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30 October 2020

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Le libre hors de l'informatique, de l'intérêt de distinguer entre bien commun et bien public - Décryptualité du 19 octobre 2020

Le 30 October 2020 à 06:42:41


Massey Ferguson tractor

Titre : Décryptualité du 19 octobre 2020 - Le libre hors de l'informatique, de l'intérêt de distinguer entre bien commun et bien plublic
Intervenants : Manu - Luc
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : 19 octobre 2020
Durée : 15 min
Écouter ou enregistrer le podcast
Revue de presse pour la semaine 42 de l'année 2020
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : A working Massey Ferguson 6290 (?) tractor and a buzzard (Buteo buteo) on a field somewhere in Somerset, UK - Licence Creative Commons Attribution 2.0 Generic
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Description

On profite cette semaine d'un article sur l'agriculture libre pour se pencher sur les points communs et les différences avec l'informatique.

Transcription

Luc : Décryptualité. Semaine 42. Salut Manu.

Manu : Salut Luc.

Luc : Je ne ferai aucune remarque sur le chiffre 42.

Manu : Aucune remarque !

Luc : OK ! D’accord ! Je viens d’en faire une. La revue de presse.
ouest-france.fr, « Une install party pour découvrir Linux, à Granville ».

Manu : C’est quelque chose qu’on remonte régulièrement, des gens qui s’organisent entre eux et qui vous invitent pour venir libérer votre ordinateur en mettant du logiciel libre dessus.

Luc : C’était à la médiathèque et bravo à tous les gens qui ont participé à ça.
L'Essor, « Comment les gendarmes se sont passés d'un antivirus trop proche de Microsoft », un article de Gabriel Thierry.

Manu : C’est un sujet que je trouve passionnant. Je suis sûr qu’on en reparlera, on fera sûrement un podcast dessus. Les gendarmes sont des gens formidables dans leur approche du logiciel libre et ils se battent pour utiliser des ordinateurs qu’ils contrôlent complètement, ce n‘est vraiment pas mal et ils refusent dans une large mesure d’utiliser du logiciel privateur et Microsoft, mais on leur impose d’utiliser des antivirus, donc c’est la galère depuis des années parce qu’ils essayent de passer à travers et que ça ne leur convient pas de mettre Windows. [Il s'agit d'un antivirus pour les postes Windows des cadres de la gendarmerie et non d'un anti-virus pour les postes GNU/Linux, Note des intervenants].

Luc : Il y a extrêmement peu de virus sur Linux.

Manu : Oui, mais il y a aussi peu d’antivirus, il semblerait, et, en plus, d’antivirus avec un fournisseur d’une entreprise.

Luc : Est-ce que tu as déjà eu un virus sur un GNU/Linux ?

Manu : Carrément pas !

Luc : Est-ce que tu connais quelqu’un qui a déjà eu un virus sur un GNU/Linux ?

Manu : Du tout, mais il ne faut jamais parier parce qu’il y a toujours un risque. Il existe des virus. Ceci dit, je ne mets jamais d’antivirus sous GNU/Linux, mais ça m’empêche. Bref, les gendarmes ont enfin trouvé un fournisseur qui va leur filer quelque chose qui tourne sur leur Ubuntu, ils auront un Ubuntu à eux.

Luc : Le Monde.fr, « On a testé… «/e/», le système d’exploitation Android mobile « dégooglisé » », un article de Nicolas Six.

Manu : C’est slash e slash, /e/, mais je ne sais pas comment on le prononce. C’est embêtant.

Luc : On sent que les gens ont trouvé un nom vraiment bien.

Manu : Oui, super pratique, ça m’a cassé tous mes filtres pour constituer la revue de presse, c’est juste génial. Mais on les encourage parce que ce sont des petits gars hyper-motivés, hyper-courageux. Ils essayent de refaire un Android Like, mais, comme l’indique l’article, c’est un petit peu compliqué à installer quand on part de zéro, le plus simple c’est d’acheter un téléphone qui a déjà ce système d’exploitation libre installé de base. Il y a notamment le Fairphone qui peut remplir ce cas-là. C’est intéressant et c’est toujours bien d’avoir de la compétition dans un espace comme le téléphone portable.

Luc : Numerama, « LibreOffice interpelle Apache Open Office : jetez l'éponge et rejoignez-nous ? », un article de Julien Lausson.

Manu : On a eu la réponse. Non, ils n’ont pas jeté l’éponge, ils ne rejoignent pas. En gros, ce sont des versions concurrentes, malheureusement, d’un office libre qui s’appelle LibreOffice aujourd’hui.

Luc : Ça a forké comme on dit.

Manu : Ça a « fourchetté ».

Luc : Par contre, tout le monde connaît la marque, le nom Open Office et ça freine un peu LibreOffice dans son développement.

Manu : Malheureusement, ils ont sorti une info comme quoi Open Office ne rejoindra pas LibreOffice, en tout cas pour l’instant.

Luc : Ils vont continuer à échouer dans leur coin.

Manu : Voilà !

Luc : Marianne, « Données de santé hébergées par Microsoft : "Il y a un problème d'intégrité des responsables publics" », un article de Alexandra Saviana.

Manu : C’est un gros sujet, les données de santé des Français sont hébergées chez Microsoft, aux États-Unis. C’est embêtant parce que les lois américaines s’appliquent nécessairement, d’ailleurs sans forcément qu’on le sache, puisqu’ils ont des lois secrètes, enfin des conditions secrètes qui s’appliquent. Là, les autorités françaises ont déclaré que ce n’était pas normal, c’est juste que c’est en cours et que ça bataille dans tous les sens pour essayer de rapatrier ça en Europe sous un régime légal qui nous soit approprié.

Luc : The Conversation, « La lutte pour une agriculture libre : bricoler et partager pour s'émanciper », un article de Morgan Meyer.

Manu : Le sujet sur lequel on va commencer aujourd’hui, parce que c’est un sujet super intéressant, l’agriculture. Tu te sens fort sur l’agriculture, Luc.

Luc : Je n’ai pas grandi à la campagne comme toi !

Manu : Oui, c’est vrai.

Luc : De quoi parle l’article ?

Manu : Ça parle effectivement d’agriculture, mais pas que. Ça parle plus globalement de s’émanciper avec le bricolage, les fabrications personnelles, et puis les échanges de données, les échanges de graines. Il y a beaucoup d’efforts qui sont faits en ce moment pour pouvoir réparer son tracteur, réparer son matériel, en fabriquer en partant de rien ou en partant de pas grand-chose. On en a parlé dans le passé, notamment un docteur en physique nucléaire, polonais, qui s’est installé aux États-Unis et qui essaye de reconstituer tout le matériel agricole nécessaire à rebooter la civilisation parce que ça l’amuse.

Luc : Et puis dans un souci d’indépendance. On aime bien rappeler que dans le domaine qui nous intéresse, le logiciel libre et l’informatique en général, il y a plein de propriété intellectuelle avec des gens qui essayent de bloquer, de s’approprier les idées.

Manu : D’enclore.

Luc : Voilà, de tout bloquer. Dans le domaine de l’agriculture, c’est bien pire que dans notre domaine. Chaque fois qu’on en entend parler on est toujours effarés. On a des trucs qui sont assez connus.

Manu : Il y a des registres de graines, qui imposent de n’utiliser que des graines qui font partie de ce registre et ce sont souvent les grosses entreprises qui peuvent y mettre des graines.

Luc : C’est ça. D’une part ça coûte de l’argent, mais il y a aussi des critères, c’est-à-dire que les graines doivent donner quelque chose qui va être calibré, qui va entrer dans certains critères parce que ça doit être industrialisable. Si on veut faire autre chose, eh bien le catalogue dit juste non, vous n’êtes pas dans les critères vous n’avez pas le droit d’être vendu. Je crois que pour les carottes ça a été changé depuis.

Manu : Il y a eu des évolutions.

Luc : Il y a eu quelques évolutions dans le bon sens.

Manu : Il semblerait maintenant que ce qu’ils appellent les graines rustiques, parce que forcément depuis des générations, des milliers de générations, les agriculteurs s’échangent entre eux ces fameuses graines et il y a plein de variétés qui existent. Effectivement, là on était en train de les raréfier au nom, quelque part, de la propriété de ce bien et un bien commun ou public ?

Luc : Qui est bien public quoiqu’il faille voir, il faut en discuter. Le mouvement est loin d’être à l’arrêt. Je viens de fini un bouquin qui s’appelle L'art de la fausse générosité sur la fondation Bill Gates que tout le monde encense en disant « oh là, là quel bienfaiteur de l’humanité ! »

Manu : Oui ! Avec les milliards que l’humanité lui a transmis !

Luc : C’est ça ! Et qu’il a placés. En fait, il est encore plus riche et il continue à devenir de plus en plus riche, mais c’est accessoire. Le truc c’est que, dans ses activités, cette fondation favorise l’appropriation intellectuelle, les semences OGN brevetées dans tous les coins, etc., et ils veulent du brevet dans tous les sens. Tu parlais du matériel agricole, pour revenir sur l’agriculture, il y a également chez les agriculteurs cette difficulté à réparer.

Manu : À réparer le matériel.

Luc : Parce qu’ils sont endettés jusqu’au cou, ils achètent du matos très cher, où on retrouve toutes les astuces de type « tu ne pourras pas réparer toi-même, il faut payer une maintenance et ceci, cela ».

Manu : Il y a des assurances appropriées. Il y a probablement des stickers qui font que si tu ouvres certains éléments du moteur, eh bien le sticker est déchiré et l’assurance ne s’applique plus, enfin j’imagine. Et puis il y a de l’électronique et de l’informatique embarquée et les agriculteurs n’ont pas forcément accès au logiciel et au matériel qui va leur permettre peut-être de recompiler ou de changer, modifier, mettre à jour des éléments du matériel que pourtant ils possèdent. Donc aujourd’hui, quand ils ont des tracteurs qui tombent en panne, ils se retrouvent bloqués, ils doivent aller voir le fournisseur de ce tracteur qui est le seul à pouvoir le contrôler. On dirait une Ferrari quoi !

Luc : Pas qu’une Ferrari. Il y a maintenant plein de voitures modernes où ce ne sont que des clefs spéciales, etc., et quelqu’un qui a une voiture récente, d’un grand constructeur, en général ne peut quasiment rien faire dedans.

Manu : Il y a plein de gens qui se battent pour ce droit à la réparabilité. Ça évolue dans les consciences et chez le législateur, comme pour les graines. On se rend compte que ce sont quand même des conneries de bloquer la réparation.

Luc : C’est loin d’être gagné !

Manu : C’est vrai.

Luc : Donc ça pose la question : qu’est-ce que c’est qu’une agriculture libre ? Parce que dans le domaine du logiciel on est sur du code, donc on est sur un bien immatériel.

Manu : Qui est couvert par le droit d’auteur.

Luc : Qui est couvert par le droit d’auteur. Très souvent on parle de bien commun, c’est quelque chose qui revient très souvent dans la revue de presse. C’est quelque chose dont on parle beaucoup dans les milieux qui rêvent d’alternative.

Manu : Et dans les milieux économiques.

Luc : Oui, tout à fait. Pour comprendre ça, en fait, il y a un bouquin que j’ai lu, il est assez bref, assez facile à lire, donc je le recommande.

Manu : Qui s’appelle ?

Luc : C’est le bouquin d’Elinor Ostrom, La Gouvernance des biens communs : Pour une nouvelle approche des ressources naturelles.

Manu : C’est ce qui lui a valu un prix Nobel ?

Luc : Non, parce qu’il n’y a pas de prix de Nobel d’économie. Il y a un Le prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel, mais ce n’est pas un prix Nobel.

Manu : Oh ! Décerné par le comité Nobel.

Luc : Écoute, je l’ignorais.

Manu : Grosse évolution parce que parler des biens communs et de manière positive, à ma connaissance ça va à l’encontre de tout ce qu’on avait entendu auparavant dans les milieux économiques.

Luc : Effectivement. Le gros apport d’Elinor Ostrom1 c’est qu’elle a fait un truc complètement incroyable dans le monde de l’économie : elle est allée voir le terrain. Les économistes, les théoriciens en économie, très souvent ce qu’ils aiment bien faire, c’est prendre des grands principes, les brasser, paf, paf, paf ! et de fait, dans le livre, elle parle de quelque chose qui était comme une vérité admise dans le monde économique qui était la tragédie des communs.

Manu : Et qui était, effectivement, plus une expérience de pensée de la philosophie et de la philosophie économique, on pourrait dire, que quelque chose qui s’appliquait.

Luc : Sauf qu’il y a pas mal de théoriciens académiques qui passent allégrement de la réflexion intellectuelle à la réalité. Elinor Ostrom reprend cet auteur dont j’ai oublié le nom [Garrett Hardin], elle reprend la même définition : le bien commun, dans le sens économique, est un bien qui est un bien rival c’est-à-dire qu’il n’y en pas pour tout le monde. C’est un bien qui est global, collectif, typiquement de l’eau dans un réseau d’irrigation pour des paysans.

Manu : Souvent, ce qui était utilisé dans la tragédie des communs2, c’était des pâturages, parce que des pâturages qui étaient, par exemple, gérés par un village, c’est quelque chose qui peut être limité à un moment donné, si on fait paître ses moutons dessus il y a moins de pâture à donner à ses moutons. Donc on peut les organiser pour que tout le monde en profite. Justement, dans la tragédie des communs, il était question du fait que certains pouvaient faire trop pâturer leurs moutons, donc c’était tragique parce que les autres n’allaient plus pouvoir en profiter.

Luc : C’est comme l’irrigation : tu as un canal et le premier qui est sur le canal peut piquer toute la flotte et les autres, derrière, n’ont rien du tout.
La tragédie des communs telle qu’elle était exprimée c’était de dire que comme les agents économiques voient leur intérêt avant tout chose, c’est un premier point de départ, ils vont tenter de prendre toute la flotte ou tous les biens, etc.

Manu : Ils veulent maximiser leur avantage personnel.

Luc : Pour maximiser leur intérêt et ils ne vont pas gérer la ressource. Personne ne se sentira responsable puisque ce n’est pas à lui, donc personne ne va l’entretenir, du coup, un bien commun est condamné à péricliter et c’est condamné à ce que ça se passe très mal. Cet auteur disait qu’il y a deux solutions : l’une c’est la propriété publique, mais c’était plutôt un auteur libéral à l’époque, donc il n’aime pas trop ça, ou alors on met un propriétaire privé et lui, comme il a intérêt à ce que cette ressource lui fasse du profit il va la maintenir dans le temps et il va ensuite la répartir sur différents clients puisque s’il n’en a qu’un seul il ne sera pas en position de force pour négocier.

Manu : Cela a donné lieu à ce qu’on appelle l’enclosure des communs.

Luc : C’était la tragédie des communs et, dans le monde de l’économie, on considérait ça comme un truc incontournable, c’était brillamment démontré. Elinor Ostrom est allée voir la réalité et a découvert un peu partout dans le monde, dans des coins très différents, le fait qu’il y ait notamment des paysans qui géraient, selon un principe d’auto-organisation, leurs ressources en eau de telle sorte que un les infrastructures fonctionnent, avec les petits canaux, les béals, etc., et deux, que personne ne soit lésé. Elle voit dans quelles conditions ça marche, dans quelles conditions ça ne marche pas, notamment s’il y a un très gros acteur dans le système ça ne marche plus. Elle a démontré, en gros, que la tragédie des communs c’était bidon : il y a plein d’exemples, parfois très anciens, de biens communs qui étaient gérés collectivement.

Manu : En grande partie c’est ce qui lui a permis de gagner ce prix.

Luc : Si on revient à Elinor Ostrom et à sa définition, l’open data ou le logiciel libre n’est pas un bien commun, c’est un bien public.

Manu : C’est quoi la différence ?

Luc : La différence c’est que c’est un bien qui n’est pas rival, c’est-à-dire que si je prends ton code source, eh bien tu n’as pas perdu ton code source original. Je peux dupliquer ton code source, faire tourner des logiciels à droite à gauche, ça ne retire rien. On n’est pas comme dans le cas de l’eau où le premier paysan qui prend la flotte, eh bien cette flotte-là est perdue pour les autres.

Manu : Rappelons qu’il y a des gens qui essayent d’utiliser les lois pour, quand même, contourner le fait que la connaissance est diffusable et non excluable et qui vont te rajouter du droit d’auteur, des brevets, des conditions d’accès, qui vont faire en sorte de bloquer cette diffusion, malheureusement, donc ça va un peu à l’encontre.

Luc : C’est un mouvement de fond depuis un bon moment et, comme dans le monde de l’agriculture, c’est loin d’être fini, la fondation Gates pousse à fond dans ce sens-là. On l’a dans le domaine de la culture où on va avoir des droits voisins, une extension du droit d’auteur sans doute à l’infini puisque tous les 20 ans ça prend 20 ans.

Manu : Plein de gens essayent de se battre contre ça, je pense notamment à Wikipédia. Wikipédia est effectivement un bon cas, c’est sous licence Creative Commons et ils essayent de se gérer comme des communs. Vous pouvez contribuer, vous pouvez participer et faire de la gestion de ce site qui est un bien incroyable pour l’humanité.

Luc : La question que ça soulève, qui est un peu bizarre, c’est qu’on comprend comment l’information est un bien public, c’est facile à partager, mais comment fait-on pour faire de l’agriculture libre, c’est-à-dire mettre une licence libre sur quelque chose de matériel ? On peut dire « mes plans pour construire une machine, si je veux être autonome, oui, je peux les mettre en licence libre. En revanche la machine elle-même est à moi je ne peux pas la partager. »

Manu : C’est ta propriété et effectivement ça va être difficile de dupliquer à l’infini une machine. On n’a pas aujourd’hui.

Luc : Même chose sur les semences. Ce qui va être sous licence libre c’est le code génétique.

Manu : Du code, d’ailleurs.

Luc : Qui est du code encore une fois. Dans le domaine de l’art aussi on a des gens qui font de l’art libre. La musique d’introduction bizarre qui passe est sous licence Art Libre et là ce n’est pas exactement la même chose. Souvent la licence va s’appliquer à la copie. La musique, à la limite, ça se copie assez facilement. Il y a fort longtemps, on avait fait un peu de radio avec Hélène Pestre qui était une jeune sculptrice qui avait mis sa sculpture sous licence libre et, effectivement, ce n’est pas ça qui nous autorise à partir avec la sculpture sous le bras, hormis le fait qu’elle soit en métal qu’elle pèse un certain poids.

Manu : Elle est libre, mais elle n’est pas duplicable à l’infini puisqu’elle est matérielle.

Luc : En fait ce sont les représentations de cette œuvre qui sont sous licence libre.
Après, c’est un domaine où il y a encore plein de choses à faire, qui n’est pas le même domaine. Cette différence entre bien rival et non rival est vachement importante parce que ça ouvre plein de possibilités. Par exemple, si je fais de la musique libre, est-ce qu’il faut que je fournisse les partitions ? Si quelqu’un ne peut pas rejouer ma musique, peut-être qu’on pourrait dire qu’elle n’est pas libre. Aujourd’hui, dans les licences, on considère qu’elle est libre parce que la copie de la musique est sous licence libre.

Manu : Ça c’est de la sémantique, c’est le mot qui s’applique comme ça.

Luc : Oui, mais on pourrait très bien détailler. Il y a des gens, notamment Sebkha-Chott – le groupe n’existe plus mais c’est à eux que j’ai piqué la musique pour le générique – qui ont donné les détails des fichiers de mixage sur certains albums. Donc on voit tous les fichiers, comment ils sont agencés, etc. ; si on veut, par exemple, remixer tout l’album on peut le faire.
On peut se poser toutes ces questions-là, ça ouvre plein de possibilités. C’est super que le Libre inspire plein de gens, mais il faut toujours regarder les choses avec circonspection et se dire que chaque domaine est particulier et on ne peut pas nécessairement tout décliner à l’identique.

Manu : Sur ce je te dis à la semaine prochaine. Reste libre, commun, public.

Luc : Écoute non, bien commun puisque je ne suis pas duplicable à l’infini !

Manu : Mais on peut essayer !

Manu : Oui, si on découvre la technologie du clonage rapide d’ici à la semaine prochaine ! On vous tiendra au courant.

29 October 2020

de_crevoisier.png LE-ROUTEUR-WIFI.COM

Comment choisir un bon serveur NAS ?

Le 29 October 2020 à 12:08:13

Au fil de vos lectures sur le sujet, vous vous êtes rendu compte qu’un NAS serait le moyen idéal de combler certains de vos besoins informatiques.

Un NAS, pour Network Attached Storage, est une solution matérielle proposant du stockage accessible depuis votre réseau local, et plus si affinité. En d’autres termes, un NAS permet de stocker des fichiers, qui seront ensuite accessibles par tous les appareils de la maison, voir, suivant vos réglages depuis l’extérieur. Ainsi, un film, stocké sur votre NAS, pourra être regardé sur la TV du salon, sur un smartphone, sur votre tablette, bref n’importe où chez vous. Ce même film peut même être partagé avec un proche qui pourra alors le télécharger depuis votre NAS. Il en va de même pour vos autres fichiers multimédias, que cela soit de la musique ou bien des photos.

Qu’est-ce qu’un NAS ?

Mais un NAS, ce n’est pas qu’une boîte magique pour pirate souhaitant stocker sa collection de fichiers multimédias. Un NAS c’est également un appareil formidable qui vous permet d’externaliser votre stockage et ainsi le rendre indépendant de l’appareil que vous utilisez. Par exemple, si vous commencez à monter une vidéo sur votre PC fixe, et que les fichiers sont sur votre NAS, vous pouvez reprendre ce travail sur votre ordinateur portable. Si vous stockez les documents administratifs de votre foyer sur votre NAS, votre conjoint(e) pour y accéder de la même manière que vous.

Du fait qu’un NAS ne soit pas physiquement connecté à un appareil en particulier, un autre avantage de ce type de périphérique est de pouvoir être accédé, simultanément, par plusieurs clients, sous réserve de votre bande passante. Cela signifie, que si vous êtes en train de regarder un film, cela n’empêchera pas votre enfant de lancer une série, ou bien une autre personne de votre foyer de consulter ou d’enregistrer des photos sur le NAS.

De plus, si tout ce que nous venons d’évoquer est l’ADN même d’un NAS, ce type d’appareil s’est énormément diversifié au fil du temps, et aujourd’hui un NAS sait généralement faire bien plus que de servir des fichiers sur un réseau.

Aujourd’hui donc, un NAS sait en pus de sa fonction originelle, faire tourner des machines virtuelles, des images Docker, télécharger automatiquement vos torrents (voir ensuite les renommer et les classer), être votre cloud personnel, héberger via Plex ou Kodi votre mini Netflix, faire de la sauvegarde automatique etc…

Le problème, comme dès qu’il y a un appareil à la mode, c’est que le nombre de références est maintenant énorme. Et en plus de cela, il y a également la possibilité de créer son propre NAS, puisque ce n’est ni plus ni moins qu’un ordinateur au final. Il est donc parfois très difficile de choisir.

C’est pourquoi, je vous propose de faire ensemble un petit tour des points à surveiller avant de prendre une décision d’achat.

NAS commerciaux

C’est probablement le moyen le plus simple de s’équiper d’un NAS, un beau NAS parfaitement ergonomique, prenant peu de place, bref un produit parfaitement étudié pour le but qu’il devra servir.

Marque

Vous vous en rendrez très vite compte, il y a un paradoxe dans le monde des NAS commerciaux. Il y a des centaines de références produits, mais uniquement deux ou trois marques…

Quand on commence à s’intéresser à ce type de produit on se rend compte qu’il existe principalement deux grands leaders et un challenger. Les deux leaders étant Synology et QNAP et le challenger étant Maxtor.

Donc tout va être une question de choix, par exemple Synology est reconnu comme ayant le meilleur OS, alors que QNAP possède de meilleures fonctionnalités d’accès à distance, et que Maxtor bien qu’en dessous des deux leaders sur à peu près tout, lui offre des produits moins onéreux.

Tout va donc dépendre de votre bourse, et des usages majoritaires que vous prévoyez de faire de votre NAS. Techniquement, ces trois marques sont très bonnes, surtout les deux leaders et quel que soit votre choix, vous ne devriez pas être déçu.

Nombre de baies

C’est un des points les plus importants à prendre en compte dans votre recherche. Il faut bien comprendre tout de suite qu’un NAS est peu, ou pas évolutif, et que tel il sera à l’achat, tel il sera dans cinq ans.

Certes, sur certains modèles, il est possible d’augmenter la RAM, mais si vous achetez un NAS proposant 2 baies, il ne sera pas possible d’installer plus de deux disques durs.

Autre chose qu’il faut saisir avant l’achat, c’est que l’un des intérêts des NAS, et de pouvoir utiliser ce que l’on nomme le RAID. Le RAID est un système permettant de gérer plusieurs disques en même temps de manière différente de ce dont vous avez l’habitude. Par exemple, on peut créer un RAID qui va écrire la moitié des données sur un disque et l’autre sur un second disque, ce qui multiplie la vitesse d’écriture et de lecture par deux. On peut aussi créer un RAID qui va recopier automatiquement les données écrites sur un disque sur un second. Il existe une multitude d’autres modes de RAID, mais ce n’est pas le propos ici. Quoi qu’il en soit, le RAID, sur un NAS est très souvent utilisé pour apporter une certaine sécurité à vos données en clonant automatiquement un disque dur sur un autre.

En d’autres termes, il y a fort à parier que vous vouliez à termes utiliser ce type de sécurité, et donc, qu’il faille prévoir plus de baies que ce que vous envisagiez au début.

Bien entendu, et assez logiquement, plus un NAS comporte de baies et plus il est, généralement, coûteux.

Bien entendu, d’autres caractéristiques entre en ligne de compte pour le choix du NAS, comme nous allons le voir, mais vraiment, le nombre de baies est très important. Si vous hésitez entre deux modèles, si vous pouvez vous le permettre, prenez celui qui propose le plus d’emplacements. C’est une garantie pour l’avenir. Ça serait dommage de devoir racheter un NAS dans deux ans parce que vous avez voulu faire une économie de 40 euros.

Puissance

Comme nous le disions peu avant, un NAS n’est ni plus, ni moins, qu’un ordinateur. Et comme tous ordinateurs, le processeur (SOC dans la plupart des cas pour les NAS), et la RAM sont deux caractéristiques importantes dont dépendra la puissance de votre appareil.

On trouve des NAS qui fonctionnent avec de petits processeurs bi-cœur à 1.8 GHZ avec 512 Mo ou 1 Go de RAM, et on trouve aussi des NAS avec des processeurs Intel Core I5, 6 cœurs avec 16 Go de RAM.

Je prends volontairement les deux extrêmes, mais là encore, vous vous doutez bien que les prix vont être très différents. Et bien entendu, les possibilités aussi. Là encore il va donc s’agir de trouver le bon compromis entre votre budget et ce que vous souhaitez faire de vos NAS.

Avec un modèle peu puissant, vous pourrez stocker vos données et les partager (souvent moins rapidement qu’avec un modèle plus puissant, surtout sur les gros fichiers), regarder des films sur votre TV (définition simple, ou au mieux du 1080p), et éventuellement monter un petit serveur FTP, un petit serveur mail ou un petit serveur web.

Sur un NAS beaucoup plus puissant, vous pourrez, comme nous le disions héberger d’autre machines (virtuelles), pour fournir par exemple un espace de travail aux membres de votre famille. Vous pourrez brancher directement votre NAS à une TV 4K et les capacités de transcodage de l’appareil vous permettrons de regarder n’importe qu’elle œuvre dans la meilleure qualité possible.

Sur les modèles moyens de gamme et haut de gamme, vous aurez accès à un magasin d’applications qui vous permettra d’augmenter encore les capacités de votre NAS.

Connectique

Plus vous allez monter en gamme, et plus votre NAS devrait être rapide. Ce que j’entends par là, c’est que la copie et la lecture de fichiers devrait être plus importante. Bien entendu car les capacités de calculs de l’appareil seront plus grandes, mais aussi car les constructeurs commencent à implémenter sur les derniers modèles de nouveaux types de cartes réseau.

Ainsi, si vous optez pour un NAS possédant une carte réseau 10G (10 Gigabytes), le débit maximum théorique entre ce NAS et un appareil qui y serait connecté sera 10 fois plus important qu’avec un NAS standard. A la condition que votre appareil soit connecté physiquement au NAS (et que la carte réseau de cet appareil soit à la même norme), ou bien que l’ensemble de votre réseau local soit compatible avec cette norme, ce qui reste, pour le moment excessivement cher.

Pour le moment, mis à part si vous avez des moyens très importants, ceci n’aura pas un intérêt immédiat, mais on achète un NAS pour une longue période, et donc si vous pouvez vous offrir un modèle avec une de ces nouvelles cartes réseau, c’est une bonne idée pour être prêt pour le futur.

Il faudra également surveiller le nombre de ports USB 3, la présence ou non d’une ou de plusieurs sorties vidéo…

Vous vous en doutez là aussi, comme beaucoup d’appareils informatiques, généralement, plus la connectique est fournie, et plus le produit aura tendance à ne pas être bon marché.

Prix

On l’évoque sans trop en parler ouvertement depuis le début, mais il est évident que le prix va être un des critères d’achat déterminant.

Et comme il existe beaucoup de NAS aux caractéristiques très différentes, il y a sur le marché, une gamme très prix qui est très vaste.

Si vous recherchez, juste de quoi stocker des fichiers sur votre réseau, donc que vous n’avez que de très petits besoins, on peut trouver les premiers modèles (de marque reconnue j’entends) à environ une centaine d’euros. Dans ce cas, il s’agit, basiquement d’un disque dur externe auquel on aurait adjoint une carte réseau et un petit système d’exploitation. Mais ça suffit pour pas mal de monde au final.

Si vous voulez un NAS, pour gérer votre multimédia, vos sauvegardes, vos partages de fichiers et qui soit suffisant pour vous permettre de découvrir d’autres usages, vous pouvez compter sur environ un budget de 500 euros, que ce soit chez Synology ou QNAP.

Enfin, si ce qu’il vous faut c’est ce qui se fait de plus puissant, que le but est de monter un véritable Home lab, que vous allez héberger plusieurs sites web, faire tourner plusieurs machines virtuelles qui serviront de serveurs etc… alors la facture peut être salée… Le modèle le plus puissant, mais aussi le plus cher de chez QNAP coûte, par exemple, environ 2500€.

Mais il existe un autre moyen de posséder un NAS puissant, plus évolutif, et souvent moins, cher, monter son NAS soit même.

NAS monté par vos soins

On l’a dit, un NAS c’est un ordinateur, d’ailleurs, vous pouvez réaliser un NAS avec quasiment n’importe quelle machine. Comme il s’agit simplement d’un ordinateur dédié à certaines tâches, il est tout à fait possible d’acheter les pièces qui vous conviennent et de monter votre propre NAS.

L’avantage auquel on pense tout de suite dans ce cas, c’est bien entendu de pouvoir étaler les dépenses, en modifiant petit à petit une plateforme de base.

Mais cela peut également vous permettre de monter un NAS plus puissant que ce que l’on trouve dans le commerce, ou moins imposant, ou tout ce que vous voudrez d’autre. Monter son NAS, c’est faire un NAS spécifiquement pensé pour ses propres besoins.

Puissance

En choisissant de monter votre propre NAS, vous pourrez atteindre des sommets de puissance, ou bien au contraire, des minimums de consommation électrique.

Suivant la taille de la carte mère que vous choisirez, Mini ITX, Micro ATX, ou même ATX, et donc de l’encombrement de la machine, vous pourrez mettre plus ou moins de mémoire RAM.

La puissance d’un ordinateur, et donc d’un NAS, va être dépendante de tout un tas de choses. Si vous basez votre NAS sur un Ryzen 3 ou un Intel I7, vous aurez des résultats très différents que si vous choisissez un Celeron.

De même un NAS avec 8 Go de Ram sera moins puissant que s’il en a 32…

Mais ce qui est magnifique avec un PC qu’on monte soit même c’est qu’il est possible d’acheter un boitier, une alimentation, une carte mère, un peu de ram, un petit processeur et un seul disque dur. Puis de modifier tout cela petit à petit pour arriver à termes à un monstre de puissance. Donc si vous avez un petit budget dans l’immédiat, mais de grandes attentes, monter son propre NAS est une très bonne idée.

Prix

Pour le prix, le moins cher que vous devriez pouvoir atteindre (en conservant des capacités d’améliorations) va être autour de 400 euros. Mais soyons clair, si vous avez de gros moyens et que ce que vous recherchez est la puissance, il n’y a quasiment pas de limites…

Je ne sais pas vraiment si c’est bien utile d’en dire plus, sachez juste que si vous voulez monter à un ordinateur qui servira de NAS très avancé, et que le budget n’est pas un souci, vous pouvez monter un NAS à 5000 euros sans aucun problème. Après, reste à savoir si c’est opportun et si cette puissance sera réellement utilisée.

Evolutivité

Techniquement, ce qui pourrait vous bloquer dans l’évolutivité de votre NAS, c’est le choix du boitier (taille), et la carte mère. Pour parler très simplement, plus un NAS sera petit, moins il sera évolutif, plus un NAS sera imposant, jusqu’à la taille d’un ordinateur classique, et plus il sera évolutif, mais moins il ressemblera à un NAS au sens où on l’entend. Ce qui nous permet de…

L’encombrement

Quand on pense NAS, on ne pense pas, généralement, ordinateur de la NASA… on pense petit boitier discret qui rend pas mal de services. Dans le cas contraire, on parle d’ailleurs plus volontairement de serveur.

Mais un NAS au sens technique n’est pas relatif à la taille de l’appareil. Vous pouvez faire un NAS avec un Raspberry PI, ou bien avec un ordinateur grande tour. Toutes les tailles intermédiaires étant possibles.

Là encore donc, tout va dépendre de vos besoins. Il faut par contre garder une règle simple à l’esprit. Plus on souhaite faire entrer de puissance dans un petit espace, et plus ça chauffe… et l’informatique n’aime pas le chaud. Donc, je pense que c’est une bonne idée de prévoir un boitier un peu plus grand si on souhaite vraiment avoir un NAS très puissant.

OS

« Tout cela c’est très bien, mais comment je fais pour faire de mon ordinateur nouvellement monté, un NAS à part entière ? »

Et oui, bonne question ! Et bien tout simplement, une fois que votre PC est fini de monter, au lieu d’installer Windows dessus, vous allez installer un autre système d’exploitation. On peut citer, FreeNAS, OpenMedia Vault, UnRaid, ou même Proxmox, je vous invite à vous renseigner là-dessus, certains de ces systèmes sont payants, et d’autres nécessitent un certain niveau d’expertise.

Peut-être que si ça vous intéresse j’écrirais un comparatif entre ces différents systèmes d’exploitation.

Autres solutions

Je vous le signale comme ça rapidement, mais si vous avez vraiment de tous petits besoins, regardez si votre routeur ne vous permet pas de faire un petit NAS d’appoint, ou si votre box ne possède pas un disque dur intégré. C’est un bon moyen de pouvoir se lancer avec un NAS à coûts très réduits.

Si vous voulez, vous pouvez même acheter un Raspberry et un disque dur externe et vous lancer de cette manière.

Conclusion

Le monde des NAS, ce n’est pas très compliqué, et ça ressemble beaucoup au monde des PC traditionnels. Plus c’est puissant, plus c’est cher, mais en fabricant votre propre matériel, il est possible d’atteindre de hauts niveaux de puissance en dépensant souvent moins et en étalant les coûts.

Et comme dans l’informatique traditionnelle, il faut avant toute chose cibler vos besoins avant d’acheter quoi que ce soit, car de là va dépendre le prix, l’évolutivité et le reste.

N’hésitez pas à me dire sur quel modèle votre choix s’est porté et pourquoi, je cherche moi-même à changer mon NAS et j’hésite encore un peu…

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CHAMPS LIBRES COOPERATIVE

On recrute!

Le 29 October 2020 à 00:00:00

Nous connaissons une hausse continue dans nos demandes. En conséquent, nous sommes à la recherche d’un·e développeur·euse qui serait intéressé.e de rejoindre l’équipe et/ou de travailler comme indépendant·e sur des projets avec nous. Tous les détails ici.

27 October 2020

april.png Nouvelles April

#80 - Accompagnement des associations aux logiciels libres - CNIL et cookies - Dépendence et informatique - « Libre à vous ! » diffusée mardi 27 octobre 2020 sur radio Cause Commune

Le 27 October 2020 à 14:30:00

Au programme de l'émission : l'accompagnement des associations à l'utilisation des logiciels libres, avec des personnes représentantes des structures Ubapar, ADEC 56 et Infini ; la chronique de Noémie Bergez, du cabinet Dune, sur la nouvelle recommandation de la CNIL sur les cookies ; la chronique de Luk sur dépendance et informatique.

Libre à vous !, l'émission pour comprendre et agir avec l'April, chaque mardi de 15 h 30 à 17 h sur la radio Cause Commune (93.1 FM en Île-de-France et sur Internet).

Au programme de la 80e émission :

  • Sujet principal : l'accompagnement des associations à l'utilisation des logiciels libres, avec Jean-Marc Briand de l'Ubapar - Union bretonne pour l'animation des pays ruraux, structure très engagée dans la promotion des logiciels libres auprès de ses membres, Anne-Cécile Voisin de l'ADEC 56 (association membre Ubapar) et Denis Dordoigne d'Infini, hébergeur associatif membre du collectif CHATONS
  • la chronique « In code we trust » de Noémie Bergez, avocate au cabinet Dune, qui portera sur la nouvelle recommandation de la CNIL sur les cookies
  • la chronique « La pituite de Luk » sur le thème « Dépendance et informatique, une opportunité à saisir »
  • quoi de Libre ? Actualités et annonces concernant l'April et le monde du Libre

Podcasts des différents sujets abordés

    Les podcasts seront disponibles après la diffusion de l'émission (quelques jours après en général).

N'hésitez pas à nous faire des retours sur le contenu de nos émissions pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d'amélioration. Vous pouvez nous contacter par courriel, sur le webchat dédié à l'émission (mais nous n'y sommes pas forcément tout le temps) ou encore sur notre salon IRC (accès par webchat). Vous pouvez nous laisser un message sur le répondeur de la radio en appelant le 09 72 51 55 46

Personnes participantes

  • Isabella Vanni, coordinatrice vie associative et responsable projets à l'April (à l'animation)
  • Jean-Marc Briand, chargé de mission informatique pour l'Ubapar - Union Bretonne pour l'animation des pays ruraux
  • Anne-Cécile Voisin, directrice de l'association ADEC 56 (membre Ubapar)
  • Denis Dordoigne d'Infini, hébergeur associatif membre du collectif CHATONS
  • Noémie Bergez, avocate au cabinet Dune
  • Luk
  • Étienne Gonnu, chargé de mission affaires publiques (à la régie)

Galerie photos

Vous pouvez voir quelques photos prises pendant l'émission.

Références pour la partie accompagnement des associations à l'utilisation des logiciels libres

Références pour la chronique « In code we trust » de Noémie Bergez

Références pour la chronique « La pituite de Luk »

Références pour la partie « Quoi de Libre ? »

Pauses musicales

Les références pour les pauses musicales :

Licences de diffusion, réutilisation

Les podcasts sont diffusés selon les termes d’au moins une des licences suivantes : licence Art libre version 1.3 ou ultérieure, licence Creative Commons By Sa version 2.0 ou ultérieure et licence GNU FDL version 1.3 ou ultérieure. Les musiques sont diffusées sous leur propre licence.

Réunion du groupe de travail Sensibilisation de l'April jeudi 29 octobre 2020 à 17 h 30 (accueil à 17 h 15) à distance

Le 27 October 2020 à 08:57:27

29 Octobre 2020 - 17:15
29 Octobre 2020 - 19:30

Logo du groupe de travail Sensibilisation de l'April

Le groupe de travail Sensibilisation

L'objectif du groupe de travail Sensibilisation de l'April est la production d'outils de communication pour sensibiliser un plus large public aux enjeux du logiciel libre et des formats ouverts. Toutes nos ressources sont publiées sous licence libre, ainsi toute personne ou structure souhaitant sensibiliser au logiciel libre autour de soi peut les utiliser, les modifier et les partager librement.

La participation aux actions du groupe de travail Sensibilisation est ouverte à tout le monde (membre de l'April ou pas).

Quand et quoi ?

Le groupe de travail Sensibilisation de l'April se réunit chaque jeudi du mois. D'autres réunions ponctuelles peuvent être organisées au cours de l'année.
Toute personne intéressée peut participer aux réunions du groupe (membre de l'April ou pas).

Une réunion du groupe Sensibilisation aura lieu jeudi 29 octobre 2020 en visioconférence. Horaires : dès 17 h 30 et jusqu'à 19 h 30 (accueil à partir de 17 h 15). Il sera possible de rejoindre la réunion à tout moment. Ordre du jour : nous allons continuer à rédiger le descriptif des cases du plateau du Jeu du Gnou (pour le projet du Jeu du Gnou, voir plus bas). En particulier, nous essayerons de concocter une explication succincte du danger «Non respect de la neutralité du net».

Pour tous les détails et vous inscrire à la réunion, rendez-vous sur le pad. Si vous prévoyez de rejoindre la réunion après 17 h 30, merci de préciser votre horaire d'arrivée en plus de votre nom/pseudo.

Image du Jeu du Gnou

Jeu du Gnou

Le Jeu du Gnou est l'un des projets en cours du groupe de travail Sensibilisation. Il s'agit d'un jeu de plateau coopératif et pédagogique dont le but est de sensibiliser le grand public aux enjeux de l'informatique (libertés vs servitudes, protections contre les dangers).

On peut déjà jouer au Jeu du Gnou ? Oui ! Il est possible de télécharger les éléments graphiques de la version beta depuis le pad principal du jeu.

Qu'est-ce qu'il reste à faire ? Finaliser le livret accompagnant le jeu, réaliser le graphisme, rédiger de nouvelles questions.

Comment contribuer ? Tester le jeu, relire et rédiger les textes, proposer des images, sont autant d'actions possibles pour nous aider à faire avancer le projet. Sans oublier bien sûr la participant aux réunions ! :-)

Pour en savoir plus sur le Jeu du Gnou et sur comment contribuer, voir la page wiki du projet.

Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 20 octobre 2020

Le 27 October 2020 à 08:49:14


Bannière de l'émission

Titre : Émission Libre à vous ! diffusée mardi 20 octobre 2020 sur radio Cause Commune
Intervenant·e·s : Éric Fraudain - Adrien Parrot - Nicolas Paris - Stéphanie Combes - Tanya - Étienne Gonnu - Patrick Creusot à la régie
Lieu : Radio Cause Commune
Date : 20 octobre 2020
Durée : 1 h 30 min
Écouter ou enregistrer le podcast de l'émission
Page des références utiles concernant cette émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Bannière de l'émission Libre à vous ! de Antoine Bardelli, disponible selon les termes de, au moins, une des licences suivantes : licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure. Logo de la radio Cause Commune utilisé avec l'accord de Olivier Grieco.
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

logo cause commune

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Étienne Gonnu : Bonjour à toutes. Bonjour à tous.
La plateforme Health Data Hub, c’est le sujet principal de l’émission du jour, avec également au programme Clone Me Twice et de « Robota à l’intelligence artificielle ». Nous allons parler de tout cela dans l’émission du jour.

Vous êtes sur la radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.
Cause Commune sur la bande FM c’est de midi à 17 heures, puis de 21 heures à 4 heures en semaine. Du vendredi 21 heures au samedi 16 heures et le dimanche de 14 heures à 22 heures. Sur Internet c’est 24 heures sur 24.
La radio dispose également d’une application Cause Commune pour téléphone mobile. La radio diffuse désormais en DAB+ 24 heures sur 24.

Soyez les bienvenus pour cette nouvelle édition de Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Je suis Étienne Gonnu, chargé de mission affaires publiques pour l’April.

Le site web de l’April est april.org, vous y trouverez une page consacrée à cette l’émission avec tous les liens et références utiles, les détails sur les pauses musicales et toute autre information utile en complément de l’émission et également les moyens de nous contacter. N’hésitez pas à nous pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi les points d’amélioration.

Nous sommes le 20 octobre 2020, nous diffusons en direct, mais vous écoutez peut-être une rediffusion ou un podcast.

À la réalisation de l’émission Patrick Creusot. Salut Patrick.

Patrick Creusot : Bonjour Étienne et bonjour à tous nos auditeurs.

Étienne Gonnu : Si vous souhaitez réagir, poser une question pendant ce direct, n’hésitez pas à nous contacter sur le salon web de la radio. Pour cela rendez-vous sur le site de la radio, causecommune.fm, cliquez sur « chat » et retrouvez-nous sur le salon dédié à l’émission.

Nous vous souhaitons une excellente écoute.

Voici maintenant le programme de cette émission :

  • nous commencerons par la chronique musicale d’Éric Fraudain consacrée à l’artiste Clone Me Twice ;
  • notre sujet principal sera une rediffusion de celui de l’émission Libre à vous ! numéro 51 du 28 janvier 2020 qui portait sur le Health Data Hub ;
  • enfin ce sera la chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » de Marie-Odile Morandi qui évoquera les interventions de la chercheuse Laurence Devillers dans une chronique intitulée « De Robota à l’intelligence artificielle » ;
  • et nous finirons par quelques annonces.

Tout de suite place au premier sujet.

[Virgule musicale]

Chronique musicale d'Éric Fraudain du site Au Bout Du Fil sur l'artiste Clone Me Twice

Étienne Gonnu : Comme je vous l’annonçais, nous allons commencer par la chronique musicale d’Éric Fraudain du site auboutdufil.com. Éric, est-ce que tu es avec nous ?

Éric Fraudain : Oui, bonjour, vous allez bien ?

Étienne Gonnu : Bonjour Éric. Tout va très bien ici. Ravi d’être au studio.

Éric Fraudain : Super !

Étienne Gonnu : Tu es avec nous par téléphone. Éric, je rappelle juste à nos auditeurs et auditrices que tu as rejoint l’équipe de Libre à vous ! pour cette quatrième saison de Libre à vous !. On est vraiment ravis. En plus de nous proposer les pauses musicales pour cette nouvelle saison chaque semaine, tu partages avec nous, une fois par mois, tes découvertes, plus en détail, dans cette chronique musicale. Il me semble que pour cette deuxième chronique de la saison tu vas nous parler de l’artiste Clone Me Twice, si je ne me trompe pas.

Éric Fraudain : Tout à fait. Aujourd’hui je vous propose de découvrir cet artiste autrichien, Clone Me Twice, avec son titre The Dark Woods. C’est une musique transcendante, épique et puissante. Un titre électronique dans la lignée de la French Touch comme Madeon ou Justice. La musique est sous licence Creative Commons By SA, Attribution et Partage à l’identique.
Je vous propose de vous retrouver juste après pour le debrief complet. À tout de suite

[Diffusion de The Dark Woods]

Éric Fraudain : Dans The Dark Woods Clone Me Twice réussit avec brio l’association de la musique orchestrale et électronique, une union qui n’est pas forcément intuitive, mais qui, dans ce titre, fonctionne à merveille, sans jamais être forcée. The Dark Woods est l’un de mes coups de cœur.
Tout dans ce morceau indique que Clone Me Twice est un musicien et producteur de talent et surtout qu’il est passionné par ce qu’il fait.
Sous ce pseudonyme alambiqué se cache une jeune artiste d’à peine 20 ans, originaire de Vienne, dont le véritable nom est Killian Mayer. Clone Me Twice a beau être jeune, il a plus d’une corde à son arc : il est batteur, compositeur, producteur, réalisateur ou encore auteur. Passionné de musique, notamment électronique, il a vite compris qu’il était aussi à l’aise sur un logiciel informatique qu’avec un instrument dans les mains. Il a ainsi commencé à produire de la musique très tôt, alors qu’il était à peine adolescent, et sa soif d’apprendre l’a amené à maîtriser de nombreux logiciels de production musicale assistée par ordinateur comme Ableton Live, Logic Pro, FL Studio, Studio One ou encore Cubase.
Les influences de Clone Me Twice vont de Madeon à Daft Punk, mais c’est l’empreinte du groupe français Justice que l’on retrouve dans The Dark Woods. Avec ce titre, Clone Me Twice fait preuve d’une indéniable maturité musicale et d’une maîtrise exemplaire des notes, des sons, du rythme et du mélange des genres.
Le morceau dure presque quatre minutes et se découpe en trois parties.
La première est orchestrale. Les instruments se superposent : d’abord les cordes, puis du piano, auxquels s’ajoutent ensuite du violon et des percussions. La musique monte en crescendo puis redescend et, à nouveau, les instruments se succèdent et se superposent.
Tour à tour sombre, épique, apaisante ou pressante, la musique passe par différents états qui se suivent sans se ressembler. Après plus de deux minutes, The Dark Woods change catégoriquement de ton : l’orchestral laisse place à l’électronique, la musique emprunte le rythme syncopé et les sonorités du dubstep anglais.
À la fin du morceau, la musique reprend la mélodie du début et redevient plus douce, comme une conclusion.
Ce titre entièrement instrumental est la bande-son idéale pour accompagner une vidéo. Il est téléchargeable et réutilisable gratuitement, à condition, bien sûr, de respecter les clauses de la licence de diffusion.
Comme son nom l’indique, The Dark Woods est le son parfait si vous cherchez à donner une ambiance sombre ou mystérieuse à un thriller ou une scène de jeu-vidéo, par exemple.

Clone Me Twice éprouve un vif intérêt pour les retours, commentaires et suggestions de ses auditeurs. N’hésitez pas à partager votre avis sur ce titre via sa page SoundCloud.
Je rappelle que la musique est diffusée sous licence Creative Commons By SA, Attribution et Partage à l’identique.
Bonne journée à tous.

Étienne Gonnu : Merci Éric. Je vais t’avouer — c’est le cas chaque semaine — que j’ai encore beaucoup apprécié tes suggestions. Tu nous as parlé de The Dark Woods de Clone Me Twice. Toutes les pauses musicales sauf une, celle du sujet déjà enregistré, sont également des morceaux de Clone Me Twice.
Je te laisse introduire la pause musicale, Inception de Clone Me Twice, c’est bien ça ?

[Virgule musicale]

Éric Fraudain : Oui. Inception c’est dans le même style, mais beaucoup plus punchy, vous allez voir.

Étienne Gonnu : D’accord. Je propose à nos auditeurs et nos auditrices de se faire un avis. On va donc écouter Inception par Clone Me Twice. On se retrouve juste après. Une belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles.

Voix off : Cause Commune 93.1.

Pause musicale : Inception par Clone Me Twice.

Étienne Gonnu : Nous venons d’écouter Inception par Clone Me Twice, disponible sous licence libre Creative Commons Attribution Partage dans les mêmes conditions, CC By SA,. Comme l’a dit Éric Fraudain sur le salon web, c’est vrai que Inception ça envoie !
On ne l’a pas redit pendant son sujet, mais on vous encourage vivement à aller sur le site que Éric Fraudain anime, auboutdufil.com, et notamment sur le billet consacré à ce super artiste. Vous retrouverez les références sur causecommune.fm et april.org.

Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm. Je suis Étienne Gonnu chargé de mission affaires publiques pour l’April.

Passons maintenant au sujet suivant

[Virgule musicale]

Rediffusion du sujet principal de l’émission #51 du 28 janvier 2020 sur la plateforme d'exploitation des données de santé Health Data Hub avec Stéphanie Combes, Adrien Parrot et Nicolas Paris

Étienne Gonnu : Nous allons poursuivre avec notre sujet principal qui porte sur la plateforme de santé Health Data Hub.
Il s’agit d’une rediffusion de notre émission du 20 janvier 2020 qui résonne bien avec l’actualité récente sur ce dossier Health Data Hub qui a connu récemment plusieurs évolutions, notamment sous l’action du collectif SantéNathon dont nous recevions des membres dans notre émission du 29 septembre 2020, dont le podcast est d’ores et déjà disponible sur le site de l’April.
Le sujet, comme je le dis, est un enregistrement de janvier de 2020 ; il est donc à écouter dans son contexte, mais je pense que ça donne un certain intérêt à le réécouter maintenant.
Précisons aussi que le Privacy Shield, l’accord qui permettait le traitement des données personnelles de ressortissants européens aux États-Unis, a été annulé cet été. Il s’agissait d’un accord qui est assez central dans l’exécution du contrat de la plateforme Health Data Hub qui dépend du cloud de Microsoft.
En octobre la CNIL a émis des observations contre le recours à des hébergements outre-Atlantique.
Le Conseil d’État a imposé des mises à jouer de l’accord entre Microsoft et la plateforme et un arrêté ministériel a interdit les transferts de données à caractère personnel en dehors de l’Union européenne.
Voilà. Des changements structurants importants.
Enfin, le collectif SantéNathon a ouvert une pétition pour demander une commission d’enquête, que nous vous invitons à signer. Je vous donnerai plus de détails en fin d’émission et bien sûr vous trouverez les références sur le site april.org.
Je propose d’écouter ce sujet et on se retrouve juste après.

[Virgule sonore]

Étienne Gonnu : Merci Fred.
Effectivement, comme tu l’as annoncé en introduction, nous allons parler du « Health Data Hub ». On peut traduire ça assez directement en français par « plateforme de données de santé ».
J’ai le plaisir d’être avec Stéphanie Combes, vous étiez jusqu’à récemment cheffe du projet du « Health Data Hub » au sein la direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques, DREES. Vous êtes à présent directrice de cette plateforme de données de santé, dont le but est de permettre la recherche sur ces données justement, une plateforme qui est donc issue de l’article 41 de la loi relative à l’organisation et à la transformation du système de santé qui date de juillet 2019. Merci d’avoir accepté notre invitation.
Par ailleurs nous sommes avec Nicolas Paris, ingénieur Big Data dans le milieu hospitalier. Big Data c’est vrai que c’est un mot assez marketing qu’on entend régulièrement mais, en gros, c’est de la recherche statistique sur un très grand nombre de données. On pourra peut-être entrer un peu dans le détail de ce que cela signifie. Nicolas Paris met en place les pipelines de récupération des données de santé et vous êtes, par ailleurs, secrétaire de l’association InterHop qui vise à fédérer des bases de données de recherche au niveau national avec un accent sur les logiciels et algorithmes libres.
Adrien Parrot, vous êtes président de cette association, médecin et ingénieur.
Nous vous invitons pour parler de ce sujet parce que vous avez, en tant qu’association, exprimé des inquiétudes et critiques sur ce projet, il me semble dès l’adoption du projet de loi, donc politiquement dès l’adoption du texte, et vous avez publié une tribune en ce sens le 10 décembre, quelques jours après le lancement de la plateforme, une tribune que l’April avait signée, pour différentes raisons, les motivations de cette opposition. On va revenir très rapidement dessus.
Je pense qu’il est peut-être intéressant avant de rentrer dans le vif du sujet, puisque, justement, le sujet est quand même assez vaste et complexe, de poser quelques bases de compréhension et notamment qu’est-ce qu’une donnée de santé. Pourquoi est-ce que c’est important de permettre des recherches informatiques sur ces données de santé ? Si vous voulez en profiter d’ailleurs pour compléter la très brève introduction que j’ai pu faire, Stéphanie Combes, est-ce qu’on peut avoir votre avis là-dessus ?

Stéphanie Combes : Merci beaucoup de m’avoir invitée à présenter ce projet qui me tient beaucoup à cœur. Évidemment, je pense qu’on peut donner un très grand nombre d’exemples d’usages innovants et intéressants des données de santé, donc je pense que je serai complétée par Nicolas et par Adrien.
Je peux vous citer quelques exemples de projets pilotes qu’on accompagne déjà aujourd’hui, qui sont, à mon sens, assez illustratifs.
Vous avez par exemple une startup qui s’appelle Implicity, qui gère des dispositifs médicaux types pacemakers ou défibrillateurs qui génèrent de la donnée. Eux, ce qu’ils veulent faire, c’est, par exemple, utiliser ces données générées par les pacemakers pour développer des outils d’alerte, pour notifier au professionnel de santé si le patient, qui a quand même un dispositif médical dans son corps, commence à avoir son état de santé qui se détériore, pour pouvoir, du coup, anticiper avant que ce patient se retrouve aux urgences. Ça, ça sera un exemple.
Vous avez aussi, par exemple, le Centre Léon Bérard qui contribue à l’un des projets pilotes sur la réutilisation d’une cohorte sur le sarcome. Le sarcome est un cancer très rare et, comme il est très rare, on n’a pas assez de patients pour faire des essais cliniques, donc on ne sait pas très bien évaluer l’efficacité des traitements. Là, ce qu’il serait intéressant de faire, c’est d’enrichir la cohorte qui suit, du coup, ces patients avec d’autres sources de données, par exemple les données de l’Assurance maladie, qui vont permettre de construire des parcours de santé avec toutes les consommations de médicaments ou d’actes médicaux tout au long de la vie de ces patients-là. Donc vraiment regarder : est-ce qu’une chimiothérapie marche mieux ou moins bien qu’une chirurgie sur ce type de patients ? Donc ça va vraiment permettre d’améliorer la connaissance du système de santé.
Je vous donne un troisième exemple et je m’arrêterai là, mais je serai peut-être complétée. On va avoir la possibilité de développer des outils qui vont permettre d’aider à la prescription des médicaments dans des contextes où les gens vivent plus longtemps et, du coup, leur situation clinique peut vraiment se compliquer. C’est-à-dire qu’on ne fait plus un cancer et on décède, mais on va potentiellement faire plusieurs cancers puis avoir, en plus, un diabète, puis avoir, en plus, un certain nombre de comorbidités. Je ne suis pas la médecin du groupe donc je laisserai compléter, mais on peut se retrouver en difficulté quand on est médecin sur le bon traitement à donner à un patient parce que ça peut avoir un effet secondaire lié à ses pathologies multiples.
Là, l’intelligence artificielle, par exemple, permettrait d’identifier des patients qui ont des contextes cliniques proches dans des grosses bases de données, donc d’orienter les prescriptions des médecins en prenant en compte le risque d’interaction médicamenteuse nocive ou la possibilité de prescrire quelque chose qui risque d’avoir un impact positif sur la situation du patient.
Donc voilà trois exemples, mais on pourrait vraiment en citer un grand nombre et les projets pilotes qu’on accompagne sont déjà plusieurs illustrations de ce qu’on peut faire avec des données de santé.

Étienne Gonnu : Je pense qu’on reviendra sur la notion d’intelligence artificielle qui me semble assez présente et je pense que ça méritera qu’on s’y attarde un petit peu. Si je peux avoir aussi votre avis côté InterHop sur l’importance de la recherche sur les données de santé. Qu’est-ce que pour vous une donnée de santé ?, et si vous voulez aussi préciser l’introduction que j’ai pu faire.

Nicolas Paris : Qu’est-ce qu’une donnée de santé ? J’aime bien distinguer les données du phénome, du génome et de l’exposome.
Le phénome c’est tout ce qui va être apparent, les symptômes. Dans ce registre on va trouver les données d’imagerie qui, finalement, représentent l’intérieur de notre corps. On va aussi avoir les diagnostics qui sont faits par les médecins et tous les rapports textuels, par exemple des compte-rendus qui peuvent aussi être des compte-rendus psychiatriques qui sont faits sur les patients ; en réanimation ou dans les urgences on a tout un tas de notes qui sont en texte libre. On va avoir aussi les données de moniteurs temps réel sur les ECG, les électroencéphalogrammes. Ça, ce sont des données de nature très différente.
Les données génomiques ça va être les bases azotées qu’on va analyser sur des pipelines de bio-informatique pour caractériser des maladies via les gènes, donc cette empreinte très personnelle que chacun a.
Et l’exposome c’est, finalement, dans quel contexte on est. Est-ce que, par exemple, on est soumis à des feux de forêt depuis des mois ? Est-ce que ça, ça a une implication sur le déclenchement de certaines maladies ? Ou alors, si on vit en ville avec un taux de pollution, aujourd’hui il y a de plus en plus de capteurs qui permettent de récupérer des données qui peuvent devenir d’intérêt de santé.

Étienne Gonnu : Si je peux ? Le phénome ce sont plus les données qui vont concerner notre intégrité physique, nous-même, et l’exposome le contexte dans lequel on va évoluer mais qui va avoir un impact sur notre santé ?

Nicolas Paris : Voilà. C’est une façon de distinguer ces types de données.
Sur les cas d’usage, pour exploiter ces données, je pense qu’il y a effectivement des cas d’usage en IA très avancés qui peuvent être utiles.

Étienne Gonnu : IA, intelligence artificielle.

Nicolas Paris : Voilà, dans l’apprentissage machine en tout cas.
Je pense tout de suite à, finalement, la fluidification des échanges entre les médecins. Aujourd’hui les médecins de ville n’ont pas souvent accès à ce qui se passe dans les hôpitaux, donc là il y a des choses à faire sur ces données, des choses innovantes pour que les patients puissent récupérer leurs informations, éviter d’avoir à répéter plusieurs fois les mêmes choses aux différents praticiens. Je pense qu’il y a énormément de choses à faire qui peuvent utiliser des mécanismes pragmatiques en exploitant les données. Évidemment, il y a des choses plus avancées en IA, ne serait-de que pour exploiter les textes dans lesquels on aimerait récupérer les noms des médicaments pour enrichir les données qui seront ensuite analysées par des statisticiens.
Ce sont des cas d’usage très basiques mais qui ne sont pas du tout mis en œuvre en production ou, à ma connaissance, de manière très marginale aujourd’hui dans les centres hospitaliers.

Étienne Gonnu : D’accord. On voit déjà, en tout cas on ressent l’intérêt et la pertinence de faire ces recherches. Avant qu’on avance, est-ce que vous vouliez compléter Adrien ? Je pense qu’on a fait un bon tour du sujet.

Adrien Parrot : Je voulais juste dire que les données et l’exploitation des données en santé ce n’est, finalement, pas quelque chose de récent. Après, ça dépend de comment on définit l’intelligence artificielle, mais, en tout cas, l’importance des données en médecine c’est une idée qui date des années 80 avec l’Evidence-Based Medicine qui est la médecine fondée sur les preuves, donc ce n’est pas une idée nouvelle de dire qu’on pense que les données vont soigner mieux les patients, c’est même ce que l’on fait depuis au moins 40 ans maintenant.
Et rapidement, peut-être une définition d’intelligence artificielle. Pour moi, c’est un processus effectué par un ordinateur qui décharge un opérateur, tout simplement, et un système expert donc à base de règles : si j’ai ça je fais ça, si je n’ai pas ça je ne fais pas ça. Une recette de cuisine, en fait, ça peut être défini comme de l’intelligence artificielle donc, à ce titre-là, en médecine on le fait aussi depuis des années maintenant. Ce qui change c’est le volume des données et le big data, la plateforme Big Data que vous mentionniez c’est ça, pouvoir rendre ce gros volume de données intelligible et en faire quelque chose.

Étienne Gonnu : Très bien. Vous m’offrez justement une transition à la question qui me venait ensuite. En préparant l’émission j’ai quand même essayé de m’informer un peu et je vois qu’avant nous avions un Institut national des données de santé, un Système national des données de santé. Ça c’était le contexte actuel. Pourquoi, finalement, est-ce qu’il a fallu le changer ? Quelle est la raison d’être ? Pourquoi on a eu un projet de loi pour amener autre chose ? Quelle était cette situation actuelle ? Qu’est-ce qui « fonctionnait mal », entre guillemets, et pourquoi il a fallu évoluer ? Stéphanie Combes.

Stéphanie Combes : Nous, ce qu’on a voulu porter comme évolution par rapport à une situation qui avait déjà marqué un gros progrès puisque la loi de 2016 avec la création du Système national des données de santé dans la loi de modernisation du système de santé c’était déjà un vrai pas en avant par rapport à l’existant. Ce n’est pas forcément sur la prise de conscience sur l’utilisation des données où je rejoins ce qui vient d’être dit et que ça n’est pas spécialement nouveau, mais c’est plutôt sur les difficultés à accéder aux données en France, même pour des projets de recherche. Les demandes administratives, les procédures administratives pouvaient prendre des années. Pour faire un appariement il fallait un décret en Conseil d’État — un appariement c’est un rapprochement entre deux bases — et, par rapport à ça, on n’était pas dans des délais qui sont acceptables aujourd’hui pour l’innovation.
L’Institut national des données de santé faisait déjà une première chose : accompagner les demandeurs et les aider à comprendre dans quel contexte ils se trouvaient, comment marchait une demande d’autorisation auprès de la CNIL, quels étaient les documents à fournir, qu’est-ce que c’est que l’intérêt public, comment se fait l’information au patient. Donc c’était déjà un vrai service administratif qui, de ce que j’en ai entendu dire, était vraiment apprécié, mais ça s’arrêtait là.

Étienne Gonnu : Je précise juste que la CNIL c’est la Commission nationale de l’informatique et des libertés qui s’occupe, justement, de gérer la bonne application du Règlement général des données maintenant.

Stéphanie Combes : Exactement. Et c’est la seule qui est habilitée à autoriser un traitement sur les données personnelles et notamment de santé.
Donc l’Institut national des données de santé a été repris dans le « Health Data Hub », donc « les anciens », entre guillemets, employés de l’INDS sont aujourd’hui mes collègues et je travaille tous les jours avec eux, et on a souhaité élargir ses missions pour aller un petit peu plus loin dans l’accompagnement des utilisateurs et on a notamment voulu rendre cette entité capable de traiter elle-même les données pour pouvoir prendre à sa charge tout ce qui est chaînage de données, préparation des extractions, etc., quand c’était souhaitable et notamment tous les chaînages des données avec les données de l’Assurance maladie. Donc les données de l’Assurance maladie, comme je le disais précédemment, ont cet intérêt majeur d’offrir une vision, un parcours de soins sur l’ensemble de la population française puisqu’on a la chance, en France, d’avoir un système centralisé, donc d’avoir une base de recherche qui porte sur 66 millions de Français avec toutes les consommations d’actes médicaux et de médicaments.
Elle est aussi jugée comme étant très imparfaite puisqu’elle manque d’informations purement médicales : il n’y a pas les compte-rendus médicaux qui ont été évoqués tout à l’heure, les images ou les résultats d’analyses biologiques. Mais si vous prenez, par exemple, un registre très précis où vous allez avoir des informations très fines sur une chirurgie, souvent, ce que le clinicien va vouloir derrière, c’est savoir s’il y a eu des effets secondaires, des complications, donc il va essayer d’appeler ses patients six mois plus tard et ce qu’ils me disaient c’est qu’ils n’arrivaient pas à joindre la moitié des patients. Donc ils ne savent pas s’ils sont décédés, s’ils ont eu une complication ou s’ils ont simplement déménagé ou changé de numéro. Avec le chaînage avec les données de l’Assurance maladie, on a un traitement relativement simple, évidemment c’est toujours un peu compliqué parce que les données n’ont pas été collectées à des fins de recherche : vous pouvez voir si la personne a eu une complication, une ré-hospitalisation, etc.
Avec le « Health Data Hub » on a voulu permettre ça plus facilement, donc le chaînage avec ces données et les traitements, et aussi mieux accompagner les utilisateurs dans toutes les démarches administratives avec notamment un travail avec les autres bases de données qui existent parce que je parle beaucoup des données de l’Assurance maladie, mais il y a aussi, évidemment, les bases hospitalières dont on va, j’imagine, beaucoup parler, il y a aussi des cohortes de recherche, des registres en tous genres, avec, à chaque fois, des gouvernances spécifiques, des règles d’accès spécifiques, ça manque de transparence, ça manque d’uniformisation. Donc avec le « Health Data Hub » on a aussi envie d’aller vers quelque chose de plus clarifié, transparent et, pour des gens qui portent un projet d’intérêt public, que ce soit plus clair de savoir avec quelles données ils peuvent faire quoi, à quel moment, quelles sont les étapes, etc.

Étienne Gonnu : Avant de passer la parole à Nicolas, vous avez parlé plusieurs fois de chaînage de données, vous avez un peu expliqué ce que c’est. Vous pouvez peut-être le redire parce que je pense que c’est une notion importante ?

Stéphanie Combes : Pour moi c’est une des notions les plus importantes. On sait aujourd’hui faire des choses sur des jeux de données et des bases de données qui sont homogènes. Par exemple on sait faire des choses très intéressantes sur des images, on sait détecter, par exemple, des tumeurs sur des mammographies, on va savoir détecter des irrégularités sur des données de signaux ; on sait aussi un peu traiter les données de l’Assurance maladie qui sont médico-administratives, mais, les usages de demain, c’est traiter ces données mises ensemble, donc vraiment rapprocher dans une même base des données qui vont être, par exemple, de l’imagerie et des données de consommation de médicaments ou de passage à l’hôpital. Ça va permettre aux gens de voir à la fois le résultat ou, par exemple, l’évolution d’une tumeur sur une mammographie, et les informations relatives au passage à l’hôpital de ces patients. Aujourd’hui les données sont cloisonnées, elles sont traitées de manière un petit peu distincte les unes des autres parce qu’on est peu capable de les mettre ensemble au même endroit, à part dans certaines initiatives comme les entrepôts hospitaliers de données pour ceux qui sont les plus avancés et le « Health Data Hub » qui vise à faire ça de manière encore plus massive au niveau national.
Je ne sais pas si c’est clair.

Étienne Gonnu : Les auditeurs nous le diront, en tout cas ça me semble clair.

J’ai l’impression que vous touchez peut-être un point assez névralgique des débats qu’il peut y avoir autour de la solution proposée par « Health Data Hub » et d’autres positions qu’il peut y avoir, c’est cette centralisation. Je sais qu’il y avait notamment, au moment du projet de loi qui proposait ce système-là, cette centralisation, une opposition que vous évoquiez, d’entrepôts de données de santé. J’ai l’impression que c’était un peu le sens de la critique, peut-être un des aspects de la critique qui avait pu être évoquée par votre association, Nicolas, Adrien.

Adrien Parrot : Les problématiques de cloisonnement des données et de promouvoir la recherche, évidemment on les partage et on est tout à fait d’accord. On suit totalement.
Dans le cadre d’InterHop, que vous avez présenté un petit peu tout à l’heure, c’était d’initier, à partir du même constat, une fédération notamment d’entrepôts de données de santé, pas forcément qu’eux, mais d’entrepôts de données de santé en particulier, donc d’endroits dans les hôpitaux où déjà les ingénieurs essayent d’améliorer la qualité des données et déjà de faire de l’intelligence artificielle, c’était ça, et de décloisonner autour de modèles communs, donc de standardiser un petit peu des données pour qu’on n’ait pas besoin de faire voyager les données d’un centre à l’autre, par contre qu’on puisse partager des algorithmes et faire évoluer la recherche ensemble, à l’échelle française, européenne et peut-être même mondiale. C’était ça le constat partagé, mais c’est vrai que la vision des choses est différente dans le sens centralisation, décentralisation et fédération. Pour nous, peut-être que le modèle ce serait plutôt le federated learning qui veut dire de l’apprentissage fédéré. Ce sont des méthodes qui permettent basiquement de partager des algorithmes entre des centres différents. Ce serait un peu ça.

Étienne Gonnu : Vous évoquiez la fédération et c’est vrai que c’est un concept qui est très important, notamment dans les communautés libristes quand on réfléchit en termes de systèmes d’information. Peut-être qu’en quelques mots vous pouvez préciser ce que ça veut dire un système fédéré ?

Nicolas Paris : Il y a des bons exemples qui sont sortis des écuries Framasoft. Je peux citer PeerTube ou le réseau Fediverse qui sont, en fait, les équivalents de YouTube et aussi de Twitter. L’idée c’est qu’au lieu de centraliser les données dans une seule instance qui, du coup, a des faiblesses – c’est un colosse aux pieds d’argile puisqu’il suffit de couper l’instance pour que tout le monde perde l’information ou simplement qu’un hacker exploite les données pour récupérer des millions et des millions de profils – là, la méthode décentralisée consiste à installer des myriades de serveurs chez des particuliers, de créer un réseau qui va stocker de manière décentralisée, donc distribuer des petites parties de l’information ce qui fait que, pour le hacker, il faudrait récupérer tous ces fragments pour avoir l’information globale.
Ça a comme intérêt, effectivement, de limiter les ressources et les coûts et de fédérer ces aspects-là, mais ça a aussi pour intérêt d’apporter de la sécurité à ces réseaux en fragmentant l’information.

Adrien Parrot : On a parlé en effet de Framasoft, plutôt du milieu du Libre, il y a aussi des acteurs mondiaux qui font ça. Apple avec Siri, son assistant vocal : Siri apprend les voix de façon décentralisée de téléphone en téléphone ; c’est déjà effectif, donc c’est une technologie qui est en cours de déploiement et d’évolution, ça c’est sûr. Des grands acteurs s’en emparent : Okhin, qui est un autre membre de l’écosystème de startups français, j’en parle puisqu’ils ont préfiguré, ils ont participé à la mission de préfiguration du « Health Data Hub ». Donc des acteurs montent en technologie et en compétences sur ce genre de technologie-là, sachant d’ailleurs qu’il n’y a pas forcément besoin de faire de l’apprentissage fédéré, on peut déjà dans des hôpitaux, par exemple à l’AP-HP [Assistance publique – Hôpitaux de Paris], il y a 8 millions, 9 millions de patients, donc des algorithmes peuvent déjà être entraînés à l’intérieur d’un seul hôpital et répondre à certaines questions. Ça aussi c’est du possible.

Étienne Gonnu : Peut-être avant de repasser la parole à Stéphanie Combes, Nicolas Paris.

Nicolas Paris : Ce que je voulais ajouter c’est que Framasoft a été un modèle pour la création de cette association. Le constat c’est qu’à l’international il y a pas mal d’initiatives, de démarrages, en fait, de projets tels que le Hub, par exemple aux États-Unis il y a des réseaux énormes d’hôpitaux qui se fédèrent avec une approche plutôt bottom-up, donc depuis les centres vers des réseaux. En Allemagne il y a un projet qui a démarré il y a quatre-cinq ans maintenant qui a aussi cette volonté d’exploiter les données. Ça c’est un premier point. Il s’avère que les hôpitaux ont tous des datacenters, donc historiquement les hôpitaux ont besoin d’exploiter de la donnée, ça fait 20 ans qu’ils ont des outils et qu’ils récoltent des données et on a l’obligation de garder, dans certains cas, jusqu’à 40 ans d’historique. Donc, en fait, on a déjà tout le mécanisme à disposition et j’ajouterais que tous les outils, big data ou data science, c’est-à-dire tout ce qui va être Python pour faire du machine learning et que tout le monde utilise sont open source avec des licences libres et tous les outils de plateformes big data qui sont issus, en fait, des expérimentations dans les banques, dans les réseaux sociaux, sont mis à disposition et nous sont accessibles.
En fait, on a tout ce qu’il faut pour créer ces réseaux décentralisés. Donc l’enjeu d’InterHop c’est de partager sur ces pratiques, de partager à la fois le code source mais aussi les algorithmes et, d’une certaine manière, les terminologies. On ne l’a pas abordé, mais on a vu la diversité de toutes ces données, elles sont très complexes et elles sont surtout très hétérogènes : d’un hôpital à l’autre on n’a pas les mêmes données, on n’a pas les mêmes façons de les classifier, donc il y a un énorme travail pour qu’on puisse avoir un modèle commun pour pouvoir lancer ces algorithmes.

Étienne Gonnu : Vous souhaitez réagir Stéphanie Combes ?

Stéphanie Combes : Je pense que je suis là pour ça. Déjà je n’ai pas de philosophie, je ne défends pas une position plus qu’une autre.
Le fait qu’on mette en place cette plateforme de partage des données de santé n’est pas incompatible et c’est quelque chose sur lequel on a insisté à chaque fois qu’on a eu l’occasion d’en parler avec les entrepôts hospitaliers de données santé qui se mettent en place et qui existent déjà. Je ne vais pas interdire, de quel droit j’interdirais à d’autres de monter leur plateforme. En revanche, s’il y a des acteurs qui sont avancés, c’est notamment le cas, effectivement, de l’entrepôt de données de santé de l’AP-HP et de quelques autres, il y en a qui n’ont pas vraiment commencé, qui n’ont pas vraiment les moyens.
Effectivement, on a des logiciels avec des licences libres, mais les ingénieurs ne sont pas si faciles à recruter. Souvent il y a des problématiques de plafond d’emploi, ça veut dire qu’il n’y a pas de postes ouverts dans ces types d’établissement pour ces profils-là ; je viens de l’administration, des ministères, donc je connais bien ces difficultés, et il y a souvent, aussi, des grilles de rémunération qui sont très restrictives. Ces types de profils sont assez recherchés sur le marché du travail et même si on n’est pas capable de les payer au même niveau qu’un Google ou qu’un Facebook, on voudrait quand même pouvoir être attractifs et qu’ils ne se disent pas qu’ils sont sous-payés dans le public. D’ailleurs ça fait partie de l’accompagnement qu’on propose à nos projets pilotes : recruter en propre au niveau de notre structure ce type de profils en ayant travaillé sur des grilles de rémunération qui sont beaucoup plus proches des grosses startups, pas au niveau des très grosses boîtes américaines, évidemment on n’est pas capable de suivre, mais en tout cas au-dessus des ministères ou des entités administratives plus traditionnelles. Donc on se propose de les recruter chez nous et de les mettre à disposition de nos partenaires, déjà pour essayer de dépasser ce frein-là.
Après, sur la partie fédération ou entrepôts, il faut bien voir que notre périmètre d’action est bien au-delà des seules données hospitalières. On s’intéresse aux données de l’Assurance maladie qui sont encore aujourd’hui inaccessibles pour les usages innovants type data science. Peut-être qu’on a effectivement les outils type R, Python, disponibles, mais aujourd’hui on ne peut pas travailler sur ces données-là avec ces outils-là. Donc c’est un vrai frein à l’innovation et moi, quand j’étais au ministère, on a dû monter un serveur spécifique pour pouvoir installer ces logiciels pour que les data scientists puissent travailler sur ces données avec ces logiciels-là. Il y a à peu près deux ou trois équipes en France, aujourd’hui, alors que ces données-là c’est quand même un asset considérable qui pourrait vraiment faire avancer la recherche dans de multiples domaines qui peuvent développer ce type d’usage. Pour moi c’est un vrai problème.
Après, on a d’autres sources de données, donc les registres qui sont, par exemple, dans les agences sanitaires avec qui on échange beaucoup, donc Santé publique France, l’Agence de biomédecine, etc., qui sont aujourd’hui sous-utilisées et qu’on ne peut pas forcément traiter avec des usages innovants.
Après, il y a le cas particulier des hospitaliers qui, à mon avis, est complexe. Effectivement, un registre ou une cohorte de recherche c’est assez clairement défini. Par contre, un entrepôt hospitalier de données de santé, ça va vraiment dépendre de là où l’accent a été mis au niveau de l’initiative : est-ce qu’on a plutôt commencé à travailler sur les compte-rendus médicaux ? Est-ce qu’on a plutôt commencé à travailler sur l’imagerie ou est-ce qu’on a plutôt commencé à travailler sur les données structurées, type biologie, microbiologie et pharmacie ?
Je n’ai pas mal d’échanges avec certains hospitaliers, puisque que je pense qu’il y a un vrai truc à faire ensemble. Par exemple j’étais à Bordeaux il y a deux semaines et ils disaient qu’ils avaient complémentent laissé de côté les données d’imagerie parce qu’ils ne sont pas en capacité de les stocker. Ça, c’est peut-être quelque chose que le Hub peut apporter.
Moi je pense qu’il y a de la place pour tout le monde et on n’est pas du tout contre, au contraire – ça ne marchera que si c’est partenarial – le fait que d’autres développent des plateformes. En revanche, ça représente un coût. Il y a un niveau de sécurité qui est exigé. J’avais vu des présentations très séduisantes sur le edge computing et la mobilisation de capacités de calcul maintenant dans les objets connectés,etc., j’avais demandé à l’Inria [Institut national de recherche en informatique et en automatique] où ils en étaient au niveau de la sécurisation de tout ça. Aujourd’hui ce sont des aspects qui ne sont absolument pas pris en compte dans les référentiels de sécurité des données de santé ; aujourd’hui on ne sait pas faire ça et respecter la loi. Les entrepôts de données de santé qui se mettent en place doivent respecter la loi, c’est-à-dire qu’ils doivent se mettre au niveau du Référentiel de sécurité des données de santé et aujourd’hui je n’en connais qu’un seul qui l’a fait. Ce référentiel est sans doute critiquable, mais le problème c’est que c’est un texte réglementaire, donc on doit le respecter nous les premiers. On a fait cet effort-là, ça nous a pris un an pour nous mettre au niveau de ce texte-là.
Il faut quand même prendre en compte le fait qu’on a un terrain de jeu qui n’est pas illimité, qu’on a beaucoup de contraintes, et nous, ce qu’on pense, c’est qu’il faut mettre l’accent là-dessus au niveau national, avec des financements dédiés et des outils mutualisés. Maintenant s’il y a d’autres acteurs, publics ou privés, qui sont capables de se mettre à ce niveau-là avec leurs propres moyens, qu’ils ont identifié comme une priorité, ce qui n’est pas forcément le cas d’un hôpital qui peut avoir d’autres priorités au niveau de la prise en charge des patients, même si on sait, nous qui venons du monde de la donnée, que si on investit sur la donnée ça va améliorer, à terme, la prise en charge, ils ne sont pas forcément capables de mobiliser des enveloppes financières qui sont nécessaires pour arriver au bon niveau de sécurité des technologies, même si on part sur du logiciel libre, etc. Les exigences de sécurité c’est, par exemple, tracer absolument tout ce qui est fait dans les logiciels et être capable de les analyser, donc ça nécessite de mettre en place ce type de processus.
Je discute aussi avec des acteurs hospitaliers, par exemple du Grand Est, qui sont extrêmement intéressés de voir comment on peut travailler ensemble et si on peut cofinancer leur effort de développement d’entrepôts hospitaliers qui sont, de toute manière, pour le Hub, utiles puisque le Hub ne va se mettre lui-même à collecter les données. Le Hub travaille avec des gens qui collectent localement les données. Par exemple la CNAM collecte toutes les feuilles de soin, les milliards de feuilles de soin sur tout l’État ; ce n’est pas le Hub qui va faire ça demain. On travaille avec des gens qui réunissent des données d’enquêtes, qui réunissent des données de recherche et qui vont continuer de le faire.
En revanche, la mise à disposition à des tiers de manière sécurisée, ça on propose de le mettre à disposition de nos partenaires. C’est vraiment là-dessus qu’on a notre offre de valeur.
À nouveau, si les gens n’en ont pas besoin, on ne l’impose pas.

Étienne Gonnu : Entendu. On va peut-être faire une pause musicale, si vous souhaitez réagir peut-être rapidement. Après cette pause on regardera peut-être les considérations plus techniques de comment, justement, fonctionne le « Health Data Hub ».

Voix off : Cause Commune 93.1.

Pause musicale : Calling Out par AERØHEAD.

Frédéric Couchet : Nous venons d’écouter Calling Out par AERØHEAD, disponible sous licence libre Creative Commons Partage dans les mêmes conditions. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org.

Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 en Île-de-France et partout dans le monde sur le site causecommune.fm.
Nous allons poursuivre la discussion autour de la plateforme d’exploitation des données de santé « Health Data Hub » avec nos invités. Je repasse la parole à Étienne Gonnu.

Étienne Gonnu : Merci Fred.
Je suis toujours avec Stéphanie Combes directrice du « Health Data Hub », Nicolas Parrot et Adrien Paris qui sont respectivement président et secrétaire de l’association InterHop et à qui je vais redonner la parole.

Nicolas Parrot : On discutait effectivement des difficultés d’embauche dans le secteur public, en particulier dans le milieu hospitalier, j’en profite pour passer un message à tous les libristes qui sont intéressés. Ce n’est pas souvent facile de trouver des métiers qui ont du sens, dans lesquels on touche à des technologies innovantes et avec, finalement, une ouverture sur des disciplines, transdisciplinaires. Il y a plein de travail en particulier au niveau de la sécurité. On a vu à Rouen récemment des attaques qui ne visaient pas forcément les hôpitaux mais qui rentrent par du phishing dans les boîtes mails.

Étienne Gonnu : Pour préciser, le phishing ?

Nicolas Parrot : Le phishing consiste finalement à envoyer des masses d’e-mails avec pour but de récupérer le mot de passe de la boîte mail. En fait, sur un malentendu ça passe, statistiquement il y a toujours quelqu’un qui va finir par l’ouvrir, donc on rentre par ce biais dans l’hôpital et, de fil en aiguille, on remonte jusqu’au centre névralgique pour récupérer les données, éventuellement les chiffrer et demander une rançon. Ça, ça paralyse des hôpitaux.
Ça c’est un petit message.
Maintenant, InterHop est effectivement très sensible à la main tendue du point de vue de l’aide que le « Health Data Hub » peut déclencher pour améliorer tous ces aspects. Là où aujourd’hui il y a une rupture, c’est du point de vue de notre engagement pour le logiciel libre et le fait, finalement, de travailler autour d’une plateforme Microsoft. Ça, ça nous pose un problème qui est insoluble. La fédération des données, etc., ça peut se discuter, mais sur ce point-là, il y a une divergence fondamentale.

Étienne Gonnu : On va peut-être préciser ou insister comme vous voulez le faire. Effectivement, c’était au centre des critiques qui ont pu être formulées à l’encontre du « Health Data Hub », c’est que dans la construction du projet de la plateforme c’est la solution Microsoft Azure donc leur cloud, les serveurs dans les nuages comme on dit, qui a été retenue, et c’est donc sur Microsoft Azure que seront hébergées les données de santé des patients et patientes français. Microsoft Azure, grande boîte américaine donc soumise au CLOUD Act, une loi américaine qui donne théoriquement aux autorités américaines accès aux données personnelles stockées sur les serveurs d’entreprises américaines, où que soient situés ces serveurs.
Tout cela, de fait, génère des inquiétudes outre, effectivement, le fait qu’il s’agit de Microsoft, que ce soit notamment des logiciels opaques.
C’est une critique que, j’imagine, vous avez entendue et que faites-vous de cette critique ?

Stéphanie Combes : C’est toujours pareil. Pour nous, il y a un jeu sous contrainte avec de multiples contraintes et on essaye de s’en sortir au mieux dans le contexte.
Effectivement, quand on a jugé important de mettre en place une plateforme avec des fonctionnalités à l’état de l’art pour permettre, du coup, des usages innovants type big data, data science, on en a un petit peu parlé, des chaînages de données, donc sur le plan informatique aller bien au-delà de ce que l’Assurance maladie propose aujourd’hui en la matière qui, d’ailleurs, n’est pas non plus du logiciel libre puisqu’on est sur Oracle avec le logiciel SAS, mais bon ! Dans tous les cas, ça ne permet pas de développer des usages vraiment innovants et de tirer parti de ces masses de données.
Donc on a commencé à faire un tour de piste et à discuter avec pas mal d’interlocuteurs, notamment des industriels français type Atos, Thalès, etc., et on est arrivé assez rapidement à la conclusion qu’aucun d’entre eux, en tout cas à l’époque, donc au tout début 2019, n’était compatible avec la certification hébergement des données de santé qu’on avait jugée nécessaire pour notre projet, même si elle n’est pas obligatoire contrairement au Référentiel de sécurité du système national des données de santé que j’ai déjà évoqué et qui s’applique. Ça c’était déjà une première contrainte, sans compter le fait qu’en termes de fonctionnalités, donc la capacité à mobiliser des capacités de calcul et de stockage importantes pour faire des développements d’usages innovants, c’était parfois aussi un petit peu limité. On a aussi vu OVH, que je n’ai pas cité, mais avec qui on a continué d’échanger par la suite. Et finalement on a vu Microsoft, AWS, Google également, et Microsoft était, du coup, le seul de tous, à l’époque, qui était certifié HDS [Hébergeur de données de santé] et qui était en capacité de nous mettre à disposition des fonctionnalités intégrées, pas toutes, sous des temps courts.
Pour vous donner un ordre de grandeur comparatif, on a un projet de mise en place de serveurs de données sécurisées au ministère des Affaires sociales avec Thalès qui a déjà cinq ans et pour lequel on n’a pas vu l’ombre d’un serveur pour l’instant. Atos nous avait fait la proposition pour développer le « Health Data Hub » de deux ans de développement pour environ deux millions d’euros. Donc on s’était dit comment est-ce possible, en 2019, de ne pas être capable de monter une plateforme de data science rapidement ! C’est complètement dans l’air du temps, on n’est pas à la frontière de la recherche, etc.
Effectivement, Microsoft sait faire ça puisqu’on a développé la plateforme, c’est-à-dire intégrer les pièces entre guillemets « manquantes » en six mois, avec un énorme travail sur l’aspect sécurité qui, lui, a duré un an puisqu’il a démarré avant et il s’est fait en parallèle du développement de la plateforme. Ce chantier de sécurité s’est terminé par un audit de sécurité avec des cyberattaques qui ont été simulées sur la plateforme pour vérifier qu’elle était bien solide et robuste vis-à-vis d’attaques intérieures et extérieures.

Après, il faut comprendre que Microsoft est un de nos prestataires mais ce n’est pas le seul. On a des prestataires de firewalls, d’antivirus, de gestionnaire de bureaux virtuels – je suis désolée, mais j’imagine qu’autour de la table ça paraît clair pour tout le monde –, donc on a une palette d’outils qui sont intégrés les uns avec les autres pour assurer un cloisonnement et un haut niveau de sécurité et nous, ce qu’on fait, on travaille avec un intégrateur qui intègre ces pièces. Donc on a un directeur technique et un responsable du développement, mais les développements sont faits par un prestataire.
Microsoft, évidemment, a été mis en avant mais, quelque part, c’est une de nos briques techniques et on en a plein d’autres qui sont intégrées les unes avec les autres et surtout la plateforme est opérée par des agents du « Health Data Hub ». Je le précise parce qu’autour de la table c’est évident, mais, pour les personnes qui nous écoutent, ce n’est pas forcément clair, on n’a pas confié l’opération d’une plateforme à Microsoft. On utilise un outil technologique de Microsoft, mais c’est nous qui avons les administrateurs des données. Les administrateurs qui vont préparer les données, les extractions, les mettre à disposition des tiers seront des gens employés du « Health Data Hub » qui auront des rôles très cloisonnés afin aussi d’éviter qu’on ait une faille qui vienne de l’intérieur parce que ça c’est tout à fait possible.

Après il y a la question du CLOUD Act. Par rapport à ça, c’est vrai qu’on avait fait une instruction juridique et je vous invite à regarder aussi celle qui vient d’être publiée par les avocats Desmarais sur Internet – je vous indiquerai le lien – il y a quelques jours de ça, qui est très claire. Le CLOUD Act c’est une instruction juridique très particulière, ça peut être du terrorisme ou des choses comme ça, à l’encontre d’une personne qui est impliquée et, du coup, le gouvernement peut demander à réquisitionner les données de cette personne. En l’occurrence, les données de Stéphanie Combes seraient réquisitionnées dans le cadre d’une instruction, donc nominatif, très clairement. Sauf que nous on n’héberge aucune donnée nominative, c’est un engagement qu’on a pris auprès de la CNIL en été 2018, de dire « on n’a pas besoin des noms, prénoms, dates et lieux de naissance pour la recherche, donc on n’hébergera que des données non nominatives ». Par ailleurs, ces données-là sont chiffrées et la clé de chiffrement est gérée par un HSM [Hardware Security Module], donc un coffre-fort numérique en quelque sorte, qui lui n’est pas de Microsoft et la cérémonie des clés est gérée au niveau du ministère de la Santé, donc avec le Haut fonctionnaire de défense et de sécurité avec qui on travaille sur le chantier sécurité depuis le tout début.

Il faut aussi savoir qu’on est un projet très visible, national, on fait des points avec l’ANSSI et les différentes équipes de l’ANSSI, l’Agence nationale qui est habilitée sur la sécurité des systèmes d’information, pratiquement tous les mois au niveau des Copils et, au niveau technique, bien plus fréquemment sur des sujets d’architecture technique ou d’analyse de risque.

Étienne Gonnu : Copil ?

Stéphanie Combes : Comité de pilotage.

Étienne Gonnu : Sur la question de Microsoft, pour les personnes qui suivent notre émission, vous connaissez les positions de l’April contre Microsoft et particulièrement dans sa relation avec l’État en général et avec le ministère de la Défense en particulier. Puisque, Nicolas Paris ou Adrien Parrot, vous évoquiez justement cette problématique, que vous considérez comme rédhibitoire, de la plateforme Microsoft, est-ce que vous pouvez développer pourquoi, pour vous, ce point est fondamental ?

Adrien Parrot : Pour simplifier un petit peu, je voulais revenir sur les propos du Vice-amiral Coustillière qui est le président de la DSI [Direction des systèmes d'information] de l’Armée, la DGNUM [Direction générale du numérique] et qui, en fait, retourne complètement sa veste sur les questions de Microsoft en particulier. Lors d’un Cash Investigation il disait, je cite : « Je me fous des backdoors » et, sans complexe, il allait vers Microsoft parce que, en effet, il était dans un environnement contraint lui aussi et que, pour avancer, il avait besoin de services fournis par Microsoft ; dans un environnement contraint, on fait des choix et des choix politiques. À l’heure actuelle on a du recul sur PRISM, sur plein de problématiques où Microsoft a d’ailleurs été partie prenante même un des premiers, le premier à fournir des données, donc maintenant cette personne change complètement de doctrine et va vers OVH, pour résumer simplement, sans parler de clé de cryptage, en disant que pour aller vers une plateforme il faut uniquement avoir confiance, la valeur principale c’est la confiance. Est-ce qu’on a confiance dans notre hébergeur de données de santé ? Est-ce qu’on a confiance dans Microsoft ? Est-ce que les intérêts des États-Unis sont ceux de la France ? Ça résume finalement simplement le débat et il faut répondre à cette question-là : est-ce qu’on a confiance en ça ?
Juste pour préciser sur les données pseudonymisées, en effet il n’y a pas les identifiants dans le SNDS historique, ni dans le SNDS élargi maintenant à l’ensemble des données des citoyens français, mais c’est une trivialité au 21e siècle, en 2020, de faire de l’appariement probabiliste et dans Nature, donc une excellente revue scientifique connue, il suffit de 15 variables démographiques appareillées pour retrouver un individu.

Étienne Gonnu : L’âge, le sexe, ce genre de critères.

Adrien Parrot: La commune, etc.
Dans le « Heatlh Data Hub » ce ne seront pas 15 variables qu’il y aura, ce seront des milliers de variables.
Donc lier des bases entre elles, même une base externe du SNDS avec le SNDS, et ré-identifier un individu c’est quelque chose, surtout pour des excellents ingénieurs de chez Microsoft, de techniquement faisable.

Nicolas Paris : Cette question de confiance, effectivement, n’est pas exactement résolue avec Microsoft.
Ce sur quoi je voudrais revenir c’est sur la question HDS, c’est effectivement un critère extrêmement stringent.

Étienne Gonnu : HDS, hébergeur de données de santé.

Nicolas Paris : Hébergeur de données de santé, qui n’était pas nécessaire dans ce contexte de données pseudonymisées et qui fait, au final, qu’on se retrouve avec un seul acteur potentiel. Il y a beaucoup d’acteurs français, Scaleway, OVH et d’autres, qui proposent aujourd’hui la constitution de plateformes d’analyse big data ; en une heure on peut déployer dans des contraintes qui ne sont pas HDS.
Je trouve effectivement dommage d’avoir mis le curseur si haut, c’est-à-dire plus haut que ce que la loi demandait, le jeton HDH, là où on se retrouve avec des contraintes qui sont d’ordre politique, d’ordre économique, d’ordre international, avec finalement d’autres problèmes qui, à mon sens, sont complexes à gérer.
Sur le fait que Microsoft n’est qu’une brique, c’est une grosse brique puisque, quand même, il est question de calcul. Effectivement les données sont chiffrées, on connaît la force du chiffrement. Les Allemands utilisent le cloud aussi, ils ne s’en cachent pas, le projet allemand utilise Amazon pour stocker les données de santé, il n’y a pas de problème. En revanche, ils n’analysent jamais les donnés de santé sur le cloud, c’est-à-dire qu’ils utilisent le stockage à froid, chiffré, jamais les données ne vont être déchiffrées pour être analysées. C’est un peu technique : en gros, on n’analyse jamais des données chiffrées aujourd’hui, c’est de la science-fiction, il n’y a pas de plateforme à l’état de l’art qui fournit de bout en bout des données indéchiffrables. In fine, peut-être que les opérateurs sont français, mais ceux qui font la maintenance des machines sont des agents de Microsoft, donc ils pourront effectivement lire en clair les informations qui seront déposées sur ces plateformes, que ce soit dans les GPU, les unités qui sont spécialisées pour faire du deep learning et du machine learning, enfin de l’IA.
Donc déposer des données et les analyser sur une plateforme avec des principes économiques qui sont contre nous – je rappelle quand même que Microsoft est en Irlande, ça veut dire qu’elle ne paye pas ses impôts en France, ça c’est aussi un problème d’ordre patriotique, c’est 30 % d’impôts sur les sociétés qui partent, en fait, en fumée, on baisse à 4 ou 5 % , je ne suis pas expert sur le sujet –, globalement ça fait partie, pour moi, des critères qui posent problème.

Stéphanie Combes : Je voudrais réagir.

Étienne Gonnu : Bien sûr vous pouvez réagir et puisque le temps file, je pense qu’il serait intéressant quand même d’évoquer aussi, et je crois qu’on a le temps de parler de ça, qui a accès aux données, comment on y accède, etc.

Stéphanie Combes : Je vais réagir très rapidement parce que, à la fin, les arguments qui ont été avancés sont tout à fait légitimes pour certains. Il y a aussi des positionnements politiques et, par rapport à ça, il n’y a pas de débat.
Par contre, je voudrais quand même préciser une chose : OVH n'est pas capable de mettre à disposition une plateforme data science telle qu’on souhaite la faire en une heure. J’ai petit déjeuné avec quelqu’un d’OVH il y a deux semaines, qui a refait un travail que nous avions fait cet été, qui nous a demandé beaucoup de travail, qui est de regarder un premier plan de réversibilité. On a fait ce choix de manière quand même éclairée, ce n’était pas un choix facile, mais la condition de ce choix c’est qu’on soit aussi capable d’en sortir le jour où il y aurait une offre française qui serait au même niveau. On a des ateliers régulièrement avec la DINUM qui porte la stratégie cloud de l’État. Après, on en pense ce qu’on veut mais toujours est-il qu’il y a des gens qui réfléchissent à cette question-là. OVH me disait qu’ils étaient arrivés exactement à la même conclusion eux-mêmes, qu’il leur manque un certain nombre de briques et que, si aujourd’hui on voulait migrer, il faudrait développer ces briques manquantes ce qui équivalait à un montant de un million d’euros et à 500 jours de développement. Si eux-mêmes reconnaissent que leur offre, aujourd’hui, n’est pas mature !

Adrien Parrot : Et à trois ans ? Et dans un délai un peu plus long, les choses ne s’équilibrent pas entre quelque chose qui est déjà développé et… ? En effet, il y a un coût de développement qui évidemment n’est pas nul, moindre sûrement que chez Microsoft, mais sur le long terme ?

Stéphanie Combes : Sur le long terme, on estime que si, dans trois ans, le cloud souverain aboutit à une solution légitime, on migrera dessus. On n’est pas dans un temps long, on ne se dit pas qu’on va rester chez Microsoft pendant 20 ans. Évidemment, ce sera tout à fait pertinent de migrer et il y a quand même des enjeux de filière industrielle française. On est projet du ministère de la Santé, certes, mais on n’est pas complètement décorrélé, non plus, des autres ministères. Mais c'est juste pour préciser qu’il y a quand même des travaux qui ont été faits, instruits, qui ont pris du temps et qui ont été corroborés par les industriels eux-mêmes. Je ne pense pas qu’on soit ! On n’a aucun intérêt à aller chez Microsoft et, pour être claire, c’est à moi d'assumer derrière les discussions que ça a généré.
Évidemment que s’il y avait eu un acteur français qui avait eu le même niveau de sécurité et de fonctionnalités ça aurait été, aujourd’hui, beaucoup plus pratique pour moi. Ce sera sans doute le cas demain.

Je voudrais revenir sur la partie pseudonymisation parce qu’à aucun moment donné je n’ai voulu faire croire que les données n’étaient pas sensibles. On parle précisément de la sécurité de cette plateforme parce que les données sont sensibles et qu’il y a un risque avéré de ré-identification. D’ailleurs, pour le coup, tu parlais du fait qu’on réutilisait les données depuis 40 ans, les données du PMSI [Programme de médicalisation des systèmes d'information], ça a été montré qu’avec quelques informations on était capable de retrouver quelqu’un de connu par ses passages à l’hôpital. Ça c’est totalement avéré et c’est pour cette raison que le niveau de sécurité mis au-dessus pour contrôler les usages des utilisateurs est très fort. C’est-à-dire qu’on fait une double authentification pour savoir exactement qui a accès aux données, on trace exactement tout ce qu’ils font, on les sensibilise au fait que c’est pénal si jamais on les prend la main dans le sac à chercher à ré-identifier leur voisine ou un homme politique, qu’ils peuvent aller en prison et payer des amendes assez chères et que le Hub ainsi que la CNIL et ainsi que le Comité d’audit du système national des données de santé vont diligenter des audits pour vérifier aléatoirement ce que font les gens. La pseudonymisation, le fait que nous ne détenons pas de données nominatives, ça a un impact sur le CLOUD Act, mais ça n’a pas d’impact sur la sensibilité des données au sens où je ne dis pas que parce qu’on a enlevé les noms et prénoms, ces données ne sont pas sensibles. Par contre ça a impact sur le CLOUD Act.

Adrien Parrot : Sécuriser l’accès des utilisateurs, évidemment. Ce qui m’inquiète ce n’est pas l’accès plus ou moins contraint des utilisateurs, mais l’accès de Microsoft et d’intérêts autres à cette plateforme. Le CLOUD Act c’est quand même ça et du coup, en réponse, il y a le cabinet Desmarais en effet qui lui est plutôt rassurant, mais il y a aussi d’autres rapports, il y a le rapport Gauvain qui est un député, il y a le sénateur Longuet, et ce sont des rapports qui sont, pour le coup, beaucoup moins rassurants que celui d’un seul cabinet qui est maître Desmarais.
L’énorme point litigieux c’est Microsoft : est-ce qu’on a confiance dans Microsoft ? Et une fois que les données sont parties chez Microsoft, peut-être qu’on peut partir dans trois ans, mais les données seront parties.

Stéphanie Combes : Je pense qu’il y a le CLOUD Act et il y a Microsoft ; ce sont deux choses différentes. Toi tu fais référence au fait que si le gouvernement demande à Microsoft de livrer des données sur ma personne dans le cadre du CLOUD Act parce que je suis prise dans une instruction judiciaire, moi je réponds que face à ce cas figure-là, le CLOUD Act ne s’applique pas. C’est-à-dire que Microsoft ne pourra pas répondre au gouvernement ; ils diront : « Je ne sais pas qui est Stéphanie Combes dans les données » et ils ne peuvent pas faire un traitement pour reconstruire la donnée. Ça n’est pas ce que dit le CLOUD Act et d’ailleurs c’est très clair quand on le lit. J’ai lu le texte moi-même, on a instruit juridiquement avec des juristes et les différents avocats avec qui on a discuté ont corroboré ce point de vue.
Je pense que ce sera intéressant de mettre les liens vers tous les autres rapports pour que les gens puissent faire leur propre analyse. Après il y a la confiance de Microsoft, mais il y a la confiance de tous les autres. Moi je n’ai pas plus confiance en un OVH qu’en un Microsoft. On sera garant de la protection des données, on aurait, de toute manière, chiffré les données même si elles avaient été chez un acteur français.

Nicolas Paris : Effectivement, sur Microsoft, finalement c’est le premier projet cloud de santé sur un clouder américain qui émerge et c’est le principal projet du début du 21e siècle.

Stéphanie Combes : Français. Projet français.

Nicolas Paris : Français, tout à fait, oui.
L’impact que ça peut avoir c’est de décomplexer tous les acteurs qui iront tous comme un seul homme sur ces plateformes qui, effectivement, sont plus abordables pour plein de raisons, du fait qu’elles payent moins d’impôt en France et qu’elles ont une force financière beaucoup plus forte, et aussi les startups qui ont un intérêt à démarrer rapidement. Quand tous les systèmes français auront suivi, en fait, cette façon de faire puisque, après tout, ils sont hébergeurs de données de santé, pourquoi ne pas y aller, eh bien il peut y avoir, comme on l’a vu au niveau de l’armement, des injonctions politiques des États-Unis : on l’a vu sur le Rafale où ils ont refusé, finalement, de vendre certaines pièces qui allaient contre leur politique internationale. On peut tout à fait imaginer que des pressions soient faites et là, non pas sur l’armée, mais sur la santé des citoyens français. On se met, en fait, dans une situation de dépendance internationale là où attendre effectivement qu’OVH se renforce sur certains aspects, attendre que les données soient prêtes et interopérables, ne serait-ce qu’un an ou deux ans, ça me paraît, finalement, quelque chose de plutôt sain, plutôt que de se retrouver dans une situation, d’embrasser, en fait, un système qui nous a, plusieurs fois, fait défaut : 2007, PRISM, Microsoft a été le premier à livrer ses données et là contre toute loi et contre toute attente.

Adrien Parrot : Pour rebondir, les directions des services juridiques des hôpitaux ont aussi été saisies parce que beaucoup d’hôpitaux utilisent Microsoft et que Microsoft migre progressivement tous ses services dans le cloud. L’avis des certains hôpitaux et de certaines directions des affaires juridiques c’est qu’il y a clairement un risque et qu’en fait ça va être la jurisprudence. On va aller au procès, qu’il y aura un procès et que c’est là où on saura du CLOUD Act et du RGPD qui gagnera.

Stéphanie Combes : C’est pour des logiciels de prise en charge ou de prise de rendez-vous, donc ce sont des données nominatives : tous les mails, les choses comme ça, ce sont des données nominatives, donc là le CLOUD Act pourrait s’appliquer. Par ailleurs, il ne s’applique pas qu’aux entreprises américaines, il s’applique à toutes les entreprises qui ont une activité économique sur le sol américain. Ça fait quand même beaucoup de monde.

Étienne Gonnu : Ça me peine de devoir mettre un terme à un échange qui est très intéressant. On pourra communiquer les liens pour que les personnes puissent continuer le débat.

Adrien Parrot : Pour répondre, ce n’était pas pour les données de santé, mais c’était pour les mails.

Stéphanie Combes : Tout à fait. Justement ce n’était pas le même contexte.

Adrien Parrot : Ce n’était pas des données de santé, ce n’était pas dans le cadre d’un système d’information, c’était simplement les mails des praticiens.

Stéphanie Combes : Ce n’est pas simplement, c’est bien pire parce que ce sont des données nominatives. Donc le CLOUD Act rentre.

Adrien Parrot : Pas de patients. Donc ça ne rentre pas dans la donnée de santé non pseudonymisée, identifiant directement.

Stéphanie Combes : Ça rentre dans le périmètre du CLOUD Act.

Étienne Gonnu : On voit qu’il y a des échanges, forcément ! C’est à la fois à la charnière du technique, du juridique et des impacts géopolitiques importants et on voit l’importance de la question. C’est vrai qu’à l’April on milite aussi pour que ces questions soient dès le début, en fait, des choix politiques qui sont construits notamment lorsqu’on va approcher une notion d’innovation, etc., intégrer directement. Nous, ce qu’on préconise, ce dont on a discuté en début d’émission, la nécessité des systèmes fédérés justement qui peuvent peut-être limiter aussi cette centralité d’une base de données qui peut, c'est vrai, poser problème.

Stéphanie Combes : J’aimerais bien régir, quand même, parce que je pense que c’est aussi un petit peu politique et, pour le coup, c’est une position que je défends très fermement depuis mes premiers jours au ministère de la Santé sur le fait qu’on n’a pas tellement le temps d’attendre. J’interagis aussi avec des médecins et avec des patients et je n’ai pas l’impression qu’on puisse se permettre de faire attendre, alors qu’on a les données, on a les expertises et que c’est une histoire d’outils.
Après, on peut faire des choix à court terme qui seront différents à moyen terme, mais si on prend la stratégie du cloud souverain qui est portée par l’État, elle a trouvé ses racines en 2014 ; aujourd’hui on est 2020 et on n’a pas de solution satisfaisante.
Moi je ne pourrais pas porter comme parole le fait qu’on doive attendre quand on voit des scandales sanitaires comme le Médiator qui ont quand même été éclairés par le traitement de la donnée de santé. On pourrait quand même aller beaucoup plus loin. Les autres pays n’attendent pas. On voit les premiers dispositifs médicaux intégrant de l’intelligence artificielle, quoi qu’on puisse mettre derrière ce terme-là, qui sont certifiés par la FDI [Food and Drug Administration] aux États-Unis depuis le printemps 2018. Et, en France, on a un vrai enjeu à prendre ce virage-là maintenant parce que sinon on va passer à côté.
Il y a des réflexions très intéressantes sur l’éthique. On n’en a pas vraiment parlé explicitement mais finalement tout ça, ça rentre un petit peu dans le champ de l’éthique, sur le fait que si on n’arrive pas à développer ces innovations numériques en santé en France, ces applications qu’on aura dans notre portable dans un an, dans deux ans, elles seront développées ailleurs, là où il n’y a pas de RGPD, là où il y a beaucoup moins de contraintes et les gens, si ça marche, les utiliseront. Mes parents, qui ne suivent pas forcément tous ces aspects très techniques, utiliseront l’application qui marche, dans leur téléphone, sans savoir qu’elle a été développée sur des données qui n’ont rien à voir, de manière non éthique, de manière non sécurisée, que des données ont peut-être été volées, etc. Donc je pense qu’on a un enjeu à ne pas rater ce virage très important et à être leaders en la matière, un peu comme on est leader dans d’autres domaines qui sont très stratégiques comme le nucléaire, si vous me passez cette comparaison.

Étienne Gonnu : Je vous laisse peut-être du coup le mot de la fin, InterHop avec Adrien Parrot.

Adrien Parrot : Ce sont des arguments qu’on entend aussi dans le cadre du développement de la 5G, par exemple avec monsieur Breton, l’ancien patron d’Atos et qui est maintenant à la Commission européenne. Pareil, avec des arguments de « il faut aller vite parce que sinon on sera en retard ». La question c’était de choisir un acteur européen que plutôt aller vers les Chinois, Huawei. Là, la réponse de l’Europe sur ce domaine-là, c’est qu’il faut être souverain et autonome dans les technologies que l’on utilise, surtout qu’il ne faut pas complexer. On a aussi des leaders, WeThinhs, on a aussi des leaders dans les objets connectés qui sont FDE et Marquage CE médical, donc on n’est pas en retard sur tous les fronts. Les hôpitaux développent leurs plateformes, il y a quand même un écosystème qui, si on le reprend, l’embrasse et l’améliore, permet d’avancer. La question de l’autonomie et de la souveraineté sont vraiment au centre du débat et c’est ce que l’armée, par exemple, a compris et recentre. Ça me semble très important.

Nicolas Paris : Je dirais qu’attendre ce n’est pas obligatoirement se tourner les pouces. Il y a énormément de choses à faire sur le volet de l’éthique, sur le volet de l’opposition des patients. Je le rappelle, les patients auront le droit de s’opposer à des recherches sur leurs données, c’est un droit qui est assuré par le RGPD. Il y a aussi une quantité de choses à faire, je parle pour les hôpitaux : un entrepôt de données de santé c’est entre cinq et huit ans de mise en place, donc récupérer les données au niveau français, on n’est pas à six mois près. Entre le moment d’avoir un algorithme sur son téléphone, qui sera appris sur cette plateforme, et aujourd’hui, il va se passer un certain temps, donc je ne pense qu’il faille confondre vitesse et précipitation.

Étienne Gonnu : Malheureusement on s’arrête là. En tout cas un grand merci pour cet échange, donc Stéphanie Combes pour « Health Data Hub », Adrien Parrot et Nicolas Paris pour l’association InterHOp.

Frédéric Couchet : Merci pour ces échanges passionnants et désolé de devoir y mettre un terme temporaire. Vous êtes évidemment nos invités permanents pour poursuivre le débat.

[Virgule sonore]

Étienne Gonnu : Nous venons d’écouter une rediffusion d’un sujet du 28 janvier 2020 sur la plateforme Health Data Hub.
Je vous avais parlé en introduction d’une action à soutenir : le collectif SantéNathon a ouvert une pétition, tout ce qu’il y a de plus officiel, sur le site du Sénat, pour demander la création d’une commission d’enquête. Si le seuil des 100 000 signatures parait effectivement très élevé, voire excessivement, il n’en reste pas mois utile de soutenir l’initiative, car au-delà de ce critère matériel il reste surtout intéressant de montrer un rapport de force en faveur de cette demande qui, par ailleurs, est portée par une sénatrice, Nathalie Goulet, qui a également déposé, en parallèle, une proposition de résolution pour créer une commission d’enquête.
Je précise qu’il faut se connecter via FranceConnect ; vous pouvez utiliser vos identifiants par exemple des impôts ou d’ameli santé. Ça permet notamment d’éviter ce qu’on pourrait appeler le « bourrage d’urne », ce qui, à titre personnel, me gêne nettement moins que de signer une pétition sur une plateforme du type change.org, qui siphonne nos données à des fins commerciales.
Nous allons passer une pause musicale et pour cela je vais confier la parole à notre jeune invitée.

Tanya : Tanya speaking. Je me permets ce message personnel pour mon papa. Nous allons écouter Candyland par Clone Me Twice. On se retrouve juste après. Belle journée à l’écoute de Cause Commune, la voix des possibles

Voix off : Cause Commune 93.1.

Pause musicale : Candyland par Clone Me Twice.

Tanya : Nous venons d’écouter Candyland par Clone Me Twice, disponible sous licence libre Creative Commons Partage à l’identique. Vous retrouverez les références sur le site de l’April, april.org.

Étienne Gonnu : Merci Tanya.
Vous écoutez l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune, la voix des possibles, 93.1 FM en Île-de-France et partout ailleurs sur le site causecommune.fm. Je suis Étienne Gonnu chargé de mission affaires publiques pour l’April.
Contraints par le temps nous n’aurons malheureusement pas le plaisir aujourd’hui de la chronique de Marie-Odile que nous reportons à une prochaine émission. Vous pourrez retrouver bien sûr sa chronique « Les transcriptions qui redonnent le goût de la lecture » en novembre.

Nous approchons de la fin de notre émission. Nous allons terminer par quelques annonces.

Annonces

Étienne Gonnu : Je vous rappelle la pétition du collectif SantéNathon pour obtenir une commission d’enquête sur les conditions du Health Data Hub, comment finalement il a été décidé de recourir au cloud de Microsoft.
En parlant de plateforme, nous vous invitons également à faire un tour sur une plateforme publique de contribution qui est ouverte sur les questions de la politique publique de la donnée où il est notamment question de l’usage des codes sources en tant que document administratif. Une autre occasion de rappeler la nécessité d’une priorité au logiciel libre.
Comme chaque semaine également il y a une réunion à distance du groupe Sensibilisation ouverte à tous et toutes, vous n’avez pas besoin d’être membre de l’April, jeudi à partir de 17 heures 15.
Vous retrouvez toutes les informations concernant ces sujets, sur le site de l’April et tout autre événement également bien sûr sur le site Agenda du Libre, agendadulibre.org.

Notre émission se termine.
Je remercie les personnes qui ont participé à l’émission : Éric Fraudain, Marie-Odile dont nous n’avons pas eu la chronique, mais qui a préparé une très belle chronique que, j’espère, vous pourrez retrouver rapidement. Je remercie également Adrien Parrot, Nicolas Paris et Stéphanie Combes, nous avons écouté la rediffusion du sujet d'une émission à laquelle ils ont participé.
Aux manettes de la régie aujourd’hui Patrick Creusot.
Merci également à Sylvain Kuntzmann, Antoine, Samuel Laurent, Olivier Humbert et Élodie Déniel-Girodon, bénévoles à l’April ; Olivier Grieco, le directeur d’antenne de la radio, qui s’occupe de la post-production des podcasts. Merci également à Quentin Gibeaux, bénévole à l’April, qui découpe le podcast complet en podcasts individuels par sujet.

Vous retrouverez sur notre web site, april.org, toutes les références utiles ainsi que sur le site de la radio causecommune.fm. N’hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi des points d’amélioration. Vous pouvez également nous poser toute question, nous y répondrons directement lors d’une prochaine émission. Toutes vos remarques et questions sont les bienvenues à l’adresse contact@libreavous.org.

Nous vous remercions d’avoir écouté l’émission.
Si vous avez aimé cette émission n’hésitez surtout pas à en parler le plus possible autour de vous et également à faire connaître la radio Cause Commune, la voix des possibles.

La prochaine émission aura lieu en direct mardi 27 octobre 2020 à 15 heures 30 comme toutes les semaines. Notre sujet principal portera sur l’accompagnement des associations à l’utilisation des logiciels libres. Ce sera notamment le premier sujet long animé par ma collègue Isabella Vanni à qui je transmets tous mes encouragements.

Nous vous souhaitons de passer une très belle fin de journée. On se retrouve en direct le 27 octobre et d’ici là, portez-vous bien.

Générique de fin d'émission : Wesh Tone par Realaze.

Décryptualité du 26 octobre 2020 - L'informatique est-elle devenue trop compliquée à développer ?

Le 27 October 2020 à 00:46:24

Écouter ou télécharger le Décryptualité du 26 octobre 2020 (16 minutes)

Plus de lignes de codes, plus de technologies, plus de plateformes. Et si le développement informatique était devenu trop compliqué pour rester fun ?

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26 October 2020

april.png Nouvelles April

Revue de presse de l'April pour la semaine 43 de l'année 2020

Le 26 October 2020 à 21:35:07

Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

[Le Monde.fr] La justice américaine ouvre une procédure contre Google pour abus de position dominante

Le .

de_crevoisier.png LE-ROUTEUR-WIFI.COM

Comment créer un NAS à la maison ?

Le 26 October 2020 à 12:07:24

Un NAS c’est très pratique et totalement dans l’air du temps. Avec la multiplication des médias que nous consommons, que cela soit pour le travail ou pour des besoins personnels, il devient nécessaire de pouvoir stocker de grandes quantités d’informations, et que ces données soient accessibles d’un peu partout.

Comme nous en avons déjà parlé, il existe pour s’équiper, plusieurs possibilités, comme par exemple d’acheter un NAS commercial tout fait, ou bien de créer son propre NAS en achetant soi-même les composants ou en recyclant un ancien ordinateur. Mais ces solutions, bien que performantes, ne sont pas adaptées à tout le monde. En effet, si vous ne souhaitez que stocker des documents et regarder un film de temps en temps à partir de votre NAS, alors les solutions évoquées ci-dessus sont un peu overkill, et de plus, elles vont nécessiter un investissement (parfois non négligeable), ou bien une consommation électrique là non plus non négligeable.

Car finalement tout est là, un peu comme dans pas mal d’autres domaines de l’informatique, combien cela va me couter vis-à-vis de mes besoins ?

Un photographe ou un vidéaste qui stocke l’ensemble de ses réalisations sur son NAS, avec une sauvegarde qui se fait automatiquement, des débits permettant de travailler dans de bonnes conditions etc… ne verra pas forcément de problèmes à mettre 1000 euros dans son NAS.

De même, une famille qui se sert de son NAS pour diffuser des vidéos sur tous les appareils de la maison ne verra pas de soucis à ce que le vieil ordinateur familial leur coûte 25 euros par an vis-à-vis du service proposé.

Mais si vos besoins sont tout petits, que vous voulez juste, de temps en temps, pouvoir consulter un fichier Word depuis votre téléphone, puis l’éditer sur votre PC, bref juste avoir quelques documents disponibles un peu partout dans la maison. Si vous n’êtes pas un grand consommateur de films, ou bien que vous préférez utiliser Netflix, si vous ne comptez pas vous lancez dans l’auto hébergement de vos emails, de votre propre cloud ou monter des machines virtuelles, serez-vous prêt à acheter un NAS 300, 500 ou 1000 euros ? Certainement que non, et pourtant, vous pouvez toujours accéder aux avantages d’un NAS, car vous en possédez probablement déjà un, sans même le savoir.

Vous avez déjà un NAS, il vous suffit de l’allumer

Ok le titre est un peu volontairement aguicheur, peut-être que vous n’avez pas ce qu’il faut pour faire un NAS sans autre investissement, mais je pense que la plupart de vous, lecteurs, avez déjà le matériel nécessaire.

Ce qu’il vous faut, c’est, un routeur assez récent, et un disque dur externe. C’est tout. Alors, avant de vous rué sur tout ça, il convient de s’assurer que c’est tout de même possible car ça va beaucoup dépendre de votre routeur.

Déjà, avant d’aller plus loin inspectez l’extérieur de votre routeur, si vous y découvrez un port USB, c’est très bon signe (mais ça ne veut pas forcément dire que vous pourrez faire un NAS), par contre, s’il n’y a pas de port USB, vous pouvez abandonner l’idée, du moins, avec ce routeur.

Donc, partons du principe que vous avez un ou plusieurs ports USB sur votre routeur, il va maintenant falloir vérifier que ce dernier est capable de servir les fichiers contenus sur le support de stockage sur votre réseau. En effet, malheureusement, sur certains routeurs, le port USB n’est là que pour brancher une imprimante afin que le routeur agisse en tant que serveur d’impression. Sur ces routeurs, il n’est généralement pas possible de brancher un disque dur externe sur le port USB.

Donc, il va falloir accéder à l’interface en ligne de votre routeur. Si vous êtes en France, l’adresse par défaut du routeur est généralement 192.168.1.1 ou 192.168.0.1 ou bien encore 192.168.1.254, mais attention l’adresse peut tout aussi bien être totalement différente.

Pour en avoir le cœur net, ouvrez une invite de commande (bouton démarrer, puis entrez « cmd ») et tapez dedans « ipconfig ». Validez avec la touche « entrée » et recherchez votre carte réseau active dans la liste qui s’affiche. En face de la ligne « passerelle », vous trouverez l’adresse de votre routeur.

Une fois que vous avez cette adresse, entrez là dans votre navigateur, et vous arriverez sur la page d’administration de votre routeur. Là, 3 cas de figure pour vous connecter :

  • Soit le routeur vous informe que c’est votre première connexion et qu’il faut que vous décidiez d’un mot de passe, dans ce cas-là, pas de problème.
  • Soit le nom d’utilisateur et le mot de passe par défaut sont imprimés sous votre routeur, dans ce cas-là non plus, il n’y a pas de souci.
  • Dernière possibilité, il faut entrer le nom d’utilisateur et le mot de passe par défaut pour ce modèle de routeur. Ces informations sont disponibles dans la notice de votre appareil, et si vous ne l’avez plus, il faudra faire quelques recherches en ligne. Vous pouvez essayer admin et admin, ou bien root et root, ou bien admin sans mot de passe, mais le mieux et de trouver l’information exacte.

Une fois que vous êtes connecté à l’interface de votre routeur, il va falloir vérifier si elle dispose d’une partie qui s’appelle « USB Sharing » ou « Cloud », ou « USB », ou tout autre chose en rapport avec ce que l’on essaie de faire (les noms changent suivant les constructeurs).

Par exemple, sur un routeur TP-Link récent, la bonne catégorie se nomme « USB sharing ». Comme vous pouvez le voir sur la capture suivante.

Si vous trouvez ce qui nous intéresse, il est alors temps de brancher votre disque dur externe sur le port USB du routeur.

Une fois cela fait, il faudra surement faire reconnaitre le disque par le routeur, avec un bouton « scan », ou bien parfois en redémarrant le routeur.

Attention, il faut bien garder à l’esprit que le disque que vous allez brancher sur le routeur sera formaté. C’est-à-dire que vous allez perdre tout ce qui est présent sur le disque. Il convient donc de copier tous les fichiers qui pourraient être présents sur ce disque avant de s’en servir pour cet usage.

Une fois que votre disque sera reconnu et formaté, il faudra effectuer quelques réglages simples. Par exemple, il faudra autoriser ou non certains services, donner un nom au disque etc… rien de bien compliqué.

Par exemple, si vous voulez que votre disque soit vu en tant que périphérique DLNA, c’est-à-dire qu’il soit possible de lire un film à partir de ce support sur votre TV connectée ou votre PC, il faudra activer ce service. Sur la capture que je vous ai mis, vous pouvez voir que j’ai encadré en rouge l’option correspondante.

Que vaut ce NAS ?

Comme je vous le disais, ce type de NAS est vraiment très basique, mais il peut pourtant vous rendre d’énormes services, et surtout gratuitement si vous avez déjà le matériel compatible.

En fait, les fonctionnalités disponibles vont dépendre de deux choses, le bon vouloir du constructeur, et la puissance du routeur.

Par exemple, avec un routeur de marque Asus, vous pouvez faire pas mal de choses avec votre disque dur USB. Sauvegarde automatique, DLNA, Cloud personnel, serveur FTP, partage de liens avec vos amis ou votre famille, réplication du cloud Asus sur votre disque dur USB, Time Machine (sauvegarde pour les appareils Apple) …

Avec un routeur TP-Link, comme celui dont je vous ai mis une capture d’écran, vous pourrez « uniquement » avec un serveur DLNA, un serveur FTP, et faire de la sauvegarde en Time Machine.

Les options offertes sont donc très différentes. Cependant, toutes les marques de routeurs compatibles avec les supports de stockage externes devraient vous fournir les fonctionnalités basiques dont vous aurez besoin c’est-à-dire, au minimum le DLNA. Car pour le reste, le stockage de fichiers qui ne doivent pas être streamés, n’importe quel routeur sur lequel on peut brancher un disque dur fera l’affaire. Il suffit de partager le disque (si ce n’est pas automatique), puis de connecter le chemin réseau à votre PC ou autre appareil.

Petite parenthèse, si vous ne savez pas connecter un lecteur réseau à votre PC, je vais vous expliquer rapidement comment faire :

  • Il faut connaitre l’adresse IP locale de votre routeur, normalement, ça s’est déjà fait.
  • Il faut que votre disque soit branché au routeur et fonctionnel.
  • – Ensuite, ouvrez votre explorateur de fichiers, et entrez dans la barre d’adresse celle de votre routeur, précédée de deux antislashs
    • Par exemple, si votre routeur est sur l’adresse 192.168.1.1, il faudra taper \\192.168.1.1 dans la barre d’adresse.
  • Ensuite, sur le dossier racine qui s’affiche à l’écran, faites un clic droit et choisissez « Connecter un lecteur réseau »
  • Voilà, c’est tout, vous pourrez maintenant vous servir du disque dur branché kà votre routeur comme s’il s’agissait d’une clé USB branchée à votre PC.

Petite parenthèse 2 :

Si vous n’arrivez pas à accéder à votre NAS de la manière que je viens d’expliquer, et que vous êtes sur Windows 10 alors, c’est peut-être normal. Ouvrez le panneau de configuration, puis « Programmes et fonctionnalités », puis « Activer ou désactiver des fonctionnalités Windows », et enfin, activez « Support de partage de fichiers SMB 1.0/CIFS ».

Réessayez d’accéder à votre NAS, et hop, magie, ça fonctionne.

Une fois que tout ceci est en place, vous pouvez copier des fichiers sur le disque dur raccordé à votre routeur depuis votre PC, et les lire depuis un autre appareil, par exemple depuis votre TV connectée, votre smartphone, la box media de votre FAI…

Comme ce stockage est connecté en permanence à votre PC vous pouvez également vous en servir pour faire de la sauvegarde de fichiers, pour enregistrer directement vos torrents depuis votre logiciel de téléchargement (torrents légaux uniquement bien entendu) etc…

C’est exactement la même chose que si ce disque dur était directement branché à votre PC sauf qu’il est accessible depuis tous les appareils de la maison et que les temps de transfert seront un peu plus élevés.

Peut-on toujours parler de NAS ?

Si on s’en tient à l’acronyme, Network Attached Storage, oui on peut. Il s’agit bien d’un périphérique de stockage toujours disponible sur votre réseau.

Par contre, si on s’en tient à ce qui est de plus en communément admis comme étant un NAS, c’est-à-dire les NAS commerciaux ou reposant sur OpenMedia Vault ou Free NAS, pas vraiment.

Il faut bien comprendre que dans la définition communément admise, on parle en réalité plutôt de serveur personnel, les NAS commerciaux ou reposant sur les distributions que nous venons de citer, font bien plus de choses que de simplement rendre disponibles des fichiers sur votre réseau.

Avec un NAS fait maison avec un routeur et un disque dur, vous n’aurez pas accès à une fraction de ce qu’il est possible de faire avec un NAS au sens maintenant admis.

Mais la question qu’il faut alors se poser, est est-ce que j’ai besoin d’un NAS à 500 euros ? Qu’est-ce que je veux faire avec mon NAS ? Si vous voulez regarder des films sur votre TV sans le copier au préalable sur une clé USB, ou sans laisser votre PC allumé. Si vous voulez faire un peu de sauvegarde de vos documents importants, ou juste rendre disponibles ces documents sur plusieurs appareils, alors l’usage de ce type de NAS est tout à fait envisageable. Et ça fonctionne particulièrement bien dans la plupart des cas.

Et c’est gratuit ! Alors, qu’attendez-vous pour mettre en place ce NAS que vous avez toujours possédé ? Et puis qui sait, si vous en tirez bénéfices, peut-être que vous aurez alors l’envie d’investir dans un appareil dédié plus performant. Cela peut être vue comme un test, ou comme une initiation.

Personnellement, je ne pourrais vraiment pas me passer de ce genre d’outils sur mon réseau, vous devriez essayer.

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Réunion du groupe de travail Sensibilisation de l'April jeudi 29 octobre 2020 à 17 h 30 (accueil à 17 h 15) à distance

Le 26 October 2020 à 10:06:25

29 Octobre 2020 - 17:15
29 Octobre 2020 - 19:30

Logo du groupe de travail Sensibilisation de l'April

Le groupe de travail Sensibilisation

L'objectif du groupe de travail Sensibilisation de l'April est la production d'outils de communication pour sensibiliser un plus large public aux enjeux du logiciel libre et des formats ouverts. Toutes nos ressources sont publiées sous licence libre, ainsi toute personne ou structure souhaitant sensibiliser au logiciel libre autour de soi peut les utiliser, les modifier et les partager librement.

La participation aux actions du groupe de travail Sensibilisation est ouverte à tout le monde (membre de l'April ou pas).

Quand et quoi ?

Le groupe de travail Sensibilisation de l'April se réunit chaque jeudi du mois. D'autres réunions ponctuelles peuvent être organisées au cours de l'année.
Toute personne intéressée peut participer aux réunions du groupe (membre de l'April ou pas).

Une réunion du groupe Sensibilisation aura lieu jeudi 29 octobre 2020 en visioconférence. Horaires : dès 17 h 30 et jusqu'à 19 h 30 (accueil à partir de 17 h 15). Il sera possible de rejoindre la réunion à tout moment. Ordre du jour : à cette occasion, nous continuerons à rédiger le descriptif des cases du plateau du Jeu du Gnou (pour le projet Jeu du Gnou, voir plus bas). Nous essayerons notamment de donner une explication succincte du danger « Non respect de la neutralité du net ».

Pour tous les détails et vous inscrire à la réunion, rendez-vous sur le pad. Si vous prévoyez de rejoindre la réunion après 17 h 30, merci de préciser votre horaire d'arrivée en plus de votre nom/pseudo.

Image du Jeu du Gnou

Jeu du Gnou

Le Jeu du Gnou est l'un des projets en cours du groupe de travail Sensibilisation. Il s'agit d'un jeu de plateau coopératif et pédagogique dont le but est de sensibiliser le grand public aux enjeux de l'informatique (libertés vs servitudes, protections contre les dangers).

On peut déjà jouer au Jeu du Gnou ? Oui ! Il est possible de télécharger les éléments graphiques de la version beta depuis le pad principal du jeu.

Qu'est-ce qu'il reste à faire ? Finaliser le livret accompagnant le jeu, réaliser le graphisme, rédiger de nouvelles questions.

Comment contribuer ? Tester le jeu, relire et rédiger les textes, proposer des images, sont autant d'actions possibles pour nous aider à faire avancer le projet. Sans oublier bien sûr la participant aux réunions ! :-)

Pour en savoir plus sur le Jeu du Gnou et sur comment contribuer, voir la page wiki du projet.

Stratégie logiciel libre de la Commission européenne : un « esprit ouvert » qui manque de force

Le 26 October 2020 à 08:51:57

Paris, le 26 octobre 2020. Communiqué de presse.

La Commission européenne a publié sa stratégie en matière de logiciels libres pour la période 2020-2023. Au-delà de quelques rappels sur l'importance prise par le logiciel libre de nos jours, les objectifs concrets sont rares et on est loin d'une réelle priorité au logiciel libre. Principale mesure : la création d'un « bureau du programme open source » au sein de la DG DIGIT (La direction générale de l'informatique), mais sans détails sur les moyens financiers et humains dédiés à ce bureau.

La Commission européenne a mis à jour sa stratégie en matière de logiciel libre. La précédente couvrait la période 2014-2017. Il a donc fallu attendre trois ans pour cette nouvelle stratégie. Mais notons que c'est un document officiel, numéroté C(2020) 7149, de politique interne liant la Commission, contrairement aux documents précédents. Dans le document intitulé « Stratégie en matière de logiciels libres 2020 – 2023 » (16 pages) la Commission commence par souligner l'importance du logiciel libre. Cependant, à la lecture de cette introduction, on peut se demander si pour la Commission le logiciel libre c'est bien pour les logiciels d'infrastructures, et peu importe ensuite que des services privateurs soient conçus sur ces infrastructures.

La Commission explique vouloir partager plus d'outils développés en interne, et contribuer plus activement dans les principales communautés du libre. La Commission souhaite établir une « culture ouverte » et elle met en avant l'apport intrinsèque du logiciel libre pour les enjeux de souveraineté numérique, d'interopérabilité ou de mutualisation. Sauf que la stratégie manque d'actions concrètes, détaillées, par exemple sur les processus de passation des marchés publics ou encore, concernant sa dépendance à Microsoft pour le poste de travail, les outils bureautique et de messagerie. Ces sujets sont tout simplement passés sous silence.

Il est à ce titre marquant que la stratégie, dont le titre est l'« esprit ouvert », reprenne un critère maintes fois vu : « Les solutions «open source» seront privilégiées lorsqu’elles sont équivalentes en matière de fonctionnalités, de coût total et de cybersécurité » (page 10). Ambition molle qui n'appelle qu'au maintien d'une situation de dépendance à l'informatique privatrice, que seule une réelle priorité au logiciel libre serait de nature à renverser. Avec ce genre de formulation, Microsoft a encore de beaux jours sur les postes de travail de la Commission. Ce principe « d'équivalence » avait d'ailleurs déjà été adopté en 2018 par la Commission1.

La principale action concrète est sans doute la création d'un « Bureau du programme open source » :

« La stratégie et le plan d’action sont inextricablement liés. Le point central sera un bureau du programme open source, bénéficiant d’un véritable soutien politique et organisationnel et impliquant toutes les directions générales »

Ce bureau dépendra de la DG DIGIT (La direction générale de l'informatique). La création d'un tel bureau est une bonne chose. Mais aucune information n'est donnée concernant le budget qui sera alloué à ce bureau et les moyens humains.

D'ailleurs, dans le cadre de notre audition par la mission Bothorel sur l’ouverture des données et codes sources, nous avons défendu le besoin de la création d'une agence ou d'une mission interministérielle pour les logiciels libres, avec des moyens humains dédiés pour accompagner les administrations sur l'utilisation, la publication et la politique de contribution. Une telle structure aurait pour objet la mise en œuvre d'une réelle priorité au logiciel libre dans le secteur public.

24 October 2020

april.png Nouvelles April

Henri Verdier, Ambassadeur pour le numérique - pour une souveraineté et une diplomatie numérique européenne

Le 24 October 2020 à 15:06:49


Henri Verdier en 2013

Titre : Henri Verdier, Ambassadeur pour le numérique - pour une souveraineté et une diplomatie numérique européenne
Intervenants : Henri Verdier - Julien Merali - Sébastien Guénard
Lieu : Agora Managers - Les grands invités - Visioconférence
Date : avril 2020
Durée : 58 min 13
Visionner la vidéo
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Henri Verdier en 2013 - Licence Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Transcription

Sébastien Guénard : Bonjour à toutes et à tous, copil, membres et amis à l’instar de Henri Verdier, et partenaires qui accompagnent Agora Managers avec fidélité et enthousiasme dans cette période complexe mais intéressante, avec Michael Lejard et les équipes, nous vous en remercions. Le maillage relationnel que nous avons co-construit depuis 15 ans en présentiel avec les poignées de main, les bisous, les dîners, sont certainement les aspects sensoriels qui nous manquent le plus. Mais ils sont à l’origine des deux piliers essentiels pour le réseau Agora Managers à savoir la confiance et la bienveillance que nous partageons tous. Aussi la transition numérique pour les clubs ne pouvait que réussir et, bien sûr, nous travaillons sur les galas pour vous garantir la même satisfaction.
Une introduction coup de gueule mais assumée de ma part. Notre dépendance industrielle, le manquement voire le désengagement des investissements publics dans le domaine de la santé sont les marqueurs violents de cette période inédite de l’histoire. Pour autant, cartonner le président Macron aux commandes depuis seulement le 7 mai 2017, soit deux ans et 11 mois, ne peut appartenir qu’aux populistes qui sortent toujours du bois au moment où la solidarité et l’engagement sont de circonstance. Tous les jours les femmes et les hommes du secteur santé, de la suppy chain, du nettoyage, de la sécurité, du retail, de l’énergie, de l’informatique ou encore de l’information portent ces valeurs. Pour le réseau Agora Managers, réfléchir, déployer et bâtir des entreprises publiques et privées puissantes dans le cadre d’une économie européenne forte et souveraine sur les sujets stratégiques correspond parfaitement à l’état d’esprit qui anime chacun des membres et partenaires que je salue à nouveau.
Aussi grâce à toi Henri, pardon, Monsieur l'ambassadeur, nous avons l’honneur de vous recevoir et vous écouter sur un sujet oh combien stratégique, l’influence de la France sur le plan numérique et la construction d’une souveraineté et diplomatie numériques européenne.
Qui êtes-vous Henri Verdier ? Vous êtes toulousain de naissance, ancien élève de Normale Sup, titulaire d’une licence en philosophie, d’un magistère en biologie et d’un diplôme d’études approfondies en sociologie. Vous êtes un entrepreneur et spécialiste du numérique français. Juste avant de devenir ambassadeur pour le numérique, vous étiez directeur interministériel du numérique, du système d’information de l’État français et administrateur général des données. Vous avez coécrit et apporté votre contribution à plusieurs livres, dont un que vous nous avez présenté tout à l’heure. Il y a L’âge de la multitude ou Des startups d’État à l’État plateforme et tout ça avec une information : vous êtes seulement à la petite cinquantaine. Bravo !
Avant d’attaquer, dites-moi Henri, c’est un métier, ambassadeur ? Comment on y arrive ?

Henri Verdier : Ambassadeur c’est un vrai métier que je découvre depuis 18 mois, qui est un métier subtil, en fait, puisqu’on essaye d’influencer un équilibre international qui nous échappe totalement. Je pense parfois à mes collègues qui ont négocié pendant quatre ans l’accord de Paris sur le climat, qui ont connu le plus beau jour de leur vie quand ils ont fait signer 127 pays et puis Trump a été élu et tout a déchiré et a volé en éclat. Donc c’est un métier qui travaille à revenir à l’équilibre. Je découvre des diplomates aguerris qui savent reconnaître une situation, qui savent négocier dans des enceintes très particulières comme l’ONU, comme l’OCDE, qui ont chacune leur code. Il y a au Quai d’Orsay une vingtaine d’ambassadeurs thématiques qui sont spécialisés sur un sujet donné. Il y a le fameux ambassadeur aux pôles, il y a un ambassadeur du climat et depuis quatre ou cinq ans il y a un ambassadeur du numérique.
Je ne sais pas si tu veux qu’on présente en trois phrases ce qu’est un ambassadeur numérique ?

Sébastien Guénard : Oui, très bien. Par qui est-il nommé ? Quelle est sa durabilité ?

Henri Verdier : Comme tous les emplois à discrétion du gouvernement et comme mon précédent job, on est nommé en Conseil des ministres par le président de la République, et révocable ad nutum tous les mercredis.

Sébastien Guénard : Ce n’est pas mal.

Henri Verdier : À discrétion du gouvernement. Je peux le dire philosophiquement ou techniquement et je vais faire les deux très vite parce que je sais qu’on a beaucoup de sujets. Philosophiquement, et c’est important de se rendre compte que finalement la sécurité, la prospérité ou la souveraineté d’un pays comme la France, c’est maintenant lourdement déterminé par le numérique. C’est déterminé par le numérique économiquement : sommes-nous capables d’avoir des champions, de défendre les positions de notre ancienne industrie, tout ce que vous voulez sur l’économie numérique ? C’est déterminé culturellement, politiquement : sommes-nous capables de décider que nous voulons protéger la vie privée ?, et parfois par des choix technologiques profonds qui nous échappent. Il n’y a qu’à voir, en ce moment, les débats sur l’application StopCovid, tout repose quand même sur un standard que Apple et Google ont déterminé et, à tort ou à raison, la France voudrait leur demander de changer leur standard et eux ne veulent pas.
Cette réalité, cette profonde vague d’innovation numérique vient de loin. Elle a des couches tech, elle a des couches de relation entre États à la fois parce que des États utilisent le numérique par exemple pour faire la cyberguerre, par exemple pour s’espionner, par exemple pour se menacer de se couper des approvisionnements à des ressources essentielles. Elle est déterminée par la capacité des États de s’unir pour dire « on veut un RGPD1 [Réglement général sur la protection des données] ou on veut telle ou telle garantie même pour définir des standards internationaux sur la liberté d’expression, la liberté de la presse, l’accès à la culture, l’accès à l’éducation, la propriété intellectuelle ».
Donc c’est devenu, un peu malgré nous, en tout cas sans qu’on le voie venir, une patte diplomatique. Concrètement, aujourd’hui il y a des enceintes internationales où des choses très juridiques se négocient : on travaille à l’ONU à un droit international du cyberespace ; il y a des enceintes plus informelles. Souvent la France a eu plusieurs initiatives, notamment on a créé la communauté de l’Appel de Paris pour la confiance et la sécurité dans le cyberespace2 dont, j’espère, de nombreuses entreprises sont des soutiens. On a créé l’Appel de Christchurch3 pour la régulation des contenus terroristes. Et puis il y a une diplomatie parallèle : on a beaucoup de relations bilatérales avec des grandes puissances amies ou plus adversaires. On a un rôle dans la gouvernance d’Internet, en ce moment nous sommes aussi à la pointe du combat pour empêcher que le dot org [.org] soit vendu à un fonds d’investissement prédateur à capitaux républicains qui a mis un chèque d’un milliard et demi sur la table et qui a dit « ne vous inquiétez, pas ça va bien se passer ». En fait, le premier pays qui a levé la main en disant « attendez, ça ne m’a pas l’air d’aller tout à fait dans le sens de l’intérêt général » c’est la France.
Fondamentalement, et je termine cette introduction, on déploie une démocratie numérique dans un carré avec des questions de sécurité – cybersécurité, protection contre les contenus terroristes, contre les ingérences, les fake news quand elles viennent de puissances étrangères – gouvernance d’Internet, diplomatie économique, activité et visibilité de l’industrie de la France.

Sébastien Guénard : Et à terme il y a aura la création d’une Cour internationale, à l’instar de la Cour internationale de Justice de La Haye ? Est-ce qu’il va y avoir une autorité, une convention a minima ou on est dans la diplomatie ?

Henri Verdier : Pas forcément. En tout cas je disais sécurité, gouvernance de l’Internet, diplomatie économique et défense des valeurs ; accès à la culture, accès à l’éducation, liberté d’expression, etc.
Vous voyez justement que si je prends la peine de mettre tout ce carré c’est qu’ensuite les formats d’action et d’intervention ne peuvent pas être les mêmes dans les quatre coins de cette surface. Les sujets les plus régaliens comme le droit international du cyberespace, c’est du droit international, ça ressemble au droit de la guerre. Mais justement, sauf délit pénal qui se juge à La Haye et, dans ce cas-là, un délit cyber-pénal pourrait se juger à la Haye, le droit international est souvent appliqué par les États eux-mêmes.

Sébastien Guénard : Il y a eu un cas de figure de cette nature ?

Henri Verdier : Il y a déjà eu, il y aura d’ailleurs de manière imminente des sanctions, mais là c’est un groupe d’États qui se réunissent et qui disent « on a suffisamment de preuves pour dire que ceci est inacceptable, nous prenons des sanctions ». C’est déjà suffisant pour faire quand même plier un adversaire. Comme toujours en cybersécurité, quand ça coûte plus cher d’attaquer que ce qu’on gagne, on hésite. Donc si les impositions de conséquences sont suffisantes, on peut faire reculer quand même la menace.
Après la gouvernance d’Internet se juge ailleurs et elle s’organise ailleurs. D’ailleurs c’est intéressant, ça dit quelque chose sur la souveraineté. C’est le procureur de Californie qui vient à notre secours en disant « l’ICANN [Internet Corporation for Assigned Names and Numbers] c’est une charity de droit californien, donc j’ai mon mot à dire, donc si vous détournez et que vous faites une sorte d’abus de bien social je vais sanctionner ». Là c’est la justice américaine. Sur les sujets de diplomatie économique, certains abus de position dominante peuvent être jugés par les autorités de concurrence ou par l’OMC le cas échéant et, sur tous les sujets de droit de l’homme, il y a un certain nombre d’enceintes où on peut aussi faire valoir le droit.
Ce n’est pas spécialement une diplomatie de procès. Aujourd’hui ce sont aussi des investissements, des coalitions, des standards, c’est plus doux, c’est moins conflictuel que ça.

Sébastien Guénard : De toute façon c’est très jeune en réalité. On a quoi ? On a 15 ans de recul maintenant, pas plus ?

Henri Verdier : Oui, peut-être même pas d’ailleurs. Vous l’avez rappelé, j’ai créé ma première entreprise en 1995 ; on ne disait pas startup internet à l’époque, on disait PME qui fait du numérique. J’ai l’impression d’avoir vécu des phases. En fait, en 1995, on découvrait avec fascination le lien hypertexte et on disait « c’est génial cette nouvelle écriture » et le numérique était une affaire d’innovation. On disait « qu’est-ce qu’on peut faire avec tout ça ? », c’était l’imagination au pouvoir. À partir des années 2000/2005, c’est devenu une menace pour des filières industrielles entières, de la disruption, et on a beaucoup parlé de transformation des organisations, de conduite du changement, tout ce que vous voulez. Aujourd’hui c’est devenu de la géopolitique, mais finalement, oui, ça fait une quinzaine d’années qu’on a pris conscience que c’était de la géopolitique. On peut dater ça de l’époque qui a précédé les deux forums mondiaux pour la société de l’information, Internet Governance Forum, c’était 2005 et 2006. C’est la première fois que la communauté internationale s’est réunie en disant « mais en fait ce sont aussi des équilibres géopolitiques ».

Sébastien Guénard : C’est clair. Si on parle de création et d’entreprise, je crois que vous êtes à l’origine de la création d’une cinquantaine de startups dans une précédente mission. Quel est le rôle de l’État ? Quel doit être l’accompagnement ? Est-ce qu’il doit y avoir une mixité des investissements publics et privés ? Quel est votre avis sur le sujet?

Henri Verdier : C’est un sujet immense, je ne sais pas si on peut le traiter en trois minutes. J’ai créé personnellement trois startups, j’ai à peu près réussi une fois, puisque la troisième on l’a vendue correctement au groupe Bolloré. J’ai cofondé avec mes amis et présidé pendant sept ans Cap digital4 qui est le pôle de compétitivité des industries de création numérique ; aujourd’hui c’est une association de plus de 1000 startups parisiennes.
L’histoire est compliquée. Contrairement à ce que disent beaucoup de gens je pense que la France est un pays assez entreprenant, qui a une culture d’entreprise profonde. Au début du 20e siècle on a tout inventé à Paris : l’aviation, l’automobile, le cinéma, l’électricité, le téléphone, tout ça a été inventé à Paris en fait. Ce qu’on a raté pour une histoire qui est une histoire européenne avec les deux guerres mondiales, une économie de reconstruction très administrée pendant les Trente glorieuses. On a quand même réussi à être un très grand pays des télécoms, d’ailleurs beaucoup des fondamentaux de la révolution internet ont été inventés en France y compris le Web, ne l’oublions pas, ou le protocole par paquets qui a permis de faire TCP/IP ou l’ADSL ou le triple play avec Free. Et puis on a raté cette économie numérique très consumer oriented, très agile, très centrée la sur UX [user experience ], le design, au fond on a raté la vague du consumer internet pour des tas de raisons qu’on pourrait analyser pendant des heures.
Ce que je crois c’est que, d’abord, les vagues suivantes ne sont pas jouées. Aujourd’hui la Californie fabrique le consumer internet comme Montélimar fait le nougat. Is ont les meilleurs talents, ils ont les meilleures matières premières, ils ont les meilleurs ingrédients, c’est assez dur d’aller les déloger. Les villes intelligentes avec les points stratégiques que nous avons dans la domotique ou dans le bâtiment, les transports intelligents avec nos industries automobiles, la santé du futur avec notre système de soin et ses données, il y a énormément de combats magnifiques qui commencent à peine et qui seront peut-être moins hors-sol et où nos existences seront des atouts.
La leçon que j’ai tirée de 20 ans au service de l’écosystème digital français, c’est que les politiques publiques d’aide à l’innovation devraient être humbles. En fait on peut être un jardinier, on peut faciliter la vie de ceux qui innovent, on ne peut pas les décréter. On ne peut pas dire « vous irez tous à Rennes faire de la cybersécurité, vous irez tous faire ça, je mets le paquet… ». Je l’écrivais déjà dans L’âge de la multitude : il ne sert à rien de tirer sur la plante pour la faire pousser plus vite, mais on serait idiot de ne pas sarcler autour et de ne pas l’arroser. Peut-être que c'est ce qu'il faut apprendre.

Sébastien Guénard : Est-ce qu’on pourrait avoir quelques exemples de belles réussites françaises ?

Henri Verdier : Vous les connaissez aussi bien que moi, je pense. On en a eu une première vague du e-commerce au tournant des années 2000.

Sébastien Guénard : Lafourchette ?

Henri Verdier : Comment ?

Sébastien Guénard : Lafourchette, BlaBlaCar ?

Henri Verdier : D’abord dans les années 2000, on a eu tout le e-commerce PriceMinister, Vente-privée, etc., Free si vous voulez en faire une startup. Ensuite on a eu un petit passage à mou, ensuite on a eu effectivement quelques trucs mais un peu hors-sol comme Criteo et effectivement il y a BlaBlaCar. Je prédis un bel avenir à Drivy qui est du partage de voitures en co-sharing, etc.
Je voudrais insister là aussi sur le fait que faire des startups c’est un peu une spécialité de la Silicon Valley, les très grands du capital risque sont là-bas, ils font des prédictions auto-réalisatrices. Vous vous doutez que quand Marc Andreessen5 dit « maintenant on met le paquet sur le big data », tout le monde se met sur le big data, donc on lui achète ses poulains. Regardons aussi la transformation numérique plus discrète du monde de l’assurance, du monde de la banque, du monde de l’automobile. Je n’ai plus de voiture, j’en loue une tous les étés pour les vacances et chaque fois je vois qu’on s’est rapproché de la self-driving car en rajoutant juste quelques fonctions de contrôle de vitesse, de freinage automatique, d’allumage automatique.
Il faut bien que comprendre que la France est aussi relativement importante dans les communautés non marchandes du logiciel libre, d’OpenStreetMap6, de Wikipédia. Il y a du français quand même à tous les étages dans l’autre partie de la révolution numérique, celle qui ne se termine pas par une IPO [Initial Public Offering] mais qui change quand même la vie des gens. Pardon je vous ai coupé.

Sébastien Guénard : Si on parle data, on a le RGPD, enfin la data c’est ce qu’il faut mettre dans un moteur, c’est le pétrole pour faire avancer la machine ?

Henri Verdier : J’avais fait un grand article sur mon blog qui avait eu un petit impact à l’époque qui disait « non, les données ne sont pas du pétrole »7. Je m’inquiète un peu de cette analogie parce que le pétrole ça se stocke, ça se thésaurise, ça se spécule et après, quand on l’utilise, il n’y en a plus. Il ne sert à rien de stocker la donnée, elle perd de la valeur, et quand on s’en sert on ne la détruit, en général on lui donne plus de valeur parce qu’on crée des métadonnées d’usage.

Sébastien Guénard : Est-ce que le RGPD ne pose pas de contraintes au développement pour tout ce qui constitue l’industrie de l’intelligence artificielle ?

Henri Verdier : Oui et non.

Sébastien Guénard : Autrement dit, sans data ça n’avance pas.

Henri Verdier : Oui, bien sûr, sans data ça n’avance pas et je le dis dans l’autre sens aussi : les données dont personne ne se sert ne créent pas de valeur. Le seul moyen qu’une donnée crée de la valeur c’est qu’on joue avec. Mais je ne crois pas. Certes, on peut considérer que le RGPD soit un peu pénible à mettre en œuvre, un peu bureaucratique. J’étais le DSI [directeur des systèmes d'information] de l’État quand on l’a mis en œuvre pour l’État, j’en ai quand même souffert, ce n’était pas drôle. Je ferai deux/trois remarques :
il autorise quand même de très nombreuses exceptions pour faire de la recherche, etc. Ce qui est dommage c’est que, parfois, les procédures pour obtenir l’agrément sont trop longues, mais je trouve le cadre juridique sain.
Ensuite le fait d’interdire des choses dont de toute façon on ne veut pas, ce n’est peut-être pas plus bête, ça évite aussi des impasses à la recherche.
Et troisièmement, ce que peut-être nous n’avions pas prévu à l’époque. La France a fait la loi Informatique et libertés en 1978, petit à petit c’est devenu un cadre européen. D’abord il y a eu des directives protection de la vie privée et puis, il y a deux ans, le Réglement général pour la protection des données. Moins de six mois plus tard le Japon avait négocié et obtenu un accord d’adéquation avec l’Europe pour dire « en fait, vous pouvez nous considérer comme l’Europe, on a les mêmes sécurités, donc on peut échanger nos données librement entre l’Europe et le Japon ». La Californie, le Mexique, le Chili, un certain nombre de grand pays se sont empressés de faire pareil et là ça a été ralenti par la covid, mais l’Inde était au bord d’adopter une loi qui était un quasi RGPD. En vérité, sur ce coup-là, on a fait un standard de fait, pour le coup c’est un des sujets où il y a une diplomatie digitale discrète. Maintenant on pousse au maximum nos pays amis à nous rejoindre dans le club du RGPD. Aujourd’hui, je dis parfois que respecter le RGPD c’est accéder au plus vaste marché de consommateurs qui existe. Quand on aura l’Inde on sera deux milliards de consommateurs sous RGPD et ça pourrait même finir par devenir un avantage compétitif pour ceux qui se sont inscrits au début.

Sébastien Guénard : Avec des règles.

Henri Verdier : Les combats de normes c’est compliqué. On peut toujours dire qu’une norme vous affaiblit quand vous êtes le seul à l’adopter, mais parfois, si vous en faites ensuite une norme internationale, vous êtes le plus prêt, le plus proche, le plus armé dans le contexte où ça devient une norme internationale.

Sébastien Guénard : Ça m’amène naturellement à poser la question, en tous les cas si on parlait de cloud, pour vous il ressemble à quoi le cloud ?

Henri Verdier : C’est-à-dire ? Il ressemble à des coffres-forts. Il est mal nommé et j’en ai visité. À part ça je ne comprends pas votre question.

Sébastien Guénard : Le cloud souverain, le cloud public, si on peut redéfinir un peu les périmètres et votre vision sur les périmètres du cloud.

Henri Verdier : Oui. C’est une question un peu vaste.

Sébastien Guénard : Un vrai sujet.

Henri Verdier : Oui, c’est un vrai sujet, je sais répondre, mais votre question embrasse des dizaines de questions. Je vais partir du plus simple.
D’abord, quand j’étais le DSI de l’État j’ai quand même pesé pour qu’on ait une forme de souveraineté sur le cloud pour plusieurs raisons. D’abord, un pays souverain doit pouvoir héberger des données archi-sensibles – pensez aux archives de la DGSE – avec la certitude que personne ne les espionne. Donc même les mettre chez une grande entreprise très respectable mais qui est d’un pays étranger, ça n’est pas entièrement rassurant, premièrement. Et par ailleurs, je pensais et je pense toujours que là nous avons une technologie tellement structurante pour l’avenir que considérer qu’on renonce à savoir le faire définitivement, c’était un peu une faute dans une position qui est celle de l’État.
À l’époque on avait dessiné une stratégie qu’on avait appelée en trois cercles, je parle bien pour les besoins de l’État, en disant « nous aurons un noyau que nous opérerons nous-mêmes ». On ne s’est pas facilité la vie parce qu’on a essayé de le faire avec OpenStack8, on a découvert après que c’était vraiment difficile d’opérer OpenStack. On a réussi, trois ministères différents ont chacun réussi. Aujourd’hui on a trois offres de clouds opérés par l’État. C’est assez drôle d’aller visiter celui du ministère de l’Intérieur, vous passez une barrière où ce sont des gendarmes en uniforme qui sont sur une base militaire et qui vous disent « venez, je vais vous montrer mon cloud » et ils vous montrent fièrement leurs deux générateurs électriques en cas de panne, les grilles qui empêchent des hommes-grenouille- de rentrer par le système d’aération, etc.
On avait un deuxième cercle assez proche du SecNumCloud9 de l’ANSSI [Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information]. Pour faire simple, quand on a essayé de le faire nous-mêmes on s’est rendu compte de deux choses : c’est plus cher, ce n’est pas tellement plus cher que ça en fait, en vérité pour nous, parce que l’État, contrairement à certaines de vos entreprises, n’a pas des oscillations incroyables d’une année sur l’autre et il n’a jamais à gérer d’hyper-croissance. On est 70 millions de Français, on sera 70 millions et 600 000 l’année prochaine. Vous voyez, d’une année sur l’autre ce que fait l’État est assez répétitif. Donc on n’a pas intérêt à utiliser le cloud pour gérer de la balance de charge permanente. Finalement on s’en sert plutôt pour faire de l’hébergement distant ou pour compiler des solutions as a service.

Sébastien Guénard : Ça c’est le deuxième cercle.

Henri Verdier : En tout cas, finalement le prix n’était pas absolument le sujet, on était peut-être 15/20 % plus cher qu’acheter une offre sur étagère, mais si la souveraineté est à ce prix-là, on peut peut-être se l’offrir, ce n’était pas deux/trois fois plus cher.
En revanche, ce qui est sûr, c’est que des fonctionnaires du ministère de l’Intérieur ont quand même du mal à entrer dans une culture de service, être au service de leurs usagers, les traiter comme des rois, être bienveillants, retrouver leur mot de passe quand ils l’ont perdu, leur faciliter la vie. Je pense que les États ont un point faible là-dessus. En fait, depuis 2001, les États ont des assujettis ou des bénéficiaires, mais on n’a jamais eu de clients, donc on n’a jamais eu à écouter le client, à se mettre à son service, à le bien traiter. Franchement ça c’était dur. Il y a des trucs qui étaient comiques. On nous disait « pas de problème, tu peux venir sur le cloud, viens d’abord chercher la machine qui va te permettre d’accéder au cloud, qui est dans une armoire dans le fort en question. »
Donc on a fait un deuxième cercle, disons SecNumCloud, où on demandait des sécurités. On voulait faire ça, c’est en train d’être repris plutôt par Bruno Le Maire en ce moment avec un cloud dit souverain où il y aurait des spécifications spéciales pensées par la France. On veut que les machines soient en France pour qu’on puisse éventuellement les surveiller nous-mêmes, on veut un certain nombre de spécifications comme ça. Pour l’État ça veut dire aussi un accès direct au RIE [Réseau interministériel de l'État].
Et enfin, il y avait un troisième cercle qui était de labelliser des offres sérieuses et responsables, parce que toutes les données n’ont pas non plus le même caractère de sensibilité. En France on a plus de 50 000 collectivités locales, 36 000 communes et tout le reste, les intercommunalités, tout ça, qui parfois sont très petites, elles veulent juste pouvoir acheter une solution qui marche.
Ça c’est pour répondre à votre question.
Ensuite, je crois que le débat public sur le cloud et le débat international sont parfois un peu approximatifs. Les gens mélangent géolocalisation des serveurs et droit applicable, nationalité de l’entreprise, choix technologiques, dans un grand fourre-tout qui est souvent quand même un peu confus.
Je vais juste terminer avec ça. On avait fini par théoriser une idée assez simple : dans le cloud, comme souvent dans l’informatique, la souveraineté c’est la possibilité vérifiée de changer de prestataire. C’est-à-dire que si j’ai la certitude, après avoir fait le test, que je peux me barrer en 48 heures, alors je suis souverain et je peux recourir à un prestataire. En revanche, si je me retrouve enfermé chez un gars qui me dit que cette année il va augmenter ses tarifs de 30 %, suivez mon regard, et que là on découvre que c’est incroyable il avait certes des archives, mais elles étaient compilées que c’est super dur de les décompiler.

Sébastien Guénard : Et qu’il lui faut deux mois pour la restitution, ça pose un souci.
L’application du droit c’est la localisation du datacenter quand même, pour le coup ? On reste quand même là-dessus ? Je n’ai pas bien compris ce que vous évoquiez.

Henri Verdier : Les Américains ont une doctrine dans le CLOUD Act10 qui est l’application extraterritoriale du droit, donc pour eux si c’est une filiale d’une entreprise américaine, le droit s’applique. Absolument.

Sébastien Guénard : C’est déjà beaucoup plus clair.
Tu es très open data. Est-ce que tu peux nous apporter un éclairage sur ce que tu as mis en place, ce qu’il en reste et ta vision sur le sujet ?

Henri Verdier : Ça c’était la mission pour laquelle on m’a appelé dans l’État. C’est assez drôle parce qu’à la fois il y a une très longue histoire en France de la transparente de l’action publique. J’aimais bien rappeler aux fonctionnaires chenus que la Déclaration des droits de l’homme dit que la société est en droit de demander compte à tout agent public de son administration. Mine de rien, cette histoire a une histoire : par exemple, depuis 1830, les rapports de la Cour des comptes sont publics, ce qui est un truc de dingue si on réfléchit bien. Il y a une magistrature indépendante qui cartonne l’État tous les ans et les rapports sont publics depuis longtemps.
En 1978, justement la même année que la loi informatique et libertés, il y a eu la loi CADA [Commission d'accès aux documents administratifs] qui donne, à nous citoyens, accès aux documents administratifs. Je ne dis pas que c’est parfait, loin de là, il y avait quand même une culture du secret, de la méfiance, mais il y avait vaguement dans l’État l’idée que c’est normal que les citoyens nous demandent des comptes.
Avec la révolution numérique, justement, pas mal de gens se sont rendu compte qu’on pouvait faire beaucoup plus que demander des comptes avec les données faites par l’État, que ça peut créer énormément de valeur, là aussi pour faire des startups si on veut, mais pas seulement. Quand je devais expliquer aux administrations pourquoi les données open data devaient être gratuites, qu'elles me disaient « prouve-moi que ça crée de la valeur », je leur disais « imaginez une seconde une France où, tout d’un coup, j’arrête de distribuer les données de l’INSEE, les fonds de cartes routières de l’IGEN et je ne sais pas quoi, les chiffres du ministère de l’Éducation nationale ». Vous voyez bien que la plupart de vos entreprises, si tout d’un coup on ne sait plus combien il y a de Français dans chaque ville et quelles sont les distances kilométriques entre les villes !

Sébastien Guénard : Cadastre, actes notariés, etc.

Henri Verdier : Justement, ce sont deux mauvais exemples parce que cadastre et actes notariés, ce sont des trucs qu’il fallait acheter pour les recevoir en PDF.

Sébastien Guénard : Mais on pouvait aller les chercher.

Henri Verdier : Ce sont des sujets dont on disait qu’il faudrait les mettre en ligne en format numérique, en format machine-readable, gratuitement et pour toute réutilisation et n’essayez pas, vous, de contrôler les réutilisations.
Quand on voit ça, je ne vais pas être long, en France comme dans d’autres pays, l’open data sert la transparence démocratique parce qu’on peut quand même demander des comptes aux administrations en disant « vous vous moquez de nous, il y a une surpopulation carcérale trois fois trop grande, vous avez mis l’argent ailleurs que là où il y a la pauvreté, vous dites que vous avez tant de lits d’hôpital et ce n’est pas vrai, etc. » C’est important. Je pense que ça crée un stimulus économique. Je t’ai coupé la parole en disant « non la donnée ce n’est pas du pétrole ». Ce n’est pas du pétrole parce que ce n’est pas un bien rival. En revanche oui, c’est le terreau sur lequel on construit l’innovation. C’est quand même une forme de carburant ; à la limite, si tu veux faire une métaphore avec le moteur, dis que c’est l’oxygène.

Sébastien Guénard : D’accord. Et aussi le vent des éoliennes.

Henri Verdier : C’est absolument indispensable, je confirme. Quand j’utilise une donnée je ne vous enlève rien, alors que quand j’utilise du pétrole je vous enlève du pétrole. La donnée stimule énormément l’économie et le vrai sujet qui m’a ensuite captivé les trois dernières années de mon mandat c’est que c’est probablement un levier très grand de transformation de l’État et d’amélioration de l’État lui-même, à la fois pour sortir de cette espèce de culture de chapelle, de méfiance, de silo, de « je cache ma copie », etc. En fait, et on le voit bien en temps de covid, dès qu’on veut réagir à l’imprévu il faut croiser des données de sources diverses et si on a pris la peine de savoir où elles sont, de les « apéifier », de construire avant les sécurités techniques et juridiques pour qu’il soit super facile de les échanger dès qu’on en a besoin, on est bien plus réactifs.

Sébastien Guénard : Je vais te faire un petit quiz parce qu’il faut avancer, il y a des questions qui sont en attente ; Julien nous rejoindra pour la partie questions. Je vais te faire un « questions pour un ambassadeur » : si je te dis 28 janvier 2019, Washington, conférence de presse spectaculaire avec le directeur général du FBI, les ministres de la Justice, de l’Intérieur et du Commerce, je suis ? L’affaire Huawei.

Henri Verdier : Huawei.

Sébastien Guénard : C’est un petit quiz, « ambassadeur quiz ». Face à l’espionnage industriel, la cybercriminalité, sommes-nous bien armés en France, en Europe ?

Henri Verdier : En général, tous ceux qui disent qu’ils sont bien armés se prennent dans les 48 heures une attaque de hackers qui veulent leur prouver que non.

Sébastien Guénard : Et en ce moment les attaques ne manquent pas.

Henri Verdier : Je pense quand même que la France est un des grands pays en défense, un des six ou sept qui savent encore se défendre. On a inventé le concept d’opérateur d’importance vitale, donc on a probablement assez bien protégé, à peu près, le noyau de notre économie. C’est un combat quotidien, c’est un jeu de gendarmes et de voleurs quotidien. On ne va pas faire les malins. Tous les jours on détecte une intrusion, un machin, une tentative. Je suis un peu plus préoccupé de la faible mobilisation de la société civile, des PME. On voit bien, en ces temps de covid, le nombre de gens qui se retrouvent sur Zoom et quand on leur dit « tu sais, c’est complètement pourri », ils disent « ah bon ! Eh bien tant pis ! » C’est impressionnant l’indifférence à ça.

Sébastien Guénard : Ce n’est pas pour balancer, mais le ministre de l’Éducation était sur Zoom, ça se voyait à la télé, c’était écrit Zoom.

Henri Verdier : D’accord ! En tout cas il n’a pas fait comme Boris Johnson qui, en plus, a twitté en mettant l’URL de la salle de réunion.

Sébastien Guénard : C’est quand même drôle !

Henri Verdier : Mais là c’était une stratégie. Bref !
Il y a un vrai travail à faire envers le monde des PME et des particuliers et puis attention, et c’est là que la France a une diplomatie différente, nous considérons parfois que le sujet Huawei est aussi otage d’une guerre technologique Chine/États-Unis et il est aussi analysé en stratégie de deux super powers qui veulent devenir chacun le seul super power. Nous essayons de dire précisément que la France a une vision de citoyenneté vue comme de l’autonomie stratégique, elle veut avoir le choix, elle veut pouvoir auditer les solutions qu’elle utilise, elle veut que ses propres autorités puissent dire qu’elle est en sécurité. En réalité la vraie position de la France sur la 5G c’est « nous voulons plusieurs fournisseurs ».

Sébastien Guénard : La 5G c’est, à mon avis, le vrai sujet en attente du côté des questions. C’est un vrai sujet.

Henri Verdier : On ne confiera jamais de l’infrastructure clef d’un pays à un seul acteur, bien sûr, peut-être, encore moins s’il est Chinois, mais ce n’est pas comme ça qu’on va raisonner. Puisque j’ai dit que l’autonomie stratégique c’était de pouvoir changer de crémerie, il faut qu’il y ait aussi d’autres offres. Un monopole, quel qu’il soit, même si c’était un monopole américain, on n’aimerait pas.

Sébastien Guénard : Pour finir, avant les questions, quels conseils pourrais-tu communiquer aux managers pour aborder le numérique ? Quelles sont les clefs essentielles ? On a parlé de sécurité. Qu’est-ce que tu voudrais, en quelques mots, que chacun retienne ?

Henri Verdier : Ça dépend aussi si vous êtes le DSI d’une boîte de 300 000 salariés ou une PME, ce n’est pas pareil.

Sébastien Guénard : Il y a pas de DSI connectés, CDO [Chief Data Officer], c’est sûr, mais aussi des supply chains.

Henri Verdier : De ce que j’ai appris surtout dans la transformation numérique de l’État mais avant, au fond, dans mes métiers précédents, j’ai été chez Lagardère, j’ai été en PME, le numérique, quand même, un, ça s’« expérience ». Il faut avoir de l’expérience, donc il faut faire monter dans les organigrammes des gens qui connaissent le numérique. Il y a une phrase que je cite souvent, qui était dans un bouquin de Thesmar et Landier : « On n’imaginerait pas un état-major militaire sans personne qui soit allé sur le théâtre d’opérations. » Pourquoi dans les états-majors des entreprises, alors que le théâtre d’opérations aujourd’hui c’est le numérique, vous mettez des gens qui ont ce rapport distant, en plus un peu dégoûté quand c’est de la tech. Il faut mettre des gens de la tech dans les commex [comités exécutifs], dans les codirs [comites de direction], dans les directions métier, etc. Toutes les fonctions qui ont tenté de mettre un petit pôle d’innovation dans un coin de l’organisation ont foiré, parce que quand arrive la crise on oublie qu’on avait un pôle d’innovation.
Deuxième constat, c’est plus pour nos organisations une transformation organisationnelle et managériale qu’une transformation tech. C’est pour ça que je vous ai parlé d’entreprise libérée, de méthode agile, d’open data. Si vous ne pensez pas une stratégie numérique…

Sébastien Guénard : Tu préconises la gouvernance numérique multi-métiers.

Henri Verdier : C’est sûr que je vais préconiser ça. Je me suis tapé l’arrêt de grands projets dingues de 300 millions d’euros ou la reprise de legalicy sur des vieux systèmes. Le plus important, pour moi, c’était les méthodes agiles, un management inspiré quand même d’entreprises libérées, le fait qu’il fallait recruter des espèces de types en tee-shirts qui venaient en rollers au bureau, même s’ils travaillaient pour le Premier ministre et qu’il fallait diversifier comme ça nos parcours et nos talents, ça me semble être ce que j’ai fait de plus important comme DSI groupe de l’État bien plus que les choix de… Et pourtant on a aussi fait de belles choses technologiquement. On a une messagerie sécurisée maison qui a coûté 200 000 euros et qui marche vachement bien, qui est cryptée de bout en bout, hébergée sur nos propres serveurs, qui s’appelle Tchap11. On a fait de jolies choses qui nous mis de l’efficacité et de la souveraineté, mais le vrai combat c’était de faire rentrer un peu l’esprit du numérique dans une vielle organisation, ça c’était dur et ça c’était important.

Sébastien Guénard : D’accord. On va passer aux questions. Julien si tu veux bien nous rejoindre. Julien Merali.

Julien Merali : Bonjour Monsieur Verdier. Bonjour Monsieur Guénard.

Henri Verdier : Bonjour.

Sébastien Guénard : Je reviendrai pour la conclusion, ça évite de voir trop de têtes.

Julien Merali : Il y avait effectivement une première question c’était comment vous situez-vous par rapport au coordinateur national de la stratégie de l’intelligence artificielle. On parle de Renaud Vedel.

Henri Verdier : Bien sûr. D’abord très simplement. Le prédécesseur de Renaud c’était Bertrand Pailhès qui était à la DINSIC [Direction interministérielle des systèmes d'information et de communication de l'État] et c’est moi qui l’avais recruté dans la DINSIC.
En fait c’est assez simple, la stratégie nationale de l’intelligence artificielle qui résulte du rapport Villani12, elle a je crois, de mémoire, 47 mesures, il y a des mesures pour financer la recherche ; ça c’est Renaud qui est un ami par ailleurs, parce qu’il s’occupait de sécurité au cabinet d’un Premier ministre précédent.
Nous on a quelques sujets IA, notamment faire émerger un cadre de gouvernance internationale de l’intelligence artificielle avec un projet très porté par le président de la République qui a s’appelle le Partenariat mondial sur l’intelligence artificielle, donc on travaille avec Renaud. Et puis j’ai des sujets non IA et il a des sujets non diplomatiques, en fait on a une belle intersection et chacun a son métier.
Maintenant je ne m’occupe que de diplomatie, c’est-à-dire quand ça concerne les relations à l’extérieur de la France, quand ça concerne nos relations avec d’autres pays ou éventuellement avec de grandes plateformes, mais je ne m’occupe pas de réforme de l’État. Là on en a beaucoup parlé parce que les questions ont porté là-dessus, mais ce n’est plus mon métier.

Julien Merali : Justement, par rapport à l’État, est-ce que l’État doit s’inspirer encore plus du secteur privé ? C’est une question qui est très pertinente puisque le réseau Agora Managers a cette particularité de rassembler les décideurs issus des grandes entreprises publiques et privées, je le rappelle.

Henri Verdier : Je l’ai déjà dit, y compris dans votre réseau qui était venu me voir il y a deux ans dans mes fonctions précédentes. Oui, mais attention ! Honnêtement, l’innovation ne dépend pas, ne se sépare autour d’une frontière qui serait public-privé. J’ai vu plein de boîtes privées, très conformistes, très plan-plan, ne comprenant rien au numérique et j’ai vu plein de parties de l’État super innovantes, super réactives. La ligne sépare plus les innovateurs et les conservateurs que le public et le privé, si on doit « clustériser » le monde. Après, ce que je crois profondément, qui était la thèse de L’âge de la multitude c’est qu’il y a quand même dans la puissance des grandes entreprises du numérique des purs players, des GAFAM pour les nommer, des règles stratégiques, je ne sais pas, le two-pizza team, le strategy delivery, la méthode agile, une attention sans relâche à l’usager, la conviction que Code is Law, donc les infrastructures c’est super stratégique. Il y a un certain nombre de choses qui sont même quasiment des réflexes, en fait, et dont il faut absolument que l’État s’empare, parce que sinon on fait comme ça peut nous être arrivé dans notre histoire, on prépare la guerre précédente.

Julien Merali : Justement je vois une question qui arrive : est-ce que la méthode agile est applicable dans le secteur public ?

Henri Verdier : Je crois, oui, même magnifiquement en vérité, parce que l’État a encore beaucoup de métiers de service avec un front-office très important qui est au contact des usagers. Quand on fait des projets vraiment autour des retours d’usage réels on peut trouver des agents publics qui ont une grande sensibilité, qui disent « attendez, l’usager n’était pas content, il n’a pas compris, regardez, si on faisait autrement ». Nous, pour information, pour ceux qui ne savent pas, à la DINSIC on avait lancé un incubateur de startups d’État. En fait c’était une équipe de coaches et de quelques devs qui étaient capables, qui disaient « quel que soit votre projet on peut faire le minimum by able project en six mois avec deux développeurs ». Après, si ça marche, on pourra réinvestir, continuer, etc. On a fait plus de 90 projets. Une soixantaine d’entre eux sont devenus des projets très sérieux. Ça c’est pour répondre vite à des besoins. Là il y en a une dizaine en cours à cause de StopCovid, tout d’un coup il y a un besoin, vite, vite.
Surtout j’espérais, et là on n’a pas fini le travail, que ça finirait par contaminer les organisations dans leur pilotage approximatif des très grands projets, des projets à 300 millions d’euros : la paye des profs, des trucs comme ça. Je terminerai avec ça. Évidemment il y a aussi le risque d’antagoniser, d’avoir la vieille IT qui est un peu énervée par les petits trublions qui ne cessent de se vanter de leur succès, donc je voulais que la vieille IT se préoccupe aussi des raisons pour lesquelles ces méthodes marchent. Donc on avait organisé un séminaire avec les DSI des ministères et leurs secrétaires généraux et on s’était isolés pour se parler entre nous. Je leur avais suggéré qu’ensemble et sans témoins on essaie de partager entre nous pourquoi on avait raté ces grands projets qui foirent et qu’on essaie de redécouvrir, ensemble, les règles qu’il faudrait s’imposer pour ne plus les rater. Pourquoi on rate les grands projets, c’est sûrement pareil dans certaines de vos entreprises, parce que tout d’un coup un ministre — chez vous c’est un commex — dit « j’ai une idée géniale on va faire ça ». Ensuite, il y a quelques énarques, quelques haut-fonctionnaires qui font des specs alors qu’ils ne sont pas informaticiens. Ensuite chez nous, en plus, on rajoute une couche où un acheteur public traduit ça en cahier des charges. On doit dépouiller une réponse qui, dans certains cas, fait 600 pages. On est obligé nous l’État, c’est un autre point de faiblesse, d’acheter le mieux prétendant et pas forcément le plus talentueux ; parfois c’est aussi celui qui a le mieux menti qu’on va acheter sinon on se retrouve au tribunal administratif. Après on développe pendant dix ans, souvent d’ailleurs avec trois coups de volant politiques où le projet change pendant les dix ans en question. Chez nous on a un autre handicap : souvent on change les chefs de projet tous les deux ans, en moyenne l’énarque change de job tous les deux ans. Donc au sixième chef de projet, après avoir dépensé 150 millions d’euros, on ne sait plus pourquoi on faisait comme ça au début. Après on fait une bascule en Big-Bang et paf ! On découvre que ça ne marche pas.
Donc je les ai fait réfléchir à tout ça et à la fin, sans le savoir et avec un vocabulaire de haut-fonctionnaire, ils avaient redécouvert quelque chose qui avait une petite gueule de catéchisme agile en fait. Ils disaient qu’il faudrait que les projets puissent commencer petits, atteindre un premier résultat et continuer à partir de ce premier résultat. Il faudrait qu’il y ait un capitaine unique et clairement mandaté. Il faudrait que… Enfin !
En fait, oui je pense que c’est un ferment et je pense aussi que c’est un ferment de réforme de l’État, c’est-à-dire que ça interroge aussi les fondamentaux de la logique bureaucratique. Je peux vous recommander de lire l’excellent David Graeber, cet imprécateur anarchiste qui a écrit un livre merveilleux sur la bureaucratie [The Utopia of Rules : On Technology, Stupidity, and the Secret Joys of Bureaucracy ]. Pour moi c’est lié : la révolution numérique et la contestation de l’ordre bureaucratique ça va ensemble.

Julien Merali : Il y a une autre question qui vient du comité de pilotage de l’Agora, des DSI, on les salue au passage, on parle de Robert Eusebe, Ludovic Tassy, Jacky Galicher maintenant à l’Académie de Normandie, qui posent la question : que dire du président sur l’ambition numérique ?

Henri Verdier : Je sers avec fierté ce président en tant qu’ambassadeur, donc je vais en dire du bien. Sérieusement je pense quand même, pour ceux d’entre nous qui ont vécu plusieurs quinquennats, que là, sincèrement, l’idée qu’il n’y aura pas de modernisation sans passer vraiment par la modernité numérique est acquise et c’est venu avec cette alternance-là. Avant il y avait le chapitre des innovations et il avait un chapitre numérique dans un coin. Aujourd’hui, sincèrement, tous les ministres savent que s’ils ne se modernisent pas dans une modernisation numérique, ils seront à côté de la plaque. D’ailleurs je salue notamment Jacky. Quand je suis rentré dans l’État, ce n’est pas vieux, c’est en 2013, je pense qu’on était une douzaine ou une quinzaine à bien comprendre les enjeux de la transformation numérique de l’État. Aujourd’hui le jeu est devenu complètement différent, il y a des projets et des équipes un peu partout et le plus dur est devenu de synchroniser un peu tout ça et d’être sûr qu’on tire tous dans le même sens, parce qu’il y en a beaucoup maintenant, il y en a partout, mais il vaut mieux ça que le contraire.

Julien Merali : Une autre question, peut-être la dernière : la France peut-elle devenir une e-nation à l’image de l’Estonie par exemple ? Est-ce qu’on en a les moyens ?

Henri Verdier : J’espère surtout qu’on va faire beaucoup mieux que l’Estonie. L’Estonie c’est un pays assez fascinant que j’ai visité au moins une fois par an, qui a fait des prouesses, c’est sûr. C’est aussi un pays qui a accédé à l’indépendance il y a une trentaine d’années et qui a construit son SI en même temps qu’il construisait son État, pour une population de 800 000 habitants qui, en plus, a une vraie homogénéité culturelle et sociale. Donc on ne peut pas devenir d’Estonie. D’ailleurs, il y a quand même dans leur modèle des choses qui feraient un petit peu frémir en France, il y a quand même une centralisation des données que nous trouvons un peu excessive, une interconnexion des services publics que nous trouvons un peu inquiétante. Quand vous voulez tirer de l’argent à la banque vous n’avez pas envie qu’on en profite pour vous dire « tiens, au fait, tu as oublié de payer tes impôts locaux, donc j’en profite pour les prélever », ce que ne fait pas l’Estonie mais ce que fait le Portugal.
Je pense qu’on peut devenir un grand pays qui construit sa démocratie avec une vraie bonne maîtrise du numérique, mais ça ne veut pas dire copier l’Estonie. Oui, bien sûr, il faut faire des services simples, conviviaux, efficaces, qui marchent, il faut le faire dans le respect des libertés démocratiques. Il faut le faire aussi, et ça c’est français, dans l’idée qu’on n’est pas des consommateurs de l’État, on est des citoyens, à la limite on est des actionnaires de l’État. On a des droits, on veut se mêler du débat, on veut contester les décisions, on veut juger le politique, on est copropriétaires de la démocratie.

En fait, il faudrait croiser le magnifique back-office de l’Estonie, la très belle pensée de la qualité des services publics qu’avait le Governement Digital Service du temps de Mike Bracken à l’ère Cameron, le souffle de OpenGov qu’il y a avait dans l’administration Obama et le génie français avec son sens du design, de ce que c’est qu’une ville où il fait bon vivre, de l’importance de conserver le droit à la controverse et les coups de gueule. Oui, on peut devenir un pays très à l’aise avec son numérique où il fait bon vivre.
Je ne vous ai parlé que de réforme de l’État, mais je pourrais faire le même raisonnement pour l’industrie, mais pas en copiant l’Estonie, ni la Silicon Valley, ni les Anglais, en cherchant un chemin français, ou en les copiant tous, comme vous voulez !

Julien Merali : Beau programme !
Une question très intéressante : est-ce que l’ambassadeur du numérique est apolitique ?

Henri Verdier : D’abord je suis ambassadeur pour le numérique. Je ne représente pas le numérique, je représente la France dans des enceintes. C’est compliqué. Il y a un devoir de neutralité des fonctionnaires, on n’a pas le droit d’être partisan. Il y a un devoir encore plus fort : un ambassadeur représente la France à l’étranger. Ceux d’entre vous qui me connaissent depuis longtemps ont peut-être remarqué que je ne blogue plus depuis que je suis ambassadeur parce que ma parole c’est maintenant la parole de la France. Si je dis « je n’aime pas cette solution », ça peut nous mettre en froid avec un pays pendant six mois.
Après, le devoir de neutralité, ce n’est pas un devoir de cécité. J’ai des convictions, j’essaie de les défendre dans des arbitrages et, parce que je ne peux pas m’en empêcher, des fois j’essaie de les laisser transparaître à travers quelques tweets ou quelques formules comme j’ai pu en employer d’ailleurs dans l’heure qui s’est écoulée. En tout cas un fonctionnaire et un ambassadeur c’est au service de l’État, ce n’est pas au service d’un parti politique.

Julien Merali : Merci pour ces réponses. Il est 55, je vais peut-être laisser Sébastien revenir pour le mot de la fin.

Sébastien Guénard : Le mot de la fin, je préfère que ce soit Henri qui nous fasse une conclusion.
Je tenais simplement à informer tout le monde que la semaine prochaine, et Henri doit bien le connaître, on aura le plaisir de recevoir Alain Bauer sur la gestion de crise, donc le post-covid et comment on va aménager tout cela.
C’était très intéressant. Un grand merci. Tu disais que ça faisait deux ans que tu n’étais pas venu et, en fait, le lendemain de ta nomination tu étais déjà avec nous. Tu es venu nous voir deux fois en qualité de directeur du numérique et une fois en qualité d’ambassadeur.

Henri Verdier : C’était il y a 18 mois

Sébastien Guénard : Oui, tu as raison. On t’a connu à ta prise de fonction ambassadeur. En tous les cas un grand merci pour ces brillantes idées, cette franchise qui te caractérise et on se dit à très vite, en tous les cas tu es le bienvenu, tu es un invité permanent en tant qu’IT dans la grande famille Agora Managers.
Merci à tous. Merci Julien pour les questions que tu as retransmises et à très bientôt. Bye Bye. Au revoir.

Henri Verdier : Au revoir.

Julien Merali : Au revoir et merci à tous.

23 October 2020

april.png Nouvelles April

« Libre à vous ! » sur radio Cause Commune (27 octobre 2020)

Le 23 October 2020 à 14:46:19

27 Octobre 2020 - 15:30
27 Octobre 2020 - 17:00

Photo d'illustration de l'émission

80e émission Libre à vous ! de l'April en direct sur radio Cause Commune 93.1 FM et DAB+ en Île-de-France, et sur le site web de la radio, mardi 27 octobre 2020 de 15 h 30 à 17 h. Le podcast de l'émission et les podcasts par sujets traités sont disponibles dès que possible, quelques jours après l'émission en général.

Au programme :

  • Notre sujet principal sera consacré à l'accompagnement des associations à l'utilisation des logiciels libres, avec Jean-Marc Briand de l'Ubapar - Union bretonne pour l'animation des pays ruraux, structure très engagée dans la promotion des logiciels libres auprès de ses membres, Anne-Cécile Voisin de l'ADEC 56 (association membre Ubapar) et Denis Dordoigne d'Infini, hébergeur associatif membre du collectif CHATONS
  • la chronique « In code we trust » de Noémie Bergez, avocate au cabinet Dune, qui portera sur la nouvelle recommandation de la CNIL sur les cookies
  • la chronique « La pituite de Luk », intitulée « Dépendance et informatique, une opportunité à saisir. »
  • quoi de Libre ? Actualités et annonces concernant l'April et le monde du Libre

Nous contacter pour poser une question :

Intervenir pendant le direct (mardi 27 octobre 2020 de 15h30 à 17h00) :

Écouter le direct mardi 27 octobre 2020 de 15 h 30 à 17 h 00   S'abonner au podcast S'abonner à la lettre d'actus

Les ambitions de l'émission Libre à vous !

La radio Cause commune a commencé à émettre fin 2017 sur la bande FM en région parisienne (93.1) et sur Internet. Sur le site de la radio on lit : « Radio associative et citoyenne, les missions de Cause Commune sont de fédérer toutes les initiatives autour du partage et de l’échange de savoirs, de cultures et de techniques ».

Nous avons alors proposé de tenir une émission April intitulée Libre à vous ! l'émission pour comprendre et agir avec l'April — d'explications et d'échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que l'association traite et les actions qu'elle mène. Une partie de l'émission est également consacrée aux actualités et actions de type sensibilisation. L'émission Libre à vous ! est principalement animée par l'équipe salariée de l'April mais aussi par des membres bénévoles de l'association et des personnes invitées. Donner à chacun et chacune, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux mais aussi proposer des moyens d'action, tel est l'objectif de cette émission hebdomadaire, qui est diffusée en direct chaque mardi du mois de 15 h 30 à 17 h.

Les archives de l'émission

Écouter les émissions précédentes

Journée mondiale du logiciel libre - Interview de Pierre-Yves Gosset (Framasoft) par Alexandre Schon (France insoumise)

Le 23 October 2020 à 12:34:43


Logo Framasoft

Titre : Journée mondiale du logiciel libre - Interview de Pierre-Yves Gosset (Framasoft) par Alexandre Schon (France insoumise)
Intervenants : Pierre-Yves Gosset - Alexandre Schon
Lieu : Nouvelles auditions programmatiques de la France insoumise - Paris
Date : septembre 2020
Durée : 17 min 45
Visualiser la vidéo
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : Logo de Framasoft par JosephK inspiré de la mascotte historique de LL. de Mars - Licence Creative Commons By-SA 2.0. Logo France insoumise Wikimedia Commons - Domaine public.
NB : transcription réalisée par nos soins, fidèle aux propos des intervenant·e·s mais rendant le discours fluide.
Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas nécessairement celles de l'April, qui ne sera en aucun cas tenue responsable de leurs propos.

Transcription

Logo France insoumise

Alexandre Schon : On est dans le 12e arrondissement de Paris sur la place Henri-Frenay, juste à côté de la Gare de Lyon. À l'occasion des nouvelles auditions programmatiques de la France insoumise et de la Journée mondiale du logiciel libre nous allons écouter Pierre-Yves Gosset, codirecteur de Framasoft1, juste à côté devant l'@nnexe l'un des principaux espaces publics numériques de la Ville de Paris tenu par l'association Relais 59, un des nombreux tiers-lieux qui permet une éducation populaire au numérique afin aussi de lutter contre la précarité numérique. Un lieu qui a pour nous tout un symbole. Allez, on y va, c'est parti !
Pierre-Yves Gosset bonjour.

Pierre-Yves Gosset : Bonjour.

Alexandre Schon : Vous êtes codirecteur de Framasoft, une association qui fait référence en France en matière de sensibilisation et d'éducation populaire aux enjeux du numérique. Vous parlez notamment beaucoup de logiciel libre. Vous êtes à peu près 25 bénévoles, une dizaine de personnes salariées réparti·e·s un peu partout en France.

Pierre-Yves Gosset : Tout à fait !

Alexandre Schon : Et vous êtes à l'origine de la démarche Contributopia2 dont vous nous parlerez peut-être tout à l'heure.

Pierre-Yves Gosset : Tout à fait !

Alexandre Schon : Est-ce que vous pouvez nous dresser un petit peu un état des lieux du logiciel libre, des usages libres, aujourd'hui dans notre société contemporaine, que ce soit à l'échelle mondiale, à l'échelle de l'Union européenne, à l'échelle de la nation, ou même à échelle des régions, des départements, puisque les élections départementales et régionales arrivent. Finalement, où est-ce qu'on en est dans le secteur de la puissance publique par rapport à la problématique du logiciel libre et des usages libres ?

Pierre-Yves Gosset : Il faut peut-être déjà rappeler ce que sont les enjeux du logiciel libre.
Le premier enjeu est sans doute politique : aujourd'hui on est dans des sociétés qui sont extrêmement numérisées. Quand on a un téléphone qui est évidemment numérique, dans ce téléphone on a sa musique qui est numérique, on a la télé qui est numérique, on a le plus souvent maintenant les livres qui sont numériques aussi. Et, du coup, la question qui se pose derrière c'est est-ce qu'on peut avoir une société libre sans logiciel libre ? Maintenant qu'on est dans cette société dans laquelle on baigne complètement dans le numérique, dans laquelle les enjeux du numérique sont très prégnants, cela nous force à nous poser la question de : qui contrôle ces logiciels ? Pour en faire quoi ? Qu'est ce qui est fait de nos données ? Etc. Donc la première question est d'abord politique.
Il y a une deuxième question qui se pose en termes d'enjeux, c'est celle de l'éducation populaire au numérique et notamment au numérique libre et ça c'est arrivé un petit peu plus récemment. Jusqu'à il y a une vingtaine d'années, il était très simple de bidouiller, de hacker un ordinateur voire un téléphone, c'était possible. Aujourd'hui, la problématique, c'est que les grandes entreprises, notamment ce qu'on appelle les GAFAM – Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft – nous mettent à distance du numérique : en tant que citoyen on a de plus en plus de mal à s'approprier cet outil qu'est le numérique et ça pose une vraie difficulté puisqu’on ne peut plus réparer son téléphone, on ne peut plus savoir exactement ce que fait le logiciel et, je ne sais pas, quand on parle par exemple du cloud, on imagine un espace un peu magique, un peu au-dessus de nous, et on est mis à distance de ce numérique. Donc il y a derrière une vraie problématique d'éducation et de sensibilisation : comment est-ce qu’on peut faire et ré-atterrir le numérique ? Comment est ce qu'on peut faire reprendre conscience aux gens que Internet, par exemple, c'est essentiellement de la plomberie et que, derrière, il y a forcément cette question de : par où passent ces tuyaux ? À qui est-ce qu'ils appartiennent ? Qu'est-ce que moi, en tant que citoyen·ne, je peux mettre ou ne pas mettre dans ces tuyaux ? Aujourd'hui ces décisions sont prises par quelques entreprises et un des objectifs, à mon avis, qu'on doit avoir, que ce soit pour Framasoft en tant qu'association d'éducation populaire aux enjeux du numérique mais, plus globalement, en tant que société civile c'est : comment est-ce qu'on redonne du pouvoir au citoyen de façon à ce qu'il puisse se réapproprier ce numérique, comprendre ce qui se passe quand il envoie un mail, que ce n'est pas magique et que, finalement, on parle beaucoup d'applications, mais derrière ces applications ce sont des logiciels qui fonctionnent sur des matériels, qui fonctionnent sur des réseaux, etc.
Donc il faut reprendre conscience de ça pour qu'on puisse se réapproprier le numérique.

Alexandre Schon : Ça passe par quoi ? Ça passe par réparer certains composants électroniques ? Ça passe par une relocalisation de la donnée ? Ça passe par quoi finalement ?

Pierre-Yves Gosset : Se réapproprier le numérique c'est effectivement se réapproprier les objets, ce qu'on appelle les terminaux, parce que c'est aussi par ça que ça passe. Être capable de changer un disque dur dans un ordinateur ça paraît excessivement compliqué à beaucoup de gens, mais exactement comme, je sais pas, changer la jante d'une roue de vélo ça parait excessivement compliqué à beaucoup de gens et, ce qui nous nous paraît important, c'est que les gens aient la capacité de le faire. Qu'ils le fassent ou qui préfèrent passer par un artisan du numérique pour changer le disque dur, ça nous va. La question n'est pas la possibilité de faire autrement. Par contre, être en capacité de savoir qu'on peut le faire change absolument tout.

Donc il y a la réparabilité, il y a la compréhension autour de l'obsolescence programmée de ces matériels, donc il faut expliquer comment fonctionnent les logiciels, qui les programme, qui fait des téléphones portables, comment est-ce qu'ils fonctionnent, comment est-ce qu'ils sont produits. Tout ça, encore une fois, passe par une compréhension, un petit peu, de tous ces enjeux globaux.
Après il y a la question des données et du logiciel. On a vu le matériel, il y a le logiciel et il y a les données.
Les logiciels, aujourd'hui, sont la plupart du temps des boîtes noires. Quand vous téléchargez, je sais pas, l'application Airbnb ou BlaBlaCar ou une application Amazon, vous ne savez pas ce qu'elle fait sur votre téléphone, vous savez pas nécessairement ce qu'elle capte, etc. Le fait d'utiliser des logiciels libres donne le pouvoir à des gens qui en ont les compétences, essentiellement des informaticiennes et des informaticiens, de pouvoir regarder finalement quel est le code source, c'est-à-dire la recette de cuisine du logiciel, de voir comment fonctionne cette application et de se dire « eh bien non, là, l'application Airbnb collecte trop de données ou elle va installer un tracker qui me suis en permanence et qui va me proposer de la publicité ciblée. »

Alexandre Schon : On évolue dans un capitalisme de surveillance ?

Pierre-Yves Gosset : On évolue carrément dans un capitalisme de surveillance !
Le capitalisme de surveillance, pour l'expliquer vraiment en une phrase, c'est finalement la capacité de collecter un maximum de données, d'être en capacité de les analyser pour prédire nos comportements et notamment nos comportements de consommation. Donc c'est comment est-ce qu'on va monétiser ces prédictions de comportement. Et c'est une vraie différence avec le capitalisme « classique », j'allais dire « à la papa » qui, pour moi, est déjà un système mortifère. Si on y ajoute une dimension de surveillance, le capitalisme de surveillance n'est pas juste le chiffre d'affaires des entreprises qui vendent des caméras, ce n'est pas juste Amazon qui vous traque ou Facebook qui vous traque. C'est la capacité que ces entreprises ont de prédire votre comportement, voire de tenter de l'influencer. Et ça change tout parce qu’il ne s'agit pas juste de lire une publicité pour des yaourts et de se dire « je vais acheter ces yaourts ». C'est que votre frigo connecté va être capable de détecter que la semaine dernière vous avez acheté des yaourts de telle marque et il va vendre aux enchères, à la marque, la capacité de dire « on va non seulement proposer au client d'acheter votre marque et ça vous coûtera 0,003 centime de publicité », mais ça peut aller beaucoup plus loin, ça peut être de proposer un contrat au client qui lui dit : « Votre frigo ne sera jamais vide » et, chaque fois que vous avez consommé trois yaourts sur quatre, la commande est passée automatiquement ; Amazon vous livre, limite par drones – ils n'en sont pas encore là mais c'est pas très loin – et votre frigo est en permanence alimenté par des produits d'entreprises que vous ne connaissez pas et qui orientent vos comportements. Et ça, ça change complètement d'un capitaliste qui est basé essentiellement sur l'accroissement du capital des entreprises. Là on est vraiment dans quelque chose qui est beaucoup plus dangereux à notre avis : c'est comment est-ce qu’on peut orienter les comportements des consommateurs donc des citoyen·ne·s ?

Alexandre Schon : Et face à ça l'alternative numérique existe. C'est l'April, c'est Framasoft, c'est l'EDRi3 [European Digital Rights] au niveau de l'Union européenne, ce sont des collectifs comme CHATONS4. Finalement, où est ce qu'on en est de la question du Libre au niveau de l’État, au niveau des départements/des régions, au niveau de l'Union européenne bref, où est-ce qu'on en est de la question du Libre aujourd'hui au sein des pouvoirs publics ?

Pierre-Yves Gosset : C'est assez simple, il y a du logiciel libre partout. Il y en a dans votre téléphone, il y en a dans votre télévision, il y en a dans le système qui régule les feux de circulation. Évidemment il y en a dans Internet partout, il y en a dans les sites web, il y en a dans les systèmes de paiements bref, le logiciel libre est absolument partout. Pourtant, il bénéficie de quasiment aucun soutien. Non seulement pas de soutien étatique, assez peu de soutien d'entreprises, on va dire que c'est une infrastructure qui demeure relativement invisible et qui est relativement abandonnée. C’est-à-dire qu'elle repose avant tout sur des efforts essentiellement de la société civile, ça peut être un groupe de personnes qui se met ensemble pour développer un logiciel parce qu'il y a un besoin d'un logiciel spécifique un moment donné ; ça peut être une entreprise, pourquoi pas, qui se dit « OK, je vais proposer un logiciel libre et, plutôt que de vendre le logiciel, je vais vendre du service. » Tout ça, finalement, ne s'articule plutôt pas si mal.
La problématique c'est que le logiciel libre n'est pas du tout valorisé puisque les indicateurs qui permettent de juger du succès par exemple d'un projet, que ça soit un logiciel ou une entreprise ou autre, ça va être quel est le chiffre d'affaires qu'il dégage ? Le logiciel libre dégage quand même un certain volume de chiffre d'affaires dans le monde parce qu'il y a des entreprises qui gagnent de l'argent avec. Malgré tout, vu qu'on n'est pas sur des modèles de vente de logiciels mais plutôt soit de prestations de service, soit d'entraide, ce logiciel libre et, on va dire, le pan économique du logiciel libre est finalement assez peu visible au niveau macro. On peut savoir à peu près quel est le le chiffre d'affaires des entreprises du logiciel libre en France, en Europe ou dans le monde, mais, finalement, ces chiffres ne reflètent pas du tout l'apport qu'est le logiciel libre. Le logiciel libre est un bien commun et, comme pour tous les biens communs, il faut en prendre soin. La problématique c'est que ce commun-là ne peut pas réellement être chiffré, tout comme l'eau. Voilà une bouteille d'eau, on peut chiffrer le prix d'une bouteille d'eau en allant dans un magasin, mais si c'est la dernière bouteille qui reste sur la planète autant vous dire que, forcément, elle n'a pas le même prix !
Si on ne voit les choses que sous l'angle de l'offre et de la demande, le logiciel libre paraît ne pas valoir grand-chose, mais si on s'intéresse au logiciel libre comme un bien commun qui sert finalement l'intégralité des citoyens et l'intérêt général, à ce moment-là c'est très difficile de pouvoir chiffrer ça.
En France, énormément d'entreprises, quasiment toutes les entreprises utilisent du logiciel libre, l’État utilise du logiciel libre, mais, finalement, ce logiciel libre n'est pas vraiment reconnu à sa juste valeur et c'est une vraie difficulté de faire comprendre que les États devraient prendre soin de cette infrastructure numérique qui, en plus, fait tourner l'économie.

Alexandre Schon : Ça fait 20 ans que les pouvoirs publics ont délaissé la question du logiciel libre, que ce soit l'Union européenne, que ce soit l’État, que ce soit les départements, les régions, les collectivités territoriales. Bref, si on pouvait prendre une machine à voyager dans le temps et revenir 20 ans en arrière, quelles seraient, finalement, les décisions que la puissance publique pourrait prendre pour réellement accompagner l'essor du logiciel libre ?

Pierre-Yves Gosset : Il faudrait, à mon avis, essentiellement deux choses :
la première chose c'est un engagement clair en faveur du logiciel libre. Ça ne veut pas dire une exclusivité au logiciel libre, je ne suis pas forcément opposé au système marchand. À titre personnel je suis opposé au système capitaliste, mais le système marchand, pour moi, a la possibilité évidemment d'exister. Mais l'engagement en faveur du logiciel libre doit être affiché clairement, aurait dû être affiché clairement par ces gouvernements. Il y a eu des petits bouts de lois ou de décrets qui sont passés disant « il faut donner la priorité au logiciel libre », mais dans les faits c'est rarement appliqué. Donc la première chose c'est reconnaître que la question du logiciel libre n'est pas qu'une question de mise en tension des prix. Ce n'est pas qu'une question de concurrence en disant « vous avez le système propriétaire ou le système libre et puis débrouillez-vous ! ». Encore une fois, il faut prendre soin du système libre, donc la première chose aurait été de reconnaître que le logiciel libre et globalement les communs numériques libres – ça peut être le cas aussi, par exemple, pour des ressources éducatives qui peuvent être aussi sous licence libre – devraient être reconnus comme un apport, finalement, à un pot commun, à l'intérêt général. Si ça, ça avait été compris il y a 20 ans peut-être qu'un certain nombre de lois seraient passées. Ça n’aurait pas nécessairement empêché Microsoft de se développer, mais ça l'aurait empêché de s'accaparer, finalement, de très grandes parts de marché et de verrouiller typiquement l'éducation via des actions de lobbying qui sont aujourd'hui sur la place publique. Donc ça c'est une première chose, ce sont les engagements.
La deuxième chose ce sont les actes. Et concrètement, là aussi, malgré ces différents décrets ou lois qui ont pu passer à droite/à gauche dans certains pays ou dans certaines communes, je pense par exemple à la ville de Munich qui s'est engagée à utiliser LibreOffice, etc., on est quand même passé à côté de ça, c'est-à-dire que les actes n'ont pas suivi les engagements. Donc notre avis vis-à-vis de la puissance publique c'est que depuis 20 ans on a régulièrement des promesses de « avec nous ça va changer ! ». Très bien ! J'ai envie de dire « dont acte ». Aujourd'hui, ce que nous attendons effectivement, c'est que potentiellement il y ait des engagements très clairs en faveur du logiciel libre et que, derrière, ces engagements soient suivis d'actes. Tant qu'il n'y aura pas ça, en tout cas au sein de Framasoft, nous ne discutons pas avec la puissance publique. Ça ne veut pas dire qu'on refuse de leur parler mais ça veut qu'on a arrêté cette démarche de plaidoyer auprès de l'acteur public, parce qu'on est une toute petite association et on n'a pas la capacité à aller taper systématiquement à la porte du député, à la porte du maire, à la porte de l'élu local. C’est pour nous une perte d'énergie extrêmement forte et ce qu'on fait aujourd'hui ce sont des actions directes, concrètes, en direction du public et, finalement, sans aucune aide de la puissance publique.

Alexandre Schon : Merci à vous, Pierre-Yves Gosset.

Pierre-Yves Gosset : Merci.

Signez la pétition pour une commission d'enquête sénatoriale sur le Health Data Hub

Le 23 October 2020 à 09:38:19

L'association Interhop, qui promeut le logiciel libre pour la santé, est partie prenante du collectif SantéNathon qui agit contre le recours au cloud de Microsoft pour la plateforme de recherche sur les données de santé Health Data Hub. Dans cette optique elle a lancé une pétition officielle via le site du Sénat pour obtenir la création d'une commission d'enquête sur l'accord avec la société Microsoft concernant la gestion des données de santé des Français. Pétition que nous vous encourageons à signer.

Ainsi qu'indiqué sur le site dédié du Sénat « la plateforme e-pétitions du Sénat permet de déposer une pétition ou de soutenir une pétition déjà publiée. Ces pétitions permettent, si plusieurs conditions sont réunies, de pouvoir saisir le Sénat d’une demande d’inscription à l’ordre du jour d’un texte législatif ou de création d’une mission de contrôle sénatoriale. Les pétitions ayant recueilli au moins 100 000 signatures dans un délai de 6 mois sont transmises à la Conférence des Présidents. »

Dans ce cadre Interhop a déposé une pétition visant à céer une « mission de contrôle sénatorial », qui a passé le premier contrôle de validité préalable à sa mise en ligne, dont la mission serait d'« examiner les conditions de passation d'un accord confiant la gestion des données de santé française à la société Microsoft [et d'] élaborer des préconisations pour renforcer l'autonomie numérique et pour assurer une gestion plus sûre des données de santé de notre système de santé et de nos concitoyen⋅ne⋅s. »

Signer la pétition

Nous vous encourageons à soutenir cette action, car elle donne de la visibilité à un enjeu important qui, au-delà des problématiques spécifiques du Health Data hub, concerne les relations entre l'État français et Microsoft à l'instar des Open Bar conclu avec le ministère des Armées et celui de l'Éducation nationale. Une commission d'enquête, par les pouvoirs qui sont les siens, serait un outil très efficace de mise en lumière de ces relations de dépendance. Pour signer cette pétition il est nécessaire de s'identifier en utilisant « FranceConnect » (par exemple avec son compte des impôts ou de l'assurance maladie). Cette demande d'identification a pour principal objectif d'éviter un « bourrage d'urne » et a le mérite, du point de vue du Sénat et des instances politiques en général, de renforcer la légitimité des résultats de la pétition.

Si le seuil affiché de 100 000 signatures peut paraître difficilement atteignable, et qu'il n'y a pas de garantie que la Conférence des Présidents donne suite à la demande, toute signature n'en demeure pas moins utile pour faire masse et créer un rapport de force politique favorable. Rapport de force qui pourrait, par exemple, faciliter l'inscription à l'ordre du jour d'une autre demande de création d'une commission d'enquête sur le même sujet déposée par la sénatrice Nathalie Goulet.

Il est à ce titre intéressant de noter que, outre la crise sanitaire, cette demande de commission n'intervient pas dans un contexte politique neutre. En juillet 2020, suite à l'action du militant autrichien Max Schrems, la Cour de Justice de l'Union européenne a invalidé l'accord « Privacy Shield » qui encadrait le transfert et le stockage des données personnelles aux États-Unis des personnes ressortissants d'États membres de l'Union européenne 1. S'appuyant sur cette décision, le collectif SantéNathon a saisi le Conseil d'État d'un référé liberté, dont l'objet est de demander en urgence la cessation d'une situation gravement attentatoire aux libertés. Le Conseil d'État, sans aller jusqu'à invalider l'accord entre Microsoft et le Health Data Hub a enjoint les deux parties à mettre à jour le contrat pour limiter le risque d'accès aux données hébergées par les services de renseignement étasunien, reconnaissant ainsi la réalité de ce risque (Lire l'ordonnance, en PDF). Dans le cadre de cette procédure la CNIL a rendu ses observations rappelant et précisant sa position très sévère sur le choix de Microsoft, et globalement d'entreprises de droit américain, pour l'hébergement des données. Enfin, le 9 octobre 2020, lendemain de l'audience, un arrété ministériel est venu préciser qu' « aucun transfert de données à caractère personnel ne peut être réalisé en dehors de l'Union européenne ». Parallèlement, interrogé par la commission d'enquête sur la gestion de la crise sanitaire, Cédric 0, secrétaire d'État au numérique, a annoncé que le gouvernement cherchait des alternatives, françaises ou européennes, à Microsoft pour le Health Data Hub suite à l'invalidation du « Privacy Shield » (à la minute 15:02:10 de la vidéo).

Autant d'éléments qui inscrivent cette demande dans une dynamique politique favorable et qui valident, s'il en était besoin, la nécessité de faire la lumière sur les conditions de passation de ce contrat et d'envisager des alternatives pour la gestion des données de santé des Français. Une commission d'enquête, de par son indépendance et les forts pouvoirs qui sont les siens, semble un cadre parfaitement adapté.

Pour en savoir plus sur les problématiques de ce dossier, nous vous encourageons à écouter les podcasts ou à lire les transcriptions, des émissions Libre à vous ! #51 du 28 janvier 2020 et #76 du 29 septembre 2020 en grande partie consacrées à ce sujet ainsi que de consulter le site internet du collectif SantéNathon.

  • 1. Écouter à ce sujet la chronique In code we trust de Noémie Bergez dans l'émission Libre à vous ! #75 du 22 septembre 2020. Les podcast au format OGG ou mp3, ainsi que la transcription de la chronique, sont disponibles sur la page consacrée à l'émission.

22 October 2020

tnitot.png Tristan NITOT

Road Trip à moto électrique Zero SR/S : mes réponses à vos questions

Le 22 October 2020 à 13:12:00

Ce billet fait partie d’une série suite à un long road trip de plus de 2500 km sur une moto électrique Zero Motorcycles prêtée par la marque. Voici un récapitulatif des articles :

  1. Road trip : une idée (électrique) à la con
  2. Road trip électrique : l’itinéraire (partie 1 sur 2)
  3. Road trip Electrique : l’itinéraire (partie 2 sur 2)
  4. Savoir éco-conduire pour économiser de l’énergie
  5. Quelles applications pour voyager loin avec une moto électrique ?
  6. Road Trip à moto électrique Zero SR/S : mes réponses à vos questions

Moto Zero SR/S sur fond de mer méditerranée

Lors de conversation en ligne ou dans la vraie vie, sur Twitter ou Mastodon, j’ai eu beaucoup de questions. Les voici compilées pour la postérité.

  1. Quel ressenti à la conduite ?
  2. Et l’absence de boîte ?
  3. Et le poids ?
  4. Les sensations de reprise et de frein moteur ?
  5. Quelle autonomie sur route, en ville, autoroute ?
  6. Des problèmes sur le réseau de bornes de recharges ?
  7. Quels modes de recharge disponibles ?
  8. Comment as-tu vécu la contrainte de la recharge par rapport à une thermique ?
  9. T’es-tu senti en sécurité malgré le silence du moteur ?
  10. Ça fait combien en CO_2_ ? Ça fait quoi de rouler sans produire de CO_2_ ?
  11. Tu as estimé le coût de l’électricité chargée ?

Quel ressenti à la conduite ?

C’est simple, c’est un dragster mais facile à conduire, suivant les modes moteur. La Zero SR/S est super confortable, plus que la Zero SR/F (la version roadster). Position assez droite, suspensions souples. Du coup, elle est efficace sur départementales. Pour rouler de façon plus sportive, il faudrait sûrement régler autrement les suspensions, ce que je n’ai pas fait. On notera que malgré son couple hallucinant, elle ne pousse pas au crime. J’ai pu prendre au moins autant d’angle qu’avec ma V-Strom thermique. Il faut dire que la Zero est équipée de pneus sport-GT (des Pirelli Diablo III) plus tendre que ce que j’utilise d’habitude, donc on se sent très en confiance. Pourtant, j’étais très chargé !

L’adaptation n’a pas été trop compliqué, notamment pour les gaz et l’absence de boîte ?

L’adaptation a été très facile. La poignée « de gaz » est très douce et progressive. Cote boîte, j’ai parfois cherché l’embrayage et le sélecteur mais c’est pas dangereux (pas comme sur une voiture à boîte auto ou tu peux freiner violemment au lieu de débrayer.

Moto Zero très chargée : un gros sac à l'arrière plus deux grosses sacoches

Et le poids ?!

Coté poids, ça fait dans les 230 kg et quelques, je crois. La moto étant basse et le poids placé bas, c’est vraiment pas gênant. J’ai été gêné une fois, dans les gravillons, en pente, à vouloir faire marche arrière. Je l’avais bien cherché quand même !

Moto dans les gorges de l'Ardèche

Les sensations de reprise et de frein moteur ?

Le frein moteur existe et il est variable en fonction du mode moteur choisi, donc ça dépend du réglage. Quant aux reprises moteur, elles sont démoniaques / hallucinantes / féroces / incroyables (non, il n’y a pas de mentions inutiles à rayer). Juste pour donner une idée, le moteur délivre un couple de 19 m.kg à tous les régimes, c’est en gros comme si j’avais un moteur de 2 L de cylindrée… sur une moto de moins de 250 kg !

C’est simple, en reprenant ma moto thermique, j’ai été désagréablement surpris par les vibrations, le bruit et le manque de reprise ! Pourtant, c’est une Suzuki 1000 V-Strom que je trouvais jusqu’à présent trop puissante pour mon usage…

Moto électrique avec des éoliennes en arrière-plan

Quelle autonomie sur route, en ville, autoroute ?

C’est extrêmement variable ! Tout le principe de ce road trip, c’était de réaliser une idée à la con, utiliser la moto à rebours de ce pour quoi elle a été conçue. Donc forcément, mettre un garçon comme moi, qui dépasse le quintal, avec 40 kg de matériel et un physique imposant donc pas très aérodynamique, avec en prime deux grosses sacoches faisant Aérotrain, c’est quand même pas idéal pour gagner des concours d’autonomie. Donc mes mesures sont probablement très pessimistes. Cela dit, quelques chiffres :

  • Sur petite route, environ 150 km d’autonomie, moins en cas de vent contraire (il y a eu beaucoup de vent à cause de la tempête Alex lors de mon voyage).
  • En montagne, en roulant cool, j’ai dépassé les 200 km d’autonomie
  • En ville, le constructeur indique sur son site 259 km d’autonomie. C’est assez plausible : dès qu’on roule en ville on voit l’autonomie calculée augmenter rapidement.
  • Sur autoroute, je l’ignore, j’évite autant que possible ce type de route qui m’ennuie, mais le constructeur indique 139 km en roulant à 113 km/h

Des problèmes sur le réseau de bornes de recharges ? J’ai le souvenir d’un article d’un(e) journaliste parti(e) pour passer un w.e. à Deauville qui n’avait pu arriver que jusqu’à mi-parcours

Une borne peut être déjà occupée, où en panne. C’est surtout en région parisienne que j’ai galéré (pas de prise à domicile). En région, franchement pas mal. Seul souci récurrent : la borne refuse parfois de délivrer les 12kW et se bride à 3, 6 ou 10 kW, ce qui fait qu’on perd un temps fou. Pénible !

J’en parle dans un autre billet,mais avec l’appli Chargemap, c’est facile de trouver une borne, et elles sont plus nombreuses que je ne le pensais — près de 30 000 en France — sauf en région parisienne, où elles sont souvent occupées ou en panne, un enfer.

Quels modes de recharge disponibles ?

La moto mise à disposition avait deux câbles :

  1. un type 2 qui permet la charge rapide jusqu’à 12 kW. Donc 45 mn voire 1 heure suffisent pour recharger la batterie si elle est presque vide. Il y a beaucoup de bornes équipées de prise type 2 dans les villages. Précisons que la moto que j’avais était un modèle premium avec l’option charge rapide, donc avec chargeur 12 kW.
  2. un avec une prise domestique 220 V classique. La puissance utilisée est réglable sur 4 paliers. C’est l’option pour recharger pendant la nuit et c’est plusieurs heures de charge (voir le site du constructeur pour les détails).

Comment as-tu vécu la contrainte de la recharge par rapport à une thermique ?

C’est vrai que c’est un gros changement d’habitude, mais une fois qu’elle est prise, c’est plus facile que ce qu’on pensait au départ. Il faut plus planifier son trajet qu’avec une thermique, mais avec l’appli Chargemap, on les repère facilement. Comme c’est une charge rapide, je déjeunais pendant la charge (45 mn env.) et parfois quelques minutes l’après-midi au cas-où. J’ai publié un article où je parle de Chargemap et des applications utilisées pendant le road trip.

T’es-tu senti en sécurité malgré le silence du moteur ?

Oui, quasiment aucun souci. En ville, à Lyon, j’ai eu un tocard qui a traversé en biais sans regarder. Un vélo aurait eu le même problème, je roulais à 25 km/h. Mais je n’ai pas beaucoup roulé en agglomération donc c’est pas représentatif.

Sinon, que ce soit clair, l’absence de bruit est une chose très très positive ! Pour les autres mais aussi pour le confort du pilote, moins fatigué en fin de journée.

Ça fait combien en CO_2_ ? Ça fait quoi de rouler sans produire de CO_2_ ?

C’est la question qui fait mal à la tête ! En gros, le moteur électrique a un rendement très supérieur à un moteur thermique. En substance, le moteur thermique porte bien son nom, puisque l’essentiel de l’énergie est dépensée… sous forme de chaleur ! A contrario, le moteur électrique consomme l’équivalent de 0,55 L/100 km en ville et 1,08 L/100km sur autoroute (données constructeur). Pour ma part, j’estime que j’étais environ à 0,8 L/100km d’équivalent essence. Sur un trajet de 2520 km, ça fait 20,16 L seulement !

Sachant que l’électricité en France est largement décarbonée à hauteur de 92 % (Source), ça fait 20,16*0,08 = 1,61 L d’équivalent d’essence brulée (ça devient scabreux comme calcul, là !)

Sachant qu’un litre d’essence c’est 2392 g de CO2, j’ai produit 3,857 kg de CO_2_ pendant mon voyage. À comparer avec les 165,2 kg d’un aller/retour Orly-Blagnac (82,6 kg l’aller d’après la DGAC), soit environ 43 fois moins de CO_2_[1].

Pour autant, il ne faut pas s’arrêter à ce calcul simpliste : une voiture électrique (je n’ai pas l’info pour une moto électrique, mais j’imagine que c’est comparable) rejette sensiblement plus de CO_2_ lors de sa fabrication qu’une voiture à moteur thermique (voir par exemple la figure 2 par 8 du rapport Carbone 4 e-mobility and the energy transition[2]). Pour pouvoir bien comparer, il faudrait faire une analyse du Cycle de Vie aussi bien pour le véhicule électrique que pour l’avion en incluant le coût écologique des infrastructures qui leur sont nécessaire (respectivement les routes et les aéroports), et je n’ai ni le temps ni les capacités pour faire cela.

Moto électrique sous une ligne électrique

Tu as estimé le coût de l’électricité chargée ?

J’ai pas toute la data, et c’est très variable de borne à borne.

Un charge à la maison de 0 à 100 % : 2 € car 12 kWh à 0,16 cts le kWh (pour info, mon vélo à assistance électrique et ses 500 W.h c’est 8 cts).

Après, une borne peut être gratuite (souvent sur les parking de supermarché pour attirer le chaland) mais du coup les emplacements sont souvent occupés.

Une borne peut être payante à prix coûtant ou presque, ça dépend de l’opérateur. Ou sensiblement plus chère. Sur autoroute, c’est scandaleux, limite au prix de l’essence.

Ensuite, comme chaque opérateur a son propre système de carte et d’abonnement, c’est l’enfer, donc tu as des gens comme Chargemap ou NewMotion qui sont des “méta-cartes” qui prennent un pourcentage sur le prix mais te permettent de pas trimballer 36 cartes de 36 opérateurs. Mais c’est forcément un peu plus cher.

À titre indicatif, des deux charges dont j’ai pu avoir la facture : une à 2,5 €, l’autre à 3,5 €. Aucun doute, l’électrique est considérablement moins cher, de l’ordre de 7 fois moins cher. Mon calcul :

  • Électrique : 2 € (charge à la maison) pour 150 km, soit 1,3 € les 100 km
  • Essence : 6 L/100 km à 1,50 € le litre, ça fait 9 € pour 100 km

Mais comme le véhicule électrique coûte quand même plus cher qu’un véhicule thermique, Il va falloir faire beaucoup de kilomètres pour que ça devienne avantageux en terme de coût total de possession.

Une moto électrique devant le panneau indiquant le mont gerbier de jonc, altitude 1417 m

Notes

[1] Notons au passage que si j’avais fait un tel trip en Pologne, j’aurais une voiture alimentée essentiellement au charbon (83 % de leur électricité provient des hydrocarbures).

[2] On notera que Challenges.fr donne plutôt un facteur 2 : “le process de production d’un modèle de type Renault Zoé zéro émission entraînera le rejet de 6 tonnes de CO_2_ environ, contre 3 tonnes pour une voiture comparable de type Clio”.

20 October 2020

april.png Nouvelles April

Revue de presse de l'April pour la semaine 42 de l'année 2020

Le 20 October 2020 à 16:19:41

Cette revue de presse sur Internet fait partie du travail de veille mené par l’April dans le cadre de son action de défense et de promotion du logiciel libre. Les positions exposées dans les articles sont celles de leurs auteurs et ne rejoignent pas forcément celles de l’April.

[Marianne] Données de santé hébergées par Microsoft: "Il y a un problème d'intégrité des responsables publics"

✍ Alexandra Saviana, le .

#79 - Health Data Hub (rediff) - Clone Me Twice - « Libre à vous ! » diffusée mardi 20 octobre 2020 sur radio Cause Commune

Le 20 October 2020 à 13:30:00

Au programme de l'émission : Notre sujet principal sera une rediffusion du sujet du Libre à vous! #51 du 28 janvier 2020 sur le Health Data Hub. La chronique d'Éric Fraudain consacrée à l'artiste Clone Me Twice.

Libre à vous !, l'émission pour comprendre et agir avec l'April, chaque mardi de 15 h 30 à 17 h sur la radio Cause Commune (93.1 FM en Île-de-France et sur Internet).

Au programme de la 79e émission :

  • Notre sujet principal sera une rediffusion du Libre à vous! #51 du 28 janvier 2020 sur la plateforme d'exploitation des données de santé « Health Data Hub » avec Stéphanie Combes, directrice de la plateforme, Adrien Parrot et Nicolas Paris de l'association InterHop (les hôpitaux français pour l'interopérabilité)
  • « Le fil rouge de la musique libre » : la chronique musicale d'Éric Fraudain du site Au Bout Du Fil sur l'artiste Clone Me Twice
  • diverses annonces

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Personnes participantes

Les personnes qui ont participé à l'émission :

  • Étienne Gonnu, chargé de mission affaires publiques à l'April
  • Éric Fraudain du site Au Bout Du Fil
  • Stéphanie Combes, directrice du « Health Data Hub »
  • Adrien Parrot et Nicolas Paris de l'association InterHop (les hôpitaux français pour l'interopérabilité)

Galerie photos

Vous pouvez voir quelques photos prises pendant l'émission.

Références pour la chronique d'Éric Fraudain « Le fil rouge de la musique libre »

Références pour la partie consacrée à « Health Data Hub »

Nouveaux éléments depuis l'enregistrement du sujet en janvier 2020 :

Références relatives au sujet enregistré le 28 janvier 2020 :

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Les références pour les pauses musicales :

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svieille.png Simon VIEILLE

Cohabitation de Collabora Online et OnlyOffice sur Nextcloud

Le 20 October 2020 à 09:58:23

J'utilise énormément mon instance Nextcloud et dans certaines situations, j'ai besoin d'éditer soit des fichiers Open Document Format (format natif de LibreOffice) ou soit des fichiers Open XML (format natif de la suite office de Microsoft).

L'an passé, j'utilisais exclusivement OnlyOffice via son connecteur Nextcloud et une instance installée sur un serveur dédié. Puis, lors d'un déboire au sujet de l'édition depuis un terminal mobile, j'ai décidé de migrer vers Collabora Online via son connecteur Nextcloud et une instance installée sur un serveur (presque) dédié.

Le problème est que si Collabora Online sait très bien traiter les fichiers ODF, il galère un peu plus avec les fichiers Open XML. Aussi, force est de constater que OnlyOffice reste très performant pour jouer avec Open XML. J'ai donc décidé de les installer ensemble. Collabora Online est donc l'éditeur ouvert pour les documents ODF tandis que OnlyOffice le sera pour les fichiers Open XML.

Collabora Online et OnlyOffice

Afin de les discerner dans le menu pour créer un nouveau document, j'ai développé un bout de javascript que vous pouvez injecter via JSLoader. Je pense d'ailleurs que cela sera une bonne idée de forker cette application afin d'en reprendre la maintenance.

Cohabitation de Collabora Online et OnlyOffice sur Nextcloud

Alors ce n'est sans doute pas le code le plus élégant mais il fonctionne bien.

try {
    setInterval(function() {
        var elements = {
            'docx': 'onlyofficeDocx',
            'xlsx': 'onlyofficeXlsx',
            'pptx': 'onlyofficePpts',
        };

        for (var i in elements) {
            var selector = 'a.menuitem[data-action="' + elements[i] + '"] .displayname';
            var span = document.querySelector(selector);

            if (!span) {
                return;
            }

            if (span.innerHTML.indexOf(i) !== -1) {
                continue;
            }

            span.innerHTML = (i !== 'docx' ? 'Nouvelle ' : 'Nouveau ') + span.innerHTML.toLowerCase() + ' (' + i + ')';
        }

        elements = {
            'odt': 'add-odt',
            'ods': 'add-ods',
            'odp': 'add-odp',
        };

        for (var i in elements) {
            var selector = 'a.menuitem[data-action="' + elements[i] + '"] .displayname';
            var span = document.querySelector(selector);

            if (!span) {
                return;
            }

            if (span.innerHTML.indexOf(i) !== -1) {
                continue;
            }

            span.innerHTML = span.innerHTML + ' (' + i + ')';
        }
    }, 100);
} catch (e) {

}

Isabelle DUTAILLY

Des niveaux visuels dans vos cv conçus avec Writer

Le 20 October 2020 à 09:00:00

À l'origine de ce tutoriel, la collection de modèles de curriculum vitae que j'ai conçus pour Writer de LibreOffice. Il se trouve que, pour concocter cette collection, je me suis livrée, évidemment, à des recherches pour voir ce qui se faisait. En ce moment, on voit pas mal de modèles qui affichent des indicateurs de niveaux visuels sous diverses formes. Comment obtenir cela facilement ? Je vous propose deux solutions pour Writer, utilisable néanmoins aussi avec d'autres traitements de texte moins évolués.

Les symboles de niveaux

Les symboles de niveau sont une série de petits symboles que l'on fait apparaître à côté ou en dessous de l'information. C'est facile à mettre en place et on peut choisir ce que l'on veut.

Des carrés comme marques de niveaux

Dans Writer, aller dans Insertion → Caractères spéciaux et là, soit la police que vous avez choisie dispose du caractère voulu, soit, le plus efficace, consiste à aller piocher dans ceux de la police OpenSymbol que vous avez très sûrement.

Le code Unicode des caractères dans Writer

Notez que, si vous relevez le numéro Unicode du caractère, en le saisissant et en faisant suivre ce code par la combinaison de touches Alt +X vous obtenez ce caractère (cela peut être plus rapide que de passer par le menu ou de copier-coller si, entretemps, vous avez copié autre chose).

Pour que les symboles s'affichent bien proprement à la fin de la ligne par exemple, paramétrer un style de paragraphe (un nouveau ou un déjà existant) avec des tabulations à droite.

Paramétrer les tabulations dans Writer

Quelques caractères les plus susceptibles d'être utilisés :

  • carré noir : 25a0 ■
  • carré blanc : 25a1 □
  • rond blanc : 25cb ○
  • rond noir : 25cf ●

Bien évidemment, on peut combiner avec un style de caractères pour les symboles de niveaux comme, par exemple, dans ce modèle « Flêches jaunes ».

L'inconvénient c'est que ça n'est que visuel et donc pas très accessible des dispositifs d'assistance.

L'avantage c'est que c'est très simple à mettre en place et très souple.

Des barres de niveaux

Il y a, sûrement, plus d'une façon de procéder, mais, la plus simple, de mon point de vue consiste à faire quelque chose que je désapprouve normalement, à savoir utiliser un tableau pour la mise en forme. Et on peut même rendre ce tableau aussi utile pour les dispositifs d'assistance en mettant du contenu visuellement invisible dans les cellules.

Dans le menu Tableau → Insérer un tableau, indiquer le nombre de ligne et de colonnes.

Insertion d'un tableau dans Writer

Ensuite, dans le menu Tableau → Propriétés (ou clic droit sur le tableau), dans l'onglet Tableau décocher impérativement la case Alignement en cochant une autre case de votre choix et qui dépend de la mise en forme du CV.

Paramètrage de l'alignement d'un tableau dans Writer

Colorer les cases des couleurs voulues. Et voilà, ici avec les informations au-dessus du tableau.

Barres de niveaux avec l'intitulé au-dessus

Si on veut avoir les « étiquettes » sur la même ligne que les « barres de nivaux », rajouter tout simplement une colonne, plus large, dans laquelle on les saisira.

Des marques de niveaux dans un tableau
En haut le tableau avec les caractères invisibles affichés, en bas, le même sans.

Si on veut ajouter du contenu, invisible pour les yeux mais pas pour les dispositifs d'assistance, je suggère, comme je l'ai fait, de ne saisir que la case du niveau par exemple pour les logiciels : « bases », « utilisation courante » ou « expert ». Pour qu'il soit invisible, le texte doit être de la couleur de fond (faire un style de caractère peut être une bonne idée). Et pour que la ligne garde la même hauteur même si le texte « dépasse » la largeur de la cellule, dans Tableau → Taille (ou clic droit sur le tableau), dans Hauteur de ligne, décocher la case Adapter si elle l'est.

Writer : hauteur d'une ligne de tableau

Évidemment, si on veut ne faire qu'un seul tableau et avoir des lignes de séparation blanches (ou de la couleur du fond), il suffit de paramétrer la taille et la couleur des bordures horizontales en conséquence.

Paramètres des bordures du tableau

Si on veut « habiller » le tableau : avec Writer on ne peut pas paramétrer le texte de façon à ce qu'il entoure le tableau, mais on peut mettre un tableau dans un cadre, et même faire un style de cadre. Si le tableau existe déjà, le sélectionner, aller dans Insertion → Cadre, cliquer sur Cadre, le tableau sera automatiquement dans le cadre ainsi créé. S'il n'apparait pas, regarder dans les Propriétés du tableau, c'est probablement dû à un Espacement à gauche trop important.

Les « barres » de niveau dans le texte
C'est un simple exemple, sans grand intérêt conçu uniquement pour montrer le rendu.

Niveaux sur une ligne

Pour avoir un filet derrière le texte sans avoir à se batailler avec des images à insérer, la solution : dessiner un trait dans Draw que l'on exporte en png. Ensuite, dans Writer, on crée un style de paragraphe, je l'ai appelé ici « rond de niveau ».

Configurer l'arrière-plan :

1. importer un Bitmap, à savoir le fichier image qu'on vient de faire avec Draw ;
2. paramétrer sa position, utiliser la fonctionnalité « Échelle », c'est ce qui nous permettra de placer cette ligne au mieux.

Writer : arrière-plan image d'un paragraphe

Configurer les autres éléments du style au besoin : police (choix, couleur et taille), tabulations pour une répartition équilibrée des éléments de niveaux, retraits, alignements.

Pour ajouter une marque de niveau, on peut, comme sur les exemples, ajouter un caractère « spécial », qui peut être un de la série nombre dans un rond coloré (Open Symbol, Unicode : 277a et suivants) ou pas (Open Symbol, Unicode : 2460 et suivants), un autre caractère « spécial » (dans l'exemple le losange coloré, Open Symbol, Unicode : e22d), ou encore la lettre O.

Des niveaux sur un filet
Quatre façons différentes : deux caractères avec un nombre encadré sur fond foncé ou clair, une marque plus décorative (ici un losange) ou la lettre O.

Astuce : si vous ajoutez un caractère clair, comme dans le 2e et le 4e exemple, créer aussi un style de caractère en paramétrant un Surlignage (ou Mise en évidence) du texte de la couleur du fond, ici blanc. La ligne « disparaîtra » dessous.

Amusez-vous bien !

Pour aller plus loin

Même si ça n'est pas lié à ce tutoriel directement, mais, comme c'est lié au modèle de CV en question :

NB : quand je donne un code Unicode, les lettres sont en minuscules afin de pouvoir différencier les zéros de la lettre o.


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Mise à jour: Le 01 November 2020 à 00:03:39