : « Il y a un commun budgétaire, parce que pour faire ça j’ai besoin d’argent qui est dans mon université » et elle dit : « Le budget de mon université c’est un commun finalement, et à tous les niveaux il y a besoin d’un budget, c’est un commun budgétaire ». Ensuite elle dit : « C’est un commun social parce que les gens qui utilisent ensuite cette ressource forment une communauté qui est un commun social » et seulement à la fin elle dit : « Oui, il y a un commun informationnel qui est l’information au sens des idées qui circulent sur le réseau ».
Elle imagine donc Internet depuis le sol, c’est-à-dire qu’elle est sur un sol, elle l’imagine dans sa matérialité et elle monte en généralité petit à petit en suivant le réseau qui se forme et le réseau au sens physique. Ce qui est intéressant avec cette vision des choses c’est qu’à ce moment-là, pour Charlotte Hess, Internet est à la fois global et local. C’est-à-dire que ce n’est pas un commun d’emblée global, il a une localité et il a une généralité qui progresse.
Ça c’est complètement latourien. Je ne sais pas si vous avez noté, moi j’ai noté ça, c’est un des gros acquis du colloque, Jean-Louis Laville [professeur du Conservatoire national des arts et métiers, NdT] nous a dit qu’il intégrait Elinor Ostrom dans l’évolution de la pensée critique ; il l’a raccrochée, justement, à l’école pragmatiste et il a dit : « Quelque part, Elinor Ostrom est latourienne ». En fait, depuis longtemps Latour nous dit que le numérique n’est pas du tout quelque chose qui nous fait passer du matériel au virtuel, c’est quelque chose qui nous fait passer du virtuel au matériel. Il dit : « Le Web rematérialise des choses qui étaient virtuelles. On peut suivre maintenant des appartenances, des échanges, etc. et rendre traçables les choses ».

Regardez toutes les discussions qu’on a eues tout à l’heure autour du café, ça c’est virtuel, c’est-à-dire que c’est évanescent au possible : ces discussions n’ont laissé aucune trace nulle part, elles se sont évanouies, à part dans notre mémoire ; ça c’est virtuel. Par contre, si vous faites la même chose sur Internet, tout ce que vous allez échanger va laisser une trace quelque part et cette trace n’est pas du tout virtuelle, elle est matérielle parce qu’elle est inscrite quelque part dans l’infrastructure physique. Vous allez être inscrit sur un processeur, vous allez être inscrit quelque part. Donc ce que fait Internet c’est, qu’au contraire, il matérialise les choses.

Là je vous ai mis à droite quelques schémas. Latour dans Nous n’avons jamais été modernes se demande ce qu’est que le local et le global et il prend l’exemple du chemin de fer. Il dit : « Est-ce qu’un chemin de fer, le réseau de chemin de fer, est-ce qu’il est local ou global ? » Il dit : « Il est toujours local, vous êtes toujours à un endroit du chemin de fer, vous êtes toujours sur les rails à un endroit, dans une gare ; il est toujours local ». Il dit : « Est-ce qu’il est global ? Non, il n’est pas global parce que vous ne pouvez pas aller partout en chemin de fer », d’ailleurs on le sent bien quand on va à Cerisy ; on ne peut pas aller à Cerisy en chemin de fer. Il dit : « La question ce n’est pas de savoir si c’est local ou global, la question c’est de savoir si le réseau est court ou long », donc le réseau s’allonge, il mettait en avant la question du branchement, mais le réseau n’est jamais global, il est toujours local.

Quand vous envoyez un mail avec Gmail, votre mail part aux États-Unis et il revient sous la mer pour être acheminé à quelqu’un. Même si j’envoie là un mail à zic avec une boîte Gmail, le paquet de données – d’ailleurs c’est une impulsion électrique – va partir jusqu’aux États-Unis et revenir jusqu’ici en fait. Et ça, ce n’est pas du tout quelque chose d’immatériel. Je vous ai mis la photo des câbles, ce sont des câbles énormes qui tiennent avec des gros piliers en béton sous la mer ; à côté, cette carte c’est la carte des zones blanches d’Internet en France. Tous les points rouges sont des points où, aujourd’hui, Internet ne passe pas. Ça aussi on le sent un peu à Cerisy, vous avez remarqué ! C’est-à-dire que oui, le réseau internet n’est pas global, il est toujours local, parce qu’il y a des zones dans lesquelles le réseau ne passe pas.

Cette vision-là, hélas, est recouverte par une vision hors-sol du numérique qui est très répandue. Par exemple on va vous dire : « Aujourd’hui le numérique permet de faire du cloud computing, de l’informatique en nuage », sous-entendu que nos données seraient stockées quelque part dans un nuage informatique.
Les gens qui s’intéressent au logiciel libre disent : There is no cloud, it's just someone else's computer, « il n’y a pas de nuage, il n’y a pas de cloud, c’est toujours l’ordinateur de quelqu’un ». En fait, nos données ne sont pas du tout stockées dans un nuage, elles sont stockées dans les datacenters de Google, de Facebook, qui sont des immenses hangars extrêmement matériels. Donc cette question de « on nous vend Internet comme quelque chose d’immatériel », en fait c’est faux. Il y a aussi tout le discours pour les plateformes. On vous dit : « Aujourd’hui les GAFAM – Google, Amazon, tout ça – ce sont des plateformes », et ça nous installe un imaginaire, une sorte d’entité qui planerait au-dessus du sol – j’ai mis une image de soucoupe volante géante –, mais c’est un peu ça qu’on nous vend. D’ailleurs elles-mêmes se comportent de cette manière-là, parce qu’elles projettent cet imaginaire pour se couper de toutes leurs attaches avec le sol, c’est-à-dire ne pas payer d’impôts, faire en sorte que le droit national ne s’applique pas à elles, etc. Et ça va même très loin, là je vous ai mis un projet de Google que j’aime beaucoup, qui s’appelle Google Loon. Vous savez, ils veulent faire le bien du monde, donc ils veulent que les Africains puissent se connecter à Internet et, pour le faire, ils ont imaginé d’envoyer de gigantesques bornes Wiki qui sont portées par des ballons et ils imaginent envoyer des flottes entières de ballons au-dessus de l’Afrique pour pouvoir donner accès à Internet aux Africains. Je soupçonne très fort ce projet d’avoir, en fait, un but très symbolique pour nous faire coire qu’Internet est une chose évanescente qui n’a plus aucun contact avec le sol et qui flotte dans l’azur de Mallarmé.

Maintenant revenons à Ostrom et aux communs de la connaissance.
Du point de vue d’Ostrom tout ça n’a pas de sens, parce que si on appliquait rigoureusement sa tripartition « idées, artefacts, infrastructures », et si on prenait au sérieux l’idée que ces trois éléments sont inséparables, on ne se permettrait jamais ce type d’analyse parce qu’on aurait toujours en tête notamment la dimension infra-structurelle.
Le problème c’est que, y compris dans la pensée des communs numériques, vous avez une certaine généalogie qui s’est construite complètement hors-sol. Je vais vous montrer d’où ça vient. Ça nous vient, en fait, d’un courant qui vient de Californie, qui a été un point central pour incuber tout ce qu'est la cyberculture, etc. Cette personne s’appelle John Perry Barlow, c’est quelqu’un d’extrêmement connu des activistes du numérique, c’est une sorte star de nos milieux – moi j’ai vénéré cette personne pendant très longtemps – qui est très connue pour avoir pondu en 1996 la Déclaration d’indépendance du cyberespace7, texte mythique. En 1996, le gouvernement américain commence à faire une loi sur les télécommunications qui est très menaçante pour les libertés numériques. En gros, ils considèrent qu’Internet c’est comme le téléphone, ils vont se donner des pouvoirs de régulation très puissants et John Perry Barlow, qui est un défenseur des libertés sur Internet, fait ce texte. Je vous ai porté un petit accessoire, c’est une anecdote mais c’est amusant. C’est une version de la Déclaration d’indépendance du cyberespace qui est un peu une relique sacrée. En gros, tous les membres de La Quadrature du Net8 ont ça, parce qu’on a un de nos membres qui adore faire de l’imprimerie, donc on a imprimé la Déclaration d’indépendance du cyberespace et tous les membres fondateurs ont reçu un exemplaire ; je l’ai mis au-dessus de mon lit, le l’ai lue…

Public : Tous les soirs ?

Lionel Maurel : Exactement ! John Perry Barlow est quelqu’un de très particulier : la première partie de sa vie il a été un cowboy, un vrai cowboy dans l’Ouest américain, dans le Wyoming, il élevait des vaches dans l’Ouest. Après, dans les années 60, il est complètement parti dans les communautés hippies et dans les communautés psychédéliques, il est devenu parolier du groupe de rock Grateful Dead et ensuite, seulement, il est devenu activiste numérique.
Vous allez voir que ce cheminement n’est pas complètement anodin. Je vous lis quelques passages de la Déclaration d’indépendance du cyberespace :
« Gouvernements du monde industriel, vous géants fatigués de chair et d’acier, je viens du Cyberespace, le nouveau domicile de l’esprit. Au nom du futur, je vous demande à vous du passé de nous laisser tranquilles. Vous n’êtes pas les bienvenus parmi nous. Vous n’avez pas de souveraineté où nous nous rassemblons. »
« Le Cyberespace est fait de transactions, de relations, et de la pensée elle-même, formant comme une onde stationnaire dans la toile de nos communications. Notre monde est à la fois partout et nulle part, mais il n’est pas où vivent les corps. »
« Vos concepts légaux de propriété, d’expression, d’identité, de mouvement, de contexte, ne s’appliquent pas à nous. Ils sont basés sur la matière, et il n’y a pas ici de matière. »
« Nos identités n’ont pas de corps, c’est pourquoi, contrairement à ce qui se passe chez vous, il ne peut pas, chez nous, y avoir d’ordre accompagné de contrainte physique. »
Et il termine en disant : « Nous allons créer une civilisation de l’esprit dans le Cyberespace. Puisse-t-elle être plus humaine et plus juste que le monde que vos gouvernements ont créé auparavant. »
J’imagine que vous commencez à voir un petit peu le problème de ce genre de vision qui est très belle - c’est quelqu’un qui savait écrire -, mais qui est très problématique, si vous voulez, dans ce que ça véhicule comme image de la représentation du monde.

Pourquoi est-ce qu’il nous parle de cyberespace ? Pour John Perry Barlow, l’inverse du cyberespace c’est le meatspace. Le meatspace, pour lui, c’est la réalité, c’est là où nous sommes, là ici. Le meatspace ça veut dire l’espace de la viande ; ce n’est même pas l’espace de la chair, c’est l’espace de la viande. En fait, il a pris sa notion de cyberespace dans la littérature de science-fiction, notamment un roman de William Gibson qui a été crucial, qui s’appelle Neuromancer, c’est en 1984. Il y avait déjà Internet mais c’était très frustre et, à cette époque-là, William Gibson imagine qu’on se connectera à Internet en se connectant directement la prise dans le cerveau et que l’accès aux données se fera par une projection de l’esprit dans l’espace virtuel. John Perry Barlow adore cette vision des choses. Il dit : « À l’ouverture du cyberespace, l’humanité vit actuellement la plus profonde transformation de son histoire. En entrant dans le monde virtuel nous habitons l’information. En réalité nous devenons information. La pensée est incarnée et la Chair est faite Parole ». C’est extrêmement bizarre. John Perry Barlow détestait l’expression « autoroutes de l’information ». C’est pour ça qu’il a poussé le concept de cyberespace parce que, pour lui, c’était déjà beaucoup trop matériel et c’était aussi beaucoup trop susceptible de contrôle par l’État. Évidemment, quand vous câblez un pays tout entier comme voulait le faire Al Gore, ça va se faire par l’État et par les grandes compagnies de télécommunications ; vous avez besoin d’un investissement massif.

Un petit peu plus tard, et là vous allez voir qu’on retrouve le lien avec les communs, John Perry Barlow est en Californie, c’est le début de la mise en place de la Silicon Valley. Les industries du numérique s’installent là-bas et il y a une initiative qui va être mythique, qui s’ouvre en 1985, qui s’appelle The WELL, ça veut dire The Whole Earth 'Lectronic Link, « Les liens numériques de toute la terre », qui est, en fait, tout simplement un forum virtuel que la personne qui est là gauche a mis en place, qui s’appelle Stewart Brand9, extrêmement connu des milieux numériques et c’est une des premières communautés en ligne. Ce sont des gens qui se réunissent dans des forums pour discuter, tout simplement, et ils ont des échanges électroniques.

Ça a été une expérience refondatrice pour plein de gens, Barlow, des tas d’activistes numériques, mais aussi pour Steve Jobs, si vous voulez, les gens qui étaient là à ce moment-là. Un peu plus tard vous avez une personne qui s’appelle Howard Rheingold 10, qui écrit ce livre qui s’appelle The Virtual Community et, si vous voulez, tous ces gens-là ont baigné dans la culture hippie. Ce sont des gens qui avaient voulu refonder des communautés tout à fait physiques, qui voulaient sortir du système et qui ont voulu les refonder physiquement, qui ont voulu aller dans les marges et recommencer quelque chose. Ces communautés ont échoué même si, à un moment, il y avait plus d’un million d’Américains qui étaient partis, comme ça, dans les communautés hippies, ça a échoué et eux, quand ils découvrent The WELL, ils se disent « ça y est. On va pouvoir le refaire et on va réussir parce que ce qui nous gênait c’était la dimension physique des choses. On va pouvoir recommencer des communautés de l’esprit ». Plus tard John Perry Barlow écrit ce texte qui s’appelle Leaving the Physical World,, « Quitter le monde physique » et il dit : « Ça y est, les Communs, ou quelque chose du genre, avaient été redécouverts. À nouveau les gens des banlieues avaient un endroit où ils pouvaient rencontrer leurs amis au hasard. Ils avaient un endroit où leurs cœurs pouvaient rester, pendant que les entreprises pour lesquelles ils travaillaient brassaient leurs corps à travers l'Amérique. Ils pouvaient développer des racines qui ne pourraient pas être arrachées par les forces de l'histoire économique. Ils avaient un intérêt collectif, ils avaient une communauté. »
Le discours des communs réapparaît très fortement et, à ce moment-là, Barlow fonde une ONG qui s’appelle The EFF, Electronic Frontier Foundation11 qui est LA grande association. C’est un peu, toutes proportions gardées, la Ligue des droits de l’homme américaine pour la défense des libertés sur Internet. Et nous, on a créé en France La Quadrature du Net à l’image de cette organisation pour défendre les libertés. Et le mot « Electronic Frontier » vient du fait qu’ils imaginaient, en fait, que c’était la nouvelle frontière qui pourrait être indéfiniment repoussée, la frontière à conquérir qui serait indéfiniment repoussée.

À ce moment-là, ce qui se produit c’est que les gens qui travaillaient autour d’Ostrom se croisent et, en fait, ils se citent les uns les autres. Ostrom cite Barlow, Ostrom cite aussi cette personne qui s’appelle Marc A. Smith qui a écrit cet article vraiment très intéressant qui s’appelle Voices from the WELL où il analyse les échanges des gens qui sont dans le site, le forum, et le sous-titre est vraiment intéressant ça s’appelle The Logic of the Virtual Commons ; Virtual Commons c’est une référence à ce livre-là The Virtual Community et The Logic of the Virtual Commons est une parodie de Mancur Olson12, Logic of Collective Action qui est une des sources majeures d’Ostrom.

Là on est en 1992, Governing the Commons est déjà sorti, il sort en 1990, et Marc A. Smith applique les éléments de la théorie d’Ostrom à la communauté de The WELL. Il explique notamment qu’en fait c’est une communauté qui produit des biens collectifs. Il dit : « Il y a un bien social, un capital de connaissance et le troisième bien collectif c’est une communion », on est encore dans ce truc un peu spirituel qui habite ces gens et il dit : « C’est une production d’un bien collectif et, en fait, il y a des problèmes de passager clandestin » ; il applique Mancur Olson. Mancur Olson est connu pour ça, il a introduit la question du passager clandestin et il explique que tout l’enjeu de ces communautés c’est de se réguler pour réguler les passagers clandestins, en fait c’étaient des trolls qui perturbaient. Il fallait trouver des moyens de régulation des échanges pour éviter ça.

Le croisement entre ces deux traditions se fait à ce moment-là, au début des années 90. Ce sont des gens qui allaient dans les séminaires d’Ostrom, qui les croisent. J’ai beaucoup lu les notes de bas de page de ces articles et on voit qu’ils se citent les uns les autres.

Le point de contact avec tout ça, qui est assez intéressant, ça va être la question de la propriété intellectuelle. John Perry Barlow déteste la propriété intellectuelle. Et pourquoi, en fait, il la déteste ? Il a écrit cet article que Ostrom cite qui s’appelle Selling Wine Without Bottles, « L’économie de l’esprit dans le Net global. » Il dit que le problème de la propriété intellectuelle c’est que ça nous oblige à faire avec les idées comme si elles étaient encore matérielles, c’est-à-dire qu’on avait enfin un moyen de communication qui allait nous permettre de transmettre des idées pures, sans support matériel. Il dit : « Si vous voulez les mettre dans la propriété intellectuelle, vous nous obligez à faire comme si le fichier que je pourrais donner à vous tous, je vais être obligé de le garder et je ne pourrai pas vous le prêter ». Donc la propriété intellectuelle, le droit d’auteur notamment, nous oblige à faire comme si les œuvres de l’esprit étaient encore encapsulées dans des choses matérielles. Il dit : « L’intérêt du numérique c’est justement de nous libérer de cette contrainte des supports matériels », donc on ne peut plus appliquer ces concepts économiques qui, pour lui, sont complètement dépassés, qui sont liés à l’âge industriel. Le droit d’auteur est né avec l’imprimerie, il est lié du contrôle des objets qu’étaient les livres et, plus tard, ça a été les disques, etc. Pour lui, c’est vraiment un vestige qui est lié au monde matériel et qui n’a plus aucun sens dans le numérique. Il écrit cet article en 1994 et, si vous voulez, le décrochement se fait là.

C’est une autre personne qui s’appelle James Boyle qui va être à l’origine de l’idée. Il écrit un livre très important qui s’appelle The Public Domain qu’il appelle Enclosing the Commons of the Mind, « Enclore les communs de l’esprit ». James Boyle est intéressant parce qu’il n’est pas Américain, il est Écossais et il amène avec lui toute l’histoire anglaise anglo-saxonne de l’enclosure des communs. Il écrit un article, aussi en 2003, qui s’appelle The second Encloser Movement, « Le second mouvement d’enclosure ». Il va nous dire que ce qui se passe avec la propriété intellectuelle sur Internet c’est exactement ce qui s’est passé avec la terre au début du 19e siècle, il y a eu une enclosure du commun et ce que ça enclot c’est une chose qu’il appelle The Public Domain, « le domaine public », qui est le domaine des idées libres. Il nous explique que ce que fait la propriété intellectuelle c’est la même chose que ce qu’ont fait les barrières autour des champs. Son but c’est de créer une mobilisation pour faire s’allier les gens qui combattaient l’extension du droit d’auteur, les gens qui combattaient l’extension des brevets sur les médicaments et aussi les gens qui combattaient l’extension des brevets sur les semences. Il dit : « Il faut faire une coalition de tous ces gens-là parce que l’ennemi c’est la propriété intellectuelle qui va enclore le domaine public ».

Le grand combat fondateur ça a été en 1998 ; il y a eu la loi Mickey Mouse. Mickey Mouse allait tomber dans le domaine public, c’est-à-dire allait devenir libre de droits et Dysney a fait une grande campagne pour allonger la durée du copyright américain. Ils ont réussi à la faire voter et ça a été un moment très traumatisant pour tous les gens qui se battaient pour les communs de la connaissance. À ce moment-là Boyle va nous dire « les communs de la connaissance ce sont des communs intangibles de l’esprit ». Ce qui est très intéressant c’est qu’il passe par une métaphore qui est physique, il nous dit : « C’est la même chose que la terre, c’est un domaine public, c’est un territoire ; en fait c’est un espace, c’est un territoire, mais c’est un territoire qui n’est pas de ce monde ». C’est-à-dire qu’on passe par une métaphore physique tout en projetant ce territoire-là dans un autre monde. C’est très courant. Vous lisez Saint Augustin, La Cité de Dieu, c’est exactement la même chose, c’est exactement le mécanisme, le mauvais côté de l’utopie. On imagine une réalité et on la projette dans un ailleurs.

À ce moment-là les communs de la connaissance se sont fait vaporiser, on les a projetés dans le ciel bleu mallarméen, là-bas, c'est-à-dire encore ici, et on a complètement oublié la leçon d’Ostrom qui nous incitait, au contraire, à les voir aussi dans leur matérialité.

Arrivent les gens qui vont commencer à faire du Libre et eux, en fait, le font parce qu’ils ont connu l’époque où il n’y avait pas de propriété intellectuelle applicable, notamment aux logiciels. Pendant très longtemps les logiciels étaient complètement libres au sens où il n’y avait pas de copyright qui pesait sur eux. Les informaticiens se les partageaient, ils étaient vraiment dans le domaine public de James Boyle, dans le domaine complètement libre de partage. Dans les années 1980 le législateur américain fait une loi qui dit : « Dorénavant les logiciels sont des œuvres qui sont soumises à copyright », donc énorme panique parce que ça allait surtout défaire les pratiques communautaires de partage de ces développeurs qui coproduisaient les logiciels. Leur idée, et c’est notamment Richard Stallman que je cite ici qui crée ce qu’on appelle les licences libres, la première c’est la GNU GPL13 qui est une licence, en fait, qui retourne le droit d’auteur : au lieu de poser des restrictions avec cette licence vous consacrez des libertés. Cette partie très importante de Stallman c’est : « Vous avez dit "propriété intellectuelle" ? Un séduisant mirage ». Il dénonce la logique fictionnelle de la propriété intellectuelle appliquée à des œuvres de l’esprit et, pour eux, c’est une manière de recréer le fameux domaine public que la propriété intellectuelle avait détruit. Ils disent : « On est en train de nous faire perdre ce domaine public qu’on avait. Nous allons le recréer nous-mêmes parce que tout ce que nous allons produire nous allons le mettre sous ces licences ».

Là vous avez une personne qui s’appelle Lawrence Lessig, un avocat. C’est l’avocat qui a essayé de faire tomber la loi Mickey Mouse devant la Cour suprême et qui a échoué. Il dit : « On ne peut empêcher la propriété intellectuelle d’avancer. Ce qu’on va faire c’est qu’on va recréer un domaine public avec les licences et notamment avec les logiciels, on va créer les logiciels libres ; ça rouvrira cet espace. » En 2001 il crée, avec les licences Creative Commons Licence Creative Commons, un prolongement qui permet d’appliquer ça à toutes les œuvres, les photos, les romans, les vidéos.

Le problème là-dedans – là je vais me montrer critique, j’ai défendu pendant dix ans les licences libres, donc je ne condamne pas du tout ça et ça reste crucial –, mais le problème de cette façon de faire – je vous ai mis des grands exemples de communs, tous les logiciels libres type Linux, Firefox, Wikipédia, OpenStreetMap et toutes les œuvres sous Creative Commons – si vous voulez c'est que la réponse apportée est purement immatérielle. C’est-à-dire que vous avez une attaque qui est faite du champ de la propriété intellectuelle – la propriété intellectuelle s’applique aux œuvres, c’est-à-dire la couche la plus immatérielle –, donc la réponse doit se faire dans l’immatériel, avec les licences. On va très vite considérer qu’est un commun numérique tout ce qui porte une licence libre ; c’est-à-dire qu’il suffit de mettre une licence sur un objet et vous avez un commun numérique. Or, si vous voulez, c’est beaucoup plus compliqué que ça. C’est-à-dire que ce n’est pas parce que vous mettez une licence libre sur un logiciel, par exemple, que ça en fait réellement un commun. Notamment dans les licences libres il n’y a rien sur la gouvernance : un logiciel libre peut absolument être entièrement géré par une entreprise privée, sans communauté. Donc il y a eu un réductionnisme juridique, si vous voulez.
Or, là aussi c’est très ambigu parce que Stallman, lui qui a inventé les licences libres, la légende raconte, mais c’est une légende qui est certainement vraie, qu’il les a inventées parce qu’il avait constaté que dans son laboratoire au MIT – il était chercheur en intelligence artificielle au MIT – il n’arrivait plus à réparer son imprimante, parce qu’en fait il n’avait plus accès au code source de l’imprimante et elle était tout le temps buguée, elle tombait tout le temps en panne. Comme il n’avait pas accès au code source, il ne pouvait pas la réparer. Donc il a l’idée des licences libres le jour où il tombe sur ce problème et il se dit « je vais créer des logiciels qui vont garantir qu’on aura toujours accès au code source pour pouvoir… » En fait, cette imprimante est tout à fait matérielle, c’est un objet tout ce qu’il y a de plus physique, si vous voulez, sauf qu’on a détaché…

J’en arrive là, en vous disant que si on veut faire atterrir les communs, eh bien il va falloir se souvenir de ce qu’on appelle le cadre ostromien, un cadre moniste, c’est-à-dire qu’elle ne séparait pas les ordres de réalité, et nous on est passé dans un cadre qui est dualiste : les communs numériques sont passés dans une sorte de façon de penser qui sépare les ordres de réalité. Bruno Latour a beaucoup écrit là-dessus, il appelle ça un processus de purification. C’est-à-dire que les humains sont tout le temps en train de faire ce qu’il appelle des assemblages avec des objets physiques, c’est ça qui crée des réseaux, mais on a des processus de purification qui nous rétablissent des ordres, des zones anthologiques, il appelle ça distinctes, et c’est exactement ce qui se passe avec notre pensée du numérique, vous voyez, on sépare les choses.

Quel est le problème dans cette vision des choses ? Vous allez dire tout ça est très évanescent, mais si on veut faire atterrir les communs numériques, l’atterrissage va être brutal. Pourquoi ? Parce que si on inclut à nouveau la couche physique, vous allez vous confronter à une réalité qui est beaucoup moins évanescente.

Vous avez cette personne qui s’appelle Éloi Laurent qui a écrit ce très beau livre qui s’appelle L’impasse collaborative où il dit : « On nous a vendu l’économie de la connaissance comme une économie de l'apesanteur », or, il dit : « L’économie n’a jamais été aussi pesante qu’aujourd’hui ». Il nous dit : « L’économie qu’on nous vend comme immatérielle n’a jamais été aussi matérielle qu’aujourd’hui ». L’idée comme quoi le numérique allait nous permettre de produire les choses avec moins de matière est, en fait, très, très fausse. Il explique, par exemple, que si on prend en compte réellement la consommation électrique des machines, Internet fait autant de gaz à effet de serre que le trafic aérien avec une croissance tellement forte que très certainement, en 2030, ce sera devenu la première activité source de gaz à effet de serre. Quand vous regardez une heure de vidéo en streaming c’est comme si vous laissiez votre frigo allumé pendant un an et si vous envoyez un mail avec une pièce jointe, vous produisez autant de CO2 que si vous faites bouillir une bouilloire. En fait, la consommation électrique d’Internet est très préoccupante. À ça, il faut ajouter les coûts de production des machines. Un ordinateur, là il doit peser peut-être deux kilos, en fait son poids réel est mille fois supérieur parce que pour faire cet ordinateur il faut arracher mille fois plus de matière au sol, notamment les fameux terres rares en Afrique, etc., ce qui a un impact extrêmement violent sur l’environnement – tous les métaux qui sont à l’intérieur – et, en plus de ça, en fin de course vous obtenez des déchets qui sont très difficilement recyclables ; on ne peut recycler à peu près que 5 % des déchets sur un ordinateur et évidemment on les envoie en Afrique, notamment au Ghana vous avez des montagnes de déchets.

Si on prend vraiment en compte la dimension terrestre du numérique au sens de Latour, on va toucher à des choses quand même très fondamentales. Et si on va même plus loin, vous vous rappelez de Perry Barlow, l’inverse du cyberespace c’était le meatspace, l’espace de la viande, mais si on prend vraiment en compte l’économie de la pesanteur on va arriver jusqu’à la chute des corps, mais des corps réels. Si vous vous rappelez, en Chine, il y a eu toute cette vague de suicides dans les usines de Foxconn qui assemblent notamment nos iPhones et les gens se suicident, très symboliquement je trouve, en se jetant du haut des usines. Là vous voyez que l’économie de la pesanteur reprend tout son sens ; c’est la pesanteur qui fracasse les corps au sol.

Autre chose qu’on oublie beaucoup mais que je trouve quand même très importante, vous avez vu récemment un numéro de cette émission sur YouTube qui est très intéressante qui s’appelle DataGueule, qui fait des montages avec des statistiques et, en fait, une requête sur quatre sur Internet vise un contenu pornographique et c’est 30 % des téléchargements. Donc l’espace de la viande, si vous voulez, il est… Je pense que ce n’est pas complètement anodin, c’est-à-dire qu’on nous a vendu ça comme une projection de l’esprit où la chair allait se faire parole, mais non ! En fait les humains projettent aussi leur corps, tout simplement, cette matérialité revient comme ça !

Ce qui me paraît extrêmement important c’est de voir que comme tout ça est indissociable, c’est-à-dire ce qu’on appelle des communs numériques, celui qui est le plus important aujourd’hui c’est Linux14, le système d’exploitation libre et il est complètement lié à cette technostructure physique. C’est pour ça, d’ailleurs on en a parlé ce matin, que les grands géants du numérique de la Silicon Valley en ont fait un enjeu stratégique pour eux et contribuent à son développement. Par exemple la couche des serveurs, la fameuse couche du cloud qui serait immatérielle, tourne à 90 % avec Linux. C’est-à-dire que même les serveurs d’Amazon tournent avec Linux. Ce sont ces serveurs-là qui consomment le plus. C’est pareil sur nos téléphones. Si vous n’avez pas un iPhone vous avez un téléphone Android, Android a été fait à partir de Linux. Donc si vous voulez, dans tout ce qu’on nous vend, si on détache cet aspect matériel des communs numériques, on peut nous vendre ça comme quelque chose de formidable, etc., alors qu’en fait ils sont intrinsèquement liés à la technostructure physique. Il y a un très gros problème à ne pas l’intégrer.

Si on veut inverser la tendance, et je vais finir là-dessus, il faut repenser le numérique et les communs numériques, mais depuis le sol et depuis le corps et ça c’est extrêmement complexe. J’aime beaucoup ce qu’écrit Alain Damasio là-dessus ; il avait écrit un texte sur Lundimatin ; ce n’est pas anodin, il était allé à la Zad. Après un séjour à la Zad il écrit un texte sur le numérique, d’ailleurs on le voit, il est dans le plus beau des communs de la connaissance du monde, c’est la bibliothèque de Notre-Dame-des-Landes où j’ai eu l’occasion d’aller plusieurs fois. Il écrit ce texte et c’est un texte qui est très différent de ce qu’on lit sur le logiciel libre, parce qu’il écrit un texte qui s’appelle Matériel libre, vie libre ! Zadacenters & Rednet. Dans ce texte il essaye de repenser ce que serait l’émancipation réelle avec le numérique ; il nous dit : « L’émancipation partira de la terre et de la chair, mais elle sortira aussi du numérique. Et elle impliquera de se réapproprier toute cette chaîne logistique digitale aujourd’hui intégralement privatisée et aliénée : aussi bien les câbles et la fibre que les nœuds du réseau, les antennes, les VPN, les routeurs, tout autant que les centres de données, les datacenters. ». Et il dit qu'il faut qu’on fasse des « zadacenters » c’est-à-dire des centres de stockages des données mais autogérés et contrôlés par nous-mêmes.
Vous remarquerez d’ailleurs qu’il fait exactement la même chose qu’avait faite Charlotte Hess pour décrire ce qu’est Internet, c’est-à-dire qu’il repart du sol, il suit les câbles…

Il y a des gens qui font ça depuis très longtemps, qui ne sont pas les plus visibles dans le monde des communs numériques mais qui sont des gens très importants, ce sont les fournisseurs d’accès à Internet associatif, c’est-à-dire les gens qui tirent les câbles et qui proposent un accès à un Internet via des associations, parfois c’est à prix libre, parfois c’est à des prix très réduits, et leur but c’est de couvrir les zones où ne vont pas, justement, les grands fournisseurs d'accès à Internet parce qu’il n’y a pas de marché. Eux disent : « L’accès à Internet est un droit fondamental donc nous, avec des associations, nous allons tirer des câbles et nous gérerons nous-mêmes la couche physique du réseau. »
En France c’est assez important, il y a une fédération qui s’appelle FFDN15 [Fédération des Fournisseurs d'Accès à Internet associatifs] qui fait ça depuis longtemps et le plus gros fournisseur d’accès à Internet au monde est en Espagne, dans la région de Barcelone, c’est guifi.net16 ; ils ont implanté des milliers de routeurs wifi qui permettent d’avoir accès à Internet, à tel point qu’en fait c’est devenu un service public là-bas, c’est dans la région de Catalogne et c’est devenu vraiment quelque chose de très important. Il y a eu ça aussi à Detroit : quand la ville a subi le gros crash économique vous avez 40 % des gens qui ont perdu l’accès à Internet et ils ont recréé un accès à Internet via des associations.

Vous avez des gens comme Framasoft17, l’association Framasoft. À mon avis eux – là on va arriver à la question du « translocal » – sont dans cette logique-là parce qu’ils disent qu’ils combattent justement le cloud, cette idée du stockage dématérialisé des données, en disant que c’est un mensonge qui nous fait oublier cette couche matérielle, il faut qu’on s’en souvienne. Ils imaginent que, pour stocker nos données, on puisse passer par un collectif d’hébergeurs18 qu’ils imaginent comme étant des AMAP [Association pour le maintien d'une agriculture paysanne] du numérique, c’est-à-dire qu’à tout moment vous sachiez où sont vos données parce que vous allez avoir à faire soit à une association, soit même à une entreprise, ce n’est pas un problème nécessairement, mais vous aurez une personne que vous connaissez, que vous pouvez appeler et vous savez que vos données sont sur ses serveurs. Ils ont fait une charte dans laquelle ces gens-là prennent des engagements, notamment de ne pas utiliser les données personnelles, donc il y a respect de la vie privée, etc. Donc ça crée un Internet qui redevient « translocal » parce qu’il est fédéré, c’est-à-dire qu’au lieu d’avoir toutes nos données dans un nuage inaccessible, on les retrouve à un niveau qui est local et tous ces gens-là sont liés ensemble par cette fameuse charte qui est une promesse de non-usage des données. La différence c’est que là vous allez payer le stockage ; vous n’allez pas le payer cher, mais vous allez le payer parce qu’ils faut quand même qu’ils fassent tourner leurs machines alors que chez Google vous ne le payez pas.

Il y a d’autres gens qui font des choses intéressantes. Avec Philippe Eynaud et Laura Aufrère on est dans un projet sur les plateformes coopératives alternatives, c’est-à-dire des gens qui essayent de faire des alternatives à Airbnb et à Uber, qui luttent contre l’ubérisation. Ils essayent de voir ce que pourrait être un Airbnb alternatif, ça s’appelle Les oiseaux de passage, ou ce que pourrait être un Deliveroo alternatif, c’est CoopCycle ; ce qui est très frappant chez ces gens-là, je trouve, c’est qu’ils se construisent à partir du sol. C’est-à-dire qu’ils font des coopératives de livreurs qui sont dans une ville et ensuite ils font une couche logicielle par-dessus qui va leur permettre de faire leur activité. Les oiseaux de passage c’est ça aussi. Ils font des collectifs dans des villes, la première c’est notamment autour de Marseille. Vous avez des gens qui proposent des séjours et leur but c’est de faire découvrir le territoire aux gens qui viennent, avec des prix qui vont bien sûr être équitables, donc c’est nécessairement enraciné quelque part.

Pour aller plus loin, il y a des gens qui ont essayé de théoriser ça, notamment Michel Bauwens, avec une notion qu’il avance avec Vasilis Kostakis, qu’il appelle le « Cosmolocalisme ». La formule qui résume ça c’est « ce qui est léger est global, ce qui est lourd est local ». Il imagine ça tourné vers les coopératives de production de biens matériels ; il nous dit : « Aujourd’hui on peut utiliser Internet pour mutualiser les connaissances, mais tout ce qui se fabrique devrait être fait au plus proche dans les villes » dans ce qu’il appelle des micros fabriques, des sortes de fab labs. Et si vous avez quelque chose à fabriquer les plans et ce qui est couvert réellement par la propriété intellectuelle devrait être partagé en ligne, en accès libre et collaborativement, et ensuite la fabrication devrait se faire au plus proche dans les villes, dans ce qu’il appelle des fab labs, notamment avec des imprimantes 3D qui permettent de rematérialiser des objets à la demande. Il y a des villes, notamment Barcelone, qui rentrent dans une alliance qui s’appelle Fabcity où ils imaginaient relocaliser peut-être 40 % de la production matérielle ; ils ne l’ont pas fait. Si on poussait la logique jusqu’au bout ça pourrait.
Un exemple de ce « cosmolocalisme » des communs c’est cette initiative qui s’appelle L’atelier paysan. Ce sont des gens qui sont en SCIC [Société coopérative d'intérêt collectif], qui ont commencé, je crois, dans l’Est de la France et qui font du matériel pour les paysans qui font de la permaculture. Leur idée c’est de partager tous les plans sur Internet et de faire des ateliers où les paysans construisent eux-mêmes leurs objets pour se réapproprier le savoir-faire de construction. Les plans sont accessibles à tout le monde et vous allez avoir des gens qui vont faire des ateliers avec un modèle économique, au plus proche des paysans qui vont les refaire directement sur place. Michel Bauwens dit que ça ça préfigure ce qu’il appelle les coopératives ouvertes qui savent partager les actifs immatériels et qui gardent leur activité au plus proche.

Je vais terminer.
Je pense que la leçon de tout ça c’est de sortir de ce que j’appelle le prophétisme rédempteur lié à Internet. C’est quelque chose qui est très fort par exemple chez Jérémy Rifkin qui, il n’y a pas très longtemps, avait sorti un livre qui s’appelle La nouvelle société du coût marginal zéro, qui est un livre que j’avais trouvé intéressant sur plein d’aspects mais un peu problématique parce qu’il nous vend l’idée que le numérique va nous faire rentrer dans une société où tout échange va se faire à coût zéro. L’optimisation que permet Internet a montré que la dépense énergétique arrive à zéro, y compris pour la construction des objets. Il dit que même les objets ne coûteront presque plus rien à produire. Il nous dit : « Quand on arrivera là le règne des communs sera arrivé et le capitalisme s’effondrera de lui-même à cause d’une de ses contradictions internes. À force de vouloir chercher la productivité, il atteindra ce seuil de productivité et le capitalisme s’effondrera tout seul », et voilà tout va bien !
Parfois chez Michel Bauwens il y a un petit peu de ça ; je n’aurais certainement pas appelé mon livre Sauver le monde, par exemple. Je trouve beaucoup plus intéressante la vision que promeut cette femme, qui s’appelle Anna Tsing. Son livre est incroyable, c'est d’ailleurs un livre qui croise complètement les communs avec Bruno Latour, qui est très dans cet esprit-là, Le Champignon de la fin du monde. Elle avance une notion qu’elle appelle celle des communs latents et elle nous avertit en nous disant « les communs latents ne peuvent pas nous racheter », c’est-à-dire que « n’attendons pas des communs une rédemption. Notre monde va certainement s’effondrer – elle est dans cette logique-là – en tout cas notre mode de vie ne pourra pas être prolongé, n’attendons pas des communs de prolonger à l’identique notre mode de vie et de nous sortir des crises dans lesquelles nous sommes ». Et ça commence à atteindre des militants du numérique, y compris des gens qui sont très proches de moi, notamment à La Quadrature du Net, il y a quelqu’un qui s’appelle Félix Tréguer, qui est comme moi cofondateur de La Quadrature du Net, qui a écrit cet article dans Reporterre, qui nous a fait bizarre quand même parce que c’est un gros tournant. Il a écrit un article pour dire « nous avons essayé de penser Internet comme un outil d’émancipation, nous avons oublié le coût écologique que ça représentait. L’avoir oublié est une erreur majeure » et il dit : « Le seul moyen c’est de faire un Internet low-tech, c’est-à-dire de revoir complètement l’infrastructure. Et tant qu’on considérera que les libertés sont compatibles avec l’infrastructure extrêmement pesante, on se trompera en fait ».
Il y a d’autres personnes qui avancent aussi la notion de communs négatifs, qui est extrêmement intéressante je n’ai pas le temps de développer.

Donc je vais terminer là-dessus. On a un très gros travail, je pense, à faire. Tout ça a des implications. En tout cas ça m’a pas mal remué de faire tout ce cheminement et je pense que ça nous oblige beaucoup à revenir sur des choses.
Il faut arrêter de voir Internet comme une utopie numérique dans ce modèle dualiste qui le projette dans un pseudo-territoire qui est hors du monde. Il n’y a pas de hors du monde, c’est ce que dit aussi Latour : le hors du monde c’est le globe de la modernisation ;il n’existe pas. Il faut le faire réatterrir. Ça c’est une notion de Michel Foucault : il opposait à l’utopie à ce qu’il appelait l’hétéropie. L’hétérotopie est dans ce monde, mais elle a des règles qui lui permettent de fonctionner autrement. Michel Foucault dit : « On peut imaginer des utopies, mais on peut faire des hétérotopies » et ça, ça se fait avec des règles, en fait, et là on retombe sur Ostrom, la capacité de faire fonctionner des espaces réels avec des règles différentes ; là c’est le plus fort des communs la dimension instituante qui revient. Et pour ça, à mon avis, il faut faire une fusion entre la théorie d’Ostrom mais en la lisant sérieusement, c’est-à-dire en reprenant vraiment ce qu’elle disait, et la croiser avec les éléments de Bruno Latour, notamment la théorie de l’acteur réseau, qui prend jusqu’au bout en compte la dimension physique, notamment en intégrant ce qu’il appelle les éléments non-humains qui peuvent être aussi bien des animaux que des objets technologiques, les lieux, etc., comme des acteurs au sens propre du terme, dans une vision qui les mette à plat avec les humains.

Je terminerai en disant vous savez on nous a vendu le futur d’Internet, ce serait l’Internet des objets, parce que maintenant Internet va arriver dans les objets, tous les objets vont être connectés et ça va être formidable, mais on a oublié de penser les objets de l’Internet et, si on veut aller au bout, il faudrait, comme Latour, penser l’Internet des quasi-objets, c’est-à-dire des objets qui sont des acteurs comme les autres et penser cette couche d’infrastructure comme un acteur et le prendre réellement au sérieux. Je pense que c’est un programme de recherche qui s’ouvre parce ça nous obligerait.
J’ai juste l’intuition que mon avis est une piste à suivre…

[Applaudissements]

Quand la sécurité des banques impose de souscrire aux GAFAM sur son mobile - Décryptualité du 16 septembre 2019

Le 20 September 2019 à 09:44:04


Administration de Pixabay

Titre : Décryptualité du 16 septembre 2019 - DPS2 - Quand la sécurité des banques impose de souscrire aux GAFAM sur son mobile
Intervenant·e·s : Nolwenn - Nico - Manu - Luc
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : 16 septembre 2019
Durée : 14 min
Écouter ou télécharger le podcast
Revue de presse pour la semaine 37 de l'année 2019
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : administration - Pixabay License Free for commercial use - No attribution required
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

DSP2, la directive sur les services de paiement entre en vigueur et donne lieu à des applis propriétaires accessibles uniquement depuis un store de GAFAM qui impose de choisir entre ses libertés informatiques et la facilité d'accès à son compte bancaire.

Transcription

Luc : Décryptualité.

Voix off de Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Luc : Semaine 37. Salut Manu.

Manu : Salut Nico.

Nico : Salut Nolwenn.

Nolwenn : Salut Luc.

Luc : Qu’a-t-on au sommaire ?

Manu : Une jolie revue de presse, relativement longue cette semaine.

Nolwenn : MacGeneration, « Apple membre d'une fondation pour la promotion de l'open source à Hollywood », un article de la rédaction.

Manu : Pas mal d’entreprises dont on va parler cette semaine et Apple en premier, les GAFA. Il se trouve qu’ils vont faire des choses qui semblent bien, promouvoir du logiciel libre pour être utilisé dans les studios de cinéma. C’est intéressant, mais ça fait toujours bizarre que ce soient des grandes boîtes comme Apple qui fassent ça.

Nolwenn : Le Monde.fr, « Ce que les «révélations Snowden» ont changé depuis 2013 », par Martin Untersinger.

Manu : C’est à l’occasion d’un livre de Snowden qui est en train de sortir en ce moment que l’on se rend compte de tout ce qui a été apporté par lui et sa sortie de la NSA. C’est considérable et, n’oublions pas, il est toujours bloqué en Russie, il ne peut pas sortir alors que pourtant il a demandé…

Luc : On est lundi 16 et il a à nouveau exprimé son souhait d’être accueilli par la France.

Manu : Il y a une ministre qui a dit oui.

Luc : La ministre de la Justice a dit oui. Une députée européenne de La République en marche a dit qu’elle était favorable aussi et, derrière, l’Élysée a fait : « Vous déconnez ! » Moi j’étais surpris parce que je me disais que la ministre n’a pas pu sortir ça de sa propre initiative, normalement un ministre ça obéit aux ordres !

Nolwenn : Ce n’est pas à un organisme indépendant de l’État de prendre cette décision ?

Luc : Oui ! Tu sais, l’indépendance c’est très relatif ! Qui les nomme ? Qui les paye ?

Nolwenn : tom's guide, « Huawei propose maintenant ses MateBook avec Linux », par Guillaume.

Manu : C’est un gros sujet international. Huawei, entreprise chinoise, est en quelque sorte poussée au banc des sociétés par Donald Trump ; il ne les aime pas.

Luc : Il les accuse d’espionner tout le monde.

Manu : On peut imaginer, effectivement, que ce soit peut-être le cas, parce que le dirigeant de Huawei est un ancien militaire chinois. N’empêche que ça fait beaucoup de mouvement au niveau des grosses entreprises, notamment ça veut dire que les logiciels faits par les Américains vont être de moins en moins utilisés par les Chinois, qui sont en train de se retrouver sur des logiciels libres.

Luc : On a failli le prendre comme sujet principal pour ce soir, mais finalement on s’est arrêtés sur autre chose.

Nolwenn : Numerama, « Bruno Le Maire refuse d'autoriser «le développement de Libra sur le sol européen» », par Julien Lausson.

Manu : Libra, c’est du logiciel libre, mais c’est quoi ?

Luc : C’est la cryptomonnaie de Facebook.

Manu : Ah oui, de Facebook ! Ça fait bizarre parce qu’il y a deux milliards d’utilisateurs potentiels derrière et ça fait plus que bizarre, ça fait peur aux États et l’État français a annoncé officiellement que jamais au grand jamais ce genre de monnaie ne fonctionnera sur le sol français ou européen.

Nico : Forcément ! Quand Facebook sort plein de conneries pour rentrer dans la vie privée des gens on laisse faire, sans problème, par contre dès qu’on touche à la monnaie de l’État c’est chasse gardée et là, ça mord !

Luc : La monnaie reste un truc très puissant. On peut aussi dire que constatant l’étendue des conneries faites par Facebook, leur laisser faire une monnaie ce n’est peut-être pas une bonne idée !

Nolwenn : Le Monde.fr, « Domestiquer les géants du numérique », un article de la rédaction.

Manu : On parle encore des entreprises, les GAFA toujours. Aux États-Unis, eh bien les institutions sont en train de regarder ce qui se passe dans ces grands monopoles, des monopoles de fait, et d’essayer un peu de les ouvrir aux marchés parce que c’est la théorie américaine, la théorie économique américaine, le marché est roi et il ne faut pas que des Google, des Amazon, puissent utiliser leur situation prédominante à leur avantage.

Luc : Il était temps de se réveiller !

Nolwenn : Next INpact, « La France affûte sa transposition de l'article 17 de la directive Droit d'auteur », un article de Marc Rees.

Manu : Je n’ai pas regardé en quoi elle était affûtée cette transposition, mais on sait que ça concerne le droit d’auteur et ça nous embête beaucoup dans le milieu du logiciel libre, parce que, simplement, ça met en place des systèmes de censure automatisée qui, en grande partie, sont gérés par les GAFA, encore une fois, et ça leur donne, de fait, du pouvoir.

Nolwenn : ZDNet France, « Microsoft organise la première conférence pour le sous-système Linux de Windows », un article de Steven J. Vaughan-Nichols.

Manu : C’est un incroyable sujet à trolls. On reparle encore d’une grosse entreprise américaine, Microsoft. Le sous-système, ce n’est pas une insulte, c’est simplement que maintenant Windows inclut de fait un noyau Linux. C’est un peu bizarre. Je pense qu’il y a des gens dans le monde du Libre qui sont très étonnés de cela et puis, n’oublions pas, la semaine dernière Richard Stallman était à Microsoft pour faire une conférence. Ça ne veut pas dire qu’il les aime, mais en tout cas il a accepté de discuter avec eux.
Le sujet de la semaine ?

Luc : C’est Nicolas l’expert, de quoi s’agit-il ?

Nico : Tout de suite les grands mots. Il s’agit de la DSP2.

Luc : Délégation de service public.

Nico : Non. La directive sur les services de paiement1.

Luc : Rien à voir alors !

Manu : C’est un truc très récent dont tu nous parles en privé depuis déjà quelque temps parce c’est t’énerve !

Nico : Ce n’est pas que ça m’énerve, c’est qu’aujourd’hui je suis dans la merde à cause de cette directive-là et je pense qu’il y en a plein d’autres qui vont y passer dans pas longtemps.

Manu : De quoi il s’agit ?

Nico : En fait, il s’agit d’une directive qui a été décidée au niveau européen, qui a été votée quand même en novembre 2017, ça date depuis un petit moment. Ce sont les banques qui en ont marre de tous les problèmes de paiement, de fraudes à la Carte Bleue, de vol des données, des codes secrets et autres, donc ont décidé de durcir leurs règles et en particulier d’imposer l’authentification forte, donc la double authentification aux utilisateurs.

Luc : Du coup ça te met dans la merde parce que tu ne peux plus en voler, tu ne peux plus arnaquer les gens. C’est ça ?

Nico : Oui. Je ne peux même plus voler mon propre argent, en fait !

Manu : Il y a encore peu de temps, et encore pour l’instant, quand on veut faire des paiements sur Internet il y a du 3-D Secure, il y a des systèmes où on demande aux gens leur date de naissance, où on envoie un code SMS et on doit retaper ce code SMS ; ce sont les systèmes actuels qui sont en place. Donc ça, ça va évoluer, à priori, parce que c’est en train d’être mis en place, mais ce sont les banques donc elles ne vont peut-être pas y arriver.

Nico : Elles sont déjà complètement à la bourre. C’était censé être mis en œuvre le 14 septembre, c’était samedi dernier. Il y a quelques banques qui l’ont fait mais la plupart sont complètement en retard, donc elles ont réussi à gratter encore 18 mois supplémentaires pour y passer. C’est comme le RGPD [Règlement général sur la protection des données], un truc voté en 2017, applicable en 2019 et puis on verra éventuellement pour des sanctions en 2021.

Luc : Du coup, toi tu voudrais que ça arrive plus tôt ?

Nico : J’aurais bien aimé qu’ils fassent ça proprement parce que c’est vrai que ça part d’un bon sentiment, mais le diable est dans les détails et là, ils ont complètement foiré.

Manu : En gros, ils veulent s’assurer que les gens, quand ils payent par Internet notamment, ce sont bien les bonnes personnes qui ont le droit de payer qui vont le faire et pour cela ça va passer par quel genre de mécanisme ?

Nico : Ça impose, en fait, la double authentification.

Manu : C’est quoi la double authentification ? Déjà authentification c’est compliqué, on le sait !

Nico : La double authentification : en fait vous connaissez votre mot de passe, vous avez besoin le donner et ils ont besoin d’avoir un autre moyen qu’ils appellent soit la possession soit un attribut, en gros quelque chose qui soit propre à vous-même, ça serait de la biométrie par exemple. La possession c’est : est-ce que vous êtes détenteur de votre carte de paiement, de votre téléphone mobile, vraiment quelque chose de physique, matériel.
Du coup, la plupart des banques ont fait le choix de se baser sur les téléphones mobiles, d’intégrer ça dans leurs applications à elles, et c’est là que les ennuis commencent parce que les applications réclament des téléphones propriétaires avec du Google Apps dedans, avec tout plein de saletés. En tant que personne utilisant du logiciel libre, eh bien on ne peut pas utiliser ces applications-là et on se retrouve à la porte de nos propres comptes bancaires.

Nolwenn : Tu parles des gens qui utilisent le logiciel libre, mais les gens qui n’ont pas de smartphone, tout simplement, soit par choix, soit parce que, de toute façon, la technologie leur fait peur et ils se sentent complètement dépassés avec un smartphone. Qu’est-ce qui va arriver à ces gens-là ?

Nico : La même chose. Les banques disent : « Achetez un téléphone, passez au numérique, etc. »

Luc : Du coup ça touche quoi ? C’est-à-dire que quelqu’un comme moi qui veux accéder à ses comptes bancaires depuis son ordinateur et pas son téléphone ?

Nico : Ça touche ça, ça touche l’authentification. Tous les 90 jours minimum vous allez avoir l’authentification forte à passer, donc à chaque fois que vous vous connectez sur votre ordinateur portable, sur votre téléphone mobile ; ça touche aussi à chaque fois que vous allez faire un paiement en ligne donc avec votre numéro de carte bancaire. Il y a quelques exceptions qui ont été prévues genre les paiements mensuels toujours du même montant du coup ça passe sans problème jusqu’à avoir dépassé les 100 euros cumulés et là on va se taper une authentification forte. Sinon tous les paiements ponctuels en ligne, pareil.

Luc : Plus de 30 euros, je crois. C’est cela ?

Nico : C’est tous les paiements récurrents de moins de 30 euros, mais moins de 100 euros cumulés. En gros, si vous faites un paiement de 25 euros, eh bien au bout de trois-quatre mois vous allez avoir une authentification à remplir.

Manu : Donc quand je suis sur mon ordinateur, que je veux me connecter au compte de ma banque, je vais déjà rentrer mes identifiants, mais mon téléphone va vibrer à côté de moi et je vais devoir interagir en plus avec mon téléphone pour confirmer que je suis bien là, que c’est bien mon téléphone et comme ça mon ordinateur va s’ouvrir et va me permettre d’accéder.

Nico : C’est ça.

Luc : C’est un peu comme quand aujourd’hui on reçoit un SMS avec un code, sauf qu’au lieu d’envoyer ça par du SMS que tout le monde est capable de recevoir…

Nico : Ils sont passés par leur application.

Luc : Donc si on n’a pas cette appli, qui sera accessible sur le Play Store de Google ou comment ça s’appelle chez Apple ?

Nolwenn : L’App Store.

Luc : L’App Store d’Apple.Donc si on n’a pas ces applis, on ne pourra effectivement pas bénéficier de ces trucs-là et donc plus d’accès aux services, y compris sur son ordinateur ?

Manu : Ces applis, ce sont des applis comme il y en a plein, qu’est-ce qui m’empêche de les installer sur un téléphone libre, libéré, sur lequel je n’aurai pas un compte Google, sur lequel je n’aurai pas un accès au Play Store, ces choses-là, parce que, après tout, on peut installer des applications d’autres manières !

Nico : Oui. Sauf que ce sont plutôt des choix technologiques et des mauvaises pratiques de la part des banques. Pour avoir cette double authentification on a besoin d’une preuve de possession et ils ont besoin d’aller beaucoup plus bas dans l’accès au téléphone. Donc ils utilisent les briques privatrices de Google, les Google Apps qui sont installées sur la plupart des téléphones vendues sur le marché.

Manu : Pas les téléphones qu’on va dire libérés ?

Luc : Ils font la même chose chez Apple ?

Nico : Il y aura certainement la même chose chez Apple, mais là, quand on est chez Apple, on est chez Apple ! On n’a pas d’équivalent de LineageOS côté Apple.

Nolwenn : Une petite question qui me taraude depuis tout à l’heure : est-ce que c’est RGPD compatible ou pas ?

Nico : Je n’en suis pas encore là. C’est vrai qu’en passant par Google Apps, il y a de grandes chances que ça finisse quelque part dans la nature.

Nolwenn : Il n’y a pas seulement l’utilisation des Google Apps, c’est l’imposition d’utiliser un smartphone avec une application dédiée.

Luc : Parmi nous, qui n’a pas les applis Google sur son téléphone ?

Nico : Moi je ne les ai pas.

Nolwenn : Je ne les ai pas non plus.

Manu : Moi, j’ai !

Luc : Moi je ne les ai pas.

Manu : Voilà ! Donc moi je pourrai accéder à ma banque encore quelque temps, normalement.

Nolwenn : À priori je peux encore y accéder à la mienne mais apparemment ce n’est pas le cas de tout le monde.

Nico : Et tu avais eu de problèmes pour l’activer ! Il a fallu bricoler le téléphone pour réussir à faire fonctionner ça ; à la fin ça marchait. Moi, le 14 septembre, ma banque y est passée et je me suis retrouvé à la porte de mon compte. Je les ai contactés et ils m’ont dit : « On ne peut rien faire pour vous, vous n’avez qu’à acheter un nouveau téléphone. »

Manu : Ils ont essayé de t’en vendre un. Tu sais que les banques font ça des fois, ils ont essayé ?

Nico : Ouais. C’est une banque N26 en Allemagne qui ne vend pas de téléphones. Ils m’ont dit : « On ne peut rien faire pour vous ». J’ai été obligé de résilier mon compte, je n’avais mème plus accès. Ça devenait même assez marrant parce qu’ils me demandaient de prouver que j’étais moi, en me demandant des informations auxquelles je n’avais accès qu’en me connectant à mon compte, genre les cinq derniers paiements que j’avais faits, « mais je ne peux pas , je ne peux pas me connecter ! »

Manu : Il fallait t’en rappeler, la mémoire !

Luc : Du coup ils ont gardé l’argent ?

Nico : Ils vont me le rendre, j’espère. Mais on peut se retrouver du jour au lendemain…

Luc : Ça pose aussi la question de toutes ces applis souvent pour des services publics, qui sont des applis uniquement disponibles sur les Play Store et tous ces machins. On rappelle, quand on a un compte chez Google, on est nécessairement surveillé, c’est leur business modèle. On pourrait tout à fait considérer que le service offert par Google pour héberger, installer et maintenir toutes ces applications, donc leur Store, on le paye au travers de nos données personnelles. On ne leur verse par d’argent, mais ils se servent sur nos données personnelles pour financer le service. Donc quelque part on a des services publics qui sont financés par la pub et par des services associés chez Google.

Nico : Et puis c’est une situation qui va certainement empirer avec le temps. Là on parle des banques qui ont une contrainte réglementaire, mais la plupart des développeurs d’applications ne sont absolument pas respectueux de ça et on trouve de plus en plus de fonctionnalités qui ne sont disponibles que dans les applications mobiles. Si vous n’êtes pas capable d’installer leurs applications privatrices sur votre téléphone, eh bien vous n’avez plus accès à certaines fonctionnalités. Par exemple j’ai le cas de la Société Générale, là c’est encore une banque, mais vous ne pouvez pas contacter votre conseiller par le Net. Ils ont supprimé l’option, elle n’est disponible que dans l’application mobile. L’application mobile je ne l’avais pas, je ne pouvais pas l’installer. Impossible de contacter mon conseiller !

Manu : En théorie ils vont perdre des clients.

Nico : Oui !

Luc : Non, pas des masses. Ils vont en perdre quelques-uns, mais on n’est pas très nombreux à s’embêter à avoir uniquement des applications libres dans notre téléphone et à ne pas installer le Play Play. C’est absolument minoritaire, donc je pense qu’ils s’en foutent.

Nolwenn : Oui. Enfin une personne qui a juste un stupide phone et qui n’a pas envie de dépenser 400 ou 500 euros dans un nouveau téléphone dont elle ne va, de toute façon, pas savoir se servir, est-ce qu’on n’est pas, quand même, un certain nombre en France à être dans ce cas-là ?

Luc : Je pense qu’il n’y en pas tant que ça. Et, en plus de ça, je ne serais pas étonné qu’ils fassent le calcul de se dire que d’avoir des gens au téléphone et tous ces trucs de services qui coûtent cher pour entretenir une relation client, ça leur coûte finalement plus cher que ce que ces gens-là rapportent et se dire pfft ! OK ! On peut les perdre, on s’en fout !

Nico : Je me suis pas sûr que ce soit qu’on n’est pas si minoritaire que ça dans le cas des banques. On parlait de Huawei tout à l’heure, mais on a interdit à Huawei l’accès à Google Store, donc ils n’auront pas les Google Apps sur leurs téléphones. Ce sont quand même des marques de téléphones qui se vendaient plutôt pas mal

Manu : Quasiment numéro un au monde. Ils ont raté la place de peu.

Nico : En tout cas ils sont dans le top 3 sans problème. Ça fait quand même beaucoup de terminaux. Il y a toutes les personnes avec des déficiences visuelles ou auditives ou autres qui ont du mal à utiliser les téléphones mobiles ; il y a toutes les personnes plus âgées qui n’ont pas du tout de téléphone et qui, aujourd’hui, fonctionnent uniquement dans les banques

Manu : En théorie elles pourront utiliser des tablettes qui sont quand même plus faciles d’accès notamment parce que l’écran est plus grand.

Nico : Ça reste compliqué pour beaucoup de monde au final.
,
Luc : Peut-être que ce sont des gens qui vont de toute façon en agence donc ils se disent qu’ils ne vont pas les perdre.

Nico : Agences qu’ils suppriment de plus en plus. Maintenant toute opération en agence est facturée ; la mise en place d’un prélèvement SEPA c’est 3,50 euros en agence. Aujourd’hui vous avez le choix entre utiliser du logiciel privateur partout ou être un citoyen de seconde zone et payer plus cher pour avoir accès à tous les services, à galérer à trouver une banque. Avant on galérait pour trouver un PC portable et maintenant on galère pour tous les services.

Manu : Il va falloir trouver une banque qui fasse des services sympathiques, qui soient autant que possible libres. Il y a des services alternatifs par exemple dans l’électricité ou dans les accès à Internet, on en connaît, on en utilise. Peut-être que dans les services bancaires on pourrait trouver des acteurs qui soient plutôt de valeur.

Nico : Sinon on monte notre propre banque. Je pense que ça doit être faisable.

Manu : La semaine prochaine !

Nico : Ça sera peut-être un peu tendu quand même !

Luc : Tout de suite tu recules devant la difficulté. C’est un défi qu’on te lance. On se retrouve la semaine prochaine et tu nous présentes ta banque.

Manu : À la semaine prochaine.

Nolwenn : Salut.

Nico : Salut.

19 September 2019

april.png Nouvelles April

Émission « Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (24 septembre 2019) - OpenStreetMap - Bénévalibre - Montpel'libre

Le 19 September 2019 à 13:25:11

24 Septembre 2019 - 15:30
24 Septembre 2019 - 17:00

Photo d'illustration de l'émission

La trente-septième émission Libre à vous ! de l'April sera diffusée en direct sur radio Cause Commune sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur le site web de la radio, mardi 24 septembre 2019 de 15 h 30 à 17 h 00. Le podcast de l'émission et les podcasts par sujets traitées sont disponibles dès que possible, quelques jours après l'émission en général.

Notre sujet principal portera sur OpenStreetMap (projet de cartographie qui a pour but de constituer une base de données géographiques libre du monde) avec Christian Quest, porte-parole d'OpenStreetMap France. Au programme également : la chronique « Le Libre fais sa comm' » d'Isabella Vanni avec une interview de Montpel'libre et une présentation de Bénévalibre, logiciel libre pour faciliter la gestion et la valorisation du bénévolat dans les associations, avec Laurent Costy (vice-président de l'April, co-animateur du groupe de travail Libre Association et directeur adjoint de la Fédération Française des MJC).

Si vous souhaitez poser une question en direct, pendant la diffusion de l'émission, vous pouvez appeler le 09 50 39 67 59 ou vous connecter sur le salon web).

Écouter le direct mardi 24 septembre 2019 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h.

Liens utiles

Les archives de l'émission

Écouter les émissions précédentes

18 September 2019

april.png Nouvelles April

Bénévalibre, un logiciel libre de gestion du bénévolat au service des associations

Le 18 September 2019 à 12:41:14

Image de Bénévalibre

Lancement officiel, le 15 septembre 2019 lors du Grand Déj' des associations à Dijon, de Bénévalibre, logiciel libre développé pour faciliter la gestion et la valorisation du bénévolat dans les associations.

Bénévalibre est une application web qui permet en quelques clics de renseigner le temps passé pour chaque association dans laquelle on est engagé⋅e bénévolement.

Que ce soit pour appréhender le dynamisme de ses bénévoles ou pour témoigner d’une activité importante auprès de ses financeurs, la mise en valeur du bénévolat est un besoin de plus en plus pressant pour les structures associatives : d'où la volonté d'un groupe d'associations de faire développer un outil ad hoc pour y répondre.

En tant que logiciel libre, Bénévalibre appartient aux personnes et aux structures qui l’utilisent : il peut donc être librement utilisé, téléchargé, étudié, modifié et redistribué. Dans une logique de décentralisation, vitale à l’heure où nos données sont convoitées et concentrées par les grandes firmes du web, il sera possible pour qui le désire, moyennant quelques compétences techniques, d'installer sa propre instance.

Bénévalibre est un projet porté par le Crajep (Comité Régional des Associations de Jeunesse et d’Éducation Populaire) de Bourgogne‐Franche‑Comté, avec le soutien financier de la région Bourgogne‐Franche‑Comté et de la Fondation du Crédit Coopératif, en partenariat avec l’April et Framasoft. L’application a été développée par la SCIC CLISS XXI.

Bénévalibre est un logiciel libre voulu par des associations et fait pour les associations et leurs bénévoles. N’hésitez pas à tester l’application et à la promouvoir autour de vous !

Visiter le site du projet

Accéder directement à l'application Bénévalibre

Richard Stallman démissionne de la direction de la Fondation pour le Logiciel Libre

Le 18 September 2019 à 11:54:00

Le 16 septembre 2019, Richard Stallman, fondateur et président de la Fondation pour le Logiciel Libre, a démissionné de ses fonctions de président et du conseil d'administration.

Cette démission fait suite à la publication d’échanges liés aux conséquences de l’affaire Jeffrey Epstein au MIT (université et institut de recherche américain). Le journal Le Monde explique cette affaire.

L'April prend acte de cette décision et continuera de travailler avec la Fondation pour le Logiciel Libre comme elle le fait depuis sa création.

bsibaud.png Benoît SIBAUD

LinuxFr.org : première quinzaine de septembre 2019

Le 18 September 2019 à 10:46:26

Cent vingt‐huitième épisode dans la communication entre les différents intervenants autour du site LinuxFr.org : l’idée est tenir tout le monde au courant de ce qui est fait par les rédacteurs, les admins, les modérateurs, les codeurs, les membres de l’association, etc. C’est la rentrée.

L’actu résumée ([*] signifie une modification du sujet du courriel) :

Statistiques

Du 1er au 15 septembre 2019 :

  • 1 753 commentaires publiés (dont 2 masqués depuis) ;
  • 274 étiquettes (tags) posées ;
  • 100 comptes ouverts (dont 23 fermés depuis) ;
  • 42 entrées de forum publiées (dont 6 masquées depuis) ;
  • 24 liens publiés (dont 0 masqué depuis) ;
  • 23 dépêches publiées ;
  • 19 journaux publiés (dont 0 masqué depuis) ;
  • 1 entrée nouvelle, 2 corrigées et 1 invalide dans le système de suivi ;
  • 1 sondage publié ;
  • 0 page wiki publiée (dont 0 masquée depuis).

Listes de diffusion (hors pourriel)

Liste ca@ — [restreint]

  • R. A. S.

Liste linuxfr-membres@ — [restreint]

  • R. A. S.

Liste moderateurs@ — [restreint]

  • [Modérateurs] participation à Linux Presentation Day, septembre 2019 ;
  • [Modérateurs] rencontre des modéros avant le 15 septembre sur Paris ?

Liste prizes@ — [restreint]

  • [Prizes] LinuxFr prizes recap du lundi 2 septembre 2019, 14:13:22 (UTC+0200).

Liste redacteurs@ — [restreint]

  • R. A. S.

Liste team@ — [restreint]

  • [team linuxfr] Réouverture de compte.

Canal IRC adminsys (résumé)

  • liens divers : « Ops (génitif : Opis) est la déesse romaine de l’Abondance », port source et CGNAT pour nos journaux système ?
  • rencontre avec ZeroHeure à Paris ;
  • serveur bak migré Debian Buster (il a un peu grossi après pesage par Xen).

Tribune de rédaction (résumé)

  • renommer des dépêches peut créer des collisions d’URL (sur les slug) ; pas de solution à part ne pas créer de collisions ;
  • relance sur la dépêche « HTTPS, Tor, VPN : de quoi est‐ce que ça protège exactement » ;
  • discussion sur le nouvel espace de rédaction avec les colonnes ;
  • corrections post‐modération.

Tribune de modération (résumé)

  • échanges avec l’Agenda du Libre pour corriger un bogue de génération de la dépêche hebdomadaire ;
  • du pourriel ;
  • rencontre avec ZeroHeure à Paris (mais sans autocollants) ;
  • discussion sur le nouvel espace de modération avec les colonnes.

Commits/pushs de code https://github.com/linuxfrorg/

  • Doc about redis schema ;
  • Merge pull request #252 from Trim/redaction-layout-fix-middle-column-width ;
  • redaction layout: force middle column to not grow bigger than 55% of the page ;
  • Merge pull request #251 from raphj/patch-1 ;
  • Make the .links list in bookmarks less gridy ;
  • Merge pull request #250 from Trim/redaction-layout-adjust-columns-flex ;
  • tabs: allow wrap tabs for small screens and show cursor as pointer on tabs ;
  • redaction layout: fix flex definition to keep 3 columns also on small screens ;
  • Merge pull request #249 from Trim/design-redaction-layout ;
  • moderation: avoid to show Dépêche urgente twice (already in toolpanel) ;
  • edition: link form should not enlarge the #edition flex box ;
  • redaction topbar: if avatar img is not found, display user name ;
  • redaction: revision list is for the moment a simple list for the moment ;
  • add tab system and use it for the news toolbar ;
  • chat_n_edit is a larger layout and is splitted on 3 parts.

scripts adminsys

  • Moving var ;
  • Trailing spaces ;
  • Script to check Redis database.

Divers

Commentaires : voir le flux atom ouvrir dans le navigateur

Thierry ARNULF

Edward Snowden publie ses mémoires

Le 18 September 2019 à 07:17:47

Edward Snowden (01), le célèbre lanceur d’alerte (02) américain, va, d’ici quelques jours, publier ses mémoires dans son meuves « Mémoires vives » (Éditions du Seuil (03 )). L’information a été largement relayée par les médias, y compris internationnaux : LE MONDE – Edward Snowden publie … Lire la suite

17 September 2019

april.png Nouvelles April

« Libre à vous ! » diffusée mardi 17 septembre 2019 sur radio Cause Commune - Obsolescence programmée - État de surveillance - Wiki Loves Monuments

Le 17 September 2019 à 13:30:00

Au programme : obsolescence programmée et le projet de loi relatif à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire; de l’État de droit à l’État de surveillance; concours mondial de photos libres Wiki Loves Monuments.

Libre à vous !, l'émission pour comprendre et agir avec l'April, chaque mardi de 15h30 à 17h sur la radio Cause commune (93.1 FM en Île-de-France et sur Internet).

Nous avons commencé par la chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi sur le thème « De l’État de droit à l’État de surveillance ». Nous avons poursuivi avec notre sujet principal qui portait sur l’obsolescence programmée et le projet de loi relatif à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire avec Adèle Chasson de HOP / Halte à l'Obsolescence Programmée (Chargée de mission plaidoyer et du Club de la Durabilité), et Frédéric Bordage, expert indépendant en numérique responsable, fondateur de GreenIT.fr, membre du comité d'expert de HOP. Nous avons enchaîné avec la chronique « Pépites libres » de Jean-Christophe Becquet sur le concours mondial de photos libres Wiki Loves Monuments. Nous avons terminé par des annonces.

Réécouter en ligne

S'abonner au podcast

N'hésitez pas à nous faire des retours sur le contenu de nos émissions pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d'amélioration. Vous pouvez nous contacter par courriel, sur le webchat dédié à l'émission (mais nous n'y sommes pas forcément tout le temps) ou encore sur notre salon IRC (accès par webchat).

Programme de l'émission du 17 septembre 2019

La trente-sixième émission Libre à vous ! de l'April a été diffusée en direct sur la radio « Cause commune » mardi 17 septembre 2019 de 15 h 30 à 17 h.

Au programme :

  • chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi sur le thème « De l’État de droit à l’État de surveillance »
  • obsolescence programmée et le projet de loi relatif à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire
  • chronique « Pépites libres » de Jean-Christophe Becquet sur le concours mondial de photos libres Wiki Loves Monuments
  • annonces

Personnes participantes

Les personnes qui ont participé à l'émission :

  • Frédéric Couchet, délégué général de l'April
  • Marie-Odile Morandi, animatrice du groupe Transcriptions
  • Jean-Christophe Becquet, président de l'April
  • Adèle Chasson de HOP / Halte à l'Obsolescence Programmée (Chargée de mission plaidoyer et du Club de la Durabilité)
  • Frédéric Bordage, expert indépendant en numérique responsable, fondateur de GreenIT.fr, membre du comité d'expert de HOP
  • Étienne Gonnu, chargé de mission affaires publiques à l'April

Galerie photos

Vous pouvez voir quelques photos prises pendant l'émission.

Références pour la chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture »

Références pour la partie sur l’obsolescence programmée et le projet de loi relatif à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire

Références pour la chronique « Pépites libres »

Références pour la partie sur les annonces diverses

Pauses musicales

Les références pour les pauses musicales :

16 September 2019

april.png Nouvelles April

Décryptualité du 16 septembre 2019 - DPS2 Quand la sécurité des banques impose de souscrire aux GAFAM sur son mobile

Le 16 September 2019 à 22:38:39

Écouter ou télécharger le décryptualité du 16 septembre 2019 (14 minutes)
Decryptualité sur Mastodon

DSP2, la directive sur les services de paiement entre en vigueur et donne lieu à des applis propriétaires accessibles uniquement depuis un store de GAFAM qui impose de choisir entre ses libertés informatiques et la facilité d'accès à son compte bancaire.

    Générique – La prose du pépère – Les Barons Freaks – Licence Art Libre (LAL)

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Revue de presse de l'April pour la semaine 37 de l'année 2019

Le 16 September 2019 à 19:44:00

Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

[Numerama] Bruno Le Maire refuse d'autoriser «le développement de Libra sur le sol européen»

✍ Julien Lausson, le .

[Le Monde.fr] Domestiquer les géants du numérique

Le .

debian-france.png Debian France

Debian Buster Party à Lille - 2019

Le 16 September 2019 à 19:33:14

Lille - Fêtons l'arrivée de Debian Buster !

Une fête consacrée à Debian Buster et plus largement à Debian se déroulera à Lille, le samedi 5 octobre 2019 de 10h00 à 18h00.

Programme

  • 10h : début de l'atelier
  • 12h : auberge espagnole, options véganes
  • l'après-midi : la foire aux installations continue !
  • 16h : discussions au sujet de Debian et des logiciesl libres
  • 17h : goûter et gateaux pour fêter Buster !

Lieu

Liens

april.png Nouvelles April

Félix Tréguer - Personnalité de la semaine - France Inter

Le 16 September 2019 à 15:15:27


Félix Tréguer

Titre : Félix Tréguer personnalité de la semaine
Intervenants : Félix Tréguer - Patricia Martin - Éric Delvaux
Lieu : La personnalité de la semaine, émission France Inter
Date : septembre 2019
Durée : 7 min 11
Écouter ou télécharger le podcast
Page de présentation de l'émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Félix Tréguer - Licence Creative Commons Attribution 3.0.

NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

Le chercheur associé au Centre Internet et Société du CNRS et membre fondateur de la Quadrature du Net est l'invité de Patricia Martin pour son ouvrage L’Utopie déchue, une contre-histoire d’Internet.

Transcription

Voix off : Il est 7 heures 51. Le 6/9 du week-end sur France Inter.

Éric Delvaux : Votre invité, Patricia Martin, Félix Tréguer. Il est chercheur associé au Centre Internet et Société du CNRS, membre fondateur de l’association La Quadrature du Net1 et vous êtes l’auteur, Félix Tréguer, de L’Utopie déchue, une contre-histoire d’Internet, le livre paraît aux Éditions Fayard.

Patricia Martin : Félix Tréguer, bonjour.

Félix Tréguer : Bonjour.

Patricia Martin : À vous lire on se dit que vous êtes un amoureux déçu, qu’il aurait peut-être mieux valu qu’Internet, que l’ordinateur n’aient jamais été créés.

Félix Tréguer : Oui. Je m’en veux un petit peu d’avoir été bercé par les deux utopies du numérique. Après dix ans d’engagement dans les combats autour des droits de l’homme dans l’environnement numérique, c’est vrai que le constat est un peu amer. Un outil qui devait servir à l’accès au savoir, à la connaissance, qui devait démocratiser la liberté d’expression, transformer l’écosystème médiatique pour favoriser la démocratie, on se rend compte que c’est, en fait, un formidable instrument aux mains des pouvoirs étatiques et économiques.

Patricia Martin : Une utopie parce que Internet se moque des frontières, parce que ça a quelque chose d’instantané, d’immatériel, d’émancipateur, d’universel, en fait. C’était ça, c’est ça aussi ?

Félix Tréguer : L’utopie Internet sert en effet à ça, à la possibilité de créer un espace public , médiatique, transfrontière ; de s’affranchir aussi, en partie, c’était une des croyances des pionniers d’Internet, de certaines législations répressives des États-nations et, de fait, ces derniers ont réussi à reprendre la main et à instaurer des formes de contrôle social, de contrôle des communications, attentatoires aux libertés publiques.

Patricia Martin : Du coup, ça rendait aussi le monde d’hier obsolète, d’une certaine manière ?

Félix Tréguer : En tout cas on cherchait à dépasser un écosystème médiatique, des médias de masse qui étaient suspects d’immixtion avec le pouvoir politique, de concentration économique, plein de choses de cet ordre-là. On pensait pouvoir dépasser cela et effectivement, les transformations dans l’économie politique d’Internet, l’apparition d’un oligopole du numérique, les fameux GAFAM - Google, Amazon, Facebook et compagnie - a abouti à une recentralisation très forte qui, en fait, reproduit certains des biais, la publicité par exemple ou, là encore, un contrôle politique qui était aussi caractéristique de cet écosystème médiatique qu’on cherchait à dépasser.

Patricia Martin : On peut faire le parallèle avec la révolution qu’a été l’imprimerie, l’invention de l’imprimerie ?

Félix Tréguer : En fait dans le livre, effectivement, j’essaye de remonter jusqu’au XVe, XVIe siècles pour voir comment chacun, en fait, des moyens de communication apparus depuis l’imprimerie…

Patricia Martin : Avec toujours une stratégie de contrôle en fait ?

Félix Tréguer : Avec d’abord des espoirs et des usages contestataires de ces moyens de communication pour contester les pouvoirs et très vite, effectivement, une reprise en main par les puissances.

Patricia Martin : Oui. Censure, surveillance, traçabilité, tout ça vous en avez déjà un petit peu parlé, liberté d’expression mise à mal, est-ce que c’est une chimère aujourd’hui d’imaginer qu’il puisse y avoir une police sur les plateformes numériques ?

Félix Tréguer : Une chimère, non, dans le sens où elle est en pratique en train de se construire.

Patricia Martin : C’est-à-dire qu’il faut lutter contre les États et contre les multinationales ? Ça fait deux combats !

Félix Tréguer : En fait ce sont des combats qui se rejoignent puisqu’on assiste à une alliance toujours plus poussée entre, justement, ces grandes plateformes dont on parlait, notamment Facebook et Google, avec les États. Donc, en fait, les formidables capacités de surveillance mises en place par ces entreprises pour faire de la publicité ciblée en particulier, puis plaire aux annonceurs et faire en sorte que les contenus qui circulent sur ces plateformes soient de plus en plus conformes aux attentes des annonceurs, qui les ont donc amené à développer des moyens de régulation des expressions, de filtrage, de hiérarchisation des contenus sur ces plateformes, tous ces outils-là qui ont été parfaits [perfectionnés, Note de l'orateur] par ces entreprises sont en train d’être appropriés par les États pour des motifs de surveillance étatique, cette fois, et de censure politique.

Patricia Martin : Donc vous êtes en train de nous dire que nos régimes politiques sont anti-démocratiques ?

Félix Tréguer : C’est aussi quelque chose que j’essaye d’explorer dans le livre, de se rappeler, en fait, comment au XVIIIe siècle tous les penseurs du régime représentatif, qui est au fondement de nos régimes politiques contemporains, ont pensé contre la démocratie et je trouve qu’évidemment on en trouve des traces très fortes jusqu’à aujourd’hui et encore plus dans un contexte sécuritaire qui marque nos sociétés depuis plus de 20 ans, qui aboutit à de fortes régressions en termes de protection des libertés publiques et à des formes de régulation sociale qui sont de moins en moins compatibles avec l’idéal démocratique et l’idéal d’autonomie et de liberté qui doivent fonder un régime démocratique.

Patricia Martin : On est dans une impasse ou est-ce qu’on peut imaginer une alliance, au fond, entre gouvernements et grandes boîtes ? Est-ce qu’il y a là une voie possible à condition qu’il y ait la volonté politique pour le faire ?

Félix Tréguer : Je pense que les outils pour transformer l’environnement numérique, transformer Internet et en faire un outil d’émancipation existeraient. Le problème c’est que je ne crois pas que les conditions historiques soient réunies pour qu’on arrive à renverser la vapeur, donc j’avoue que je suis assez pessimiste. J’essaie justement de refaire un petit peu l’histoire de la critique de la technologie dans ce livre : il faut se rappeler que l’ordinateur et l’informatique ont fait l’objet d’oppositions très fortes dans les années 60-70. C’est quelque chose qu’on a largement oublié. En fait, les débats de l’époque ressemblent beaucoup à ceux qu’on a aujourd’hui, s’agissant des capacités de surveillance, s’agissant de l’incorporation de la machine informatique dans les grandes bureaucraties qui nous gouvernent et je crois qu’aujourd’hui une des priorités des mouvements sociaux et de ceux qui luttent pour la transformation sociale c’est de réinvestir la critique de la technologie et de se rendre compte qu’en fait, au lieu de nous libérer, elle a tendance à nous asservir.

Patricia Martin : Mais c’est par le droit qu’on parviendra, justement, à ce qu’il n’y ait pas de recul des libertés fondamentales ?

Félix Tréguer : Malheureusement, je pense que le droit reste un outil, les droits de l’homme restent un outil de défense extrêmement important face à ces formes de reprise en main et de contrôle. Malheureusement je suis forcé de constater, après dix ans d’engagement sur ces combats précisément, que c’est relativement inefficace et que les droits de l’homme sont un instrument à l’efficacité très limitée dans le contexte qui est le nôtre pour protéger les libertés et renverser la vapeur.

Patricia Martin : Vous êtes membre fondateur de La Quadrature du Net, c’est une association de défense des droits et des libertés sur Internet. Vous attaquez la CNIL [Commission nationale informatique et libertés]. Là vous revenez du Luxembourg, me disiez-vous. Vous avez déposé quoi ? Un recours devant la Cour de justice de l’Union européenne ?

Félix Tréguer : Oui, contre la loi renseignement adoptée en 2015 qui légalise et blanchit au niveau juridique les mesures de surveillance massive développées par les services de renseignement français, au même titre que beaucoup de leurs homologues étrangers d’ailleurs. On assiste à une passe d’armes assez musclée entre les juges de la Cour de justice de l’Union européenne qui sont une des dernières cours, en fait, à résister à la surveillance de masse, et qui est un dernier rempart institutionnel, justement, contre la banalisation de cette surveillance massive. Face à cela on a vu des États très remontés, qui défendaient bec et ongles leur capacité de surveillance massive.

Patricia Martin : Et contre la CNIL qui est quand même censée aussi nous défendre ?

Félix Tréguer : Eh bien oui, effectivement. La CNIL qui fait malheureusement preuve d’un certain manque d’efficacité et un manque de volonté politique pour vraiment aller à l’encontre de ces dérives.

Patricia Martin : Félix Tréguer, L’Utopie déchue, une contre-histoire d’Internet, du XVe siècle à nos jours et publié chez Fayard. Merci.

Lutte contre l'obsolescence logicielle : début des débats sur le projet de loi économie circulaire au Sénat

Le 16 September 2019 à 13:45:44

Capture d'écran du livre blanc de Hop, chapitre sur l'obsolescence logicielle

Mise à jour le 17 septembre 2019 : l'ensemble des amendements a été rejeté en commission « développement durable ».

La commission développement durable du Sénat étudiera demain, mardi 17 septembre 2019, à 15 h 30 en première lecture le projet de loi relatif à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire porté par Brune Poirson, Secrétaire d'État auprès de la ministre de la Transition écologique et solidaire. Plusieurs amendements proposent des pistes intéressantes pour lutter contre l'obsolescence logicielle.

L'obsolescence, parfois programmée, correspond à la réduction de la durée de vie d'un bien, par exemple d'un matériel informatique. L'obsolescence peut avoir des sources diverses : une conception qui ne pense pas la durabilité ou alors dans le but de la réduire, des facteurs culturels incitant au renouvellement d'équipements pouvant encore fonctionner, etc. Pour les équipements embarquant un logiciel, de plus en plus nombreux avec les « objets connectés », l'obsolescence logicielle, dans toutes ses formes, peut être un facteur déterminant de leur durée de vie. Pourtant, cette considération est totalement absente du projet de loi initial présenté par le gouvernement. Plusieurs membres de la commission développement durable du Sénat ont proposé des amendements pour pallier ce défaut de conception. (Voir la liste complète des 514 amendements).

  • Les amendements similaires COM-86 (groupe communiste républicain citoyen et écologiste, CRCE), COM-346 (groupe socialiste et républicain, PS) et COM-398 (groupe La République En Marche, LREM) visent à lutter contre « toute technique, y compris logicielle, par laquelle un metteur sur le marché vise à rendre impossible la réparation ou le reconditionnement d’un appareil hors de ses circuits agréés est interdite ». Proposition d'amendement inspirée du livre blanc (fichier PDF) de l'association Halte obsolescence programmée (Hop), page 44.

  • L'amendement COM-87 (CRCE) reprend une autre proposition issue du livre blanc de Hop (page 34), également portée par greenIT.fr, visant à mieux informer « le consommateur de la période pendant laquelle les logiciels et systèmes d’exploitation indispensables à l'utilisation des biens sont disponibles sur le marché. » Il vise également à imposer au fabricant ou importateur de distinguer « les mises à jour correctives (corrigeant des dysfonctionnements et/ou failles de sécurité) et évolutives (modifiant ou ajoutant des fonctionnalités) », la personne qui acquiert le bien doit alors être en mesure de refuser ces « mises à jour évolutives ». La distinction entre ces deux catégories de mises à jour est importante, la surabondance de nouvelles fonctionnalités, sans cesse plus gourmandes en ressources, est déterminante pour la durée de vie des appareils.

  • L'amendement COM-372 (PS), propose de préciser la définition d'obsolescence programmée actuellement définie à l'article L. 441-2 du code de la consommation, introduite en 2015 par la loi pour la transition énergétique. L'amendement propose ainsi l'ajout d'un alinéa à l'article : « ces techniques peuvent notamment inclure l’introduction volontaire d’une défectuosité, d’une fragilité, d’un arrêt programmé ou prématuré, d’une limitation technique, d’une impossibilité de réparer ou d’une non compatibilité ». À noter que cette proposition avait été introduite, puis supprimée, lors de la navette parlementaire de la loi de 2015.

  • L'amendement COM-404 (LREM) demande la remise d'un rapport sur l'obsolescence logicielle : « Un rapport du Gouvernement est remis au Parlement au plus tard au 1er janvier 2022 sur la durée de vie des appareils numériques, l’obsolescence logicielle et ses impacts et les options pour allonger la durée de vie des équipements concernés. »

La question de l'obsolescence logicielle est très complexe et ne pourra, évidemment, être adressée par ce seul projet de loi. Lutte contre l'informatique déloyale (vente forcée, DRM, démarrage exclusif…), droit à l’interopérabilité et, plus globalement, défense effective des libertés informatiques sont des considérations qui ne peuvent être ignorées pour pleinement adresser l'enjeu en cause. Ces amendements permettent toutefois d'ouvrir le débat et proposent des solutions qui vont dans le bon sens ; ils doivent être soutenus.

Les discussions en commission seront diffusées en direct à partir de 15 h 30 sur le site du Sénat.

La suite des débats aura lieu en séance publique les 24, 25 et 26 septembre 2019. D'autres amendements seront certainement proposés pour lutter contre l'obsolescence logicielle. L'April ne manquera pas de les relayer et appellera toutes les personnes soucieuses d'une informatique plus libre et plus durable, à se mobiliser pour les soutenir.

L'émission Libre à vous ! de l'April du mardi 17 septembre abordera la question de l'obsolescence logicielle dans son sujet long. Les personnes invitées sont Frédéric Bordage de GreenIT.fr et Adèle Chasson de l' Hop. Diffusion entre 15 h 30 et 17 h sur Cause Commune, l'émission sera ensuite disponible en podcast.

debian-france.png Debian France

Capitole du libre 2019

Le 16 September 2019 à 09:57:40

Debian France tiendra un stand à l'occasion du Capitole du libre, les 16 et 17 novembre 2019 à l'INP-ENSEEIHT de Toulouse.

Des développeurs Debian ainsi que des membres de l'association Debian France seront là pour répondre à vos questions. Des goodies Debian seront également disponibles !

Nous serons présents au village associatif parmi les nombreux autres stands.

april.png Nouvelles April

Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 10 septembre 2019

Le 16 September 2019 à 08:39:55


Bannière de l'émission
Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 10 septembre 2019 sur radio Cause Commune
Intervenant·e·s : Noémie Bergez - Ludine Pierquin - Raphaël Pierquin - Tony Bassette - Vincent Calame - Frédéric Couchet -Étienne Gonnu à la régie
Lieu : Radio Cause Commune
Date : 10 septembre 2019
Durée : 1 h 30 min
Écouter ou télécharger le podcast
Page des références utiles concernant cette émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Bannière radio Libre à vous - Antoine Bardelli ; licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure. Logo radio Cause Commune, avec l'accord de Olivier Grieco
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

logo cause commune

Transcription

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous. Vous êtes sur la radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm. Merci d’être avec nous aujourd’hui pour cette nouvelle émission.
La radio dispose d’un webchat, utilisez votre navigateur web, rendez-vous sur le site de la radio, causecommune.fm, cliquez sur « chat » et ainsi retrouvez-nous sur le salon web dédié à l’émission. La radio dispose également d’une application, Cause Commune, pour téléphone mobile.
Nous sommes mardi 10 septembre 2019, nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.
Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l'émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Frédéric Couchet, le délégué général de l’April.
Le site web de l’association est april.org et vous pouvez y trouver une page consacrée à cette émission avec tous les liens et références utiles, les détails sur les pauses musicales et toute autre information utile en complément de l’émission et également les moyens de nous contacter. N’hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi des points d’amélioration.
Nous vous souhaitons une excellente écoute.

Voici maintenant le programme de l’émission du jour ; nous allons pas mal parler des cookies sous des formes différentes.
Nous commencerons en effet par la chronique « In code we trust » de Noémie Bergez sur les nouvelles lignes directrices de la CNIL, justement sur les cookies informatiques !
D’ici 10 à 15 minutes nous aborderons notre sujet principal qui portera sur l’apprentissage de la programmation pour les enfants et notamment les Coding Goûters, où on partage différents gâteaux autour de la programmation.
En fin d’émission nous aurons la chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame.
À la réalisation de l’émission aujourd’hui Étienne Gonnu. Bonjour Étienne.

Étienne Gonnu : Salut Fred.

Frédéric Couchet : Nous allons vous proposer un petit quiz. Je vous donnerai les réponses en fin d’émission et vous pouvez essayer de proposer des réponses sur les réseaux sociaux ou sur le salon web de la radio, donc sur causecommune.fm.
Première question : lors de l’émission du 3 septembre 2019, nous avons parlé de la migration de la Gendarmerie nationale vers les logiciels libres. La question est : combien de postes informatiques sont désormais sous système libre GNU/Linux ? Aller, à quelques milliers près !
Deuxième question : quelle est la suite bureautique libre utilisée au début de la migration de la Gendarmerie et quelle est la suite bureautique libre utilisée aujourd’hui ?
Tout de suite place au premier sujet.

[Virgule musicale]

Chronique « In code we trust » de Noémie Bergez sur les nouvelles lignes directrices de la CNIL sur les cookies

Frédéric Couchet : Évoquer le code à la main une règle de droit ou un procès en lien avec les œuvres, les données, les logiciels ou les technologies c’est la chronique « In code we trust », « Dans le code nous croyons », de Noémie Bergez, avocate au cabinet Dune. Bonjour Noémie.

Noémie Bergez : Bonjour Fred.

Frédéric Couchet : J’espère que tu as passé un bel été.

Noémie Bergez : Très bien.

Frédéric Couchet : Noémie, tu souhaites nous parler aujourd’hui des nouvelles lignes directrices de la CNIL sur les cookies, la CNIL étant la Commission nationale de l’informatique et des libertés. Nous t’écoutons.

Noémie Bergez : Cette première chronique de la saison sera dédiée aux cookies, pas ces petits biscuits, ces succulents biscuits américains, mais ces fichiers texte de petite taille qui sont stockés sur un terminal lors de la navigation sur un site internet. On les appelle également les témoins de connexion. Généralement on va retrouver ces cookies pour la gestion des cessions pour les paniers d’achat en ligne, la personnalisation, le pistage.
Techniquement ces cookies vont permettre d’accéder à des informations qui sont stockées sur le terminal d’un utilisateur ou d’accéder à ce terminal pour y inscrire des informations. Ils vont permettre d’accéder à des données qui sont soit des données techniques, soit des données à caractère personnel.

Quelle est la législation applicable à l’usage des cookies actuellement ?

C’est l’article 82 de la loi informatique et libertés du 6 janvier 1978, qui a été modifiée et je rappelle qu’elle a été modifiée récemment depuis le 1er juin 2019, qui dispose que « tout abonné ou utilisateur d’un service de communication électronique doit être informé, de manière claire et complète, premièrement de la finalité de toute action qui tend à accéder à des informations qui sont stockées dans son équipement terminal ou à inscrire des informations dans cet équipement ». Et deuxième point, ce sont les moyens dont il dispose pour s’y opposer.
Donc premièrement la finalité, deuxièmement les moyens pour s’y opposer.

L’article 82 précise également que ces accès ou ces inscriptions, donc le dépôt de ces cookies, ne peut avoir lieu qu’à condition que l’abonné ait exprimé, après avoir reçu cette information, son consentement, qui peut résulter de paramètres appropriés de son dispositif de connexion ou de tout autre dispositif placé sous son contrôle.
Il existe une exception au consentement de l’utilisateur, c‘est lorsque le cookie a pour finalité exclusive de permettre ou faciliter la communication par voie électronique ou si ce cookie est strictement nécessaire à la fourniture d’un service de communication en ligne à la demande expresse de l’utilisateur.

Les règles sont la transposition directe de la directive 2002/58/CE du Parlement européen qui concerne le traitement des données à caractère personnel et la protection de la vie privée dans le secteur des communications électroniques, c’est la directive qu’on appelle vie privée et communications électroniques.
En 2013, la CNIL [Commission nationale de l’informatique et des libertés] avait pris une recommandation relative aux cookies dans le cadre d’une délibération 2013-378 du 5 décembre 2013. Dans cette recommandation, la CNIL rappelle que compte-tenu des risques qu’ils entraînent sur la vie privée, les cookies qui nécessitent une information et un consentement préalable de l’internaute sont notamment ceux qui sont liés à des opérations de publicité ciblée, des cookies de mesure d’audience, des cookies traceurs de réseaux sociaux qui sont générés par les boutons de partage de réseaux sociaux.
À l’inverse, pour la CNIL, et en application de l’article 82, certains des cookies peuvent être déposés ou lus sans recueillir le consentement des personnes. Elle rappelle que ce sont ceux qui ont pour objectif de faciliter la communication par voie électronique ou qui sont strictement nécessaires à la fourniture d’un service qui est expressément demandé par l’utilisateur.
En pratique, la CNIL a recommandé en 2013 la mise en place d’un bandeau, qu’on voit souvent sur les sites internet, qui permet d’informer le visiteur des finalités précises des cookies qui sont utilisés, de la possibilité de s’opposer à ces cookies et de changer les paramètres en cliquant sur un lien qui est présent dans le bandeau et, troisième chose, du fait que la poursuite de sa navigation vaut accord au dépôt de cookies sur son terminal. C’est ce troisième point qui est aujourd’hui largement discuté et qui est même remis en cause.

Le dernier point de la recommandation de 2013 c'était sur la durée de conservation des informations qui étaient collectées via les cookies. La CNIL avait indiqué que le délai de validité du consentement devait être de 13 mois maximum. Une fois qu’on acceptait le dépôt de cookies sur son terminal, ce consentement valait pour 13 mois et, au-delà, il fallait demander à nouveau le consentement de l’utilisateur.

Avec le RGPD, le Règlement général sur la protection des données, des modifications ont été apportées, notamment à la notion de consentement prévue par l’article 4 et également par l’article 7 du RGPD.
Aujourd’hui le consentement est clairement défini comme « toute manifestation de volonté libre, spécifique, éclairée et univoque par laquelle la personne concernée accepte par une déclaration ou par un acte positif clair que des données à personnel qui la concernent fassent l’objet d’un traitement. »
Le consentement il est clair, il doit être volontaire, libre, spécifique, éclairé et univoque et il doit se traduire par une déclaration ou par un acte positif clair.

En pratique et à mettre en œuvre, cette nouvelle réglementation du RGPD va avoir des conséquences sur la réglementation sur les cookies.

C’est pour cela qu’en juillet 2019, la CNIL, Commission nationale de l’informatique et des libertés, a publié des lignes directrices sur les cookies. Ces lignes directrices sont venues abroger et remplacer la recommandation de 2013. D’ores et déjà la CNIL annonce qu'il va y avoir une nouvelle recommandation dans les prochains mois qui précisera les modalités pratiques du recueil du consentement et, normalement, elle est attendue pour le premier trimestre 2020.
Les lignes directrices permettent, en fait, de mettre à jour la définition du consentement avec les règles du RGPD. Son champ d’application est extrêmement large puisqu’il couvre tous les dispositifs qui permettent, en fait, l’utilisation des cookies. Dans les lignes directrices la CNIL rappelle que ça peut concerner une tablette, un smartphone, un ordinateur fixe ou mobile, une console de jeux vidéos, une télévision connectée, un véhicule connecté, on a vraiment une vision très large du support, et puis elle explique également que les règles s’appliquent quels que soient les systèmes d’exploitation, quels que soient les logiciels applicatifs ou les terminaux utilisés.

Les lignes directrices vont donc porter sur l’utilisation des différents types de cookies qu’on peut trouver. Ce qui est également intéressant à noter c’est que la CNIL rappelle dans ses lignes directrices que les cookies peuvent concerner des données à caractère personnel, mais que les règles s’appliquent également pour le cas où il n’y a pas de données à caractère personnel qui sont collectées, puisque l’article 82, qui provient de la directive vie privée, concerne des données autres que les données à caractère personnel.

Donc on va avoir un certain nombre de lignes directrices, de guidelines, qui permettent un peu de déterminer comment utiliser ces fameux cookies.

Nous allons avoir la question du recueil du consentement puisque la CNIL rappelle que le recueil du consentement doit être exprimé par une manifestation d’une certaine volonté. Comme je le rappelais tout à l’heure, cette volonté doit être libre, spécifique, éclairée et univoque, par une déclaration ou un acte positif clair. Donc la CNIL reprend chacun de ces caractères et vient nous dire ce qui, selon elle, permet de répondre à ces différents critères.

Pour le consentement, il faut véritablement que la personne ait la possibilité d’exercer son choix. Donc le fait de bloquer par exemple l‘accès à un site internet ou à une application mobile à une personne qui ne consentirait pas à être suivie n’est pas conforme au RGPD puisque la personne ne peut pas exercer son choix.
Le caractère spécifique c’est de permettre à la personne de donner son consentement pour chaque finalité distincte. On peut consentir de manière globale à plusieurs finalités, mais il faut quand même pouvoir, à un moment, retirer son consentement sur certaines des finalités.

Sur le consentement éclairé, là la CNIL rappelle que l’information qui est communiquée doit être rédigée en des termes simples et compréhensibles par tous. Ça fait partie des règles : on ne doit pas donner un langage trop compliqué, il faut que l’utilisateur puisse comprendre facilement à quoi va servir le dépôt des cookies ou l’accès à des informations sur son terminal.
L’information doit être complète, visible, mise en évidence.
Elle rappelle également qu’il faut pouvoir retirer le consentement à tout moment.
Les paramètres du terminal. Le navigateur, aujourd’hui, n’est en fait pas considéré comme suffisant : la CNIL considère que les paramètres qu’on va pouvoir faire à travers son navigateur ce n’est pas un niveau suffisant d’information. En réalité, elle recommande encore une fois à l’éditeur de pouvoir permettre à l’utilisateur de paramétrer directement depuis le site et non pas depuis le navigateur.
Sur les opérations de lecture, là-dessus l’article 82 n’est pas modifié, donc effectivement toujours la possibilité de ne pas recueillir le consentement lorsque le cookie a pour finalité exclusive de permettre ou de faciliter la communication par voie électronique ou s’il est strictement nécessaire à la fourniture d’un service de communication en ligne. La CNIL rappelle néanmoins que dans ces conditions-là les utilisateurs doivent être informés de l’existence de ces cookies et de leur finalité.

On a entendu parler des lignes directrices cet été puisqu’elles ont été publiées le 4 juillet. Il y a également eu un petit peu d’actualité cet été puisque La Quadrature du Net a fait un recours devant le Conseil d’État. C’était un référé-suspension. Je voulais revenir un instant sur cette actualité puisqu’il pourra y avoir des conséquences au regard de ces lignes directrices. En réalité, ce qui s’est passé, c’est que lorsque la CNIL en juin, le 28 juin, a publié sur son site internet un article où elle annonçait les options des futures lignes directrices, elle a précisé qu’elle laisserait aux acteurs une période transitoire de 12 mois durant laquelle la poursuite de la navigation comme expression du consentement sera considérée par la CNIL comme acceptable. Le 18 juillet elle a publié un second article dans lequel elle a déclaré que ces lignes directrices seront suivies d’une nouvelle recommandation au premier trimestre 2020 et qu’une période d’adaptation s’achevant 6 mois après la publication de la future recommandation sera laissée aux acteurs.
Tout l’objet du recours de La Quadrature du Net et de Caliopen c’est qu’en réalité, pour ces deux associations, la décision de la CNIL d’autoriser la poursuite de la navigation comme mode d’expression du consentement est contraire au RGPD, donc elles ont demandé un référé-suspension qui a été rejeté pour une question d’urgence, c’est-à-dire que le Conseil d’État a considéré qu’il n’y avait pas d’urgence, que l’urgence n’était pas caractérisée en ce sens où une procédure au fond existe en parallèle et que l’audience de fond se tiendra le 30 septembre.
C’est une affaire qui est à suivre puisqu’en principe au mois de septembre, fin septembre, nous allons avoir des informations sur la possibilité ou pas de reporter l’application de ces nouvelles règles au temps qui est imparti, qui est laissé par la CNIL pour que les acteurs se mettent en conformité.
Néanmoins on rappelle quand même que l’usage des cookies est réglementé et que la CNIL a déjà condamné des éditeurs pour manquement à cette réglementation parce que les éditeurs n’avaient pas informé les utilisateurs du dépôt des cookies, ils ne leur avaient pas non plus donné les moyens de s’y opposer. Cette procédure a fait l’objet d’une confirmation par le Conseil d’État le 6 juin 2018 et une condamnation à hauteur de 25 000 euros.
C’est vrai qu’il faut quand même suivre cette réglementation qui est importante.

Frédéric Couchet : Merci Noémie. On aura de nouvelles informations fin septembre en fonction de la décision qui sera prise et nul doute que tu reviendras sur le sujet dans une prochaine chronique. Je te souhaite une belle journée et au mois prochain.

Noémie Bergez : Merci. À très bientôt.

Frédéric Couchet : Nous allons faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Nous allons écouter Hans Trap Returns par Ghandizilla/Raphaël Badawi et on se retrouve juste après.

Pause musicale : Hans Trap Returns par Ghandizilla/Raphaël Badawi

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Hans Trap Returns par Ghandizilla/Raphaël Badawi, c’est une musique disponible sous licence Creative Commons Partage dans les mêmes conditions. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org.
Vous écoutez l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm.
Nous allons maintenant passer au sujet suivant.

[Virgule musicale]

Frédéric Couchet : Le sujet suivant est consacré à l’apprentissage de la programmation pour les enfants. Exceptionnellement c’est un sujet qui n’est pas en direct, tout simplement parce que l’une des intervenantes reprenait l’école la semaine dernière et n’était pas disponible à 15 heures 30, donc nous avons enregistré l’émission il y a deux semaines. Nous allons diffuser cet enregistrement et on se retrouve juste après.

Initiation à la programmation pour les enfants (et les grands) avec Tony Bassette, Raphaël Pierquin et Ludine Pierquin

Frédéric Couchet : Nous allons aborder notre sujet principal qui va porter sur l’apprentissage de la programmation, du code – nous verrons les éventuelles différences – pour les enfants, mais on verra aussi que la participation des grands est importante. C’est une première émission sur ce thème avec des initiatives privées. Nous reviendrons bien entendu sur ce sujet avec d’autres initiatives, d’autres contextes et notamment à l’école. Nos invités du jour, Tony Bassette cofondateur de Tech Kids Academy. Bonjour Tony.

Tony Bassette : Bonjour Fred.

Frédéric Couchet : Raphaël Pierquin, cofondateur des Coding Goûters. Bonjour Raphaël.

Raphaël Pierquin : Bonjour.

Frédéric Couchet : Et Ludine Pierquin, Coding goûteuse. Bonjour Ludine.

Ludine Pierquin : Bonjour Frédéric.

Frédéric Couchet : Avec ces trois invités nous allons parler de l’apprentissage de la programmation pour les enfants mais aussi pour les grands. Première question, même si je vous ai un petit peu présentés rapidement, est-ce que vous pouvez faire un petit point sur votre parcours, les points essentiels. On va commencer par Tony Bassette.

Tony Bassette : Mon parcours : j’ai travaillé pendant de nombreuses années en sociétés de services et il y a quelque temps, avec l’aide de mon associée Alexandra Bernard, nous avons fondé Tech Kids Academy pour apprendre aux enfants la programmation, entre autres.

Frédéric Couchet : D’accord. Raphaël Pierquin.

Raphaël Pierquin : J’étais en CM1, j’ai eu un ordinateur, j’ai programmé à partir de ce moment-là et j’ai beaucoup aimé. Aujourd’hui j’ai 44 ans. Entre-temps j’ai eu une formation d’ingénieur en informatique. Aujourd’hui je travaille dans une coopérative de développeurs et, pour terminer, je m’intéresse notamment à des questions de pédagogie surtout quand il s’agit de mes propres enfants.

Frédéric Couchet : Justement, Ludine Pierquin.

Ludine Pierquin : Enfant de Raphaël. J’ai fait des Coding Goûters de mes 9 ans à mes 17 que j’ai aujourd’hui. J’ai aussi fait Informatique et Sciences du Numérique au lycée.

Frédéric Couchet : On va en parler justement dans le cadre de l’émission, les différences peut-être ou les complémentarités entre les initiatives privées dont on va parler, Coding Goûter dont le site web, je le dis tout de suite, est codinggouter.org, tout attaché point org et sans « s » à goûter et l’initiative techkidsacademy.com, tout attaché, « academy » avec un « y », pas « ie ». Les références seront évidemment sur le site de l’April.
Déjà avant d’aborder en détail vos initiatives sur la programmation, l’apprentissage de la programmation, première question : c’est quoi la programmation ? Et, au fond, pourquoi on parle de ça aujourd’hui notamment pour les enfants ? Quel est l’intérêt d’apprendre la programmation aux enfants ? Qui veut commencer ?

Raphaël Pierquin : Ce sera moi.

Frédéric Couchet : Raphaël Pierquin.

Raphaël Pierquin : L’intérêt d’apprendre la programmation aux enfants c’est probablement qu’on est entouré d’objets avec lesquels on interagit en permanence et qui sont programmés. Ils interagissent avec nous, que ce soit une voiture, un frigo, une console de jeux, évidemment un ordinateur, une télévision, un téléphone et tout ça a été conçu, fabriqué par des humains qui ont pris des décisions sur le comportement devant ces objets. Du coup ça a beaucoup d’impacts sur la vie et, du coup, ça a un intérêt de regarder ça de près, d’autant plus que la plupart des adultes ne savent pas de quoi il s’agit, donc ils ne sont pas capables de transmettre, en fait, des informations ou des concepts autour de ça. Si ce ne sont pas les adultes qui leur expliquent, il faut bien trouver un moyen pour que eux manipulent ces concepts ; c’est une des raisons. Mais la raison qui m’a poussé à montrer ça à mes enfants c’est parce que c’est très amusant, enfin moi j’avais trouvé très amusant, en tant qu’enfant, de programmer - Ludine pourra dire ce qu’elle en pense de son côté – et puis c’est un moyen d’expression qui est formidable : on peut faire plein de choses en codant et c’est dommage de ne pas mettre ça entre les mains des enfants comme des adultes.

Frédéric Couchet : Tu parles de Ludine, justement Ludine quel intérêt tu vois à l’apprentissage de la programmation ?

Ludine Pierquin : Quand j’étais petite et que j’expliquais à mes ami·e·s ce que je faisais le dimanche matin, l’heure à laquelle on faisait les Coding Goûters, je disais que j’apprenais à donner des informations à mon ordinateur pour qu’il fasse ce que je veux qu’il fasse. Je n’avais pas de recul à l’époque mais maintenant je me dis que c’est cool d’avoir appris la programmation jeune, parce que ça te permet de comprendre – ce qu’a dit mon père, Raphaël – comment fonctionnent les objets connectés autour de toi. Quand j’étais petite j’ai commencé à comprendre comment fonctionnait la télé et que ce n’était pas juste magique d’appuyer comme ça sur un bouton. Ça donne des outils pour, c’est un peu niais, comprendre le monde et après se poser d’autres questions sur d’autres choses.

Frédéric Couchet : D’accord. Nous sommes à la radio, elle me fait des signes, donc on reviendra sur ce sujet.

Ludine Pierquin : Ce n’est pas très radiophonique !

Frédéric Couchet : C’est pour ça que j’explique aux personnes qui écoutent. Quand tu parles des outils pour comprendre ce monde, Raphaël, Tony et moi on est à peu près de la même génération, on a eu beaucoup de cours de physique et de biologie à l’époque parce que le monde est physique, industriel, c’était une base pour comprendre ce monde. Aujourd’hui le monde devient de plus en plus informatique, donc il paraît naturel d’apprendre l’informatique en général – on y reviendra tout à l’heure – et pas simplement la programmation aux enfants et aussi aux grands évidemment pour comprendre ce monde en pleine évolution.
Tony Bassette, est-ce que tu veux compléter sur pourquoi apprendre la programmation aux enfants ? Pourquoi tu t’es aussi lancé dans cette initiative après de longues années de services aux entreprises diverses et variées ?

Tony Bassette : Je vais reprendre ce que disait Raphaël. Effectivement, dans le monde aujourd’hui, des smartphones il y en a partout, des tablettes il y en a partout, des ordinateurs, enfin on est entouré d’objets programmables. Les enfants, aujourd’hui, sont spectateurs, principalement, de tous ces objets, ils sont utilisateurs basiques et ce sont, malgré tout, des outils qu’ils vont être amenés à manipuler demain. Une des raisons qui nous a poussés à la création de Tech Kids ça a été justement de pouvoir donner aux enfants la possibilité de devenir maîtres de tous ces appareils : contrôler, comprendre comment fonctionne un smartphone, comprendre comment fonctionne un ordinateur, une tablette ; on a même eu des enfants qui venaient en nous disant « moi j’ai un téléphone, je veux savoir comment ça marche. »

Frédéric Couchet : Donner les clés pour comprendre.

Tony Bassette : Voilà, exactement.

Frédéric Couchet : C’est intéressant, tu dis « smartphone, ordinateur », peut-être aussi simplement faire comprendre aux gens qu’aujourd’hui un smartphone c’est avant tout un ordinateur, de plus en plus un ordinateur et finalement la fonction téléphone n’est qu’une des fonctions de ce smartphone, d’ailleurs ce n’est pas là-dessus que les fabricants communiquent, c’est plutôt sur les autres fonctionnalités.
Donc voilà. On a bien compris l’intérêt pour les enfants mais aussi pour les gens qui animent, finalement le côté fun ou amusant dont a parlé Raphaël, je ne sais plus quelle expression tu as employée, mais ça fait aussi partie de l’informatique, ça a un côté fun, et ce que disait Ludine est aussi intéressant : expliquer à l’ordinateur ce qu’elle veut que l’ordinateur fasse, évidemment parce que l’ordinateur est programmé par des êtres humains.
Maintenant on va parler un petit peu de vos deux initiatives un peu plus en détail, deux initiatives très différentes sur leur fonctionnement et évidemment complémentaires. On va peut-être commencer par Raphaël et Ludine Pierquin sur les Coding Goûters. C’est quoi les Coding Goûters ? Pourquoi vous les avez lancés ? À quel moment ? Expliquez-nous un petit peu ça.

Raphaël Pierquin : La genèse des Coding Goûters doit se passer en 2012. À un moment on est plusieurs parents, j’ai envie de citer Jonathan Perret et Julien Dorra, à se dire « c’est dommage, on aimerait bien montrer ce que c’est que la programmation à nos enfants, mais il n’y a rien. Il n’y a pas de support ». On se souvient bien que quand on avait leur âge, avec le plan informatique pour tous dans les années 80, il y avait des ordinateurs dans les écoles, mais il n’y a plus rien. Donc on a inventé quelque chose. Essentiellement ça consistait à se dire « si on essaie de montrer l’environnement de programmation, enfin un moyen de programmer à nos enfants, ils vont passer à autre chose très vite. Par contre, si on s’extrait à un endroit comme on irait à un pique-nique, un endroit spécifique, on n’est pas chez soi, il y a d’autres enfants qui sont là et il y a quelque chose de ludique et d’amusant et puis on va essayer ensemble de patouiller sans forcément savoir ce qu’on va faire, eh bien peut-être que ça va marcher ». Et en fait ça a marché très bien au sens où, dès le départ, les enfants ont dit : « C’est super, on a envie de recommencer » et on a recommencé. Au début c’était toutes les trois semaines, quelque chose comme ça et, comme en plus dans ma coopérative on a une expertise sur comment on interagit quand on programme, donc de derrière l’ordinateur comment se transmet la connaissance ou ce genre de choses – ça fait partie de la programmation professionnelle aujourd’hui, c’est une activité qui est très sociale contrairement à ce qu’on peut croire – du coup on a mis toute notre connaissance là-dedans et ça a donné un genre de format au sujet duquel on s’est dit « c’est tellement bien qu’on peut essayer de documenter ce format et encourager d’autres personnes à se lancer là-dedans ». Donc le week-end, c’est d’ailleurs plus le dimanche après-midi dans notre cas que le matin.

Frédéric Couchet : Le format précis d’un Coding Goûter ?

Raphaël Pierquin : À quoi ça ressemble ? Je suis expert sur le sujet, donc il faut que j’arrive à rendre ça très court. On réunit des familles, pour le coup, donc on invite des familles, on n’invite pas des enfants, on invite des familles entières qui s’intéressent à la question. Au début, dans notre cas, ce sont des familles avec au moins un adulte qui connaissait le sujet, mais souvent il suffit qu’il y ait un membre qui s’intéresse à la question de qu’est-ce que c’est que la programmation ? On se réunit pendant quatre heures – ça peut être un peu long ! Au début on explique le mode de fonctionnement, on dit : « Chacun va patouiller de son côté, on va essayer des trucs. »

Frédéric Couchet : Le terme que tu emploies c’est « patouiller ».

Raphaël Pierquin : Ouais, patouiller, on essaye des trucs.

Frédéric Couchet : La main à la pâte, en fait.

Raphaël Pierquin : Voilà. On ne propose pas de démarche pédagogique, on ne propose pas de support, on dit aux gens : « Si vous avez envie d’essayer de faire des choses, essayez-les et si vous ne savez pas quoi faire, copiez sur vos voisins ! » ; ça c’est super important. Ces séances de patouille sont entrecoupées par d’autres séances que les enfants ont appelées « spectacles », qui sont des moments où on s’arrête et ceux et celles qui le souhaitent montrent sur un grand vidéoprojecteur où ils en sont, donc c‘est formidable. On ne montre pas ce qu’on a réussi à faire, on montre…

Frédéric Couchet : Ce qu’on a essayé de faire.

Raphaël Pierquin : Ce qu’on a essayé de faire ou ce qu’on vient d’apprendre. C’est très amusant de voir les enfants qui ont l’habitude. On a une jeune fille qui était très impressionnante, qui était habituée, qui disait : « Je viens d’essayer de faire ça et ça ne marche pas ! » Point. C’est étonnant, mais on le refait plusieurs fois, c’est : patouille, spectacle, patouille, spectacle, patouille, spectacle ; on le refait trois fois, en fait, pendant la séance et les gens qui ne connaissent pas du coup commencent à voir, pendant les spectacles, ce qui se passe, voient les difficultés des autres et puis, peu à peu, eh bien il se passe des choses entre les différents groupes qui se sont constitués et, au final, tout le monde apprend quelque chose et à la fin on debrief, on discute entre nous de ce qui était bien, ce qui n’était pas bien. C’est notamment dans ces discussions de fin que les enfants ont dit : « Le moment, là, c’est le spectacle », ce sont eux qui ont nommé le spectacle, c’est très amusant. À la fin on a appris et ce qui est intéressant dans ce format c’est que les adultes ont exactement la même position que les enfants, ils ne sont pas plus sachants ou moins sachants, ils ne sont pas moins participants que les enfants, d’une part, et du coup il n’y a pas de sachant, il n’y a pas d’expert qui vient animer. Du coup ça a ce formidable intérêt que si moi je suis un adulte, que je suis intéressé par la question, que j’ai envie de montrer un truc à mes enfants mais que je ne suis pas expert en pédagogie, eh bien ce n’est pas grave, en fait. Je peux me lancer et il va se passer quelque chose pourvu qu’on soit suffisamment nombreux et qu’on ne se mette pas trop la pression.
Et dernière chose, évidemment on vient avec un gâteau ou un goûter qu’on partage, comme ça ça permet à chacun de contribuer d’une manière ou d’une autre et, en général, à la fin on ressort plutôt satisfaits.

Frédéric Couchet : Je vais aussi passer la parole de Ludine, évidemment, tout à l’heure quand on parlera de Tech Kids Academy, la différence c’est le rôle des parents, je suppose, dans les deux initiatives.
Toi, Ludine, ta position est un peu particulière étant la fille d’un informaticien. Première question : est-ce que tu es venue parce que ton papa t’a invitée à le faire ou parce que tu étais déjà intéressée par le sujet ? Et deuxième question : comment ça se passe, pour toi, en tant que Coding goûteuse, c’est-à-dire côté enfant ? Qu’est-ce que tu en as retiré ? Est-ce que la partie spectacle ne t’a pas un peu impressionnée ? Moi j’ai participé à un Coding Goûter il y a quelques années et mon fils, par exemple, avait refusé de montrer ce qu’il avait fait parce qu’il est un petit timide, etc., donc ça doit être un peu impressionnant de montrer ce qu’on a essayé de faire devant les autres. Comment ça se passe pour toi ?

Ludine Pierquin : Première question, je me souviens que mon père m’avait dit : « Ça te dirait qu’on fasse ça ? » J’avais dit : « Oui, pourquoi pas ! » Donc on y était allés, je pense que les premiers on n’était vraiment pas nombreux ; l’ambiance m’avait plu. Ça c’est arrivé plus tard mais, par exemple, le fait que des adultes viennent demander de l’aide ce n’était pas quelque chose que je connaissais avant ; avant j’avais fait beaucoup de Scratch et je n’étais pas mauvaise à un moment.

Frédéric Couchet : Scratch c’est un des logiciels utilisés, on en reparlera tout à l’heure.

Ludine Pierquin : Du coup c’était fréquent qu’il y ait des personnes plus âgées que moi qui viennent me demander de l’aide et solliciter mon expertise. J’ai oublié la deuxième question, pardon. C’était ? Ce que ça m’a apporté.

Frédéric Couchet : Sur comment ça se passe pour toi ? Est-ce que le côté spectacle t’a impressionnée ?

Ludine Pierquin : Je ne me souviens pas d’avoir été particulièrement impressionnée par ça. Non, justement, c’est plutôt gratifiant parce que même si on a raté, au final tout le monde applaudit, tout le monde est content. On montre la réalisation, mais on montre aussi le code derrière et, parfois, même si ça ne marche pas, les gens sont contents de voir la réalisation.

Frédéric Couchet : Ça c’est un point important que tu cites, c’est que l’erreur est valorisée, ce qui n’est pas toujours le cas dans de nombreuses activités et aussi à l’école où, des fois, c’est plutôt l’erreur qui est sanctionnée. Là, l’erreur est valorisée parce que l’erreur fait partie de l’apprentissage du code. D’ailleurs je signale, pour les personnes qui nous écoutent, qu’on a consacré une émission sur le métier de développement logiciel, c’était le 14 mai 2019, le podcast est disponible, avec un développeur et une développeuse et je crois que c’était un des sujets que ces deux personnes abordaient, la notion de l’erreur qui permet de progresser, dont on ne doit pas avoir peur.

Ludine Pierquin : Oui, voilà, c’est ça. Au final, pour ne pas faire d’erreur il faut juste ne pas essayer. Si on a testé parfois ça rate. Ce n’est pas tant le résultat, le produit final qu’on a qui compte, c’est plus la démarche et ça c’était chouette parce que, parfois, ça nous arrivait de faire des trucs qui ne marchaient pas et, au final, on avait quand même un truc et on avait appris derrière.

Frédéric Couchet : D’accord. On va évidemment revenir sur les Coding Goûters. On va passer un petit peu maintenant à la présentation d’une initiative quand même un peu différente dans le fonctionnement, Tech Kids Academy. Tony Bassette, tu as expliqué tout à l’heure pourquoi tu as lancé cette académie avec ton associée. Comment ça se passe concrètement pour les enfants et puis pour les parents ?

Tony Bassette : Comment ça se passe. Typiquement on a différentes formules. À la différence des Coding Goûters, nous on fonctionne à l’année, en fait comme une activité extra-scolaire, donc on a différents ateliers selon les tranches d’âge. On regroupe les enfants de 7/9 ans, 10/12 ans et 13/17 ans. Ce qui se passe c’est que, à l’année, on a découpé l’année en cinq cycles, quatre entièrement dirigés par nous, dirigés dans le sens où, un petit peu comme un cours, on va leur expliquer un certain nombre de choses. Le cinquième cycle est un cycle projets. Les quatre cycles qu’on propose sont autour de la programmation, donc en fonction des âges on va utiliser des outils et des langages de programmation différents, ça va de Scratch pour les plus petits à Python pour les plus grands. On va faire un cycle sur l’électronique puisque, aujourd’hui, l’électronique est programmable différemment.

Frédéric Couchet : Quand tu parles d’électronique ce sont notamment les robots programmables ?

Tony Bassette : Entre autres, là c’est sur la robotique en fait. On a aussi des cycles sur la robotique. Là, sur l’électronique, on est autour des cartes Arduino, les objets connectés ; il y a plutôt tous ces aspects-là qui sont abordés. Pour les petits on est plutôt sur une initiation, une présentation de l’électricité, de l’électronique. Pour les plus grands on est sur la conception de schémas électroniques un peu plus aboutis.
On a justement un cycle sur la robotique où là, de la même manière, on va présenter dans les grandes lignes les différents aspects que l’on trouve autour d’un robot – qu’est-ce qu’un capteur, qu’est-ce qu’un moteur, comment on fait interagir tout ça ensemble – et on a un cycle sur le design, sur le dessin, le pixel art, et sur la modélisation 3D. Tous ces aspects-là sont dirigés à travers des petits ateliers où, de temps en temps, on va se permettre de les challenger, de vérifier s’ils ont bien compris les notions qu’on a essayé de leur faire comprendre, avec, justement, ces cas d’échec dont on parlait où on dit : « Tu t’es trompé, de toute façon ce n’est pas grave ! » À la différence où justement à l’école on dit : « Ouh là là, tu t’es trompé, c’est catastrophique ! » Non ! « Là tu t’es trompé » et souvent les enfants finissent par comprendre d’eux-mêmes « je me suis trompé, ah ben oui, j’ai interverti deux blocs, je me suis trompé ici, je me suis trompé là », ils se corrigent et arrivent au résultat. Ce qui est souvent intéressant dans ces challenges c’est de voir qu’autour de la table, sur une même question posée, eh bien on a parfois des solutions complètement différentes.

Frédéric Couchet : D’accord. Je vais aussi préciser qu’une différence entre vos deux structures, c’est que n’importe quelle personne peut venir aux Coding Goûters, la seule condition c’est d’amener un goûter, en fait, quelque part, et que Tech Kids Academy c’est une académie plus classique avec un format d’abonnement ou de paiement des ateliers. Physiquement vous avez une académie à Saint-Germain-en-Laye et une à Paris.

Tony Bassette : Paris 15e, tout à fait. On a aujourd’hui deux centres qui nous permettent d’accueillir les enfants à l’année et en stage pendant les vacances scolaires.

Frédéric Couchet : Je précise aussi pour les personnes qui n’habitent pas en Île-de-France qu’il y a des Coding Goûters dans d’autres régions françaises et sans doute dans le monde ; sur le site codinggouter.org, on retrouve les informations et, évidement, il y a des académies de même style que Tech Kids Academy en Île-de-France et ailleurs et puis dans les autres régions françaises.
En tout cas, une des différences entre les deux initiatives c’est le rôle des parents. Tony Bassette, dans Tech Kids Academy, le rôle des parents, quelque part, entre guillemets, si j’ai bien compris, à moins, peut-être qu’il y ait une participation plus que ça, c’est d’amener les enfants, finalement de payer les frais, mais ils ne sont pas impliqués plus que ça ? Ou est-ce qu’il y a des initiatives pour essayer de les impliquer ?

Tony Bassette : Dans les activités à l’année et les stages, ça peut se résumer à tout ça. Il n’empêche qu’on a commencé à réfléchir à une nouvelle activité puisque nous, avec Alexandra, on a appris à programmer tous les deux quand on était plus jeunes et même vous, je pense – je dis « vous » c’est Raphaël et toi Fred – on a commencé avec du Basic. Aujourd’hui on a lancé une petite initiative de journées rétrogaming où typiquement on va proposer aux parents et aux enfants de réaliser différentes activités.

Frédéric Couchet : C’est quoi le rétrogaming ? Les jeux anciens, c’est ça ?

Tony Bassette : Rétrogaming, ce sont les jeux d’avant, ce sont les jeux auxquels on a joué quand on était petits. Si je parle de Space Invaders, je pense qu'aujourd’hui tout le monde se dit « oui, j’ai joué à Space Invaders quand j’étais plus jeune », je parle de notre génération. Les plus jeunes aussi ont découvert Space Invaders mais c’est autre chose. Typiquement, lors de ces journées rétrogaming, ce sont des activités transgénérationnelles. Les parents et les enfants ont tous les deux une liste de petits challenges avec des outils adaptés, donc pour les enfants, comme on l’a cité tout à l’heure, on travaille avec Scratch ; on a placé les parents derrière du Basic. Je ne sais même pas si le Basic est encore utilisé aujourd'hui de manière industrielle ; il y a eu des évolutions du Basic, mais en tout cas là on est vraiment sur le Basic du début des années 80. C’est assez marrant de voir des parents qui, d’ailleurs, n’ont jamais programmé, se lancer sur le Basic, réussir les challenges et surtout, à la fin de la journée, se dire « mais c’est génial, j’ai réussi à faire l’ensemble des challenges ». Aujourd’hui, aussi parce que les parents cherchent à comprendre ce que font les enfants, à travers cette initiative de journées rétrogaming, on essaye de permettre aux parents et aux enfants de vivre une expérience un petit peu unique.

Frédéric Couchet : Ça permet, si je comprends bien, à la fois aux parents et aux enfants de comprendre que l’informatique, finalement, n’est pas un monde mystérieux, que c’est un monde qu’on peut comprendre, sur lequel on peut agir. Raphaël j'ai l'impression que tu veux réagir.

Raphaël Pierquin : Tout à fait. À un moment, je m’amuse à dire que le Coding Goûter n’est pas du tout une activité pour apprendre la programmation aux enfants, que c’estt pour apprendre la programmation aux adultes et que ce sont les enfants qui sont les médiateurs de tout ça. De fait ça marche très bien au sens où, quand on met un adulte et un enfant en binôme derrière un même écran, en particulier avec Scratch, on parle de Scratch, où c’est très intuitif, il y a quelque chose qui marche très bien. C’est-à-dire que les enfants, souvent on les voit, ils n’ont pas peur. Ils n'ont pas peur de casser l’ordinateur, ils sont prêts à essayer plein de trucs, ils sont très spontanés, ils vont à toute vitesse, ils ne sont pas du tout inhibés, alors qu’un adulte est pris par tous ces films où il a vu qu’au moment où le codeur intervient il y a des lettres vertes, cryptiques ; le message qu’on a reçu depuis longtemps c’est « c’est compliqué, c’est trop compliqué pour vous, n’essayez même pas de comprendre. Si vous essayez de comprendre c’est que vous êtes un extraterrestre ! » Les adultes sont pourris par ça, par contre ils ont une structure, ils ont une intention qu’ils arrivent à garder, ils arrivent à garder leur focalisation et le mélange des deux fait quelque chose de formidable. Vraiment ! Un truc que j’adore, c'est voir apparaître dans les binômes qui se créent au sein des familles que les deux apprennent quelque chose. De fait, on a des adultes qui repartent en ayant appris à programmer. Typiquement, la mère de mes enfants a appris à programmer par accident. Elle est venue parce qu’elle n’avait rien d’autre à faire que suivre ses enfants et, au final, elle a appris des choses. Au départ, les binômes qui se constituent sont souvent au sein de la famille et il y a des relations qui se crée entre les groupes, les gens se retrouvent et ce n’est pas rare de retrouver à un spectacle un binôme d’adultes qui ne sont pas de la même de famille, qui sont contents de présenter ce qu’ils ont fait et qui sont heureux de leur réalisation, alors que leurs enfants sont en train de jouer parce que quatre heures ça fait un peu long et qu’ils ont besoin de se dégourdir les jambes. On a aussi des binômes d’enfants qui se créent. En tout cas les adultes ont vraiment quelque chose à apprendre de ça. C’est même vital, j’ai l’impression, qu’ils arrivent à sortir de ce complexe qui a été inculqué depuis longtemps par rapport à la programmation.

Frédéric Couchet : Ça me fait venir une question à l’esprit, les Coding Goûters c’est depuis 2012, si je me souviens bien. Tech Kids Academy, c’est depuis combien de temps ?

Tony Bassette : Depuis 2014.

Frédéric Couchet : Depuis 2014, mais le projet est plus ancien.

Tony Bassette : Le projet est plus ancien. En fait, je pense que 2012 est une année charnière parce qu’on a commencé à réfléchir au projet Tech Kids justement en 2012 et je sais que certains concurrents ont commencé à réfléchir sur leurs projets aussi cette année-là.

Frédéric Couchet : Ma question étant : sur le long terme, est-ce que vous avez des enfants, des familles qui sont là depuis le début et qui progressent, qui continuent ? Ou est-ce que ce ne sont vraiment que des gens qui viennent ponctuellement ? Coding Goûters et puis Tech Kids Academy.

Raphaël Pierquin : Ludine me fait signe pour dire que c’était…

Ludine Pierquin : C’était 2011.

Raphaël Pierquin : Attention !

Frédéric Couchet : Ah ! 2011.

Ludine Pierquin : On était là avant !

Raphaël Pierquin : Est-ce qu’on voit des gens revenir ? Il y a un truc qu’il faut savoir c’est qu’il n’y a pas des organisateurs d’un Coding Goûter, ce sont des parents qui ont envie d’organiser quelque chose, qui trouvent un local et qui réunissent suffisamment de monde. Du coup, nous est une communauté, en fait. Un Coding Goûter, d’une certaine manière, c’est une communauté de familles, un petit noyau de familles qui se retrouvent, qui décident de se retrouver et qui attirent autour d’elles un certain nombre de personnes. On peut dire que oui, moi j’ai vu des familles venir et revenir et c’est en faisant plusieurs Coding Goûters, en fait, qu’on voit la magie s’opérer parce qu’au départ, quand on débarque, on est perdu, on ne sait pas ce qu’on veut faire, on copie un peu sur les autres et puis très vite on devient à l’aise avec le processus et on se retrouve à expliquer aux autres. Ça, ça fait partie du processus d’apprentissage.
Je n’irais pas jusqu’à dire qu’il y a des enfants qui sont devenus experts. Au bout d’un moment les enfants grandissent. Mes enfants qui étaient très contents, au départ, de venir avec leurs parents faire des activités, eh bien au bout d’un moment ils deviennent ados et passer un dimanche après-midi à manger des gâteaux avec les parents c’est la dernière chose qu’ils ont envie de faire, donc après il a fallu qu’on innove et qu’on trouve d’autres formats. Mais, pour le coup, il y a vraiment une forme de récurrence, même si, en fait c’est complètement libre puisque les gens viennent en fonction de leurs disponibilités du week-end et de leurs envies. Voilà !

Frédéric Couchet : De leurs envies, etc. Tony, de ton côté, est-ce que tu vois des enfants qui reviennent, enfin des familles qui reviennent ? Pas forcément depuis le début.

Tony Bassette : Oui. Depuis le début, pas forcément depuis le début, mais on a maintenant de nombreux enfants qui reviennent tous les ans, qui ont commencé je dirais au cycle zéro - 7/9 ans année 1 - et qui, aujourd’hui, viennent d’intégrer les 10/12 ans, année 2. Pour le coup ça fait quatre ans qu’ils sont chez nous. Je pense à plusieurs, mais il y a en un m’avait frappé déjà au tout début de l’initiative, c’est Maximilien qui, à l’époque, avait six trois quarts et on lui avait posé la question, parce qu’il était vraiment très passionné, on lui avait demandé si demain il voulait continuer, faire de l’informatique au quotidien, etc. Et il nous a répondu du haut de ses six ans trois quarts : « Non, pas du tout, demain moije veux être nanobiologiste ». OK. Très bien, On s’est dit « il a entendu un joli mot, il s’est dit je ferai ça plus tard. » On lui a posé la question de ce que voulait dire être nanobiologiste et là il nous a expliqué exactement ce qu’était la nanobiologie en sortant des termes que je ne pourrais même citer et que je n’ai pas compris. Maximilien sait exactement ce qu’il veut faire demain, mais, malgré tout, l’informatique le passionne. Comme nous, il a trouvé un endroit où il peut laisser libre cours à sa passion, essayer, développer, s’améliorer et aider, puisqu’il y a aussi l’entraide, l’entraide fait aussi partie des valeurs qu’on essaye d’enseigner aux enfants : si tu as compris tu as le droit de demander à tes camarades, autour de toi, qui a besoin d’aide et d’aller l’aider, de lui expliquer.

Frédéric Couchet : D’accord. Tu parles de Maximilien, ça me fait penser à une question pour Ludine, à deux questions pour Ludine. La première : est-ce que tu comptes devenir développeuse dans le futur ?

Raphaël Pierquin : Je réponds tout de suite : non.

Frédéric Couchet : Tu as d’autres projets. Est-ce que tu sais déjà ce que tu veux faire ?

Ludine Pierquin : Non plus. Mais je sais que je ne veux pas faire quelque chose dans l’informatique. Par rapport à ce que tu disais c’est intéressant parce que quand je disais que je faisais de la programmation à mes ami·e·s qui ne savaient ce que c’était, mais après que j’aie expliqué, comme quand j’étais petite – je suis née en 2001 – ce n’était pas du tout un truc courant de faire de la programmation le dimanche, mes ami·e·s faisaient du tennis ou éventuellement du dessin, mais ce n’était pas une activité courante dans le paysage extrascolaire, du coup, j’étais directe cataloguée genre « tu vas faire ça plus tard, tu prends de l’avance », alors que non, pas du tout, j’entre en hypokhâgne dans deux jours, en prépa lettres. Oui, j’ai fait de l’informatique l’année dernière, mais c’est plus un loisir qu’autre chose ; je ne compte pas en faire ma vie ! C’est bien, c‘est une activité et ça fait des cordes en plus à son arc, on va dire, mais ce n’est pas du tout quelque chose que j’envisage professionnellement. Ça c’est une question qui revient souvent pour moi.

Frédéric Couchet : Tony, avant la pause musicale, vas-y.

Tony Bassette : Pour réagir justement là-dessus, on a de nombreux enfants, j’ai cité le cas de Maximilien, mais c’est vrai qu’on a beaucoup d’enfants qui nous disent : « Moi l’informatique c’est une passion ; il y en a c’est les échecs, c’est le foot, c’est le tennis, moi c’est l’informatique ; je n’aime pas faire de sport, par contre j’adore les ordinateurs et j’aime comprendre comment ça marche. » Et demain qu’est-ce qu’ils veulent faire ? Comme Maximilien, on en a beaucoup qui nous disent : « Eh bien non, je ne me destine pas nécessairement à devenir informaticien, développeur, administrateur ou autre ; j’ai juste envie de découvrir ce monde et de m’amuser avec des gens qui ont cette même passion. »

Ludine Pierquin : C’est un loisir plus qu’autre chose.

Frédéric Couchet : Très bien. On va faire une pause musicale et on va revenir après sur ce sujet qui mélange à la fois la compréhension du monde, les rencontres sociales et le fun.
Nous allons écouter Kings par Cyber SDF et on se retrouve juste après.

Pause musicale : Kings par Cyber SDF.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Kings par Cyber SDF, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution Partage dans les mêmes conditions. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org.
Vous écoutez l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune 93.1 FM en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm

Notre sujet, que nous allons poursuivre, porte sur l’apprentissage de la programmation pour les enfants mais aussi pour les grands comme on l’a vu en première partie. Nos invités : Tony Bassette de Tech Kids Academy ; Raphaël Pierquin de Coding Goûters ; Ludine Pierquin de Coding Goûters, enfin Coding goûteuse et qui va faire bientôt hypokhâgne, comme quoi on peut apprendre l’informatique et ne pas en faire son métier, en tout cas la programmation.
Justement Ludine, on va poursuivre avec toi parce que l’informatique, traditionnellement l’apprentissage du code, des langages, on dit souvent « c’est pour les garçons ». On sait bien que ce n’est pas vrai, tu en es la meilleure preuve, mais est-ce que toi, en tant que fille, tu as eu des difficultés, peut-être par exemple quand tu fais des présentations dans le cadre des Coding Goûters dont on parlait tout à l’heure ? Est-ce que tu as eu des difficultés par rapport aux garçons qui traditionnellement, souvent, prennent beaucoup de place ? Comment tu vois ça, cette place, finalement en tant que femme, dans des Coding Goûters, de l’apprentissage de la programmation ?

Ludine Pierquin : Dans les Coding Goûters je ne me suis sentie une fille ; j’étais une enfant, il y avait des garçons, OK, mais ce n’était pas un sujet et je ne me suis faite « basher », avec des guillemets, parce que j’étais une fille. Après, plus tard, j’ai dit que j’ai fait Informatique et Sciences du Numérique au lycée. En terminale S, scientifique, il faut qu’on choisisse une spécialité – donc Informatique et Sciences du Numérique c’est une spécialité possible – et, dans ma bande d’ami·e·s, on était trois à vouloir faire Informatique et Sciences du Numérique, deux garçons et moi. On en a parlé à un quatrième ami, on lui a dit que tous on voulait faire informatique. Mes deux autres amis n’avaient jamais touché à un ordinateur de leur vie, moi si, mais ils ne le savaient pas forcément, donc le quatrième ami qui nous parlait, c'est compliqué de décrire le personnage, m’a dit : « Tu y connais quelque chose, toi ? »

Frédéric Couchet : Le quatrième ami c’était un garçon, c’est ça ?

Ludine Pierquin : Oui, c’était un garçon. Que des garçons et moi. Il n’a pas du tout posé la question à mes deux autres amis garçons qui y connaissaient moins que moi, pour le coup, du coup je n’étais pas très contente ; ils n’ont même pas compris pourquoi ça m’agaçait, en fait.
Les femmes sont 10 % dans informatique, je crois, donc c’est vraiment peu. C’est important. Dans ma classe d’ISN on était 5 filles sur les 30, c‘est plus que les autres années, mais ça reste peu. Et dans la classe d’ISN, Informatique et Sciences du Numérique, pardon c’est le sigle, oui c’est arrivé qu’on se moque de nous et qu’on nous dise : « Ce sont des filles, elles ne savent pas faire ! », alors que, pour le coup, certaines étaient bien meilleures que d’autres garçons qui étaient là par dépit, c’est triste mais c’est ça l’informatique. Ce n’est pas drôle parce qu’il y a plein de clichés et tout ça, que les femmes ne savent pas faire avec un ordinateur ; parfois c’est vrai mais pas plus que les hommes, malheureusement. Je pense que c’est hyper important s’il y a des filles ou des femmes qui nous écoutent : allez on y va, ce n’est pas difficile et on peut le faire !

Frédéric Couchet : C’est à la portée de tout le monde.

Ludine Pierquin : Voilà !

Frédéric Couchet : Je vais donner la parole à Raphaël et à Tony, je vais vous poser une question et à Ludivine en même temps : est-ce qu’il y a un intérêt à organiser des ateliers ou des Coding Goûters non mixtes, par exemple qu’avec des filles. Je vous pose la question et je vous laisse réagir. Il y avait Tony qui voulait réagir. Tony, par exemple dans tes ateliers, est-ce qu’il y a plus de garçons ? Plus de filles ? Comment ça se passe ? Et après Raphaël Pierquin aussi.

Tony Bassette : C’est très variable en fonction des ateliers et des créneaux, puisque tout dépend aussi de la disponibilité des enfants. Moi j’ai le souvenir d’ateliers qui étaient majoritairement composés de filles, d’autres, même si on n’a pas vraiment fait de statistiques là-dessus, mais comme ça, à vue de nez, je pense qu’il y a effectivement une plus grande majorité de garçons que de filles à nos ateliers. Au maximum il y a 12 enfants dans nos ateliers, j’ai souvenir d’ateliers où on avait 8 filles et 4 quatre garçons. Nous on ne cherche pas à faire des groupes de filles ou des groupes de garçons ; au contraire on est pour la mixité, on est pour la différence quelle qu’elle soit et c’est justement dans cette différence qu’on va aller chercher ce petit plus, ce petit détail qui va nous permettre de progresser, que ce soit fille, garçon, que ce soit, comme je dis, sur d’autres points de différence.

Frédéric Couchet : D’accord. Raphaël Pierquin.

Raphaël Pierquin : Sur les Coding Goûters, le groupe de départ, on était des papas, ça reflète effectivement ce qu’on voit dans notre métier. C’est assez frappant de voir que parmi les enfants il y avait plus de filles que de garçons, mais c’était essentiellement lié au fait que les familles qui venaient avaient, par hasard, plus de filles que de garçons. Statistiquement, on peut dire qu’il y avait autant de filles que de garçons qui venaient avec la masse et moi je n’ai jamais vu de différences d’intérêt ou de capacité en fonction du fait que c’était une fille ou un garçon.

Frédéric Couchet : Une petite question : sur les spectacles dont tu parlais, est-ce qu’il y avait plus de garçons ou c’était pareil ?

Raphaël Pierquin : Sur la prise de parole, ce n’était pas des choses auxquelles j’étais très sensible à l’époque, mais je n’ai pas le souvenir de ça pour le coup. Par contre, quelque chose qui me frappe, j’ai eu d’autres initiatives et notamment j’anime un club de programmation pour lycées et collèges depuis cinq ans maintenant, là ce sont plus des ados, eh bien c’est frappant de voir que ceux qui viennent vers nous sont bien ceux plutôt que celles, parce qu’il y a beaucoup plus de garçons et je pense que là, pour le coup, ce n’est pas une histoire de goût, mais vraiment ce sont les attentes de la société qui font qu’on ne pousse pas du tout les femmes dans cette direction. J’ai parlé avec des membres d’une association qui s’appelle Wi-Filles, qui essaye de faire la promotion du code et de la technologie auprès de jeunes filles, et elles ont énormément de difficultés à trouver des filles qui seraient intéressées par ça. Il y a eu des initiatives, je laisserai Ludine parler des initiatives qu’on a eues, qu’elle a eue spécifiquement vis-à-vis de filles, mais il y a vraiment quelque chose d’étonnant à résoudre autour de ça. Je pense qu’en tant qu’adultes on crée vraiment un contexte qui éloigne les filles de la technologie et c’est bien dommage.

Frédéric Couchet : Avant de passer la parole à Ludine, ça me fait penser, j’ai carrément oublié le nom, mais peut-être que tu vas le retrouver, Julien Dorra, je crois, qui participe au lancement d’une école de programmation.

Raphaël Pierquin : Absolument. J’étais résolu d’en parler au moins avant la fin de l’émission, Ada Tech School, qui est une école qui est conçue par des femmes avec le soutien de certains hommes mais avant tout par des femmes et qui s’adresse aux femmes post-bac. La première promotion est en train de se lancer, s’il y a des personnes qui sont intéressées, que ça soit pour apprendre ou pour aider d’une manière ou d’une autre, on mettra les références.

Frédéric Couchet : On mettra les références sur le site de l’April, c’est Ada Tech School, et je vais répéter qu’on a consacré une émission au métier de développement logiciel, même si le but n’est pas que tout le monde devienne développeur ou développeuse. Dans cette émission, le 14 mai 2019, on avait un développeur, Emmanuel Raviart, et une développeuse, Katia Aresti, qui expliquaient notamment qu’on peut faire ce métier tout au long de sa vie, que ce n’est pas simplement une étape dans le monde de l'informatique avant de devenir chef de projet ou autres, on peut rester développeur et développeuse du logiciel libre jusqu’au bout parce que ça bouge tout le temps, parce que c’est fun. Je vous invite à écouter ce podcast sur le site de l’April.
Ludine Pierquin sur les initiatives dont vient de parler Raphaël.

Ludine Pierquin : J’avais participé à l’organisation d’évènements pour les femmes et le code avec Ladies Of Code Paris, qui est une communauté de femmes qui codent sur Paris, d’où le nom, et on avait organisé un forum des métiers de l’informatique avec uniquement des femmes pour parler de leur métier. On m’avait donné des affiches pour que je les affiche dans mon lycée, ce que j’ai fait, et personne n’est venu. C’est peut-être aussi lié au fait que, dans un lycée, généralement on ne lit pas les affiches qu’il y a dans les couloirs. Bon ! J’étais allée au forum des métiers et il n’y avait aucune fille de moins de 30 ans et c’était essentiellement des femmes en reconversion, qui étaient très contentes de trouver des femmes qui parlaient de leur métier, mais il y avait, je pense, six intervenantes en tant que professionnelles, ce qui est peu pour un salon des métiers. C’était quand même bien et ce n’est pas vraiment pour l’apprentissage du code aux enfants, du coup, mais c’est un truc qu’il faudrait faire.
Je voulais dire un autre truc : on n’est pas du tout encouragées. Aux Coding Goûters je ne ressentais pas du tout le fait que j’étais une fille, c’est venu bien après, et c’est peut-être aussi pour ça que dans vos ateliers il n’y a pas encore de différences, je ne sais pas, mais il y a encore le gros cliché : quelqu’un qui fait de la programmation déjà c’est un homme, c’est un gros nerd devant son ordinateur et ce n’est pas vrai ! Il faudrait casser ça et plus encourager les filles. Même mon prof d’informatique était en fait très machiste et disait [Ludivine adopte une voix mielleuse, NdT] : « Eh bien alors les filles, on n’y arrive pas ! » Ce qui n’est pas super et la filière ISN n’était pas du tout promue, on disait aux filles : « Faites SVT c’est sympa ! »

Frédéric Couchet : Sciences de la vie et de la terre.

Ludine Pierquin : Sciences de la vie et de la terre, la biologie, donc la matière la plus littéraire des matières scientifiques. Il y a encore des progrès à faire au niveau des programmes au lycée et au collège de manière générale, je pense.

Frédéric Couchet : Merci pour la transition, Ludine, parce que tu vas poursuivre. Une des questions justement, tu as parlé du programme Informatique et Sciences du Numérique qui existe depuis 2012, je crois, notamment pour la terminale ; c’est ce que tu as fait. Est-ce que tu as trouvé l’enseignement complémentaire à ce que tu avais dans les Coding Goûters ? Est-ce que tu as appris des choses ? Quel est ton retour en tant qu’étudiante, en tant que personne qui a suivi ce cursus ?

Ludine Pierquin : J’ai beaucoup plus appris pendant les Coding Goûters que pendant mon année d’Informatique et Sciences du Numérique au lycée. Après, c’est peut-être lié aux conditions parce qu’on avait peu d’ordinateurs, c’était des vieux ordinateurs, on était plusieurs sur le même et on ne les avait pas pendant les évaluations, ce qui est un peu…

Frédéric Couchet : C’est-à-dire que vous faisiez des évaluations ?

Ludine Pierquin : Par écrit.

Frédéric Couchet : Par écrit, d’accord.

Ludine Pierquin : Après c’est peut-être une question de budget de mon lycée, je ne sais pas non plus. La façon dont se déroulait le cours : on était par binômes, donc un binôme par ordinateur, et on faisait essentiellement du Python, on a fait un peu de HTML ; on avait un polycopié avec des programmes qu’on recopiait, on voyait ce que ça faisait et voilà ! Le but de l’année c’était de présenter un projet à nos professeurs à la fin, un projet qu’on aurait codé de A à Z, et c’était notre note du bac. On n’a pas été du tout accompagnés dessus, on s’est complètement débrouillés, ce qui est bien, mais on n’a pas du tout eu d’accompagnement spécifique ni rien. Encore une fois je ne sais pas si c’est spécifique à mon lycée. Comme je sais qu’il y a la réforme du bac ça va changer, j’espère en bien, et je ne pourrais pas vous parler de ce qui va se passer après. Si, cette année j’ai appris deux-trois trucs en Python mais de manière pas du tout pédagogique, ni ludique, ni rien, et je n’ai pas particulièrement apprécié mes cours d’informatique alors que, pourtant, j’ai beaucoup aimé les Coding Goûters, d’ailleurs j’en ai fait pendant très longtemps, donc c’est bien la preuve. Voilà ! Encore une chose ! Dommage !

Frédéric Couchet : On consacrera une émission avec notamment des enseignants et peut-être, si on y arrive, des élèves pour avoir un retour d’expérience on va dire interne de l’école et aussi les évolutions. Je posais une question collective parce que dans le programme Informatique et Sciences du Numérique, il n’y a pas que la programmation, il y a l’enseignement normalement de l’informatique globalement donc l’informatique avec la représentation de l’information, l’algorithmie, les langages de programmation et aussi toute la partie matérielle, donc ordinateurs et réseaux. Raphaël Pierquin Tony Bassette, dans vos initiatives, est-ce que vous abordez ces notions-là ? Si oui lesquelles ? Ou alors pas du tout ? C’est-à-dire l’apprentissage de l’informatique plus globalement. Tony Bassette.

Tony Bassette : Nous on l’aborde plutôt avec les plus grands. On va plus loin sur les différents matériels, différents systèmes d’exploitation, on leur explique un petit peu à quoi sert un système d’exploitation parce qu’on a quand même des enfants qui nous disent que ça ne leur parle pas plus que ça. Les différents langages, j’en ai cité deux tout à l’heure, Scratch et Python, et c’est vrai qu’on utilise différents langages. Il nous arrive de faire un petit peu de Java, il nous arrive de faire du C, du C# [C sharp], du C++, en fonction des besoins. Donc on diversifie, on présente aux enfants un maximum de langages, même si notre objectif n’est pas de faire les ingénieurs de demain, ça reste une passion qu’on transmet aux enfants qui ont envie d’approfondir tout ça, mais, malgré tout, on aborde tous ces sujets : l’algorithmique, quelle est la différence. Ce qui est intéressant aussi, je vais reprendre, ce n’est pas tout à fait le show, mais lorsqu’on fait des challenges et qu’on voit une réalisation du challenge un petit peu technique et avancée, on va demander à l’enfant de venir expliquer à ses camarades pourquoi et comment il est arrivé à ce résultat ; pourquoi il a choisi ces blocs si c’est avec Scratch, pourquoi il a utilisé ces lignes de code si c’était un autre langage. Malgré tout on aborde, on essaie d’aller au-delà de juste le code pour le code.

Frédéric Couchet : D’accord. Raphaël Pierquin.

Raphaël Pierquin : Ma réponse sera un peu différente. De notre côté, comme il s’agit de s’amuser avant tout, il n’y a pas vraiment de cursus ou de programme qui est pensé. On va avant tout creuser dans la direction où il y a de la curiosité, pour le coup. Et s’il y a une personne qui a la chance d’en savoir plus que les autres, elle peut se retrouver à expliquer ce qui lui semble pertinent au moment où la question est posée. La programmation ou le code – moi j’emploie les deux mots pour dire la même chose – pour le coup nous on met beaucoup l’emphase sur l’aspect créatif et pas vraiment sur les notions qui vont autour, à moins que ça ne commence à entraver ou à créer des difficultés de compréhension pour les réalisations qui sont en train d’être faites.

Frédéric Couchet : D’accord. Ludine, tu voulais réagir, vas-y.

Ludine Pierquin : Est-ce que je peux revenir juste une seconde sur l’apprentissage de l’informatique à l’école. Tout à l’heure on parlait des erreurs qui étaient valorisées dans les initiatives de Tony et de mon père, du coup ce n’est pas le cas à l’école. Par exemple, la première évaluation qu’on a faite en ISN, la moyenne était de 6, j’ai eu 3, on s’est tous fait crier dessus très fort. Je pense que la manière dont c’est enseigné à l’école amène plus à dégoûter les élèves de l’informatique ; si les professeurs m’entendent « changez ça ! »

Frédéric Couchet : Est-ce que ton professeur était un professeur qui avait eu une formation sur l’informatique ?

Ludine Pierquin : Un prof de maths.

Frédéric Couchet : C’est souvent la problématique aujourd’hui, c’est le problème de la formation des formateurs ou des formatrices. Je crois que maintenant il y a un Capes Numérique et sciences informatiques [sera créé à partir de 2020, NdT]. Raphaël veut aussi réagir.

Raphaël Pierquin : Ça m’a fait beaucoup de peine quand j’ai entendu Ludine me raconter ces histoires-là. Effectivement, c’est quelque chose que je fais en tant que formateur – je forme aussi des développeurs – et dans les Coding Goûters, l’idée qu’une erreur c’est quelque chose qui mérite d’être célébré, parce que si on a fait une erreur c’est qu’en fait on a quelque chose à apprendre, donc on peut ouvrir ses écoutilles, apprendre quelque chose de nouveau et c’est formidable. Ludine qui avait l’habitude de cette approche-là dans les Coding Goûters, qui se retrouve en fait – Ludine me racontait – à essayer des trucs et puis ça ne marche pas, essayer jusqu’à ce que ça marche ce qui est formidable pour apprendre, d’entendre le comportement de son professeur, ça m’a un petit peu désolé. Je pense qu’il y a vraiment quelque chose qui est très spécial, qui est spécifique à la programmation et que les enseignants, aujourd’hui, ne savent pas vraiment exploiter, c’est que si ça ne marche pas on n’a pas besoin d’un professeur pour nous le dire, en fait c’est l’ordinateur qui ne va pas marcher. C’est à l’inverse très gratifiant d’avoir finalement quelque chose qu’on essayait de faire et de réussir à le faire fonctionner. Du coup, le mode d’apprentissage devient très différent. Notamment on va encourager à faire un maximum d’essais/erreurs. Les rares fois où je me suis retrouvé avec des enseignants en primaire pour leur montrer comment moi je m’y prenais, je leur disais : « Vous n’avez pas besoin d’apprendre à programmer, tout ce que vous avez besoin de faire c’est vous assurer qu’ils essayent jusqu’à ce qu’ils y arrivent » et, pour le coup, ça marche bien. Il n’y a beaucoup d’enseignants qui sont à l’aise avec cette approche-là et je pense que c’est effectivement un manque de formation par rapport à cette activité spécifique qu’est l’informatique.

Frédéric Couchet : Tony, tu voulais réagir ?

Tony Bassette : Je voulais aussi compléter par rapport à ce que les enfants aujourd’hui découvrent à l’école, je ne dis pas que c’est une généralité. On a beaucoup d’enfants qui arrivent et qui nous disent : « J’ai déjà fait un peu de programmation à l’école ». On leur demande : « Qu’est-ce que vous avez fait ? », généralement c’est : « J’ai fait des ronds, des carrés et des triangles. » On leur demandait si on leur avait expliqué des notions un peu plus approfondies et on se rendait bien compte que non. Est-ce que, aujourd’hui, la programmation à l’école est, j’ai envie de dire, captée par les profs de maths, je ne sais pas, mais le retour des enfants c’est que ça manquait de fun à l’école. Ils ne s’amusaient pas, ils disaient : « Eh bien non, on ne s’amuse pas », on s’amuse beaucoup plus avec nous Tech Kids, mais c’était le contexte. À l’école c’était bof !

Frédéric Couchet : D’accord. Raphaël rapidement. J’ai quand même une question importante qu’on n’a pas encore abordée. Vas-y Raphaël.

Raphaël Pierquin : Rapidement. Je ne veux pas non plus qu’on charge trop la barque sur les enseignants, on leur demande beaucoup de choses, et à ce stade-là ça ne me paraît pas du tout évident de leur demander d’enlever du temps à certains enseignements qui sont essentiels pour de la programmation. Je ne sais pas dire si c’est justifié ou pas aujourd’hui, je manque de recul et j’imagine que beaucoup de gens manquent de recul sur cette question-là.

Frédéric Couchet : Exactement. C’est pour ça qu’on consacrera une émission sur le sujet avec notamment des enseignants et des enseignantes.
Le temps passe vite quand on parle d’un sujet passionnant. Il y a un sujet qu’on n’a pas encore abordé. Libre à vous ! parle beaucoup de logiciels libres, j’ai une petite question : vous avez cité des logiciels qui sont pour la plupart libres, Scratch, Python qui est un langage de programmation. Quelle est la place du logiciel libre dans vos initiatives, à la fois en termes d’outils, mais est-ce que vous avez aussi une sensibilisation sur ce qu’est le logiciel libre ou sur ce qu’est le droit d’auteur sur les productions qui sont faites ? Rapidement parce que le temps file. Tony.

Tony Bassette : Rapidement. On essaye, dans la plupart des cas, d’utiliser des logiciels libres ; aujourd’hui, dans les outils d’apprentissage, je dirais qu’on est à 70 % : on utilise ou des outils libres ou des logiciels libres. Quand je dis « outils » c’est qu’on a par exemple un petit robot qui est un outil, qui est open source, qu’on utilise aussi dans nos activités. Ce n’est pas le cas pour tous parce que, malheureusement, il y a des outils pour les plus petits qui sont encore un petit peu délicats, etc.
La sensibilisation au Libre se fait. À nouveau c’est plutôt pour les plus grands, puisqu’on voit des réflexes quand ils sont en mode projet où là ils cherchent à réaliser leur petit jeu, leur petit projet, peu importe, je vais essaye d’être bref là-dessus, où le réflexe c’est d’aller sur Internet et d’aller récupérer des trucs à droite à gauche. Là on leur dit : « Attention, est-ce que tu t’es assuré que l’auteur de cette création te permet de l’utiliser ou pas ? » Il y a une sensibilisation qui est faite à ce niveau-là, malgré tout. Après ça reste compliqué, parce que ça pourrait ouvrir un débat très long, très vaste avec les enfants, mais on essaye, malgré tout, de les orienter vers des sites où les contenus sont libres, de manière à pouvoir réaliser leur projet.

Frédéric Couchet : Raphaël Pierquin.

Raphaël Pierquin : Sur ces questions-là. Ce matin, au moment où on discutait avec Ludine, je me suis dit « tiens, il faut peut-être que je lui explique ce qu’est le logiciel libre ». C’est pour dire à quel point ce n’est pas un sujet qu’on aborde de manière explicite.
Pour les outils qui sont utilisés pendant les Coding Goûters, ça dépend de ce que les familles ont envie d’essayer. Parfois il y a des parents qui sont sensibles à ça, qui vont aller vers ça et puis des fois il y a des parents qui ont acheté un logiciel qui est très propriétaire et qui ont très envie de l’utiliser. Ce qui compte c’est l’énergie et la passion qu’ont les participants et les participantes.
Pour ce qui est du logiciel libre, moi j’ai un goût pour ça. Au moment où j’ai discuté avec Ludine, j’ai pu expliquer ce qu’est le logiciel libre en moins de quatre minutes, je pense, parce qu’à partir du moment où on peut parler de ce qu’est un programme et de ce qu’est un code source, c’est trivial. Après il faut expliquer que tous les codes sources ne sont pas disponibles – ça un concept qui est nouveau quand on sort d’un Coding Goûter, c’est amusant. Du coup, expliquer ce qu’est l’open source et après le logiciel libre, en fait c’est trivial. L’expliquer à quelqu’un qui ne sait pas ce qu’est la programmation, qui n’a jamais vu des instructions, une suite d’instructions, je pense que ça doit être beaucoup plus complexe.

Frédéric Couchet : Ludine, tu veux réagir là-dessus ?

Ludine Pierquin : Effectivement, j’ai appris ce que c’est qu’un logiciel libre ce matin, donc il n’y a pas eu de sensibilisation particulière ni pendant les Coding Goûters ni à l’école. C’est tout ce que j’ai à dire sur le sujet.

Frédéric Couchet : En tout cas, dans les actions de sensibilisation de l’April, faire cette émission a permis que Ludine apprenne ce qu’est un logiciel libre.

Ludine Pierquin : Oui, exactement. Merci beaucoup.

Frédéric Couchet : Il nous reste vraiment peu de temps. Là on a parlé des Coding Gouters, de Tech Kids Academy. J’ai dit tout à l’heure qu’il y a évidemment d'autres initiatives qui existent, Tech Kids, Coding Goûters ce n’est pas qu’à Paris. Il y a aussi des académies professionnelles qui existent partout en France. Il y a des initiatives ailleurs, par exemple à Dignes il y a l’École de développement du logiciel libre qui s’adresse aussi aux collégiens, aux lycéens, on mettra les références sur le site de l’April.
On va finir par un petit tour de table. Il y a peut-être un mot ou quelque chose qu’on n’a pas abordé que vous souhaiteriez dire ou si vous avez des projets à annoncer, n’hésitez pas. On va commencer par Tony Bassette.

Tony Bassette : Le sujet est vaste. Effectivement on est sur un format court donc c’est vraiment difficile de tout résumer, tout synthétiser. Non.

Frédéric Couchet : On a fait le tour ?

Tony Bassette : On n’a pas le fait le tour. Il y aurait trop de choses à dire et trop peu de temps pour y parvenir.

Frédéric Couchet : En tout cas on encourage les familles à participer à ces ateliers, comme Tech Kids Academy ou d’autres.

Tony Bassette : Exactement ou d’autres. Tout à fait. Des initiatives comme la nôtre il en existe plusieurs en Île-de-France, partout dans le reste de la France aussi, dans le reste du monde aussi. Allez-y, amusez-vous, que vos enfants s’amusent, découvrent et se rendent finalement compte que programmer ce n‘est pas aussi barbare qu’on le présente le plus souvent dans les films.

Frédéric Couchet : Raphaël Pierquin.

Raphaël Pierquin : Deux messages. Le premier : si vous êtes parent et que vous avez envie d’essayer, allez voir Scratch avec votre enfant, vous prenez un peu de temps, seul c’est amusant, c’est facile, il y a plein de choses à apprendre et on peut y passer du temps ; c’est un outil qui est formidable pour apprendre. Ça c’est le premier.
Après, si vous avez envie d’apprendre ça de manière un peu plus sociale, dans un Coding Goûter, ce que je vous encourage à faire c’est de créer votre Coding Goûter. On a mis des ressources sur le site codinggouter.org pour que toutes celles et ceux qui souhaitent en organiser puissent le faire. Chacun peut s’approprier le concept à sa manière. Peut-être que vous savez que dans votre région il y a déjà des Coding Goûters, surtout ne dites pas : « Il y en a déjà un, donc moi je ne peux pas le faire ». Si. Tout le monde est légitime à faire des Coding Goûters, on y tient. Et si vous êtes tenté, en préparant, de préparer un parcours pédagogique cadrant les choses, relâchez-vous, faites un gâteau et suivez le processus que j’ai décrit avec les patouilles et les spectacles plusieurs fois pendant la séance. Ne vous mettez pas la pression, ça marche très bien. Faites-en !

Frédéric Couchet : Merci Raphaël. Le mot de la fin pour Ludine Pierquin.

Ludine Pierquin : Merci beaucoup à tous, et pour les filles et les femmes, lancez-vous, n’ayez pas peur, vous êtes autant capables que les hommes et vous êtes légitimes.

Frédéric Couchet : C’est une belle conclusion. Je remercie les personnes invitées aujourd’hui dans l’émission Tony Bassette de Tech Kids Academy ; Raphaël Pierquin des Coding Goûters ; Ludine Pierquin des Coding Goûters.
Je remercie également William Agasvari qui est en régie aujourd’hui pour l’enregistrement de cette émission. Je vous souhaite une belle journée et à bientôt.
Nous allons faire une pause musicale.

[Virgule musicale]

Nous allons écouter I'm here par Big Albert et on se retrouve juste après.

Pause musicale : I'm here par Big Albert.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter I'm here par Big Albert, disponible sous licence libre Creative Commons Partage dans les mêmes conditions.
Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm.
Nous allons aborder le sujet suivant.

[Virgule musicale]

Chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame sur la patrouille du Libre

Frédéric Couchet : Nous allons poursuivre avec la chronique « Jouons collectif » de Vincent Calame, bénévole à l'April et le thème du jour, Vincent, est la patrouille du Libre.

Vincent Calame : Oui. La patrouille du Libre, cette idée de chronique m'est venue lors d'une discussion post-émission d'un précédent Libre à vous ! qui portait sur LibreOffice et où j'avais également évoqué ma quête du Libre dans ma structure. Je discutais migration avec Philippe Hemmel, qui était un des intervenants de cette émission, et il m'évoquait le cas d'une migration où, après la migration proprement dite, c'est-à-dire l'installation des postes et la formation, ils étaient restés sur place et passaient régulièrement dans les bureaux pour s'assurer que tout allait bien. Cette approche rejoignait un peu ma propre expérience et c'est cette approche que j'intitule justement « Patrouille du libre », qui est un moyen efficace, je trouve, de résoudre les problèmes et de diminuer les tensions.

Frédéric Couchet : Tu veux dire que les personnes n'osent pas dire qu'elles ont un problème ?

Vincent Calame : Bien sûr, quand ça ne marche pas elles le disent, on l'entend très vite. Je pense plutôt à toutes ces petites choses qu'on a envie de réaliser mais qu’on n'arrive pas parce qu’on ne sait pas par quel bout les prendre. Par exemple une mise en page particulière qu’on a vue un autre document ; on voudrait la reproduire sur LibreOffice et on n'y arrive pas. Souvent ce ne sont pas des choses indispensables et, si la personne ne peut pas les faire, elle va abandonner l'idée mais, à chaque fois, il reste un arrière-goût d'inachevé.

Frédéric Couchet : L'idée que tu présentes dans cette patrouille du Libre, c'est d'aller devant la personne pour favoriser l'expression de ses besoins.

Vincent Calame : Oui, c'est ça. On fait le tour des couloirs et, comme ça, on reste dans un cadre informel qui libère la parole. On parle du temps, on papote et là, la personne place un petit : « À propos, je voudrais faire ça et je n'y arrive pas. » On prend cinq minutes, ça ne suffit pas toujours, mais ce que je constate c'est que ce sont des choses pour lesquelles les personnes sont gênées de vous déranger justement quand elles sont résolues en quelques secondes, et sont moins disposées à suivre une procédure un peu formelle qui serait d'ouvrir un ticket : quand il y a des bugs, on va sur un site on ouvre un ticket et on dépose une demande. Elles ne vont pas le faire. Derrière ça, je pense qu'il y a aussi un peu la honte de ne pas y arriver tout seul. Donc, en prenant les devants, on désamorce beaucoup de tensions, on montre qu'on est disponible et aussi qu'on ne juge pas les gens, on ne peste pas parce qu'ils nous dérangent et on ne les note pas.

Frédéric Couchet : Et quelque part, cela assure un service après-vente du logiciel libre.

Vincent Calame : Oui, voilà. L'idée, c'est de ne jamais laisser les gens démunis, les accompagner dans les premiers pas et leur faire gagner en autonomie. L'informatique s'apprend en pratiquant, ça a été abordé dans le sujet principal de cette émission. Et puis c'est aussi plus facile de transmettre par petites touches, quand le besoin se présente, plutôt d'assurer une formation initiale qui ne peut pas couvrir tous les cas de figure.

Frédéric Couchet : Est-ce que ta suggestion est de généraliser ces patrouilles du Libre ?

Vincent Calame : Là, évidemment, j'évoque mon propre cas où je suis dans une structure…

Frédéric Couchet : À demeure.

Vincent Calame : À demeure, voilà, je suis un informaticien à demeure, ce n'est, évidemment, pas toujours possible. Dans le cas d'organisations plus petites on pourrait imaginer des patrouilles plus espacées dans le temps. Évidemment, là je parle des organisations. Pour le grand public, c'est évidemment beaucoup plus compliqué à mettre en place, je n'ai pas d'exemple, mais je pense qu'il y a une approche complémentaire à la patrouille, c'est celle de la permanence : indiquer un lieu, une heure régulière où la personne pourra trouver un interlocuteur pour la renseigner sur ses petits problèmes du quotidien, là aussi dans un cadre plutôt informel. Et ça, je sais que c'est un mécanisme qui a été mis en place par plusieurs groupes d'utilisateurs locaux de logiciels libres, celui que je connais est Parinux : il y a les Premier Samedi du Libre à la Cité des sciences. J'en profite d'ailleurs, un peu pour conclure, pour vous inviter à vous rendre sur l'Agenda du Libre où vous pourrez voir si un groupe local d'utilisateurs de logiciels libres organise des permanences près de chez vous.

Frédéric Couchet : D'accord. Donc Parinux c'est le groupe d'utilisateurs et d'utilisatrices de logiciels libres de la région parisienne, enfin Paris et la région parisienne. Il organise régulièrement des événements, Les Premier Samedi, c'est chaque premier samedi du mois à la Cité des sciences et de l'industrie de 14 heures à 18 heures. Parinux, avec d'autres groupes, organise une journée consacrée aux logiciels libres avec des conférences et des ateliers d'accueil. Évidemment, pour les personnes qui nous écoutent ailleurs qu'en région parisienne, sur l'Agenda du Libre, agendadulibre.org tout attaché, vous retrouverez les permanences ou en tout cas les événements récurrents qui sont organisés dans les autres régions. Et puis il y a aussi les permanences, on va dire, un peu plus festives. C'est l'occasion, par exemple, de parler des apéros, c’est-à-dire de rencontrer des gens autour des apéros et de parler de leurs problèmes, notamment de ces patrouilles du Libre ou de ces permanences. Est-ce que tu souhaites ajouter un mot de conclusion sur ces patrouilles du libre, sur ces permanences ?

Vincent Calame : Non. J’ai tout dit : toujours mélanger informel et pratique, toujours. En tout cas ne pas avoir un cadre trop rigoureux.

Frédéric Couchet : Trop formel et qui peut bloquer les utilisateurs et utilisatrices.

Vincent Calame : Et les culpabiliser.

Frédéric Couchet : D'accord. Merci Vincent pour cette chronique « Jouons collectif ». On se retrouve le mois prochain. Je te souhaite de passer une belle journée.

Vincent Calame : Merci.

Frédéric Couchet : Nous approchons de la fin de l’émission, nous allons terminer par quelques annonces.

[Virgule musicale]

Annonces

Frédéric Couchet : D'abord les réponses aux questions du quiz.
La première question. Lors de l’émission du 3 septembre 2019, nous avions parlé de la migration de la Gendarmerie nationale vers les logiciels libres. La question c’est combien de postes informatiques sont sous système libre GNU/Linux ?, à quelques milliers près. La réponse est environ 73 000 postes sur les 80 000 que compte la Gendarmerie.
La deuxième question : qu’elle est la suite bureautique libre utilisée au début de la migration et quelle est la suite bureautique libre utilisée aujourd’hui par la Gendarmerie nationale ? La première c’était OpenOffice au démarrage et aujourd’hui c’est une suite bureautique dont vient de parler Vincent Calame, c’est LibreOffice. J’en profite pour rappeler que nous avons consacré une émission Libre à vous ! sur Cause Commune, justement sur cette suite bureautique libre. Vous retrouverez les podcasts sur causecommune.fm et sur april.org.

Dans les événements à venir, la Fête des Possibles. Du 14 au 29 septembre 2019, diverses organisations et réseaux de la transition participent, même organisent la Fête des Possibles. Des centaines de rendez-vous sont prévus pour rendre visibles les milliers d’initiatives locales qui embellissent la société et construisent un avenir plus durable et solidaire. « C’est possible » est le mot d’ordre de la fête : c’est possible de manger bio et à moindre coût ; c’est possible de se déplacer au quotidien sans polluer ; c’est possible d’utiliser des logiciels libres, etc. Le site c’est fete-des-possibes.org et sur le site de l’Agenda du Libre vous retrouvez les différents évènements libristes qui sont organisés dans le cadre de cette Fête des Possibles, donc du 14 au 29 septembre 2019.

J’entends le générique qui démarre. En fait ce n’est pas le générique court, c’est le générique long qui démarre ! Ce n’est pas grave, on va finir en musique, en plus c’est un très beau générique !

Je vous annonce les Rencontres Régionales du Logiciel Libre à Nantes, le 19 septembre, qui s’intéressent notamment au service public et au service métiers, mais j’en reparlerai la semaine prochaine.

Deux annonces importantes.
Dans l’émission du 14 mai 2019, le podcast est disponible sur causecommune.fm et sur april.org, nous avions interviewé Philippe Borrel, réalisateur du documentaire Internet ou la révolution du partage, qui avait été diffusé sur Arte, qui est une version courte de son film La Bataille du Libre. Philippe Borrel me signale la campagne de financement participatif qui a été lancée cet été pour financer la version internationale de son film qui sera intitulée Hacking For The Commons, donc en anglais. La campagne de financement se termine dans une dizaine de jours. Vous avez les références sur le site de l’April, sinon vous allez sur HelloAsso.com et vous cherchez La Bataille du Libre.
Toujours dans les documentaires, j’en profite pour signaler le documentaire LoL, logiciel libre, une affaire sérieuse – la musique s’arrête – qui cherche toujours une chaîne de télévision pour sa diffusion. Nous avions interviewé le réalisateur François Zaïdi dans l’émission du 11 juin 2019. Pareil, les podcasts sont disponibles sur le site de Cause Commune, causecommune.fm et sur le site de l’April, april.org. N’hésitez pas, si vous avez des contacts auprès de télés, qu’elles soient françaises ou plus globalement francophones, parce que c’est un documentaire en français qui est très intéressant et qui est totalement complémentaire du documentaire précédent dont je parlais qui est Internet ou la révolution du partage.

Vincent parlait de la structure dans laquelle il patrouille pour le Libre, on peut dire quelque part comme ça, c’est la FPH. Il y a la soirée de contribution au Libre, comme chaque jeudi, donc le 12 septembre 2019 à partir de 19 heures 30, donc à la FPH dans le 11e arrondissement.

Tous les autres évènements vous les retrouvez sur le site de l’Agenda du Libre, agendadulibre.org.

Notre émission se termine. Je remercie les personnes qui ont participé à l'émission du jour : Étienne Gonnu à la régie, Vincent Calame, Noémie Bergez, Tony Bassette, Raphaël Pierquin et Ludine Pierquin, et également William Agasvari qui avait participé à la régie pour l’enregistrement de l’émission sur l’apprentissage de la programmation.

Vous retrouverez sur le site de l’April et sur le site de Cause Commune toutes les références utiles. N'hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi des points d'amélioration. Toutes vos remarques et questions sont les bienvenues. Vous pouvez aussi nous envoyer un courriel à l’adresse libreavous@april.org, « libreavous » tout attaché.
Nous vous remercions d’avoir écouté l’émission. Si vous avez aimé cette émission, n’hésitez pas à en parler le plus possible autour de vous, faites connaître l’émission et la radio.

La prochaine émission aura lieu mardi 17 septembre 2019 à 15 heures 30. Notre sujet principal portera sur l’obsolescence programmée et aussi sur le projet de loi économie circulaire qui va être étudié au Sénat très bientôt.

Nous vous souhaitons de passer une excellente fin de journée. On se retrouve mardi 17 septembre à 15 heures 30 et d'ici là, portez-vous bien.

Générique de fin d’émission : Wesh Tone par Realaze.

13 September 2019

april.png Nouvelles April

Émission « Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (17 septembre 2019) - Obsolescence programmée - État de surveillance - Wiki Loves Monuments

Le 13 September 2019 à 11:40:05

17 Septembre 2019 - 15:30
17 Septembre 2019 - 17:00

Photo d'illustration de l'émission

Réécouter en ligne

La trente-sixième émission Libre à vous ! de l'April sera diffusée en direct sur radio Cause Commune sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur le site web de la radio, mardi 17 septembre 2019 de 15 h 30 à 17 h 00. Le podcast de l'émission et les podcasts par sujets traitées sont disponibles dès que possible, quelques jours après l'émission en général.

Notre sujet principal portera sur l’obsolescence programmée et le projet de loi relatif à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire avec Adèle Chasson de HOP / Halte à l'Obsolescence Programmée (Chargée de mission plaidoyer et du Club de la Durabilité), et Frédéric Bordage, expert indépendant en numérique responsable, fondateur de GreenIT.fr, membre du comité d'expert de HOP. Au programme également : la chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi sur le thème « De l’État de droit à l’État de surveillance »; la chronique « Pépites libres » de Jean-Christophe Becquet sur le concours mondial de photos libres Wiki Loves Monuments.

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Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h.

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Bilan de l'été - Décryptualité du 9 septembre 2019

Le 13 September 2019 à 09:50:52


Rentrée_septembre

Titre : Décryptualité du 9 septembre 2019 - Bilan de l'été
Intervenant·e·s : Nolwenn - Mag - Nico - Manu - Luc
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : 9 septembre 2019
Durée : 15 min
Écouter ou télécharger le podcast
Revue de presse pour la semaine 36 de l'année 2019
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Carte Virtuelle Anniversaire Randonneur, Zeeep Web - Licence Creative Commons CC BY 3.0
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

C'est la rentrée de Décryptualité, l'occasion de faire un bilan de ce qui s'est passé pendant l'été.

Transcription

Luc : Décryptualité.

Voix off de Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Luc : Semaine 36. Salut Manu.

Manu : Salut Mag.

Mag : Salut Nolwenn.

Nolwenn : Salut Nico.

Nico : Salut Luc.

Luc : Nous voilà de retour, tous présents, c’est incroyable !

Nolwenn : Tous en forme pour la rentrée !

Manu : On démarre sur les chapeaux de roues.

Luc : Oui, puisqu’un n’a rien foutu pendant les vacances. On s’est tourné les pouces !

Nolwenn : Parle pour toi !

Luc : Tu nous as concocté une revue de presse, comme d’habitude.

Manu : Une petite revue de presse pour cette semaine, mais il y a eu plein d’articles ces deux mois passés qu’on a remontés quoi qu’il en soit. Le sommaire.

Mag : La Tribune, « Entre le "tout gratuit" et le "tout payant" la société perd ses repères », par Eric Vernier et L'Hocine Houanti.

Manu : C’est toute une tribune qui parle d’ouverture par la gratuité et qui fait des comparaisons avec le logiciel libre et les transports en commun libres, gratuits on va dire, qu’il y a dans certaines villes où on peut prendre le bus et d’autres moyens de transport sans avoir à payer. Quelque chose d’intéressant qui parle d’économie et d’un peu plus ; il y a des sujets à creuser.

Mag : ZDNet France, « Richard Stallman chez Microsoft (non, on ne rêve pas) », par Thierry Noisette. Non, mais sérieux ! Il est allé là-bas ?

Manu : Il est allé là-bas, il a fait une conférence et il a l’air de plutôt apprécier ce qui se passe en ce moment chez Microsoft. Ils font plein de Libre !

Luc : Ils font plein d’open source !

Manu : La philosophie du logiciel libre n’y est pas, mais ils font techniquement du logiciel libre et ils ont fait des choses cet été, notamment ils ont ouvert un de leurs brevets qui était un peu bloquant, un vieux brevet, FAT [File Allocation Table].

Luc : Ouin !

Manu : Et ils l’ont ouvert en passant par l’Open invention network1 qui est effectivement l'OIN. Ils ont ouvert le FAT - oui c’est compliqué - et ils ont demandé à ce que le noyau Linux intègre ce format de fichier au sein de leur code, ce qui a été fait en une nuit.

Mag : Numerama, « Franck Riester confirme la fusion entre la CSA et la Hadopi », par Julien Lausson.

Manu : C’est une étrange nouvelle, c’est une initiative qui va être lancée par le gouvernement donc ce n’est pas encore fait et ça ne nous arrange pas forcément parce que la CSA ne comprend pas forcément ce qui se passe dans l’informatique.

Luc : Le CSA !

Manu : Le CSA, oui. Déjà la Hadopi ne comprenait pas grand-chose, de toute façon.

Luc : Il y a une volonté de renforcer ses pouvoirs pour qu’elle tape plus fort.

Mag : Alors le CSA c’est ?

Nico : Le Conseil supérieur de l’audiovisuel.

Luc : Bravo Nicolas.

Nolwenn : Donc on aura des pare-feux dans les émissions maintenant ?

Manu : Oui, bonne remarque. Il faudra voir ce que le ministre de la Culture n’a pas compris. On verra bien. À mon avis il y a plein de trucs qu’il n’a pas compris, qu’il fera mal, il n’y a pas de doutes là-dessus !

Mag : Developpez.com, « L'Office américain des brevets publie un rejet non définitif de la demande de brevet de Google », par Stéphane le calme.

Manu : C’est une petite nouvelle mais c’était intéressant parce que ça parle, dans l’article, des principes de brevet logiciel, donc breveter une idée, rien d’autre que cela. Google s’était lancée à breveter ce qui correspond à une implémentation d’une idée lancée par un chercheur universitaire qui avait fait exprès de mettre son idée dans le domaine public. Il l’avait publiée, il avait recommandé à ce qu’elle soit utilisée un peu partout. Et Google, ils sont arrivés « non, non on peut l’utiliser pour compresser des vidéos » et ils ont dit « c’est novateur de compresser des vidéos, d’habitude on compressait du texte avec ce qu’il faisait le chercheur ».

Mag : C’est nouveau pour eux !

Manu : Et puis encore, vaguement, parce que ça avait été discuté par le chercheur et Google à l’époque. Bref ! Ils se sont fait débouter et surtout ils ont l’air ridicule parce qu’ils se disent fans de l’ouverture, fans de l’innovation et là ils ont été pris la main dans le sac à faire quelque chose d’un peu sale.

Mag : Ce n’est pas pour rien que la première lettre des GAFAM c’est un « G » !

Manu : N’est-ce pas !

Luc : Eh bien, sujet de la semaine ?

Manu : Pour commencer on va parler de ce qui s’est passé cet été.

Luc : Une petite rétrospective pour voir ce que les uns et les autres avons noté de notable.

[Rires]

Nolwenn : Je n’ai rien fait !

Luc : On peut déjà noter le lancement un peu pourri, sinon qu’est-ce qui s’est passé cet été qui vous a marqué ?

Nico : La Cour des comptes a rendu un petit bilan sur l’Éducation nationale.

Luc : Et sur la politique d’éducation au numérique2.

Nico : C’est ça, avec toutes les nouvelles technologies qui sont arrivées récemment, enfin récemment ça fait déjà plusieurs années qu’ils en parlent, avec des tablettes partout, du GAFAM dans tous les coins, etc., et ils se sont fait taper dessus parce que ça coûte cher, ça ne marche pas, ce n’est pas au point, personne ne sait les utiliser. Au final ça fait beaucoup d’argent qui part dans rien, en fait.

Luc : Il y a deux éléments qui nous intéressaient tout particulièrement, effectivement ce qu’on appelait et ce que même la Cour des comptes appelle « le plan tablettes », qui avait consisté juste à acheter et à balancer des tablettes aux élèves. C’était un truc de Hollande, il avait fait ça dans son coin natal [Hollande n’est pas né en Corrèze, il a recouvert diverses fonctions législatives dans ce département, NdT].

Nico : La Corrèze.

Luc : Le département de la Corrèze avait offert des tablettes à tous les élèves et, en gros, c’est vraiment « je te fais des cadeaux » sans aucun plan pédagogique derrière et évidemment, derrière, ce sont les GAFAM. La Cour des comptes s’inquiète également pour les données des élèves en disant qu’il y a beaucoup trop de trucs de GAFAM qui sont déployés partout et, évidemment, ils ont droit de propriété sur les données. Mais les profs ont tendance à dire que l’ENT…

Nico : L’Espace numérique de travail.

Luc : Voilà, fourni par l’Éducation nationale, est un truc absolument inutilisable et, à priori, c’est effectivement le cas. Les GAFAM s’engouffrent dans la brèche laissée grande ouverte par l’Éducation nationale !

Manu : On peut rebondir sur le sujet et parler de l’Allemagne et des Pays-Bas qui viennent de bannir partiellement Office 365 parce que les données qui sont hébergées, sont hébergées sur des serveurs qui ne sont pas, d’après eux en tout cas, dans leurs pays respectifs, ils demandent à ce que ce soit le cas et ils n’aiment que notamment leurs étudiants, leurs élèves utilisent cet outil.

Luc : Banni pour l’éducation.

Manu : Exactement. Donc c’est quelque chose d’assez marquant parce qu’ils font attention à ce que les élèves font et à ce qu’on fait de leurs notes, de leurs remarques, de toute leur vie quoi !, qui va être hébergée, peut-être réutilisée plus tard par ces GAFAM. On ne peut être sûrs de rien.

Nolwenn : Donc eux n’hébergent pas les notes de leurs élèves chez Amazon ?

Manu : Ils ne vont plus héberger, en tout cas c’est ce qu’ils veulent, ils ne vont plus héberger les notes de leurs élèves. Effectivement, là c’est un blocage pour des logiciels privateurs. On peut espérer que derrière ils vont mettre des trucs…

Luc : Il y a un autre truc dans l’Éducation qui s’est passé récemment d’ailleurs.

Nolwenn : C’est le ministère de l’Éducation nationale [le ministère de l‘Intérieur] qui a décidé que désormais les données seraient hébergées sur un service de Nextcloud3. D’ailleurs ils sont en partenariat avec eux pour le déployer il me semble.

Luc : C’est du logiciel libre. C’est un service super pratique que vous pouvez récupérer au travers de différents chatons4, c’est un service qui est souvent proposé, qui permet de synchroniser ses données. C’est du logiciel libre derrière. Un beau mouvement, ça fait plaisir !

Manu : De la belle informatique en nuage.

Mag : Et puis Nextcloud permet énormément de choses : c’est un gestionnaire de fichiers, c’est un agenda, ce sont des post-it, des petites notes. C’est incroyable !

Luc : On peut synchroniser des données, des répertoires sur son ordinateur, sur le serveur externe ; quand on est sur plusieurs ordinateurs c’est pratique. Il y a plein de choses.

Mag : On peut gérer ses contacts. On peut également afficher tout ça sur son téléphone portable. C’est vraiment un beau logiciel libre.

Luc : Qui d’autre cet été ?

Manu : Un truc qui m’a un peu marqué parce que c’est considérable : IBM ouvre les descriptions de ses microprocesseurs, donc les PowerPC. Ces microprocesseurs sont maintenant devenus libres, c’est-à-dire que les plans sont connus diffusés, partagés sur Internet.

Luc : PowerPC, c’est une super vieille architecture. C’est un truc des années 90, non ?

Manu : Peut-être pas aussi vieux que ça, mais c’était utilisé notamment par Apple.

Nico : C’est toujours très utilisé dans le domaine du calcul : les gros clusters de calcul, les grosses machines professionnelles tournent beaucoup en PowerPC parce que ce sont des architectures qui fonctionnent super bien, qui sont super rapides. Il n’y avait que Apple qui s’en servait à une époque dans leurs PC grand public, maintenant ils tournent tous sur du Intel comme tout le monde. Ça va valoir le coup, maintenant, de regarder ce qu’on peut faire avec en tant que particuliers.

Nolwenn : Si ça se trouve, bientôt on va enfin pouvoir jouer nativement à des jeux vidéo sous Linux ! Il ne manque plus que les cartes graphiques eh puis c’est bon !

Manu : On peut s’attendre à ce que ça prenne beaucoup de temps avant d’arriver dans nos mains parce que là ils mettent les plans à disposition, ce qui est bien, c’est une bonne avancée, mais de là à ce qu’il y ait des productions qui s’ensuivent il faut des usines, il faut des investissements et ça ce sont des choses qui vont prendre des milliards et des milliards.

Luc : Oui, mais en même temps tu peux demander à un fournisseur en Chine, il récupère quelques lycéens en travail forcé la nuit et c’est bon ! Ils peuvent en sortir quelques-uns, quand mème.

Manu : Ce n’est pas beau ce que tu penses là.

Luc : Ce n’est pas que je le pense.

Nico : Malheureusement c’est la dure réalité du processeur.

Nolwenn : Du coup est-ce qu’on peut espérer une réouverture des fondeurs en Europe, ou pas ?

Manu : Ça, ça reste compliqué ; l’Europe est à la ramasse sur ces sujets-là, on n’a rien du point de vue de l’informatique, du point de vue de la technologie, on n’a plus d’innovation ou peu d’innovation, et on n’est certainement pas à la hauteur des Américains et des Chinois.

Luc : Qu’est-ce qui s’est passé d’autre ? Moi j’ai un truc, si vous n’avez pas d’idées, c’est Blender5, ce super logiciel qui permet de faire de la 3D, pour faire du graphisme.

Manu : Super logiciel, mais super compliqué !

Luc : La 3D ce n’est jamais simple, il faut le savoir. Aucun logiciel de 3D de ce niveau-là n’est simple, c’est beaucoup de boulot pour entrer dedans mais ça peut être passionnant. Je suis touriste, mais il y a des tas de trucs géniaux qui se font. C’est un logiciel qui se développe depuis 20 ans à peu près, je crois, peut-être un petit moins, qui est parti de pas grand-chose, qui s’est développé au fur et à mesure avec une vraie communauté derrière. Il y a beaucoup de logiciels dont on parle qui sont des trucs professionnels, qui sont vraiment dans l’open source et derrière il y a des gros sous, ça se développe, c’est en commun, mais ça reste de la logique business.
Blender a toujours été porté par une communauté, donc c’est vraiment une logique libre derrière, ils ont fait des films sous licence libre, il y a vraiment une vraie démarche. C’est centré autour des Pays-Bas. Derrière il y a un mec qui s’appelle Ton Roosendaal, qui est à la base un manager, un type qui était plutôt habitué à gérer des entreprises. Il a fait des interviews, il a expliqué qu’il aurait pu être patron d’une entreprise et gagner plus d’argent ou alors faire quelque chose de valable avec sa vie et développer un beau logiciel. Il a toujours travaillé à ce que la communauté soit contente, que le logiciel évolue et aujourd’hui, ce logiciel est vraiment en train de rentrer sur le marché professionnel. Il y a deux grosses boîtes qui commencent à mettre de l’argent là-dedans dont notamment un studio de jeux vidéo, uniquement pour leur division animation. Ils se rendent compte que tout l’argent qu’ils ne mettent pas essayer de faire évoluer leur gros outil métier qui n’est pas très souple, eh bien ils peuvent le mettre à faire bosser des gens et à être beaucoup plus rapides. Donc c’est un peu la consécration pour ce logiciel dont pendant des années et des années on a dit : « Ce n’est pas sérieux ! »

Nico : On rappelle quand même que déjà des gros studios s’en servaient. Pixar a utilisé Blender pour certains de ses films. Je crois que c’était Avatar qui avait été modélisé sous Blender.

Luc : Ils faisaient des parties sous Blender. Jusqu’à maintenant la partie rendu, etc., n’était pas utilisée. Ça fait quelques années maintenant que c’est utilisé, notamment par les PME, parce qu’un gros logiciel proprio de 3D c’est à peu près un budget de 15 000 euros par an. Sur un long métrage ce n’est pas très important par rapport au budget monstre qu’ils ont, en revanche toutes les PME qui font des petites animations, etc., pour elles ça pèse lourd et ça fait un petit moment qu’elles étaient sous Blender, donc très belle réussite.

Mag : Il y a autre chose qu’on a vu passer cet été, c’est la proposition de loi Avia sur la haine en ligne. Ça a été balancé en urgence, une petite proposition qui prône tout ce qu’on aime : la bienveillance, le respect des autres et ainsi de suite !

Nico : La censure, le contrôle, et tout ce qu’on veut aussi.

Mag : Voilà !

Nico : La fin de l’anonymat en ligne, toutes les conneries que les politiques essayent de nous refiler dans des lois depuis une dizaine d’années, eh bien ils essayent de nous les placer là en urgence dans un contexte un peu de crise. En ce moment il y a pas de mal de haine en ligne qu’on voit passer tous les jours dans les journaux. Ils se sont dit « tiens, on vient profiter de ce petit buzz médiatique pour essayer de placer deux-trois idées » réchauffées, complètement pourries, comme d’habitude.

Mag : Ce n’est qu’une proposition, ça n’a pas été voté, mais on voit encore des choses merveilleuses passer dans cette proposition et totalement liberticides.

Nolwenn : Et on sait ce que peut donner une loi votée dans l’urgence sans forcément prendre le temps de prendre du recul et de réfléchir aux conséquences.

Mag : Avec des gens qui ne lisent même pas les propositions et qui suivent juste les consignes de parti ! Ça peut faire mal !

Luc : Oui, malheureusement c’est un scénario qui se répète et on sent bien aussi que derrière cette question de haine en ligne, qui est un vrai sujet, il ne faut pas le nier non plus, c’est aussi un vrai prétexte qui permet de faire des trucs qui n’apporteront pas de réponses concrètes et réelles, par contre qui sont un bon prétexte pour, justement, limiter la liberté d’expression et essayer de remettre les gens dans le droit chemin.

Manu : Moi je trouve ça quand même assez novateur parce que d’habitude c’était le terrorisme, la pédophilie et là ils trouvent quelque chose d’un peu nouveau. Je suis étonné ! Les gars s’intéressent aux trolls, en fait. Ils viennent de découvrir ce que c’était et ils se rendent compte qu’il faut faire quelque chose contre les trolls.

Mag : C’est du racisme !

Manu : Du racisme anti-troll ! C’est moche ce que tu dis !

[Rires]

Nico : Ce n’est pas vraiment que des trolls, il y a aussi des vrais problèmes, du vrai harcèlement en ligne même avec des morts. Il y a des personnes qui se sont suicidées parce que trop de pression ou autre. Il ne faut pas non plus rigoler et prendre ça à la légère.

Mag : On ne prend pas ça à la légère.

Nico : C’est vrai que les arguments qui sont soulevés derrière, c’est un peu comme le terrorisme, ils servent d’un écran de fumée pour faire passer leurs lois liberticides derrière.

Mag : C’est bien connu que ce n’est pas ce genre de projets de loi ou de loi votées qui vont changer quoi que ce soit à la situation actuelle. C’est juste du vent pour faire parler du gouvernement, de lois et ainsi de suite, et c’est totalement inutile.

Nolwenn : C’est surtout mettre en avant une nouvelle loi alors qu’il y a déjà des lois qui existent. C’est juste qu’il n’y a pas les moyens qui sont mis derrière pour faire appliquer ces lois, pour avoir suffisamment de personnes qui sont formées pour repérer les problèmes et agir en conséquence.

Luc : Effectivement, dans ces trucs-là il y a plein de choses qui vont favoriser les GAFAM, au final. Donc les GAFAM sont critiqués, on veut leur prendre leur pognon, enfin le gouvernement veut leur prendre leur pognon, mais c’est aussi leurs meilleurs alliés dans une volonté de mettre Internet au pas et de contrôler ce qui s’y passe, notamment avec des idées où les hébergeurs doivent réagir en une heure. Ce qui fait que si on est hébergeur et qu’on n’est pas une grosse boîte qui a les moyens de payer des gens à plein temps à surveiller ce qui se passe tout le temps, eh bien on ne va pas y arriver.
Du coup, ce n’est même pas une solution parce qu’il y a mille façons de harceler les gens, etc., donc on sait que ça ne résoudra pas le problème et que derrière il faut qu’il y ait des humains qui se penchent sur le problème et qu’ils agissent. On l’a vu avec le forum 18-25 où il y a eu des menaces de viol et de meurtre sur une journaliste.

Nolwenn : Seulement une seule ?

Manu : Et qui n’était pas faites sous anonymat d’ailleurs !

Luc : C’était une journaliste, du coup on s’est bougé pour elle, parce que tous les autres qui sont plus anonymes, je pense qu’ils peuvent se lever de bonne heure pour avoir un suivi de la police. Dans ce cas-là, eh bien la police a chopé les gens parce que, en général, les gens qui font ça ne sont pas nécessairement les plus malins et les plus compétents pour se cacher. Ils se sont retrouvés devant un tribunal, ils ont fait dans leur froc, et ça a été un exemple pour tous les autres.
On voit qu’à partir du moment où on se donne les moyens de le faire, eh bien on peut arranger les choses. Effectivement, pour toutes les personnes qui ne sont pas journalistes, qui ne connaissent pas quelqu’un de haut placé, etc., elles peuvent toujours aller au commissariat, je pense qu’il ne se passera pas grand-chose.

Mag : Il y a quelque chose qui est sorti cet été aussi, qui nous concerne pas mal, qui s’appelle LoL – Logiciel libre, une affaire sérieuse. C’est un documentaire sur le logiciel libre qui a été réalisé par Thierry Bayoud et deux autres personnes dont je ne me souviens pas du nom – désolée parce qu’en plus ce sont des gens adorables [écrit par Léa Deneuville et Thierry Bayoud, et réalisé par François Zaïdi]. Il y a un article sur ZDNet France qui en parle6. C’est un documentaire qui présente le logiciel libre par des interviews de plusieurs personnes dont je faisais partie, mais aussi des gens de Framasoft7, de l’April8, je me rappelle avoir vu aussi des journalistes, enfin plein de monde.

Luc : Tu peux rappeler le titre?

Mag : LoL – Logiciel libre, une affaire sérieuse.

Luc : Très bien. On va finir là-dessus. Merci beaucoup. On se retrouve la semaine prochaine et bonne semaine à tous .

Nico : Salut.

Manu : À la semaine prochaine.

Mag : Salut.

Nolwenn : Salut.

12 September 2019

ybouvard.png Yannick BOUVARD

Hello world!

Le 12 September 2019 à 14:20:52

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Mise à jour: Le 22 September 2019 à 07:33:51