Promouvoir et défendre le logiciel libre

24 September 2018

april.png Nouvelles April

Revue de presse de l'April pour la semaine 38 de l'année 2018

Le 24 September 2018 à 14:59:13

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 38

[Le Monde.fr] Linus Torvalds, l’emblématique fondateur de Linux, s’excuse d’avoir été insupportable

Par Morgane Tual , le samedi 22 septembre 2018. Extrait:
> Linus Torvalds, une personnalité majeure du monde de l’informatique, est réputé pour sa personnalité irascible et ses messages d’insultes.
Lien vers l'article original: https://www.lemonde.fr/pixels/article/2018/09/22/les-excuses-de-linus-torvalds-l-emblematique-et-caracteriel-fondateur-de-linux_5358713_4408996.html

Et aussi:
[ZDNet France] Linux: Linus Torvalds fait une pause pour corriger son attitude
[Developpez.com] Le projet Linux adopte à son tour le "contributor Covenant Code of Conduct"
[L'Informaticien] Code de conduite Linux: les développeurs sont-ils des «connards»?

[Génération-NT] Mounir Mahjoubi propose une liste d'alternatives aux grandes plateformes

Par Jérôme G., le samedi 22 septembre 2018. Extrait:
> Pour "s'ouvrir à la diversité technologique, pensez aux solutions alternatives." C'est le conseil du secrétariat d'État chargé du numérique avec la publication d'une liste forcément non exhaustive.
Lien vers l'article original: https://www.generation-nt.com/mounir-mahjoubi-alternative-grande-plateforme-actualite-1957437.html

Et aussi:
[LeMagIT] Secteur public: la mécanique de l’open source se grippe (un peu)

[LeMagIT] L'avenir du libre passe par la conversion des utilisateurs en contributeurs

Par Thierry Carrez, le vendredi 21 septembre 2018. Extrait:
> Sans contribution et engagement, pas de communauté et sans communauté, pas d’open source. Thierry Carrez, VP Engineering de l’OpenStack Foundation revient dans cette tribune d’expert sur la nécessité d’opérer un changement. Si aujourd’hui, l’open source est au cœur de l’innovation et motorise l’essentiel du logiciel, il est temps de franchir un cap: celui de la conversion des utilisateurs en contributeurs.
Lien vers l'article original: https://www.lemagit.fr/tribune/Lavenir-du-libre-passe-par-la-conversion-des-utilisateurs-en-contributeurs

[Numerama] Le développement de CLIP, le système d'exploitation souverain made in France, est ouvert à tous

Par Julien Lausson, le jeudi 20 septembre 2018. Extrait:
> En gestation depuis plus de dix ans, CLIP, le système d'exploitation souverain made in France, s'ouvre à l'open source. Désormais, n'importe qui peut participer à son développement.
Lien vers l'article original: https://www.numerama.com/tech/419569-le-developpement-de-clip-le-systeme-dexploitation-souverain-made-in-france-est-ouvert-a-tous.html

Et aussi:
[L'Informaticien] CLIP OS passe en open source
[Programmez!] CLIP OS: un OS sécurisé en Open Source

[LeDevoir.com] La pertinence des «communs»

Par Laure Waridel, le jeudi 20 septembre 2018. Extrait:
> Alors que l’on entend de plus en plus parler de l’importance d’un changement de paradigme pour protéger l’environnement et réduire les inégalités, mais que ce genre d’idée est quasi absente de la campagne électorale, nous souhaitons faire connaître ici l’approche des communs. Il s’agit d’une invitation à penser autrement.
Lien vers l'article original: https://www.ledevoir.com/opinion/idees/537180/la-pertinence-des-communs

[Libération] Aucun algorithme, jamais, ne pourra défendre la démocratie

Par Olivier Ertzscheid, le lundi 17 septembre 2018. Extrait:
> Nous avons perdu la bataille contre les algorithmes en ce qui concerne la vie privée. Il faut aujourd'hui se battre pour limiter leur impact sur nos vies publiques et notre destin collectif.
Lien vers l'article original: https://www.liberation.fr/debats/2018/09/17/aucun-algorithme-jamais-ne-pourra-defendre-la-democratie_1679311

[Developpez.com] Copyright: le rapporteur Axel Voss dit être surpris par un article du texte adopté

Par Bill Fassinou, le samedi 15 septembre 2018. Extrait:
> Il y a deux jours, la directive sur les droits d’auteur dans l'Union européenne a été adoptée. Ce à quoi personne ne s’attendait, c’est que les eurodéputés, le rapporteur Voss y compris, aient pu manquer un article. C’est pourtant ce qui s’est passé. L’amendement 76, une disposition qui restreint le droit de filmer des événements sportifs, a été adopté apparemment sans qu’une réelle attention lui soit portée.
Lien vers l'article original: https://www.developpez.com/actu/224444/Copyright-le-rapporteur-Axel-Voss-dit-etre-surpris-par-un-article-du-texte-adopte-les-eurodeputes-ont-ils-examine-tous-les-aspects-de-la-reforme

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

Thierry ARNULF

[AUDIO] FRANCE INTER – Palantir : l’œil américain du renseignement français

Le 24 September 2018 à 06:34:46

https://media.radiofrance-podcast.net/podcast09/13944-22.09.2018-ITEMA_21820319-7.mp3 Description : Le big data constitue actuellement un trésor pour les services de renseignements. Depuis environ 2 ans, la société Palantir travaille pour la DGSI. Quelle est la situation actuelle ? Durée : 00:26:07 Source : Emission Secrets d’info, du … Lire la suite

23 September 2018

Carl CHENET

Le binaire de Visual Studio Code n’est pas du Logiciel Libre. Voilà pourquoi.

Le 23 September 2018 à 22:00:06

Avez-vous téléchargé le binaire de Visual Studio Code directement depuis le site officiel ? Si c’est le cas, vous n’utilisez pas un Logiciel Libre et seul Microsoft sait ce qu’il y a dedans. Et vous devriez envisager le pire.

L’astuce de Microsoft

Je ne suis pas un juriste et je peux me tromper ou n’être pas assez précis (j’espère que vous me pardonnerez) mais je vais néanmoins vous présenter ma compréhension de la situation car le statut actuel de l’accord de licence de Visual Studio Code semble être fait de façon à tromper la plupart des utilisateurs.

Microsoft utilise une astuce simple mais efficace, autorisée par la licence du code source de Visual Studio Code: la licence MIT, l’une des licences très permissives du logiciel libre.

En effet la licence MIT est très simple. Elle dit en substance : Faite ce que vous voulez avec ce soft, conservez le copyright original et je ne suis pas responsable de ce qui peut arriver en utilisant ce soft. Ok. Sauf que, pour Visual Studio Code, cette licence ne couvre que le code source, pas le binaire !

À la différence de la plupart des licences GNU GPL, pour lesquelles le source code et le binaire construit à partir du code source sont couverts par les termes de la licence, utiliser la licence MIT autorise Microsoft à rendre disponible de façon libre le source code de leur soft, mais de pouvoir faire ce qu’ils veulent avec le binaire. Et ils ne vont pas s’en priver.

Une licence non-libre à la sauce Microsoft, qu’est-ce que c’est ?

Évidemment Microsoft n’utilise pas la licence MIT pour le binaire de Visual Studio Code à dessein. En fait ils utilisent une licence non-libre restreignant vos droits d’utilisateurs : la licence de logiciel Microsoft.

Jetons un oeil à cette licence. Vous pouvez lire la licence complète ici : https://code.visualstudio.com/license

This license applies to the Visual Studio Code product. The source code is available under the MIT license agreement.

Il s’agit de la première phrase de la licence en question. La différence entre la licence du code source et le « produit », c’est-à-dire le binaire que vous utilisez vraiment, est clairement définie.

Data Collection. The software may collect information about you and your use of the software, and send that to Microsoft.

Collecte d’informations personnelles, évidemment, difficile d’attendre autre chose de la part de Microsoft.

UPDATES. The software may periodically check for updates, and download and install them for you. You may obtain updates only from Microsoft or authorized sources. Microsoft may need to update your system to provide you with updates. You agree to receive these automatic updates without any additional notice. Updates may not include or support all existing software features, services, or peripheral devices.

En acceptant cette licence, vous me donnez le droit (que Microsoft n’utilisera peut-être pas… pour l’instant) de casser votre installation sans vous prévenir et de se ficher des conditions dans lesquelles vous l’utilisez parce que, bon, c’est Microsoft.

SCOPE OF LICENSE (…) you may not:

  • work around any technical limitations in the software;

Aussi connu comme « hacker » depuis… des dizaines d’années.

  • reverse engineer, decompile or disassemble the software, or otherwise attempt to derive the source code for the software, except and to the extent required by third party licensing terms governing use of certain open source components that may be included in the software;

On vous interdit explicitement d’étudier le binaire en question par n’importe quel moyen, parce qu’il est hors de questions que qui que ce soit sache ce que Microsoft fait avec ce binaire… qui tourne quand même sur votre ordinateur.

  • share, publish, rent or lease the software, or provide the software as a stand-alone offering for others to use.

Je peux me tromper (de nouveau je ne suis pas juriste), mais il semble ici que cette licence vous interdise de redistribuer le binaire téléchargé chez Microsoft, sauf dans le cadre des conditions mentionnées dans les sections INSTALLATION et USE RIGHTS, principalement dans le cadre des besoins de votre entreprise et/ou pour donner des démos de vos produits à l’aide de VSC. Ainsi Microsoft force l’utilisateur lambda à passer par le site officiel, ce qui assure une bonne distribution de son propre binaire.

Les sections suivantes EXPORT RESTRICTIONS et CONSUMER RIGHTS; REGIONAL VARIATIONS incluent encore davantage de restrictions à l’usage et à la redistribution du binaire.

DISCLAIMER OF WARRANTY. The software is licensed “as-is.”

Enfin une condition qui se rapproche de celle de la licence MIT. Mais dans ce cas c’est évidemment pour limiter les obligations qu’a Microsoft envers vous. Pas fou.

Donc la licence Microsoft utilisée pour le binaire de VSC n’est absolument pas une licence de logiciel libre permissive, si jamais vous n’étiez pas convaincu par le fait que Microsoft utilise déjà une astuce en employant une licence différence pour le code source et le binaire.

Ce que vous pourriez faire

Ce problème a déjà été perçu par beaucoup et il existe des solutions. Après tout, le code source utilise quand même une licence du logiciel libre. Par exemple, pourquoi ne pas construire le binaire vous-même ? Certaines initiatives apparaissent également VSCodium,  un dépôt de binaire géré par la communauté. Ce serait un bon début pour s’affranchir du binaire officiel de Microsoft.

Au niveau des distributions GNU/Linux, empaqueter Visual Studio Code dans les distributions (voir ici la discussion de VSC dans  Debian) serait un bon moyen d’éviter que les utilisateurs soient abusés par l’astuce de Microsoft afin que la majorité des gens utilisent leur « produit » en croyant utiliser un binaire libre, mais étant en fait sous une licence made in Microsoft qui casse à peu près toutes les conditions qui font un Logiciel Libre.

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21 September 2018

Thierry ARNULF

Facebook menacé par l’Union Européenne

Le 21 September 2018 à 21:41:38

Facebook se fait, encore une fois, interpeler pour le non respect des données personnelles de ses utilisateurs. En effet, Facebook avait déjà une très mauvaise réputation depuis l’affaire Cambridge Analytica (01) ou encore le bug rendu public en Juin dernier ; plusieurs articles ont … Lire la suite

tnitot.png Tristan NITOT

En vrac du vendredi

Le 21 September 2018 à 13:50:00

Lever de soleil à Paris

Lever de soleil à Paris

as a white, heterosexual, cisgender[1] man in America, I live life on the lowest difficulty setting[2]. Version française : en tant que mâle blanc, hétérosexuel, cisgenre aux USA, je vis ma vie au niveau de difficulté le plus facile.

Notes

[1] Le cisgenre est un type d’identité de genre où le genre ressenti d’une personne correspond à son sexe de naissance.

[2] J’aime la référence aux jeux vidéo, mais il oublie de dire qu’il est en plus éduqué donc d’un bon milieu et qu’il a un métier, deux choses essentielles dans le monde occidental aujourd’hui pour être vraiment dans une “vie en mode facile”.

19 September 2018

Thierry ARNULF

HOWTO – Éviter les scans de mails par Yahoo ?

Le 19 September 2018 à 07:40:50

Comment éviter les scans de mails par Yahoo ? Généralités : Les géants du web (GAFAM (01)) ont généralement l’habitude de tracer et de profiler leurs utilisateurs, plus ou moins sans leur consentement. Yahoo n’est pas en reste puisqu’il scanne les … Lire la suite

17 September 2018

april.png Nouvelles April

Data, la bataille du siècle - Futurapolis 2017

Le 17 September 2018 à 16:16:02


G Berry - A Jean - G Koenig - G Grallet - É Gernelle

Titre : Data, la bataille du siècle
Intervenants : Gérard Berry - Aurélie Jean - Gaspard Koenig - Guillaume Grallet - Étienne Gernelle
Lieu : Futurapolis 2017 - Toulouse
Date : novembre 2017
Durée : 58 min 40
Visualiser la conférence
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : copie d'écran de la vidéo
NB : transcription réalisée par nos soins.
Les positions exprimées sont celles des intervenants et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Description

Qu’elle soit Big ou Open, la data ne cesse de faire parler d’elle. La démocratisation des objets connectés, l’effondrement du coût de stockage et les perspectives de l’utilisation commerciale qu’elle offre ont fait entrer la data dans une nouvelle ère.
Ces données qui savent déjà traquer nos moindres déplacements, achats, et battements de coeur sauront-elles anticiper nos désirs cachés, améliorer notre santé ou décider à notre place ?

Transcription

Présentateur : Avec nous Aurélie Jean, scientifique numéricienne et entrepreneure, cofondatrice de MixR.net. Gérard Berry, professeur au Collège de France, membre de l’Académie des Sciences, on peut l’applaudir. Gaspard Koenig professeur de philosophie et essayiste. Et rien de moins qu’un fameux duo de choc pour les questionner, à ma gauche Étienne Gernelle — on vous avait présenté comme modérateur, ce qui est surprenant quand on vous connaît un peu — directeur du Point et Guillaume Grallet, pour la caution sérieuse et morale qui est tout au bout, merci Guillaume. À vous messieurs.

Étienne Gernelle : Merci beaucoup Maurice. On est très contents d’être là aujourd’hui avec un panel extrêmement prestigieux et qui n’a pas peur, en plus. C’est parti. On va parler des data et les data c’est quelque chose qu’on voit souvent dans les nuages, un peu partout, mais c’est aussi très concret. Je voulais commencer, avant qu’on rentre dans le dur, le débat, la polémique, la violence, qu’on se demande une question très simple : puisque les data on dit souvent que c’est le pétrole du XXIe siècle, le pétrole ça prend très longtemps à produire, mais les data c’est nous qui les produisons ; alors depuis ce matin, qu’est-ce que vous avez produit comme données vous ? Vous avez forcément produit des données depuis que vous êtes levé ce matin !

Gaspard Koenig : Oui, on a produit plein de données. Moi j’en ai peut-être produit un tout petit peu moins, parce que j’enlève la géolocalisation sur mon téléphone, sur mon smartphone.

Étienne Gernelle : C’est un rebelle Gaspard.

Gaspard Koenig : Je conseille à tout le monde de le faire. Il faut rentrer les adresses à la main mais comme ça, au moins, vous n’êtes pas traçable.

Étienne Gernelle : Aurélie.

Aurélie Jean : Déjà Google Maps, forcément, pour venir jusqu’ici à pied. Donc la géolocalisation qui est forcément traitée, absorbée et j’imagine que les pubs après qui me seront proposés sur Google seront forcément envoyés à ma géoloc. Google, forcément. WhatsApp, Messenger. Donc oui, je pense qu’il y a eu beaucoup de données qui ont été collectées depuis ce matin me concernant en tout cas.

Étienne Gernelle : Bravo ! Vous êtes une bonne productrice de données.

Aurélie Jean : Très bonne productrice, c’est vrai !

Étienne Gernelle : Gérard Berry.

Gérard Berry : L’idée que c’est nous qui produisons les données est une idée qui n’est pas tout à fait juste. Les données que nous produisons nous-mêmes ce n’est rien du tout par rapport aux données qui sont produites pour nous par nos appareils. Par exemple ce matin je me suis servi de mon ordinateur pour faire du courrier électronique et je sais qu’il y a beaucoup de gens qui ont su exactement à quelle vitesse je tapais les touches, quand, où, comment j’écrivais, et qui sont capables de rejouer des sessions que je fais, ce qui est tout à fait scandaleux, mais c’est généralisé. Donc j’ai produit une quantité phénoménale de données rien qu’en faisant ce que je fais d’habitude. Personnellement j’ai décidé que je m’en fichais, mais ce n’est pas forcément vrai pour tout le monde.

Étienne Gernelle : Pardon, question un peu technique, mais est-ce que c’est stocké le rythme auquel on écrit sur un ordinateur ? Comment c’est possible ?

Gérard Berry : Ça ce n’est rien du tout, ça c’est tout petit. C’est la vidéo qui prend de la place, mais comment on tape sur un ordinateur, c’est très facile à stocker, ça ne prend pas de place.

Guillaume Grallet : Il y a une autre question qui nous passionne avec Étienne, hier, au marathon des créatifs, il y a une start-up qui était innovante et, en fait, on avait finalement peu de choses à lui reprocher parce qu’elle disait : « À chaque fois que vous allez faire un achat, on a mis au point un système dans lequel le ticket de caisse, il y a QR Code, vous pourrez le scanner et vous aurez une réduction immédiate sur les futurs achats et, en même temps, le commerçant va récupérer vos données. » Donc il expliquait que c’était une plateforme révolutionnaire et c’est vrai qu’il y a un business modèle assez bon. Ma question, pour l’instant, c’est est-ce qu’on peut récupérer l’usage de ses données ? Je crois, Gaspard, avec votre think tank, vous réfléchissez à une solution assez radicale là-dessus.

Gaspard Koenig : En fait c’est intéressant, parce que pourquoi cette start-up fait ça en passant par les bons d’achat ? Simplement parce qu’elle n’a pas le droit aujourd’hui, dans l’état actuel du droit, de rémunérer les utilisateurs pour les data qu’ils produisent. Donc ils passent par des choses un peu de biais comme les bons d’achat.

Aujourd’hui il n’y a pas en droit, ni aux États-Unis, ni en Europe, de propriété privée sur les données. Les données ne sont pas de nature patrimoniale. J’entends les données personnelles. Parce qu’ensuite, les données qui sont récupérées par les plateformes sont, elles, agrégées ou créées d’ailleurs, et forment des data-bases qui sont, elles, soumises au droit de propriété intellectuelle et qui forment l’essentiel du business modèle des grandes plateformes qui ensuite peuvent les revendre y compris à des institutions publicitaires qui, Aurélie l’a dit, vous « retargettent » et vous proposent les produits que vous êtes censé vouloir.

Le grand vol dans tout ça — ce n’est pas grave, c’est une industrie nouvelle, ça fait dix ou vingt ans ; la révolution industrielle on a mis des dizaines d’années pour produire le brevet, la propriété intellectuelle que cette révolution appelait. De même je pense que la révolution numérique appelle la création d’un droit de propriété sur la data et sur la data personnelle. Parce qu’aujourd’hui, on dit c’est le pétrole du XXIe siècle, mais le producteur du pétrole, le raffineur du pétrole, il se fait de l’argent avec la valeur ajoutée qu’il apporte, c’est normal, mais le producteur primaire du pétrole, qui est vous et moi, vous n’êtes pas rémunérés, vous n’êtes pas payés par Google, vous n’êtes pas payés par Facebook. Or, quand vous sortez de chez vous, vous fermez la porte de votre appartement ; si vous oubliez votre portefeuille dans un magasin vous allez le chercher ; si quelqu’un l’a volé, vous allez porter plainte. Vous avez des objets qui sont à vous, que vous protégez. Pourquoi est-ce qu’il n’en serait pas de même des data ?

On va me dire « oui mais les data vous offrent un service gratuit » ; c’est ce que dit Tirole d’ailleurs dans son livre : quand vous utilisez Google, vous utilisez un service donc si vous laissez vos data, en un sens c’est un échange. Oui, mais c’est un échange très collectiviste puisque c’est le même pour tous. Quelle que soit la valeur des data que vous apportez à Google, vous n’avez absolument pas le choix, vous cliquez simplement sur des terms and conditions que vous ne comprenez pas. À titre d’exemple, les terms and conditions de Paypal sont plus longues que Hamlet et beaucoup moins amusantes à lire. Et dans l’hypothèse même que vous les ayez lues, vous n’allez certainement pas les négocier. Je ne sais pas si vous vous rappelez que récemment il y avait eu un scandale, il y a un an, parce que Facebook avait modifié les posts que recevaient un certain nombre d’utilisateurs en leur donnant à voir des choses négatives. Conclusion de l’étude c’était : quand les gens voyaient des messages négatifs ils devenaient plus tristes. Il ne fallait pas être un grand génie pour trouver ça ! Donc les gens ont protesté, mais le plus intéressant et le plus scandaleux c’est qu’en fait Facebook avait le droit de faire ça ; parce que dans les terms and conditions, que vous n’avez pas lues, vous laissez à Facebook le droit d’utiliser vos data, y compris sur vous-même, pour toute fin de recherche qu’il juge nécessaire.

Donc face à ça, face à ce nouveau problème des communs qui est que nos data sont pillées, sont dans la nature, évidemment, les gens s’en rendent compte, il y a plusieurs grandes options de politique publique qui apparaissent et qui, en fait, remettent au goût du jour les vielles philosophies politiques qui ont quelque chose à dire sur ce problème des data.

Vous avez l’option communiste qui est de nationaliser la donnée, et elle est discutée puisque quand Pierre Bellanger parle de souveraineté numérique, il a ça en tête. Il dit l’État, finalement, ramène toutes les données, les anonymise et ensuite les redistribue.

Vous avez l’option qui est aujourd’hui adoptée par les régulateurs européens et aussi français, par la CNIL, par le prochain règlement GDPR [General Data Protection Regulation], qui est un système de droits et d’obligations, ce qu’on appelle le droit personnaliste. C’est-à-dire vous avez le droit de savoir quel algorithme a utilisé vos données bancaires par exemple ; vous avez le droit à l’oubli. À l’inverse, les plateformes ont l’obligation de proposer des algorithmes qui ne prennent pas en compte votre historique recherche, etc. Ce sont des droits et des obligations qui vont être extrêmement compliqués, qui vont judiciariser les processus, qui vont probablement freiner l’innovation et qui vont coûter énormément aux entreprises.

Vous avez une troisième option, ce n’est pas moi qui la propose, déjà Jaron Lanieraux États-Unis a beaucoup travaillé là-dessus, le think tank que je dirige est en train de faire un rapport avec des gens qui s’y connaissent mieux que moi.

Étienne Gernelle : Génération libre.

Gaspard Koenig : Génération libre. Pour comprendre comment économiquement, juridiquement, ça peut tenir la route. C’est de créer un droit de propriété sur la data qui fait que via des intermédiaires qui se créeront, chacun peut vendre à ces plateformes ses data selon un prix qui sera un prix de marché. C’est-à-dire qu’il vous dira moi j’abandonne toutes mes data à Facebook par exemple, en échange j’ai le maximum ; ou moi j’utilise Facebook sans lui donner mes data, donc je paye, je paye le prix, c’est normal parce que je crée une externalité négative pour la plateforme ; ou bien je les cède mais, par exemple, avec des conditions : sans qu’il cède à des tiers, sans que ceci cela et, à ce moment-là, il y a un prix qui sera négocié. Chacun aura une sorte de compte intelligent avec des flux permanents de crédit et de débit sur l’utilisation qui sera faite de ses data et, me dit-on techniquement, la blockchain — c’est le mot magique qui permet de tout résoudre — permettrait d’y arriver.

Pourquoi ça ne se fait pas aujourd’hui ? Je ne vais dans les détails, mais ça serait intéressant d’en parler, pourquoi ça ne se fait pas aujourd’hui, quelle est la résistance philosophique profonde ? La résistance philosophique profonde, qui est clairement expliquée par le Conseil d’État dans son rapport de 2014 sur le numérique, qui est un texte très intéressant qui traduit toutes nos névroses, le problème philosophique profond c’est que la data est considérée par les juristes, par nos gouvernants, comme l’émanation de soi, les données personnelles. Or le soi, depuis le droit romain, le soi est un sujet, n’est pas un objet ; le soi n’est pas patrimonial : je ne peux pas vendre mon corps, je en peux pas vendre mes organes, je ne peux pas vendre mon cadavre ; même si d’ailleurs les hôpitaux les revendent ensuite à des chirurgiens, c’est le même problème finalement pour la data. Mais bon !

Donc vous avez un article 16-5 du Code civil qui dit « le corps n’est pas à vendre ». Puisque je ne peux pas marchandiser mon corps, c’est le même débat que sur la GPA [Gestation pour autrui], je ne peux pas marchandiser ma data. Et comme je ne peux pas la marchandiser eh bien, en fait, je me laisse piller. Alors que si on va jusqu’au bout de la logique de la modernité, jusqu’au bout de la logique de Locke qui est le premier à avoir posé que « je m’appartiens à moi-même », I own mysef, contre la logique judéo-chrétienne qui voulait que nous ne soyons que l’usufruitier de notre propre corps qui, in fine, appartient à Dieu et reviendra dans son royaume, si véritablement nous sommes dans un monde immanent où personne d’autre que moi ne peut être propriétaire de moi-même, eh bien oui, il faut poser un droit de propriété de soi sur soi, dont la conséquence logique sera aussi d’avoir un droit de propriété sur les data.

Tout ça, ce sujet de la patrimonialité des data, nous ramène à des options philosophiques profondes sur l’avenir de nos sociétés, parce que si vous substituez au sujet de droit romain la propriété de soi sur soi, vous chamboulez un certain nombre de systèmes juridiques et économiques et je pense que ça ce sera l’avenir, ça sera la grande question du siècle qui vient, avec les bio tech et tout ça.

Étienne Gernelle : À propos de résistance philosophique aux religions, est-ce que vous avez une résistance philosophique à ce que vient de dire Gaspard ?

Aurélie Jean : Je trouve l’idée très intéressante, cette idée de vendre de la donnée qui du coup n’est pas anonyme, qui est rattachée à une personne, un individu, une identité. En fait, j’ai quelque d’autre en plus de ça, que je trouve intéressant, c’est de rendre la donnée anonyme et de la rendre ouverte à tous, qui sont deux choses qui peuvent, pour moi, vivre en parallèle mais qui n’ont pas le même but. C’est-à-dire que ce que propose Gaspard est une manière, en fait, de développer un business modèle beaucoup plus juste et qui va peut-être s’auto-équilibrer de la donnée. À l’heure actuelle, il faut quand même s’en rendre compte, le marché de la donnée est un marché unilatéral ; il faut quand même s’en rendre compte ! D’ailleurs je le dis souvent aux gens. Quand aux gens je demande : « Quel est selon vous le client de Facebook ? », ils disent : « Eh bien c’est moi. » Je fais : « Non, ce n’est pas toi ! C’est le mec qui achète de la pub ». Et les gens ne s’en rendent pas compte. Donc c’est intéressant.

Moi, pour la donnée, en fait, j’aime beaucoup cette idée, parce qu’encore une fois ça remet à plat un business modèle qui a été fait de façon assez violente, assez rapide, et par des gens qui n’avaient pas forcément, peut-être, de bonnes idées à la base. Après, en parallèle de ça, je suis pour rendre la donnée anonyme et ouverte à tous. Ce serait un moyen aussi d’arriver à tacler, quelque part, les challenges techniques liés à la donnée tels que les biais, enfin tu sais exactement, voilà.

Guillaume Grallet : Ouais, on va en parler tout de suite. Monsieur Berry vous avez une expression que j’adore, vous dites qu’il faut s’emparer des problèmes avant qu’ils ne soient contrôlés par les autres. Est-ce que vous êtes d’accord avec l’approche de Gaspard ? Est-ce que vous pensez que c’est réalisable ?

Gérard Berry : Je suis d’accord avec l’approche à la base ; que ce soit réalisable, là, je pense que ce n’est pas du tout forcément vrai, de même que l’anonymisation parce qu’il y a des freins absolument majeurs qu’il faut bien connaître.

D’abord on a plusieurs problèmes sur le sujet. Il y en a un qui est absolument massif en ce moment, vous le suivez peut-être, qui s’appelle la sécurité informatique. Quand on se fait voler ses données en grand, ce qui arrive mais alors de façon triviale ! eh bien là, toutes les lois ne servent plus à rien, je dirais. Je donne deux exemples simplement :
Equifax, organisme de certification du crédit numéro 1 aux États-Unis, s’est juste fait voler 145 millions de données ; les données personnelles de 145 millions de clients aux États-Unis et probablement de 40 millions en Angleterre ; l’intégralité, c’est-à-dire le nom, l’adresse, le numéro de téléphone, le numéro de compte en banque et tout ça. Ce n’est pas anodin ! Ils ont mis plusieurs mois à le dire.
Uber vient de se faire voler les données, ne vient pas de se faire voler, vient d’admettre qu’il s’était fait voler en juillet les données de 57 millions de comptes, dont peut-être le vôtre, et, pour l’instant, ils ne se sentent pas obligés de dire de qui c’est.

Pour l’instant les gens sont rentrés dans le mou, parce que je ne sais qui dans cette salle a appris dans sa jeunesse quoi que ce soit sur l’informatique. Je pense qu’un médecin qui va être confronté à l’informatique tout le temps a eu exactement zéro seconde de formation sur le sujet. Donc, comme les gens ne comprennent pas le sujet, que les conditions générales d’utilisation, les fameuses CGU, sont de toutes façons incompréhensibles, qu’il faut juste cliquer dessus — avant il ne fallait même pas cliquer dessus, il fallait cliquer dessus si on ne les voulait pas, mais que de toutes façons ça ne marchera pas si on ne clique pas dessus — tout ça n’a aucun sens réel. D’accord ? Le premier obstacle c’est le maintien de l’ignorance. C’est-à-dire qu’on peut discuter très bien ; on dit on va protéger les données, il faut juste admettre qu’on ne sait pas faire ça.

L’anonymisation. Ah ! C’est un très vaste sujet ! Eh bien il n’est pas clair qu’on sache faire ça. Je donne un exemple. Les médecins ont besoin des données génomiques pour faire des très grandes études de big data. Pour le coup, les données génomiques ne sont pas trop fausses, parce qu’il ne faut pas oublier que les données sont largement fausses dans la nature.

Guillaume Grallet : Ça c’est un vrai sujet.

Gérard Berry : Par exemple quand on dit on va lire la littérature sur le cancer, comme fait Watson, la littérature médicale, il ne faut pas oublier que les médecins pensent qu’il y a environ au moins 25 % des papiers qui sont foireux, donc il faut faire attention.

Étienne Gernelle : Il faut nettoyer les données frelatées alors ?

Gérard Berry : Nettoyer les données c’est compliqué ! On est dans un monde qui est quand même difficile. La sécurité c’est difficile. Ce n’est pas que les gens sont spécialement mauvais, c’est que le problème est dur ; on ne sait pas vraiment le résoudre à l’heure actuelle. Donc l’anonymisation, c’est gentil, je ne sais pas comment on va faire pour anonymiser mon génome. Je pense qu’on sait me reconnaître.

Aurélie Jean : Vous avez entièrement raison, d’autant plus lorsqu’on s’intéresse à des données qui caractérisent votre identité. Ça je suis d’accord ; quand on s’intéresse à des données qui caractérisent votre identité.

Gérard Berry : Oui, mais regardez ça.

Aurélie Jean : Il y a déjà, je pense, un large panel de data qu’on peut rendre anonymes et qui nous permettent peut-être de mieux avancer sur ses propres données.

Gérard Berry : Ça c’est loin d’être sûr, parce qu’on sait croiser beaucoup de choses, donc quand on donne des données. Voilà ! Par exemple si on veut faire des statistiques médicales et qu’on dit on va enlever la date de naissance des gens, eh bien perd une information majeure, donc c’est difficile.

Aurélie Jean : Vous avez entièrement raison. Ce n’est pas assez. Vous avez entièrement raison et la médecine, je pense que c’est le cas le plus critique où, en fait, si on écarte les données ethniques, le genre, le sexe, on écarte complètement une donnée qui peut-être importante pour l’analyse en fait a posteriori des données.

Gérard Berry : Et puis je pense qu’il n’est pas très dur à l’heure actuelle, mais ce n’est pas fait parce que les gens ne veulent pas le faire, de faire une application qui, quand on arrive sur un clavier quelconque, dit : « Who am I ? », et qui répond : « Vous êtes Gérard Berry. » Je pense qu’on saurait faire ça, donc l’anonymisation ce n’est pas facile.

Aurélie Jean : En fait, quand je parle de rendre les data anonymes, c’est de ne pas affecter la donnée à une identité. C’est-à-dire Gaspard, on peut connaître tes données, à savoir que tu es un homme de tel âge — je ne dirais pas ton âge, je ne connais pas ton âge, je ne veux vexer personne !

Gaspard Koenig : Il est jeune ! Google le connaît !

Aurélie Jean : De telle nationalité, telle profession, mais ce ne sera pas Gaspard.

Gérard Berry : C’est très facile à croiser avec des tas d’autres.

Aurélie Jean : La corrélation est très facile, mais ça demande un effort supplémentaire.

Gérard Berry : Il faut vraiment analyser ce problème en détail, en grand, et c’est un problème technique, ce n’est pas qu’un problème philosophique. Il faut faire les deux en même temps, ce que vous faites de toutes façons, il faut faire les deux en même temps et ne pas penser qu’il suffit de décider de faire quelque chose pour que ce soit fait. C’est difficile.

Aurélie Jean : Complètement.

Étienne Gernelle : Gaspard n’est pas difficile à reconnaître, parce que, en France, il est le seul à peu près à penser ce qu’il pense.

Gaspard Koenig : Sur le problème de l’ouverture des données, de l’open data, faut-il être anonymisé ?, moi je reste extrêmement prudent, je me méfie énormément notamment des algorithmes qui, pour le coup, sont classés secret Défense, qui désormais, vous le savez, c’est l’article 2 de la loi renseignement, filtrent l’ensemble des metadata qui émanent des opérateurs téléphoniques français ; la NSA le faisait déjà pour les États-Unis depuis longtemps. Donc aujourd’hui, vous avez quand même une mainmise extrêmement inquiétante du pouvoir central, des GAFA aussi, mais aussi du pouvoir politique sur l’ensemble de nos données. D’ailleurs, dans ce rapport du Conseil d’État que je mentionnais, il faisait l’hypothèse de la patrimonialité des data, ce que je viens de vous dire, c’est quelque chose qui est étudié et il disait : « Oui mais quand même, ça serait très embêtant s’il y avait la patrimonialité des données parce le fisc et la police devraient justifier l’utilisation qu’ils font des data des utilisateurs. »

Et c’est ça qui est intéressant dans ce système de patrimonialité, c’est que si pour des raisons d’intérêt général — santé, police, fisc, etc. — vous voulez ouvrir les données, aujourd’hui vous ne vous justifiez devant personne à peu près. Avec un système de propriété privée, vous devrez justifier de quoi ? D’une expropriation ou d’une mise à disposition, qui est un sujet juridique qui existe, comme les lignes de train qui vont passer dans votre jardin parce que c’est d’intérêt général. Et du coup, c’est le juge judiciaire qui pourra contrôler que cette expropriation est proportionnelle à l’intérêt général recherché.

Donc au lieu de prendre toutes les données comme ça d’un coup en disant « oui, mais ne vous inquiétez pas, c’est pour l’intérêt général », s’il y a de la propriété privée des data les gens pourront dire « attendez, est-ce que vous êtes bien sûr que ce que vous faites est proportionnel, mesuré, etc. ? » Et c’est le juge judiciaire, j’insiste, et pas administratif, qui ira regarder ce qui se passe.

Donc ce système de droit de propriété, remettre le droit de propriété au centre du sujet de la data, a des conséquences sur la rémunération, mais a aussi des conséquences sur, par exemple, l’open data, et donc vous pouvez repenser, en fait, l’éthique de la data à travers le transfert des droits de propriété.

Étienne Gernelle : Sur le contrôle de la data par les citoyens.

Aurélie Jean : Et je pense qu’au-delà de la data, d’ouvrir la data, pour reprendre en fait la théorie de Tijmen Schep qui est un data scientist néerlandais et un grand activiste de la data et de la protection des données — je pense qu’il t’intéresserait énormément — et en fait il dit lui que au-delà des données, il faudrait ouvrir les algos ; je m’explique. C’est-à-dire que lui il considère, et il cite Deleuze pour ça donc c’est très intéressant, qu’il y a les lois et puis au-dessus il y a les choses un peu plus élevées qui vont conditionner nos actes quotidiens, qui est une morale religieuse, laïque, peu importe, mais il y a quelque chose. En fait, il dit : « Les textes de loi sont des choses qui sont complètement ouvertes. Personne n’est censé ignorer la loi parce que, quelque part, c’est ouvert. »

Étienne Gernelle : Ne peut ne pas la connaître.

Aurélie Jean : Ne peut. Voilà. Oui. Et en fait, lui ce qu’il dit c’est parce que les algorithmes, en fait, quelque part, recréent le tissu social de demain ce serait normal que les algorithmes publics ou privés — on en parlait avec Gérard Berry ce matin en disant que les algorithmes publics étaient déjà, on était obligé de les rendre publics — soient, doivent en fait, être accessibles par tous. Donc je trouve ça, en fait, très intéressant, d’autant plus que lorsqu’on dit ça à quelqu’un les gens pensent que l’algorithme c’est la clef, c’est un peu le pétrole, le cœur du pétrole en fait du business modèle de toutes les entreprises tech.
En fait, pas vraiment, parce qu’il y a la data, il y a l’algorithme et puis il y a ce qu’on en fait, l’implémentation dans le code informatique qui va définir quelque part aussi la réponse, la performance. C’est cette implémentation qui est vraiment un enjeu pour les entreprises. La preuve : des boîtes comme Google et Facebook publient dans des revues scientifiques leurs algorithmes. C’est intéressant. Je n’ai pas encore d’avis fort là-dessus, mais j’aime beaucoup cette idée de paralléliser, de mettre face à face les textes de loi et les algorithmes qui créent, en fait, le tissu social de demain et notre place dans la société, à chacun.

Étienne Gernelle : C’est l’histoire de la révélation dans les Tables de la loi.

Aurélie Jean : Voilà !

Guillaume Grallet : Il y a un autre aspect sur lequel on voulait vous entendre Aurélie, c’est sur les biais qui peuvent être utilisés par les algorithmes. C’est-à-dire qu’un algorithme n’est pas neutre, en fait.

Aurélie Jean : Oui. Mais je dis aussi souvent que les algorithmes ne sont pas coupables. C’est-à-dire qu’en fait ce qui se passe c’est que lorsqu’on parle de données — et c’est pour ça que l’open data c’est quelque chose auquel je suis très sensible parce que ça permettrait de minimiser les biais, je pense —, ces données vont nous servir à faire de l’analyse par un algorithme qu’on aura choisi et qu’on aura implémenté dans un code de calcul pour avoir une réponse, une prédiction, en tout cas une tendance.
Et ce qui se passe dans ces données, c’est qu’en fonction du type de données que vous allez choisir, que vous allez sélectionner, vous allez sûrement avoir des réponses différentes ; on parle d’échantillonnage. Et, en toute rigueur, lorsque vous faites un calcul, vous devez le faire sur plusieurs échantillons de tailles différentes, de natures différentes, pour pouvoir définir ce qu’on appelle la représentativité de l’échantillon et pouvoir faire un statement, de dire « mon échantillon est représentatif, il n’y a pas de biais ».
Dans la réalité, c’est beaucoup plus compliqué que ça. Et l’intelligence artificielle, en plus de ça, va, quelque part, renforcer, est un amplificateur des conséquences de ces biais pour la simple et bonne raison que l’on va développer des algorithmes qui vont être entraînés sur des données. Le biais initial des données va renforcer, en fait, ce que j’appelle la discrimination technologique à la fin du produit en sachant que certains utilisateurs vont être écartés de l’utilisation d’un produit parce que leur data n’aura pas été considérée en entrée. Donc l’open data c’est quelque chose qui m’intéresse beaucoup pour ça parce que je pense, j’espère en tout cas parce que ce n’a pas été testé complètement encore, qu’en fait, en ouvrant les données, ça veut dire qu’on aura beaucoup moins de contrôles sur la source, les gens pourront mettre leurs données, n’importe qui. Et on a aussi cette grande question de nos confrontations à l’aveugle, de benchmark où, en fait, les gens vont pouvoir aller prendre des données, les tester eux-mêmes. Les chercheurs le font, il y a eu un test très intéressant dans la ville de New-York pour ça où, en fait, la ville de New-York a une énorme plateforme d’open data où les gens vont mettre leurs données et les gens vont chercher des données pour les traiter, les analyser et on a vu des incohérences ; on a vu des biais, des incohérences, des mauvais fonctionnements dans la ville de New-York grâce à ça.
Donc je crois beaucoup à l’ouverture pour minimiser les biais et donc minimiser les discriminations technologiques.

Gaspard Koenig : Mais le problème c’est où est-ce que tu places le curseur de considérer que cette data est d’intérêt général ou non.

Aurélie Jean : C’est ça qui est compliqué.

Gaspard Koenig : Le problème de tous ces algorithmes c’est que, finalement, tu peux dire que tout est d’intérêt général.

Aurélie Jean : Bien sûr !

Gaspard Koenig : Par exemple réduire la consommation d’électricité globale, c’est d’intérêt général. Donc est-ce que ça justifie que j’ai obligatoirement un compteur Linky dans ma maison, qui fait que je suis lié au réseau en permanence, qu’on sait en permanence quelle est ma consommation d’électricité ? C’est optimal pour le bien-être du groupe mais c’est complètement intrusif.

Aurélie Jean : Tu as entièrement raison. Je comprends. En fait, quand tu dis ça, je dis beaucoup que tous les scientifiques et tous les développeurs ont, pendant très longtemps, fonctionné de façon logique. C’est-à-dire qu’on essaie d’avoir un raisonnement logique sur ce qu’on fait. Et je pense qu’on va tendre vers un fonctionnement analogique où on va devoir fonctionner par comparaisons, on va devoir s’ouvrir pour justement, exactement ce dont tu parles là : les scientifiques, les développeurs doivent se poser ces questions. Et ça va être un long processus. On est dans une vraie transformation de la discipline elle-même, de la manière dont on la réfléchit, dont on l’appréhende.

Guillaume Grallet : Gérard Berry qui voulait réagir.

Gérard Berry : Je crois que la publication des données et des algorithmes c’est un sujet important, mais il ne faut pas se leurrer, il y a des gradations. Par exemple les algorithmes de l’État doivent être publiés, c’est officiel. Des fois il y a de la résistance. Pour APB, le fameux algorithme APB [Admission Post-Bac ], il a fallu le tribunal administratif.

Guillaume Grallet : Qui était une catastrophe ; il faut les choses !

Gérard Berry : Mais l’algorithme n’est pas tout. D’abord il y a trois choses. On utilise des mots beaucoup trop faibles. Par exemple on parle de data sans algorithme, ça n’existe pas, ça ne fait rien la data sans l’algorithme, les données pardon, sans l’algorithme, ça ne fait rien !

Aurélie Jean : Vous avez raison.

Gérard Berry : La donnée souvent on ne la connaît pas bien, souvent elle n’est pas propre, en plus c’est compliqué à nettoyer, mais les algorithmes eux-mêmes il y a trois cas :
il y a ceux qui sont publiés, il y en a beaucoup qui sont publiés, y compris par les GAFA ;
il y a ceux qui sont complètement secrets, c’est-à-dire privés, à des sociétés
et puis il y a des intermédiaires. Les intermédiaires sont intéressants.

Par exemple les algorithmes qui font voler les avions sont certifiés — moi je le sais parce que nous on fabrique les outils pour faire ces algorithmes. Ils sont certifiés, ça veut dire que les avions d’Airbus ce n’est pas seulement Airbus qui décide qu’ils sont aptes à voler. Ce sont des organismes de certification internationaux, avec des méthodes très strictes qui peuvent être bien améliorées scientifiquement mais qui sont très strictes, et il y a peut-être des ingénieurs de Boeing qui vont vérifier les algorithmes d’Airbus. Ce n’est pas pour ça que c'est public, mais c’est très bien analysé, etc. Donc il y a des gradations. Et sur la sécurité c’est un peu pareil. Il y a des algorithmes de sécurité dans le monde et les gens disent : « Mais les algorithmes open, ouverts, sont meilleurs en sécurité », la réponse n’est pas forcément « vrai ».

Aurélie Jean : Ce n’est pas forcément vrai.

Gérard Berry : Ce n'est pas forcément vrai. On a trouvé des bugs absolument massifs dans des algorithmes de Linux tout à fait publics, qui ont déjà été scrutés. Le sujet est super dur, c’est ça qu’il faut comprendre, il ne suffit pas de décider pour y arriver.
Donc il faut trouver des bons moyens et des bons termes. Par exemple, un cas qui me déplaît profondément et là j’en ai plein, si vous lisez mon bouquin vous allez voir des pages de bugs absolument toxiques dans les automobiles, et le grand combat des constructeurs de l’automobile c’est de faire qu’il n’aient pas de certification. En fait, je pense que Renault, Peugeot et tout ça n’ont pas d’idée de ce qu’il y a dans leurs propres voitures, parce qu’ils n’ont pas forcément accès à ce que font leurs sous-traitants. Donc là, on est devant des problèmes qui sont dangereux parce que les voitures ça tue beaucoup plus que les avions, il ne faut pas oublier, et que là, désolé, l’informatique n’est pas de bonne qualité et personne ne s’en occupe.

Je vous en cite un quand même pour voir. Les pacemakers ont été analysés par une boîte de sécurité aux États-Unis ; pacemakers ce n’est pas rien ! Ils ont pris des pacemakers des quatre plus grands fabricants américains, ils les ont regardés de près, ils ont trouvé qu’il était très facile de pirater des pacemakers ; plus précisément que chaque pacemaker a des milliers de trous de sécurité, ce n’est pas tout à fait rien ! connus d’ailleurs à peu près tous. Les fabricants ont dit : « Ce n’est pas possible pour n’importe qui de le faire parce que la machine pour le faire, il n’y a que les médecins qui l’ont. » Les autres ont répondu : « On les a achetées sur eBay. » Voilà ! Donc la situation n’est pas très bonne parce que l’ignorance règne. Il faut s’occuper de ces problèmes. Et pour s’occuper de ces problèmes, je dirais, il ne suffit pas de lire les journaux, il faut se renseigner vraiment dessus.

Étienne Gernelle : Il faut lire les journaux quand même.

Gérard Berry : C’est bien de lire les journaux, ça commence.

Aurélie Jean : Je voulais parler de quelque chose qui me touche quand vous parlez d’ignorance, ça me touche beaucoup. Moi je crois que tout le monde doit comprendre un minimum ce qui se passe et comprendre les tenants et les aboutissants. La passerelle, pour moi, c’est de comprendre la technologie, d’avoir une plus grande culture scientifique là-dessus et je pense que c’est quelque chose qui devient de plus en plus critique. C’est-à-dire qu’on doit devenir ce que j’appelle des utilisateurs éclairés des technologies, on ne doit pas seulement utiliser une technologie de façon aveugle, parce qu'on doit se rendre compte, en fait, de comment ça fonctionne, des biais bien évidemment, et ça, vraiment pour moi c’est quelque chose de profond si on veut aussi avancer et que tout le monde puisse faire avancer le débat sociétal sur ces sujets.

Guillaume Grallet : Ce qu’on appelle en bon français la digital literacy. Il y a le débat sur ce qu’il faut rendre public ou non ; il agite au cœur même des GAFA. J’ai été assez surpris, à l’intérieur même de Facebook il y a une vraie querelle quasiment idéologique entre Yann LeCun, le grand chercheur universitaire qui s’occupe de l’intelligence artificielle, un Français qui est basé à New-York, qui lui rend la quasi-totalité de ses recherches disponible sur Archive et puis une personne comme Regina Dugan, qui a été embauchée par Facebook et qui vient de la DARPA et qui, elle, ne rend rien disponible, rien public.

Étienne Gernelle : La DARPA [Defense Advanced Research Projects Agency], Guillaume, on précise c’est le département de recherche.

Aurélie Jean : De l’armée.

Étienne Gernelle : De l’armée américaine.

Guillaume Grallet : C’est vraiment très intéressant parce que c’est un débat qui nous agite. Je voulais juste reposer une question à Gaspard : si on arrive à reprendre le contrôle de nos données, cette fameuse propriété, est-ce qu’il n’y aura pas une dichotomie entre les données des riches, les données des pauvres ? C’est-à-dire est-ce qu’il n’y aura pas une inégalité par rapport à tout ça ?

Étienne Gernelle : Il n’y a que les riches qui vont garder leurs données et les pauvres qui vont les vendre.

Gaspard Koenig : Non ce seront des choix, des arbitrages de consommation. Effectivement si vous voulez payer, vous devrez payer pour votre privée ça c’est clair, pour garder votre vie privée. Ensuite c’est un arbitrage de consommation de savoir si oui ou non on est prêt à payer. Ensuite, savoir si les revenus sont également distribués dans la population, c’est une autre question qui n’a rien à voir avec notre sujet.

Deuxièmement, je reprends l’exemple de la voiture, qui est quand même intéressant sur l’idée patrimoniale des données, je ne peux plus acheter une voiture aujourd’hui, d’ailleurs c’est pour ça que je garde ma vieille voiture, je ne peux plus acheter une voiture non connectée aujourd’hui ; c’est impossible. Vous achetez une voiture, vos données, votre vitesse de freinage, tous vos déplacements, toutes vos infractions au code de la route, etc., sont immédiatement envoyées à Volkswagen ou à Tesla qui peut réguler ses systèmes en fonction. Moi je veux pouvoir, quand j’achète une voiture, payer davantage pour garder la propriété des données qui seront produites par cette voiture et pouvoir quand je veux me connecter au réseau pour dire là j’ai un problème, là il y a un accident, etc. Ou à l’inverse, payer moins cher ma voiture — mais ce sera pareil avec les assurances santé — parce que j’accepte que le constructeur utilise mes data comme il le souhaite.

Mais sur les riches et les pauvres, ça ré-ouvre cette question des riches et des pauvres. Votre valeur par rapport aux data et aux plateformes n’est pas liée à votre niveau de richesse. Il est lié à ce que vous entendez partager de votre environnement quotidien. Je prends un exemple : Waze, on reste dans les transports, vous savez la plateforme d’optimisation du temps de trajet : vous dites où vous voulez aller et on vous donne le trajet le plus court qui est renseigné par les géolocalisations des autres utilisateurs. Je ne peux pas utiliser Waze sans accepter de fournir ma géolocalisation ; c’est comme ça que je rémunère Waze aujourd’hui. Mais le problème c’est que Waze offre le même service à moi qui utilise ma voiture toutes les trois semaines et qui donc ne lui apporte rien et à un chauffeur de camion qui utilise Waze 8 heures par jour et qui donc a une valeur énorme pour Waze. Si vous avez une patrimonialité des data, le chauffeur de camion sera rémunéré bien davantage que moi pour utiliser la plateforme. Et à l’inverse, moi je pourrais payer pour pouvoir utiliser Waze sans fournir ma géolocalisation.
Chacun pourra arbitrer ses choix, mais, encore une fois, notre valeur correspond à l’environnement dans lequel on est et à l’intérêt de cet environnement pour telle ou telle plateforme, mais pas du tout forcément à notre niveau de vie, à notre catégorie socioprofessionnelle.

Étienne Gernelle : La question c’est est-ce qu’on a le niveau ? Moi si on me demandait ce matin « arbitre entre ce que tu veux donner et ne pas donner », je ne suis pas sûr d’en être capable.

Aurélie Jean : D’où l’éducation ; c’est-à-dire qu’on doit sortir de l’ignorance.

Gaspard Koenig : Aujourd’hui tu cliques sur des conditions d’utilisation que personne n’est capable de lire. Ça ne peut pas être pire, déjà ! Et deuxièmement, je pense que quand il y a aura un peu d’argent en jeu, je m’excuse d’être cynique, l’éducation va se faire beaucoup plus vite. C’est-à-dire que quand les jeunes vont s’apercevoir que tout d’un coup ils peuvent toucher 100 euros pour être sur Facebook, ils vont se dire « tiens, mais en fait ça avait de la valeur ce truc ! » Donc ils vont très vite comprendre que ça a de la valeur et ça aura un effet éducatif très fort, un effet de prise de conscience très fort.
Et ensuite, sur la négociation des contrats avec les grandes plateformes, il est évident que si on met ce système en place il y aura des grands intermédiaires qui vont se créer, comme les sociétés de gestion des droits d’auteur en fait, pour le droit de la propriété intellectuelle et qui vont dire « moi je prends 50 millions d’utilisateurs, je les négocie avec Facebook et ensuite je vous fais à chacun un smart contrat en fonction de vos propres termes » ; chacun ne va pas aller négocier avec les géants, bien sûr.

Étienne Gernelle : Gérard Berry.

Gérard Berry : Sur le principe je suis d’accord, mais malheureusement ça risque de n’être pas si simple. D’abord parce que j’aimerais bien savoir qui, dans cette salle ou ailleurs, a conscience de ce qui se passe. Par exemple Gaspard dit : « Moi je ne veux pas une voiture connectée. » C’est pas de chance, parce que son téléphone fait déjà ça. Il n’y a pas besoin de la voiture pour savoir comment il conduit, le téléphone fait déjà ça. Donc n’achetez pas un Android parce que Android, quand vous ouvrez le GPS sur quelqu’un, vous l’ouvrez sur toutes les applications, donc n’importe qui peut lire.
Par ailleurs, comment un juge va-t-il savoir qui fait quoi. Ça, ça va être assez dur. Déjà qu’un juge comprenne un code, ça ne s’est pas fait. Non mais c’est vrai !

Étienne Gernelle : Est-ce qu’il y a un juge dans la salle ?

Gérard Berry : Il y a déjà pas mal de cas ; j’ai participé à des cas, c’est assez rigolo, mais c’est extrêmement compliqué. D’autre part le code change tout le temps ; on n’arrête pas de vous faire des mises à jour, donc vous ne savez même pas quelle version vous aviez du code quand vous faisiez le machin. Donc ça va être extrêmement compliqué à identifier qui fait quoi, quand.
Par exemple quand je dis que — on a un peu les infos — mettons il y a une soixantaine de sites qui regardent comment vous tapez sur votre clavier, qu’est-ce que vous tapez, qui sont capables de faire des replay, moi, à l’heure actuelle je n’ai pas le moyen de savoir qui c’est. OK ! Et on n’a pas la techno pour savoir qui c’est. Donc la chose entre ce qu’on envie de faire, avec laquelle je suis totalement d’accord, et le fait qu’on va arriver, avec des gens qui sont invérifiables, des codes qui viennent de pays dans lesquels on n’a aucun droit, qui changent tout le temps, ça va être difficile ! Ça va être difficile !

Aurélie Jean : Je comprends, mais je pense qu’il faut aussi, peut-être, entrer dans cette phase d’expérimentation, même à petite échelle d’ailleurs. C’est marrant, parce que dans l’histoire de l’humanité à chaque fois qu’on a parlé de vendre quelque chose on parlait aussi, systématiquement en premier, des dérives mercantiles. Je pense que tu dois l’entendre très fréquemment. Non ? Ah bon, c’est étrange. Moi j’aime bien cette idée de tester à petite échelle, de voir ce qui se passe et peut-être de « scaler » tout en adaptant le modèle en cours de route, si ça marche.

Gérard Berry : Une très bonne idée, ce sont des gens qui à l’heure actuelle s’engagent à ne pas distribuer des données, comme le moteur Qwant1, par exemple.

Aurélie Jean : Qwant fait ça.

Gérard Berry : Qwant s’engage, et sérieusement, et donne des moyens de vérifier qu’il ne publie pas les données. Ça c’est bien et je pense qu’il faut vraiment soutenir ce genre d’action parce là on ne dépend pas de gens qui ne disent pas ce qu’ils font.

Aurélie Jean : C’est français.

Gaspard Koenig : Moi j’utilise DuckDuckGo, par exemple. Et d’ailleurs toute cette prise de conscience est venue un peu grâce à toi Étienne, puisque tu fais des reportages pour Le Point et un de ces reportages c’était d’aller voir les hackers à Berlin. Et les hackers font ce qu’ils appellent des CryptoParties2, donc c’est hackers éthiques, hackers gentils.

Étienne Gernelle : Surtout moi.

Gaspard Koenig : Et donc les CryptoParties, ils vous annoncent deux heures avant que ça aura lieu dans l’arrière-salle d’un restaurant polonais dans Berlin-Est. On va là. Tout d’un coup il y a 15 ordinateurs très sophistiqués, on arrive, et des hackers vous prennent en main en fonction de votre niveau d’éducation pour vous protéger, vous donner des outils pour vous protéger. Moi quand je suis arrivé il y a un hacker, je me suis assis avec un hacker, c’est comme ça, c’est complètement libre, et il m’a dit : « Dessine-moi Internet ». C’est comme Le Petit Prince ; c’est drôle. J’ai essayé de dessiner ; il m’a dit ce n’est pas ça, il m’a expliqué, et après, en une heure, il m’a enlevé la géolocalisation, mis un petit autocollant sur mon ordinateur parce que n’importe qui peut actionner la caméra à tout moment comme vous savez, installé Tor qui est un moteur de recherche [navigateur,3 NdT], ce n’est pas du tout le darkweb Tor4, qui vous permet d’accéder aux sites classiques, mais sans dévoiler votre adresse IP, en tout cas en compliquant le chemin. Il m’a installé un VPN [Virtual Private Network]. Bref ! En une heure, j’avais déjà des outils de protection que, je pense, 99 % de la population n’a pas, et j’utilise DuckDuckGo comme moteur de recherche. Ou, par exemple, Telegram ou Signal au lieu de WhatsApp. Donc c’est important déjà de le faire chacun d’entre nous.

Je voulais signaler qu’il existe quand même déjà justement des outils, comment dire, qui commencent justement à tester la patrimonialité de la data, c’est l’idée de la start-up que vous avez reçue hier. Il y a aussi quelque chose qui est assez amusant, vous pouvez le charger sur votre Facebook, qui s'appelle le Facebook Data Valuation Tool qui est en fait une espèce de petite application qui calcule en temps réel les profits que fait Facebook avec les posts que vous envoyez. Vous envoyez un post avec des images et il calcule l’argent que touche Facebook. Parce que si vous divisez les revenus publicitaires de Facebook par le nombre d’utilisateurs, c’est dix dollars par personne et par an. C’est-à-dire que finalement pour dix dollars — il faudrait faire des analyses de marché plus précises — ça veut dire que grosso modo le prix de ce que vous donnez à Facebook c’est dix dollars. En fait ça vaut beaucoup plus que ça ! C’est pour ça que Facebook fait des profits gigantesques. Alors que, à l’inverse, vous devriez pouvoir payer dix dollars à Facebook pour l’utiliser sans qu’il retraite vos données.

En fait, ça a des conséquences morales aussi sur les biais. Puisque là on a tous ces biais, parce que comme les données sont envoyées, eh bien elles nous reviennent via la pub et donc on est dans cette filter bubble comme on dit, dans cette bulle où on ne voit que ce qu’on veut voir, on n’entend que ce qu’on veut entendre, etc. D’ailleurs moi je suis absolument effrayé quand je vois ce que me propose Deezer, il me propose Madonna et Britney Spears, je me dis que j’ai des filter bubbles atroces ! Il faudrait voir l’algorithme, il faudrait le dévoiler. Donc cet effet de filter bubble, de bulle de filtres, si vous commencez à avoir un marché de la data, va se dissiper et la pub va sortir du centre du business modèle ce qui, de toutes façons, est dans l’intérêt de ces plateformes parce que maintenant, de plus en plus, les gens utilisent des adblockers et la pub ne marche plus, puisque la pub est devenue quelque chose de répulsif. Donc ils vont bien devoir inventer un modèle et quoi de plus simple que de revenirfinalement à un marché classique, bilatéral, où il y aura un utilisateur qui paiera pour un service.

Guillaume Grallet : C’est super intéressant. Et effectivement la démarche d’arrêter d’être le produit de ces services en échange de la gratuité, tout le monde, je pense, ici est d’accord. J’avais une question pour vous, Gaspard, c’est est-ce que vous avez déjà commencé à parler aux GAFA ? Est-ce que vous n’anticipez pas une énorme réaction de leur part quand on voit l’armée de lobbyistes qui sont à Bruxelles, par exemple ? Ce n’est pas pour rien, d'ailleurs, que le Danemark a nommé un ambassadeur spécialement pour parler aux GAFA au nom du gouvernement danois. Est-ce que tu ne crois pas qu’ils vont… ?

Gaspard Koenig : D’abord on attend la publication du rapport pour vraiment aller les voir, parce que, pour le moment, on n’a pas grand-chose.

Je sais que Microsoft est très ouvert sur le sujet mais eux ne sont pas tout à fait dans la situation de Facebook ou Google, mais enfin, on voit qu’ils sont ouverts. En fait, je pense qu’ils vont être de plus en plus ouverts au sujet pour une raison très simple, c’est que puisqu’on n’a pas la patrimonialité, on a le GDPR, le règlement européen qui veut protéger les données des utilisateurs, avec une norme pour tout le monde. Et ça, ça va coûter très cher aux plateformes parce qu’elles vont devoir dépenser des sommes incroyables pour être en conformité, pas seulement les plateformes mais aussi toutes les petites boîtes, les petites start-ups, et deuxièmement elles vont se prendre des amendes colossales, je ne sais plus, c’est jusqu’à 4 % du chiffre d’affaires. C’est vraiment énorme ! Donc elles vont se dire finalement est-ce qu’on continue dans cette voie où on pille les données et on rend l’argent à l’État ? Parce qu’on va se faire matraquer, parce que forcément il va y avoir 15 activistes qui vont faire des procès tous les jours, ça va judiciariser les processus, qui vont dire vous avez mal utilisé ma data, et forcément à un moment donné ça va arriver, on va devoir payer. Ou est-ce que, finalement, on n’a pas plutôt intérêt à négocier ça directement avec les utilisateurs, quitte à perdre un peu d’argent, à acheter leurs data et ensuite, une fois que la data est achetée dans le respect des termes contractuels, c’est là qu’effectivement le travail du juge peut être compliqué mais enfin voilà, eh bien là j’en fais ce que je veux, à partir du moment où je respecte les termes du contrat. Je pense qu’en fait, à terme, ils peuvent trouver un intérêt.

Aurélie Jean : Dans la vente de la donnée aussi il y a quelque chose dont il faut avoir conscience c’est la durée. C’est-à-dire que la data c’est quelque chose qui est, bien évidemment, intangible et qui peut rester sur des temps infinis, donc il y a aussi cette question de pendant combien de temps la data est utilisée ; pour combien de temps on la vend, si on la vend. Parce que c’est quelque chose qui est très peu abordé : que devient la data ? Est-ce qu’elle est effacée à un moment donné ? Est-ce qu’on ré-alloue la mémoire ?

Étienne Gernelle : Est-ce qu’elle est mortelle ? Gérard Berry ?

Aurélie Jean : Oui, voilà.

Étienne Gernelle : Est-ce que nos data sont mortelles ?

Gérard Berry : Il y a un vrai problème pour le droit à l’oubli c’est que, comme toutes les fermes de calcul, j’aime bien le mot « ferme » — on utilise souvent le vocabulaire agricole, on dit sur le champ, à tout bout de champ et ferme de calcul où on élève des ordinateurs —, mais les fermes de calcul ont des tonnes de sauvegardes sur des bandes magnétiques et je ne sais pas très bien ce que veut dire oublier. Ce n’est pas une notion qui est très facilement définissable, mais c’est une notion qui est importante.

Aurélie Jean : Et même techniquement.

Étienne Gernelle : Techniquement, c’est périssable ou pas ?

Aurélie Jean : La donnée n’est pas effacée complètement.

Gérard Berry : Par exemple, si vous mettez une photo dans Facebook et que vous voulez l’enlever ça va être assez dur parce qu’elle a peut-être déjà été extraite par 100 000 personnes, sur des ordinateurs individuels.

Guillaume Grallet : Même si, quand on l’efface, ça reste la propriété de Facebook.

Gérard Berry : Non, non, ça reste la propriété des deux ; Facebook n’est pas le seul propriétaire. Par ailleurs, qui réalise que dans la photo qu’il a mise sur Facebook, il y a marqué exactement quelle heure il était, exactement où ? D’accord ? Est-ce que les gens savent ça ? Ce n’est pas du tout évident pour moi. On ne peut pas traiter de ces problèmes sans commencer par essayer de les comprendre. On n’a pas encore commencé à essayer de les comprendre. Je ne parle pas de lui, je parle de la population. Parce que les gens se disent « moi je n’y comprends rien ».
Eh bien moi je n’y comprends rien. J’ai écrit un petit article pour Les Échos qui était rigolo. Vous savez, les hôpitaux anglais se sont fait crypter leurs données, le rançonnage. OK ? J’étais à Londres en mars et il y a un des grands hôpitaux de Londres qui a été obligé d’enlever tous ses patients de l’hôpital ; enlever sous ses patients, y compris ceux qui sont dans des états infernaux. Pourquoi ? Parce qu’ils s’étaient fait tout crypter. Bon, ils tournent sur Windows XP, il faut être con, mais c’est comme ça ! Je vous signale quand même que la police londonienne vient de décider de passer de Windows XP à Windows Vista ; ça c’est exceptionnel ! Ça montre que l’ignorance est quand même assez répandue ! Comme disait Jean Vilar : « La culture coûte cher, essayez donc l’ignorance ! » Toutes les données de l’hôpital avaient disparu donc ils ne pouvaient plus rien faire. Ils se sont fait attaquer en grand, aux États-unis aussi ; Saint-Gobain perdu 300 millions d’euros sur cette attaque WannaCry5, ce n’est pas tout à fait rien. Donc ce n’est même pas sûr qu’on sache se protéger vraiment. C’est-à-dire que monde est plus dur que simplement ce qu’on pense.
Moi j’ai décidé que ce n’était pas grave ce que je faisais, mais je suis dans le public, ce que je fais est public. Je pense que tout le monde ne prend pas cette décision.

Étienne Gernelle : Pardon Gérard Berry, mais techniquement, une donnée n’est pas dans le nuage ; le nuage n’existe pas, derrière il y a toujours un serveur. Donc il y a du hardware, il y a du matériel. Il y a un morceau de plastique, de bande magnétique, je ne sais pas. Est-ce que ces données-là vont être stockées ad vitam æternam, est-ce que ça ne risque pas de coûter trop cher ? Est-ce que ça se dégrade ? Est-ce que, concrètement, si, dans dix ans, ma petite amie arrive à retrouver où j’étais tel jour grâce à mes comptes Uber, elle peut encore me dire « tu étais avec qui là ? »

Gérard Berry : C’est difficile à savoir parce que les données se dégradent, mais on peut faire avec l’information quelque chose qu’on ne peut pas du tout faire avec la matière, c’est la répliquer gratuitement, à l’infini. Imaginez que vos données sont dans une ferme de calcul ; vous ne savez pas ce que c’est qu’une ferme de calcul, parce que dans une ferme de calcul il y a des milliers d’ordinateurs qui tombent en panne tous les jours et ça n’a aucune importance.

Étienne Gernelle : Et l’obsolescence des programmes, des langages ? Le remplacement ? Finalement les données qu’on a sur nos vieux ordinateurs ? J’avais Windows 95 bêta, j’ai eu un mal fou à récupérer les données sur mon vieil ordinateur.

Gérard Berry : À l’époque on ne faisait même pas les specs. Mais maintenant une donnée JPEG on sait exactement ce que sait, on saura la relire dans arbitrairement longtemps, parce que JPEG c’est totalement connu ; à l’époque on ne savait même pas comment c’était codé.

Étienne Gernelle : On n’aura même plus besoin de la pierre de rosette quoi !

Aurélie Jean : Dans ce que vous dites en fait, Étienne, c'est intéressant parce que par exemple ça en termes d’ignorance et je ne dis pas que vous êtes ignorant !

Étienne Gernelle : Moi je vous le dis, je n’ai aucun problème avec ça, c’est même mon métier, je suis journaliste !

Aurélie Jean : Ce que je dis c'est que par exemple de savoir comment la donnée est stockée et qu’est-ce que ça veut dire d’effacer une donnée. Parce qu’il y a différents moyens d’effacer une donnée. La donnée est stockée de différents formats mais en tout cas, à la fin, ce sont ce qu’on appelle des cases mémoires qui sont remplies d’informations qui vont toutes ensemble représenter une donnée, une image, une phrase, peu importe, et en fait, la manière dont on va effacer la donnée, parce que effacer ne veut rien dire : on peut soit remplacer ce qu’il y a dans les cases mémoires et mettre ce qu’on appelle crap, n’importe quoi, n’importe quel chiffre ; soit on peut ne pas changer la donnée dans ces cases mémoires et plutôt couper l’accès, perdre en fait l’adresse qui va dans la case mémoire. Et ça, en fait, c’est très différent technologiquement parce que si on décide d’effacer l’adresse mémoire, de dire cette donnée elle pointe dans telle case mémoire, quelque part la donnée est toujours là.

Gérard Berry : Bien sûr !

Aurélie Jean : Oui, mais c’est une différence critique, parce que quand les gens disent « on efface votre donnée », moi la première chose que je dis c’est « qu’est-ce que vous faites ? Vous effacez l’adresse sur la case mémoire, ou vous remplacez ce qu'il y a dans la case ? » Parce qu’il y a toujours quelque chose dans la case mémoire. De dire « qu’est-ce que vous mettez dans cette case mémoire », et rien que ça, en fait, c’est très intéressant parce que même si on efface l’adresse vers la case mémoire, quelqu’un qui n’est pas trop mauvais en informatique pourra retrouver la donnée.

Étienne Gernelle : C’est terrifiant !

Gérard Berry : Rassurez-vous, en plus, si vous tapez sur « effacer » sur n’importe quel ordinateur, ça n’efface pas.

Aurélie Jean : Voilà, ça n’efface pas, c’est important.

Gérard Berry : Ça c’est clair. Et heureusement d’ailleurs, parce que j’ai des tas de copains qui m’ont dit : « Ça y est j’ai effacé par erreur ma carte de mémoire où j’avais toutes mes photos. » Je dis : « Aucune importance, on la met dans une machine qui retrouve tout instantanément », donc ce n’est pas un problème. Et je vous rappelle qu’il y a un célèbre responsable français qui pensait avoir effacé son disque, il avait juste tapé sur « effacer » et il a été complètement pris par tout ce qu’il y avait dans son disque qui était totalement lisible.
Eh bien oui, je veux dire si on ne comprend pas un minimum d’informatique, ce qui est quand même le cas ! Le nombre de choses à comprendre n’est quand même pas négligeable, donc on a décidé de ne pas l’enseigner ! Vous savez, les cours d’informatique au lycée qui reprennent maintenant, l’État français a décidé d’arrêter l’enseignement de l’informatique en 1997, au moment où Internet explosait. C’est ce qu’on appelle de la prescience.

[Rires]

Étienne Gernelle : On va donner la parole au public. Est-ce que vous avez des questions ? Je vois, il y a un jeune étudiant, spécialiste des grands singes. Voilà. Pascal Picq.

Pascal Picq : Merci. C’est très bien on parle des GAFA et tout ça. J’aimerais bien quand même, parce que je suis moi aussi assez ignorant mais je lis quand même la presse, et quand on lit dans le Courrier international que monsieur Jack Ma qui est celui qui dirige Alibaba, donc un des trois géants chinois — dans les débats en France, on ne parle que des GAFA, on ne parle jamais des géants chinois - eh bien monsieur Jack Ma, en plein 19e congrès du Parti communiste a dit : « Grâce aux data et aux algorithmes on va pouvoir réaliser le projet du Parti communiste. » Donc les BATX, c’est-à-dire les trois géants chinois plus les autres, Xiaomi, c’est Confucius et Confucius ce n’est pas la tarte à la crème des bêtes aryennes de la Californie.
En plus de ça l’équivalent de l’Arcep aux États-Unis vient de prendre une décision effectivement sur le contrôle des données ; vous connaissez ça mieux que moi.
Mais il y a des enjeux quand même de démocratie absolument énormes. Tu as raison, Gérard, de dire qu’on peut avoir un fichier, mais en fonction de vos comportements, vos déplacements, votre voiture, de toutes façons on vous retrouve immédiatement ; c’est immédiat ! Donc voilà la question qui se pose aujourd’hui à nos démocraties. C’est qu’en effet tout internaute chinois est complètement identifié, noté, répertorié, c’est la première chose. Et la deuxième chose c’est qu’aujourd’hui une élection démocratique, c’est-à-dire au suffrage universel, se gagne dans la capacité d’avoir les bonnes data et d’aller chercher les données et les personnes qu’on va solliciter, donc épouiller dans mon jargon de grand singe. C’est-à-dire que aujourd’hui nos élections se gagnent sur quelques milliers ou dizaines de milliers de data. Et ça je suis effaré que ces enjeux, qui sont quand même des acquis de notre histoire, récents et difficiles à maintenir, soient très peu évoqués dans la presse et même notamment par rapport à monsieur Jack Ma, quand même, qui nous dit cela.

Étienne Gernelle : Les Californiens et les libertariens ont été interpellés, donc c’est vous deux.

Aurélie Jean : Je voulais juste répondre. J’ai envie d’écouter Gaspard là-dessus justement. Juste pour dire une chose importante parce que ce que vous dites est très intéressant, ce sont les menaces sur la démocratie. C’est-à-dire quelque chose qui est un peu abordé mais pas suffisamment à mon sens, c’est de dire en fait que les grands géants de la data ont des chiffres d’affaires qui sont de l’ordre de budgets étatiques. Ce sont des gens puissants, des institutions puissantes et, là encore hier j’étais dans la rue et je vois sur la Une d’un magazine dont je ne citerais pas le nom puisque ce n’est pas Le Point qui avait en titre « Mark Zuckerberg, le prochain président des États-Unis ». Je ne sais pas si j’ai envie d’avoir Mark Zuckerberg comme président, parce que j’habite aux États-Unis. Je ne sais pas ! Mais c’est une question intéressante parce qu’ils ont une influence de plus en plus forte et je suis productrice d’algos et de data, ce que je veux dire c’est que je suis de leur côté au sens position technologique.

Public : Mark Zuckerberg a dit : « On a décidé de ne pas intervenir dans l’élection en Allemagne. »

Aurélie Jean : « On a décidé » ; ça veut dire que dans d’autres cas ils l’ont fait. C’est intéressant. En fait c’est ce que je dis aux gens, je dis « regardez ces géants, encore une fois je suis frappée, ils ont des chiffres d’affaires qui sont de l’ordre d’un budget étatique. Réfléchissez à ça ; c’est intéressant. »

Gaspard Koenig : Juste en deux mots. Sur la Chine, complètement d’accord. J’avais été en Chine interviewer une sorte de dissident, ils savaient tout, ce que je faisais, où j’étais ; on ne peut absolument rien cacher, d’ailleurs on n’a pas accès à Twitter, on n’a pas accès à… c'est absolument terrifiant. C’est pour ça d’ailleurs que quand notre William, William Elong montrait son drone tout à l’heure, lui il parlait des applications sympathiques, pour aller chercher des victimes. Imaginez ce drone dans la main du gouvernement chinois, qui y sera de toutes façons très bientôt, et il peut continuer à augmenter ses moyens de contrôle de la population à tel point que, vous savez ce qu’ils sont en train d’expérimenter en Chine ? C’est un système de notation sociale, ça c’est le pire du pire du pire, qui amalgame toutes vos notes. C’est-à-dire que quoi que vous fassiez, si vous faites la cuisine à vos amis, ils vous notent ; si vous avez des bonnes notes à la fac vous avez une note etc. Toutes ces notes sont agrégées et vous font une notation sociale et cette notation sociale vous permet d’avoir des crédits à la banque, de demander des visas, etc. Donc ça c’est vraiment le socialisme pur. Donc la Chine est en train de construire, effectivement, un régime complètement communiste avec des outils numériques qui ne sont pas, en soi, des outils démocratiques.

Après, sur la question de Zuckerberg, du trafic des élections et tout ça. Je n’ai pas un avis très déterminé, mais j’ai tendance à dire que s’il y a ces problèmes c’est aussi parce que les démocraties représentatives, de toutes façons, ne sont plus du tout faites pour l’âge numérique. Élire des représentants c’est aussi fou que d’avoir des magasins où on va acheter ses provisions au lieu de les commander sur Amazon. C’est-à-dire que l’idée d’intermédiation est contestée dans tous les secteurs : dans les commerces, dans les services, dans la connaissance. Donc évidemment elle va être contestée sur le plan politique. Continuer à élire des présidents et des députés, je pense, n’a plus tellement de sens et ne correspond plus à la manière dont les gens vivent, y compris leur participation à la vie publique. Il y a des nouvelles formes qui sont en train d’être pensées, la démocratie liquide en est une, avec des blockchains comme d’habitude, qui permettent de reconstruire l’imaginaire démocratique avec le numérique. Mais de toutes façons la tension est trop grande entre les systèmes représentatifs classiques et la fluidité numérique pour, indépendamment même du problème du hacking, des trolls et tout ça, pour que les deux puissent cohabiter très longtemps.

Gérard Berry : Je pense que c’est effectivement très important. On a à évaluer, en fait, un rapport coût-bénéfice. C’est toujours comme ça parce que l’informatique fait des choses absolument fantastiques, pas que les données. Il faut comprendre que le big data, à l’heure actuelle en informatique, c’est tout petit par rapport au reste, il ne faut pas oublier. Je vous rappelle 80 milliards de microprocesseurs par an produits, moins de deux milliards dans les ordinateurs et les téléphones. Donc le reste c’est 78 milliards.

C’est vraiment très intéressant. Il y a deux références, pour moi, vraiment intéressantes à lire, c’est Le temps des algorithmes de Serge Abiteboul et Gilles Dowek, qui est un livre très intéressant, qui discute beaucoup de ça et Terra Data qui est un livre aussi de Serge Abiteboul et Valérie Peugeot, qui est tout récent, qui parle, lui, des données et de beaucoup de ces problèmes. Il en parle de façon très mesurée, c’est-à-dire en comprenant bien les risques, les avantages, les inconvénients et tout. Donc les deux trucs dangereux c’est de croire, comme Silicon Valley, que c’est miraculeux, et de croire que ça déconne. Non, il faut être entre les deux et, de toutes façons, on va vivre avec. Je veux dire vous pouvez décider ce que vous voulez, ce n’est pas ça qui fera quelque chose.

Sur la démocratie dans Le temps des algorithmes, il dit un truc très intéressant : « Si on parle en termes d’information, combien de bits un homme fabrique-t-il pour la démocratie ? Eh bien en gros, il y a une élection tous les ans à peu près, on va choisir entre quelques candidats. En gros, c’est entre un et deux bits par an, la contribution d’un citoyen à la démocratie. » Il y a sûrement des idées pour faire mieux. Et ça, c’est vraiment important.
Mais encore une fois, si on reste collectivement dans l’ignorance, c’est-à-dire que là on cause autour de, et c’est pour ça je dis, moi j’explique toujours, c’est pour ça que les gens ont changé le mot « informatique » en mot « numérique » ? Pourquoi ? Parce que les gens ne savaient pas ce que voulait dire informatiques, mais en changeant le mot ils sont tous devenus compétents. D’accord ? Et maintenant c’est « intelligence artificielle », ce n’est plus numérique, c’est fini, c'est intelligence artificielle. Donc changer le mot permet d’éviter de rentrer dans le sujet, mais il faut rentrer dans le sujet.

Étienne Gernelle : Une autre question. Il y a pas mal de questions ; la dernière.

Public : Aidez-nous à rentrer dans le sujet, Monsieur Berry ! Aidez-nous à devenir moins ignorants ! Je pense que vous avez plein d’idées pour ça. Je pense que vous n’êtes pas un grand utilisateur des réseaux sociaux, enfin je fais une hypothèse, mais peut-être allez-y et je suis sûre que vous allez faire le buzz si vous aidez les utilisateurs et si vous les alertez en disant « soyez moins ignorants » ; faites des petits formats, effectivement, parce qu’on sait que personne ne lit les clauses. Moi j’ai essayé un jour, ça prend énormément de temps. Qui a le temps aujourd’hui ? Je pense que vous avez plein de solutions à nous donner.

Gérard Berry : Je pense que c’est une très bonne question ; on essaye. Alors il se trouve qu’il y a eu un gros défaut des informaticiens français c’est qu’ils n’ont pas parlé au public. Les astronomes parlent au public, les physiciens parlent au public, les informaticiens étaient dans leur monde et tout. On essaye. Les trois livres dont je vous ai parlé, ils essayent exactement de faire ça. La Société informatique de France utilise beaucoup de choses là-dessus, et l’informatique rentre dans l’éducation. C’est dans l’éducation que ça se passe, c’est évident. Par exemple vous regardez les bouquins qui s’appellent Class'Code qui sont faits par La Main à la pâte pour apprendre à programmer à vos gamins, ils sont parfaits pour les parents. En fait, ils sont faits pour les profs, mais les parents ça va très bien, et ça commence à expliquer de quoi il s’agit. Moi il y a un truc qui me sidère quand même ! Je vais faire des conférences partout et la seule question qu’on me pose « c’est quoi un algorithme ? » et en général, quand on la pose, c’est en écrivant algorithme avec un « y ». OK ! Il est temps de dépasser ça ! Oui on essaye de s’y employer. Donc il y a de plus en plus de gens qui le font et c’est bien.

Étienne Gernelle : Le mot de la fin Aurélie Jean et Gaspard Koenig, rapidement.

Aurélie Jean : Le mot de la fin ? Quelle pression ! Pour finir sur ce que disait Gérard Berry, je pense qu’il y a quelque chose à retenir en fait aujourd’hui c’est de s’éclairer davantage sur la technologie ; par exemple un algorithme c’est un excellent exemple. Savoir ce qu’est un algorithme : on peut tous en écrire un à la main très facilement sur une petite question à résoudre. Je m’amuse à faire ça avec les gens pour qu’ils comprennent.
En tant qu’experte je fais partie de ces gens qui parlent parce que je pense que c’est important que tout le monde rentre dans le débat sociétal et technologique autour des grands sujets tels que la data. C’est vraiment quelque chose que j’encourage et même savoir : par exemple la prochaine fois que vous voyez une ligne stipulant que vos données seront effacées, posez-vous la question : comment ? Voilà. C’est ce que je dirais.

Étienne Gernelle : Merci beaucoup. Gaspard.

Gaspard Koenig : Moi j’aimerais dire une petite phrase creuse sur la philosophie, j’adore des phrases creuses sur la philosophie. Il y a un mois, j’en parlais à Aurélie, j’ai fait le tour classique de la Silicon Valley ; pendant une semaine j’ai vu plein d’entreprises en tout ça. Ce sont les gens qui font les fusées de Google X, qui font Twitter, qui font 23andMe sur le décodage, le séquençage du génome, donc qui vous racontent des choses qui vous transportent dans une galaxie complètement différente du monde dans lequel nous vivons, et je me suis aperçu, au bout d’une semaine, qu’il n’y en avait pas un seul qui avait une référence antérieure au XXIe siècle. C’est-à-dire que Berkeley, qui est pourtant une université, là-bas, qui pourrait nous aider à penser plein de choses Berkeley, parce que par exemple vous savez la théorie de la simulation : c’est qu’on est tous le produit d’une intelligence artificielle qui s’amuse à faire un monde qui nous pilote avec un joystick, pour aller vite. En fait, la théorie de la simulation elle existe déjà chez le philosophe Berkeley, sauf que pour lui l’intelligence artificielle ça peut-être Dieu. Et donc on est tous préprogrammés et, en fait, il n’y a pas de matière. Voilà ! Ce que je veux dire c’est que les gens là-bas, dans l’université Berkeley, d’après Berkeley, sont complètement, sont dans l’ignorance totale que cette théorie de la simulation a déjà été analysée, discutée, il y a trois siècles, et finalement avec des outils conceptuels qui peuvent encore les aider aujourd’hui.
Dans toutes les grandes périodes d’innovation il y a eu des villes-mondes où s’assemblait tout le monde — les philosophes, les savants, les économistes, les financiers, les voyous, etc. — et j’ai l’impression qu’aujourd’hui ça s’est un peu déconnecté, que la Silicon Valley est un peu en vase clos et les philosophes en vase clos aussi, complètement d’ailleurs de l’autre côté de l’Atlantique.
Donc j’appelle à ce que ces mondes communiquent davantage.

Étienne Gernelle : Merci beaucoup. On peut les applaudir ; ils ont été formidables

[Applaudissements]

On signale un livre L’Hyperpuissance de l’informatique de Gérard Berry chez Odile Jacob et Les aventuriers de la libertéde Gaspard Koenig, c’est chez Plon et Le Point et Aurélie Jean qu’on peut retrouver énormément, tu n’as pas fait de livre encore ?

Aurélie Jean : Un projet peut-être.

Étienne Gernelle : D’accord, on va s’occuper de ça et qu’on peut retrouver dans Le Point régulièrement dans Phébé également et sur les réseaux sociaux énormément . Merci infiniment.

[Applaudissements]

Organisateur : Je rappelle que les ouvrages des auteurs seront dédicacés par eux dans le lab. On se retrouve à 14 heures. On parlera espace, on parlera de films de science-fiction qui vont se confondre avec la réalité. On fera un énorme procès où vous serez les jurés de ce projet, on fera le procès de l’homme augmenté. Bon appétit ; à tout à l’heure 14 heures.

Revue de presse de l'April pour la semaine 37 de l'année 2018

Le 17 September 2018 à 15:33:21

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 37

[Les Echos] Le fablab où l’on apprend à se réparer soi-même

Par Hélène Bielak, le vendredi 14 septembre 2018. Extrait:
> A Rennes, le Humanlab propose aux personnes handicapées de fabriquer les équipements dont elles ont besoin pour améliorer leur quotidien. Cette semaine, le lieu a fait sa rentrée et a ouvert ses portes aux nouveaux porteurs de projet.
Lien vers l'article original: https://start.lesechos.fr/entreprendre/actu-startup/le-fablab-ou-l-on-apprend-a-se-reparer-soi-meme-12872.php

[Developpez.com] Bercy ouvre les codes sources des modèles économétriques Mésange, Opale et Saphir

Par Stéphane le calme, le jeudi 13 septembre 2018. Extrait:
> Sous la pression de l’association Ouvre-boîte (une association dont l'objet est d'obtenir l'accès et la publication effective des documents administratifs, et plus particulièrement des données, bases de données et codes sources, conformément aux textes en vigueur), la direction générale du Trésor a décidé de mettre en ligne trois de ses modèles économétriques, notamment Mésange, Opale et Saphir.
Lien vers l'article original: https://www.developpez.com/actu/224096/Bercy-ouvre-les-codes-sources-des-modeles-econometriques-Mesange-Opale-et-Saphir-sous-la-pression-d-une-l-association

[Le Monde.fr] La directive de l’UE sur le droit d’auteur à l’heure du numérique est adoptée

Par Damien Leloup, Martin Untersinger, le mercredi 12 septembre 2018. Extrait:
> Ce texte, censé encadrer le copyright dans l’Union européenne, a été approuvé par les eurodéputés, qui en ont modifié certains contours.
Lien vers l'article original: https://mobile.lemonde.fr/pixels/article/2018/09/12/le-parlement-europeen-adopte-la-directive-sur-le-droit-d-auteur-a-l-heure-du-numerique_5354024_4408996.html

Et aussi:
[Numerama] L’Europe vote pour le filtrage des contenus et la taxe des liens: y a-t-il encore une chance de revenir en arrière?
[Next INpact] Le Parlement européen adopte la proposition de directive sur le droit d'auteur
[BFMtv] Le Parlement européen approuve la directive sur le droit d’auteur
[Numerama] Directive droit d'auteur: le gouvernement assure que le logiciel libre n'est pas concerné par le filtrage
[Télérama.fr] La directive sur le droit d'auteur ne sauvera pas la presse
[L'Express.fr] La directive droit d'auteur défend bien mal la presse
[Next INpact] Directive sur le droit d’auteur: les droits voisins, petite meute entre amis
[Numerama] Droit d’auteur: ultimes mobilisations avant le vote clé du Parlement européen
[ZDNet France] Directive copyright: le Conseil national du logiciel libre et l'April pointent le cas des forges logicielles
[Numerama] Directive droit d'auteur: le gouvernement assure que le logiciel libre n'est pas concerné par le filtrage
[Next INpact] Directive Droit d'auteur: mais qu'ont voté les eurodéputés?

Voir aussi:
Journée noire pour les libertés sur Internet: les parlementaires européens votent la généralisation du filtrage automatisé

[Developpez.com] Un logiciel libre doit-il être en mesure de restreindre les tâches que ses utilisateurs peuvent effectuer avec son aide?

Par Stéphane le calme, le mercredi 12 septembre 2018. Extrait:
> Avant d’aborder le sujet, il est important de s’arrêter un moment sur la définition même de logiciel libre. «Logiciel libre» [free software] désigne des logiciels qui respectent la liberté des utilisateurs. En gros, cela veut dire que les utilisateurs ont la liberté d'exécuter, copier, distribuer, étudier, modifier et améliorer ces logiciels. Ainsi, «logiciel libre» fait référence à la liberté, pas au prix (pour comprendre ce concept, vous devez penser à «liberté d'expression», pas à «entrée libre»).
Lien vers l'article original: https://www.developpez.com/actu/223844/Un-logiciel-libre-doit-il-etre-en-mesure-de-restreindre-les-taches-que-ses-utilisateurs-peuvent-effectuer-avec-son-aide-Non-pour-Richard-Stallman

[Usbek & Rica] «À l’ère post-Snowden, on ne peut plus se voiler la face»

Par Guillaume Ledit, le mardi 11 septembre 2018. Extrait:
> L'universitaire américain Yochai Benkler fait partie de ces intellectuels qui pensent l'impact d'Internet sur nos sociétés depuis les années 1990. Le professeur d'études juridiques entrepreneuriales à Harvard est aujourd'hui membre d'une commission lancée le 11 septembre 2018 par l'ONG Reporters sans frontières et chargée de travailler à la rédaction d’une future «déclaration sur l’information et la démocratie».
Lien vers l'article original: https://usbeketrica.com/article/a-l-ere-post-snowden-on-ne-peut-plus-se-voiler-la-face

[L'info durable] Des zones de gratuité au service d'un modèle durable

Par Emmanuelle Vibert, le mardi 11 septembre 2018. Extrait:
> Partout, à la marge, des zones de gratuité se développent, en résistance à une marchandisation forcenée du monde. L’essayiste Paul Ariès propose d’amplifier ce mouvement, pour construire une société soutenable et joyeuse.
Lien vers l'article original: https://www.linfodurable.fr/conso/des-zones-de-gratuite-au-service-dun-modele-durable-6023

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

Émission « Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (2 octobre 2018)

Le 17 September 2018 à 12:57:42

2 Octobre 2018 - 15:30
2 Octobre 2018 - 17:00
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Photo d'illustration de l'émission

La cinquième émission Libre à vous ! de l'April sera diffusée en direct sur radio Cause Commune sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur le site web de la radio, mardi 2 octobre 2018 de 15 h 30 à 17 h 00.

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons proposé de tenir une émission April intitulée Libre à Vous ! d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission sera également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! sera principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission mensuelle qui sera diffusée en direct chaque 1er mardi du mois de 15 h 30 à 17 h 00.

Émission du mardi 2 octobre 2018 de 15 h 30 à 17 h

L'émission sera diffusée mardi 2 octobre 2018 de 15 h 30 à 17 h. Au programme :

  • nous commencerons par une discussion sur le thème des collectivités et des données publiques, à quelques jours de l'entrée en vigueur de nouvelles obligations de diffusion (ou de mise en ligne) de documents et de données publiques pour les administrations et collectivités (7 octobre 2018)1. Pour cela nous serons en compagnie de Xavier Berne, journaliste à Next INpact ; de Laurence Comparat, adjointe données publiques, logiciels libres et Administration générale de la ville de Grenoble et présidente de l’association OpenData France ; de Tangui Morlier, membre du collectif Regards Citoyens
  • nous aurons ensuite un échange téléphonique avec Béatrice Jeanjean, chargée de communication à l'Adullact pour parler du label Territoire Numérique Libre ; la date limite pour candidater est lundi 15 octobre 2018, 23 h 59
  • nous ferons ensuite le point sur la directive droit d'auteur après le vote en plénière au Parlement européen du 12 septembre

Liens utiles

16 September 2018

bsibaud.png Benoît SIBAUD

LinuxFr.org : première quinzaine de septembre 2018

Le 16 September 2018 à 15:19:06

Cent-quatrième épisode dans la communication entre les différents intervenants autour du site LinuxFr.org : l’idée est tenir tout le monde au courant de ce qui est fait par les rédacteurs, les admins, les modérateurs, les codeurs, les membres de l’association, etc.

L’actu résumée ([*] signifie une modification du sujet du courriel) :

Statistiques

Du 01 au 15 septembre 2018

  • 1281 commentaires publiés (dont 10 masqués depuis) ;
  • 275 tags posés ;
  • 71 comptes ouverts (dont 24 fermés depuis) ;
  • 33 entrées de forum publiées (dont 2 masquées depuis) ;
  • 16 liens publiés (dont 1 masqué depuis) ;
  • 20 dépêches publiées ;
  • 24 journaux publiés (dont 1 masqué depuis) ;
  • 2 entrées nouvelles, 0 corrigée et 1 invalide dans le système de suivi ;
  • 0 sondage publié ;
  • 3 pages wiki publiées (dont 0 masquée depuis).

Listes de diffusion (hors pourriel)

Liste linuxfr-membres@ — [restreint]

  • R.A.S.

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  • R.A.S.

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  • [Modérateurs] nouveau spammeur
  • [Modérateurs] Me contacter ?

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  • [Prizes] LinuxFr prizes recap du dimanche 2 septembre 2018, 10:21:30 (UTC+0200)
  • [Prizes] Prix pour la dépêche sur Haiku

Liste redacteurs@ - [public]

  • R.A.S.

Liste team@ - [restreint]

  • R.A.S.

Liste webmaster@ — [restreint]

  • R.A.S.

Canal IRC adminsys (résumé)

Tribune de rédaction (résumé)

  • demande d'aide pour finaliser les dépêches sur Firefox 62 et sur GNOME 3.30

Tribune de modération (résumé)

Commits/pushs de code https://github.com/linuxfrorg/

(adminsys ansible)

  • Activity script for bi-monthly review
  • Add mention Managed by Ansible

Divers

  • en attente de vidéos RMLL et Geek Faëries, voir la dépêche post-événement
  • appels à conférences POSS 2018 et Capitole du Libre 2018

Commentaires : voir le flux atom ouvrir dans le navigateur

april.png Nouvelles April

Que reste-t-il du logiciel libre ?

Le 16 September 2018 à 14:15:58


A Guiton - B Ourghanlian - P-Y Gosset - H Gardette
Titre : Que reste-t-il du logiciel libre ?
Intervenants : Amaelle Guiton - Bernard Ourghanlian - Pierre-Yves Gosset - Hervé Gardette
Lieu : émission Du grain à moudre - France Culture
Date : juin 2018
Durée : 39 min 40
Écouter l'émission ; Écouter le podcast
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Participation by opensource.com, licence Creative Commons by SA
NB : transcription réalisée par nos soins.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Description

Microsoft vient de racheter la plateforme de création collaborative de logiciels Github. Est-ce vraiment une bonne nouvelle pour le logiciel libre ? Et quelles conséquences pour les utilisateurs ? La philosophie du libre a-t-elle gagné ou s’est-elle fait manger ?

Transcription

Hervé Gardette : Bonsoir à toutes et à tous. Bienvenue dans Du Grain à moudre. Ce soir « Que reste-t-il du logiciel libre ? ». Si vous n’êtes pas vous-même développeur informatique sans doute n’avez vous jamais entendu parler de GitHub. GitHub c’est une plateforme à laquelle participent des millions de développeurs ; sa particularité : elle appartient au monde du logiciel libre, c’est-à-dire qu’elle est collaborative ; chaque projet qui y est développé peut être étudié, modifié, copié en toute liberté. Plus qu’un outil technique, une véritable philosophie.
Or, il se trouve que GitHub va être racheté et pas par n’importe qui, par Microsoft ; le géant mondial de l’informatique l’a annoncé la semaine dernière ; la vente n’est pas encore finalisée, mais le prix est connu : 7 milliards et demi de dollars.

Dans le monde du logiciel libre cette annonce suscite l’inquiétude car s’il est une entreprise qui symbolise la démarche inverse, à savoir des logiciels fermés, propriétaires, c’est bien Microsoft ; sa suite Windows en est l’exemple le plus emblématique.

Ce rachat est-il le signe d’un rapprochement entre deux mondes antagonistes, désormais complémentaires, ou plutôt celui de la fin d’une utopie ? « Que reste -il du logiciel libre ? » C’est la question du soir, en compagnie de trois invités. Bernard Ourghanlian, bonsoir.

Bernard Ourghanlian : Bonsoir.

Hervé Gardette : Vous êtes le directeur technique et sécurité à Microsoft France. Microsoft qu’on ne présente plus si ce n’est peut-être pour rappeler que c’est l’entreprise qui a été créée par Bill Gates, c’était en 1975 ; il n’était pas seul d’ailleurs, avec Paul Allen. Pour discuter avec vous ce soir Pierre-Yves Gosset. Bonsoir.

Pierre-Yves Gosset : Bonsoir.

Hervé Gardette : Directeur général de Framasoft ; Framasoft1 est une association, un réseau d’éducation populaire, dédiée au logiciel libre. Et puis notre troisième invitée, Amaelle Guitton, bonsoir.

Amaelle Guitton : Bonsoir.

Hervé Gardette : Journaliste à Libération, vous êtes la correspondante du journal dans le cyberespace ; c’est comme ça que vous vous présentez sur Twitter.

Amaelle Guitton : C’est à peu près ça.

Hervé Gardette : Vous avez publié, c’était il y a quelques années, Au diable vauvert, Hackers au cœur de la résistance numérique un livre qui est peut-être en open access aujourd’hui ?

Amaelle Guitton : À l’époque la version numérique était gratuite et sans DRM, sans verrous numériques. Et c’était voulu, y compris par l’éditeur.

Hervé Gardette : Et ma question aussi était voulue. Si j’évoque l’open access c’est parce que je voudrais peut-être qu’on commence par faire un petit peu de pédagogie, d’explication de vocabulaire. Open access donc c’est l’accès ouvert.

Amaelle Guitton : Oui.

Hervé Gardette : Est-ce que c’est la même chose que de parler de logiciels libres ? Et de quoi on parle quand on utilise ces termes-là ?

Amaelle Guitton : Dans les faits, les logiciels dits libres et les logiciels dits open source, c’est-à-dire ceux dont le code est ouvert, le plus souvent ça se recoupe. En revanche, il y a derrière une différence d’approche. C’est-à-dire le mouvement du logiciel libre tel qu’il a été fondé par Richard Stallman, qui est un informaticien américain au milieu des années 80, si mes souvenirs sont bons, l’idée c’était une approche très politique. C’est-à-dire la devise, en fait, c’était liberté, égalité, fraternité, je crois qu’il le dit comme ça, et il insistait beaucoup sur la notion de liberté pour l’utilisateur, donc liberté d’utiliser un logiciel, liberté de l’étudier, liberté de le distribuer et liberté de le modifier.

L’open source, qui est un mouvement on va dire dissident, d’une certaine manière, insistait beaucoup plus sur les aspects techniques et de développement. Là, pour le coup, c’était quelqu’un qui s’appelle Eric Raymond qui, dans les années 90, a théorisé ça en disant que c’était la méthode de développement la plus efficace d’avoir le code ouvert et que, justement, il puisse être en permanence amélioré par une communauté. En fait c’est vraiment une différence d’approche, une vision politique versus une vision plus technique de développement.

Hervé Gardette : Chez Framasoft, Pierre-Yves Gosset, vous êtes plutôt du côté de l'approche politique, philosophique, ou plutôt du côté de l’approche technique ?

Pierre-Yves Gosset : Clairement du côté de l’approche politique. Nous on définit le logiciel libre – quand on parle de logiciel libre d’ailleurs ce n’est pas tant le logiciel qui est libre ; nous on dit que c’est l’utilisateur, l’utilisatrice qui est libre – quand on parle de logiciel libre pour nous c’est l’équation, en fait, le logiciel libre c’est l’open source plus des valeurs. Ça ne veut pas dire pour autant que les gens qui font de l’open source n’ont pas de valeurs, mais clairement, ce qu’on souhaite mettre en avant, ce sont non seulement les qualités techniques dont parlait Amaelle, mais aussi le côté mouvement social qu’il peut y avoir derrière et, finalement, de pourquoi est-ce qu’on veut essayer d’émanciper les utilisateurs et les utilisatrices en leur donnant la maîtrise des logiciels, quand bien même ces logiciels auraient été développés en open source donc avec le fait que le code, la recette de cuisine du logiciel soit accessible à tous et à toutes ; ce qui nous nous intéresse c’est ce que les gens peuvent en faire. On ne veut pas globalement leur fournir quelque chose de tout cuit ; on veut aussi leur apprendre à s’en servir, mais aussi leur apprendre, potentiellement, à ce qu’ils puissent contribuer à ce logiciel.

Hervé Gardette : Bernard Ourghanlian, je rappelle, vous êtes à Microsoft France le directeur technique et sécurité. Si on parle de logiciel libre c’est parce que forcément, c’est par opposition à ce que serait un logiciel, alors logiciel non libre, on parle de logiciel propriétaire. Est-ce que c’est comme ça qu’on pourrait définir les logiciels qui sont développés par Microsoft ?

Bernard Ourghanlian : On pourrait mais ça serait un raccourci. Au sens où c’est vrai que Microsoft a fondé sa culture originelle sur le logiciel dit propriétaire, donc un logiciel à code source fermé, dont finalement les utilisateurs n’ont pas accès en termes de code source. C’est vrai que Microsoft s’est créée sur cette base culturelle, mais il est vrai aussi que c’est un sujet sur lequel Microsoft a beaucoup évolué. Il y a une transformation culturelle très profonde de Microsoft qui est encore à l’œuvre aujourd’hui, qui a été insufflée notamment par Satya Nadella qui est le nouveau président de Microsoft qui, en fait, a une vision très différente du monde, à la fois parce que, culturellement, il n’est pas Américain d’origine, il est Indien et donc, en fait, il a forcément une vision qui est un petit peu différente culturellement, mais aussi parce qu’on se rend compte que pour répondre presque au thème de l’émission par rapport au fait que c’est ou non la fin de l’open source.

En fait, moi je considère aujourd’hui que dans une très large mesure l’open source a gagné au sens où cette opposition qui a pu exister et qui a entretenu la polémique pendant des années et des années, est aujourd’hui caduque au sens où, certes il y a des modèles d’affaires qui peuvent être le cas échéant différents, mais ce qui fait la richesse du logiciel c’est finalement la communauté des développeurs qui se trouve autour, qui a la possibilité de participer à son élaboration. Donc on a pris conscience, probablement un peu tard chez Microsoft, que c’était important de pouvoir collaborer, d’être à plusieurs sur le développement d’un logiciel, de permettre d’avoir un accès aux sources du logiciel, peut-être pas pour les modifier même si ça peut dépendre des cas, mais en tout cas on se rend compte que la richesse naît de la confrontation des expertises, des cerveaux, des connaissances, des compétences, et pas simplement d’une vision totalement fermée et restreinte du logiciel.

Hervé Gardette : Pour quelles raisons est-ce qu’au départ, justement, c’était l’approche qui avait été privilégiée, celle de logiciels fermés ? Est-ce que ça pouvait correspondre à quelque chose – alors qui est très français, en tout cas très défendu par la France – par exemple cette politique des brevets, l’idée que quand on crée quelque chose il faut d’abord le protéger ?

Bernard Ourghanlian : Oui, les brevets ont certainement joué un rôle, mais pour être honnête je pense qu’au départ il y a une volonté de faire en sorte que le logiciel puisse évoluer de manière contrôlée. C’est-à-dire qu’à partir du moment où un logiciel est ouvert et qu’on a effectivement la possibilité de faire évoluer son code, on peut imaginer d’en cloner des milliers de versions et donc, la question qui se pose derrière, c’est comment est-ce qu’on assure vis-à-vis des utilisateurs — il ne faut pas oublier qu’au départ les utilisateurs étaient à la fois très peu au courant de ce qu’était le logiciel, de ce que c’était que le code, ce qu’était même l’informatique au sens le plus clair du terme. Et ce qu’était la vision originelle de Microsoft c’était, en gros, un PC dans chaque bureau, dans chaque maison, etc. En fait, il y avait une volonté de démocratisation, mais derrière cette volonté de démocratisation, il y avait une volonté de standardiser des usages et faire en sorte que finalement, l’usage s’imposant, les gens apprennent à utiliser l’informatique à travers ces usages plutôt qu’à travers la vision de « je peux accéder au code », en sachant qu’il y a une personne sur 1 000, 10 000, 100 000, je ne sais pas, qui est capable effectivement de lire le code source correspondant.

Hervé Gardette : J’ai quand même l’impression que le discours de Microsoft et le discours de Framasoft sont assez proches. Amaelle Guitton, est-ce que vous êtes d’accord avec ce qui vient d’être dit, notamment sur le fait que l’open source et peut-être aussi le Libre, même si vous nous avez expliqué les différences qu’il pouvait y avoir, en tout cas les nuances qu’il pouvait y avoir entre ces deux notions ? Est-ce que finalement ça a gagné ? En tout cas que ceux qui défendaient une approche plus fermée, plus propriétaire, ont fini par se ranger à la question du Libre ?

Amaelle Guitton : Je ne suis pas certaine en fait. La polémique n’est plus ce qu’elle était mais les termes du débat ont changé. Parce que pourquoi on fait du logiciel propriétaire aussi ? C’est une question de business modèle ! C’est parce que c’est un produit donc on le vend et on vend des licences. Et c’est là-dessus que s’est construite Microsoft. C’est aussi là-dessus que s’est construite Apple et d’ailleurs Apple, historiquement, vient de la culture hacker : Jobs et Wozniak bidouillaient du logiciel dans un garage au départ. Et puis quand il a fallu gagner des sous, eh bien on a commencé à refermer le code.

Hervé Gardette : C’est-à-dire qu’on est pour le Libre jusqu’au moment où ça commence à marcher et où là, on devient plutôt pour un système fermé ?

Amaelle Guitton : Oui, historiquement c’est quand même comme ça que ça s’est fait. C’est-à-dire qu’à un moment donné il fallait commercialiser un produit. Là où ça change, c’est qu’on n’est plus dans la période où Steve Ballmer, par exemple, parlait de « cancer » concernant le logiciel libre.

Hervé Gardette : L’ancien patron de Microsoft.

Amaelle Guitton : L’ancien patron de Microsoft et je crois même que Bill Gates avait traité Richard Stallman de communiste. On était quand même dans un affrontement effectivement extrêmement fort.

Hervé Gardette : Grosse insulte aux États-Unis.

Amaelle Guitton : Tout à fait. Ce qui s’est passé c’est que même dans les milieux du logiciel propriétaire, d’abord je pense qu’il y a eu probablement une espèce d’aggiornamento culturel avec les recrutements parce qu’on a beaucoup de jeunes développeurs qui ont l’habitude de travailler de manière collaborative, donc ça change aussi un peu les manières de faire. Et puis ils se sont tout simplement rendu compte que pour les aspects, on va dire, non différenciants, pour les briques de base, eh bien effectivement l’open source c’est plutôt une bonne affaire, parce que justement tout le monde participe, ça permet d’aller vite, etc. Et en fait on se retrouve dans la situation où on a effectivement du Libre et de l’open source dans plein d’endroits, c’est ça qui fait tourner des serveurs web, ce sont les briques d’Android — d’ailleurs Android est en grande partie open source mais pas totalement —, donc on va dire effectivement les matériaux sont de plus en plus ouverts, on a de plus en plus de Libre et d’open source. En revanche, dès qu’on est dans le produit fini, c’est là que ça se referme et donc dire que l’open source et le Libre ont gagné, c’est très trompeur ; ça a effectivement gagné dans plein d’endroits, y compris parce que les fabricants eux-mêmes, les éditeurs, se sont rendu compte que c’était rentable et dès qu’on arrive à l’utilisateur, c’est-à-dire en bout de chaîne, c’est là que tout se referme petit à petit.

Hervé Gardette : Pierre-Yves Gosset.

Pierre-Yves Gosset : Oui. Concrètement moi je ne peux pas dire que je suis d’accord sur le fait que l’open source ait gagné. L’open source se porte bien, c’est sûr. Microsoft a fait une très belle acquisition en rachetant GitHub. Maintenant, moi je ne peux pas m’en réjouir et les militants du logiciel libre ne peuvent pas s’en réjouir parce que la différence qu’il y a entre nous, concrètement, c’est une différence, je veux dire de vision du monde ; c’est presque une vision sociétale qui est assez différente. Vous avez d’un côté des entreprises, les GAFAM, on parle souvent des GAFAM, on rajoute le « M » de Microsoft dedans ; ça ne veut pas dire que Microsoft soit le mal incarné, ce n’est pas du tout de ça dont il est question.
Par contre, c’est une certaine vision du monde où on dit souvent que le logiciel dévore le monde. On a de plus en plus de logiciels partout ; du coup le sociologue Antonio Casilli parle de « colonialité » des GAFAM. Donc c’est une vision du monde qui vise, petit à petit, à être partout. C’est-à-dire que le logiciel on le retrouve dans nos téléphones, dans nos ordinateurs, mais on le retrouve dans nos frigos ; on le retrouve bientôt dans les voitures autonomes et des sociétés comme les GAFAM ne sont pas des philanthropes – encore une fois ce n’est pas une insulte, on peut bien nous se faire traiter de communistes, on peut dire qu’ils ne sont pas des philanthropes. Et concrètement, aujourd’hui Microsoft est une entreprise qui est capitalisée à plus de 700 milliards de dollars, troisième capitalisation boursière du monde il me semble, ce n’est pas rien ! 73 Millions de dollars en fonds propres, c’est 30 fois le budget du ministère de la Culture.

Hervé Gardette : Est-ce que ça veut dire que pour vous, directeur général de Framasoft, Pierre-Yves Gosset, quand Microsoft décide de racheter cette plateforme de création de logiciels libres GitHub, c’est une façon, justement, de dévorer ce monde du logiciel libre ? Je vais évidemment demander ce qu’il en pense à Bernard Ourghanlian.

Pierre-Yves Gosset : Tout à fait. Il y a quelques années Microsoft avait dû subir un procès suivant une loi antitrust et le département de la Justice américain avait qualifié la politique de Microsoft sur trois verbes : embrace, extend and extinguish, ce qui veut dire « adopter, étendre et étouffer », qui est une vraie politique appliquée par Microsoft, qui est une stratégie commerciale qui est de dire on prend ce qui marche bien – et l’open source marche bien, l’open source est efficace donc c’est normal que Microsoft s’y intéresse – et une fois qu’on a adopté l’open source on va y rajouter des fonctionnalités qui peuvent être plus refermées. Moi je n’exclus pas – je n’ai pas de boule de cristal et on verra bien ce qu’en fait Microsoft –, mais je n’exclus qu’à un moment donné GitHub voit des choses apparaître qui soient développées Microsoft mais qui ne soient plus libres et qui, à un moment donné, marginaliseraient les développeurs et développeuses du logiciel libre qui souhaitent eux porter, on va dire, un monde et une vision du monde qui soit différente, où le logiciel appartienne à tous et à toutes.

Hervé Gardette : Bernard Ourghanlian est-ce que vous comprenez déjà les craintes que peut avoir Pierre-Yves Gosset et comment est-ce que vous y répondez ?

Bernard Ourghanlian : Les craintes, je peux les comprendre dans la mesure où l’histoire de Microsoft est ce qu’elle est, donc cette histoire il est difficile de la réécrire. Pour autant on ne vit pas dans un monde figé ; le monde se transforme en permanence donc Microsoft, comme un certain nombre d’entreprises et puis, d’une manière générale, comme la totalité du monde qui nous entoure, se transforme, donc il est évident que racheter une plateforme telle que GitHub avec comme objectif de privatiser la plateforme, de la rendre inaccessible et, d’une manière ou d’une autre, de la fermer, c’est la garantie pour nous que la totalité des développeurs qui y sont aujourd’hui hébergés fuiront la plateforme. Donc ça n’a absolument aucun sens d’imaginer qu’une telle chose se passe.

Hervé Gardette : C’est-à-dire que pour vous si elle vaut aussi cher, c’est-à-dire 7 milliards et demi de dollars, c’est du fait de ses développeurs qui y travaillent ?

Bernard Ourghanlian : Incontestablement ; il y doit y avoir à peu près 28 millions de développeurs qui utilisent la plateforme aujourd’hui, donc évidemment ça a une certaine forme de valeur. Au-delà de ça, GitHub est aujourd’hui une plateforme qui est utilisée par un certain nombre d’entreprises privées, à la fois pour y déposer de l’open source mais aussi pour leurs propres besoins. C’est-à-dire qu’en fait, quelque part, il y a une certaine forme de privatisation ou d’internalisation de la plateforme pour répondre à ses propres besoins, puisqu’en l’occurrence la plateforme est excellente sur le plan technique donc elle permet effectivement à des grosses entreprises d’y développer leurs logiciels ; typiquement Microsoft utilise aujourd’hui un dépôt de code source pour Windows qui est probablement parmi les logiciels les plus gros de la planète, ce qui prouve qu’il est possible d’utiliser cette plateforme à une échelle extrêmement vaste avec de très nombreux développeurs.

Hervé Gardette : Mais vous pouviez continuer en être l’utilisateur sans en être forcément le propriétaire. C’est-à-dire c’est quoi l’intérêt pour Microsoft de racheter cette plateforme ?

Bernard Ourghanlian : En fait il y a pas mal d’intérêts qui sont autour, déjà, d’une capacité finalement à mieux connaître ses communautés de développeurs, parce qu’on n’a pas non plus la prétention de connaître les besoins de l’ensemble des développeurs de la planète. Or, d’une manière générale, Microsoft est une entreprise qui a été fondée sur une capacité à se mettre à la portée des développeurs donc pour nous ça a évidemment beaucoup d’intérêt. Au-delà de ça, il y a aussi énormément de tâches du développement logiciel qui sont des tâches, on va dire, pas forcément très créatives. Il y a beaucoup d’opérations qui sont réalisées par les développeurs qui sont des tâches relativement fastidieuses, qui consistent, pour une large part, à prendre du code qui a été développé par d’autres, à l’adapter à son besoin et à être capable, ensuite, de l’utiliser dans un logiciel plus complet.

Donc aujourd’hui il y a plein de fonctions qui manquent à GitHub. Pour prendre cet exemple-là, pour permettre de manière très simple, en utilisant l’intelligence artificielle, de pouvoir prendre des morceaux de logiciels qui existe dans l’ensemble des bases de données qui composent GitHub et pouvoir, potentiellement, sans effort ou en tout cas avec encore moins d’effort qu’aujourd’hui, l’adapter à ses propres besoins.

Donc ça, ça fait partie des choses qu’on peut parfaitement imaginer de mettre à la disposition de l’ensemble des utilisateurs de GitHub et donc de rendre encore plus populaire la plateforme telle qu’elle existe aujourd’hui.

Hervé Gardette : Amaelle Guitton.

Amaelle Guitton : Effectivement ça vaut le coup de rappeler que GitHub n’héberge pas que du code ouvert. Il héberge aussi du code fermé. Il y a des services payants et c’était d’ailleurs plus ou moins leur modèle économique ; mais la question que ça soulève est intéressante.

Hervé Gardette : Pardonnez-moi, juste je fais une petite incise par rapport à ça : si c’est ouvert c’est forcément gratuit ? Si c’est fermé c’est forcément payant ?

Amaelle Guitton : Oui. En gros c’était ça. C’est-à-dire il fallait payer pour y mettre du code fermé. En revanche l’hébergement de code ouvert, lui, était gratuit, je crois dans une certaine limite de taille au-delà de laquelle, de nouveau, il fallait payer.

La question que ça soulève est intéressante. J’ai vu passer cet argument que Microsoft pourrait, effectivement, améliorer GitHub. Et c’est fort possible ! Mais la question que ça pose c’est pourquoi est-ce que tout le monde met son code au même endroit ? On m’a posé la question sur Twitter au moment du rachat, on m’a demandé ce que j’en pensais, parce que je voyais effectivement pas mal de développeurs de logiciels libres qui commençaient à s’inquiéter, mon premier réflexe ça a était de dire : j’ai du mal à m’émouvoir parce que GitHub, au départ, est effectivement un acteur privé et c’était déjà une plateforme centralisée. On en revient toujours au même point qui est celui de la centralisation et c’est d’ailleurs assez étonnant que des libristes, comme on dit, aient jugé pour le coup parfaitement normal de tous mettre leur code au même endroit.

Pierre-Yves Gosset : Pas tous !

Hervé Gardette : Et comment est-ce que vous répondez, justement, à cette bizarrerie ?

Amaelle Guitton : Eh bien je crois que c’est effectivement parce qu’il y a un outil, parce qu’il fonctionne, parce qu’il est facile à utiliser et parce qu’il n’y a pas d’alternative décentralisée. Enfin si ! Pour le coup je vais laisser Pierre-Yves Gosset en parler parce que Framasoft propose une alternative qui, elle, est décentralisée.

Hervé Gardette : GitHub ce n’est peut-être pas, du coup, un symbole du logiciel libre comme j’ai pu le lire dans un certain nombre d’articles ?

Pierre-Yves Gosset : Ça a été un symbole de la façon dont on pouvait à la fois créer un réseau social, parce que GitHub est aussi un réseau social pour les développeurs : il y a 24 millions de comptes inscrits sur GitHub donc forcément ces gens-là échangent entre eux. Et exactement comme il est difficile de quitter Facebook parce qu’il y a 2,3 milliards d’utilisateurs sur Facebook, il est difficile, pour les développeurs et développeuses, de quitter GitHub puisque, à un moment donné, ils ont leur compte dessus, ils sont dessus, ils sont bien parce que la plateforme marche. On ne peut pas, encore une fois, enlever ça à GitHub ; c’est une plateforme qui fonctionne très bien.

Hervé Gardette : On imagine que si ça fonctionnait mal, déjà Microsoft ne l’aurait pas rachetée !

Pierre-Yves Gosset : Oui, tout à fait. Encore une fois, j’ai cru lire dans le communiqué de presse de Microsoft, qu’ils visaient une rentabilité de GitHub d’ici 2020 ; donc on est bien sur une question de business et c’est, encore une fois, une très belle acquisition pour Microsoft.

Maintenant la question qui se pose derrière, effectivement, c’est la problématique de la centralisation ; et c’est le sujet sur lequel notre association travaille maintenant depuis plusieurs années. On a fait une campagne qui s’appelle « Dégooglisons Internet »2 ; on aurait pu l’appeler « Degafamisons Internet », mais c’était « Dégooglisons Internet » pour, justement, pointer du doigt le fait que la centralisation sur Internet et la concentration des acteurs sur Internet posait problème. On a l’impression qu’Internet est constitué de milliers, de centaines de milliers d’entreprises. Il se passe un petit peu la même chose que dans la presse, c’est-à-dire il y a quelques groupes qui contrôlent, en fait, énormément de sociétés. Et donc WhatsApp c’est Facebook, Waze c’est Google, etc. Donc demain GitHub ce sera Microsoft. C’est un rachat, finalement, de plus, une concentration de plus, qui nous pose un énorme problème : c’est comment est-ce qu’on fait pour re-décentraliser Internet et mettre l’intelligence au bout du réseau plutôt que centraliser sur 5 ou 6 entreprises ?

Hervé Gardette : Oui, mais comme le disait Amaelle Guitton, finalement les développeurs restent sur cette plateforme. Il suffirait qu’ils s’en aillent et qu’ils aillent peut-être polliniser ailleurs pour que, finalement, il n’y ait pas ce phénomène de concentration. Non ?

Pierre-Yves Gosset : Oui, tout à fait. Et la question c’est où iraient-ils ? Justement il y a des plateformes alternatives à GitHub, par exemple un logiciel libre qui s’appelle GitLab. Nous on propose une alternative, effectivement, à GitHub, qui s’appelle Framagit3, sur laquelle on doit avoir 20 000 dépôts là où GitHub en a 65 millions. Voilà ! Ça vous donne une idée un petit peu de la différence de taille.
Par contre, ce qu’on souhaite, c’est qu’il n’y ait pas que Framagit. C’est-à-dire que toute la difficulté c’est d’expliquer finalement au public qu’il faut reprendre le pouvoir. Il y avait le slogan Power to the People, nous on essaye de dire Software to the People et de re-décentraliser Internet pour que demain par exemple les médias puissent monter une instance avec GitLab sur laquelle ils mettraient le code qui correspond aux médias. Voilà !

On s’est retrouvés avec le code de Parcoursup sur Framagit, ça nous a plutôt fait sourire même si on ne soutient pas forcément le projet, mais du coup les gens peuvent déposer du code sur notre plateforme, tout comme ils peuvent monter leur propre GitLab et installer, finalement, leur propre forge logicielle sur laquelle ils vont pouvoir construire les logiciels.

Hervé Gardette : Bernard Ourghanlian, quels sont les arguments que vous pouvez faire valoir, vous, auprès des développeurs ? Imaginons ! Je suis un développeur, j’ai des projets qui sont sur cette plateforme que Microsoft est en train de racheter. Je suis tout à fait convaincu de l’intérêt et de l’open source et du logiciel libre et je me dis là Microsoft arrive, j’ai envie de partir. Qu’est-ce que vous me dites pour que je reste ? Qu’est-ce qui pourrait me convaincre de rester, de ne pas aller ailleurs développer une autre plateforme véritablement libre ?

Bernard Ourghanlian : Je pense qu’il y a plusieurs types d’arguments. Il y a des arguments qui consistent, effectivement, à s’engager à respecter l’éthique qui a été celle de GitHub depuis toujours. Ensuite, évidemment, les développeurs sont libres de nous croire ou pas, ce qui est logique. Et puis il y a une autre raison qui est probablement plus fondamentale c’est que pour les développeurs, « leur valeur » entre guillemets est exposée à travers GitHub. C’est-à-cire qu’en fait, un développeur qui a envie de se faire embaucher dans une entreprise, ce qu’il va mettre en avant c’est l’ensemble de ses contributions sur GitHub en disant : eh bien voilà, j’ai développé ceci, j’ai développé cela ; vous pouvez aller voir par vous-même ce qu’il en est ; vous pouvez avoir accès au code source correspondant et voir, effectivement, en tant que développeur, ce que je vaux. Finalement, la valeur de la plateforme c’est la valeur des développeurs qui y sont et qui ont envie d’y être. Il est clair qu’on ne peut pas convaincre au sens forcer les gens, et ça n’aurait aucun sens ; de toutes façons les développeurs viennent sur GitHub entre guillemets « comme ils sont et comme ils ont envie d’y être ».

Ensuite, la question, c’est effectivement l’endroit où est stockée, finalement, la valeur des développeurs telle qu’elle peut être valorisée vis-à-vis d’un futur employeur.

Hervé Gardette : Je vous ai dit je suis développeur, en fait ça n’est pas vrai Bernard Ourghanlian, je ne le suis pas, je suis vraiment un simple utilisateur, pas très éclairé, toujours, avec les choses de l’informatique. Quel peut être, justement, mon intérêt à moi ? Par exemple j’utilise la suite Windows, j’utilise un certain nombre de logiciels qui sont détenus par Microsoft, quel intérêt je vais trouver dans le rachat de cette plateforme de logiciels libres ? Est-ce que moi, utilisateur, je vais être un peu plus libre avec les outils Microsoft ?

Bernard Ourghanlian : Pour être très honnête, non. Je pense qu’un utilisateur lambda, son accès à GitHub c’est quand même quelque chose d’extrêmement peu fréquent. Il n’y a pas vraiment de raison d’y aller chercher quelque chose.

Hervé Gardette : Sauf de se dire que Microsoft, à travers ce rachat, change aussi un peu de philosophie et se dit : je vais aussi permettre à l’utilisateur lambda, comment dire, d’avoir peut-être davantage de liberté avec les outils que je propose ?

Bernard Ourghanlian : Aujourd’hui Microsoft publie énormément de logiciels en open source. D’ailleurs, puisqu’il faut quand même le dire, Microsoft est le plus gros contributeur de GitHub aujourd’hui. Donc en fait, on est un utilisateur énorme de la plateforme, ce qui veut dire qu’on publie énormément de logiciels en open source. D’ailleurs, et ça a peut-être un peu défrayé la chronique et perturbé certains, on a publié récemment une annonce selon laquelle on va mettre à la disposition de tous un noyau Linux sécurisé à destination de l’Internet des objets.

Hervé Gardette : Linux, il faut rappeler ce que c’est.

Bernard Ourghanlian : Linux c’est le système d’exploitation libre qui a été, on va dire, popularisé depuis très longtemps par des sociétés comme Redhat mais d’autres aussi et qui, effectivement, est utilisé, notamment dans le monde du Web pour servir énormément de serveurs internet, etc. Donc cet environnement logiciel, pour Microsoft, c’est presque une révolution de palais au sens où on ne pouvait même pas imaginer que Microsoft, un jour, puisse commercialiser ou, en tout cas, mettre à la disposition de tous un logiciel basé sur un noyau Linux et c’est pourtant quelque chose qu’on a fait. Ce qui est la preuve que Microsoft change.

Hervé Gardette : Je pose la même question sur l’expérience utilisateur pour un utilisateur qui n’est pas capable de naviguer dans le code. Pierre-Yves Gosset et Amaelle Guitton. Pierre-Yves Gosset.

Pierre-Yves Gosset : Clairement, pour l’utilisateur, encore une fois l’open source étant un modèle de développement efficace, c’est plutôt une bonne chose. Maintenant, si on reprend un peu la problématique qui est politique et économique, eh bien politiquement et économiquement Microsoft rachète un de ses outils de production. Forcément, si on a cette grille de lecture, on se dit que c’est important pour eux, vu qu’ils ont de plus en plus de code sur GitHub, de se dire « eh bien à un moment donné nos développeurs sont là, notre code est là, autant racheter la plateforme, ce qui nous permettra d’en avoir la maîtrise. »

Hervé Gardette : Ça, ça ne change rien pour l’utilisateur lambda, dans le cadre de ce rachat. Mais dans le cadre des logiciels vous que vous essayez de développer à travers Framasoft, qu’est-ce que ça change pour moi ? C’est-à-dire est-ce que je me rends compte que je suis dans le monde du logiciel libre ? Ou c’est simplement philosophiquement, disons, et politiquement, je sais que je contribue à un autre modèle, mais ça ne change rien à mon expérience utilisateur ?

Pierre-Yves Gosset : Je pense que concrètement la philosophie de Microsoft n’a pas changé ; c’est une entreprise capitaliste qui vise à maximiser les profits, évidemment. Encore une fois, c’est le monde dans lequel on vit. Ce n’est pas forcément le monde que nous souhaitons, ce n’est même pas du tout le monde que nous souhaitons, mais ils sont dans une logique où, à moment donné, ils rachètent leur outil de production. Amaelle Guitton le rappelait tout à l’heure, il y a une grosse partie du code sur GitHub qui appartient à des entreprises privées. La moitié des entreprises du Fortune 500, du classement des 500 plus grosses entreprises du monde, est sur GitHub. Donc évidemment, moi ce que j’entends dans la bouche du représentant de Microsoft c’est qu’à un moment donné, effectivement, ils veulent rajouter des fonctionnalités utilisant l’intelligence artificielle pour développer encore mieux le logiciel, etc. Donc nécessairement, Microsoft va avoir un avantage concurrentiel sur d’autres géants du numérique, à commencer par Google et d’autres.

Hervé Gardette : Pardonnez-moi. J’ai peut-être mal formulé ma question. Ce que je voulais dire c’est que si j’utilise un logiciel libre tel que ceux qui sont promus par Framasoft, ça change quoi du point de vue de l’utilisation ?

Pierre-Yves Gosset : De l’utilisation rien. Par contre, je pense sincèrement que ce rachat va petit à petit assécher, enfin peut assécher les valeurs philosophiques, sociales, éthiques portées par le mouvement du logiciel libre.

Hervé Gardette : Amaelle Guitton ?

Amaelle Guitton : Ce que ça change pour l’utilisateur, parfois, c’est tout simplement basiquement que, par exemple pour utiliser un logiciel comme Firefox, il suffit de le télécharger. Pour utiliser LibreOffice qui est une suite bureautique avec un éditeur de texte, un tableur, etc., eh bien il suffit de les télécharger. Pour utiliser les outils de Microsoft, il faut payer une licence. Ça c’est très concret. La base du logiciel libre ce n’est pas sa gratuité mais souvent c’en est une conséquence. Le modèle économique est complètement différent. Ce qu’on vend dans le Libre c’est le service qui va avec, c’est la maintenance, ce sont des packages tout faits pour les entreprises, etc., mais on ne vend pas le code. Donc la différence elle se situerait là.

Hervé Gardette : Du coup, moi utilisateur, je vais trouver ça plutôt intéressant. C’est-à-dire je me dis effectivement je vais avoir un service de maintenance ; c’est peut-être aussi quelque chose qui est plus stable, plus sécurisé, plutôt qu’un système ouvert où, si ça se trouve, on va me changer mon logiciel du jour au lendemain et je ne vais plus m’y retrouver. Au moins avec un système propriétaire je suis plus rassuré, non !

Amaelle Guitton : Il y a quand même des logiques et des process dans les grandes communautés. Notamment pour les logiciels les plus connus type Firefox, il ne suffit pas d’arriver avec son bout de code, il y a des process de validation ; enfin tout ça est assez procédural, en réalité, et la preuve c’est que ça fonctionne, c’est que Firefox fonctionne très bien.

Mais ce que je trouve intéressant c’est que, finalement, ce que raconte le rachat de GitHub par Microsoft c’est une réalité que tous les gens qui travaillent dans l’open source et le Libre ont comprise depuis un certain temps : c’est qu’en réalité, pour ces grandes entreprises, le modèle de développement en open source sur les briques de base c’est le plus efficace et le plus rentable. Avoir des briques communes à partir desquelles on fabrique des produits qui eux vont être plus ou moins fermés, mais souvent plus que moins ça, ça marche très bien. Effectivement, de ce point de vue-là, on va dire, c’est la victoire technique de l’open source comme process de développement.

En revanche, on voit bien, c’est ce que je disais tout à l’heure, c’est qu’en bout de chaîne moi je n’ai pas l’impression du tout qu’il soit question de changer quoi que ce soit au modèle propriétaire de Windows ou, par ailleurs, de Gmail, parce qu’à chaque fois la situation est la même. C’est-à-dire que plus on se rapproche de l’utilisateur final et plus on se rapproche, en fait, de produits sur lesquels il peut y avoir de la concurrence, et plus c’est fermé. Il y a vraiment une différence entre ce qui peut être mis dans une espèce de pot commun technologique et ce sur quoi on va construire son modèle économique et ce sur quoi il va y avoir de la mise en concurrence.

Hervé Gardette : « Des briques ouvertes ne font pas un plan de maison librement accessible », je vous cite, Amaelle Guitton, c’est un extrait d’un des articles que vous aviez signé sur le sujet.

Amaelle Guitton : Absolument.

Hervé Gardette : Bernard Ourghanlian, je vous laisse réagir, ensuite Pierre-Yves Gosset.

Bernard Ourghanlian : Je pense qu’il y a un élément qu’on n’a pas pour l’instant abordé mais qui est quand même important parce que ça correspond à un changement de paradigme substantiel, c’est l’arrivée, l’irruption du cloud : la fameuse informatique en nuage où, en fait, on accède dans la réalité à des traitements qui sont réalisés quelque part, on ne sait pas forcément très bien où. En l’occurrence, ce mode de commercialisation est un mode de commercialisation qui change assez fondamentalement la donne. Parce que, finalement, on est dans une logique où on paye le logiciel à la consommation, ou le service à la consommation, un peu comme l’eau, le gaz, l’électricité – on consomme on paye, on ne consomme pas on ne paye pas. Donc en fait, le logiciel en tant que tel est encore plus éloigné de l’utilisateur. C’est-à-dire que certes vous allez avoir un système d’exploitation qui va tourner sur un téléphone, qui va tourner sur un PC, une tablette, que sais-je, mais la plupart des services que vous consommez sont des services qui sont exécutés loin de vous, dans le nuage. Donc ces services, qui sont effectivement des services à valeur ajoutée, sont en général facturés uniquement sur une logique de consommation.
Donc dans cette logique-là, le modèle d’affaires sous-jacent au logiciel libre, au logiciel propriétaire, c’est un modèle d’affaires qui devient encore complètement différent puisqu’on n’est plus dans une logique dans laquelle on paye une licence au départ et puis la licence on va l’utiliser ou pas et quelle que soit la façon dont on l’utilise on va payer ; là on est dans une logique dans laquelle si on est content d’un service, on va l’utiliser. Et d’ailleurs, dans le cloud, tous les opérateurs de cloud ont besoin de mériter leurs clients ; quand je dis mériter ça veut dire qu’en fait, si vous n’êtes plus content du service, vous ne l’utilisez plus et ça s’arrête là.
Et la façon, finalement, de convaincre les utilisateurs de rester et de continuer d’utiliser votre service, il n’est plus fondé sur le fait que vous avez payé avant, il est fondé sur le fait que vous allez convaincre les utilisateurs par la qualité du service que vous leur délivrez, que, effectivement, ils doivent continuer d’utiliser vos services.

Hervé Gardette : C’est pour qu'il y ait cette qualité de service que Microsoft, du coup, rachète cette plateforme ; ça participe de cette logique-là ?

Bernard Ourghanlian : C’est une plateforme qui, par construction, est une plateforme cloud dans la réalité. Donc c’est toute une série de serveurs qui vont permettre de déposer du code source et qui vont servir à l’ensemble des développeurs pour se connecter en même temps, construire leurs logiciels, etc. Donc c’est une construction qui est très en phase avec, effectivement, la stratégie de Microsoft, qui est une stratégie qui est de plus en plus orientée vers le cloud dans une logique où, au lieu de faire payer les utilisateurs au départ, on les fait payer entre guillemets « au fur et à mesure » et s’ils décident d’utiliser un autre service, eh bien ils utilisent un autre service et ils peuvent en changer s’ils en ont envie.

Typiquement, je prends l’exemple qui était cité tout à l’heure avec Gmail de Google. Si un utilisateur a envie de changer de serveur de messagerie et de passer de Outlook, pour prendre le cas de Microsoft, à Gmail, il peut le faire en très peu d’opérations. C’est quelque chose qui est extrêmement peu coûteux. Et en dehors du fait de documenter à ses utilisateurs qu’on est passé d’une messagerie, d’une adresse e-mail à une autre, c’est à peu près tout ce que ça représente.

En fait, la différence par rapport au modèle classique du logiciel qui tourne sur des machines qui sont près de chez soi, c’est que là on est dans une logique où le modèle économique lui-même sous-jacent est complètement différent.

Hervé Gardette : Pierre-Yves Gosset.

Pierre-Yves Gosset : C’est très intéressant. D’abord je voudrais désambiguïser une chose, Microsoft rachète GitHub mais nerachète pas les codes sources qui sont sur GitHub : les codes sources appartiennent aux développeurs et aux développeuses qui les ont mis en ligne, donc effectivement chacun peut partir ailleurs.

Bernard Ourghanlian : Heureusement !

Pierre-Yves Gosset : Et heureusement. Par contre, là où je m’inscris en faux par rapport à ce que disait monsieur Ourghanlian, il y a clairement un modèle économique derrière, c’est celui, effectivement, du payer à l’usage. Or on voit bien que payer à l’usage, potentiellement, est une pratique commerciale qui va faire que l’utilisateur va payer : puisque la facture est moins douloureuse, on va payer, on va rester inscrit pendant plusieurs années sur un service sans se poser la question et ce service-là va nous coûter plus cher que si on l’avait acheté au départ.

Le modèle du logiciel libre peut même être en amont encore différent. C’est-à-dire qu’on pourrait mutualiser les coûts de développement d’une alternative existante. Par exemple on va se mettre à plusieurs entreprises pour développer ensemble un logiciel qui sera mis à la disposition de tous et de toutes et on va vendre, finalement, le service qu’il y a autour.

Ce qui moi m’ennuie c’est qu’encore une fois, on voit bien à travers le modèle économique que présentait le représentant de Microsoft, on est sur une logique vraiment commerciale. Or, à un moment donné, nous ce qui nous pose problème c’est que le logiciel est présent partout dans nos vies et le fait que l’on dépende de quelques entreprises pour savoir où est ce logiciel.

Là où je m’inscris en faux c’est, typiquement, quitter Gmail pour aller vers Outlook ou l’inverse, ce n’est pas juste en cinq minutes ! Parce qu’on a tout notre historique, on a tous nos contacts, etc., et c’est forcément du lourd ; cette conduite du changement est compliquée et c’est quelque chose que pratique Microsoft depuis longtemps qui s’appelle le vendor lock-in. C’est le fait qu’à un moment donné, lorsqu’on est habitué à Windows, le fait de quitter Windows réclame un effort.
Donc oui, théoriquement quitter ne coûte rien, mais dans la réalité c’est faux ! C’est un coût qui est non négligeable pour l’utilisateur.

Hervé Gardette : Mais est-ce que quitter un logiciel libre, je ne sais pas quel nom on pourrait prendre ?

Pierre-Yves Gosset : Firefox.

Hervé Gardette : Prenons Firefox, par exemple, est-ce que ça ne demande pas un effort identique ?

Pierre-Yves Gosset : Si, ça pourrait être la même chose. La difficulté c’est que nous on essaye de promouvoir, finalement, un modèle social, un modèle de société, qui soit basé sur la contribution, sur la participation finalement active des utilisateurs et des utilisatrices aux logiciels qu’ils utilisent et non pas uniquement au fait de consommer un logiciel.

Donc ce sont deux visions du monde relativement différentes. D’un côté une société de consommation ou de surconsommation avec de la propriété intellectuelle, de l’individualisme et, d’un autre côté, une société des communs, de la société de contribution telle qu’en parle le philosophe Bernard Stiegler qui essaye de promouvoir, finalement, un modèle de société où chacun va contribuer aux outils qu’il utilise.

Hervé Gardette : Juste un mot Bernard Ourghanlian.

Bernard Ourghanlian : Puisqu’on parle de Bernard Stiegler, je vais répondre en citant André Comte-Sponville qui posait la question « le capitalisme est-il moral ? » et il répondait par la négative en disant que, par définition, le capitalisme était a-moral ; sans morale.

Je pense qu’effectivement on a une opposition de principe qui n’est pas fondée sur la technologie en tant que telle, parce la technologie, écrire du code c’est toujours écrire du code ; n’importe qui qui a développé du code, qu’il soit ouvert ou pas ouvert, ça ne change rien.

Pierre-Yves Gosset : Pour moi ça en change ; plein de choses !

Bernard Ourghanlian : On pourrait débattre, mais là-dessus je ne suis pas d’accord ; sur le plan technique c’est rigoureusement la même chose. Le logiciel libre ça ne change rien ! Par contre, sur le plan effectivement politique, le modèle politique sous-jacent n’est effectivement pas le même.

Hervé Gardette : Merci à tous les trois d’avoir participé à cette discussion Amaelle Guitton, Pierre-Yves Gosset et Bernard Ourghanlian. Discussion que vous pouvez retrouver sur notre site internet. Vous choisissez le navigateur qui vous conviendra le mieux. C’est France Culture en tout cas sur la page Du Grain à moudre. Merci à l’équipe Du grain

15 September 2018

Luc DIDRY

Merci à mes tipeurs :-)

Le 15 September 2018 à 12:38:21

Le 14 juillet 2016, j’ai lancé mes pages Tipeee et Libe­ra­pay.

La récom­pense de base est l’ap­pa­ri­tion sur une page mensuelle de remer­cie­ments… voici celle d’août.

Merci à :

Voici mon bilan d’août :

Vous pouvez toujours me soute­nir via Duni­ter !

Je remets ici mon expli­ca­tion.

Disclai­mer : je vais peut-être dire des sottises parce que j’ai pas tout compris mais je m’en fous, j’aime bien l’idée

Duni­ter est un projet de crypto-monnaie mais contrai­re­ment au bitcoin où c’est la course à la puis­sance de calcul pour géné­rer la monnaie et deve­nir riche, le but est de créer une monnaie libre (le Ğ1, prononcé comme june en anglais), basée sur une toile de confiance (il faut rece­voir 5 certi­fi­ca­tions pour être membre) et où chacun des membres reçoit tous les jours un divi­dende univer­sel. Je dois dire que je suis assez curieux de ce qu’on peut faire avec un système ressem­blant forte­ment au salaire à vie 🙂

C’est pourquoi j’ai créé mon compte et ait fait ce qu’il fallait pour rece­voir mes certi­fi­ca­tions (rencon­trer des gens, tous­sa…). Ma clé publique est :

 2t6NP6Fvvuok2iRWA188C6pGokWAB5Kpf1S1iGtkN9tg

Et comme un projet n’est utile que si on s’en sert, je vous propose de me soute­nir en Ğ1 tout en béné­fi­ciant des mêmes récom­penses que celles présentes sur ma page Tipeee (j’ai arbi­trai­re­ment choisi une parité euro/Ğ1 car je n’ai pas vrai­ment trouvé de page expliquant comment évaluer le cours du Ğ1 en euros, et au final, est-ce vrai­ment néces­saire ? À nous de choi­sir quelle valeur a cette nouvelle monnaie 🙂. Et puis ça me simpli­fie la vie).

Voici donc les diffé­rentes contre­par­ties et leur prix (chaque contre­par­tie comprend celles de tarif infé­rieur) :

  • 1 Ğ1 : vous appa­raî­trez sur la page mensuelle des remer­cie­ments
  • 2 Ğ1 : vous rece­vrez une photo dédi­ca­cée de mon chat
  • 3 Ğ1 : vous rece­vrez 3 stickers repre­nant les logos de Lstu, Lutim et Lufi. De quoi déco­rer son ordi et se la péter en société 😁
  • 5 Ğ1 : un commit vous sera dédié chaque mois (si je déve­loppe suffi­sam­ment pour le nombre de personnes à ce niveau)
  • 15 Ğ1 : vous pouvez me deman­der de bosser en prio­rité sur un bug ou une demande de fonc­tion­na­lité d’un de mes logi­ciels (dans la mesure du faisable, hein).
  • 100 Ğ1 : quand j’au­rais un nouveau projet, vous pour­rez en choi­sir le nom et le logo

Pour en savoir plus sur Duni­ter et Ğ1, je vous propose d’al­ler voir cet article de cgeek : https://blog.cgeek.fr/de-linte­ret-dune-monnaie-libre.html ainsi que la théo­rie rela­tive de la monnaie pour les enfants.

Crédits : Photo par Tim Marshal sur Unsplash

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Thierry ARNULF

Les médias et les traqueurs

Le 15 September 2018 à 09:50:41

Les applications des médias français (LE MONDE, LIBERATION…etc) mais, également  étrangers (WASHINTON POST…) embarquent parfois plus d’une dizaine de traqueurs  (01) dans leurs applications Android. Ce n’est pas nouveau. Ce qui l’est, par contre, c’est que certains d’entre-eux reconnaissent qu’il y en … Lire la suite

14 September 2018

april.png Nouvelles April

Journée contre les DRM 2018 - Rediffusion de l'émission « Libre à vous ! » mardi 18 septembre

Le 14 September 2018 à 07:45:49

L'overdose des DRM

Dans le cadre de la Journée internationale contre les DRM (« menottes numériques ») mardi 18 septembre, la radio Cause Commune et l'April rediffuseront la dernière émission « Libre à vous ! » qui a consacré 42 minutes à la question des DRM. Cette rediffusion aura lieu mardi 18 septembre à 15h30 sur 93.1 FM en Île-de-France et sur le site de la radio, la discussion sur les DRM commencera vers 16h08.

Cette journée est l'occasion de rappeler à quel point ces menottes numériques sont dangereuses pour toute personne utilisant ou développant des logiciels libres, et empêchent pour tout le monde des usages, pourtant tout à fait légitimes, des œuvres.

Radio Cause Commune

La radio « Cause commune » a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Émission « Libre à vous ! » de l'April

Chaque 1er mardi du mois de 15h30 à 17h00, l'April, l'association de promotion et de défense du logiciel libre, propose une émission d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation.

Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission mensuelle.

Discussion sur les DRM

Lors de l'émission du 4 septembre 2018, Frédéric Couchet, délégué général de l'April, et Étienne Gonnu, chargé de mission affaires publiques, ont discuté des menottes numériques avec Jean-Baptiste Kempf (président de VideoLAN, l’association qui gère VLC media player et fondateur de la société Videolabs qui qui crée des services autour de VLC et, plus généralement, des nouveautés autour de la vidéo) et Marie Duponchelle (avocate, docteur en droit, département Droit de l’immatériel, Paris 1 Panthéon-Sorbonne, auteure d’une thèse intitulée « Le droit à l’interopérabilité : études de droit de la consommation », Marie Duponchelle a été stagiaire à Videolan, puis à l’April il y a quelques années).

À l'occasion de la Journée internationale contre les DRM la radio Cause Commune et l'April rediffuseront cette émission sur 93.1 FM en Île-de-France et sur le site de la radio mardi 18 septembre 2018 à partir de 15h30. La discussion sur les DRM commencera vers 16h08.

Vous pouvez également dès maintenant écouter le podcast ou lire la transcription.

13 September 2018

april.png Nouvelles April

Journée noire pour les libertés sur Internet : les parlementaires européens votent la généralisation du filtrage automatisé

Le 13 September 2018 à 09:46:13

Communiqué de presse. Jeudi 13 septembre 2018.

Mercredi 12 septembre, journée noire pour les libertés sur Internet et pour tous ceux et celles qui agissent au quotidien pour défendre et promouvoir un Internet libre et ouvert, neutre et acentré. Le Parlement européen a voté à 438 voix contre 226 la généralisation du filtrage automatisé des contenus mis en ligne. Le coup est dur mais l'April reste mobilisée pour les négociations interinstitutionnelles à venir et pour le vote final au Parlement qui devrait se tenir début 2019.

Malgré une incroyable mobilisation citoyenne et des prises de position argumentées toujours plus nombreuses issues de milieux très divers — culturel, technique, juridique, associatif comme institutionnel 1 — les eurodéputés ont finalement retenu une des versions les plus dangereuses de l'article 13 parmi celles qui leur étaient soumises. : celle du rapporteur Axel Voss (PDF, en anglais). Un vote nominal ayant été demandé, la position de chacun des votants est disponible (voir page 34 du document).

En juillet 2018 les parlementaires avaient rejeté le mandat accordé au rapporteur de la commission JURI. Pourtant, le texte finalement voté le 12 septembre est sensiblement le même, maquillé de quelques précisions cosmétiques. Par exemple l'opportunité de préciser que le blocage automatique des contenus devrait être évité ne manquera pas d'interroger tout un chacun alors que la disposition tout entière est construite sur ce principe, et de se demander qui a pu se satisfaire d'une précision aussi grotesque.

Malheureusement les parlementaires français ont été particulièrement nombreux à soutenir cette disposition aux effets gravement liberticides. À l'exception notable de Messieurs et Mesdames les députés D'Ornano, Montel et Phillipot pour le groupe EFDD, Omarjee et Vergiat pour le groupe GUE/NGL et Delli, Durand, Jadot, Joly et Rivasi pour le groupe des Verts, qui ont également voté pour les amendements de suppression de l'article 13 (rejetés à 517 voix contre 169). L'April les remercie pour cette prise de position importante. Avec une mention particulière pour les parlementaires du groupe EFDD et M. Durand qui ont voté le rejet global de la proposition de directive qui permettrait, enfin, d'ouvrir la voie à un véritable débat de fond sur le sujet. Les autres parlementaires mentionnés ayant fait le choix de l'abstention. À l'inverse l'April constate avec regret que l'ensemble des membres des délégations françaises des groupes EPP, S&D et ENF ont soutenu des propositions portant un risque aussi évident de censure sur Internet.

Lot de consolation, certes faible mais qui a son importance : les amendements inscrivant l'exclusion sans condition des forges de logiciels libres de ce dispositif absurde ont été adoptés. D'ailleurs l'April appelait récemment le gouvernement français à traduire ses paroles en actes lors des négociations interinstitutionnelles à venir, le Conseil de l'Union européenne semblant encore considérer qu'il faille limiter cette exception aux seules forges « à but non lucratif ».

Sur cette question, comme pour celle plus globale de la lutte contre le filtrage généralisé et automatisé des contenus mis en ligne, l'April continuera à agir et appelle toutes les personnes partageant ses valeurs à faire de même. Les parlementaires seront amenés à se prononcer sur le texte final issu des négociations entre Parlement, Conseil et Commission, ultime occasion pour eux de se montrer à la hauteur des enjeux.

12 September 2018

Thierry ARNULF

Directive Européenne sur le droit d’auteur votée

Le 12 September 2018 à 17:13:42

Les 2 articles de la Directive Européenne sur le droit d’auteur, qui ont créé le plus de polémiques sur le net, viennent d’être votés au Parlement Europēen : ce sont les articles 11 et 13.  Vous pouvez consulter la proposition de … Lire la suite

jzimmermann.png Jérémie ZIMMERMANN

Antiterrorist Censorship: The EU Commission Wants to Kill the Decentralized Internet

Le 12 September 2018 à 14:18:13

12 September 2018 - This morning, as everybody was looking at the Copyright Directive adoption, the EU Commission released a proposal for a Regulation on the censorship of terrorist propaganda.

This proposal would impose new obligations to hosting service providers, including the removal in less than an hour of the reported content. This proposal trivializes police and private censorship as well as the circumvention of justice. Automated filters, which play a crucial role in the debate on the Copyright Directive, are becoming the core component of censorship regimes in the digital era1.

The fact is that only a few big online platforms would be able to comply to these news obligations - in particular the one-hour deadline. Others - the vast majority of which, since the beginning, have been the body of the Internet, will never be able to comply with these obligations and will permanently be exposed to sanctions.

If this text is to be adopted, the quasi-monopolies of the Internet (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft, Twitter...) would be elevated as key players of the securitarian policies of the Member States and reinforced in their more than dominant position - every other service will be forced to shut down, including decentralised services which best protect our freedom.

After loosely claiming to defend our rights with the GDPR, the European Commission is radically changing its targets and now aims at destroying the rules of law by fraternising with multinationals that exploit our freedoms. The fact is that only the decentralized Internet, governed in a democratic way, can provide appropriate modes of control for online content. This is one of the most relevant way to stop the spread of hate speech and other abuse of freedom of expression.

The proposal is not only useless in many respects - online giants are already monitoring and censoring terrorist contents in cooperation with public authorities2. It is also counterproductive: its main effect would be to destroy the only version of Internet compatible with our basic freedoms.

The proposal has just been published. Debates will follow at the EU level We will contribute to these debates with determination.

  • 1. According to the proposal, every hosting service provider on the Internet, whatever its size or its operation, would have to remove terrorist content within one hour upon receiving a removal order by a national authority (Article 4). These authorities would also be able to impose censorship, based not on national law but on the terms and conditions of these providers (Article 5). Finally, providers are invited to take proactive measures, including through automated means, to scan online contents and block those they consider a terrorist content (article 6)
  • 2. Since 2015, Members States like France and agencies like Europol have developed numerous partnerships with the digital giants to fight against terrorism propaganda, frequently in defiance of international law.

Copyright Directive: the cultural industry and press publishers feed on the crumbs of the mass surveillance business

Le 12 September 2018 à 13:26:58

12 September 2018 - The European Parliamant has just adopted the CopyRight Directive, despite delaying it last summer. Having successfully passed this Directive, the cultural industry and press publishers feed on the crumbs left by mass surveillance businesses. Rather than preventing such a capitulation to the GAFAM, French Government has vigourously promoted it.

For 20 years, the French cultural industry has never been able to adapt to the Internet. Today, it is crazy about the success of Netflix or Amazon. Now, it is claiming for the crumbs of the cake. This industry is trying to make the giants of the Web, such as Youtube and Facebook, share the revenues of targeted advertising displayed with their contents.

Targeted advertising depends on the monitoring of everyone, everywhere, anytime, without our freely given consent. Since 25 May and the GDPR, this clearly breaches the law.

However, having failed to evolve, the cultural industry is now ready to rely on such unlawful practices. Following today's vote, the financing of culture will be submitted to the mass surveillance business. By supporting the Directive, the French Government gave its blessing to the unlawful powers of Internet giants, rather than fighting them and protecting us.

Unfortunately, this is not the only issue. Press publishers who, for the most part, never succeeded to adapt to the Internet, want to be paid for each one of their articles quoted on Facebook and Google. What is going to happen if press publishers' revenues depend on Facebook and Google own revenues? How much longer will we be able to read critical positions against such giants in these newspapers? Rather than adapting themselves, press publishers chose to give up their independence entirely. Meanwhile, most of them implement practices as intrusive as those used by the GAFAM regarding targeted advertising.

Here again, the French Government has encouraged this general capitulation to Net Giants, strengthening them in their position of masters of the Internet. Yet, they are masters of none. The Internet doesn't need Google or Facebook to allow us to communicate. Furthermore, these giants disturb our communications in order to impose their advertisements.

Today's vote is symptomatic of the emergency to get a new framework of reflexion. It is a priority for the government to accept that the Internet is not just about a few monopolistic companies. It is time for the government to give up digital global companies and to begin to promote the development of a decentralized Internet, the only one able to respect our liberties.

11 September 2018

april.png Nouvelles April

Le Parlement européen dernier rempart contre le filtrage automatisé sur Internet

Le 11 September 2018 à 13:28:21

Photo d'illustration de la campagne Save Your Internet

Communiqué de presse. Mardi 11 septembre 2018.

Mercredi 12 septembre 2018 les parlementaires européens voteront en séance plénière sur le projet de directive droit d'auteur, notamment sur son article 13 qui impose aux plateformes d'hébergement la mise en place d'un filtrage généralisé et automatisé des contenus que nous mettons en ligne sur Internet. L'idée même de ce principe est désastreuse et a été très largement décriée pour son caractère rétrograde et liberticide. L'April appelle les parlementaires à un vote sans ambiguïté : le rejet pur et simple du filtrage généralisé et automatisé des contenus mis en ligne.

Suite au rejet, le 5 juillet 2018, du mandat accordé sur le rapport voté en commission JURI (commissions des affaires juridiques), d'importantes négociations entre les différents groupe politique au Parlement européen semblent avoir eu lieu. Et si le rapporteur Axel Voss ou le député Jean-Marie Cavada continuent de vouloir faire d'Internet un espace soumis à contrôle et à censure, des propositions comme celle du groupe des Verts et de la commission IMCO (commission du marché intérieur et de la protection des consommateurs) font écho à l'importante mobilisation contre l'article 13 et semblent prendre en compte les critiques formulées contre ce texte rétrograde. Toutefois, ne nous y trompons pas, la disposition est intrinsèquement dangereuse et la seule issue réellement satisfaisante sera son rejet total.

L'April appelle ainsi les parlementaires à prendre une position forte, comme en 2012 avec le rejet d'ACTA et plus récemment en juillet avec le rejet du mandat, et à rejeter intégralement l'article 13 en votant les amendements de suppression 90, 125 et 193 des député⋅es Gerard Batten, Jiří Maštálka et Isabella Adinolfi.

À défaut d'un rejet du texte, l'alternative proposée par Julia Reda pour le groupe « Verts/ALE » (amendement 214) et par Catherine Stihler pour la commission IMCO (amendements 100 à 105), doivent être soutenues.

L'April appelle également à voter l'amendement 61 à l'article 2 de la directive, issu du rapport de la commission JURI. Il s'agit d'une évolution indispensable puisqu'elle crée une exception pour les encyclopédies en ligne comme Wikipédia ainsi que pour les forges de logiciels libres, sans critère inutile basé sur le caractère lucratif ou non de l'activité qui viderait la disposition de sa substance.

« En 2005 le Parlement européen rejetait la brevetabilité des logiciels, en 2012 il enterrait ACTA suite à une mobilisation citoyenne internationale incroyable. Mercredi 12 septembre les députés européens ont de nouveau rendez-vous avec l'Histoire. À eux de rappeler que le Parlement est une institution indépendante soucieuse des libertés publiques » déclare Frédéric Couchet, délégué général de l'April.
« À la veille du vote et après des mois de mobilisation il semble incroyable de devoir répéter de telles évidences mais nous y voici ; NON, un filtrage automatisé et un Internet libre et ouvert ne sont pas compatibles ; NON on ne protège pas les auteurs avec des outils de censure. Les parlementaires européens ont une responsabilité indéniable avec ce vote : agiront-ils pour préserver un des plus incroyables espaces de création et de partage jamais créé, ou précipiteront-ils son déclin ? » met en garde Étienne Gonnu, chargé de mission affaires publiques de l'association.

svieille.png Simon VIEILLE

Sharepoint Office365 sur Linux : automatiser l'authentification

Le 11 September 2018 à 09:00:00

Suite de l'aventure avec Sharepoint !

On a pu passer 2 étapes cruciales pour jouer avec Sharepoint Online :

Après quelques jours d'utilisation, il s'avère que les cookies d'authentification ne sont plus valables. C'est un gros problème car c'est pénible de les récupérer manuellement pour ensuite les injecter dans le fichier de configuration Davfs.

J'ai planché quelques heures sur une solution : réaliser le parcours de connexion d'un utilisateur qui passerait par un navigateur web.

Le projet est libre et voici comment l'installer et l'utiliser.

Note : il faut avoir NodeJS sur sa machine. J'ai développé le code en version 6.13.0.

Il faudra déclarer 3 variables d'environnement contenant le site Sharepoint, l'identifiant de connexion et le mot de passe :

Il ne reste plus qu'à lancer le script qui devrait vous retourner du JSON avec les 2 cookies dedans :

À vous de choisir la méthode pour alimenter la configuration de Davfs avec ces données !


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Mise à jour: Le 24 September 2018 à 22:33:52