Promouvoir et défendre le logiciel libre

22 May 2017

april.png Nouvelles April

Revue de presse de l'April pour la semaine 20 de l'année 2017

Le 22 May 2017 à 22:12:09

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 20

[Numerama] VideoLAN (VLC) se mobilise contre les codecs payants et propriétaires

Par Julien Lausson, le jeudi 18 mai 2017. Extrait:
> L'association VideoLAN, qui s'occupe du développement du lecteur multimédia VLC, a décidé d'apporter son soutien au codec libre et gratuit AV1.
Lien vers l'article original: http://www.numerama.com/tech/259437-videolan-vlc-se-mobilise-contre-les-codecs-payants-et-proprietaires.html

[Silicon] Ce que WannaCry nous dit sur la régulation du chiffrement

Par Reynald Fléchaux, le jeudi 18 mai 2017. Extrait:
> Pour Tristan Nitot, la crise WannaCry montre que des gouvernements ne devraient pas détenir des secrets susceptibles de mettre en péril la sécurité globale des systèmes. A méditer alors que se profilent une régulation européenne sur le chiffrement.
Lien vers l'article original: http://www.silicon.fr/wannacry-regulation-chiffrement-175267.html

Et aussi:
[usine-digitale.fr] Pourquoi le ransomware WannaCry fait-il autant de dégâts?
[Silicon] Un expert en sécurité français trouve une parade à WannaCry… sous XP
[Le Figaro] La cyberattaque a été stoppée, mais la menace n'est pas écartée
[sputnik] Parti pirate: la culture du secret, terreau idéal pour les cyberattaques

[Programmez!] SUSE Academic: des formations open source pour les étudiants du monde entier

Par fredericmazue, le jeudi 18 mai 2017. Extrait:
> SUSE ouvre la porte de l’univers open source aux étudiants du monde entier par le biais de son nouveau programme de formation SUSE Academic. Moyennant un coût minime, voire nul, SUSE partage des logiciels open source, des programmes de formation, des outils pédagogiques et des services d’assistance dans le but d’aider les établissements scolaires, les universités, les centres hospitaliers universitaires (CHU) et autres établissements à utiliser, enseigner et développer des logiciels libres avec leurs étudiants.
Lien vers l'article original: https://www.programmez.com/actualites/suse-academic-des-formations-open-source-pour-les-etudiants-du-monde-entier-25998

Et aussi:
[infoDSI] Avec Suse Academic, Suse ouvre sa base de connaissances aux universités et autres établissements scolaires

[acteurspublics.com] Mathieu Jeandron: “Nous souhaitons privilégier l’hébergement en France des données scolaires”

Par Soazig Le Nevé, le jeudi 18 mai 2017. Extrait:
> Rien ne s’oppose à ce que les enseignants recourent à des services numériques produits par Google ou Microsoft. C’est le message adressé par le directeur du numérique éducatif (DNE) du ministère de l’Éducation nationale, Mathieu Jeandron, dans un courrier aux services académiques qui a mis en émoi une partie de la communauté éducative et des cadres du ministère.
Lien vers l'article original: https://www.acteurspublics.com/2017/05/18/mathieu-jeandron-nous-souhaitons-privilegier-l-hebergement-en-france-des-donnees-scolaires

Et aussi:
[Le café pédagogique] Le ministère ouvre l'Ecole à Google?

[La Tribune] Mounir Mahjoubi, symbole du renouvellement, nommé secrétaire d'Etat au Numérique

Par Sylvain Rolland, le mercredi 17 mai 2017. Extrait:
> Agé de 33 ans et symbole du renouvellement de la classe politique, Mounir Mahjoubi, ancien président du Conseil national du numérique (CNNum), a été nommé, mercredi 17 mai, secrétaire d'Etat au Numérique dans le gouvernement d'Edouard Philippe. Si son portefeuille ne comprend plus l'Innovation, rattachée à l'Enseignement supérieur et à la Recherche, il se place directement sous l'autorité directe du Premier ministre, et non plus de Bercy.
Lien vers l'article original: http://www.latribune.fr/technos-medias/mounir-mahjoubi-symbole-du-renouvellement-nomme-secretaire-d-etat-au-numerique-715778.html

Et aussi:
[ZDNet France] Mounir Mahjoubi, secrétaire d’État du Numérique: qui est-il, quels sont ses réseaux (numériques)?
[ZDNet France] Alexandre Zapolsky, PDG de Linagora, candidat En Marche aux législatives
[journalducm] Tout savoir sur le droit du numérique et de l’image
[La Tribune] Numérique: les grands chantiers du président Macron

[Le Figaro] La Cnil condamne Facebook à 150.000 euros d'amende

Par Benjamin Ferran, le mardi 16 mai 2017. Extrait:
> L'autorité française a relevé de «nombreux manquements» à la loi Informatique et Libertés, notamment à des fins publicitaires.
Lien vers l'article original: http://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/2017/05/16/32001-20170516ARTFIG00118-la-cnil-condamne-facebook-a-150000-euros-d-amende.php

Et aussi:
[Numerama] Facebook enfreint la loi, la Cnil lui inflige une amende dérisoire
[ZDNet France] Facebook condamné par la Cnil pour de ”nombreux manquements”
[ZDNet France] Le 'Do Not Track' perd un allié majeur, et la vie privée une bataille de plus

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

bsibaud.png Benoît SIBAUD

À la (re)découverte de Radio Paradise

Le 22 May 2017 à 20:05:17

Radio Paradise (dite RP) est une webradio sans publicité, financée par ses auditeurs, basée aux États-Unis (opérée depuis Paradise, en Californie). Elle a déjà été mentionnée régulièrement sur LinuxFr.org, par exemple en 2004, en 2005, ici ou en 2009, en 2011 ; mais elle n'a jamais été présentée plus largement sur le site. Voilà, c'est l'occasion.

La radio se définit comme « eclectic online rock radio » (radio en ligne rock éclectique), avec une programmation couvrant une large variété de styles : pop rock, jazz, classique, électronique, musique du monde, etc. Les morceaux sont mixés.

Qui, quand, comment ?

Elle a été fondée en 2000 par le couple Goldsmith (Bill & Rebecca), sous la forme d'une entreprise à but lucratif (financée par les dons ou les ventes de marchandises en ligne). Moins de 10% des auditeurs de RP participent actuellement à son financement, selon la dernière actualité envoyée par RP.

De nombreux flux existent, dans des formats ouverts ou non, et à divers débits. Les libristes pourront privilégier le Ogg Vorbis (ou désormais le MP3).

Techniquement, le site fonctionne sous GNU-Linux et utilise beaucoup de logiciels libres. Leur site affiche un « Powered by Icecast ». Dans leur page À propos, on apprend que « RP dépend fortement d'un certain nombre d'excellents logiciels open source: PostgreSQL, PHP, Apache httpd, Icecast, Vorbis, JQuery et Ecasound. ». Ils ont des serveurs dans les états américains de Californie, de l'Illinois, de New York, du Texas et de Washington, ainsi qu'en Australie, en Allemagne et au Royaume-Uni.

Artistes, droit d'auteur et droits voisins

(infos tirées de Wikipédia et du site de Radio Paradise)

En 2007, RP avait appelé ses auditeurs à protester contre une forte augmentation des droits à verser pour la diffusion web, décidée par le Copyright Royalty Board (CRB) et avait finalement obtenu un montant supportable par ce type de webradio. En 2016, une nouvelle évolution a été décidée, conduisant à un paiement par auditeur (ce qui veut dire 300% d'augmentation pour RP). À noter que les radios hertziennes américaines ne sont pas concernées par cette taxation.

La loi étasunienne sur le copyright prévoit que l'agence de collecte (SoundExchange) verse directement 50% des montants collectés aux interprètes (même s'ils ont abandonnés les droits sur les ventes de disques/CD à une major, comme le font la plupart).

RP indique qu'une « portion substantielle (actuellement une portion très substantielle) de ce que vous nous envoyez va directement aux artistes que nous jouons. Nous pensons que c'est très cool. » (malheureusement je n'ai pas trouvé leur rapport financier en ligne).

RP a relancé ses auditeurs pour faire face à cette hausse de redevance.

Petite précision sur le sujet complexe du droit d'auteur américain et des droits voisins (non pas que je crois que ça soit plus simple en France ceci dit) : SoundExchange collecte pour les interprètes et les détenteurs des droits sur l'enregistrement audio. ASCAP, BMI et SESAC collectent pour les auteurs de chansons, les compositeurs et les éditeurs.

Petit retour personnel

En évitant la question des goûts et des couleurs en musique :

  • points positifs :
    • pas de pub ;
    • peu de blabla (et en plus pas en français, ce que je trouve moins distrayant quand je veux geeker) ;
    • des styles variés ;
  • points négatifs :
    • des styles variés (oui, parfois ça ne colle pas avec mon humeur du moment) ;
    • je n'ai pas trouvé un rapport financier en ligne sur Radio Paradise Inc. (j'étais notamment intéressé par les redevances et les éventuels dons à des projets libres) ;
    • on peut noter une différence de choix musicaux durant la nuit en Californie (vous noterez peut-être la différence si vous êtes dans un fuseau horaire) ;
    • pas uniquement de la musique libre (probablement très trollifère comme point).

Nota bene: je n'ai pas de lien avec Radio Paradise, à part en être un auditeur régulier et avoir déjà contribué financièrement précédemment.

Lire les commentaires

bsibaud.png Benoît SIBAUD

LinuxFr.org : première quinzaine de mai 2017

Le 22 May 2017 à 17:06:44

Septante-deuxième épisode dans la communication entre les différents intervenants autour du site LinuxFr.org : l’idée est tenir tout le monde au courant de ce qui est fait par les rédacteurs, les admins, les modérateurs, les codeurs, les membres de l’association, etc.

L’actu résumée ([*] signifie une modification du sujet du courriel) :

Statistiques

  • 1887 commentaires publiés (dont 2 masqués depuis) ;
  • 299 tags posés ;
  • 77 comptes ouverts (dont 2 fermés depuis) ;
  • 31 entrées de forums publiées (dont 0 masquée depuis) ;
  • 20 dépêches publiées ;
  • 36 journaux publiés (dont 0 masqué depuis) ;
  • 1 entrées dans le système de suivi (dont 0 fermée depuis) ;
  • 1 sondage publié ;
  • 0 page wiki publiée.

Listes de diffusion (hors pourriel)

Liste linuxfr-membres@ — [restreint]

  • R.A.S.

Liste meta@ - [restreint]

  • [Meta] Seconde quinzaine d'avril 2017

Liste moderateurs@ - [restreint]

  • [Modérateurs] Comment éditer les notes de bas de pages sur LinuxFr.org
  • [Modérateurs] Correction à faire sur votre site Linuxfr.org
  • [Modérateurs] Signalement propos raciste
  • [Modérateurs] Connexion impossible…
  • [Modérateurs] livre reçu, merci Florent !

Liste prizes@ - [restreint]

  • [Prizes] LinuxFr prizes recap du mercredi 3 mai 2017, 12:32:06 (UTC+0200)

Liste redacteurs@ - [public]

  • [Rédacteurs] /!\ attention un bug efface les dépêches dans l’espace de rédaction !
  • [Rédacteurs] logiciel

Liste team@ - [restreint]

  • [team linuxfr] Réouverture de compte
  • [team linuxfr] Correction à faire sur votre site Linuxfr.org
  • [team linuxfr] Page de création de compte

Liste webmaster@ — [restreint]

  • R.A.S.

Canal IRC adminsys (résumé)

  • patch clés étrangères en attente
  • goaccess vs webalizer ou awstats ou piwik en local sans cookie
  • renouvellement de domaine
  • soirée de contribution au libre: absent aux Geeks Faëries, stand RMLL demandé, des commits ansible et un test de goaccess
  • 3 Go de commentaires et 5 Go de différentes versions des dépêches en base (dont 10% de dépêches rejetées)
  • une poignée d'applications Java qui nous requêtent salement (notamment les flux Atom) et premiers essais de limitation
  • nos Dell PowerEdge ne sont pas concernés par la faille Intel AMT, selon Dell

Tribune de rédaction (résumé)

  • des soucis de page blanche ou qui mouline sans fin à partir du cinquième onglet sur le site ? Voir cette entrée de suivi

Tribune de modération (résumé)

  • Mastodon et modération/censure
  • Du spam (parfois vicieux)
  • Gestion de la propagande électorale
  • Modération de commentaires problématiques
  • Stand aux RMLL St Étienne ?

Commits/pushs de code https://github.com/linuxfrorg/

  • Update html-pipeline-linuxfr to fix a bug on equations

Divers

  • déjà trois Soirées déc-ouverte LinuxFr.org, et la quatrième en préparation

Lire les commentaires

april.png Nouvelles April

L'April en appelle au président de la République pour la suspension de la renégociation du contrat Microsoft/Défense

Le 22 May 2017 à 12:00:06

Communiqué de presse, 22 mai 2017.

Dans une enquête parue vendredi 19 mai, le magazine d'information Marianne a révélé que le contrat Open Bar Microsoft/Défense n'avait pas encore été renouvelé pour la période 2017-2021. La même enquête confirme que le contrat Open Bar est jugé illégal par le rapporteur de la commission des marchés publics en charge de l'étude du premier contrat. L'April demande solennellement au président de la République et au gouvernement la suspension de cette renégociation ainsi qu'une enquête pour faire la lumière sur le rôle joué par les différents acteurs dans ce dossier scandaleux.

"Investigate Europe", un consortium de neuf journalistes européens, partenaires d’une dizaine de médias, a réalisé pendant trois mois une même enquête dans leurs pays respectifs sur les relations entre Microsoft et les institutions publiques. Dans ce cadre, la journaliste Leila Minano a publié un article sur la situation française, le vendredi 19 mai 2017 dans le magazine Marianne, intitulé « Microsoft : menace sur la sécurité de l’État ».

La conclusion de l'enquête, citation d'un expert informatique des armées resté anonyme, est sans appel : « dans nos Ministères, Microsoft est comme à la maison ».

L'article revient notamment sur le contrat « Open Bar » Microsoft/Défense1, le partenariat indigne entre le ministère de l'Éducation nationale et l'éditeur de logiciel privateur, et met en lumière l’immixtion très forte des GAFAM2 au sein des institutions françaises.

Dans le cadre de son travail d'investigation, la journaliste a eu l'occasion de recueillir les propos exclusifs du rapporteur pour la commission des marchés publics de l'État (CMPE) pour le premier accord Open Bar signé en 2009 :

« C’était déjà illégal à l’époque, je ne vois pas pourquoi cela le serait moins aujourd’hui ! On m’a demandé de valider la décision politique émanant d’un cabinet, j’ai refusé, mais on ne m’a pas écouté. » Et l’expert d’ajouter : « Il n’y avait aucune raison de favoriser Microsoft. Il n’a pas le monopole du traitement de texte... On était dans un délit de favoritisme, ce contrat aurait dû passer par une procédure de marché public, ça relève du pénal. Ce contrat aurait dû finir devant un tribunal, mais personne n’a osé. »

Des propos d'autant plus cruels pour l'État français qu'en janvier 2017 le ministère de la Défense, dont Jean-Yves Le Drian était en charge, interrogé par la sénatrice Joëlle Garriaud-Maylam sur les « fortes réserves et interrogations [qui] avaient été émises par le rapporteur », affirmait sans nuance que « la commission des marchés publics de l'État (CMPE) n'a remis en cause ni l'objet ni la procédure suivie pour passer l'accord cadre ».

Une lecture très réductrice du rapport que le ministère de la Défense avait déjà en 2013, le ministre étant à l'époque Hervé Morin, comme le rapportait Next Inpact qui communiquait au public le fameux rapport de la CMPE. Rapport auquel les propos sus-cités du rapporteur offrent une lecture nouvelle, notamment sur ses « fortes réserves ».

L'indignation du rapporteur de la CMPE pour le contrat initial entre en résonance avec les propos du président du groupe d'experts militaires mandaté en 2008 par le ministère pour étudier l'offre Microsoft. Celui-ci avait déclaré dans l'émission Cash Investigation d'octobre 2016 :

« Le seul scénario qui était déconseillé a été celui qui in fine a été retenu. Oui, on peut considérer que les recommandations n'ont pas été suivies. »

L'article de Marianne indique que « le ministère de la Défense renouvellera son contrat avec la firme de Redmond le 25 mai ».

Le contrat Open Bar Microsoft/Défense a été signé en 2009, puis renouvelé en 2013, malgré l'avis du rapporteur de la CPME qui parle ouvertement de délit de favoritisme, en passant outre l'avis des experts militaires qui évoquaient notamment les risques « d'addiction » et de « perte de souveraineté », sans le moindre élément tangible pour justifier une telle décision, et le tout accompagné d'un refus systématique de faire œuvre de la moindre once de transparence (relire notre chronologie).

L'acte inaugural du quinquennat du président Emmanuel Macron veut être celui de la moralisation de la vie publique. Le dossier Open Bar Microsoft/Défense, les conditions de sa signature et de son renouvellement, semble être taillé sur mesure pour symboliser la mise en œuvre de cette volonté de transparence pour rétablir la confiance entre citoyens et politique.

L'April en appelle solennellement au président de la République, qui fixe la stratégie de la Défense nationale, et au gouvernement pour suspendre la renégociation de ce contrat et pour initier une enquête visant à faire toute la lumière sur le rôle joué par les différents acteurs dans ce dossier scandaleux.

« Ce contrat Open Bar avec Microsoft n'est qu’une partie émergée de l’iceberg des relations entre Microsoft et l'État français. Espérons que le quinquennat à venir verra la mise en place d'une cure de désintoxication et d'une vraie politique publique en faveur du logiciel libre. » a déclaré Frédéric Couchet, délégué général de l'April.

  • 1. On appelle contrat « Open Bar » Microsoft/Défense le contrat conclu en 2009 entre le ministère de la Défense français et la société Microsoft, sans appel d'offres ni procédure publique. Contrat qui permet, pendant toute la durée du marché (4 ans), un droit d’usage d’un certain nombre de produits Microsoft et de services associés. Ce contrat avait été signé contre l'avis des experts militaires, contre l'avis du rapporteur de la commission des marchés publics, et ce, dans le plus grand secret. Reconduit en 2013 pour 4 ans - cet accord livre le ministère pieds et poings liés aux intérêts de l'entreprise monopolistique américaine.
  • 2. Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft

jzimmermann.png Jérémie ZIMMERMANN

Letter to EU Institutions: WIFI4EU must promote diversity, locality and Human rights

Le 22 May 2017 à 08:44:34

Paris, 22 May 2017 — As the EU Council, the European Parliament and the European Commission enter the dark rooms of trialogues on the WIFI4EU draft regulation, European community networks and the open-wifi community wanted to remind them of the importance of the inclusion of all actors in the development of local connectivity.

Object: WIFI4EU — EU must promote diversity in the telecom sector and resist the commodification of publicly-funded networks

Dear Sir, Madam

Delegations of Members of the EU Parliament are currently finalising trialogue negotiations on the WIFI4EU draft regulation. The regulation will allow local authorities to open WiFI hotspots to boost Internet access, particularly in underserved communities.

WIFI4EU is an initiative announced last year by President Juncker in his "State of the Union" speech in Strasbourg. To deliver on this promise "to equip every European village and every city with free wireless Internet ac­cess around the main centres of public life by 2020", the EU will unleash 120 million between by 2017-2019 to roll out WiFi hotspots in at least 6,000 to 8,000 local communities.

But as the trialogue draw to a close, there is a huge risk of seeing this laudable initiative miss the opportunity of fostering diversity in the telecom sector as well as human rights. Recent negotiations show that Member State governments seek to keep small and local access providers out of the scheme, favouring incumbent multinational corporations while allowing them to spy on users' communications.

To overcome these risks, we call on the EU Council and the EU Commission to endorse the constructive proposals put forward by the European Parliament, and ask that the letter stand firm to safeguard the public interest in EU telecom policies.

Making room for SMEs and non-profit entities

In recital 4 of the regulation, the European Parliament insists on the involvement of organisations such as "not-for-profit cooperatives" and "community centres" as entities that could offer wireless connectivity. In the same vein, at recital 9b, the EP wants to promote local SMEs and not-for profit actors as key beneficiary for the procurement and installation of equipment 1. Such language ensures that small, local actors — including for-profit SMEs as well as many non-profit community networks — will be eligible to WIFI4EU funds. By directing the funds to these small but competent players, WIFI4EU would promote local employment, spread of technical skills as well as diversity in the telecom sector, rather than favouring already dominant players in the industry. This is all the more shocking considering that many non-profit community networks are already rolling out the kind open wireless networks promoted by WIFI4EU, with little or no public support. By directing EU funds to these actors when possible, WIFI4EU has the potential of helping them grow and expand their activities at the local level. Unfortunately, the EU Council is trying to remove these recitals arguing that they lack any legal basis, and paving the way for dominant actors to reap most of WIFI4EU subsidies.


Recital 4

Protecting the right to privacy by renouncing to prior authentication

In recital 2, both the EU Parliament and EU Council are promoting a solution for a single authentication system that can be used across the EU. This solution favouring authentication system to regulate access to "open" networks is not backed by any substantial reasoning, and runs counter to human rights. We understand the co-legislators' goal of making access to these public networks as easy as possible for people travelling across the EU, but the most simple way to do so is to ensure these are, indeed, open networks without authentication. If the goal of having an authentication system is to prevent illegal activities, co-legislators should be reminded that Advocate General of the CJEU recently explained in the case C‑484/14 (McFadden) that imposing on Wi-Fi network operators an obligation “to identify users and to retain their data” would be “clearly disproportionate” as it “would not in itself be effective (...) in preventing specific infringements”. In the final ruling, the Court agreed that such an obligation should only be imposed after a specific targetting injunction requiring a WiFi operator to do so. To minimise privacy risks associated with data retention and foster ease of use, WIFI4EU should not promote authentication systems in what are meant to be open and free access points.


Recital 2

Keeping advertising and commercial surveillance out of public wireless networks

WIFI4EU should not commodify publicly-funded services by allowing advertising schemes enabled by commercial surveillance. Unfortunately, the Council is trying to undermine the protection suggested by the EP in recital 2, which precludes the use of traffic data for advertisement purposes or other commercial uses. The EP and Council must keep the EP version to be fully in line with the data protection framework and the EU Charter of Fundamental Rights. Furthermore, commercial use of data cannot be justified within an implementation of public utilities —especially when funded through public money.

Offering free, open and neutral access to those who need it the most

The number one priority for WIFI4EU must be to develop open and free wireless networks that boost Internet access in underserved communities. The Council's proposal to delete the policy objective of "preventing remote locations and rural areas from lagging behind" and of making these publicly-funded networks both "free of charge and free from restrictions" is dangerous. It suggests that WIFI4EU networks might not be free, nor open, nor even respect the Net neutrality principle enshrined in the EU regulation on the telecom single market. The language put forth by the EU Parliament must be upheld.


Recital 4a


Recital 2§2c

We count on you to ensure that the proposals of the EU Parliament, which serves the general interest and specific goals of EU broadband policy, are safeguarded in the final text.


Read the full document here (pdf)

Signatories:

  • Aquilenet (France)
  • BlueLink Civic Action Network (Bulgaria)
  • CAFAI (France)
  • Colectivo Helianto (Navarra)
  • Common Grounds (Germany)
  • Chaos Computer Club Lëtzebuerg (Luxembourg)
  • exo.cat (Spain)
  • FDN (France)
  • FFDN (France)
  • Frënn vun der Ënn (Luxembourg)
  • Guifi Foundation (Spain)
  • IGWAN.NET (France)
  • Ilico (France)
  • La Quadrature du Net (France)
  • LibreMesh (Global)
  • wlan slovenija, open wireless network (Slovenia)
  • netCommons (EU)
  • NetHood (Switzerland)
  • Open Technologies Alliance - GFOSS (Greece)
  • Progetto Neco (Italy)
  • Sarantaporo.gr Non Profit Organization (Greece)
  • SCANI (France)
  • Tetaneutral.net (France)
  • Viviers Fibre (France)
  • Wireless België (Belgium)
  • Xnet (Spain)
  • WirelessPT.net (Portugal)
  • 1. In this context, the text mentions only "SMEs", but these are defined in EU law as "entit[ies] engaged in an economic activity, irrespective of its legal form." The notion can therefore include many non-profits that already work at the local level to provide flexible and affordable Internet access. See: http://ec.europa.eu/DocsRoom/documents/15582/attachments/1/translations

19 May 2017

tnitot.png Tristan NITOT

En vrac avant les vacances

Le 19 May 2017 à 05:17:00

Je m’apprête à partir quelques jours à moto (j’ignore où, je vais choisir un endroit sec, beau et avec des virages). D’ici là, voici un peu de lecture. Je compte sur vous pour ne pas casser l’Internet d’ici à mon retour !

Votre serviteur à moto dans le Vercors

18 May 2017

april.png Nouvelles April

Accessibilité numérique - POSS2016

Le 18 May 2017 à 13:51:41

accessibilité poss2016

Titre : Accessibilité numérique - Table ronde
Lieu : Paris Open Source Summit 2016
Date : Novembre 2016
Durée totale : 2 heures 6 min
Licence de la transcription : Verbatim
Intervenants :

Armony Altinier, Cinov-IT - Christian Paterson, Orange

Écouter l'enregistrement
Diaporama

Transcription

Armony Altinier : Bienvenue au Paris Open Source Summit1. On va parler accessibilité, logiciel libre et open source. Je me présente : Armony Altinier ; je représente le syndicat des TPE-PME du numérique, Cinov-IT, entre autres choses. Juste une toute petite intro après on va enchaîner. Je vais vous expliquer comment ça se passe.

Déjà, l’accessibilité au Paris Open Source Summit, c’est une première. Il faut savoir que l’année dernière des sujets ont été proposés et ils ne les ont pas retenus parce qu’ils se sont dit qu’il n’y avait pas assez de monde, que ça n’intéressait pas assez les gens. C’est aussi pour ça qu’on a essayé de faire un peu de buzz. Il faut que ce soit un succès, qu’on en parle pour que ce soit maintenu.

Avant Paris Open Source Summit – ce n’est que la deuxième édition – il y avait déjà l’Open World Forum et le salon Solutions Linux. À l’Open World Forum, ils avaient déjà fait aussi une première tentative ; ils avaient trouvé que ce n’était pas assez concluant donc ils n’avaient pas renouvelé. Donc merci d’être là, n’hésitez pas à twitter, re-twitter – effectivement le mot-dièse, le hashtag, c’est #OSSPARIS16 – en disant que c’est super. Là, on va avoir une transcription grâce à Muriel Larrouy qui nous laisse son téléphone pour enregistrer et grâce aux super transcripteurs de l’April, dont on va avoir une présentation du groupe Transcriptions.

Magali Garnero : Je viens d'avoir un SMS de Marie-Odile…

Armony Altinier : Marie-Odile, toujours championne !

Magali Garnero : Qui avait envoyé un message en nous demandant : « Est-ce que c’est enregistré ? », pour pouvoir transcrire le truc. Ce n’est pas commencé que…

Armony Altinier : Voilà, ils sont à fond ! Donc il faut bien en parler, je compte vraiment sur vous tous et sur tous les intervenants à qui je mets la pression gentiment. Il faut que ce soit super ! Attention ! Mais pas de pression…

On s’inscrit vraiment, on a vraiment essayé de jouer le jeu du Paris Open Source Summit qui, cette année, a décidé de dire on est un point fixe dans l’année, mais ce n’est pas une fin en soi. Pour les groupes qui existaient déjà, c’était l’occasion de présenter leur travail. Nous, comme c’est une première, c’est l’occasion de lancer un mouvement ; on va faire les choses un peu dans l’autre sens. Il y a déjà plein de choses qui existent de manière éparpillée, mais de se dire pourquoi pas se donner rendez-vous une fois par an pour lancer un mouvement et essayer de faire des ponts avec d’autres sessions. Il y a un chapitre dans le livre Souveraineté qui a été fait sur l’accessibilité numérique. Donc c’est un des ponts qui a été fixé avec Tristan [Nitot] et Nina [Cercy]. Sur l’ODF Plugfest pareil, lancer des choses sur l’accessibilité, qui a lieu en ce moment, on essaye de travailler ensemble. J’ai appris par Antoine Cao de la DINSIC [Direction interministérielle du systèmes d’information et de communication, NdT], qu’il y avait aussi des choses qui ont été faites sur le Hackathon Open Democracy Now!, pour tester l’accessibilité. C’est un sujet transversal, l’objectif c’est vraiment d’essaimer et de ne pas rester qu’entre nous, mais de faire un point de temps en temps, et c’est ce qu’on va essayer de faire.

On a aussi produit des bonnes pratiques pour les orateurs et oratrices de tout[e]s les [sessions de] Paris Open Source Summit, qu’on a envoyées pour qu’ils essaient de rendre leurs présentations accessibles. Notamment – petit rappel – de décrire ce qui est à l’écran pour ceux qui ne le voient pas. Et c’est utile aussi pour la transcription puisqu’on a juste de l’audio pour les gens qui puissent, après, lire le texte de ce qui passe. Et il y a un code de conduite qui a été écrit et qui sera mis en place l’année prochaine.

La session va se passer en deux temps et il y a un événement associé.

Il y a la session, aujourd’hui, et puis il y a la suite, comme je l’ai dit c’est le début d’un mouvement, qui aura lieu demain. Aujourd’hui on a deux heures, un peu moins. Enfin, on a à peu près deux heures. Huit présentations éclair de 10 minutes et 30 minutes, ou ce qu’il en reste, ce qui restera comme temps, de débat. C’est pour ça qu’on a mis les chaises un peu comme ça devant en rang d’oignons : l’idée c’est vraiment d’interagir aussi avec la salle. Ce qui veut dire aussi que si vous avez des questions, gardez-les précieusement pour après, pour pouvoir interagir et puis ce n’est que le début toujours des discussions.

Et on a un AccessCamp demain. Un AccessCamp c’est un BarCamp sur l’accessibilité numérique, qui aura lieu chez un partenaire qui est la FPH [Fondation pour le progrès de l’Homme, NdT], métro Bréguet-Sabin, de 9 heures à midi. Et encore une fois, là il n’y a pas d’intervenants à proprement parler. L’idée c’est de faire des choses ensemble, de manière concrète et de manière collaborative en fonction des envies, des besoins, des compétences de chacun qui seront présents. On a déjà des gens inscrits. Vous pouvez encore nous rejoindre et vous inscrire, il reste de la place. Donc l.ow2.org/ac16, pour vous inscrire et avoir toutes les infos.

Je laisse tout de suite la parole à Christian Paterson, d’Orange, qui va nous parler de l’Open Source Accessibility Initiative.

Christian Paterson [anglophone, parle avec un accent, NdT] : Bonjour à tout le monde. Ça fait plaisir de voir autant de gens ici dans la salle. C’est un vrai plaisir. Je suis Christian Paterson, sponsor pour la Gouvernance Open Source au sein d’Orange, donc la société Télécom. Et aujourd’hui, on est là pour discuter, justement, sur une initiative d’accessibilité et d’open source que nous, on vient de lancer au sein du consortium OW22.

Donc l’open source. Bon, on est dans une conférence open source donc j’espère que maintenant on commence à comprendre quelques bénéfices de l’open source, pourquoi on le fait.

Je vais lire les slides, donc je vais suivre les bonnes consignes :

  • les bénéfices au niveau qualité du code: une visibilité sur le code, revu par les pairs, donc qualité du code ;

  • bénéfice de l’open source par rapport à la sustainability - durabilité peut-être en français. Les open API [Application Programming Interface, NdT], les formats ouverts, les normes ouvertes. Donc c’est un énorme enjeu et un vrai bénéfice, je pense, pour nous tous ;

  • Ce type d’ouverture nous donne une certaine indépendance également : une indépendance vis-à-vis de nos fournisseurs, mais une indépendance, également, sur la maîtrise de nos propres roadmaps.

Donc il y a des vrais bénéfices par rapport à l’open source : [On va continuer sur cette slide-là.]

  • cette indépendance enlève les freins par rapport à l’innovation. On paye moins sur les licences - on ne paie pas pour une licence parce qu’on a les droits fondamentaux par rapport à l’open source. Maintenant il faut qu’on investisse, qu’on travaille, qu’on collabore, donc c’est une efficacité économique ;

  • c’est un vrai levier pour nous, économiquement, et cette notion d’enlever les freins, travailler en commun, travailler en collaboration, c’est un driver d’agilité, un driver d’innovation ;

  • mais surtout, pour moi, ce qui est important, c’est la notion de catalyseur social. Le fait qu’on travaille en communauté, le fait qu’on travaille en visibilité, c’est une reconnaissance pour les individus, mais aussi c’est une façon de casser les silos, les silos à l'intérieur des grands groupes, les silos entre les grands groupes, les silos entre les industriels, les académiques, les gens dans les rues, les chercheurs par exemple, les gens qui sont passionnés par un sujet, qui travaillent parfois à la maison, le week-end, le soir, pendant la journée. Donc c’est un vrai catalyseur social l’open source et c’est ça qui est aussi un des bénéfices, on va dire moins tangible, mais un vrai bénéfice de l’open source.

Et quand on parle d’accessibilité, si on parle avec les développeurs dans les conférences des deux derniers jours, la plupart des gens vont dire : « Je suis développeur, donc accessibilité et open source ça veut dire accès au code ». Mais bien entendu, la notion est beaucoup plus large que ça ! On a la notion d’accessibilité dans le sens handicap physique, mental, de vision, d’audition, cognitive. Des difficultés ou les impairments comme on pourrait dire en anglais.

Ces problèmes-là nous impactent tous. Ce n’est pas juste les gens qui ont les handicaps reconnus, on va dire médicalement, mais aussi on est tous soumis à une charge de travail de plus en plus importante ; on est sollicités de plus en plus donc on a des difficultés, incapacités mentales. On a des difficultés cognitives, oui, tous. Avec l’âge on voit de moins en moins. Je pose le téléphone portable là, c’est une vérité. Donc l’accessibilité c’est un sujet pour tout le monde. L’accessibilité c’est aussi un sujet qui se croise vraiment bien avec l’open source et la philosophie de l’open source.

Donc on ne parle pas d’accessibilité uniquement, on parle vraiment de sujets design for all. Donc vraiment l’ergonomie c’est l’usabitily (excusez-moi pour les quelques mots en anglais) pour tout le monde.

Donc voilà. On voit les bénéfices de l’open source et on commence à comprendre le sujet de l’accessibilité. On comprend également sur le sujet d’accessibilité que le framework juridique est présent, il est là. Il faut qu’on réponde. C’est une responsabilité sociale, mais aussi une obligation juridique au niveau européen, au niveau national, en France, en Italie, en Angleterre, même aux États-Unis et au Japon.

[Une personne indique qu'il ne reste que 5mn, NdT] Apparemment j’ai cinq minutes qui restent et je n’ai même pas commencé. Donc il faut que j’accélère.

Donc il y a un cadre, bien entendu, juridique par rapport à l’accessibilité et bien sûr les responsabilités sociales. On voit que les chiffres, derrière, sont assez énormes. Donc si on prend aux États-Unis, parce que j’ai trouvé les chiffres très rapidement sur le Web, 22 % des gens sont touchés par un problème d’accessibilité, par un problème de handicap. 22 % de la population américaine, donc 63 millions de personnes sont touchées par un problème d’accessibilité. Mondialement, c’est un milliard des gens qui sont touchés. Donc ce ne sont pas des petites populations de personnes. Et c’est une population qui augmente, bien entendu, avec l’âge, avec le changement de démographie — on vit plus longtemps — ça apporte en lui-même ses propres problématiques et on voit en Europe, dans quelques années, un quart des Européens aura plus de 60 ans. C’est une surprise pour moi ça !

Le domaine de la technologie est en pleine révolution. On voit que l’accessibilité c’est important et ça augmente, également, le domaine technologique. Donc les chiffres sont très larges, les chiffres sur cette slide-la, 4,4 trillions d’euros d’ici deux ans, pour les revenus autour du domaine informatique qui est en train d’accélérer et on sait pourquoi ça accélère parce que le monde est en train de se transformer en monde digital. Tout ce qu’on fait aujourd’hui c’est sur le cloud, c’est virtuel, c’est numérique ; nos documents sur le cloud ; nos photos sur le cloud ; accès aux services gouvernementaux sur le Web. Tout est numérique et c’est une transformation qui ne va que accélérer.

Donc on voit une opportunité et un besoin de rejoindre les deux mondes : le monde informatique open source et le monde, bien entendu, d’accessibilité. On trouve qu’il y a une vraie opportunité, une opportunité sociale. Une opportunité, bien entendu, pour gérer mieux les questions juridiques, mais aussi une opportunité pour les gens qui ont leur propre boîte ici, qui est une opportunité de business ; les populations sont larges. Et au niveau accessibilité, au niveau open source, on parle de collaboration. 63 millions de personnes aux États-Unis, 1 trillion de personnes dans le monde, qui pourraient travailler avec nous pour créer de nouvelles innovations.

C’est pour ça qu’on a créé cette initiative Open Source Accessibility. C’est au sein de l’alliance / consortium "OW2". C’est neutre de Orange, c’est neutre de tout le monde. C’est une alliance qui est bien reconnue mondialement, comme une plate-forme de développement de solutions de enablement de qualité. On va faire levier sur l’effet open source pour profiter de ce sujet d’accessibilité.

Donc concrètement comment ça va marcher ? Cette initiative est ouverte à tout le monde, aux industriels, aux académiques, les grands groupes, les petits groupes. C’est une initiative qui cherche à faire collaborer et partager les gens sur les best practices, sur les guidelines, sur les outils, sur les frameworks, sur les normes ; pour les gens qui travaillent également à la maison, le week-end, etc. Donc on est vraiment ouverts à tout le monde. On a essayé de mettre en place une structure qui est simple, qui est moins lourde que les structures classiques dans les grandes initiatives on va dire open source. Donc on a des projets. Les projets sont regroupés en domaines. Les domaines, au final, sont, on va dire, cordonnés par une comité de pilotage qui veille que les projets se parlent entre eux, et qu’il y ait un bon partage, etc. Donc trois niveaux, c’est simple et on est ouverts à tout le monde.

C’est la dernière slide, donc j’ai plus ou moins gardé le temps. Donc on est où aujourd’hui ? On voit l’entrée des bénéfices de l’open source, on voit l’entrée d’accessibilité, on voit un bon partenariat entre les deux et ce n’est pas que nous qui voyons ça. On a plusieurs participants qui sont intéressés par ce sujet. On a déjà identifié 17 projets sur 7 domaines et on a le support, assez fantastique on va dire, du gouvernement français également, donc merci. On est vraiment au début de la route. Donc j’espère que ce travail en collaboration va vraiment faire un effet de levier pour nous tous, pour vous au sens accessibilité, mais vous également au sens developpeur open source.

Le marché de la profilation ciblée est très large. Les innovations possibles sont significative, je pense, et on a tous à gagner sur cette démarche.

Le dernier mot là, on est où ? Donc on a vu les 17 projets. Justement, on est en train de construire l’initiative aujourd’hui. L’initiative commence à être là. On a une charte de pratiques de gouvernance qui est en train d’être discutée. Donc si vous êtes intéressés à participer à la construction de cette initiative c’est le bon moment parce que vous pouvez, justement, nous aider à affiner cette charte qui est encore en construction, encore en discussion. On n’est pas loin d’avoir l’ébauche finalisée maintenant. Mais si vous avez aussi une envie de travailler avec nous c’est le bon moment parce que ça va vraiment donner une direction à l’initiative. Donc merci pour l’écoute. J’ai pris quelques minutes de trop, mais les autres vont accepter !

Rires et applaudissements

Armony Altinier : Merci beaucoup.

Claire Grisard, Unapei - Handicap intellectuel

Écouter l'enregistrement

Transcription

Armony Altinier : Merci beaucoup. Il a pratiquement tenu le timing. Si tout le monde fait ça, ça va être parfait. C’est très bien. Maintenant on accueille Claire Grisard de l’Unapei, qui va nous présenter ce que c’est aussi, qui va nous parler d’un sujet qui est rarement abordé, en fait, quand on parle d’accessibilité numérique, qui est la prise en compte du handicap intellectuel et on va voir que c’est une erreur, parce qu’il y a beaucoup de choses à faire. Donc Claire je te cède toutes les commandes.

Claire Grisard : Alors le timing, il faut tenir le temps. Je suis contente d’être là. Je ne suis pas forcément une spécialiste du numérique, je suis vraiment là pour représenter les besoins des personnes handicapées intellectuelles et sur la question de l’accessibilité et toutes les évolutions numériques, on a pas mal de choses à dire. Je ne vais pas lire toute la diapo. L’Unapei [Union nationale des associations de parents, de personnes handicapées mentales et de leurs amis, NdT], pour ceux qui ne connaissant pas, c’est une fédération d’associations dont la plupart sont gestionnaires d’établissements médico-sociaux où sont accueillies, pour la plupart, des personnes handicapées intellectuelles. Moi je m’occupe des questions d’accessibilité et pour nous les questions d’accessibilité numérique deviennent de plus en plus un sujet important. Il y a des gros enjeux en ce moment pour nous avec ce qu’on appelle un peu schématiquement le passage au tout numérique.

Accessibilité et handicap mental. Je vous ai mis le point de vue des assos parce que, vu de notre balcon, en tant que non spécialistes, on a l’impression que quand on parle d’accessibilité numérique on ne parle quasiment jamais de l’accès pour les personnes déficientes intellectuelles.

Qu’est-ce que l’accessibilité numérique pour les personnes handicapées intellectuelles ? On a le sentiment nous, aujourd’hui, qu’il n’existe pas grand-chose et on peut se poser la question. On a effectivement un certain nombre de règles que tout le monde connaît, les WCAG [Web Content Accessibility Guidelines], le RGAA [Référentiel général d’accessibilité pour les administrations], mais si on recherche précisément qu’est-ce qu’il y a qui correspond aux besoins des personnes handicapées intellectuelles dans ces règles, eh bien on se rend compte qu’il n’y a pas grand-chose. Et pourtant, on peut se poser la question. C’est vrai que c’est un handicap qui est, peut-être, méconnu ou mal connu. Monsieur [Christian Paterson] parlait des troubles cognitifs en disant que voilà, il y a un vieillissement de la population, etc. C’est mal connu. C’est aussi un handicap : les personnes sont peut-être moins militantes parce qu’elles ont du mal à s’auto-représenter, par définition. Et du coup, on a un petit peu ce sentiment d’être un peu pas les laissés pour compte de l’accessibilité, mais un petit peu quand même, et on pense qu’il y a beaucoup de pédagogie à faire au niveau des besoins par rapport à ça. Par contre, comment faire ? La vraie question c’est comment faire et est-ce que c’est une raison pour ne rien faire ?

Nos difficultés, à nous, elles vont être, pour schématiser très rapidement, de deux ordres. Ça va être une question de compréhension : déficience intellectuelle, je schématise là encore, c’est accès au sens, comprendre les contenus. Et puis une question, aussi, en termes d’usages. Les usages numériques nécessitent beaucoup d’apprentissages.

Donc est-ce parce que c’est mal connu ? Est-ce parce qu’on n’a pas vraiment d’appuis, de règles normatives très précises qui pourraient indiquer très précisément aux développeurs comment faire pour s’adresser à ce public ? Est-ce que c’est une raison pour ne rien faire ? C’est une question un peu de provocation. Je représente une association donc je mets un peu les pieds dans le plat. Évidemment, non ! Les personnes handicapées intellectuelles sont des citoyens comme les autres. Elles participent à la vie, de plus en plus, et nous on travaille beaucoup depuis plusieurs années sur les questions d’accès au droit, d’auto-détermination, pour que les personnes puissent, le plus possible, interagir avec leur environnement.

C’est une réflexion qu’on a menée, nous, depuis plusieurs années. Juste pour faire un petit point de comparaison par rapport à l’accessibilité au cadre bâti. Pendant des années, quand on parlait accessibilité, on pensait – je schématise encore – béton, bitume. C’est-à-dire accès au cadre bâti, les rampes d’ascenseurs, les largeurs de portes, etc. Petit à petit on s’est intéressés aux autres handicaps, les handicaps sensoriels, mais pour le handicap mental qu’est-ce qu’on fait ? Concrètement qu’est-ce qu’on fait ? Et donc nous on a eu tout un travail, un petit peu, de pédagogie là encore pour dire, finalement, les personnes handicapées intellectuelles, elles ont besoin de pouvoir comprendre leur environnement, pouvoir s’y repérer, et que c’est ça qui leur permet une vie active. Finalement, on va transposer cette réflexion dans le domaine numérique pour qu’elles puissent comprendre les enjeux, pouvoir s’y repérer et surtout, accéder au sens. Donc nous on a une vraie problématique d’accès au sens, à la compréhension de ce qu’on nous propose. Et, effectivement, quand on va parler technique, quand on va parler code, on va se poser les questions sur comment faire.

Du coup c’est vrai que, par rapport à tout ce qu’on a travaillé en accessibilité, on se demandait si le numérique en général c’était le dernier bastion où, finalement, personne n’avait entendu parler du handicap mental. C’était un peu la question qu’on se posait.

[On indique à Claire qu'il ne lui reste que 5 min] Cinq minutes, c’est bon, je vais tenir, je parle très vite excusez-moi !

On y voit à la fois des évolutions inévitables et, en même temps, des opportunités incroyables aussi, pour les personnes en termes d’autonomie, pour qu’elles puissent se débrouiller par elles-mêmes, ce qui est quand même le but, au maximum. Et puis des opportunités, aussi, en termes d’accompagnement pédagogique. Simplement, on voudrait bien que le train ne parte pas sans ces personnes-là et qu’il y ait des choses qui leur soient proposées, qu’il y ait une réflexion ; au moins qu’on y pense, dans tout ce qu’on va produire et c’est l’objet de ma présence ici.

Quelles solutions ? Je vais aller très rapidement parce que, finalement, j’ai dit en intro, comment dire, qu’on n’avait pas vraiment d’appuis normatifs forts. Qu’est-ce qu’on peut faire, concrètement, pour rendre des contenus accessibles, des contenus numériques accessibles aux personnes handicapées intellectuelles ? Ça c’est la vraie question.

On n’a pas de solutions opérationnelles vraiment très cadrées sur lesquelles on pourrait s’appuyer très fortement. Par contre, nous, dans notre secteur associatif, dans notre milieu médico-social, on a développé des choses qui pourraient utilement être transposées et servir un peu de base pour améliorer les développements pour les personnes handicapées intellectuelles.

L’accès au sens, parce que c’est vraiment la problématique – je ne vais pas parler des usages ici, je ne vais pas avoir le temps – mais l’accès au sens est un vrai sujet. Finalement, qu’est-ce qu’on a besoin pour comprendre ? C’est d’avoir des choses qui soient faciles à lire et à comprendre. Du coup, on a développé depuis plus de dix ans une méthode de simplification de l’écrit qui s’appelle le « Facile à lire et à comprendre »3. Voilà, comme son nom l’indique, on a essayé de faire simple.

Donc là je présente très rapidement, en fait, il y a une méthode qui comprend un certain nombre de règles, je passe les diapos très vite, mais qu’on a développée depuis un bon moment et qui permet aux personnes d’un petit mieux comprendre ce qu’on leur propose en termes d’écrit.

Les règles principales sont des règles de fond et de forme. C’est-à-dire que nous, l’accès au sens, c’est ce qu’on considère comme étant le fond et puis, comme pour d’autres types de handicaps, on va avoir des questions de forme, de lisibilité, de taille de police, etc., qui sont importantes.

Dans le fond, ça va être vraiment des règles d’organisation du document, de structuration, de logique. Finalement plein de règles de bon sens. Et dans la forme, ça va être vraiment des questions de police, de mise en page, etc. Donc je crois que la présentation sera reprise, je passe très vite les diapos sur ces règles parce que ce n’est pas l’intérêt et qu’il ne me reste que deux minutes.

On a un point très important sur les illustrations qui sont aussi un appui fondamental pour accéder à la compréhension et qui sont, pour les personnes déficientes intellectuelles, je le glisse au passage, un appui fondamental pour retenir l’information, pour fixer la mémorisation. Ce n’est pas juste une communication alternative, c’est vraiment pour fixer la mémorisation.

Donc voilà ! Ça ce sont des choses qu’on a développées, à l’origine, pour tout ce qui va être support imprimé, écrit, parce que nous, on est un peu à l’ancienne. On se rend bien compte que maintenant tout passe par l’ordinateur, par les usages numériques et donc on travaille, de plus en plus, à essayer de transposer ça dans le secteur et donc le « Facile à lire et à comprendre », c’est une méthode qui peut utilement se transposer dans le secteur numérique.

Je passe. Il y a des règles que vous retrouverez sur le site internet. Je ne m’attarde pas. Je voulais juste vous présenter : ça c’est un exemple sur de l’imprimé. Donc là, ça ne va vous parler, c’est dans notre secteur, mais en gros c’est juste pour vous présenter visuellement à quoi au final, un travail en « Facile à lire et à comprendre » peut revenir. Donc on a vraiment un travail sur la lisibilité, sur la couleur et sur des termes simples. Je ne décris pas plus la diapo.

Et je voulais juste terminer ma présentation sur un travail qu’on a en cours, qui nous semble très important c’est : finalement, une fois qu'on a fait tout ce travail, est-ce qu’on peut s’assurer que le document qu’on a présenté ou le texte qu’on a travaillé est compréhensible ? Il existait, à l’origine du projet européen qui est à l’origine des règles du « Facile à lire à comprendre », une checklist, une liste de vérifications, qui représentait un ensemble de critères, parce qu’on a bien besoin de critères, quand même, pour objectiver tout ça. Cette checklist, alors là, c’était un cauchemar informatique, elle n’était pas accessible, le site était toujours en rideau et du coup, on se retrouvait sans outil pour permettre de vérifier, au moins si on avait respecté un certain nombre de ces critères.

Donc on a commencé un travail avec Armony ici présente, pour essayer de rependre cette checklist, déjà de l’améliorer, de la rendre accessible, parce que c’était une liste qui n’était accessible que sur un site internet qui ne marchait pas et qui n’était pas accessible d’un point de vue numérique ; donc c’était un peu terrible. Donc on retravaille ces critères pour qu’ils soient plus efficaces et on a commencé un travail aussi pour essayer de voir qu’est-ce qui dans les règles du « Facile à lire et à comprendre », correspondait aux règles très généralistes des WCAG et du RGAA pour la France. Et ça c’est vraiment, à ma connaissance, la première fois que ce travail existe. Donc il n’est pas disponible parce que l’on ne l’a pas fini.

Armony Altinier : C’est de ma faute !

Claire Grisard : Ce n’est pas du tout ce que je voulais dire !

Armony Altinier : Mais je le dis !

Claire Grisard : C’est en cours et l’idée c’est parce que finalement, dans les critères des WCAG notamment, tout ce qui est accès au sens, il y a des critères très généralistes qui disent qu’il faut que ce soit lisible, compréhensible, mais c’est très généraliste. Là, avec les règles du « Facile à lire et à comprendre » en regard, ça va se présenter sur un tableau, en regard on va pouvoir voir, concrètement, quels sont les critères qui peuvent aider un rédacteur ou un contributeur à se rendre plus compréhensible.

Et dernier mot, avant qu’il ne ressorte son papier [référence à la personne présentant le panneau indiquant que le temps est écoulé, NdT][Rires], on voulait, une volonté forte, que ce soit sous Creative Commons BY-SA pour que ça ne reste pas figé, parce qu’on est vraiment dans une ébullition et dans une amélioration constante et donc l’idée c’était que chacun ici présent, et autres, et à venir, puisse l’améliorer à sa guise.

Applaudissements

Stéphane Deschamps, Orange - Boosted

Écouter l'enregistrement
Diaporama de la présentation

Transcription

Armony Altinier : Tout le monde n’y a pas pensé, mais toutes les diapositives seront sous licence Creative Commons et diffusées, et disponibles et donc vous pourrez les récupérer. Maintenant je cède la parole à notre maître du temps, Stéphane Deschamps, qui va nous parler, alors là pour le coup plus technique. Il va avoir un défi pour que ce soit compréhensible par tout le monde, facile à lire et à comprendre. Bonne chance ! Attends, je lance le chrono, il n’y a pas de raison.

Stéphane Deschamps : On attaque à fond ! J’attends ! Bonjour à tous. Content de voir une salle pleine, déjà. Je travaille chez Orange depuis de nombreuses années, dans l’accessibilité depuis 2004, et j’ai rejoint l’équipe qui travaille avec Christian [Paterson] depuis deux mois maintenant. Mon travail est de coordonner d’une part, la diffusion des outils open source d’Orange et d’autre part de coordonner, avec Christian, l’initiative open source et accessibilité au sein de OW2. L’idée étant qu’on mette tous en commun ce qu’on fait pour essayer de tous le faire mieux et puis éviter de réinventer la roue tous les trois/quatre matins.

Dans notre équipe on a développé un certain nombre de choses et on a quatre activités principales qui sont : du soutien aux projets, de la formation – je vais aller super vite –, des outils et des recommandations pour que, notamment quand on travaille avec des agences, on puisse directement leur fournir des recommandations, même si on n’a pas eu le temps de les former ou même si elles n’ont pas la compétence suffisante, pour essayer de limiter les dégâts.

On travaille aussi sur des projets en innovation, qui vont venir améliorer les sites web et/ou les services que des gens peuvent « consommer » entre guillemets, et puis donc on travaille sur une démarche de partenariat et de standardisation au sein de OW2, avec l’initiative open source et accessibilité.

On fait des recommandations sur le Web, sur le mobile. On a écrit un outil qui s’appelle mDAN4, pour démonstrateur d’accessibilité numérique mobile, qui permet, quand vous avez des développeurs qui travaillent sous Android ou sur iPhone – on a les deux versions – on leur donne toutes les règles et on leur démontre systématiquement : ça, ça marche ; ça, ça ne marche pas et référez-vous à telle page des guides d'IHM – vous m’arrêtez dès que je dis un gros mot – des guides interface homme-machines d’Apple et d’Android, pour pouvoir faire des applications utilisables par tous et dans tous les contextes.

Donc on fait des recommandations. On a développé un outil qui s’appelle Confort+5, qui est une extension pour les navigateurs, qui vous permet d’adapter les sites web à vos besoins en plus de la nécessité d’accessibilité des sites web. On peut très bien, par exemple, avoir besoin d’une police plus adaptée à la dyslexie et donc, on va changer dynamiquement la police du site, on va changer les couleurs, on va changer le comportement pour pouvoir, si on est handicapé moteur, sauter de lien en lien sans avoir besoin de toucher ni sa souris, ni son clavier. Voilà !

[Je passe vite sur le reste.]

L’idée de Boosted6, en fait, c’est de s’appuyer sur un framework de développement qui s’appelle Bootstrap, qui est un framework web, qui est très reconnu dans la communauté.

Magali Garnero : Framework ?

Stéphane Deschamps : Framework : bibliothèque de développement, cadre de développement littéralement. Autrement dit, on s’appuie sur un certain volume de code déjà écrit et nous, par-dessus, ce qu’on fait, on part du principe que Bootstrap avait une accessibilité qui n'était déjà pas mauvaise à la base, et donc, dans Boosted, on a forké Bootstrap, on rajoute dessus des composants « chartés » Orange parce que c’était notre besoin premier.

Armony Altinier : Forké ?

Stéphane Deschamps : Pardon ! On fait une copie de ce code source et on l’adapte à nos besoins. On a fait en sorte que ce soit présenté comme des composants Orange, puisqu’on en avait besoin pour nos projets, et puis on avait besoin que nos composants soient réellement certifiés accessibles et donc on a soit complété les composants de Bootstrap, soit écrit nos propres composants, en plus.

Je ne suis pas aussi technique qu’Armony peut le dire, donc je ne saurais pas vous dire quels composants on a écrit, il faudrait que je regarde plus précisément. Tout ça est documenté, tout ça est open source, tout ça est sur GitHub.

Armony Altinier : GitHub ?

Stéphane Deschamps : GitHub ! Là tu m’en veux ! GitHub est une plate-forme de partage de code et de mutualisation, principalement open source, majoritairement open source, pas seulement open source.

Intervenant: Pas complètement.

Stéphane Deschamps : J’ai dit principalement.

Armony Altinier : Ce n’est pas grave !

Stéphane Deschamps : Mais parce que là, avec tous ces adverbes, j’ai perdu au moins une minute sur mes dix. [Rires]

Comment l’open source change l’usage ? Pour nous, avant, c’est simple : les équipes qui développaient des frameworks pour les projets étaient le point d’entrée et de sortie des frameworks. Ça signifie qu’on les développait, on les livrait et après les gens nous disaient : « Il y a ça qui ne va pas », et nous on passait un temps fou à essayer de le corriger. Avec l’open source, on a gagné énormément en productivité, puisque, quand quelqu’un a besoin d’un composant dans son projet il peut, par exemple, commencer à l’écrire et nous, on va venir ensuite l’aider et le compléter s’il y a besoin, comment dire, d’accessibilité poussée sur ce composant, et il va pouvoir le remonter. On va pouvoir aussi le distribuer à d’autres compagnies qu’Orange. C’est ce qui a été fait avec une autre compagnie qui a utilisé ce framework-là en se disant, finalement, c’est du Bootstrap, donc on sait faire. On va prendre Boosted. Ah ben globalement ça marche pareil, qu’est-ce que je dois changer, la feuille de style pour le présenter comme dans ma compagnie on a « charté » les sites. Et pas comme Orange, évidemment, parce que tout le monde n’est pas « charté » comme nous, évidemment. Ça s’est fait, ça se fait.

Donc ça signifie pour nous d’une part, on va avoir contribué directement ou indirectement à une meilleure accessibilité d’un certain nombre de sites qui utilisent Bootstrap et d’autre part, on va gagner du fait que la communauté va pouvoir nous faire remonter des évolutions dont elle a besoin, qui seront parfaites ou pas, peu importe, mais en tout cas nous, on va contrôler ce qui a été fait au final, on ne va pas avoir été obligés de l’écrire.

Donc on a un gain, nous, en termes de productivité et d’avancée du produit. Les projets ont un gain aussi, puisque c’est le service sur étagère. Jusque-là, quand on accompagnait des projets qui faisaient du développement, chacun avait son propre framework et puis chacun nous disait : « Au fait, c’est accessible ou pas ? » On faisait un audit, on s’apercevait que ce n’était pas le cas. On prenait six mois dans la vue, et puis c’était la version 1, et puis on n’avait pas budgété, et puis il fallait attendre la version 2, et puis on prenait deux ans dans la vue, et pendant ce temps-là vos collègues handicapés, ils font quoi ? Ils ont du mal.

[Je suis super rapide, je finirai avant dix minutes ! C'est incroyable!]

Le truc qui est très intéressant pour nous aussi, ce sont les remontées du terrain puisque, jusque-là, globalement, on n’avait que les projets qu’on accompagnait, qu’on avait identifiés. Ça veut dire qu’on savait que telle équipe projet allait développer tel truc. On savait qu’il y avait un besoin d’accessibilité puisqu’il y a toujours un besoin d’accessibilité. On savait qu’il y avait, en plus, une bonne volonté de la part des développeurs et des chefs de projet ; on allait voir ce projet-là, on les accompagnait. Pendant ce temps-là, quinze projets à côté, on ne les accompagnait pas. On est une petite équipe, on est une quinzaine de personnes.

Comment est-ce qu’on arrivait à gérer ça ? Avec ce genre de solution, on commence à avoir quelque chose de meilleur, puisqu’on leur propose sur étagère un framework qui est reconnu. « C’est quoi Boosted ? Ça s’appuie sur Bootstrap. Ah oui, j’en ai entendu parler, dans l’ensemble, je vois que plein de gens l’utilisent. » Ce n’est pas plus bête que ça, mais parfois le bouche à oreille nous sauve. Résultat : les quinze autres projets que je n’aurais pas pu accompagner dans le contexte précédent, il y en a une partie qui va déjà prendre cet outil-là. Cette partie-là, même si je ne les accompagne pas, je vais savoir qu’ils font un travail qui est, au pire, potable, passable, au mieux très bon. Et on n’aura pas été obligés de les accompagner. J’ai multiplié par six l’efficacité de l’accompagnement de mon entreprise.

Donc pour nous, les résultats sont là, puisqu’on a globalement les projets qu’on identifie, qui utilisent Boosted, eh bien ils ont tout de suite un niveau d’accessibilité qui est meilleur, même si on ne les a pas accompagnés, alors que par le passé ils faisaient un petit peu ce qu’ils voulaient, même si on leur disait que c’était une recommandation au groupe d’être accessible. Voilà, quoi ! C’est malheureux à dire, mais l’accessibilité ce n’est qu’un des enjeux parmi plein d’autres enjeux quand on est pilote de projet : on a aussi besoin de sécurité, on a besoin de performance, on a aussi besoin de connexion avec une base de données, on a aussi besoin de tellement de choses que l’accessibilité, malheureusement, arrive souvent vers la fin, et puis voilà ! Vous n’imaginez même pas le nombre de gens, que ce soit en interne Orange ou ailleurs, qui vous appellent deux jours avant le lancement d’un projet en vous disant : « Tu pourrais regarder si mon site est accessible ? Ah, ben non, il faut tout refaire. Ah, ben oui, mais pour lundi ce n’est pas possible ! Je sais ! » Voilà ! Donc on ne peut que constater la catastrophe. En mettant ce produit sur étagère, on a quand même démultiplié l’effort et ça, c’est un gain énorme.

L’autre gain, c’est que les gens qui font l’expertise dans notre équipe, au lieu de venir systématiquement aider les projets sur des règles de base dans le genre « un bouton ça se fait de telle manière, une image ça se fait de telle manière et ça se commente de telle manière », puisque tout ça est déjà réglé dans le framework et qu’en plus, il est documenté, on va pouvoir se concentrer sur des questions plus complexes. « J’ai tel composant qui est assez riche, dans lequel j’ai telle et telle interaction, est-ce que vous pouvez le regarder ? » La réponse précédente, une fois sur deux, c’était : « Je suis vraiment désolé, mais là je suis en train d’accompagner un autre projet qu'ils doivent mettre en ligne », le fameux projet qu'ils doivent mettre en ligne lundi. Et pendant ce temps-là, on ne pouvait pas accompagner ces questions complexes. Donc on leur disait, quand on tombait sur des développeurs pleins de bonne volonté : « Est-ce que tu peux regarder telle et telle ressource en ligne? Et puis dis-nous comment tu y arrives et puis on essaiera de t’accompagner demain. »

Là on commence à pouvoir se concentrer réellement, avec lui, sur la question. « J’ai un truc complexe ! Eh bien, attends, donne, je vais le regarder », parce que j’ai débloqué du temps. Donc les développeurs sont plus autonomes, en anglais on dit empowered, comment dire, ils ont plus la maîtrise de ce qu’ils font et puis, je ne sais pas vous, mais moi j’aime bien faire des choses de meilleure qualité au fur et à mesure que ma carrière évolue, donc généralement les développeurs quand vous leur dites : « Si tu prends ça tu feras du meilleur boulot et tu auras plus d’utilisateurs contents et moins d’utilisateurs qui pestent contre toi », dans l’ensemble ça fonctionne bien. Ça me semble assez humain !

Et puis, c’est un pivot de discussion entre designers et développeurs, puisqu’il y a déjà une base qui a été « chartée », il y a déjà des composants, donc les designers, au lieu de partir dans des délires de designers – ce qui arrive, oui, mais bon c’est leur boulot aussi, on leur demande d’être inventifs donc ils y vont. Là, on s’appuie sur un langage commun, parce que votre développeur quand il dit : « Je dois faire une barre de boutons », généralement le designer comprend ce qu’il veut comprendre, ce qu’il peut comprendre. Et quand le designer explique des choses au développeur, le développeur comprend ce qu’il veut et ce qu’il peut comprendre, aussi. Là, ils sont tous les deux en train de regarder un composant qui existe et puis de décider comment, éventuellement, on évolue la charte, on fait évoluer la charte ; mais en tout cas, ils ont une base de discussion ; ils parlent d’éléments communs qui sont nommés, pour les deux, de la même manière. Il y a les gens du Financial Times, je crois, qui avaient fait un très beau guide de style, dans lequel il y avait une colonne pour les développeurs et une colonne pour les designers, parce qu’on ne parle pas de la même chose, généralement, pour un rendu graphique qui sera le même. En ayant un outil, on a un vocabulaire commun, aussi, et ça, ça permet de mieux travailler en termes de design versus développement.

Prochaines étapes, après j’en aurai fini. On projette de donner encore plus d’outils à nos développeurs et, d’une façon générale, à la communauté, histoire de les rendre plus autonomes. Là encore, c’est bon pour tout le monde : vous ferez de meilleurs produits et puis nous, on aura plus temps pour vous accompagner sur des choses compliquées. On essaye d’intégrer des tests automatiques dans la chaîne de production à travers de l’intégration continue, à travers des outils d’audit automatisés. Et puis, à partir de ça, faire des tableaux de bord pour superviser automatiquement l’accessibilité et puis pouvoir inscrire dans le long terme le suivi de plusieurs projets qui nous semblent critiques et pouvoir dire à un moment donné si ça fléchit : « Attention, il y a un problème d’accessibilité à ce niveau-là », et on peut se concentrer sur eux parce qu’on a débloqué du temps en partageant le reste de notre code. Voilà. Merci à vous.

Applaudissements

Magali Garnero, April - Groupe Transcriptions

'''Écouter l'enregistrement
'''Diaporama

Transcription

Armony Altinier : Je laisse la parole à Magali Garnero de l’April7, etc., qui est très connue sous le nom plutôt de Bookynette et qui a gentiment accepté de venir nous parler du groupe Transcriptions de l’April. À toi.

Magali Garnero : Bonjour. Merci à tous d’être là. Moi je ne viens pas du tout du monde accessibilité. Je pourrais vous la jouer du genre « je viens du numérique » vu toutes les associations qu’a citées Armony. Pas du tout ! Je suis une libraire. Je suis une libraire qui a envahi l’association April – j’aime bien dire envahi parce que je suis un petit peu partout dans l’association – et l’April c’est une association qui fait la promotion et la défense du logiciel libre. On parle beaucoup d’open source, on va dire que le logiciel libre ça respecte les libertés des utilisateurs, ça ouvre le code, bien sûr, mais ça permet de récupérer le code, le modifier, le redistribuer, l’adapter à ses besoins. Bootstrap dont parlait tout à l’heure mon prédécesseur, dont j’ai malheureusement oublié le prénom [Stéphane Deschamps, NdT], désolée, est un logiciel libre que, justement, vous pouvez récupérer, améliorer, le transformer en Boosted et le repartager après.

Dans cette association April il y a un petit groupe, c’est mon groupe préféré, c’est le groupe Transcriptions8. Et notre but, à nous, c’est de récupérer des formats vidéos, des formats audios, qu’on apprécie, et de les transcrire.

À quoi ça sert ? Si un texte, par exemple d’une conférence, celle qu’on est en train de donner maintenant est enregistrée, comment faire pour la retrouver, si elle n’est juste qu’au format audio sur Internet ? Ça va être très compliqué. À moins qu’on se souvienne exactement de l’intervenant, de la date, du lieu, et ainsi de suite, ça va être compliqué de la retrouver. Par contre, si elle est transcrite, cette vidéo ou ce format audio, puisque là il s’agit d’un enregistrement, va être associé à un texte. Et donc là, tous les moteurs de recherche vont pouvoir récupérer tout le texte de cette vidéo et ça sera beaucoup plus facile pour l’utilisateur lambda de retrouver ce qui aura été dit aujourd’hui. Donc au niveau de l’indexation sur Internet, c’est beaucoup plus valorisant d’avoir du texte que d’avoir juste un fichier média.

Pour l’accessibilité, c’est un plus. Pareil. Tout le monde n’a pas forcément accès au format vidéo quand il est sur son téléphone parce que, autant ne pas se leurrer, la plupart des gens maintenant passent leur temps sur le téléphone, mais il y a aussi d’autres personnes qui ont des problèmes de handicap, qui ne peuvent pas forcément entendre ce qui est dit dans la conférence et qui ont des logiciels qui lisent et donc qui lisent le texte. Eh bien une conférence transcrite, forcément, va devenir accessible à plein d’autres gens qui n’auraient pas pu y avoir accès.

Et la dernière grosse utilité, moi que j’apprécie particulièrement parce que j’aime bien citer mes sources, c’est la réutilisation. Quand on a entendu quelque chose dans une conférence, on ne sait pas exactement quels sont les termes qui ont été employés, par contre on se rappelle de l’idée générale. Grâce à la transcription d’un fichier, on peut avoir les termes exacts et pouvoir citer la personne sans trahir ; exactement les mots qu’elle a dit.

Donc c’est vraiment indexation, accessibilité, réutilisation : ce sont les trois maîtres mots de mon groupe de transcriptions.

[Du coup je vais passer les slides parce que là je vous l’ai déjà dit à voix haute.]

Ce groupe de transcriptions, c’est un groupe qui existe depuis 2006. C’est-à-dire que l’April existe depuis 1996, le groupe existe depuis 2006 parce qu’il y a quelqu’un qui s’est rendu compte que ça pouvait être important de garder une trace de certains fichiers. On enregistre tous nos fichiers dans des formats. On n’est pas sûrs de pouvoir les relire dans quelques années. Alors qu’un texte, à priori, sera toujours accessible. Donc il a commencé, c’était Sébastien Blondeel, alias Sbi, facile à retenir, il a commencé à transcrire énormément de fichiers pour qu’on en garde une trace.

J’ai été animatrice de ce groupe-là pendant cinq ans, où j’ai repris le groupe, on a fait beaucoup de, olors nous appelle ça des transcrip-parties, comme certains appellent ça dans install-parties, ou des April camps, et ainsi de suite. Donc des transcrip-parties. Et dernièrement j’ai refilé le bébé à Marie-Odile Morandi. J’en parlais tout à l’heure. C’est la personne qui a demandé si la conférence était enregistrée, puisque c’est elle qui va la transcrire. Voilà !

J’ai marqué en octobre plus de dix heures de vidéos, audios, qui ont été transcrites parce qu’on est un groupe qui est extrêmement actif. On se réunit une fois par mois autour de tomates cerises et de jus de pommes et on transcrit pas mal de vidéos : des conférences, des ateliers de formation, des cours de certains professeurs qui sont envoyés. Bref ! Dès que quelque chose nous semble indispensable pour le futur, on essaye de le retranscrire.

Pour vous donner une idée de ce que c’est exactement de la transcription : cinq minutes de son égalent, à peu près, une heure de travail. Donc c’est une tâche extrêmement fastidieuse, et c’est parce qu’on est extrêmement exigeants. C’est-à-dire que quand on va transcrire quelqu’un, on ne va pas juste transcrire ce qu’il dit, mais par exemple, je me souviens d’une conférence d’Armony. Armony commence sa conférence, c’était à l’Ubuntu Party, elle ne dit rien. Elle va vers une table, elle prend un verre d’eau, elle boit, elle repose le verre d’eau. Puis elle prend quelqu’un dans la salle et elle lui demande de lire le texte. Le transcripteur a dit exactement ce qu’Armony a fait et a dit que ce n’était pas Armony qui parlait, que c’était un membre du public. C’est aussi ça le rôle du transcripteur : c’est d’être fidèle à ce qui passe. On n’est pas là juste pour pondre du texte, on est là pour transcrire ce que l’intervenant veut faire passer comme message. Si l’intervenant arrive habillé en rose fluo parce que, dans son message, c’est important que tout le monde sache qu’il est en rose fluo, le transcripteur mettra une petite note en disant « l’intervenant est en rose fluo pour telle raison ». Quand l’intervenant va parler d’un site internet sur lequel il est important que tous aillent, le transcripteur va rajouter le lien vers le site internet. On n’est pas là juste pour pondre du texte, on est là pour que le lecteur puisse avoir accès à un maximum d’informations.

Je vous parlais des réunions hebdomadaires. On se réunit à la FPH [Fondation Charles Léopold Mayer pour le progrès de l’Homme, NdT]. C’est l’endroit où vous allez aller squatter demain. C’est vraiment un lieu qui accueille énormément les communautés libristes dans Paris.

Les outils du groupe : comme on fait partie de l’April, on utilise essentiellement et uniquement des logiciels libres. Donc on utilise souvent VLC9. Une année on s’est amusés : un nouveau participant qui était un développeur nous a fait un logiciel dont vous voyez le logo, qui s’appelle TGV, Transcription à Grande Vitesse. Si vous retournez l’escargot dans l’autre sens c’est le logo de la SNCF. Mais voilà ! C’était un petit jeu d’humour.

On utilise les wikis, donc pour ceux qui ne connaissent pas ce que sont les wikis, ce sont des plate-formes internet où tout le monde peut participer. Ce sont vraiment des outils collaboratifs. On a une mailing list, parce qu’on fonctionne énormément par Internet, parce que se réunir c’est bien, mais on n’est pas toujours en train de faire du bénévolat au moment où tout le monde se réunit. Il y a des gens comme Marie-Odile qui est retraitée qui transcrit chez elle, en journée puisqu’elle est retraitée, et donc qui nous envoie à la mailing list des choses qui sont à lire.

Et donc nous avons deux pédales de transcription. Je suis désolée, je n’ai pas amené la mienne contrairement à ce qu’avait dit Armony en séance hier. Mais en gros, la pédale de transcription, je ne sais pas si vous voyez les machines à coudre, les vielles machines à coudre. Moi, ma grand-mère elle avait ça : elle appuyait sur la machine à coudre pour régler la vitesse de la machine. En transcription c’est exactement pareil : on a notre petite pédale, alors tous les transcripteurs ne l’utilisent pas, il n’y a vraiment aucune obligation, mais ça permet d’arrêter le fichier son juste d’un clic avec le pied, sans avoir besoin de faire des manips avec le clavier, sans avoir besoin de changer de fenêtre sur son ordinateur ; la pédale fait son travail et, avec un deuxième coup, ça relance la vidéo. Ça pourrait faire sourire parce qu’on peut très bien le faire au clavier, mais c’est un gain de temps qui est incroyable. Et comme je suis une fainéante, j’ai tendance à m’arranger pour que les outils correspondent le mieux à mon problème, sans trop perdre de temps.

Eh bien moi, j’ai tenu moins de dix minutes, parce qu’il fallait récupérer le temps des autres.

Applaudissements

J’en profite juste pour passer un petit message puisque j’ai encore deux minutes, mais ça ne durera pas trop longtemps. Quand on fait du logiciel, quand on est en train de développer quelque chose, si vous attendez la fin de votre développement pour prendre en charge l’accessibilité, vous faites une erreur. C’est comme si, quand vous construisez un énorme bâtiment et que tout à coup vous disiez : « Ah ben tiens, si on mettait une rampe d’accessibilité avec des ascenseurs », parce que ce n’est pas prévu dans l’architecture et du coup, ça prend un temps monstrueux. Alors que si c’était prévu dans les plans dès le départ, on gagnerait du temps, tous ! Voilà ! C’était le petit message.

Armony Altinier : Ça valait le coup. Merci.

Applaudissements

Muriel Larrouy, Délégation ministérielle à l'accessibilité

Écouter l'enregistrement

Transcription

Armony Altinier : Maintenant nous accueillons Muriel Larrouy qui ne va pas nous parler d’accessibilité numérique mais d’accessibilité par le numérique libre. Et montrer à quel point le fait d’avoir des standards ouverts et d’avoir du logiciel libre, des bases sur le logiciel libre, permet d’améliorer l’accessibilité avec l’exemple des calculs d’itinéraires.

Muriel Larrouy : Un petit mot d’abord pour présenter ce qu’est la Délégation ministérielle à l’accessibilité. On est au sein des ministères de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer, du Logement et de l’Habitat durable, et on a comme responsable une déléguée ministérielle ; c’est une fonction qui a été créée en 99. Donc ça commence déjà maintenant à dater. On a des grandes missions. On veille au respect des règles d’accessibilité, alors accessibilité dans le champ de notre ministère : donc on n’a pas l’accessibilité du numérique ; on a l’accessibilité du cadre bâti, on a l’accessibilité de l’espace public, de la voirie. On a l’accessibilité des transports quel que soit le mode de transport, du logement et de l’habitat et des établissements recevant du public. On a en charge les relations avec les associations de personnes handicapées. On travaille et on contribue aux travaux du Conseil national consultatif des personnes handicapées et on a aussi tout un volet de concertation avec les professionnels. Les professionnels c’est, par exemple, des syndicats professionnels comme Cinov-IT ; ça peut être des bureaux d’études ; ça peut être des opérateurs de transport. On passe beaucoup de temps : lorsqu'il a fallu, par exemple, élaborer la dernière loi, l’ordonnance de 2014, il y a eu 140 heures de concertation aussi bien avec les représentants des ascensoristes que les représentants des syndicats de médecins.

Donc bien l’ensemble la chaîne de déplacement et donc, dedans, on a l’information des usagers. Et l’information des usagers c’est là où le numérique rentre en ligne de compte : on a besoin du numérique pour restituer l’information, parce que, quelle que soit l’ampleur du travail qui reste à faire, il y a déjà eu beaucoup de choses de faites et donc il y a des morceaux de réseau de transports en commun qui sont accessibles. Il y a des espaces publics et de la voirie qui sont accessibles. Il y a de l’accessibilité aux cadres bâtis également. Il y a encore des acteurs qui s’engagent, actuellement, sur la mise en accessibilité de leur patrimoine, que ça soit du patrimoine voirie, du patrimoine bâtiment, on commence à avoir déjà des applications locales qui fleurissent et j’insiste bien sur local. C’est-à-dire telle collectivité veut absolument montrer qu’elle a travaillé sur l’accessibilité, donc elle va faire une petite application sur l’accessibilité de sa commune. Mais les développeurs ne vont pas spécialement prendre en compte les volets transports en commun parce que eux ils sont ville, ils vont faire avec les bases de données de la ville et ils vont faire l’accessibilité de la voirie. Ils vont donc dire à la personne mal marchante : « Alors pour faire vos 4 kilomètres de déplacement, on vous propose la voirie. La voirie et pas autre chose que la voirie, puisque nous, on ne sait pas faire avec les transports en commun. Donc on ne vous dira pas que vous allez marcher à tel moment, puis prendre tel bus parce qu’on n’est pas en mesure ; on n’a pas de liens, nous, avec le réseau de bus. » Donc on arrive quand même à des aberrations assez importantes dans les applications qui sont actuellement proposées.

Les autres limites de ces applications proposées, c’est qu’il n’y a pas d’harmonisation. On va dire à la personne : « Votre itinéraire est accessible », mais on ne sait pas ce qu’il y a derrière le mot accessible. Est-ce que c’est une accessibilité, à la rigueur, par type de handicap ? Ça existe sur certaines applications : on vous dit si vous êtes aveugle, en fauteuil roulant, mais vous ne savez pas exactement ce qu’il y aura derrière. Est-ce qu’on tient compte de la pente, de la pénibilité ? Est-ce que les boutons de porte sont renseignés ? Voilà ! Et surtout il n’y a pas d’interconnexions possibles et, généralement, pas d’interconnexions avec les réseaux de transports en commun.

Donc on a un projet transversal qu’on essaye de porter, qu’on essaye de porter avec d’autres acteurs. Et l’idée c’est d’utiliser un modèle de données qui est déjà harmonisé, qui existe à l’échelle européenne et donc, là, on est dans des processus de normalisation. La norme peut aider, ce n’est pas seulement une contrainte, et ça permettrait aux calculateurs d’itinéraires d’être alimentés aussi bien sur la partie transports en commun, la partie voirie, la partie bâtiments et de donner la possibilité à la personne, quand elle part de chez elle, d’avoir l’ensemble de son itinéraire renseigné.

Vous, actuellement, vous pouvez utiliser Vianavigo. On vous donne votre itinéraire piéton jusqu’à l’arrêt de bus ; on vous donne l’itinéraire du bus jusqu’à la gare ; on vous donne l’itinéraire de la gare jusqu’au prochain bus ; mais quand vous êtes avec une déficience, avec un handicap, vous n’aurez pas l’information voirie. Actuellement le STIF [Syndicat des transports d’Île-de-France, NdT], avec l’application qu'il va proposer à partir de la prochaine semaine, vous disposerez de l’information accessibilité sur la partie transports.

Donc à la personne en fauteuil roulant, on pourra dire : « Eh bien voilà : il faudrait que vous partiez de chez vous et que vous alliez à l’arrêt de bus, nous on vous dit que potentiellement c’est cet itinéraire-là à faire, mais on n’a pas la responsabilité, on n’a pas les infos sur la partie voirie, mais sur la partie transports on va vous renseigner ». Donc à partir de la semaine prochaine il y aura déjà un stepde franchi, mais c’est un stepqui demande encore des développements.

Donc voilà ! On est vraiment de l’accessibilité par le numérique, en sachant que l’accessibilité numérique est également derrière. On va faire le lien, par exemple, avec les travaux de recherche qui ont été faits sur comment les applications RATP, par exemple, lorsqu’elles sont utilisées par des personnes avec des déficiences mentales, montrent leurs limites puisqu’il n’y a pas de points de repères. On va dire à la personne : « Vous allez sortir à telle station par telle sortie et, arrivée à l’extérieur, on va vous dire qu’il faut prendre le boulevard trucmuche et le boulevard trucmuche jusqu’à votre point de destination ». On lui dirait : « Vous sortez, vous repérez la pharmacie, vous repérez la boulangerie, vous repérez telle statue », c’est un élément indispensable. Actuellement, les éléments points de repères n’existent pas dans les calculateurs d’itinéraires. Mais les travaux de recherche montrent que c’est un des éléments de l’accessibilité numérique qui permettrait, dans la restitution des résultats, de permettre d’avancer.

Donc IFOPT [Identification of Fixed Objects in Public Transport. Ndt] et Transmodel. Ce sont dans des modèles, on en est déjà à la version 6 donc on n’est pas aux balbutiements. Ce sont des modèles de bases de données et l’avantage que l’on y voit actuellement, c’est que la Commission européenne a retenu ces modèles-là pour obliger les opérateurs ferrés, à l’échelle de l’Europe entière, de restituer leur niveau d’accessibilité via IFOPT et Transmodel.

Donc on se dit que si tous les opérateurs ferrés se mettent à IFOPT et Transmodel sur l’accessibilité, lorsque des régions vont proposer des calculateurs d’itinéraires à l’échelle régionale, ils vont peut-être tenir compte, déjà, de l’opérateur impactant qui est l’opérateur ferré et si l’opérateur ferré leur dit : « Moi je suis sur IFOPT et Transmodel », ils vont peut-être demander aux autres opérateurs de transports d’utiliser aussi IFOPT et Transmodel ; parce que les normes ce n’est pas obligatoire à être utilisé ; il n’y a pas d’obligation.

L’intérêt de ces modèles de données, c’est que, comme ils ont été faits pour les transports en commun, les transports en commun il y a bien le véhicule, mais il y a aussi la gare. Les gares sont des ERP, alors tous les items déterminant l’accessibilité d’un bâtiment sont déjà prévus.

Public : Pardon les ERP ?

Muriel Larrouy : Les établissements recevant du public, excusez-moi, et les points d’arrêt sont également implantés dans la voirie et donc on a également l’ensemble des items qui décrivent la voirie : est-ce qu’il y a l'abaissement de trottoir ? Est-ce qu’il y a la bonne largeur ? Comment est situé l’arrêt de bus ? Est-ce que c’est un poteau, un abri ? Quels sont les équipements que vous trouverez ? Donc en plus on pourrait, avec ces calculateurs d’itinéraires, couvrir vraiment l’ensemble de la chaîne de déplacement.

L’autre avantage de cette base de données, c’est que ça permettrait aussi au gestionnaire de ces environnements, que ce soit environnements de transports, environnements bâtiments ou environnements voirie, de suivre ce qu’il reste à faire. Puisque même s’il ne renseigne pas les items, par exemple niveau de luminosité, niveau de qualité acoustique de mon espace et tout, ils vont se dire : « Ah, mais ça on me le demande ! Il faut peut-être que j’aille mesurer ! » Il va peut-être y avoir aussi, après, des campagnes de mesure de l’intensité lumineuse, de mesure de la qualité acoustique des espaces, et donc ça va être aussi un des éléments pour progresser en matière accessibilité. C’est vraiment le volet plus qualitatif qui est à venir.

Juste un petit message rapide. Le chantier de normalisation, c’est un chantier qui est quand même bien avancé. On a des modèles IFOPT, Transmodel. On a un modèle d’arrêt partagé qui, vraiment, va décrire comment se décrit un système de transport : le quai, l’abri, le poteau, le passage piéton, l’ensemble de l’environnement des arrêts, les bâtiments également. Et on a tout ce qui sont les formats d’échange qui permettent ensuite de communiquer entre les bases, aussi bien sur le temps réel, sur la réalisation de l’offre de services et l’état d’avancement du bus, alimenter les calculateurs d’itinéraires et ça se fait avec un outil qui a un nom que je trouve vraiment très chouette, puisque l’outil s’appelle CHOUETTE. Voilà.

On a comme expérimentation, comme belle opportunité, l’agglomération de Valenciennes qui a été retenue dans un PIA, un projet d’investissement d’avenir, et qui a été retenue sur un projet de calculateur d’itinéraires. C’est récent, ça a été fait au mois d’octobre. Et on a des liens avec PRIMOH, qui est un pôle de recherche, qui est basé à Valenciennes et qui travaille avec l’agglomération de Valenciennes et qui va permettre de tester le calculateur d’itinéraires à l’échelle d’une agglomération avec, quand même, comme gros objectif, l’automatisation du recueil d’informations parce que l’arpentage de terrain par les collectivités territoriales, il faut oublier ! Il va falloir qu’on aille vers la mobilité 3.0 et qu’on ait des process automatisés avec les voitures. On imagine. Il y a déjà eu des projets de recherche sur des camions poubelles qui seraient équipés et qui permettent, en plus, d’avoir la mise à jour de l’information sur des obstacles potentiels au jour le jour.

Tout un champ de travail, alors Paris 8 est dessus. PRIMOH [Pôle Régional de Recherche et d’Innovation en MObilité et Handicap, NdT] sera également dessus, sur comment arriver à faire que les calculateurs d’itinéraires soient en mesure de fournir l’itinéraire le plus adapté en fonction des capacités de la personne, en allant jusqu’à renseigner le type de poignée de porte, si c’est une poignée bouton. Eh bien, pour des personnes qui ont des difficultés de préhension, on ne leur proposera pas l’itinéraire où il y a une poignée de porte bouton à manipuler, puisque ce n’est pas compatible. Par contre, on leur proposera peut-être un itinéraire plus long, si elle n’a pas rempli la case « mal marchante », parce que là, au moins, elle n’aura pas de difficulté de préhension pour ouvrir une porte. Donc ça va assez loin.

On peut vous donner rendez-vous lundi 21 novembre au matin, puisqu’on a une table ronde sur les calculateurs d’itinéraires avec les applications existantes qui relèvent, pour moi, du passé. Une présentation IFOPT et Transmodel qui est le présent et l’avenir. Gérard Uzan, de Paris 8, qui vous montrera des extensions de Transmodel déjà prévues et puis la première application à l’échelle d’une région, qui est le STIF [Syndicat des transports d'Île-de-France,NdT], qui sera opérationnel la semaine prochaine. Alors qu’ils ne pourront pas lancer lundi, mais normalement, dans le courant des jours suivants on aura la nouvelle application basée sur Transmodel et IFOPT de l’accessibilité. Merci.

Armony Altinier : Merci beaucoup.

Applaudissements

OpenStreetMap – Cartoparties et Accessibilité

Écouter l'enregistrement

Transcription

Armony Altinier : Ce sont des choses qui se passent avec OpenStreetMap10, souvent. Ce sont des bénévoles et ça peut vraiment se faire, parce que tu disais que dans les villes on ne peut pas compter sur les collectivités pour aller sur le terrain. Eh bien il y a plein de bénévoles et c’est très sympa, c’est très sympa à faire, qui vont aller relever que tel truc est accessible, tel point il y a une rampe, tel point il y a un obstacle. Et donc ça c’est quelque chose qui peut aussi, il y a un atelier Open Democracy Now mais qui permet aussi de retisser du lien avec les citoyens, organisé par les mairies. Il y en a qui le font. À La Réunion, à Saint-Joseph, ils avaient commencé à le faire. Je dis ça parce qu’il y avait les Rencontres mondiales du logiciel libre, en juillet, et ils en parlaient. Donc ce sont des choses qui peuvent aussi être mises en place.

Muriel Larrouy : Il y a aussi des applications qui facilitent l’intégration de données dans OpenStreetMap. Il y a certaines collectivités territoriales qui les mettent entre les mains de tous leurs agents qui peuvent, justement, démultiplier ces relevés de terrain par tous les agents municipaux qui sont dans la ville, grâce à des outils de facilitation. Et donc, du coup, ce ne sont pas des citoyens volontaires, ce sont également des agents municipaux qui vont rendre de la donnée pour leurs services.

Magali Garnero : C’est vrai qu’il y a une réelle communauté derrière OpenStreetMap et j’ai vu des cartoparties qui étaient organisées juste pour référencer toutes les toilettes d’une ville ou des cartoparties qui étaient faites pour indiquer la signalisation à des cyclistes et ainsi de suite. Il suffit de leur donner une thématique et on trouve toujours des gens pour la mettre en place. Et je pense que ça pourrait vraiment être utile pour votre projet. Ce serait des bénévoles, certes, mais comme c’est un logiciel libre, tout le monde peut y contribuer. Ce n’est pas Google Maps qui va aller vous faire ça.

Armony Altinier : Et du coup je vous coupe. Merci. On continue.

Alex Bernier, Association BrailleNet - EPUB

Écouter l'enregistrement

Transcription

Armony Altinier : Donc Alex, à toi de jouer.

Alex bernier : Bonjour à tous. Je suis Alex Bernier de l’association BrailleNet11. C’est une bibliothèque numérique francophone accessible, qui est destinée à des utilisateurs, aujourd’hui principalement déficients visuels, mais demain d’autres publics qui ont des problèmes pour lire.

En fait, cette présentation fait un peu le lien entre ces deux activités-là, sachant que nos autres activités c’est de la recherche et développement, notamment sur des thématiques comme l’accessibilité de documents complexes, donc des livres de maths, par exemple, avec des équations. Et on organise aussi un forum européen, chaque année, à la Cité des sciences. Voilà pour nos principales activités.

Là je vais parler de livre numérique et de la convergence qu’il y a avec les problématiques d’accessibilité du Web.

Des livres accessibles, pour qui ? Ce n’est pas une liste exhaustive, mais, on va dire, ça représente les principales catégories de personnes qui nous sollicitent aujourd’hui pour avoir des livres accessibles :

  • ce sont principalement les déficients visuels, qui ont besoin de livres en braille ou en gros caractères, ou des livres audio selon le type de déficience visuelle et selon les préférences de lecture ;
  • ce sont les dys, donc les dyslexiques ou les dyspraxiques. Donc les dyslexiques, par exemple, vont avoir besoin de livres multimédia qui permettent de synchroniser une restitution audio avec le texte qui s’affiche à l’écran et, lorsque le texte s’affiche, l’élément qui est prononcé par la synthèse vocale ou par le narrateur est surligné ou affiché dans une couleur différente ;
  • et on a une troisième catégorie de personnes qui nous sollicitent aujourd’hui, ce sont des gens qui ont des handicaps moteurs qui les empêchent de lire des livres classiques parce qu’ils ne peuvent pas ou ils ont des difficultés à tourner les pages. Donc voilà, ils ont besoin de livres accessibles.

Il y a, en France, une pénurie de livres accessibles aux personnes handicapées. Il y a une statistique qui est sortie dans un rapport, il y a quelques années, qui disait que moins de 8 % des bouquins disponibles en librairie existent, quelque part, dans une version accessible. Alors version accessible, ça peut être n’importe quoi : c’est braille, audio, gros caractères, peu importe, mais tout mis bout à bout, ça fait moins de 8 % de ce qui est disponible en librairie. Donc on a cette pénurie de livres accessibles en France et c’est le problème qu’on veut résoudre aujourd’hui, c’est réduire cette pénurie.

Pour la réduire, il y a deux axes de travail : c’est soit adapter des bouquins, ou soit faire en sorte qu’ils soient nativement accessibles.

Donc les adapter, il y a des associations comme BrailleNet qui font ça. Ça demande de numériser des livres ou alors de récupérer des fichiers chez les éditeurs, via la Bibliothèque nationale de France et de retravailler ces documents pour les enrichir, afin d’en produire des belles versions en braille, gros caractères, audio, etc.

Faire du nativement accessible, là, ça implique de sensibiliser les éditeurs et de mettre ce qu’il faut en place dans leurs chaînes de production, dans leurs chaînes d’édition et chez leurs sous-traitants, dans leurs chaînes de création de documents, pour qu’ils créent des documents accessibles et qu'ils « perpétuent », entre guillemets, l’accessibilité tout au long de la chaîne de production du livre.

Pour faire des livres accessibles, que ce soit nativement ou adaptés, on a des standards. On en a un qui s’appelle DAISY. DAISY ça veut dire Digital Accessible Information System. Ce n’est pas Daisy, la compagne du fameux Donald qui a été élu aux États-Unis il n’y a pas longtemps, ça n’a absolument rien à voir ! Et DAISY, c’est un format qui a été créé par un consortium d’organisations12 donc des associations, des bibliothèques, qui se sont regroupées à la fin des années 90 parce qu’elles se disaient que le livre audio sur cassette c’était vraiment insupportable, que c’était lent, il fallait rembobiner, tout ça, on ne pouvait pas naviguer facilement à l’intérieur ; c’était horrible. Donc il fallait faire quelque chose, tirer parti du numérique pour créer un format multimédia qui permette de créer des bouquins dans lesquels on puisse facilement naviguer, et des livres multimédia qui permettent de répondre à des besoins de synchronisation du texte avec une version audio.

Donc DAISY, c’est un format basé sur des technologies du W3C, XML notamment, et puis d’autres technos qui sont moins connues, dont une qui s’appelle SMIL [Synchronized Multimedia Integration Language, NdT] qui permet, justement, de synchroniser différents flux. Et donc ça permet de lire des bouquins en braille, sur une plage braille, pendant qu’on écoute la version audio lue par une synthèse vocale ou lue par un narrateur, tout ça étant synchronisé.

Après, il y a d’autres fonctionnalités sympathiques dans DAISY. On peut facilement naviguer à l’intérieur d’un bouquin parce qu’il est structuré. On peut filtrer certains éléments. Si vous lisez un traité de droit constitutionnel avec trois notes de bas de page par page, eh bien vous pouvez dire à votre lecteur de livres DAISY de vous signaler la présence de notes, mais pas de restituer les notes à chaque fois. Vous pouvez poser des signets à l’intérieur du bouquin, etc. Donc DAISY est un format plutôt sympathique qui a eu beaucoup de succès. Il y a plusieurs millions de bouquins qui ont été adaptés dans ce format-là. Il a tellement eu de succès que les gens du consortium DAISY ont rejoint l’IDPF, donc l’International Digital Publishing Forum, qui est un consortium qui lui, s’occupait, qui s’occupe toujours, du format EPUB. Et donc le consortium DAISY a entre guillemets « noyauté » l’IDPF, pour faire en sorte que toutes les fonctionnalités sympathiques vis-à-vis de l’accessibilité dans le format DAISY soient intégrées dans le format EPUB.

Ça a bien marché. Ça a donné le format EPUB 3, qui est un format, maintenant, multimédia, et qui a tout ce qu’il faut dans sa spécification pour permettre de créer des bouquins accessibles. Et donc il repose aujourd’hui sur HTML 5, SMIL toujours, JavaScript, et d’autres technologies du W3C, voilà, des langages un peu moins connus.

Donc on a une certaine convergence entre les technologies utilisées sur le Web, donc HTML 5, JavaScript et les technologies utilisées du côté du livre numérique. Et c’est d’autant plus vrai que cette convergence va s’accentuer d’autant plus que l’IDPF, donc l’organisme qui standardisait le format EPUB, va maintenant rejoindre le W3C et donc va normaliser le format EPUB au sein du W3C. EPUB va devenir une recommandation émise par le W3C.

Donc c’est pareil, ça va converger au niveau de l’accessibilité. Quand on se demande ce que c’est qu’un livre accessible, on peut s’appuyer sur WCAG [Web Content Accessibility Guidelines, NdT]. Mais le problème, c’est que WCAG définit un certain nombre de règles qui sont très orientées sites web. Évidemment, il y a des règles qui sont pertinentes pour les livres : par exemple créer une structure cohérente du document pour facilement y naviguer ; ça ce sont des règles qu’on a dans WCAG et qu’on va retrouver dans des recommandations pour l’accessibilité des livres. Pareil pour la description des images porteuses d’informations.

Par contre, il y a des problèmes qu’on a en accessibilité du livre qu’on n’a pas trop en accessibilité du Web. Pourquoi ? Parce que les gens sont plus exigeants, souvent, quand ils lisent un bouquin que quand ils lisent un article de blog ou un forum. Par exemple, en braille, en français, on ne doit pas abréger les noms propres ; donc ils ont un traitement particulier. Donc il faut créer, il faut ajouter des règles supplémentaires à WCAG pour traiter ce genre de problématique, qu’on a assez peu aujourd’hui, qu’on n’a pas adressées pour les sites web.

Pareil, quand on lit une page web, bon quand il y a des défauts de prononciation, à la synthèse vocale c’est embêtant, mais ce n’est pas plus gênant que ça. Mais par contre, si on lit un bouquin et que pendant 300 pages on entend Georges « Ouachinton » au lieu de Georges Washington, c’est très pénible. Donc il y a des technos, après, des langages appropriés pour ça. Voilà. Il faut définir des critères pour qualifier ce besoin en termes d’accessibilité pour les bouquins.

Ça ce sont les besoins en termes d’accessibilité des contenus. Mais on a aussi besoin de qualifier les besoins au niveau des outils de lecture.

Ça je ne vais pas trop insister là-dessus, mais aujourd’hui vous avez beaucoup de liseuses, etc., très peu sont accessibles et c’est un vrai problème.

Je parle de cette problématique de livres accessibles à l’Open Software Summit, donc je vais parler de quelques outils. Aujourd’hui, la production de livres accessibles repose sur un outil qui s’appelle le DAISY Pipeline qui est un outil libre, qui permet de convertir différents formats comme, par exemple, des documents XML en voix de synthèse, des documents XML en braille. Il y a des besoins de développement dans ces outils, notamment pour qu’ils supportent bien le braille français. Il y a l’outil EpubCheck, qui est libre aussi, qui est un outil qui permet de valider la conformité à la norme de documents EPUB et on aimerait bien lui ajouter des fonctionnalités pour qu’il puisse valider un niveau d’accessibilité, enfin tout ce qui est automatisable, en tout cas.

Il y a un outil qui s’appelle Readium, qui est un truc qui permet de lire des livres au format EPUB sur différentes plates-formes, donc mobile, desktop, etc. ; ça marche sur des navigateurs.

Et il y a des outils qui n’existent pas. Aujourd’hui, il y a très peu de livres accessibles en France parce qu’il y a beaucoup d’associations qui en font, mais elles ne sont pas forcément toujours très bien organisées. Et puis, il y a beaucoup d’étapes qui se font manuellement quand on veut adapter un bouquin. Donc on a besoin d’outils pour industrialiser la production de livres adaptés, tant au niveau technique qu’au niveau organisationnel, on va dire. On peut réfléchir sur des outils collaboratifs, des outils qui permettent de structurer automatiquement un document. Donc des beaux projets en perspective pour ceux que ça intéresserait et qui voudraient travailler là-dessus et mettre ça à disposition sous licence libre. Voilà. Eh bien ça tombe bien on arrive à la fin et j’ai fini !

Applaudissements

David Monnehay, Société Atalan

Écouter l'enregistrement

Transcription

Armony Altinier : David Monnehay, de la société Atalan, qui va nous parler d’un projet sous licence libre de guides d’accessibilité pour accompagner les projets plutôt Web.

David Monnehay : Bonjour à tous. L’idée c’est de vous parler très rapidement de ce qu’est AcceDe Web13, à savoir un jeu de notices qui ont été conçues pour intégrer l’accessibilité web au sein des projets mais donc dès le début, on l’a évoqué plusieurs fois durant les différentes interventions aujourd’hui. On a souvent tendance à développer et à la fin à se demander si c’est accessible ou pas. On verra donc.

[Oui, comment je fais pour défiler complètement du coup ? Aie ! Le PDF ça va être un peu compliqué. Il va manquer des bouts.]

Armony Altinier : Si, si, on peut.

David Monnehay : Voilà, c’est bon. Merci. Il y a des référentiels qui existent et qui sont disponibles, avant même qu’on ait commencé à travailler sur AcceDe. Il y a évidemment le WCAG. Si vous vous êtes déjà intéressé à l’accessibilité numérique, à l’accessibilité du Web, vous connaissez, édité par le W3C, donc c’est un petit peu le référentiel de référence, international, qui va être repris par différents pays : le RGAA pour les administrations françaises ; on va avoir la même chose au Québec ; la Section 508 un petit peu vieillissante, mais qui est encore en vigueur aux États-Unis, qui est le même principe et de nombreux autres, AccssiWeb dont on a parlé rapidement.

Donc on va avoir de nombreux référentiels, comme ça, qui vont permettre de vérifier, à la fin des projets, est-ce que notre projet web est bien accessible et quels sont les critères à tester ? Et on va nous dire, en fonction de ces critères, c’est accessible ou pas. Le problème de ça c’est qu’évidemment, on l’a vu, ce sont des choses qui arrivent en fin de projet. Voilà, le jeudi on vérifie. Eh bien non, votre site n’est pas accessible. Le lundi il faut le mettre en ligne, comment on gère ?

L’objectif c’était de prendre en compte plus tôt, et en phase de projet, ces critères et ces référentiels.

Le problème de ces référentiels, aussi bons soient-ils, c’est qu’ils ne sont pas adaptés à la gestion de projet. Pourquoi ? Puisqu’on n’est pas découpé sur une problématique de « je suis en phase de conception graphique, qu’est-ce que je dois prendre en compte pour anticiper les problèmes pour mon équipe de développement derrière ? Et qu’est-ce que mes contributeurs doivent savoir ? » Vous avez une suite de critères, qui sont organisés d’une manière très structurée – quand on se penche un peu dedans on comprend très bien comment ils sont structurés – mais si je suis contributeur ou graphiste, je ne vais pas forcément pouvoir parcourir ces critères de manière claire et trouver juste ce qui m’intéresse, moi.

Ils sont complexes à appréhender pour une partie des membres de l’équipe de production : des gens qui ne vont pas avoir un profil technique et qui ne vont pas se « palucher » des référentiels qui sont très volumineux, qui sont quand même destinés à des experts en accessibilité, soyons clairs. Et donc on avait estimé, chez Atalan, que ces référentiels sont un peu obscurs pour une partie de la population qui doit les utiliser et est une des raisons du ralentissement, en fait, du frein à la prise en compte de l’accessibilité dans les projets web.

Donc on a travaillé sur le projet AcceDe Web avec différentes entreprises françaises. Je vais les citer très raidement : Air Liquide, Atos, BNP Paribas, Capgemini, EDF, Generali, SFR, SPI, Société Générale, SNCF, qui nous ont accompagnés sur le projet, qui ont intégré leurs équipes au projet, déjà parce que elles voulaient avoir des référentiels clairs et utilisables au sein de leurs projets. Et elles ont participé, elles ont travaillé avec nous sur comment rédiger des notices simples et compréhensibles pour que les utilisateurs, enfin pour que les personnes qui travaillent dans les équipes, puissent intégrer l’accessibilité de manière la plus simple possible, sans forcément devenir un expert.

Le principe d’AcceDe Web, au sens adapté au projet, c’est que ce sont des recommandations simples, très courtes. On va droit au but, on n’est pas là pour générer du débat. On est vraiment là : vous voulez faire un bouton, eh bien voilà comment il faut faire un bouton, parce que sinon il ne va pas être interprété par tous de la même manière.

Il peut y avoir des discussions sur les autres référentiels, ce sont des référentiels qui vivent et il y a des communautés qui les font vivre ; et des gens qui participent et qui vont donner leur avis et qui vont faire évoluer les référentiels en fonction de la technologie. Mais là, l’objectif d’AcceDe Web, c’est d’être beaucoup plus terre à terre et c’est d’être beaucoup plus concret.

Elles sont synthétiques et opérationnelles. Donc là, vous avez l’exemple d’une recommandation ; elle est dans sa quasi totalité.

Prévoir l’apparence des liens d’évitement. Là on est dans la première notice qui va toucher la partie conception fonctionnelle et graphique. Il y a un critère qui dit « penser à prévoir l’apparence de vos liens d’évitement », comme ça, au moins sur une seule page. Donc voyez, il y a une ligne plus une petite astuce : « L’apparence d’un lien d’évitement "allez au contenu" doit être prévue au sommet d’au moins une des maquettes graphiques ». Ça veut dire que vous demandez simplement à votre graphiste de faire en sorte que ce soit prévu quelque part. Comme ça, quand ça rentre en production, on a une des maquettes qui présente ce lien. On ne l’oublie pas. On va forcément le traiter.

Une petite astuce qui précise qu’un lien « allez au contenu » peut être masqué visuellement et qu’il va apparaître dans certains cas. Donc le graphiste a toutes les informations. On ne voit pas la capture en entier, mais on a une petite capture d’écran dans cette fiche.

Donc on a des critères qui sont très simples. Là on est vraiment sur une phase de conception fonctionnelle et graphisme. Donc voilà. Il faut simplement que je tienne compte de ce critère-là et je sais que je vais pouvoir passer pour ce point un cap en termes d’accessibilité.

On les a donc adaptées à chaque phase des projets de façon à ce qu’on ne demande pas à l’ensemble de l’équipe d’aller fouiller dans toutes les docs pour essayer de trouver l’information.

On a une notice qui va être destinée à la conception graphique et fonctionnelle : tout ce qu’il faut prévoir en amont, tout ce qui va être gestion des couleurs ; on va voir un exemple dans pas longtemps.

Une notice dédiée à la construction des gabarits donc qui sont vraiment les règles en HTML et CSS qui vont être communes à l’ensemble du site.

Une notice qui va aller un petit peu plus loin sur les interfaces riches : en gros, vous voulez faire un carrousel, c’est un élément très courant, comment vous faites ? Eh bien on a mis des extraits de code et on vous explique quel est le comportement qu’on va attendre de ce carrousel. On ne pas rentrer dans un framework spécifique, parce que vous êtes libre d’utiliser la technologie que vous voulez, mais on vous explique « en JavaScript, voilà ce qu’il faudra prendre en compte. »

Et une dernière notice qui va être la contribution éditoriale, puisque l’objectif c’est que votre site vive et que c’est dommage d’avoir un socle très accessible et, au fur et à mesure qu’on va mettre du contenu dedans, va le devenir un petit moins. Donc on va aussi former les contributeurs. En l’occurrence la dernière notice c’est un modèle qu’on va adapter à son ???, à son workpress, en fonction des outils qu’on va mettre à disposition.

Donc l’idée, c’est d’avoir une base de connaissances libres pour les professionnels du Web, donc à réutiliser dans vos systèmes d’information, d’organisation, de recettes et autres. Vous pouvez complètement aspirer le contenu. Vous pouvez faire des liens vers AcceDe. L’idée c’est que vous pouvez l’utiliser vraiment comme bon vous semble dans vos process existants.

Je prends un petit cas d’utilisation rapide. Alors normalement ça, ça apparaît les uns après les autres, mais je n’ai pas fait ça en libre donc ça va être d’un coup.

Armony Altinier : Quelle est la punition ?

David Monnehay : Donc l’idée : en phase d’intégration, on va demander à garantir la visibilité de la prise de focus au clavier. Quelqu’un qui va naviguer avec la touche tabulation doit savoir où il est. On ne le voit pas, il est ici. Si ça n’a pas été prévu en amont par la phase graphique, votre intégrateur va se retrouver « d’accord, mais je dois représenter quoi graphiquement, en fait ? » Là, on va avoir ces deux notices, un critère dans ces deux notices, qui vont nous permettre d’anticiper la problématique. On a un exemple dans la maquette dont l’intégrateur, non seulement sait qu’il doit le traiter, mais en plus il a un point dans sa notice à lui, qui va lui rappeler qu’il faut bien s’assurer qu’en navigant au clavier j’ai le repère.

Un autre cas sur un carrousel. On a un critère qui va demander de prévoir un moyen de stopper les animations. Donc là, on va être en phase de graphique et de conception. C’est un critère tout simple. Là on est sur le site l’Oréal, vous rajoutez un bouton pause sur un carrousel, ça repart en validation pendant deux mois. Ce sont des sujets qui sont quand même assez compliqués. Donc là, c’est prévu en maquette graphique. On envoie comme ça. On a mis un bouton pause. Tout le monde a bien compris qu’en cliquant dessus, on va pouvoir stopper l’animation. Et donc ensuite, en phase technique, on va avoir dans notre notice de composants d’interface riche toute la définition d’un carrousel. Heureusement je dépasse un peu. En gros on a du code HTML basique. On va avoir tout ce qui est comportement au clavier, comportement JavaScript qui va être détaillé.

Il y a un dernier cas qui est un cas de couleurs, en fait. Sur ce site on a de l’orange, du rose, du vert, du bleu, qui sont les couleurs de la marque. Ça c’était la première maquette graphique qui a été réalisée et on a pu se rendre compte, puisque le graphiste a parcouru les notices à l’époque, que, en testant ces couleurs, il y avait un critère qui nous disait d’assurer le contraste entre les couleurs de texte et les couleurs de la forme, pour assurer que ce soit lisible par tous, de la même manière.

En testant ses couleurs, le graphiste s’est rendu compte que l’orange, le vert, le bleu, ne passaient pas, qu’ils ne respectaient pas ce critère. Donc il allait falloir trouver une solution, éventuellement proposer d’autres couleurs. Il est temps, puisqu‘on est en phase graphique, d’aller voir le client en disant : « Est-ce qu’on peut changer entièrement votre charte graphique ? » Vous vous doutez que la réponse a été non. La réunion a été assez courte, d’ailleurs.

Rires

Et donc, du coup, ce qu’on a pu proposer alors qu’on était encore en phase de conception, c’est d’ajouter une fonction d’augmentation du contraste. Le graphiste a pu aussi faire sa déclinaison, alors là on est sur une gamme de gris, puisque c’était le compromis qui fonctionnait avec tout le monde. Après, vu vraiment l’aspect du site en enlevant ces contraintes de couleur, dans la limite où on active la fonction d’activation des contrastes, on a pu la prévoir en conception et donc en développement elle a été prévue. On n’a pas eu besoin de revenir sur le développement pour la prendre en compte.

Voilà. Donc dans les grandes lignes, AcceDe Web c’est la bonne information au bon moment, pour chacun des membres des équipes. Donc c’est une check-list aussi pour le chef de projet. Une fois que je dois valider mes maquettes, avant même de les envoyer à mon client, je peux prendre ma notice de conception graphique et d’ergonomie, vérifier tous mes points et vérifier que tout a été pris en compte.

C’est une façon simple d’impliquer chacun des intervenants à leur étape. En disant voilà : « On a des référentiels. Vous êtes designer, vous êtes intégrateur, vous avez vos référentiels, vous avez votre base documentaire ; c’en est une de plus qu’il faut prendre à votre niveau. »

Et, comme je le disais tout à l’heure, l’idée de les avoir publiées de manière libre, c’est qu’elles puissent être complètement récupérées. Donc là, aujourd’hui, elles sont disponibles en ligne et dans des versions PDF. Mais évidemment, si on doit les réintégrer dans un système différent, dans un Redmine, dans un système de suivi de tracking de blog ou autre, elles sont là pour ça. On a tout un tas de critères à vérifier et donc en fonction du process de qualité qui pourra exister, on va pouvoir se les réintégrer. Voilà, dans les temps, à priori.

Applaudissements

Armony Altinier : Merci beaucoup. 9 minutes 53. On a notre champion !

Antoine Cao, DINSIC - RGAA

Écouter l'enregistrement

Transcription

Armony Altinier : Donc maintenant nous accueillons, pour notre dernière intervention éclair, Antoine Cao, de la DINSIC, qui va nous présenter le RGAA et son cadre réglementaire.

Antoine Cao : Donc la DINSIC, c’est l’acronyme de la Direction interministérielle du numérique et des systèmes d’information et de communication de l’État. En fait, c’est l’équivalent d’une DSI holding on va dire, qui coordonne les travaux de modernisation et de transformation des DSI ministérielles, essentiellement.

Donc on a, entre autres, en charge le fameux RGAA, donc c’est l’acronyme de Référentiel général d’accessibilité pour les administrations qui est, en fait, le cadre réglementaire qui s’impose à toutes les administrations pour rendre accessibles leurs portails et leurs sites web d’information vis-à-vis des usagers, que ce soit les citoyens, etc., dans les démarches et pour tous les services publics qu’ils proposent à travers ces portails. Ce n’est pas que le site lui-même, mais ce sont aussi les applications auxquelles vous pourriez accéder pour faire vos démarches. Elles sont toutes soumises à ce RGAA.

[On va avancer un petit peu. C’est quelle touche ? Je pense que c’est celle-là, là c’est bon. Voilà. Là, je vous ai rappelé ce que c’était. On va passer rapidement.]

Comme c’est une réglementation, en fait c’est la traduction, je dirais, dans la réglementation française de ce qui se fait à l’international et qui a été signalé, déjà, par des intervenants précédents. Et on est conforme, également, à la directive européenne de 2002, etc.

Qui est concerné par le RGAA ? Là on a indiqué, parce que c’était plus simple, toutes les administrations nationales et territoriales ; mais en fait, il faudrait rajouter aussi tous les opérateurs qui sont sous tutelle des administrations. Donc ça s’applique à, moi ce que j’appellerais, tout employeur public. Le mot est plus simple et plus compréhensible. Comme je vous le disais, c’est toute communication dite numérique, vers le public et les agents, ça ne traite pas de l’accessibilité des transports et des déplacements, comme je le disais tout à l’heure, mais c’est vraiment tout ce qui est numérique. Mais ça inclut également tous les documents qui sont mis à disposition à travers les sites et là, on rejoint d’autres problématiques qui ont été soulevées.

Il faut savoir que c’est obligatoire pour toutes les administrations depuis 2012. Et malheureusement, les enquêtes qui ont été faites pour savoir combien il y avait de sites qui répondaient, au moins au niveau 2A, ce qu’on appelle le niveau 2A dans le WCAG, qui est surtout de niveau qui est satisfaisant, eh bien le pourcentage est très faible au niveau des sites de l’administration, on n’est pas un bon élève. Et comme il y a de plus en plus de sites qui se créent, puisque le numérique se développe, eh bien il y a en de moins en moins, je dirais en pourcentage, qui le sont. Donc c’est un peu gravissime.

On verra tout à l’heure, je pense que dans les tables rondes, il y a des questions qui vont venir. Pourquoi ? Qu’est-ce qu’on peut faire ? Etc. La réponse est assez simple.

En fait, ce référentiel général, il ne fait que traduire les grands principes donnés par le WCAG dans sa version 2. Il a été remis à jour, là, pour prendre en compte toutes les normes et standards définis dans le WAI [Web Accessibility Initiative], qui donne des critères qui peuvent être validés par des tests et de façon assez simple : je suis conforme, je ne suis pas conforme sur chaque critère. Donc il n’y a pas besoin de chercher plus loin. Et après, par rapport à l’ensemble des critères, eh bien on mesure le taux de conformité qu’on peut avoir. Donc c’est disponible en libre, le RGAA, et puis toute la méthode. Ça permet de vérifier sa conformité par rapport aux standards WCAG version 2, donc la dernière.

Ça c’est juste un peu historique. Il faut savoir qu’on est bien en version 3, actuellement, du RGAA et on a fait une mise à jour pour 2016 et on est en prépare une autre pour 2017, parce que la technologie numérique, ça évolue extrêmement vite.

Public : Est-ce qu’il est prévu la même chose pour les applications ? Parce que là on parle des sites web, pour les applications ? Quand est-ce qu’il y a un RGAA pour les applications ?

Antoine Cao : Il s’applique aux applications.

Public : Ça n’a pas l’air d’être le retour qu’on a de la part des intervenants !

Armony Altinier : On en parlera après.

Antoine Cao : Oui on en reparlera après. Mais il s’applique aussi, si on lit bien le texte c’est « et aux services numériques ; aux services de communication et aux services numériques ». Derrière le mot « services numériques », c’est ce qu’on traduit « pour les applications ». C’est toujours le problème des textes juridiques en termes réglementaires. Il faut avoir une certaine habitude de lecture.

Techniquement, il est basé sur un dispositif qui est assez connu de ceux qui fréquentent le monde de la problématique de l’accessibilité du Web, donc le dispositif AccessiWeb.

Comme vous aurez le support, je vais passer rapidement, pour tenir le temps.

En fait, on n’est pas partis de zéro, on est partis de l’existant, de ce qui se fait, et on a capitalisé autour et on a transformé nous, après, en référentiel réglementaire.

Capitalisation sur les acquis. Il y a déjà tout un ensemble de gens qui ont été formés et ça permet de réduire les coûts de mise en place, donc le référentiel. L’argent est le nerf de la guerre. Il faut savoir faire des économies.

On disait aussi, il y a beaucoup de gens qui s’intéressent à l’accessibilité et qui font des démarches, qui s’engagent, et il faudrait pouvoir déjà reconnaître ces personnes-là, les mettre en avant par rapport à celles qui ne font rien. Donc on a essayé de mettre en place un modèle d’incitation, au moins pour les administrations. Parce que dans les textes réglementaires, en fait, les administrations sont juste soumises à faire une déclaration. C’est-à-dire : « Je suis conforme au RGAA ». Voilà ! ??? Personne ne va aller vérifier, c’est une déclaration, un peu sur l'honneur, etc., et nous on s’est dit ce n’est pas que ça, c’est tout aussi une démarche de maintenir le contenu accessible, etc. Donc il fallait une incitation et cette incitation, on l’a créée à travers un label qu’on a appelé le label e-accessible14. Voilà. C’est pour encourager vraiment ceux qui s’engagent dedans, et ça va mesurer aussi les efforts qui sont faits, et qui veulent le maintenir, puisqu’il y aura une feuille de route qu’ils présenteront, etc. Donc tout ça c’est renseigné ailleurs. On verra après.

Donc on a mis au point, mais pas aussi bien que celle du Web de tout à l’heure, on n’a pas pris les acteurs. Il faut faire ça dans l’ordre. On a mis un peu dans le désordre, un petit peu. Ce sont des grilles d’audit qui permettent juste, au lieu de parcourir et de vous construire votre grille en lisant le RGAA – un côté ce qu’on reproche évidemment à tous les textes européens c’est qu’ils sont assez épais – là vous avez une belle grille et vous pouvez juste cocher des modèles de rapport si vous faites un audit, une méthodologie de tests, etc.

Donc ça c’est un ensemble de ressources qu’on a mises à disposition. Tout était en licence libre, donc ces documents sont en Creative Commons, etc.

On est en train de prendre en compte d’autres sujets, « Facile à Lire et à comprendre », etc. Je vous mets juste les choses qui sont en cours.

On a prévu également, un peu comme le fait AcceDe Web, des choses pour les développeurs, parce qu’on s’est rendu compte qu’on en avait besoin pour aider les autres administrations quand elles font des appels de prestations, puisque l’administration, vous le savez, fait beaucoup appel à des sociétés de services. On leur demande des développeurs ils vont les amener. Mais si on dit des développeurs qui connaissent l'accessibilité, ils ne connaissent pas, en fait. Donc le problème c’est comment leur faire comprendre ce qu’on attend d’un développeur qui connaît l’accessibilité. Donc on a mis des guides, comme ça, au moins, ils peuvent prendre en compte. \ on s’est rendu compte que ce n’était pas suffisant, donc on est aussi en train de préparer d’autres choses. Et je pense que ça viendra dans les questions.

Je vous ai mise un certain nombre de choses qui sont en cours de préparation, y compris des guides pour la production de livres numériques accessibles et qui prennent en compte le fameux format EPUB qui a été cité précédemment. Donc on fait beaucoup de choses.

Ce qui était complémentaire à faire, c’est pour que les prescripteurs, ceux qui font les cahiers des charges pour les marchés, sachent comment traiter l’accessibilité, faire l’expression de besoin du développeur en accessibilité, parce que sinon ils disent : « Je veux développer un site web. J’ai besoin de machin, il faut que ce soit accessible. » Et là, il y a tout le monde qui répond. Donc ce n’est pas très bon ! Voilà !

Dans la feuille de route, quand on donne un label e-accessible, je l’ai écrit tout à l’heure, eh bien on demande aussi que le service qui obtient ça, il nomme un référent accessibilité numérique. C’est lui qui va être un peu le garant que ça a été bien fait et que ça continue à rester accessible. Ça va permettre de créer une communauté, comme ça, qui va permettre de capitaliser, si on peut tous échanger ensemble entre référents d’accessibilité numérique.

On essaye aussi de travailler sur d’autres souches de produits pour essayer de voir si on peut améliorer leur accès accessibilité.

Armony Altinier : Tu peux le vocaliser, parce qu’il y en a qui ne voient pas et puis on est en transcription.

Antoine Cao : Ah oui, puisqu’on est en train de mener un chantier de réflexion pour permettre, sur une suite bureautique libre qui est assez utilisée, qui s’appelle LibreOffice, on est en train de travailler un chantier de comment on pourrait contribuer, comment l’État pourrait aider à pousser la mise en accessibilité ou améliorer l’accessibilité de LibreOffice. Là j’ai cité LibreOffice qui est un des chantiers, mais je dois dire qu’on en prépare d’autres, mais pour le moment on ne peut pas encore en parler.

Rires

Antoine Cao : Mais ce n’est qu’un exemple. C’est pour vous dire qu’on a pas mal d’idées. Et tout à l’heure quelqu’un avait parlé des projets d’investissements d’avenir, c’est pareil, dans les projets d’investissements d’avenir, nous faisons attention à ce qu’ils aient la qualité, au sens accessibilité. Voilà.

Conclusion

Écouter l'enregistrement

Armony Altinier : Voilà. Donc normalement, là, on devait commencer une table ronde de 30 minutes, censée se finir à 13 heures, et il est 13 heures. Donc deux possibilités : on a la salle donc on peut continuer, ou alors vous mourez de fin et du coup on fait juste la conclusion. Donc voilà, je ne sais pas.

Intervenant : On pourrait commencer la table ronde et après on peut, à la cantonade, donner la parole pour cinq minutes.

Armony Altinier : Pour ceux qui veulent. Tu voulais dire deux mots, Christian.

Christian Paterson : Déjà merci à tous ceux qui ont fait ces présentations aujourd’hui. Je vais juste faire un peu de publicité en dernier mot pour l’initiative Open Source Accessibility qu’on est en train de lancer. Bien entendu, ceux que nous avons entendu aujourd’hui, ce sont les participants qui ont présenté leurs activités pour les différents domaines. Ça pourrait être différents domaines de handicaps, mais ça pourrait être aussi différents domaines où on aborde le sujet. Par exemple les guidelines, l’assistance des différentes sociétés, les frameworks de développement qui sont mis à disposition des autres développeurs. Donc il y a beaucoup de sujets, là, qui se croisent, avec une possibilité et un marché, une population cible, qui est très large. C’est une population qui pourrait nous aider tous à faire avancer le sujet, mais c’est aussi une population qui pourrait être en réception des inventions que nous créons.

Donc moi j’utilise la vision, un peu, d’un client entre le réglementaire, les best practices, les cadres et les outils de développement et, en face, il y a le monde des sociétés de services, de complément, d’assistance et entre eux, dans ce triangle-là, on voit un besoin d’une initiative, comme l’Ppen Source Initiative, pour concentrer ces différents acteurs. Souvent on voit les acteurs dans un domaine, sur une initiative, dans un autre domaine dans une autre initiative, ou les acteurs qui font de l’assistance, mais nous présentent des outils et inversement.

Donc là ce qu’on essaye de faire, c’est vraiment de réunir tout le monde dans une initiative, dans vraiment une philosophie open source, donc par la collaboration. Donc moi je ne veux pas de plus ???, on pourrait discuter ???. Après s’il y a maintenant aussi des questions, oui il y a je pense qu’il y a un petit canal qui se transfère. Déjà merci pour votre initiative. Ça a été super.

Applaudissements

Armony Altinier : Merci Christian. Juste en conclusion, comme il y en a qui vont partir, on va faire la conclusion d’abord, la table ronde après.

Je voulais juste dire l’accessibilité, il faut y aller. Quand on commence à mettre les mains dedans, qu’on n’y connaît rien, on a peur de faire des bêtises, on a peur de froisser des gens ; si on commence à poser des questions, des fois on peut se faire envoyer bouler aussi. Et du coup, ce n’est pas évident et j’ai envie de dire ce n’est pas grave si vous essayez et que vous vous trompez. À coup sur ça va être le cas la première fois, c’est normal, même. Par contre, c’est grave si vous n’essayez même pas ; c’est même un cas de discrimination. Vous avez une obligation d’aménagement raisonnable, c’est-à-dire vous avez une obligation d’essayer et d’y arriver, pour certains, aussi. Mais en tout cas, vous devez au moins essayer et c’est en apprenant. Et le logiciel libre pour ça, et les communautés, le côté communautaire, fait que vous trouverez de l’aide. Voilà, n’hésitez pas. Et juste, je laisse ça en fond qui est la diapositive sur l’AccessCamp de demain. On va essayer d’en organiser d’autres. Je verrai avec Mozilla peut-être pour faire d’autres AccessCamp aussi l’année prochaine. C’est un atelier collaboratif sur l’accessibilité, les logiciels libres et open source. Justement, si vous n’y connaissez rien, que vous avez un peu de temps demain, passez ! Vous pouvez avoir plus d’infos avec l’adresse précise, donc c’est 38 rue Saint-Sabin, métro 5 Bréguet-Sabin. C’est demain de 9 heures à midi, à la FPH. J’en profite pour remercier notamment Vincent Calame qui vient plus tôt nous ouvrir dans des locaux qui sont accessibles, qu’ils ont mis totalement en accessibilité tout récemment, et qui sont très chouettes. C’est près de Bastille. Venez et on en fera d’autres. Essayez de rester un peu au courant, n’hésitez pas à demander de l’aide et allez-y. Et donc maintenant, ceux qui veulent, on reste. On peut poser des questions et y répondre de manière un peu…

Table ronde, partie 1

Écouter l'enregistrement

Transcription

Armony Altinier : Ceux qui veulent y aller, je comprends, vous avez faim, vous avez d’autres choses à faire. Je comprends. Pas de problème. Il y a plein de gens qui restent !

Ah oui, je voulais répondre, j’en profite, du coup, tu n’as pas parlé. Je voulais répondre à la question de Muriel, qui demandait, [est-ce qu’on peut le débrancher, comme ça on s’en sert comme d’un micro ?], je voulais répondre à la question de Muriel Larrouy qui posait la question : le RGAA prend-il en compte les applications mobiles ? On n’en a pas l’impression. Donc d’un point de vue légal, effectivement, oui, il y a une obligation légale de rendre les sites web et les applications et tout ce qui est numérique accessible, y compris les télévisions, etc. D’un point de vue pratique, le référentiel technique du RGAA, c’est juste une méthode d’application des règles internationales. Et aujourd’hui les WCAG, donc les Web Content Accessibility Guidelines, [tout le monde se range en attendant], les WCAG ne prennent pas spécifiquement en compte les applications mobiles. Donc tout ce qui est Web mobile, oui, enfin peu importe la taille, par contre ça ne prend pas spécialement en compte. Et donc il y a une version actuellement en cours, on est à la version 2 de WCAG, il y a une version 2.1 qui est en cours, pour prendre en compte les applications mobiles, qui a été anticipée dans une ressource complémentaire au référentiel technique du RGAA, qui prend en compte déjà, avec une espèce d’extension, pour prendre en compte le mobile mais qui n’est pas formalisée, enfin qui n’est pas rendue obligatoire, puisque l’obligation égale est au niveau européen, puisqu’il y a la directive. Il y a une directive européenne qui est passée le 21 octobre de cette année donc c’est tout frais – le 26 octobre, 21, 26, je ne sais plus, autour de par là quoi ! – et qui oblige l’accessibilité en référence aux règles internationales niveau AA. Donc en France, on est déjà plutôt bons d’un point de vue juridique, par contre l’application pas du tout. D’un point de vue juridique, en tout cas, les textes sont bons. Donc comme on a une obligation juridique de respecter WCAG, si WCAG ne va pas plus loin dans la prise en compte du mobile, il ne peut pas y avoir de règles techniques imposées. En revanche, il y a déjà une ressource qui anticipe un petit peu la version 2.1 de WCAG.

Pour répondre j’espère à la question et peut-être donner la parole à Christian ? Non ? Il va sécher. Parce qu’il me semble que dans OSAi,l y a un projet sur le mobile d’Orange. Ou peut-être à Stéphane.

Stéphane Deschamps : Oui, oui.

Armony Altinier : Oui ! Je ne le connais pas donc je te laisse en parler.

Stéphane Deschamps : Oui. Pour ceux qui seront à Toulouse, au Capitole du Libre, je ferai un exposé un petit peu plus large de tous les outils et toutes les ressources que nous mettons à disposition, samedi à 17 heures 30, de mémoire. D’ici là donc mDAN, démonstrateur d’accessibilité numérique mobile, est une application téléchargeable et installable sur iPhone et sur Android. Malheureusement, je n’ai pas l’URL de tête, là, mais je peux vous la donner pour ceux qui la veulent.

Armony Altinier : mDAN, peut-être en tapant m, d, a, n ?

Stéphane Deschamps : Alors m en minuscule et DAN en majuscules D, A, N. Donc cet outil est une application. Vous lancez VoiceOver sur votre iPhone. Comment il s’appelle ?

Armony Altinier : VoiceOver.

Stéphane Deschamps : Et TalkBack sur Android et vous allez pouvoir lire entièrement cette application comme une personne mal ou non voyante va la lire, comme une personne qui va avoir des difficultés à voir ce qui se passe sur son écran. Et donc on a des éléments très simples de démonstration. Qu’est-ce qui se passe si je fais une image accessible ou pas accessible ? Exactement comme on a des règles pour le faire sur le Web, on a des règles, maintenant, qui sont bien documentées sur Android et sur iPhone pour le faire. Donc cette application donne des cas d’usage et dit : « Voilà comment il faut faire », et puis fournit systématiquement un lien vers la ressource, chez Android ou chez Apple, pour avoir des exemples de code pertinent. Cette application par ailleurs étant développée en open est aussi sur GitHub, et donc vous pouvez directement aller chercher les exemples tels qu’ils sont écrits dans l’application sur GitHub. Là aussi, je n’ai pas l’URL en tête github.com/ de mémoire, orange open source, quelque chose comme ça ou orange tiret open source. Voilà. Il y en a en un qui suit avec un tee-shirt orange, en plus. Vraiment tu as bien fait les choses !

Public : Je suis chez Free !

Rires

Stéphane Deschamps : Voilà.

Armony Altinier : Et du coup tu peux peut-être mettre l’URL.

Stéphane Deschamps : Voilà. D’autres questions ? L’application s’appelle mDAN, m, pour mobile et DAN pour démonstrateur d’accessibilité numérique ; m en minuscule, DAN, D, A, N, en majuscules.

Armony Altinier : Il y a une question ? Peux-tu donner ton nom pour la transcription ?

Yacov :Bonjour, je m’appelle Yacov. Je suis en train de monter une agence web qui s’appelle Bonobo Digital. J’avais une question très bête. C’est sur les pédales pour la transcription, ça m’intéresse beaucoup en fait. Je ne sais s’il est possible de se les procurer, je ne les connaissais pas.

Armony Altinier : J’étais sûre ! Question piège pour Magali !

Magali Garnero : Il existe énormément de modèles de pédales, pas forcément pour la transcription, mais qui peuvent quasiment être toutes adaptées à ça. Il suffit juste d’installer un petit script. Nous, on a un de nos développeurs qui a fait un petit script qu’il appelé pedalbear ou pedalber, je ne sais pas comment on dit ours en anglais, peealbear15, je confonds, peealbear, voilà peealbear, parce qu’il avait fait un petit ours qui s’excitait sur une pédale. C’est un petit script libre que vous pouvez récupérer sur le wiki de l’April au niveau du groupe Transcriptions.

Armony Altinier : On essaiera de mettre le lien avec photo, le script, tout ça, où on peut trouver tout ça, quelque part.

Magali Garnero : Oui.

Public : Pour les gens qui ne connaissent pas, tu peux expliquer le fonctionnement de la pédale ?

Armony Altinier : Eh ben, elle l’a expliqué ! Non !

Magali Garnero : Est-ce que vous voyez le clic des souris, quand vous avez une souris à la main clic droit, clic gauche ? Bon ! Eh bien c’est la même chose, mais c’est avec le pied et il n’y a qu’un seul clic.

Public : D’accord.

Public : C’est pause, lecture, pause, lecture, pause, lecture.

Magali Garnero : C’est ça, exactement.

Armony Altinier : Comment t’appelles-tu ?

Davide : Davide. J’ai une question par rapport à la transcription. En fait, où est-ce qu’on trouve les transcriptions, en fait les textes. Ce n’était pas très clair dans la présentation. Où est-ce qu’on peut lire les transcriptions ?

Magali Garnero : Toutes les transcriptions du groupe Transcriptions de l’April sont sur le site de l’April, donc april.org. Sur la première page, il y a un onglet qui s’appelle « Vidéos », et dans cet onglet-là toutes les vidéos qui sont publiées sur le site sont forcément transcrites.

Armony Altinier : Donc april.org.

Maϊté : Bonjour. Je m’appelle Maϊté. J’ai une question pour Madame Larrouy. Votre expérimentation sur Valenciennes s’étend sur combien, enfin quelle durée ? Et est-ce que vous pensez qu’à terme ce sera applicable partout en France, je veux dire hexagonale et Outremer ?

Armony Altinier : Peut-être que tu peux redonner le contexte ?

Muriel Larrouy : Pour le moment l’expérimentation Valenciennes, le lancement réel ça sera dans dix jours. Donc ce n’est même pas encore ! En fait, ils ont été retenus au mois d’octobre dans le PIA, dans le Projet d’investissement d’avenir, ils ont eu la réponse fin octobre. Donc nous, on a été en contact quasiment dans la semaine qui a suivi et on leur a dit : « Eh bien ça pourrait être intéressant ». Donc là ils sont en train de constituer leur équipe sur les aspects également numériques et bases données. Ils avaient été beaucoup plus sur des équipes capables de travailler sur les mobilités des gens. La question bases de données n’était pas encore très creusée. Voilà ! Ils en étaient vraiment à avoir rédigé un projet. Donc c’est le temps d’un PIA et un PIA c’est trois ans ? Voilà, c’est trois ans, donc voilà ; on fait la réunion de lancement dans dix jours. Donc on en saura un peu plus dans dix jours.

Et le responsable de PRIMOH, Philippe Pudlo, philippe.pudlo@primho.quelque chose – je vous redonnerai l’info – sera là lundi au colloque à la Défense, si vous voulez le rencontrer ou le voir. Il présentera, en partie, le projet, lundi après-midi.

Le PIA a été déposé par l’agglomération de Valenciennes et le porteur de l’application c’est PRIMOH, c’est un pôle de recherche handicap et mobilité à Valenciennes.

Armony Altinier : Alors depuis tout à l’heure !

Intervenant : Une question pour Claire. Je voudrais savoir le nombre de personnes touchées par le handicap mental.

Armony Altinier : Ou intellectuel.

Claire Grisard : Oui. On va dissocier les personnes qui ont une reconnaissance handicap des personnes – j’entends ma voisine dire tout le monde – qui peuvent avoir, à un moment ou à un autre, une limitation d’ordre cognitif. Au niveau du handicap, on est autour de chiffres autour de 800 000 mille personnes reconnues comme telles, handicapées intellectuelles. Après, en termes de besoins, ce n’est pas exactement la même chose. On va avoir tout un tas d’autres personnes qui ont des problèmes cognitifs, momentanés ou durables. Donc là après, on va des personnes âgées, en passant pas les traumatisés crâniens, des personnes qui sont sous médicament parce qu’elles ont une maladie qui limite leurs capacités cognitives, les personnes étrangères. Donc après, d’un seul coup, ce que je disais tout à l’heure sur l’importance d’accéder au sens et à la compréhension, se démultiplie beaucoup plus qu’un public cible handicapé, reconnu, estampillé handicapé intellectuel.

Armony Altinier : J’en profite pour dire que demain à l’AccessCamp, il y aura quelqu’un de la DINSIC, quelqu’un d’autre qui s’appelle Marine ???, et qui va nous parler aussi d’idées, au stade de projets, mais pour faciliter l’accès aux formulaires administratifs, en travaillant, justement, à partir du « Facile à lire et à comprendre ». Donc on voit toujours la question de la conception universelle : ce qui est nécessaire pour les uns, finalement, facilite beaucoup plus de monde.

Intervenant :J’ai une toute petite statistique assez intéressante : on estime, à la louche, que vous perdez 20 % de vos capacités cognitives dès qu’il y a du bruit autour de vous. Ça veut dire qu'au bureau, dans un open space, vous avez déjà un handicap cognitif important. Donc si je vous fournis des interfaces un peu complexes à comprendre, vous avez déjà perdu 20 % du simple fait du bruit autour de vous. Si vous êtes dans une situation de stress vous perdez encore, etc. Donc la plupart des gens, à un moment ou à un autre, sont impactés par du handicap cognitif temporaire. Voilà !

Muriel Larrouy : J’ai l’occasion régulièrement d’intervenir à l’université dans des masters 2 transports, et je leur dis bien que heureusement qu’ils ont un master 2 transports pour être en capacité de prendre les transports en commun. Ça nécessite des capacités cognitives énormes de se mouvoir en ville. Voilà ! Donc le handicap mental, s’il y a autant de gens en voiture, c’est qu’il y doit y avoir beaucoup de gens handicapés. Ils ne sont pas en mesure de comprendre un réseau de bus. Ce n’est pas compréhensible un réseau de bus ! Si je vous demande avec votre ticket t+, qu’est-ce que vous êtes en capacité de faire avec un ticket t+ en Île-de-France, vous n’est pas en mesure de me répondre ! Donc vous allez être handicapé ! Vous risquez d’être en situation de fraude. Lorsque vous vous retrouvez face à une interconnexion un peu complexe, moi je vous mets au défi d’arriver à avoir votre correspondance à Gare du Nord entre deux lignes de trains. Parce que s’ils ne sont pas au même niveau de la gare, il faut avoir compris que c’est zone bleue, zone jaune. Il faut des vraies capacités cognitives pour prendre les transports. Ce n’est pas pour rien qu’il y a des vrais opérateurs qui sont là pour travailler à l’apprentissage de l’usage des transports en commun. Il y a besoin de capacités cognitives ! D’où l’intérêt de simplifier au maximum les informations qu’on va donner.

Armony Altinier : L’autre information ?

Muriel Larrouy : L’autre information : là actuellement on parle pour un tiers de la population française, parce que l’accessibilité au numérique, les dernières études montrent qu’il y a un tiers de la population qui utilise la mobilité 3.0, donc les applications, son téléphone et le numérique sur le téléphone. Un tiers de la population qui l’utilise uniquement à la maison derrière son ordinateur portable. Et donc là, vous êtes quand même sur une autre frange de la population. Et vous avez un tiers de la population qui n’utilise jamais le numérique. Et sur ce tiers de population, ce sont des gens qui n’ont pas d’adresse internet, qui n’ont pas de connexion internet chez eux, qui n’ont pas de connexion sur un téléphone. Donc voilà ! On a encore une grande frange de la population qui n’a pas l’accès au numérique, du tout !

Armony Altinier : Et c’est important de le rappeler, parce que ça peut être vécu comme une violence, quand il y a certains services qui disparaissent dans le monde physique et qu’on n’a plus qu’au niveau numérique. On a vu ça pour le paiement des impôts où, du coup, dans les maisons de retraite, etc., ils ont été obligés de mettre des gens spécialement sur place. Si, en plus, c’est compliqué et pas accessible ! En fait vous bloquez l’accès à des citoyens qui ne sont plus considérés comme des citoyens comme les autres. D’où l’importance aussi sociétale.

Claire Grisard : Une vraie discrimination !

Armony Altinier : Claire.

Claire Grisard : C’est une véritable discrimination. On parlait, on a beaucoup parlé, de la fracture numérique en termes d’équipement, de taux d’équipement, d’accès financier à un équipement. Et aujourd’hui, on parle de plus en plus de la fracture numérique en termes d’usage, de compétences et au-delà de ça, eh bien si on ne peut pas un, s’équiper ou avoir accès à un moment ou autre à un équipement ; deux, réussir à faire fonctionner le bazar ; trois, comprendre ce qu’on nous dit et quatre, remplir ses devoirs de citoyen comme payer ses impôts ou remplir un formulaire CAF, ou x ou y , eh bien là, on tombe directement dans le champ de la discrimination. Et ça, pour les associations, c’est un vrai enjeu. Et évidemment, au-delà de tout ça, il y a l’enjeu de l’accessibilité numérique et des contenus.

Christian Paterson : Je vais mentionner une autre chose que nous n’avons pas trop mentionnée pendant cette discussion-là. Mais je pense que ça mérite aussi d’être porté en visibilité. C’est le fait que l’accessibilité en elle-même pourrait être vue comme un driver vers l’innovation, dans le sens qu’on a les services, maintenant, qui commencent à arriver, par exemple les services de Google, Apple, etc., qui les comprend, analyse les photos, pour ajouter les tags sur le fait qu’il y a une photo qui porte un chien ou un chat, etc. Donc toutes ces technologies qui sont en train d’être développées dans le sens d’intelligence artificielle, pourraient aussi être vues comme les aides et les innovations qui vont faciliter la vie pour nos accès en sens handicap, si on cherche un peu plus loin que les évidences. Donc le fait que j’ai une photo d’un chat. OK ! Eh bien on pourrait aller plus loin. Combler ces technologies avec, comment on dit, l'augmented reality, pour que, quand je me balade avec mon téléphone, je pourrais commencer à dire il y a une photo, il y a un x, il y a un y. Donc il y a plein de choses qui pourraient être faites dans le sens de l'innovation, qui n’est pas une innovation, on va dire, directement ciblée à l’accessibilité, mais, en réalité, va vraiment insister sur la notion d’accessibilité.

On comprend aussi le fait qu’on est en train de transformer la façon de lire, vers un mode électronique : les livres électroniques, avec la facilité d’augmenter la police. Également à pôle, récemment, ils ont lancé un service de télévision pour les enfants, j’ai vu. Mais la télévision pour les enfants, ils ont quelques livres qui sont affichés à l’écran et quand il y a quelqu’un qui parle, il y a les mots qui sont mis en relief pour faciliter l’apprentissage de la lecture, etc., pour les enfants. Pourquoi pas aller plus loin ? Justement « Facile à lire et à comprendre », etc. Je pense qu’il y a plein de choses que nous faisons au niveau innovation qui ne sont pas directement ciblées, mais éventuellement, en fait, pourraient vraiment faciliter cette notion d’accessibilité. Là il y a un enjeu, je trouve.

Table ronde, partie 2

Écouter l'enregistrement

Transcription

Armony Altinier : Bookynette, qui avait une question.

Magali Garnero, Bookynette : En fait, puisqu’on parlait d’accessibilité je voulais mettre un petit peu de lumière sur une association qui s’appelle Framasoft, qui publie des Framabook16 qui sont aussi sous format EPUB. Alors les Framabook, le principe c’est que vous pouvez acheter le format papier, mais vous pouvez télécharger légalement et gratuitement, librement donc, leurs livres sous format EPUB et ce sont des livres qui sont accessibles. C’est-à-dire que derrière, vous avez une équipe de plusieurs personnes qui s’arrangent pour que le livre soit vraiment lisible, respecte tous les critères qu’on a vus jusqu’à présent. Et eut-être que monsieur BrailleNet les connaît, mais en tout cas, si tu ne les connais pas, viens les chercher sur les stands. C’est cadeau puisque c’est libre !

Armony Altinier : Et j’en profite pour remercier l’excellent travail de Kinou, Christelle Thomas qui, à la main, va rendre les choses accessibles et qui est extrêmement pointilleuse, sur les Framabook. Tu voulais ou pas, Alex ?

Alex Bernier : Pas spécialement. Je les connais. J’ai déjà testé l’accessibilité, je confirme. Voilà.

Armony Altinier : Donc Alex qui est aveugle, pour que les gens… Je dois juste dire, j’en profite parce que ça fait vingt minutes, qu’on a dépassé notre temps, que la salle reste bien pleine. Et je remercie vraiment à la fois les intervenants d’être restés et tout le public. On peut continuer encore un peu, normalement encore dix minutes. En tout cas un grand merci et franchement je ré-insiste, twittez-le, mettez bien le hashtag #OSSParis16 pour dire que c’était un grand succès, qu’il y avait du monde, que les gens sont restés, pour que la session soit maintenue l’année prochaine. Voilà. Il y a encore une question.

Lise : Je m’appelle Lise. J’ai été surprise au niveau de l’accessibilité du POSS, en fait, notamment l’absence d’interprètes en langue des signes. Je ne sais pas s’il y avait d’autres mesures qui étaient mises en place. Je ne sais pas s’il y a des associations qui proposent, justement, de l’interprétariat ou si, pour l’année prochaine, on pourrait faire des suggestions en appuyant de façon conjointe.

Armony Altinier : Ça fait deux ans que je fais les suggestions. Donc cette année on a une session accessibilité, c’est déjà bien ! J’ai fait des guides pour les orateurs. L'année prochaine peut-être – pas peut-être, c’est sûr – on améliorera le site internet de POSS, que ce soit le blog ou le site – ce sont des vraies catastrophes en termes d’accessibilité, à tel point que j’ai été obligée de tout remettre sur mon blog perso, le programme, etc., pour le diffuser, parce que je sais que sinon certaines personnes ne pouvaient pas y accéder. Donc oui, c’est un vrai problème ! Pareil vous pouvez le tweeter. Pour trouver l’ascenseur, parce que j’ai une béquille donc j’ai besoin de l’ascenseur, les gens ne savent même pas où il est. Il y en a un quand même, donc ça c’est bien ! Mais du coup je suis d’accord, il y a des choses à faire. Après, on peut dire qu’il y a quand même une amélioration. C’est un peu comme sur la parité où c’est un combat aussi, voilà, que j’essaie de mener. Il y a du progrès. Je crois que, globalement, à force, ils ont fini par entendre. Donc faites du bruit que je ne sois pas toute seule à parler là-dessus.

Magali Garnero, Bookynette : Plus on sera nombreux à exiger ce genre de choses-là, donc c’est Bookynette, plus on sera nombreux à exiger justement le langage des signes, l’accessibilité et ainsi de suite, mieux on sera entendus. Parce que la pauvre Armony, elle a beau demander, elle est toute seule. Donc le nombre fait la force.

Armony Altinier : Je suis de moins en moins toute seule, quand même, je tiens à le dire. Non, non, mais c’est vrai, ça commence à porter. On a fait un code de conduite, par exemple, mais qui n’est pas publié, parce qu’il a été, genre validé la semaine dernière, c’était un peu court, mais enfin! Donc un code de bonne conduite pour éviter les discriminations, pour favoriser l’inclusion, pour éviter les remarques sexistes, les choses comme ça qu’on trouve parfois, souvent, sur les salons, informatiques en particulier. Voilà ! En particulier, mais pas seulement. Et donc ça a été adopté la semaine dernière, donc ce n’est pas applicable maintenant, mais du coup, ça veut dire qu’il y a du progrès. Je crois que les gens y sont sensibles, donc vraiment faites des remarques, n’hésitez pas ! Plus il y aura de buzz, plus ils vont se dire ah oui, ce n’est pas juste une lubie d’Armony. Il y a des gens, vraiment, derrière qui sont intéressés.

Cindy Jeanblanc - Makina Corpus : Juste, vous avez parlé à un moment donné de comment on se repère dans le salon. Je pense que si le POSS ou si l’organisation du POSS avait dit : « Y a-t-il des technologies qui seraient mises à disposition, gratuitement, pour améliorer ? ». Je sais que nous on a un projet de R&D de Makina Corpus, de, justement, création de documents en relief et lecteur de documents en relief interactifs. On aurait pu, justement, constituer avec peut-être un de nos partenaires, comme l’Institut des jeunes aveugles ou d’autres partenaires, un plan en relief ; on vous montre comment ça fonctionne ; en plus c’est un logiciel libre, il est accessible sur GitHub, vous pouvez le télécharger gratuitement et on aurait pu ! Voilà. Je pense que c’est aussi demander aux acteurs qui ont des outils, qui participent à des projets de recherche de dire : « Qu’est-ce que vous pourriez faire pour améliorer l’accessibilité au POSS, pour aussi vous mettre en avant, montrer que les entreprises de l’open source pensent aussi à l’accessibilité. »

Armony Altinier : Donc oui. Avec Magali je sais aussi qu’elle participe à l’organisation à POSS, notamment sur le village du Libre, donc je sais qu’on sera au moins deux à dire ça. Et je suis persuadée, effectivement, qu’il y a pas mal d’entreprises, de professionnels, qui seraient prêts à contribuer soit en termes de sponsoring pour financer de la vélotypie, par exemple, qui serait, en plus, utile pour de la transcription ; la LSF ; peut-être même des partenariats avec des écoles, des stagiaires qui pourraient accompagner. Ne serait-ce que le formulaire d’inscription, ce serait bien qu'il soit un peu plus accessible. Des choses comme ça. Je pense qu’il y a du travail !

Après, encore une fois, vous vous souvenez de ma diapo de conclusion qui disait vous devez essayer et ce ne sera pas parfait du premier coup. On a quand même déjà une première session. Il y a des choses qui ont été faites. Donc c’est en anglais :It’s okay if you try and fail, but it’s not okay if you fail to try

Armony Altinier : Voilà ! C’est-à-dire que ce n’est pas grave si… Ce n’est pas parfait, on le sait. Je crois qu’il y a quand même une vraie prise de conscience et grâce à vous ça va porter aussi le fait de dire, parce qu’ils avaient déjà essayé à l’Open World Forum de faire une session qui n’avait pas eu le succès attendu. Donc de dire voila, c’est quelque chose, il faut y aller et je suis persuadée que l’année prochaine, rendez-vous, on fera un bilan. Et j’espère, non ce n’est pas j’espère : ce sera mieux, je ne sais pas à quel point ce sera bien, mais en tout cas ce sera mieux et je m’y engage.

Intervenante : Il y faudra même une salle plus grande.

Armony Altinier : Il faudra une salle en plénière : 500 personnes. Oui, Bon ! Merci beaucoup à toutes et tous.

Merci à toi aussi !

Applaudissements

16 May 2017

Carl Chenet

Booster automatiquement les toots intéressants de Mastodon avec le bot Boost

Le 16 May 2017 à 22:00:08

mastodonSur le réseau social Mastodon, vous vous abonnez à des utilisateurs très sympas comme par exemple Carl Chenet ;p et à chaque fois qu’il utilise une marque particulière comme #Mastodon, vous avez remarqué qu’il s’agit d’une bonne remarque car il connaît son sujet et vous souhaitez la partager en la boostant à vos propres abonnés. Mais comme tout le monde vous avez parfois besoin de dormir et donc automatiser cette tâche vous semble important.

Ne cherchez plus, utilisez simplement le bot Boost !

À propos de Boost

boost-gitlab

Exemple complet d’utilisation de Boost

Bien, on va donc mettre en place le bot Boost afin de booster automatiquement les toots du compte de Carl Chenet quand il utilise le mot-clé #Mastodon. Nous commençons par installer Boost :

# pip3 install boost

Nous allons créer un utilisateur dédié sur le système avec les répertoires /etc/boost pour les éléments de configuration et /var/lib/boost pour les données :

# adduser --home /var/lib/boost --gecos "" boost
# mkdir -p /etc/boost/credentials /var/lib/boost
# chown -R boost:root /etc/boost /var/lib/boost

Générons maintenant l’autorisation de notre application afin qu’elle puisse utiliser notre compte Mastodon :

$ register_boost_app

Il suffit de répondre aux questions qui sont posées par l’application. Si les éléments de configuration sont corrects, deux fichiers sont générés qui contiennent nos autorisations, boost_usercred.txt et boost_clientcred.txt dans votre répertoire courant.

Nous écrivons maintenant la configuration de Boost :

[mastodon]
users_to_boost=carlchenet@mastodon.social
instance_url=https://mastodon.social
user_credentials=/etc/boost/credentials/boost_usercred.txt
client_credentials=/etc/boost/credentials/boost_clientcred.txt

[boost]
only_if_hashtags=Mastodon

[sqlite]
sqlitepath=/var/lib/boost/boost.db

Bien, expliquons cette configuration en détail :

  • Dans la section [mastodon] :
    • users_to_boost est une liste des comptes Mastodon des utilisateurs intéressants, séparés par une virgule
    • instance_url est l’URL vers votre instance Mastodon
    • user_credentials est le chemin vers le fichier boost_usercred.txt, généré par la commande register_boost_app
    • client_credentials est le chemin vers le fichier boost_clientcred.txt, généré par la commande register_boost_app
  • Dans la section [boost] :
    • only_if_hashtags définit une liste de mot-clé (sans le # devant) séparés par une virgule qui identifieront les toots à booster
  • Dans la section [sqlite] :
    • sqlitepath est un chemin vers le fichier de base de données qui contient l’identifiant des toots déjà boostés.

Notre configuration de Boost est maintenant prête. Si nous voulons éviter d’automatiquement booster les derniers 20 toots correspondant aux critères définis, nous allons lancer pour la première fois Boost avec l’option de la ligne de commande –populate-database :

$ boost --populate-database --config /etc/boost/boost.ini

La prochaine exécution de Boost avec la commande suivante boostera automatiquement tous les toots correpondant à nos critères :

$ boost --config /etc/boost/boost.ini

Pour nous éviter de lancer cette commande à la main, nous ajoutons une ligne dans notre crontab pour exécuter de Boost une fois par heure :

0 * * * * boost boost --config /etc/boost/boost.ini

À consommer avec modération

L’utilisation de Boost vous permet d’automatiquement apporter du contenu à vos abonnés. Il faut toutefois choisir avec intelligence vos critères afin que le contenu apporté reste cohérent avec ce que vos abonnés recherchent en vous suivant. Donc comme avec chaque processus d’automatisation, un peu de réflexion à la mise en place et tout le monde sera content.

… et pour finir

Pour soutenir mon implication dans le Logiciel Libre et mes articles sur ce blog, n’hésitez pas à donner via ma page Liberapay, même à hauteur de quelques centimes par semaine 😉 Mes adresses Bitcoin, Monero et Ğ1 sont également disponibles sur cette page.

<noscript></noscript>

15 May 2017

Matthieu SAULNIER

Upgrade vers Windows 8

Le 15 May 2017 à 20:42:50

C'est avec un peu de retard que je me suis lancé dans la mise à jour de mon vieillissant W7 vers Windows 8. Je vous passe les détails techniques, c'est un peu toujours la même rengaine. Par contre, je trouve l'interface formidable, quel design, quelle esthétique... On voit bien là le résultat de 30 ans de recherche. J'ai pris la liberté de customiser le thème, on se refait pas ^^

Capture_du_2017-05-15_22-23-08.png

'ttendez, comment ça « fake » ?...

(Vous aussi, surprenez vos amis avec XFCE ;))

14 May 2017

Carl Chenet

De l’importance de bien choisir son instance Mastodon

Le 14 May 2017 à 22:00:27

mastodon

Pour rappel, Mastodon est un nouveau réseau social, décentralisé et basé sur un logiciel libre qui se développe rapidement (déjà 600000 comptes). Ayant créé mon compte il y a environ un mois, j’ai rapidement accroché et déjà écrit deux outils pour ce réseau social, Feed2toot et Boost.

Il m’apparaît avec un peu de recul important de souligner l’importance de bien choisir son instance Mastodon.

Quelques rappels sur le fonctionnement de Mastodon

Une précision rapide est nécessaire sur le terme décentralisé. Pour Mastodon, la décentralisation est réalisée grâce à une fédération entre différents serveurs informatiques, appelés instances, chacun géré de façon complètement indépendante. Votre compte utilisateur est créé sur une instance particulière. Vous avez deux choix :

  • Créer votre propre instance. Cela demande des compétences techniques importantes.
  • Créer votre compte utilisateur sur une instance ouverte au public. Cela s’avère le moyen le plus simple et le plus rapide de commencer à utiliser Mastodon.

Il est possible de migrer votre compte utilisateur d’une instance à l’autre, mais cela demande une démarche particulière qui peut être relativement laborieuse, selon vos affinités pour les manipulations techniques et le nombre de vos abonnés qu’il faudra prévenir de votre changement de compte. En effet il va falloir à cette occasion créer de nouveau un compte sur une nouvelle instance et importer trois listes : celle de vos abonnés, celle des comptes que vous bloquez et celle des comptes que vous avez rendus silencieux.

Plusieurs points découlant directement de ce fonctionnement vont donc nous intéresser, points  techniques et humains.

La bonne gestion technique de l’instance

Si le modèle du réseau social Mastodon est bien décentralisé, avec plus de 600000 utilisateurs et plus de 1500 instances existantes, le cas typique de fonctionnement consiste à créer son compte sur une instance ouverte. En effet créer sa propre instance relève du parcours du combattant pour le commun des mortels. Et donc une dépendance forte à l’administrateur technique de votre instance se créée.

mastodon-map

Votre administrateur technique va devoir assumer plusieurs contraintes pour assurer la pérennité du service, avec du matériel performant et des sauvegardes régulières. Cela a un coût, en temps et en moyen.

Au niveau temps il paraît judicieux de privilégier une équipe d’administrateurs plutôt qu’une personne isolée, les événements de la vie pouvant faire évoluer très rapidement les centres d’intérêt de chacun. Framasoft propose par exemple sa propre instance Mastodon nommée : Framapiaf.

Au niveau des moyens financiers, on voit naturellement fleurir les demandes de dons via Patreon par les administrateurs d’instances ayant un nombre important d’utilisateurs et on peut comprendre pourquoi : héberger ou faire héberger un serveur a un coût.

L'instance Mastodon de Framasoft : Framapiaf

L’instance Mastodon de Framasoft : Framapiaf

La ligne idéologique de votre instance

Autant on pouvait soupçonner les points techniques précédents depuis l’explosion récente de l’utilisation du réseau social Mastodon, autant le point évoqué ici semble avoir pris un peu tout le monde de court. En effet les instances affirment peu à peu leur « culture », leurs actions revendicatrices et leur propagation d’idées sur ce réseau social.

Tout pouvoir étant donné à l’administrateur d’une instance sur son instance, ce dernier peut en effet interdire sa propre instance de communiquer avec d’autres instances mais aussi interdire aux utilisateurs de son instance d’interagir avec des comptes d’autres instances.

Alors que tout le monde considérait avant tout les grands avantages de la fédération d’instances, cette autonomisation partielle de certaines instances vis-à-vis de la fédération en surprend plus d’un. Cas d’école récente : l’interdiction par l’administrateur de l’instance Unixcorn.xyz à ses utilisateurs de lire le compte d’Aeris hébergé lui sur sa propre instance a provoqué un séisme avec de nombreuse répercussions, séisme que j’ai nommé #AerisGate tant il est symptomatique des différences d’approches, de la modération possible et de son acceptation par les uns et les autres sur Mastodon.

Exemples de règles très précises d'une instance

Exemples de règles très précises d’une instance

Si vous n’administrez pas votre propre instance, au moment de choisir celle sur laquelle vous souhaitez créer votre compte, soyez sûr que les contenus que vous allez poster entrent dans le cadre des règles et de l’idéologie revendiquées par l’administrateur de l’instance. Oui je sais, cela peut paraître surprenant a priori, mais comme énoncé précédemment, vous dépendez de l’infrastructure de quelqu’un, qui peut avoir une démarche idéologique vis-à-vis de l’hébergement qu’il propose sur Mastodon. Évitez donc – par exemple – si vous êtes un nazi d’ouvrir votre compte Mastodon sur une instance LGBT extrême gauche. Vvotre compte ne resterait pas longtemps ouvert.

La ligne de modération est décrite dans la page « about/more » de votre instance et peut contenir des éléments idéologique.

mastodon-aboutmorePrécisons également que, comme indiqué plus haut, par la nature décentralisée de Mastodon, aucune autorité centrale ne peut être contactée en cas de conflit avec l’administrateur de votre instance. Aucun recours donc s’il décidait de ne pas suivre les règles qu’il a édictées lui-même.

Un peu de réflexion avant la création de votre compte

Dans le cas où vous souhaitez donc créer votre compte sur une instance que vous ne contrôlez pas, deux éléments sont donc à vérifier : la disponibilité du service dans le temps, souvent liée à l’administrateur ou à l’organisation administrant l’instance et l’orientation idéologique de votre instance. Ces deux éléments vous permettront de faire grandir votre compte en toute sérénité, sans vous exposer à des problèmes de disponibilité du service ou à découvrir un matin que votre compte a été fermé pour n’avoir pas suivi la ligne idéologique de l’instance.

… et pour finir

Pour soutenir mon implication dans le Logiciel Libre et mes articles sur ce blog, n’hésitez pas à donner via ma page Liberapay, même à hauteur de quelques centimes par semaine 😉 Mes adresses Bitcoin, Monero et Ğ1 sont également disponibles sur cette page.

<noscript></noscript>

april.png Nouvelles April

Quelle éthique pour les développeurs - Guillaume Champeau

Le 14 May 2017 à 14:22:08

Guillaume Champeau

Titre : Quelle éthique pour les développeurs ?
Intervenant : Guillaume Champeau
Lieu : MiXiT - Lyon
Date : Avril 2017
Durée : 27 min 32
Visualiser la vidéo
Licence : Verbatim

Description

Les développeurs ne sont pas des machines qui programment d'autres machines, mais bien des hommes et des femmes doués de conscience dont les lignes de code qu'ils produisent peuvent avoir un impact important sur la société. Quelles sont les règles en matière d'éthique pour les développeurs et les startupers ? L'éthique est-elle un obstacle à la croissance d'une entreprise ? Cette keynote apportera des éléments de réflexion en s'intéressant, en particulier, au traitement des données personnelles des utilisateurs.

Transcription

Bonjour à tous. Je suis très heureux d’être ici et je voudrais d’abord remercier les organisateurs de cet événement. C’est pour moi la première fois que je vais m’exprimer devant des développeurs, avec être une conférence qui, normalement, j’imagine, n’est pas forcément la plus agréable à priori pour vous et en plus, à l’heure de la digestion : c’est-à-dire qu’on va parler de droit.

Juste pour vous donner deux mots sur moi : j’ai fondé il y a une quinzaine d’années un site que peut-être certains d’entre vous connaissent qui s’appelle Numerama1, dont j’ai été rédacteur en chef jusqu’à assez récemment. J’ai une formation de juriste, c’est pour ça que je vais un peu vous parler de droit et essayer – si c’est trop chiant n’hésitez pas, vous partez, vous me faites des grands signes, je ne serai pas vexé – mais on va essayer que ce ne soit pas trop chiant quand même. J’ai une spécialisation en droit international des droits de l’homme et donc je me suis toujours intéressé, avec Numerama, à essayer de comprendre l’impact que pouvaient avoir les technologies et les choix qu’on fait dans nos technologies sur la société en général et sur les droits des utilisateurs.

Et c’est ce qui m’a amené, il y a un peu moins de six mois, à rejoindre Qwant2. Je m’occupe chez Qwant de l’éthique et des relations publiques.

Donc aujourd’hui, je suis là pour vous parler de ce que ça peut être l’éthique chez des développeurs. Je ne sais pas si, parmi vous, vous êtes nombreux à vous être déjà posé la question de l’impact éthique que ça pouvait avoir vos développements de logiciels ou d’applications.

Mais d’abord qu’est-ce que c’est que l’éthique ? Ça vient d’un mot latin ou grec, donc ethica en latin, êthikós en grec ; c’est la morale. Et donc, avoir une éthique, c’est simplement adopter un comportement moral vis-à-vis de soi-même, mais surtout vis-à-vis des tiers. Essayer de faire en sorte que nos agissements dans la société fassent le moins de mal possible à ceux qui nous entourent.

Pour des développeurs, qu’est-ce que ça implique ? Tous les développeurs ont un peu une vision différente de ce que ça peut être une éthique dans le développement des logiciels, et on se pose beaucoup de questions. Par exemple, est-ce qu’on peut sortir un logiciel et à quel moment on doit le sortir sans l’avoir forcément testé dans les meilleures conditions possibles, sur toutes les configurations possibles ? Et s’assurer, c’est moins vrai sur le Web mais c’était beaucoup vrai sur les applications desktop, que l’application qu’on lance ne va pas écraser, par exemple, le contenu du disque dur de l’utilisateur ? Ou quand on lance une voiture autonome, s’assurer que ça ne va pas aller écraser un chien ou un enfant ? C’est quand même mieux !

Donc il y a des choses comme ça, des réflexions qu’il faut avoir quand on lance des logiciels.

Ça peut être aussi se poser des questions : est-ce que j’ai le droit de faire un logiciel, une application pour faire du mal ? À priori, tout le monde dit non. Mais par exemple, en matière de cyberdéfense, est-ce que j’ai le droit de répliquer en envoyant des virus, des malwares ou des choses qui permettent d’aller pirater le système ennemi et de faire de l’espionnage ? Ça peut être des réflexions en tant que développeur de se demander jusqu’où on peut aller quand on me demande ce genre de mission.

C’est à quel moment, quand je lance un logiciel ou une application, je peux m’arrêter de faire des mises à jour pour contribuer à faire que le logiciel fonctionne de mieux en mieux, corriger les bugs. Est-ce qu’il y a un moment où, dans mon éthique vis-à-vis de mes clients, je dois continuer à faire des mises à jour, est-ce qu’il y a un moment où je peux arrêter ?

Est-ce que je dois, ou pas, respecter les droits d’auteur ? J’imagine que dans la salle, il y en a qui se disent les droits d’auteur osef et d’autres : les droits d’auteur, il faut les respecter. Moi, si je fais des contributions et que les briques de code source que je fais, que je mets à disposition par exemple sur Github, et que d’autres les reprennent, je veux être crédité. C’est le respect des droits d’auteur.

Il y en a peut-être aussi qui sont un peu comme Richard Stallman pour qui un développeur éthique c’est forcément un développeur qui fait du logiciel libre. Il y en a d’autres qui vont se dire un logiciel propriétaire ce n’est pas un problème d’éthique. Etc. Je vais passer.

Ça peut être intéressant aussi de se dire, si vous faites de l’intelligence artificielle, est-ce que mes algorithmes sont neutres ? Est-ce que les datasets3 que j’utilise pour apprendre à mon intelligence artificielle, donc faire du machine learning, du deep learning, est-ce qu’ils sont biaisés, ou pas ? Parce que si vous utilisez des datasets biaisés, vous prenez le risque d’avoir du racisme ou du sexisme, par exemple, dans le résultat de vos algorithmes. Ce sont des questions qu’il faut intégrer de plus en plus.

Ça peut être l’autonomie des intelligences artificielles, là aussi sur la cyberdéfense. Vous savez que, de plus en plus, on est en train de militariser les avions, les drones, avec des mécanismes qui leur permettent d’être pilotés tout seuls et même de réagir en envoyant des missiles, de façon parfaitement autonome. Est-ce que c’est éthique ou pas ? Ce sont des questions que, peut-être dans la salle, certains seront amenés à se poser.

Donc il y a eu des tentatives d’encadrer, pour les développeurs, ce que ça pouvait être l’éthique ou pas. Je serais curieux de savoir qui, dans la salle, connaît le Code d’éthique et déontologique de l’ingénieur logiciel4. Et puisque ça s’adresse à des logiciels, forcément il y a une version, c’est-à-dire la version 5.2. Personne ne connaît dans la salle ? D’accord ! Donc c’est un document qui date de 99, qui, théoriquement, concerne tous les adhérents, tous les membres au moins, de l’IEEE [Institute of Electrical and Electronics Engineers], ou I du triple E, je ne sais pas comment il faut dire, qui sont 400 000 membres. Et c’est la charte éthique qui a été rédigée par l’IEEE et l’ACM [Association for Computing Machinery et qui, théoriquement, s’applique à tous les développeurs de logiciels en tant que norme d’enseignement et de pratique du génie logiciel.

Donc si vous êtes ingénieur ou si vous aspirez à devenir ingénieur, vous êtes censé respecter cette norme-là, qui contient huit principes. Je ne vais pas tous les énumérer, mais retenez le premier qui est, pour moi, le plus important. C’est : « Le public. Les ingénieurs logiciels doivent agir dans l’intérêt public en tout temps. » Et ça prime sur l’intérêt de votre employeur, ça prime sur vos propres intérêts, c’est l’intérêt de la société toute entière.

Je passe sur les autres qui sont, selon moi, moins intéressants, qui sont plus liés à la déontologie, donc vis-à-vis de votre employeur, vis-à-vis du produit lui-même ; le jugement que vous devez avoir en permanence sur les conséquences de vos applications ; la manière dont vos managers, ou si vous-même vous êtes manager, vous devez gérer vos équipes, vos projets ; la réputation de vos actions sur la profession des développeurs en général, d’ingénieur logiciel, comme on dit ; vos relations avec vos collègues et enfin, vous-même. Par exemple ici, en étant à MiXiT, vous respectez parfaitement la charte de déontologie puisqu’un bon développeur, un bon ingénieur logiciel, dans sa charte éthique, doit constamment se former et former les autres.

Et l’IEEE nous dit : « Ce sont des obligations qui sont fondées sur l’humanisme des ingénieurs logiciels – je passe et donc – ce sont des obligations pour quiconque se réclame du titre d’ingénieur logiciel ou qui aspire à le devenir. » Donc on nous dit : « C’est vraiment une obligation. » Si vous êtes un ingénieur ou que vous aspirez à le devenir, vous êtes censé respecter ces huit règles qui ont elles-mêmes des sous-règles après.

Sauf qu’en réalité, en droit, une obligation où il n’y a pas de sanction, ce n’est pas une obligation. Et c’est la grande différence avec plein d’autres professions comme les avocats, les médecins, les comptables, les pharmaciens, les architectes, qui ont des ordres professionnels pour accéder à ces professions : vous ne pouvez pas être avocat si vous n’avez pas prêté serment ; vous ne pouvez pas être pharmacien si vous n’avez pas prêté serment ; comptable, vous avez des chartes éthiques et vous avez des conseils de l’ordre qui s’assurent que la charte éthique que vous avez prêté serment de respecter, vous la respectez effectivement ; et si vous la violez, vous pouvez ne plus avoir le droit d’exercer le métier.

Je pense qu’à priori personne dans la salle ne souhaiterait que ce soit la même chose pour les développeurs. C’est-à-dire qu’on arrive un jour où, pour être développeur, il faut que vous ayez d’abord un diplôme d’ingénieur logiciel et que vous prêtiez serment, non pas sur la bible mais peut-être sur un code de l’IEEE ou de Syntec ou je ne sais pas, ou du Medef [Rires], qui vous dirait : « Vous devez respecter ces principes éthiques » ; avec le Medef ça devrait être assez cool. Voilà. Et sinon vous n’avez plus le droit de devenir développeur. Il faut juste se dire au tout départ, serment d’Hippocrate, ce n’était pas une obligation juridique pour les médecins. C’est devenu une obligation juridique quand il y a eu des débordements qui ont fait que certains se sont prétendus médecins et qu’ils ont fait mourir leurs patients. C’est la même chose pour les comptables qui ont accepté de signer des comptes qui étaient complètement truqués. Donc à chaque fois c’est venu d’accidents qui ont fait qu’à un moment donné on s’est dit il faut réguler les professions.

Développeur, ça fait je ne sais pas combien de décennies, peut-être cinq décennies, qu’il y a des développeurs ; ce n’est pas impossible que d’ici 50, 100 ans, s’il y a des accidents, type des voitures qui écrasent un chien ou un enfant, on en arrive à se dire pour être développeur il faut respecter des chartes éthiques. Et donc il faut qu’on ait, en tant que développeur, une conscience de ce qu’on fait et qu’on essaye plutôt, en évitant d’en arriver à une telle situation, soi-même adopter un comportement éthique pour en arriver à ce type de situation.

Et donc il y a un guide qui, pour moi, doit être fondamental dans toute profession, y compris en tant que développeur, c’est le respect des droits de l’homme. Je ne vais pas vous refaire tout l’historique, mais on avait les droits de l’homme à un niveau national, par exemple en France avec la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui est née à la Révolution ; on avait aussi en Grande-Bretagne ; mais au niveau international, c’est quelque chose de vraiment très récent, qui est né après la Seconde guerre mondiale, quand ils se sont rendu compte qu’il y avait eu toutes ces atrocités, notamment commises par les nazis, certaines par les Russes, par les Japonais, etc. Là on s’est dit : les populations, à l’intérieur de leurs pays, ne sont pas à l’abri des atrocités qui peuvent être perpétrées. Et il faut qu’on donne des droits à chaque individu, des droits qui soient opposables aux États et qu’on ait des mécanismes qui permettent de s’assurer qu’au sein des États la souveraineté ne fait pas tout et qu’on peut intervenir.

On a aussi au niveau européen maintenant la Cour européenne des droits de l’Homme, ce genre de choses, qui s’assure du respect des droits. Et c’était le besoin, vraiment, de protéger les individus contre les États. C’est vraiment extrêmement récent dans l’histoire du droit international.

Et parmi ces droits, là où je vais, moi, beaucoup me concentrer, c’est le respect du droit à la vie privée. Je pense que parmi vos applications, très probablement aujourd’hui, vous êtes très nombreux à faire du traitement de données personnelles, donc vous êtes extrêmement concernés par ça. C’est : « Nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraire dans sa vie privée. Toute personne a droit à la protection contre de telles immixtions ou de telles atteintes. » C’est ce qu’on appelle un droit fondamental, j’y reviendrai, c’est-à-dire qu’à partir de ce droit vous avez d’autres libertés qui en dépendent. Et on le retrouve, et c’est à mon avis très intéressant, au tout début du code d’éthique et de déontologie, qu’absolument personne d’entre vous ne connaît. Et c’est le troisième sous-point du premier principe qui est donc celui que je rappelais tout à l’heure où je vous disais s’il y en avait un à retenir c’est celui-là, où vous avez l’obligation de penser à l’intérêt public en tout temps, le point 1.03 c’est : « Vous devez approuver un logiciel seulement s’ils – s’ils, ce sont les ingénieurs logiciels – sont convaincus que celui-ci ne favorise aucune ingérence dans la vie privée. »

Tout à l’heure je vous disais ça date de 99. En 99, ça faisait un an que Google existait ; Facebook n’existait pas. Le Web, globalement, c’était des sites web concrets, chacun un peu chez soi, il n’y avait pas forcément de collecte de données personnelles et de traitements et de réseaux sociaux comme on en fait aujourd’hui. Je ne suis pas certain qu’aujourd’hui il y en ait beaucoup qui puissent dire qu’ils ne favorisent aucune ingérence dans la vie privée de leurs utilisateurs à travers les services qu’ils développent. Et pourtant vous êtes 400nbs&;000, d’après l’IEEE, à respecter cette promesse-là.

La vie privée. Il faut comprendre, je disais c’est un droit fondamental à partir duquel naissent d’autres droits et, en particulier, il faut comprendre, il n’y a pas de liberté d’expression possible sans vie privée

Là, la manière dont je vous parle, la manière dont je me comporte, n’est pas du tout la même, pas seulement parce que je suis stressé, mais parce qu’on est beaucoup ici. Vous me regardez, donc j’adopte un comportement public qui n’est pas du tout le même que celui que j’ai chez moi quand je suis tout seul ; qui n’est plus non plus exactement le même que celui quand je suis chez moi où il y a ma femme ; qui n’est pas non plus le même que celui où c’est un cercle d’amis. Donc on agit tous en fonction des regards qui sont portés sur nous ou de l’absence de regards qui sont portés sur nous. Et on a conscience de ça, et on n’agit pas de façon libre quand on sait qu’on est observé.

Ce qui fait qu’on ne communique pas, non plus, les mêmes informations aux tiers, si vous voulez. Je vais avoir des débats politiques par rapport aux élections de dimanche avec ma femme, où je vais pouvoir lui parler de mes opinions, ce que je ne vais certainement pas partager avec vous parce que je ne connais pas vos propres opinions ;je n’ai pas forcément envie qu’on soit dans un débat qui peut-être vous serait désagréable ou me serait désagréable.

Donc l’échange d’informations, la liberté de pouvoir se transmettre des informations, elle dépend réellement de notre capacité à maîtriser notre vie privée.

Ce qui fait que la démocratie, évidemment, dépend de la possibilité de s’informer. Et puisque la liberté de s’informer dépend de la vie privée, il n’y a pas de démocratie sans vie privée. C’est aussi simple que ça !

Et c’est vrai aussi sur Internet. Très bizarrement, il a fallu attendre 2013 pour que l’ONU le reconnaisse officiellement, dans une résolution qui dit que les droits dont les personnes jouissent hors ligne doivent être également protégés en ligne. Mais ce n’est pas surprenant en fait, tant que ça, que ça ait dû attendre 2013. Je vous ai dit tout à l’heure, 1948, la Déclaration universelle des droits de l’homme, c’est né de la prise de conscience qu’il fallait que les individus soient protégés contre les États.

2013, on est au moment des révélations de Snowden. On est aussi en pleine explosion de Facebook, Google et compagnie. Et il y a une prise de conscience qui est en train de naître, même si vous n’en avez pas vous-mêmes conscience forcément, que les individus doivent aussi être protégés contre des entreprises qui font aujourd’hui un milliard, un milliard cinq, un milliard sept, d’utilisateurs, et qui fixent des règles sur ce qui peut être dit ou pas dit sur ces plate-formes, et qui collectent des données personnelles qui font une connaissance assez étroite de la vie privée des individus.

Et quand je disais tout à l’heure que la liberté d’expression dépend de la vie privée, si vous n’en êtes pas convaincus, il y a une chose très simple. Quand Snowden a révélé qu’on était, en gros, tous espionnés et que notre navigation sur Internet n’était pas secrète même si on utilisait le mode navigation privée de notre navigateur, le trafic sur le Wikipédia, sur toutes les pages qui étaient liées aux groupes terroristes a chuté de 30 %. Parce que, d’un seul coup, les gens se sont dits si je me mets à m’informer sur les guerres qui se passent en Syrie, en Libye, sur les révolutions en Égypte, etc., peut-être que je vais tomber dans une boîte noire, un algorithme, qui va dire aux services de renseignement que je m’intéresse à ces sujets et qu’on va me considérer terroriste. Donc plutôt que de m’informer, et donc de pouvoir informer les autres autour de moi sur ce qui se passe dans les guerres, eh bien j’arrête de m’informer.

Dans un autre exemple, hier soir on était au dîner qui était organisé pour les speakers à MiXiT et j’avais à côté de moi – je ne sais pas s’il est dans la salle, je n’ai pas retenu le prénom, je suis désolé – quelqu’un avec qui on parlait de Facebook et du fait que maintenant sur Facebook, il n’y a même plus besoin de liker ou pas liker pour signaler à Facebook qu’on est intéressé par un contenu. Il suffit de s’attarder sur un contenu, Facebook sait combien de temps on s’est attardé sur le contenu et donc il sait si on s’y est intéressé ou pas. Et il me disait : « Eh bien moi, maintenant, je ne m’attarde plus sur les contenus quand je ne veux pas que Facebook sache que je m’y intéresse. » C’est-à-dire, quand on a la conscience du fait qu’on est surveillé, qu’on change notre comportement. Et encore une fois, je me dis c’est dangereux pour la démocratie parce que vous arrêtez de vous informer, donc vous arrêtez d’informer les autres, donc vous n’êtes pas dans une vraie démocratie, vous êtes juste dépendant des informations qui sont politiquement correctes à consulter.

Et alors jusqu’à présent, jusqu’à une période vraiment très récente, quand on parlait de liberté d’expression, on s’arrêtait là. On sait, on savait, en tant que juriste, que dans liberté d’expression il y avait aussi la liberté d’opinion, mais ça ne posait pas tellement de problème. Parce l’opinion c’est le for intérieur c’est-à-dire ce qui se passe à l’intérieur de votre cerveau et on n’avait pas tellement de moyens d’aller découper votre cerveau avec un scalpel et de comprendre ce qu’il y a comme opinion politique.

Si ça se trouve, ici je vais tenir un discours très « filloniste » et peut-être qu’en fait, dans mon for intérieur, je pense plutôt « mélenchonien » et vous n’en saurez strictement rien. Et réciproquement, ce serait pareil et si vous venez me parler, peut-être que vous serez capable de tenir un discours qui est complètement différent de celui que vous pensez. Ou peut-être que, secrètement, je suis musulman, que ce soir je vais faire ma prière, et vous n’en saurez rien. Ou je suis fervent catholique et dimanche j’étais à l’église pour les fêtes de Pâques et vous n’en saurez rien non plus. C’est vraiment ce qui se passe dans ma tête, dans les vôtres, et c’est vraiment le for intérieur.

Le problème c’est qu’aujourd’hui on a tendance à cloner notre cerveau dans le cloud. C’est-à-dire qu’on dit, dans le cloud, tous les sites qu’on visite.

Si par exemple je suis musulman, que je visite des sites qui me permettent de connaître les paroles musulmanes, des prêches musulmans, je le dis potentiellement à ceux qui ont cette information dans le cloud.

Si je vais visiter le site officiel de Philippe Poutou, ça dit peut-être quelque chose sur moi plutôt que si je visitais le site de François Fillon ou Marine Le Pen.

On a tout l’historique de navigation qui est aussi souvent synchronisé sur le cloud, donc là on a la même problématique. On a aussi toutes les chansons qu’on écoute, les films qu’on regarde, les vidéos que vous regardez, donc tout ça aujourd’hui, puisqu’on utilise quasiment tous du streaming, il y a des historiques complets de ce que vous regardez, de ce que vous écoutez. Et mine de rien, ça en dit beaucoup sur vous. Si vous écoutez plutôt du rap ou si vous écoutez plutôt du Michel Sardou, ça ne dit pas la même chose sur vous.

Si vous programmez votre réveil avec le muezzin qui permet de faire votre prière tous les matins à six heures ou sept heures, ça dit quelque chose sur vous aussi.

Si vous écoutez des podcasts d’émissions révolutionnaires, ça dit quelque chose.

Tout ça ce sont des informations qui permettent de sonder votre for intérieur.

Il y a vos contacts. Vous avez tous, dans vos poches, probablement votre téléphone avec votre carnet d’adresses, avec un historique de vos appels et des mails que vous avez envoyés, à qui vous les avez envoyés ; donc on sait qui sont vos contacts réguliers, qui sont ceux que vous ne contactez jamais. Toutes ces données-là, qu’on appelle des métadonnées, finalement elles en disent beaucoup plus que le contenu même de vos communications. Et elles en disent sur vos cercles d’amis proches, sur vos cercles professionnels, sur beaucoup de choses.

Il y a les livres que vous lisez : si vous utilisez une liseuse électronique, tous les livres que vous achetez et que vous lisez, c’est archivé quelque part. Il y a même, sur certaines applications, le fait de pouvoir surligner des passages ou d’annoter. Donc on sait, dans un livre, ce que vous avez trouvé intéressant ou pas. Et on sait si le livre, vous vous êtes contenté de l’acheter ou si vous l’avez vraiment lu.

Et puis il y a toutes les questions qu’on pose à un moteur de recherche. Demandez-vous combien de fois par jour vous utilisez votre moteur de recherche et si vous l’avez déjà utilisé pour rechercher des symptômes sur une maladie que vous avez. Ou l’adresse d’un lieu où vous voulez aller. Ou si, peut-être, il y a des homosexuels parmi vous, vous cherchez un bar gay ou un site de rencontres quelconque, vous utilisez votre moteur de recherche pour le trouver. Ou si vous vous intéressez à des opinions politiques, vous allez demander à votre moteur de recherche aussi. Toutes vos recherches en disent énormément, et beaucoup plus que vous imaginez sur qui vous êtes et à quoi vous vous intéressez.

Et tout ça, ça se retrouve donc, je ne vais pas donner de noms, mais vous vous imaginez de qui je veux parler, qui réunit à peu près tous ces services-là et qui connaît toutes ces informations sur vous. Et qui peut les rendre « cherchables ». C’est-à-dire que ça devient votre cerveau, votre for intérieur, votre liberté d’opinion, qui était juste pour vous, maintenant c’est dans le cloud et n’importe qui peut aller chercher dedans, soit l’entreprise, soit éventuellement, à ce que nous dit Snowden, les services de renseignement.

Je trouve assez flippant de se dire, sachant cela, et les gens en prennent de plus en plus conscience, qu’on n’est plus libre d’adopter le comportement qu’on veut, d’aller chercher les informations qu’on veut, parce que, quelque part, quelqu’un le sait.

Et c’est ce qui fait dire à beaucoup de monde qu’on risque de perdre la liberté, sa liberté, à cause d’Internet. Moi je crois, et c’est ce qu’on croit chez Qwant, que ce n’est absolument pas vrai. Ce qui va nous faire perdre notre liberté, c’est juste le manque d’éthique sur Internet. C’est quand on crée des services en tant que développeur, en tant qu’entreprise, qui ne prennent pas en compte ces considérations pour les droits de l’homme.

Et pourtant toute entreprise, c’est ce que nous disent des principes directeurs qui ont été adoptés à l’ONU, toute entreprise, donc ça comprend aussi les auto-entrepreneurs, des gens qui sont simplement amateurs et qui diffusent des applications sur Internet, est tenue de respecter les droits de l’homme autant que les États.

Juste pour vous donner un exemple, comment Qwant on essaye de respecter les droits de l’homme et, en particulier pour nous, le respect de la vie privée. On a un moteur de recherche où on ne fait pas du tout de tracking et techniquement on respecte, on essaye de respecter, la vie privée des utilisateurs. C’est vraiment une obsession parce qu’on considère que s’il n’y a pas le respect de la vie privée, il n’y a pas de liberté de rechercher les informations qu’on veut. Donc on fait toute une série de choses techniquement :

  • pas de cookies ; c’est-à-dire qu’on est, je pense, un des rares services, malheureusement, qui n’utilise absolument aucun cookie. Et les cookies ce n’est pas seulement vous permettre d’enregistrer vos paramètres, mais ce sont souvent aussi des régies publicitaires qui vont vous identifier sur les différents sites, qui vont permettre de choisir les publicités en fonction de ce que vous avez visité précédemment ;
  • on ne conserve pas d’historique des recherches. Ça c’est très important, je vous expliquerai après pourquoi ;
  • on dissocie les adresses IP des requêtes. C’est-à-dire que les ingénieurs, chez nous, ne peuvent pas savoir que telle adresse IP a effectué telle recherche et vont simplement avoir accès à un hashFonction de hachage qui est salé, pour savoir que tel hash salé a fait telle requête. Mais impossible de croiser pour avoir plusieurs requêtes pour une même adresse IP ;
  • ce qui est standard maintenant, mais je crois que Qwant était un des tout premiers moteurs de recherche au monde à le faire en 2013 : toutesles requêtes sont chiffrées. Donc il n’y a personne à l’extérieur qui peut savoir ce qui a été recherché sur une connexion ;
  • les infrastructures sont en Europe ce qui permet d’éviter les grandes oreilles de la NSA, ou en tout cas les lettres — j’ai oublié le nom précis — mais vous savez que vous avez des lettres de la FISA [Foreign Intelligence Surveillance Act], qui est le tribunal du renseignement américain, qui peut imposer d’installer des boîtes noires sur les services en ligne et il y a interdiction d’en parler. Nous, en Europe, à partir du moment où on n’a pas une présence physique ou juridique aux États-Unis, on est à l’abri de ça ;
  • et puis on respecte le droit à l’oubli qu’on applique partout dans le monde. C’est-à-dire que s’il y a des résultats qui vous posent problème parce qu’ils ne sont pas corrects et qu’ils vous posent des soucis par rapport à votre image, on applique le droit à l’oubli et on l’applique partout dans le monde. C’est-à-dire qu’il n’y a pas seulement vos amis en France qui ne verront pas ce que vous voulez cacher, mais il y a aussi vos amis en Amérique ou en Amérique du Sud.

Je disais tout à l’heure l’historique des recherches c’est très important de ne pas le conserver. On a eu un exemple, il y a quelques semaines, d’un juge américain — et je pense que ça va se multiplier et on aura les mêmes demandes pour Qwant — qui demande les historiques de toutes les adresses IP. En l’occurrence, c’est ce qui était demandé à Google : ce sont tous les éléments d’identification qui permettent de savoir qui a recherché le nom d’une personne donnée, dans une zone géographique, pendant une certaine période. C’était pour une affaire de fraude, probablement d’usurpation d’identité, quelqu’un qui s’est renseigné pour usurper l’identité de quelqu’un d’autre et la justice essaye de savoir qui ça peut être. Et leur méthode c’est : on demande au moteur de recherche de fournir les noms de toutes les personnes qui ont effectué une certaine requête.

Là, vous vous dites peut-être ça va, c’est juste le nom d’une personnalité dans un village, mais on voit arriver des affaires où c’est beaucoup plus large que ça. Où on demande le nom des personnes qui ont recherché, ou en tout cas les adresse IP, des personnes qui ont recherché des informations sur le terrorisme, sur la fabrication de bombes ; ou, dans des États totalitaires, simplement des opposants qui recherchent le nom d’organisations d’opposants pour les rejoindre ou qui se sont intéressés à des personnalités qui sont des personnalités vraiment publiques qui peuvent être menacées par des attentats, ce genre de choses.

Quand on en arrive à pouvoir fournir ce type d’informations, ça devient, selon nous, très critique. Nous, puisqu’on n’a pas d’historique des recherches, on s’est mis en position de ne pas pouvoir répondre. Ce n’est même pas qu’on ne veut pas répondre ; on ne veut pas répondre, mais on ne peut pas répondre.

Et l’autre effet qui est, je pense, très important, on l’a vu avec l’élection de Trump et on l’a vu avec d’autres choses, c’est que quand vous faites ce que font beaucoup de services en ligne, de la personnalisation en fonction de l’historique et des goûts et du for intérieur des gens, vous les mettez de plus en plus dans une bulle de filtres. Moi je sais qu’en ce moment sur YouTube il y a eu un article, des travaux de recherche qui ont été faits récemment, où apparemment, sur YouTube, vous avez surtout des vidéos de Mélenchon et d’Asselineau qui vous sont proposées, parce que, tout simplement, ce sont les plus actifs. Et que quand vous commencez à regarder leurs vidéos, si vous regardez une vidéo de Mélenchon, vous allez avoir sur la droite d’autres vidéos de Mélenchon qui vous sont proposées, et c’est un effet boule de neige. Vu qu’ils étaient à peu près les plus actifs au départ sur YouTube, eh bien ce sont les vidéos de Mélenchon et d’Asselineau qui ressortent pour tout le monde, et vous vous retrouvez enfermé. Vous n’êtes jamais confronté aux vidéos de François Fillon, de Marine Le Pen, de Philippe Poutou. Vous êtes enfermé dans vos propres convictions et donc vous ne partagez plus que vos propres convictions avec ceux qui ont les mêmes que vous. C’est encore plus vrai sur Facebook, etc.

Nous, le fait de ne pas du tout utiliser de données personnelles, ça nous permet d’offrir les mêmes résultats à tout le monde. Ça pose certains problèmes parfois, mais globalement ça permet quand même d’avoir une société plus démocratique, où on arrête de réfléchir juste en fonction de ses propres idées ou de ceux qui ont les mêmes idées que soi-même. Et j’ai fini.

[InfoQ – Enterprise Software Development community] [Rires]

Applaudissements

tnitot.png Tristan NITOT

Syndrome de l'imposteur

Le 14 May 2017 à 08:59:00

J’ai une petite baisse de moral ces jours-ci, et je tombe (par hasard ?) sur un texte sympa écrit en anglais et que je traduis ici.

Voici ce que raconte Neil Gaiman, célèbre auteur de la fameuse BD Sandman entre autres, à propos du syndrome de l’imposteur (le fait de se sentir nul au milieu de gens bien meilleurs) :

Voici quelques années, j’ai eu la chance d’être invité à un rassemblement de gens connus : artistes, scientifiques, auteurs et inventeurs de tas de choses. J’avais l’impression qu’à tout moment ils allaient découvrir que je n’avais pas le droit d’être ici, au milieu de tous ces gens qui avaient vraiment fait tant de choses.

Le deuxième ou troisième soir sur place, j’étais debout au fond de la salle pendant une performance musicale, et j’ai commencé à parler à un vieux monsieur très poli à propos de plein de choses, comme le fait que nous nous portions tous les deux le prénom Neil. Il fit un geste désignant cette salle pleine de gens et m’a dit un truc du genre « je regarde tous ces gens et je me dis, mais qu’est-ce que je fais là ? Ils ont fait des tas de trucs incroyables. Moi, je n’ai fait qu’aller là où on m’a envoyé. »

J’ai répondu : « c’est vrai, mais quand même vous étiez le premier homme sur la lune, ça n’est pas rien ! »

Et je me suis senti un peu mieux. Si Neil Armstrong se sentait comme un imposteur, peut-être que c’est le cas de tout le monde. Peut-être qu’il n’y a pas de surhommes, que des gens qui ont bossé dur, ont aussi eu de la chance et ont eu du mal à garder la tête hors de l’eau, tous ayant fait du mieux qu’ils pouvaient, ce qui est vraiment la seule chose qui compte.

Mise à jour :

Lors du déjeuner, je me suis souvenu de cette vanne fort peu charitable, mais amusante tout de même :

Le jour où tu as un coup de mou, où tu ne te sens pas à ta place, souviens-toi que David Douillet a été ministre !

11 May 2017

Philippe SCOFFONI

Thunderbird reste chez Mozilla

Le 11 May 2017 à 21:17:26

Mozilla ThunderbirdLa vie n’est pas toujours un long fleuve tranquille. J’aurais même tendance à dire que c’est rarement le cas y compris pour les projets de logiciel libre comme Thunderbird. Depuis de nombreux mois, des incertitudes pèsent sur la pérennité du projet.

Pourtant, il continue d’exister et d’évoluer à son rythme avec la sortie fin avril de la version 52. Certes, on ne peut pas dire que ce soit à une vitesse folle. Mais l’essentiel est préservé et quelques nouveautés contribuent à améliorer son fonctionnement.

Suite à la décision de Mozilla de rendre sa liberté au projet, une étude a été réalisée par Simon Phipps bien connu dans le monde du logiciel libre et de l’open source pour étudier les opportunités existantes. Trois possibilités s’offraient alors ;

Des trois options, celle de The Document Foundation me semblait la plus intéressante. L’intégration de Thunderbird et de son agenda Lightning dans la suite bureautique LibreOffice avait une certaine cohérence sur le plan « marketing » face à la suite bureautique de Microsoft. Cependant dans cette réflexion l’aspect marketing n’était pas le seul en jeu.

Après de longs mois de réflexion et d’échanges, c’est au final une sorte de statu quo qui s’impose dans un communiqué publié sur le blog de Mozilla.

The Mozilla Foundation has agreed to serve as the legal and fiscal home for the Thunderbird project, but Thunderbird will migrate off Mozilla Corporation infrastructure, separating the operational aspects of the project.

La fondation Mozilla reste l’entité légale et fiscale qui porte le projet Thunderbird. Cependant, les aspects « opérationnels » vont être gérés en dehors de l’infrastructure technique de Mozilla.

L’année qui s’est écoulée a permis au projet de mettre en place ses propres flux de revenus, principalement des dons, gagnant ainsi une autonomie indispensable à la poursuite du projet.

Il reste cependant quelques points d’achoppement dans les divergences techniques entre le projet Thunderbird et son grand frère Firefox. Cependant, un changement d’entité légale n’aurait rien changé à cet état de fait, il est vrai. Le « Conseil Thunderbird » a donc jugé préférable de se concentrer sur le développement de Thunderbird plutôt que de passer du temps sur un changement purement juridique. L’essentiel de ce côté étant préservé par le récent accord avec Mozilla.

Pour la suite des événements, Thunderbird sera maintenu sur la plateforme technique actuelle Gecko. À long terme, une réécriture complète de ce dernier est envisagée. La technologie sera « web » ce qui reste vague même si on comprend bien qu’il ne s’agira plus d’un client « lourd » traditionnel.

Je pense que tous les utilisateurs de Thunderbird peuvent dormir sur leurs deux oreilles, leur logiciel préféré n’est pas mort même si je ne pense pas qu’il faille s’attendre à de grandes évolutions. Mais ce qu’il fait déjà, il le fait bien. En exploitant toutes les possibilités existantes couplées à des services web basés sur des logiciels libres comme Nextcloud pour les agendas, contacts et partage de fichiers ou Dolibarr pour la gestion, vous obtenez une solution qui n’a rien de celle du « pauvre » !


Réagir à cet article

Article original écrit par Philippe Scoffoni le 11/05/2017. | Lien direct vers cet article

Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons BY à l'exception des images qui l'illustrent (celles-ci demeurent placées sous leur mention légale d'origine).

.

tnitot.png Tristan NITOT

En vrac, vers le ministère (ou pas)

Le 11 May 2017 à 12:10:00

En vedette

Tout à commencé par un tweet de Robin Berjon :

Les cop•a•in•e•s du Web: le gouvernement sera annoncé dans une semaine. Si vous aviez le choix de votre ministre de tutelle, qui serait-ce?

Florian Rivoal a eu cette drôle d’idée de répondre :

@nitot serait pas mal, je trouve.

Julien Wajsberg a dégoupillé la grenade :

URGENT: @nitot près à prendre l’économie numérique sous le PM approprié !

J’allais répondre que non, je n’étais pas intéressé. Et alors que je rédigeais le tweet, je me suis demandé : “et si ça arrivait, qu’est-ce que ça changerait pour mon pays ?”. Alors j’ai touitté ça :

Si je devenais ministre du numérique, quelle priorités choisir ? #libre #standards #crypto #privacy #innovation #empowerment #education

Un ouragan d’idées a déferlé sur Twitter en réponse. L’ami Daniel Glazman a eu la bonne idée de faire une compilation des ces idées : Et si je devenais ministre du numérique ?.

C’est Karl Dubost, qui a pris le temps de mettre ses idées par écrit, dans un format plus long : Tristan, Ministre de l’économie numérique.

Donc non, je ne serais pas ministre du numérique (sauf si on me force), pourtant ça pourrait changer pas mal de choses. En tout cas, c’était sympa de voir toutes ces suggestions émerger sur Twitter. Un immense merci à ceux qui ont participé à la conversation !

En vrac

Note

[1] Justement, les Conférences France Culture viennent de référencer ce débat sur les données personnelles, les algorithmes et la surveillance.

10 May 2017

april.png Nouvelles April

Décryptactualité du 20 février

Le 10 May 2017 à 16:10:33

Magali - Luc - Manu - Nico

Titre : Décryptactualité du 20 février 2017
Intervenants : Magali - Luc - Manu - Nico
Lieu : Studio d'enregistrement April
Date : Février 2017
Durée : 14 min 56
Écouter ou télécharger le podcast
Revue de presse de l'April pour la semaine 7 de l'année 2017
Générique : La prose du pépère - Les Barons Freaks - LAL
Licence de la transcription : Verbatim

Présentation

Pour sa première, décryptactualité s'intéresse à l'ambition affichée de Facebook de devenir l'infrastructure sociale du futur.

Transcription

Luc : Décriptualité.

Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Luc : Bonjour ! Pour ce premier podcast décriptualité. C’est le super titre qu’on a trouvé. Manu, tu l’assumes pleinement.

Manu : À fond, à fond. Il a l’avantage d’être original.

Luc : Tu n’es pas fan. En fait, c’est Nicolas qui l’a trouvé. Bonjour Nicolas.

Nico: Hello tout le monde.

Luc : Bonjour Magali.

Magali : Moi je l’aime bien ce titre !

Luc : Je le trouve pas mal aussi. On verra à l’usage. Pourquoi décriptualité ? On a eu envie de faire quelque chose d’un petit peu différent de la revue de presse de l’April, qui soit un petit peu plus large. Parce qu’on parle uniquement de logiciels libres dans la revue de presse de l’April et qu’on se disait qu’il y avait quand même des tas de sujets très intéressants à côté de ça. On va quand même parler de logiciels libres un peu dans la revue de presse, mais dans un format très court. Et cette semaine, Manu, tu as donc trouvé quatre articles. Presse Citron : « L’amélioration de notre économie passe avant tout par la quête de notre Souveraineté Numérique », un article de Gaël Duval.

Manu : C’est même plutôt une chronique qui parle de son expérience avec 1 et les logiciels libres. En France, la distribution Mandrake c’était quelque chose de connu.

Luc : Et donc de l’importance de maîtriser son informatique. On verra que ça a du sens par rapport à notre sujet principal. Le Monde Informatique : « La ville de Munich abandonne officiellement Linux pour Windows », un article de Martin Bayer.

Manu : On en parlait la semaine dernière. C’était officieux encore. Eh bien non, cette semaine ça y est, c’est officialisé, ils abandonnent Linux. On est dégoûtés !

Luc : Centre Presse : « Le FabLab, comment ça marche ? », un article d’Élisabeth Royez.

Manu : Ça, c’est pour tous les bobos de la capitale qui vont s’amuser dans des Fablabs à construire des petits objets, ils aiment bien.

Luc : Et le dernier article qui est celui qui t’as semblé le plus intéressant : Silicon : « Linus Torvalds remballe les discours sur l’innovation », un article de Jacques Cheminat.

Manu : Linus Torvalds, on adore, surtout quand il déteste certaines choses.

Luc : Oui. Il est connu pour être très grande gueule, voire agressif et détestable.

Manu : Et là, pour le coup, il en balance plein sur l’innovation d’une manière générale et il nous explique à quel point c’est du bullshit. Que ce n’est pas d’avoir des idées qui est intéressant, c’est de travailler.

Luc : Du bullshit en bon français, des foutaises quoi ! Ce qu’on retient notamment dans son article, c’est qu’il dit que la communauté est aussi importante que la technique. Et ça fait une bonne transition par rapport au sujet qu’on veut aborder cette semaine, qui est une réaction, notamment à un article publié sur Next Inpact dont le titre est : « Pour Mark Zuckerberg, Facebook est l’infrastructure sociale du futur »2. Donc c’est un article de Guénaël Pépin qui est une sorte de compte-rendu d’un article écrit par Zuckerberg, un texte où, en fait, il veut faire de Facebook, comme le dit le titre, l’infrastructure sociale du futur, ce qui est un petit peu angoissant.

Magali : Ah ! Ah !

Luc : Juste un petit peu !

Nico : Mais l’article original, donc écrit par Mark Zuckerberg, est assez intéressant en fait. Il présente l’avenir de Facebook, qu’est-ce qu’il veut en faire, et il invite, en gros, tout le monde à venir chez Facebook. Et il considère que Facebook va devenir la prochaine plate-forme de gestion du monde.

Luc : C’est ce qu’il veut en faire.

Nico : C’est ce qu’il veut en faire. Voilà !

Luc : Il y a quand même un truc, avant de taper dessus, parce qu’on va taper dessus, il y a quand même quelque chose qui me semble pertinent. C’est qu’on est les premiers à dire que Internet peut effectivement changer énormément de choses dans la vie, peut permettre aux gens de discuter, d’échanger, de partager.

Magali : Un internet libre !

Luc : Voilà ! Et Zuckerberg est un peu dans cette optique-là, sauf que lui veut qu’on fasse ça dans Facebook, quoi !

Manu : Ceci est une révolution ! Mais à la manière de Zuckerberg.

Luc : Si on veut parcourir un petit peu ce qu’il propose, il voudrait que Facebook devienne quelque chose qui soit en anglais supportive donc qui, en gros, aide les gens, où les gens puissent trouver des ressources. Il affirme qu’il y a 100 millions de personnes qui sont dans des groupes qui leur sont utiles, notamment des jeunes parents ou des gens qui ont des maladies rares ou des choses comme ça. Il voudrait que ce soit plus sûr, donc là il va parler de terrorisme, de harcèlement sur Internet, etc. Mais également, du fait qu’au travers de ces outils-là on puisse combattre des maladies ou prévenir les gens quand il y a des catastrophes naturelles ou des attentats, des choses comme ça. Il a tout un point sur l’information où il a parlé de désinformation en ligne, les fake news, mais également la bulle de filtres ou la filtre de bulles, je ne sais pas comment dire filter bubble, en anglais.

Magali : Bulle de filtres !

Luc : Bulle de filtres. Donc l’idée que chacun reste toujours confronté aux sujets qu’il connaît et qu’il ne sort pas de son petit environnement. Là, on est à fond dans des sujets d’actualité. Quelque chose qui soit civique, qui aide les gens à s’engager civiquement dans leur vie quotidienne, etc., et qui soit inclusif, qui donc permette aux gens de rentrer, de se trouver bien à l’aise, etc.

Magali : Maintenant que tu nous as posé les cinq points qu’il nous a donnés, on va les détruire l’un après l’autre.

Nico : C’est quoi le premier problème de Zuckerberg et de Facebook et de son plan ?

Manu : Le premier, le plus gros c’est que c’est centralisé.

Nico : C’est centralisé et privateur. On n’a pas la main, en fait, sur l’infrastructure de Facebook. On ne sait pas ce qui tourne derrière. On ne connaît pas les algorithmes. Facebook, de toutes façons, pourrait dire à peu près ce qu’ils ont envie dessus, on ne pourrait pas voir.

Luc : L’algorithme ? Tu peux ? C’est une recette ?

Nico : C’est une recette de cuisine, c’est une ligne de code, c’est un bout de programme qui va gérer la plate-forme. Et donc, eh bien par exemple, ça va être comment ils vont sélectionner quel article ils vont vous faire lire, puisque, aujourd’hui, vous ne voyez plus tout l’ensemble de ce qui est posté dans Facebook et donc il y a des morceaux de code qui vont régir tout ça.

Manu : Et qui nous donnent cette fameuse bulle de filtres !

Nico : Bulle de filtres. Voilà ! Parce que les choix qui ont été faits par les développeurs ne sont pas forcément neutres, sont aussi influencés par les profits de Facebook. On ne va pas se cacher.

Magali : Avec l’argument « c’est pour votre bien et ça va vous intéresser ! »

Luc : Sachant que leur vision des choses, ce que Zuckerberg met en avant, c’est de faire appel à des intelligences artificielles pour résoudre tous les problèmes. Ce que je trouvais intéressant dans son article, c’est qu’il va quand même pointer un certain de choses qu’on reproche à Facebook, un certain nombre de points faibles, mais sa réponse est toujours technique. Ce sont des IA. Donc ce ne sont pas des communautés, parce qu’il parle de communautés, il n’a que ce mot-là à la bouche, mais ce ne sont pas des communautés autonomes qui se gèrent elles-mêmes avec des gens qui font des choix pour eux. Ce sont des communautés qui sont gérées par des systèmes techniques, des IA.

Magali : Et comme on ne sait pas comment ces IA fonctionnent, eh bien on appelle ça de la manipulation. Et vu le niveau, c’est de la manipulation de masse.

Luc : Voilà ! Sachant qu’une IA, elle est codée par quelqu’un.

Nico : Voilà. Et puis elle n’a rien d’intelligent aujourd’hui ! On arrive effectivement à avoir l’impression que c’est intelligent, avoir l’impression que ça fait de la magie, mais il y a toujours un développeur qui a tout codé derrière. Et ce qu’il a codé dans le logiciel, c’est sa façon de penser, c’est sa façon de voir les choses et ce n’est pas du tout la façon dont vous, vous auriez vu le monde.

Magali : Elle est intelligente parce qu’elle calcule plus vite que n’importe qui !

Nico : En fait, il y a plein de choses qui touchent vraiment à de l’humain, notamment quand il va parler du côté inclusif. En gros, il dit : « Sur Facebook, on ne peut pas appliquer les mêmes règles à tout le monde. » Il dit par exemple : « En Europe, on est moins choqués par la nudité que dans d’autres pays dans le monde, enfin d’autres coins du monde. Donc du coup, les censures de la nudité vont être mal perçues, alors qu’ailleurs dans le monde ça va être plus intéressant, etc. » Il y a d’autres choses, par exemple sur les terroristes qui vont recruter par Facebook. Comment un système, automatiquement, peut évaluer que quelqu’un est en train de faire un recrutement terroriste ? Ce n’est pas évident !

Manu : « Ta gueule, c’est magique ! » Parce que l’intelligence artificielle, elle est là, tu vois !

Magali : Ta gueule, c’est technologique !

Luc : C’est ultra technologique, le TGCUT. Vous ne connaissiez pas ? Non ? C’est une notion voilà ! Du coup on se dit que ce machin réside là-dessus, une grosse usine à gaz, et que ça risque d’avoir des fonctionnements finalement extrêmement normatifs en se disant « on a intérêt à se comporter comme on est censé se comporter, comme l’algorithme veut qu’on se comporte, si on ne veut pas se faire jeter du système. »

Nico : C’est ça. Parce que forcément Facebook va devoir mettre des filtres ou autres, et quelqu’un qui ne va pas rentrer dans le moule va, du coup, soit être forcé via les bulles de filtres à rentrer dans la normalité, soit se faire dégager totalement du système.

Manu : En tout cas pour être bien diffusé. Parce que, au final, c’est de ça dont il s’agit : on peut écrire, mais personne ne nous lit. C'est tout !

Nico : Voilà ! Et on risque d’avoir le même biais qu’on a aujourd’hui avec des médias. C’est-à-dire que ça sera peut-être accessible à plus de personnes, par rapport à la télé, aujourd’hui il faut quand même avoir beaucoup de moyens pour y arriver, mais on aura encore quelques élites qui dirigeront la chose et les algorithmes choisiront presque l’élite, en fait. Puisque ceux qui correspondront le mieux à l’algorithme auront la meilleure position.

Luc : Je dirais que même s’il y arrive, même si ça marche, on sera dans la prison dorée, dans le super environnement aseptisé de Facebook.

Magali : Et toutes les informations seront centralisées chez Facebook ; donc à un seul et unique endroit, toutes les informations seront maintenues. Au point de vue sécurité, on est tous d’accord, c’est ce qu’il y a de pire !

Manu : C’est vrai que ce n’est pas solide. Il y a un truc que je trouve super intéressant – on est dans une période un peu novatrice là-dessus – les algorithmes, le code, les infrastructures logicielles prennent une importance de plus en plus grande et ont des importances qui vont très loin. Les logiciels peuvent s’impliquer partout : même dans les brosses à dents on peut avoir des bouts d’informatique ; on transporte dans nos téléphones, chacun sur soi, on transporte un petit Android, une petite extension de nous-mêmes. Vraiment, ça devient super important que ces algorithmes on les contrôle au mieux ; ce sont eux qui nous contrôlent, il n’y a pas vraiment de doute, et ils vont super loin, on en a parlé ; ils nous permettent de savoir ce qu’on va faire après avoir eu le bac ou ils permettent de savoir combien de temps on va aller, dans quelle prison, si on a été jugé coupable de quelque chose.

Luc : Ou est-ce qu’on va avoir droit à un emprunt bancaire ou ce genre de choses. Et ça n’est que le début, puisqu’on peut s’attendre à ce que tous ces systèmes se développent de plus en plus.

Manu : Mais les algorithmes sont souvent plus acceptés que les humains qui nous donnent des ordres. On peut accepter les ordres d’un GPS plus facilement que les ordres du passager de la voiture.

Magali : Je confirme !

Luc : Moi ça me rappelle un texte qui avait été écrit il y a quelques années par un prof de Paris 8, qui parlait des machines hostiles où il expliquait, après s’être fait bousculer par un portillon dans le métro, que si un employé de la RATP l’avait bousculé aussi fortement, ça aurait été un scandale et ç’aurait été totalement intolérable. Alors qu’au final, les gens se font bousculer régulièrement par des machines, mais ce sont des machines, donc ce n’est pas grave ! Toute cette affaire fait bien sûr penser à quelque chose qu’on a évoqué régulièrement dans nos podcasts qui est Code is Law, donc « le code c’est la loi », un principe qui avait été posé il y a au moins quinze ans par Lawrence Lessig3 qui est un juriste féru d’informatique, américain, et qui avait dit à l’époque, et c’était il y a très longtemps en temps informatique, ce truc, c’est que dès lors qu’on maîtrise le code on va maîtriser ce qu’il est possible de faire. Et donc du coup, en termes de gouvernance, ça pose des vrais soucis. Et du coup, moi, ça me donne l’impression qu’on est en train ou en tout cas qu’on voit la volonté d’une sorte de prise de pouvoir, d’une sorte d’évolution du système de pouvoir ou d’un nouveau régime politique qui soit géré par ce système de réseau social et d’algorithmes, plutôt que par des institutions classiques qu’on connaît.

Manu : Ça paraît être encore mieux qu’une technocratie parfaite !

Nico : On passe à un échelon supérieur. C’est vrai qu’aujourd’hui, on arrivait à avoir de la gestion au niveau national, on commençait à se fédérer, on le voit avec l’Union européenne ou les États-Unis, mais là, avec du Facebook, on est carrément au niveau mondial.

Manu : C’est quoi ? Deux milliards de comptes ?

Nico : Deux milliards de comptes et ça regroupe vraiment tous les continents.

Luc : Sans compter les comptes fantômes.

Nico : Les comptes fantômes et les choses comme ça. Mais même en enlevant ceux qui ne servent à rien, il a quand même un pied dans beaucoup de continents et beaucoup de pays, ce que personne n’avait réussi à faire avant, quasiment quoi !

Manu : Comptes fantômes, c’est-à-dire que même si vous n’êtes pas sur Facebook, vous êtes quand même sur Facebook à partir du moment où vous avez quelqu’un de vos connaissances qui lui y est inscrit et a peut-être inscrit son carnet d’adresses.

Luc : Voilà ! Ou vous a envoyé des invitations. On sait que vous êtes lié à cette personne. Si quatre/cinq personnes vous ont envoyé des invitations et qu’elles se connaissent, ou qu’elles ne se connaissent pas, on est capable de vous retracer à ces gens-là. Il est probable que vous ayez des sujets d’intérêt proches avec eux et donc, comme ça, il y a des profils sur des adresses mails, où on sait déjà une bonne partie de votre vie.

Magali : Et du coup, c’est totalement exclusif parce que soit vous êtes sur Facebook, soit vous n’y êtes pas !

Manu : Mais non ! Justement on te dit : « Tout le monde y est ! Même si tu n’y es pas, tu y es quand même ! » C’est fort !

Luc : Sa remarque est très juste, puisque ce sont des choses que j’avais déjà vues sur des articles, notamment une psychologue qui disait : « Si quelqu’un n’est pas sur Facebook, c’est que, probablement, il est quand même socialement pas très bien inclus. »

Magali : C’est même louche !

Luc : Voilà !

Manu : Oui, mais là, pour le coup, Mark Zuckerberg il est sympa ! Lui, il veut bien que vous veniez chez lui !

Magali : Et d’ailleurs, il ne faut aller que chez lui ! Ça veut dire que sa plate-forme est totalement exclusive : on ne peut être que chez lui ! Quand je dis qu’on n’existe pas, c’est-à-dire qu’il ne pense même pas à ce que moi j’appelle l’interopérabilité, c’est-à-dire différentes plates-formes de réseau social qui communiquent entre elles : on est chez lui ou on n’existe pas !

Nico: En fait, c’est une dictature qu’il nous promet, comme étant éclairée et merveilleuse !

Luc : Ça m’a fait penser également à la fondation Bill-et-Melinda-Gates. Donc Bill Gates c’est l’ancien patron de Microsoft et qui utilise son argent à faire le bien à travers le monde. Donc il fait, effectivement, des choses, on ne peut pas lui retirer ça, il a notamment fait des grosses campagnes de vaccination et sauvé pas mal de vies d’enfants, en Afrique et tout ça, mais voilà !

Nico: Mais à côté de ça, il vendait aussi son produit Microsoft ; il en a vendu dans toutes les tablettes qu’il vendait aux petits Africains ou autres ; il mettait ça en avant, quand même.

Manu : Moi ce que je trouve toujours génial, c’est quand il te donne de l’argent, il donne de l’argent à des associations, mais il le donne sous forme de licences ! Et ça ne lui coûte rien au final !

Luc : Il y a d’autres exemples du genre, mais ça pose une question c’est que, même si ce qu’il fait est bien, la question c’est : « Pourquoi c’est lui qui le fait ? » Ça veut dire que, en gros, nos institutions politiques classiques n’ont pas les moyens matériels, n’ont pas les moyens de décision. Ça pose un vrai sujet. Donc Bill Gates ou Zuckerberg vont finir par devenir des sortes de mécènes et de mecs merveilleux quoi !

Magali : Mais non, pas du tout ! D’ailleurs Guénaël Pépin le dit très bien : il est en mode séduction des médias, il est en pleine campagne et, à mon avis, dans cinq ans, il s’oppose à Trump !

Luc : C’était effectivement une des choses qu’on avait évoquée dans la revue de presse ces derniers temps. Il était manifestement en train de faire pas mal de manœuvres pour se faire bien voir, etc. Il avait des velléités politiques. Mais s’il arrive à faire ce qu’il veut faire, il n’a potentiellement pas besoin de se présenter à l’élection présidentielle. Être président des États-Unis, c’est peut-être totalement has been.

Nico: Et puis même s’il se présentait, il n’aurait qu’un bouton à pousser pour voir un milliard de publicités affichées sur tous les comptes Facebook ou autres et c’est très vite. En campagne, ça débourserait 0 centime pour toucher des milliards de personnes. Il serait quasiment sûr d’être élu s’il mettait ça à exécution !

Luc : Voilà ! C’est un type qui connaît toute la vie d’à peu près 20 % de la population mondiale, donc il est omniscient et c’est quasiment Dieu !

Nico: On pourrait même imaginer qu’il a un programme mouvant en fonction de la personne qui va le regarder. Il pourrait sortir les centres d’intérêt de la personne pour lui refourguer exactement ce dont elle a envie. Ça fait vraiment flipper !

Luc : Qu’est-ce qu’on a comme alternative ? Qu’est-ce qu’on peut faire si on ne veut pas rentrer dans ce monde merveilleux de Facebook ?

Magali : Il y a Framasphère4, le réseau social de Framasoft, et si vous me dites qu’on n’est pas nombreux, eh bien on est de plus en plus chaque jour. Mais c’est surtout basé sur un logiciel libre qui s’appelle Diaspora et qui, contrairement à Facebook, n’est pas centralisé. Ce sont des nœuds un peu partout dans le monde et donc, si un nœud ferme, il peut être récupéré par un autre nœud, et on peut discuter entre personnes de différents nœuds.

Luc : Diaspora d’accord ! Quoi d’autre.

Nico: Il y a GNU social qui existe, qui est un équivalent de Twitter, comme ça vous pouvez twitter avec vos amis et pareil, c’est décentralisé, c’est libre et vous pouvez tous vous connecter les uns aux autres sans avoir une seule plate-forme centrale. Il y a Movim, aussi, qui est dans le même style. Enfin il y en a pas mal, il y a pas mal d’alternatives de ce type-là qui se mettent en place et qui évitent tous les biais de fermeture de Facebook.

Luc : Moi je dirais que souvent on est sur Facebook et qu’on a des amis, de la famille ; certains ne sont joignables que par Facebook et on dit : « Eh bien, je ne peux pas le quitter. » Je dirais, au minimum, ne mettez pas tous vos œufs dans le même panier, même si c’est pratique ! Ne donnez pas toutes vos données à ces gens-là. Essayez d’utiliser des services alternatifs pour mettre certaines de vos données, vos mails, vos photos, ce genre de choses, pour ne pas que 100 % de votre vie soit directement contrôlée par ces boîtes-là.

Nico: Et surtout, quand vous utilisez un outil, prenez bien conscience de ce qu’il fait réellement. Connaissez les bulles de filtres de Facebook. Sachez comment il influence tous vos posts, ou l’actualité qu’il vous présente, pour être capable, justement, d’aller voir aussi ailleurs, d’aller voir l’autre versant de la montagne et ne pas vous laisser enfermer par votre outil.

Manu: Et tout ce qu’on met sur Facebook appartient aussi à Facebook.

Luc : Oui, effectivement. En termes de droit d’auteur, c’est quelque chose qu’on ne dit pas suffisamment.

Nico: On a fait le tour de la question, à peu près.

Luc : Merci à vous. Merci Nicolas. Merci Mag.

Magali : Merci Manu.

Manu: Merci Luc.

Décryptactualité du 1er mai

Le 10 May 2017 à 14:08:59

Magali - Manu - Nico

Titre : Décryptactualité du 1er mai 2017
Intervenants : Magali - Manu - Nico
Lieu : Studio d'enregistrement April
Date : Mai 2017
Durée : 13 min 38
Écouter ou télécharger le podcast
Revue de presse de l'April pour la semaine 17 de l'année 2017
Générique : La prose du pépère - Les Barons Freaks - LAL
Licence de la transcription : Verbatim

Présentation

Décriptualité fait le tour d'horizon des événements, install-parties et festivals où on échange sur le logiciel libre et les libertés numériques.

Transcription

Nico : Décriptualité. Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Magali : Semaine 17 de l’année 2017. Bonjour Nico.

Nico : Salut Manu.

Manu : Salut Mag.

Magali : Cette semaine on va vous parler de six articles. Le premier article dans le magazine LaDepeche.fr : « J’ai testé pour vous : une « install party » au Fab-Lab ».

Manu : Donc un petit article assez rapide, local, le journaliste a été se balader et s’est fait installer des choses intéressantes sur son ordinateur.

Magali : Numerama : « Open Data : l’État modernise sa Licence Ouverte pour les administrations », par Julien Lausson.

Manu : Donc là, ce sont des évolutions en lien avec la République numérique. Il y a une loi qui est passée il y a pas longtemps, et il fallait mettre à jour les licences que les administrations vont utiliser. Ça parle aussi des algorithmes pour le post-bac. Donc il y a des choses intéressantes et il va falloir qu’ils publient tout ça en logiciels libres

Magali : EducPros.fr : « Pour la CNIL,”la France doit garder la souveraineté de ses données scolaires” », par Céline Authemayou.

Manu : Alors là, c’est Microsoft qui a mis la main sur l’Éducation nationale française et la CNIL qui nous dit : « Non ! Il va falloir un petit peu faire gaffe où est-ce que les données vont terminer. »

Magali : Numerama : « L’Union européenne et l’épineux problème de la dépendance aux logiciels Microsoft », par Alexis Orsini.

Manu : Là, ce sont les institutions européennes qui se rendent compte que Microsoft, une fois qu’ils sont installés, on ne les déloge plus, ce qui est logique, et qu’il faut faire attention et peut-être s’intéresser un peu plus fortement aux logiciels libres.

Magali : La Tribune : « Présidentielle 2017 : Macron et Le Pen, deux visions opposées des enjeux numériques ».

Manu : Personnellement ça me fatigue. Donc ce sont des sujets qui sont pourtant intéressants, des approches assez différentes l’une de l’autre. Macron, Le Pen, eh bien allez voir l’article, ça va vous parler un petit peu de numérique et de leurs approches.

Magali : Numerama : « Quelle distribution Linux légère peut-on utiliser pour ressusciter un vieil ordinateur ? »

Manu : C’est plus intéressant et je pense qu’on va même continuer sur le sujet : les rencontres, et comment faire en sorte eh bien qu'on rencontre les gens qui vont nous mettre à jour nos ordinateurs, installer de nouvelles distribs, mais pas que. On peut en parler avec toi Nicolas, notamment.

Nico : la première chose que vous pouvez faire, si vous voulez passer un peu sur Linux ou GNU/Linux pour être exact, c’est aller dans les install-parties. Donc c’est un terme qui existe depuis très longtemps, c’est quelque chose qui a été fondé dès l’apparition, quasiment, des distributions.

Manu : Et qui a une raison d’être. C’est parce qu’à l’origine les distributions n’étaient pas installées par défaut sur les ordinateurs et pas toujours simples à installer.

Nico : Voilà ! C’était même compliqué, pour le dire clairement, et il fallait se faire accompagner. Donc il y avait des réunions qui se passaient, où les gens étaient invités à venir avec leur ordinateur.

Manu : Avec des piles de disques.

Nico : Des piles de disques, de disquettes même, à l’époque.

Manu : Ça c’était il y a 25 ans, là.

Nico : Des personnes qui savaient faire les installations les faisaient sur les machines de particuliers, comme ça les gens pouvaient repartir avec leur propre machine qui était remise à neuf, sans Windows dessus. Et ça marchait bien, ils étaient du coup accompagnés, et ça évitait les problèmes qu’il y avait à faire ça tout seul.

Manu : Je m’en rappelle ; ce n’était vraiment pas simple, ça impliquait des flags de noyaux qu’il fallait recompiler ; il fallait vérifier le matériel. C’était une vraie galère !

Magali : Avec Nico on n’était pas nés à cette époque-là !

Manu : Ouais, bande de jeunots ! En attendant, les premières c’était Slackware1, notamment, une des plus connues des distributions originales, mais Red Hat2 sont arrivées assez rapidement.

Nico : Mandrake3 aussi, qui avait beaucoup percé en France.

Manu : Parce que c’était sympa !

Nico : C’était simple à installer et c’était français, en plus.

Manu : Aujourd’hui il y a eu une percée d’Ubuntu parce que c’était hyper simple à installer et il y a les Ubuntu Party qui sont des continuations des install-parties et qui fêtent la sortie tous les six mois de la nouvelle distribution, la nouvelle version en touts cas.

Nico : Après, ça s’est quand même transformé. Les Ubuntu Party, par exemple, sont devenues aujourd’hui plus un festival en lui-même. Il y a une partie effectivement installation, mais qui n’est plus le cœur du festival, parce que, effectivement, aujourd’hui c’est devenu simple d’installer une distribution GNU/Linux, même une Debian. Effectivement, il y a quelques années c’était la croix et la bannière ; aujourd’hui c’est next, next, next, next et puis on a quelque chose qui fonctionne à la fin.

Manu : Oui. Ça peut même détecter le pays dans lequel tu es, mais en gros, c'est quasiment la dernière chose qu’il faut choisir.

Nico : Voilà ! Et aujourd’hui on a quand même fait beaucoup d’efforts, les install-parties se sont un peu transformées, justement en se mixant avec d’autres événements soit des festivals comme Ubuntu Party. Il y a aussi les Cafés vie privée4 qui font des installations.

Manu : Ça c’est intéressant, tu t’y connais pas mal !

Nico : Eh bien oui ! On est un peu les fondateurs sur Paris de ce genre de truc. Et le but c’est de rentrer plus dans le détail, parce que, effectivement, aujourd’hui les distributions sont simples à installer. Mais si on veut vraiment avoir tous les niveaux de protection suffisants, ou les petites options qui sont compliquées, pour le profane, à mettre en place.

Manu : Ou parce qu’on a du matériel un peu ésotérique.

Nico : Ou du matériel particulier.

Manu : Avec des choses qui ne marchent pas par défaut. Parfois même, y compris sous Windows ! Ce n’est pas toujours simple.

Nico : Oui, ce n’est pas toujours simple. En particulier les nouveaux portables aujourd’hui, qui ont des cartes graphiques qui fonctionnent clairement très mal avec GNU/ Linux. Donc il faut être un peu accompagné. Donc du coup il y a des événements un peu plus techniques, on va dire, qui sont pour les gens qui ont envie d’aller un peu plus loin que juste l’installation de base.

Manu : Sur Paris, je pense aux premiers samedis du Libre.

Nico : Il y a les a PSL, donc le Premier Samedi du Libre, à La Villette, la Cité des Sciences.

Magali : Vous avez aussi les Journées du Libre à Nancy ; à Orléans vous avez une install-party dans le cadre de la journée du Libre ; à Marseille aussi j’ai vu quelque chose, ça s’appelle Install party GNU/Linux. Dans d’autres villes vous avez des permanences au public dans la ville de Couronne. Des cours de logiciel libre à Ivry-sur-Seine. À Montpellier ils appellent ça des Repair Café. Bref, il y a vraiment plein d’occasions d’aller rencontrer.

Manu : Les Repair Café, il y encore une autre approche en plus, c’est que vous pouvez venir avec du matériel cassé et ce matériel on vous propose soit de le réparer, parce que les gars savent faire, ou soit de vous aider, vous, à le réparer, parce que des fois c’est juste une question de mettre les mains dedans.

Nico : Généralement ça va accompagné avec un Fab lab qui va pouvoir avoir du matériel, en fait, pour faire les réparations.

Manu : Un laboratoire fabuleux !

Nico : Oui !

Manu : Un laboratoire de fabrique.

Magali : En tout cas, quelle que soit votre ville, il y a forcément un événement. Moi je vais sur l’agendadulibre.org5 et là, ça recense tous les événements qui ont lieu en France, en Belgique et en Suisse ; où on peut aller soit assister à des conférences, soit à des install-parties.

Manu : Et au Québec et au Portugal. Non pardon ! Au Brésil.

Magali : Et au Québec et au Brésil. Voilà ! Et donc, eh bien il y a forcément quelque chose qui se passe à côté de chez vous

Manu : Ça marche assez bien l’Agenda du Libre. Je vous le recommande, magnifique site, superbement codé, très joli. Un design incroyable !

Nico : On rappelle quand même que c’est toi qui l’as développé. Non ?

Manu : Je ne sais pas ! Ceci dit s’il y avait des vrais designers qui pouvaient passer dessus, ce ne serait pas mal !

Nico : C’est déjà pas mal je trouve, quand même.

Manu : Ça mériterait quand même une bonne refonte visuelle. Mais il y a plein d’événements dessus. Vous pouvez aller chercher par localisation, par lieu. Vous définissez une ville où vous dites : « Je veux trouver tous les événements qu’il y a 20 km autour de cette ville » ; et vous pouvez vous abonner, recevoir régulièrement, par flux RSS, notamment, ce genre d’événements.

Nico : Du coup, vous pouvez tomber aussi sur des festivals qui sont sortis un peu du milieu de la technique.

Manu : Tu es sûr que ce ne sont pas des « festivaux » ?

Nico : Ou des « festivaux », pareil.

Magali : On dit festivals.

Nico : Et en fait, ça sort un peu du monde de la technique pure et dure, donc on ne parle plus vraiment d’ordinateurs, mais des fois ça peut être de tout et n’importe quoi. Je pense à Alternatiba6 sur les libertés en général et la manière de revoir le monde de demain. Il y a Geekopolis. Il y a les Geek Faëries7 où, du coup, on a aussi bien des makers qui vont venir en faisant leurs costumes, en faisant leurs propres machines ou leurs propres maquillages ou autres.

Manu : Geek Faëries, premier week-end de juin à Selles-sur-Cher. Il va y avoir quoi ? 4000 geeks et geekettes qui vont se balader là, et un village du Libre.

Nico : C’est vrai que ce sont des choses qui sont intéressantes parce qu’il y a beaucoup de monde, du coup, à se croiser à se côtoyer. Ça sort du milieu vraiment hacker, à capuche, derrière un écran, à taper sur un clavier. Et on est un peu à la croisée des chemins avec beaucoup de monde différent. On voit des familles, on voit des enfants, on voit des vieux, on voit des jeunes. Il y a vraiment de toutes les catégories de la population. C’est très intéressant comme festival, mais il faut s’accrocher parce que Geek Faëries c’est un peu rough quand même, il faut aimer un peu le milieu.

Manu : Il ne faut pas avoir peur de dormir avec des pierres dans le dos !

Nico : Mais c’est vrai que ce sont des festivals qui sont vraiment très intéressants, très sympas, pour s’ouvrir un peu aux autres et voir comment ça se passe.

Magali : Et Alternatiba ce sera en septembre, tout le mois de septembre puisqu’il y aura plein d’événements qui auront partout en France. À savoir que le dernier événement ça sera à Paris le dernier week-end de septembre.

Manu : Donc les Cafés vie privée, pour le coup, tu en fais pas mal et tu vois pas mal de monde qui vient, des journalistes, mais des gens du grand public aussi.

Nico : Ça a été la grande surprise qu’on a eue. Au départ, on a fait ça suite à l’affaire Snowden, en se disant on va essayer de former un peu les gens à tout ça. Et on s’attendait à n’avoir que des geeks, clairement, qui allaient s’intéresser à ça.

Manu : Oui, parce que ce sont des sujets super techniques.

Nico : C’est quand même très pointu. Voilà, c’est très pointu.

Manu : Internet, l’ordinateur.

Nico : Il y a besoin d’avoir des bonnes connaissances. On s’attendait à avoir besoin de bonnes connaissances en réseau, en crypto, en sécurité, etc., et en fait, on a vu un public qui était vraiment très diversifié, avec des grands-mères qui venaient en se demandant comment elles allaient pouvoir échanger avec leur petits-fils, ou autre. C’était assez impressionnant. Et aujourd’hui, on a dû vraiment ouvrir et vulgariser tout ça pour avoir des journées qui soient très ouvertes à tout le monde, avec des outils très simples d’utilisation. Vous ne pouvez plus avoir des termes techniques ou demander des vraies compétences de la part des gens qui sont en face de nous. Donc aujourd’hui, ce sont des petites extensions Firefox à installer ou des trucs en trois clics. On ne peut pas aller beaucoup au-delà. Et si on a des gens qui ont vraiment des risques, eh bien là on les prend à part et on va les former indépendamment.

Manu : Quand est-ce que tu vas en Syrie pour former les hackers syriens à se défendre contre le régime ?

Nico : Il y en a qui l’ont fait. Ce n’était pas en Syrie, mais il y avait eu dans les révolutions arabes ou avec Médecins sans frontières, Reporters sans frontières ; il y avait eu des interventions là-bas. Ils avaient remonté Internet, d’ailleurs en Syrie, si justement.

Manu : Mais c’était à distance, il me semble.

Nico : Il y avait à distance, mais il y avait aussi des personnes qui avaient été là-bas avec des modems 56 K, pour ramener de l’Internet, pour que Bachar el-Assad ne puisse pas massacrer sa population dans son coin.

Manu : De manière, en tout cas, en toute impunité. C’est-à-dire que les gens, au moins, puissent appeler à l’aide de l’intérieur du pays. En Égypte, je sais que FDN8 avait contribué à ouvrir des lignes pour que les gars puissent se connecter par des vieilles lignes téléphoniques et communiquer avec le reste du monde, un tant soit peu.

Nico : Voilà, ce sont des groupes de hackers comme ça qui se rencontrent, y compris dans des festivals. Par exemple Pas Sage en Seine était l’un des festivals qui regroupait tout Telecomix.

Manu : C’est quoi Pas Sage en Seine ? Tu nous expliques ?

Nico : C’est un festival compliqué, en fait, à la base.

Manu : Justement, dont tu es un des organisateurs.

Nico : Je suis un des organisateurs. C’est un vieux festival qui va faire sa huitième ou neuvième édition, quelque chose comme ça.

Manu : C’est vieux, dans le monde de l’informatique !

Nico : Voilà. Dans le monde de l’informatique. Et surtout ça a beaucoup changé puisque, effectivement à la base, c’était un peu le repaire de Telecomix.

Manu : Telecomix9 ?

Nico : C’était un groupe de hackers, justement, qui est intervenu en Syrie ou autre. Et c’étaient vraiment de vieux barbus, quoi !

Manu : Je me rappelle qu’ils avaient réussi à hacker tout Internet syrien.

Nico : En Syrie, oui.

Manu : Et qu’ils avaient mis une grosse page en disant à tous les gens qui étaient connectés : « Attention vous êtes surveillés. Allez là, là, pour savoir de quoi il s’agit et pour essayer d’éviter d’être chopés par le régime. »

Nico : Mais le mot de passe c’était « adminadmin », donc c’était un peu simple, quand même !

Manu : Ce sont des hackers !

Nico : Voilà. Mais justement ce festival s’est aussi beaucoup transformé et en particulier, depuis l’année dernière, où on s’est ouverts à beaucoup de monde, on a fait ça en banlieue. On a fait ça dans une médiathèque, on n’est plus dans un endroit complètement fermé.

Manu : En banlieue de Paris ?

Nico : De Paris.

Manu : Parce que la Seine se réfère à la Seine parisienne.

Nico : Mais du coup c’est un festival des libertés, aujourd’hui, et de la citoyenneté. Donc n’importe qui peut venir. On a eu des participants qui venaient expliquer ce que c’était le marketing neuronal. Du coup, c’est vraiment ouvert à tout le monde. On est sortis du milieu de la scène hacker et on est beaucoup plus au niveau du citoyen, aujourd’hui, et ça fait plaisir de voir ça.

Manu : Et ça ne marche pas mal. Les mairies vous ouvrent leurs portes. Donc là, vous allez être installés dans quel coin ?

Nico : On va être dans la médiathèque de Choisy. Donc ça va être du 29 juin au 2 juillet10, à la médiathèque de Choisy, donc pareil en banlieue parisienne encore une fois et c’est vrai qu’on a encore été invités par la mairie pour faire ça et c’est plutôt cool parce qu’ils ont bien apprécié ce qu’on a fait l’année dernière.

Magali : Moi je connais d’autres événements où on peut aller rencontrer les libristes.

Manu : Tu penses à quoi ?

Magali : Je pensais aux Rencontres Mondiales du Logiciel Libre qui, cette année, auront lieu à Saint-Étienne11. Je salue toute l’équipe d’ALOLISE12, l’association locale qui va gérer ces rencontres.

Manu : N’oublie pas de dire que tu es encore une des organisatrices.

Magali : Mais pas du tout ! Je m’occupe juste du village. C’est ce que je fais de mieux.

Nico : Je trouve qu’on fait beaucoup trop de choses autour de cette table.

Magali : Et on n’est que trois. Imaginez ! Bref ! Et cette année il y aura de nouveau des conférences, des ateliers, un village, enfin plein de choses pour découvrir des logiciels libres et se les approprier.

Manu : En plus dans un endroit qui n’est pas mal, qui a été mis en place assez récemment. Il faut vraiment attendre 4000 informaticiens et geeks de tout poil donc ça ne devrait être pas mal du tout. Alors, il n’y a pas que ces endroits-là, partout en France il y a des choses. Et il y a soit des villages, soit des organisations plus complètes. Il y en a une à Lille, c’est la braderie de Lille où il y a des informaticiens qui vont tous les ans. Il y en a une à Lyon qui s’appelle ?

Magali : Les JDLL de Lyon13.

Manu : Voilà. A Toulouse ?

Nico : Le THSF. Toulouse Hacker Space Festival.

Manu : Je pensais aussi au Capitole du Libre.

Magali : Ce n’est pas à la même époque !

Manu : Et alors sur la Méditerranée !

Magali : Il y a les JM2L.

Manu : C’est quoi les JM2L14 ?

Magali : Les Journées Méditerranéennes du Logiciel Libre.

Manu : Oui, forcément.

Nico : En bref il y en partout quoi.

Manu : Et on pourrait même aller en Belgique, le FOSDEM.

Nico : II y a le FOSDEM en Belgique. Il y en a aussi aux États-Unis avec le Libre Planet qui a lieu à Boston tous les ans.

Manu : Il y en a sûrement d’autres, mais on connaît moins, il faut avouer.

Nico : Voilà. Ce sont les grands noms de festivals autour du monde.

Manu : On a raté des trucs non ?

Nico : Je pense qu’on en rate un paquet.

Manu : On en a forcément ratés. Je sais qu’il y a des gens qui vont aux Vieilles Charrues et qui organisent un peu le village. Je sais qu’il y a des choses qui sont faites à la Fête de L’Huma où il y a des informaticiens. Et Mag ?

Magali : Il y a toutes les journées de Wikipédia qui permettent d’alimenter l’encyclopédie. Il y a les cartoparties d’OpenStreetMap.

Manu : Alors ça, ça a l’air d’être un truc assez faramineux, parce souvent il faut aller dans des endroits pas encore cartographiés, et des groupes de jeunes et de moins jeunes, qui sont un peu intéressés par la chose et par le lieu – parce qu’il y a un aspect de la découverte – vont aller sur un lieu donné non cartographié ou mal cartographié et vont passer leurs journées avec des GPS, à se promener dans les rues, à aller montrer les endroits un peu importants, parce que OpenStreetMap référence tout et n’importe quoi.

Nico : Mais quand même ils font fort parce que, par exemple, mon adresse est dans OpenStreetMap alors qu’elle n’existe pas sous Google Maps. Ils ont quand même réussi à avoir des données.

Manu : Ils cartographient le monde entier.

Nico : Voilà le monde entier, et c’est bien cartographié.

Manu : Ils ont mieux cartographié Bagdad que Google Maps n’a jamais pu le faire, surtout en période de guerre, et donc ils sont vraiment très bons sur certains lieux.

Magali : Bon eh bien on va s’arrêter là. Au revoir Nico.

Nico : Bonne semaine à tous.

Manu : À la semaine prochaine.

08 May 2017

april.png Nouvelles April

Revue de presse de l'April pour la semaine 18 de l'année 2017

Le 08 May 2017 à 16:26:32

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 18

[Paper Geek] Le format mp3 est enfin libre de droit, tous les brevets ont expiré

Par David, le jeudi 4 mai 2017. Extrait:
> Contrairement à ce que bon nombre d'utilisateurs pourraient penser, le format audio MP3 n'a jamais été libre de droit, même en cas d'utilisation par des applications open source. Il était couvert par plusieurs brevets dans le monde et faisait donc l'objet d'une licence commerciale. Tous ces brevets ont maintenant expiré, mettant le format dans le domaine public.
Lien vers l'article original: http://www.papergeek.fr/le-format-mp3-est-enfin-libre-de-droit-tous-les-brevets-ont-expire-25342

Et aussi:
[Developpez.com] MP3 est officiellement libre de droits

[Ville Intelligente] Présidentielle: la part du numérique chez les deux candidats en lice

Par Yannick Sourisseau, le mardi 2 mai 2017. Extrait:
> Renaissance Numérique, le think tank de la société numérique s’est fixé pour mission d’accompagner les acteurs publics, économiques et les citoyens dans la transition numérique de la société. Depuis le début de la présidentielle l’association dresse la vision numérique des cinq premiers candidats et notamment ceux d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen, qui s’affrontent pour la place de Président de la République française.
Lien vers l'article original: http://www.villeintelligente-mag.fr/Presidentielle-la-part-du-numerique-chez-les-deux-candidats-en-lice_a143.html

[Developpez.com] Open source: la fondation Linux et le FSFE annoncent de nouvelles ressources

Par Malick Seck, le mardi 2 mai 2017. Extrait:
> Aujourd'hui, force est de constater qu'il existe une multitude de licences qui régissent l'utilisation des différentes ressources mises à la disposition de la communauté, notamment comment les utilisateurs doivent les utiliser. Cela dit, il devient très facile pour les nouveaux arrivants dans le monde du libre et de l'open source de se perdre quant à la façon d'utiliser soit un document, soit un logiciel, etc. librement mis à leur disposition.
Lien vers l'article original: https://www.developpez.com/actu/133558/Open-source-la-fondation-Linux-et-le-FSFE-annoncent-de-nouvelles-ressources-pour-une-meilleure-comprehension-des-licences

Et aussi:
[toolinux] Mieux comprendre les licences open source

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

Luc DIDRY

Contrôle paren­tal sur Android : liste noire de sites

Le 08 May 2017 à 14:44:37

Il y a pléthore d’ap­pli­ca­tions de contrôle paren­tal sur Android. Mais je n’en ai trouvé aucune de libre. Plutôt que de lais­ser mon fils risquer de tomber sur des trucs non recom­man­dables en le lais­sant sans aucune protec­tion, j’ai trouvé une méthode qui vaut ce qu’elle vaut : utili­ser AdAway, un bloqueur de pubs qui se base sur des listes noires pour qu’il bloque aussi des sites clas­si­fiés par l’univer­sité de Toulouse.

La liste de l’uni­ver­sité de Toulouse n’est pas exhaus­tive (y a-t-il un seul index de sites qui le soit ?) mais elle a le mérite d’exis­ter…

Un petit script pour créer/mettre à jour la liste noire :

#! /bin/bash
mkdir -p /tmp/blacklist
cd /tmp/blacklist
for i in adult.tar.gz agressif.tar.gz dangerous_material.tar.gz drogue.tar.gz phishing.tar.gz publicite.tar.gz tricheur.tar.gz mixed_adult.tar.gz dating.tar.gz malware.tar.gz sect.tar.gz remote-control.tar.gz arjel.tar.gz
do
    curl -s ftp://ftp.ut-capitole.fr/pub/reseau/cache/squidguard_contrib/$i | tar x --gunzip
done
sed -e "s@\(.*\)@127.0.0.1 \1\n::1 \1@" */domains | grep -v " \(\.\|[[:digit:]]\)\+$" > /var/www/blog/hosts.txt

split -l 500000 --numeric-suffixes=1 --additional-suffix=.txt /var/www/blog/hosts.txt /var/www/blog/hosts

Notez bien le split : il permet de décou­per la liste noire en plusieurs fichiers de 500 000 lignes. En effet, la seule liste des sites pour adultes pèse plus de 100Mio : AdAway a du mal à trai­ter un fichier aussi lourd sans crasher. On va donc le décou­per en plusieurs fichiers (chez moi, cela donne 9 fichiers : /var/www/hosts01.txt, /var/www/hosts02.txt, etc.).

On placera bien évidem­ment une tâche cron pour mettre à jour les listes noires. Il est possible d’ajou­ter ou de reti­rer des caté­go­ries à inter­dire dans le for i.

Les fichiers /var/www/hostsXX.txt doivent être acces­sible depuis le web. Les miens sont acces­sibles aux adresses suivantes :

Ou, si votre Android est assez costaud pour qu’AdA­way mange tout d’un coup : https://fiat-tux.fr/hosts.txt

Ensuite il suffira d’ajou­ter l’adresse des listes noires comme « Source d’hôtes » dans AdAway, et ce sera bon :-)

Parta­ger

Couper l’ac­cès wifi d’un appa­reil la nuit avec OpenWRT

Le 08 May 2017 à 12:13:45

Mon fils possède plusieurs appa­reils suscep­tibles d’al­ler sur Inter­net. Comme je ne suis pas dans sa chambre la nuit, comment faire pour s’as­su­rer qu’il ne va pas passer sa nuit à regar­der des vidéos sur Youtube ? En lui coupant l’ac­cès à Inter­net, pardi.

Oui, je sais, confiance, tous­sa… mais bon, j’ai été jeune moi aussi, et je sais bien qu’on est toujours tenté d’en­freindre les règles… surtout quand c’est aussi simple que se cacher avec son machin sous la couette :-) (moi c’était une lampe et un bouquin, mais c’est moins discret, la lumière passant géné­ra­le­ment en dessous de la porte.

On peut géné­ra­le­ment, avec les box des FAI clas­siques, choi­sir des plages d’ac­ti­va­tion du wifi. Mais j’ai envie d’avoir du wifi tard le soir, moi ! Et de toute façon, je n’uti­lise pas de box d’un FAI clas­sique : j’uti­lise un VPN chez LDN grâce à mon nouveau jouet que j’aime d’amour, le Turris Omnia qui utilise OpenWRT.

Du coup, c’est assez simple : il suffit de rele­ver l’adresse MAC de l’ap­pa­reil à bloquer et d’ajou­ter cette règle à /etc/config/firewall :

config rule
    option src 'lan'
    option dest '*' 
    option src_mac 'XX:XX:XX:XX:XX:XX'
    option proto 'tcp udp'
    option start_time '20:30'
    option stop_time '07:30'
    option weekdays 'mon tue wed thu fri sat sun'
    option target 'REJECT'
    option name 'Parental control'

Un petit /etc/init.d/firewall restart, et hop ! C’est tout bon :-)

Edit : Sango­kuss vient de m’in­for­mer que luci-app-wifi-sche­dule peut faire le job d’une box clas­sique pour défi­nir des plages d’ac­ti­va­tion du wifi sur le système LEDE (basé sur OpenWRT). Ça n’est pas dans les dépôts de mon OpenWRT, et ça ne corres­pond pas à mon besoin, mais ça peut être utile :-)

Parta­ger

april.png Nouvelles April

Des algorithmes à l'art de gouverner les hommes

Le 08 May 2017 à 09:49:59

Nitot - Vion-Dury - Benayoun

Titre : Des algorithmes à l'art de gouverner les hommes : face au numérique, sommes-nous tous Moutons ?
Intervenants : Tristan Nitot - Philippe Vion-Dury - Yaël Benayoun - Irénée Regnauld - Ariel Kyrou - Représentant de Mediaschool
Lieu : Organisé par Le Mouton Numérique à l'Institut Européen de Journalisme - Paris
Date : Mars 2017
Durée : 1 h 25 min 22
Visualiser la conférence
Licence de la transcription : Verbatim

Transcription

Représentant du MediaSchool Group : Ici, c’est un lieu d’apprentissage, de réflexion, d’expérience et c’est la raison pour laquelle lorsqu’on m’a demandé si nous pouvions vous accueillir ici ce soir pour le Mouton numérique, eh bien j’ai naturellement accepté. Donc ce soir vous êtes ici chez vous. On verra si nous sommes tous des moutons numériques, ou pas. En tout cas, je vous souhaite de passer une très belle soirée. Je crois qu’elle va être riche et intéressante vu les invités, les intervenants que vous avez. En tout cas bravo pour cette initiative.

Irénée Regnauld : Merci.

Applaudissements

Irénée Regnauld : Bonsoir. Je m’autorise une petite parenthèse de cinq minutes pour vous présenter le déroulé de la soirée, Le Mouton numérique1, et puis on va peut-être un tout petit peu parler du sujet.

Tout d’abord soyez les bienvenus. Merci d’être venus pour cette première rencontre qui ouvre le cycle de débats du Mouton numérique pour 2017. Il y aura six débats, c’est le premier, donc encore merci de votre présence.

Pour commencer, je vais déjà remercier Mediaschool qui nous accueille ce soir, comme vous venez de voir. Ils ont activement participé au montage de cette première, la régie, la salle, etc. Également l’agence Mélocotonfilms au bout, qui filme, nous apporte la partie régie. Cet événement est live streamé sur YouTube donc vous pouvez, si vous le voulez évidemment, utiliser les réseaux sociaux et notamment Twitter avec le hashtag #MoutonNum qui est juste là.

Vous verrez, il y aura tout à l’heure des tables dehors avec les ouvrages de nos intervenants, donc des ouvrages qui seront vendus par la librairie l'Attrappe-Coeurs qui est aussi partenaire de l’événement. Et enfin, mais pas des moindres, La Quinzaine Littéraire qui n’est pas là ce soir mais qui sera également vendue et qui est aussi partenaire de l’événement.

Le Mouton numérique. Nous sommes une association avec une ambition, montée avec une ambition : éclairer la société qui innove. Le faire avec de la justesse, de la bienveillance, avec le souci du débat contradictoire, le souci, toujours, de garder de l’esprit critique sur la chose numérique et de sans cesse raccrocher cet esprit critique à des solutions concrètes, au moins quand elles existent ; ce n’est pas toujours le cas, évidemment.

En somme, c’est quoi ? C’est prendre ce que les penseurs, les intellectuels, ont à nous dire, mettre en face ce que font les gens sur le terrain, dans la réalité, faire et penser, penser et faire, sans dissocier les deux, évidemment. On fait tous les deux dans la vie, on en est conscients, nous les premiers.

Pour le format de ce soir, on part sur une petite heure d’échanges avec ces messieurs et Yaël. Ensuite on réservera le temps qu’il faudra pour les questions et on espère que vous aurez des questions, c’est quand même le but. Ensuite on organisera un pot juste dans la salle en face. Vous y êtes conviés évidemment, on vous ouvre les bras là-dessus. L’événement est gratuit. On souhaiterait conserver des événements gratuits. Cependant une participation volontaire est possible si vous souhaitez nous aider dans cette démarche.

Tristan Nitot : Donc la sortie est payante, en fait !

[Rires]

Irénée Regnauld : Voilà, c’est ça. Ce ne sont que 40 euros, ça va. Sachant que ces 40 euros serviront à deux choses : d’abord l’autofinancement de l’association, évidemment, d’une part.

Tristan Nitot : Et la Porsche.

Irénée Regnauld : Et la Porsche, voilà exactement, c’est ça !

Tristan Nitot : Et puis les assistants parlementaires, etc.

Irénée Regnauld : Mais sachez qu’on a quand même très envie de prendre tout ce qui sera en supplément, et il y en aura, pour récompenser chaque année un prix de l’innovation Mouton qui sera décerné à une initiative innovante, sociale, solidaire, puisque, en tout cas pour nous en tant que Mouton numérique, l’innovation ce n’est pas seulement une question de technologie, c’est rendre la vie des hommes et des femmes plus facile. Évidemment, quand j’ai dit ça je n’ai un peu rien dit, parce que rien n’est aussi simple, enfin rien n’est simple plutôt, et on n’est pas du tout les seuls à penser qu’innover c’est améliorer la vie des gens. Pas du tout ! En voilà une affirmation bien banale !

Finalement, si vous vous mettez depuis la perspective d’une société qui vendrait, par exemple, des vidéos en ligne, faciliter la vie des gens ce serait faire en sorte que la prochaine vidéo que vous allez regarder vous n’ayez pas franchement à la choisir. Éventuellement qu’on la choisisse pour vous. Si vous vous mettez depuis la perspective d’une société qui vendrait, par exemple, des assurances, améliorer la vie des gens ce serait faire en sorte que vous conduisiez mieux, ou que vous vous conduisiez mieux, ce qui est, quand même, totalement différent. Donc vous voyez sans doute où je veux en venir, je pense, déjà. Là où je veux en venir c’est que, il y a 70 ans exactement, en 1947, l’immense Norbert Wiener, le mathématicien qui fut parmi les gens qui sont aujourd’hui à l’origine de l’informatique, forgeait ou plutôt reprenait le terme cybernétique.

La cybernétique c’est quoi ? La cybernétique c’est l’art de gouverner les hommes. Alors aujourd’hui on parle de cybernétique, on parle aussi d’algorithmes et on parle même de gouvernementalité algorithmique. Alors un algorithme, c’est quoi ? On va le voir pendant toute la séance, mais je vais déjà faire un petit peu de teasing. Un algorithme c’est une suite d’instructions qui permet de résoudre un problème. Il y en a plein sur Internet, dans les exemples que je vous ai donnés tout à l’heure. Une suite d’instructions, au final, c’est un peu une machine qui résout un problème. Une machine qui peut aussi, éventuellement, en créer des problèmes, puisque comme toute machine, comme toute technique, elle couvre des enjeux qui sont des enjeux politiques, des intérêts, éventuellement économiques, des projections et même parfois des conflits.

Pour en parler ce soir, on a le plaisir, même l’honneur de recevoir deux invités. D’abord Tristan Nitot. Tristan Nitot qui est hacktiviste avec un « h », qui est un des dirigeants de la start-up Cozy Cloud2 et qui a également fondé l’association Mozilla Europe en 2003. Il est l’auteur de l’ouvrage Surveillance:// Les libertés au défi du numérique : comprendre et agir.

Pour lui donner la réplique, on a aussi le grand plaisir de recevoir Philippe Vion-Dury ; je ne sais si on peut aussi l’appeler un hacktiviste. Peut-être ?

Philippe Vion-Dury : Non !

Irénée Regnauld : Non ! Tant pis. Il est journaliste et c’est déjà bien. Il est auteur d’un livre qui s’appelle La nouvelle servitude volontaire : enquête sur le projet politique de la Silicon Valley.

Et bien sûr, pour animer cet échange, on a aussi le plaisir et honneur d’avoir Yaël Benayoun, cofondatrice du Mouton numérique. Bon débat.

Applaudissements

Yaël Benayoun : Merci à tous. Est-ce que vous m’entendez tous ? On commence comme ça. Super ! Déjà, je ne vais pas revenir sur tout ce qu’a dit Irénée. On est vraiment très heureux de commencer cette soirée ici avec vous. Et c’est vrai que quand on a monté le Mouton numérique, il y a un peu une question qui revenait toujours : « Mais pourquoi vous voulez montrer que le numérique est politique ? » Évidemment, ce n’est pas si évident pour tout le monde. Et du coup, c’est peut-être par ça que je vais commencer. C’est par vous demander, en fait, comment vous avez eu cette, on va dire, prise de conscience ou ce déclic que peut-être le numérique et les algorithmes, en l’occurrence, c’est un peu plus compliqué que juste une petite suite d’opérations comme vient de le dire Irénée. Donc voilà, Tristan si tu veux bien commencer.

Tristan Nitot : On avait dit qu’on se vouvoyait, quand même !

Yaël Benayoun : Alors on se vouvoie !

[Rires]

Tristan Nitot : D’accord. Je dois d’ailleurs vous avouer qu’on ne va pas réussir, mais ce n’est pas grave ; on va essayer quand même. En fait, je ne pensais pas du tout que c’était politique le numérique. Mais alors pas du tout ! Je me souviens avoir lu avec émotion la déclaration d’indépendance du cyberespace qui date de, je ne sais plus, ça doit être début des années 80, je pense. Qui justement dit : « Vous savez nous, dans le cyberespace, on n’est pas comme vous politiciens. On vit dans un autre monde, on n’a rien à voir avec vous. Vous êtes faits de chair et nous on est des signaux dans l’espace. Etc. » C’était rigolo. Je trouvais que c’était, à l’époque, assez intéressant de dire « on s’affranchit complètement du politique ». Mais bon, j’avais complètement tort. Et en fait, je l’ai vraiment réalisé quand j’ai travaillé sur mon livre, ou plutôt je l’ai réalisé et ça m’a donné envie d’écrire ce livre, donc Surveillance://, parce que je me rends compte, et c’est toute la thèse de la première partie du livre, c’est « on n’est pas habitués au numérique généralement. »

Il se trouve que moi je suis informaticien, je fais un peu tâche, mais généralement, les gens ne sont pas éduqués du tout au numérique. Un jour on leur a montré un ordinateur et dedans il y avait un navigateur et on leur disait : « Si tu cherches quelque chose tu fais Google et puis tu tapes des mots-clefs et tu fais entrer et là il y a des résultats. Et puis ça c’est le mulot et tu cliques sur les liens bleus et là, tu vas trouver ce que tu cherches. » Et voilà ! Temps de formation : vingt secondes ! Ça c’était dans les années 90, en gros.

On arrive dans les années 2010, maintenant ça se passe surtout dans une boutique Orange ou SFR ou Bouygues. [Tristan montre son téléphone portable] « Vous voyez, donc là c’est le bouton allumer et là vous avez le bouton, c’est pour revenir au menu. Ça c’est le volume. Et il y a des boutons et vous lancez des applications. Vous voyez, là il y a des applications, et vous lancez des applications et voilà. » C’est ça. Et donc, temps de formation : quarante secondes dans la boutique Orange debout devant le comptoir ! Et vous avez choisi tel ou tel téléphone parce qu’il était en promo ou que la couleur vous plaisait. Et vous demandez au vendeur : « C’est bien ça ? » « Oui, oui, c’est bien ! » Donc voilà.

Et c’est à peu près toute la formation qu’il y a et seulement, à choisir ça, on se retrouve à donner sans s’en rendre compte, sans du tout réaliser, on refile nos données à des géants, souvent dans la Silicon Valley, lesquels font des trucs avec nos données ; lesquels permettent, pas forcément en le voulant, de faire de la surveillance de masse. Et au final, on met en place des éléments qui vont permettre à une dictature d’arriver. Je vous la fais vraiment très, très gros. J’ai mis quand même 250 pages à vous l’expliquer normalement dans le livre ! Mais en gros, c’est ça : on est les idiots utiles des GAFA. On achète des smartphones qu’on pourrait vraisemblablement appeler des mouchards de poche, qui pompent des tas de données, qui les concentrent dans des datacenters américains, lesquels sont utilisés par des agences de renseignement, dont la NSA. Et eux-mêmes, donc, sont les idiots utiles de la NSA, parce qu’ils collectent ces données pour nous fidéliser, gagner de l’argent avec de la publicité, etc. Et ils sont les idiots utiles de la NSA, parce que la NSA voudrait espionner tout le monde, mais il suffit de se pencher, d’aller chercher ces informations chez Google et chez Facebook. Et voilà, la boucle est bouclée ! Vous vouliez juste un téléphone qui vous permette de jouer à 2048 ou à Candy Crush Saga, ou accéder à Facebook, et vous vous retrouvez avec un État totalitaire au bout.

Et donc, c’est évidemment politique, même si vous ne le saviez pas au départ. On reviendra sur le sujet, parce que là c’est un débat qui est quand même !

Yaël Benayoun : Eh bien ça va être toute l’heure. Et toi, vas-y !

Philippe Vion-Dury : Alors moi, j’ai un parcours. Je voulais faire court, mais je vais faire long, du coup.

Tristan Nitot : Ah !

Philippe Vion-Dury : J’ai un parcours très différent du tien.

Tristan Nitot : On n’avait pas dit qu’on se vouvoyait !

Philippe Vion-Dury :On se vouvoie. Oui.

Yaël Benayoun : Je pense qu’on va abandonner le vouvoiement parce que ça ne va pas marcher.

Philippe Vion-Dury :J’étais journaliste culture à la base. Je suis venu aux algorithmes et à la donnée par hasard, parce qu’on m’a demandé de prendre ces sujets-là dans ma rédaction. Je suis arrivé au moment de l’affaire Snowden, donc c’était assez intense et j’étais été assez frustré de voir, c’est un long processus ce bouquin, mais le premier déclencheur ça a été de lire un article sur le Time qui s’appelait « Big Data, Meet Big Brother »3 qui était, en fait, un article qui expliquait les techniques prédictives. En fait, ça expliquait que les données n’existent pas elles-mêmes, on les traite, et que ce traitement visait à anticiper les comportements, prévenir les événements. En fait, de fil en aiguille, quand on réfléchit à ce concept, ça veut dire que des acteurs, qui sont des entreprises principalement, tentent de prédire nos comportements, alors soi-disant pour nous fournir des services, trop bien, trop cool, parfaitement personnalisés, etc. Mais dans la capacité de prédiction, il y a la capacité de manipulation, c’est-à-dire d’action sur les comportements. Si je sais comment vous allez réagir à tout ce que je vais faire, ce que je vais dire, je peux donc faire en sorte que vous ayez le comportement que je souhaite. C’est ça la manipulation et c’est ça ce que permettent ces techniques.

En fait, là s’ouvre un champ quand même assez immense, qui est qu’on dépasse les données, la surveillance, la vie privée, etc., vers vraiment une nouvelle forme de pouvoir, et de relations de pouvoir et de servitude entre des acteurs privés et étatiques aussi, on y reviendra, je pense, sur cette différence-là, et les être humains et les individus ; et, par renforcement, le collectif aussi, puisqu’on verra qu’il y a des actions individuelles, des actions collectives. Et on revient à la cybernétique dont on a un petit peu parlé tout à l’heure.

Donc moi j’arrive aussi à la conclusion d’une dictature, pas tout à fait la même, avec un grand arc un peu différent ; je l’ai théorisée par big mother parce que ce n’est pas du tout un big brother comme on nous le vend, je pense, dans les médias qui veulent présenter comme les méchants États qui essaient de contrôler la population. C’est quand même plus complexe que ça. Il y a d’autres formes, aujourd’hui, de contrôle et de servitude que les États, qui sont d’ailleurs largement largués sur ces questions, on y reviendra aussi. En fait, je pense qu’on assiste aussi, à travers le numérique, à une mutation du pouvoir en lui-même qui suit une continuité historique de 50 ans, quand même, et que se créent de nouvelles servitudes qui sont, avec le titre un peu provocateur de servitude volontaire, parce qu’il n’y a pas vraiment de liberté, avec une liberté aliénée donc ce n’est pas vraiment volontaire, mais c’est un peu volontaire. Comme tu disais tout à l’heure, on achète quand même le smartphone, on s’inscrit quand même sur Facebook. Donc c’est d’une certaine manière volontaire. On y reviendra.

Tristan Nitot : Non ! Mais attends, de plus en plus on nous vend des télés connectées, des, comment ça s’appelle, des Amazon Echo qui vont bientôt arriver en France : ces boîtiers que vous mettez dans votre salon avec un micro qui est branché en permanence et qui écoute ce que vous dites, et on les paye une blinde quoi ! Donc voilà, c’est volontaire, on peut le dire.

Yaël Benayoun : Et du coup, justement, là vous avez parlé quand même de plusieurs problèmes, notamment surveillance de masse et notamment tout le lien avec les GAFA, enfin Google, Amazon, Facebook, etc. Est-ce que vous pouvez faire, peut-être, un petit bilan sur les acteurs qui sont en jeu derrière ça ? Parce que c’est vrai qu’à priori on ne voit pas forcément le lien entre les services secrets, Google, et la différence entre l’espionnage, les données qui sont données. Est-ce que vous pourriez peut-être expliquer un peu la boucle, en fait ?

Tristan Nitot : J’y vais ? C’est pour moi celle-là, non ? Alors c’est très simple. Quand vous achetez un smartphone, aujourd’hui 85 % du marché c’est Android. C’est-à-dire, si vous achetez du Samsung, de l’HTC, du Sony, etc., ça utilise le logiciel Android, le système d’exploitation Android qui est fait par Google. Qui a un téléphone Android dans la salle ? Levez la main ! Pas moi, parce moi non, plus maintenant, mais j’avais ! OK, Merci. Qui a un smartphone Apple, iPhone ? Ouais ! On voit bien qu’on est dans le 16e arrondissement, il y a du pognon ! Eh bien vous avez raison parce que, en termes de vie privée, Apple est quand même bien meilleur qu’Android. Je vais vous expliquer pourquoi.

En fait, Android donne, enfin Google donne Android à Samsung – Samsung est un énorme conglomérat coréen, ils ont énormément d’argent – et aussi aux autres, alors que ça vaut très cher. Probablement plus d’un milliard de dollars de développement ont été investis dans Android pour le créer. Et ils le donnent ! Ils le donnent, mais il faut signer un contrat et ce contrat il dit : « Vous êtes obligés de prendre d’autres trucs gratuits avec ! » Ah pas de chance ! Alors on vous donne Gmail, on vous donne Google Maps, on vous donne Google Search, on vous donne Google Calendar, on vous donne toute la flopée, Google Chrome, plein d’applications Google qui vont avec Android et que vous devez vous, fabricants de smartphones, vous devez intégrer dans les smartphones et les mettre bien visibles. » Bon d’accord ? Si vous voulez être concurrent d’Apple et comme vous ne savez pas développer un logiciel du genre Android – ça coûte très cher, ça prendrait des années, vous êtes pressé, vous voulez concurrencer Apple – donc vous allez choisir Android. Et pourquoi ils font ce cadeau-là ? Eh bien parce que, ensuite, c’est mis sur des téléphones. Il s’en fabrique des milliards, littéralement des milliards par an, et ça finit dans nos poches, et donc on utilise les services de Google, lesquels collectent des données.

En fait, vous avez payé très cher un cheval de Troie. Donc on est aussi cons que les Troyens, mais en plus, on a payé le cheval ! Vous voyez ? C’est quand même assez sordide cette affaire. Et donc c’est là que c’est intéressant et c’est comme ça que Google, en fait, collecte vos données, pour vous donner des services personnalisés, dont on ne peut plus se passer. Aujourd’hui, Gmail ce n’est pas facile de s’en débarrasser. YouTube, non plus. Enfin bon ! Donc il y a plein services qu’on utilise comme ça. Ils sont personnalisés, on n’arrive plus à s’en passer et ça collecte des données. Par exemple, si vous utilisez Gmail, c’est écrit dans les conditions générales d’utilisation, Gmail, enfin Google, lit vos courriers, les pièces jointes, les endroits d’où c’est envoyé, à qui vous les envoyez. Il a une copie de votre carnet d’adresses donc il sait de quoi vous parlez, à qui vous parlez, etc. Ils accumulent énormément de données. Et puis bon, on leur donne parce que c’est pratique, puisque, de toutes façons, personne n’a jamais lu les conditions générales d’utilisation. Qui a lu les conditions générales d’utilisation dans la salle ? [Tristan lève la main] Mais c’était pour un livre, j’ai une excuse. Effectivement, quasiment personne. Madame vous avez lu ?

Public : Un peu le début.

Tristan Nitot : Un peu le début ! Oui, c’est ça ? [Tristan fait mine de tomber de sommeil] Certains disent que c’est le meilleur endroit : on mettrait Mein Kampf en deuxième page et tout le monde signerait. Bref !

On accumule des données, enfin Google accumule des données sur nous. Et c’est pareil pour Facebook, en échange d’un service qui coûte finalement très peu cher. Facebook, si vous regardez l’application Facebook, il veut vous pomper votre carnet d’adresses, vos photos, vos textos, etc., quand vous l’installez sur votre téléphone. Il vous pompe tout ça, il l’envoie chez Facebook et en échange, il vous donne le service Facebook gratuitement ! Et si vous regardez un peu la compta de Facebook, Facebook ça coûte 5 euros par personne et par an. C’est ça que ça coûte à faire fonctionner Facebook : 5 euros ! Donc vous avez refilé toutes vos données personnelles, et vous continuez de le faire régulièrement, en échange d’un service de 5 euros ! Alors voilà ! Ça, c’est la première partie.

Deuxième partie, les révélations de Snowden. Donc Edward Snowden, contractuel de la NSA et ancien de la CIA, s’est rendu compte – c’est un patriote américain – il s’est rendu compte que son pays espionnait les gens en violation de la constitution américaine. Il n’a pas aimé du tout. Il a lancé l’alerte. D’abord il est allé voir ses responsables. Ils lui ont dit : « Ouais, ouais, quand même, ce n’est pas bien ! Ta gueule Snowden, retourne bosser, laisse-nous travailler ! » J’abrège, en fait, ça ne s’est pas vraiment complètement passé comme ça ! Et donc, il est parti de la NSA avec les poches pleines de clefs USB sur lesquelles il y avait des présentations PowerPoint de la NSA et ils les a données à des journalistes. Ça a donné les révélations de Snowden en juin 2013. Et il y a des centaines de milliers de documents, visiblement, on est encore en train d’en découvrir, d’en explorer, etc. Mais fondamentalement, ce qui ressort de l’analyse des documents de Snowden, c’est que la NSA veut surveiller absolument tout le monde pour asseoir la domination des États-Unis, économique, diplomatique, etc. Que, évidemment, espionner tout le monde c’est très compliqué et c’est trop cher pour eux, même s’ils ont d’énormes budgets et donc, eh bien qu’est-ce qu’ils font ? Ils se tournent vers les GAFA, qui ont accumulé des données, qui les ont analysées et donc la surveillance de masse est rendue économiquement possible grâce à la centralisation des données dans les mains des GAFA.

Philippe Vion-Dury : Moi je vais renchérir là-dessus. En fait, je pense que la question c’était qui sont les acteurs puissants là-dedans. En fait, ce sont ceux qui sont en capacité de traiter les données. Je pense que c’est aussi simple que ça au final, si on peut le résumer. C’est-à-dire que là, je pense qu’il faut faire de la pédagogie pour bien comprendre tout le débat. C’est qu’il y a d’un côté la donnée et, d’un autre côté, il y a le traitement de la donnée. La donnée qui va parler par elle-même c’est, par exemple, si on a signalé « je suis catholique ». Une donnée elle parle d’elle-même, elle est informative.

Souvent les données ne parlent pas par elles-mêmes : elles parlent quand on les corrèle entre elles, quand on met plein de petites données entre elles qui fournissent une nouvelle information. C’est-à-dire qu’on produit de l’info à partir de l’info. Un exemple de corrélation : on peut inférer ou prédire. Inférer ça va être : je vois que vous achetez hallal et que vous vous arrêtez tous les vendredis matin devant une épicerie hallal ou une mosquée ou quelque chose. Deux données suffisent déjà à prédire à 90 % que vous êtes musulman. On produit de l’info par l’info. Là on infère quelque chose : on a une nouvelle information sur vous.

Et après, il y a la prédiction : si vous avez acheté ça, si vous appartenez à tel profil sociologique, vous habitez dans tel lieu, vous connaissez telle personne, alors peut-être que vous allez vouloir regarder cette série ou acheter ce produit, ou, etc. Donc là on prédit quelque chose.

En fait, aujourd’hui, les acteurs qui sont capables d’avoir accès aux données – ça c’est bien sûr le plus important, c’est vital – mais au-delà de ça, d’avoir la capacité de traitement des données, une capacité conséquente, là ils deviennent puissants, là ils deviennent des acteurs questionnables et ça peut être, effectivement des États, mais ce n’est pas toujours le cas. Par exemple, je pense qu’aujourd’hui l’État français est moins puissant, à ce niveau-là, qu’un Google, beaucoup moins ! Par contre, si on compare l’État français avec l’État chinois, par exemple, qui a tout centralisé les données, etc., et qui a des capacités de traitement intégrées à l’État, là on est sur un État, effectivement, qui a une capacité totalitaire, très différente de celle d’un État libéral occidental. Ce qui ne veut pas dire qu’on ne va pas aller dans cette direction-là, non plus. Ça c’est un autre débat. Mais voilà, je pense que c’est vraiment la question de centralisation des données et de traitement des données qui définit la puissance d’un acteur.

Yaël Benayoun : Et du coup, justement, parce que par exemple quand vous entendez Mark Zuckerberg, le PDG de Facebook, qui lui va dire : « Ah ben moi je ne peux rien parce que, finalement, ce sont les utilisateurs qui vont donner eux-mêmes leurs données. » Et donc c’est toute la question du « ah, mais je n’ai rien à cacher, c’est moi qui donne mes données. » Et donc là, on revient sur ce que tu disais tout à l’heure, sur la servitude volontaire qui, finalement, ne change pas beaucoup de ce que disait La Boétie déjà au 16e siècle. Qui n’est, en fait, pas tant volontaire dans le sens où on veut être asservi, mais volontaire dans le sens où on ne se rend même pas compte qu’on pourrait changer nous-mêmes des choses. Et du coup, c’est une sorte de servitude passive. Finalement, c’est le même problème, justement, au 16e siècle, c’est pour ça que tu en parles dans ton livre, Philippe. Qu’est-ce que ça change ? Enfin où est-ce que le numérique change vraiment la donne aujourd’hui ?

Philippe Vion-Dury : Moi je ne vais pas faire de comparaison, une étude de texte de La Boétie, je l’ai lu.

Yaël Benayoun : Justement, en fait, j’y pense parce que La Boétie dit, par exemple, que si on ne se rend pas compte de l’asservissement c’est parce que le roi va faire des grandes fêtes et qu’on va être dans un confort sans fin. Et c’est vrai que quand on pense au numérique, enfin quand on parle de bulle de confort.

Philippe Vion-Dury : Ouais. Parce qu’il y a distraction. Je pense qu’on peut diviser les cas en trois catégories. Il y a déjà le consentement éclairé. En droit on parle de consentement éclairé, c’est-à-dire que donner son consentement sur une information qu’on ne maîtrise pas, c’est nul et non avenu, en fait. C’est être censé être le cas, c’est l’idéal du droit. Aujourd’hui, quand on signe une CGU, donc conditions générales d’utilisateur d’une application, quasiment personne ne lit les textes. Je crois qu’on avait calculé qu’il fallait un mois ou deux mois par an pour lire toutes les CGU auxquelles on souscrivait, donc personne ne le fait. Donc là, ce n’est pas un consentement éclairé déjà. Donc on ne peut pas parler vraiment de consentement, je pense.

Ensuite il y a le deuxième cas de scénario des gens qui savent mais qui ont la flemme. C’est-à-dire que soit ils sont trop habitués, soit ils n’ont pas assez de forces pour trouver une alternative, pas assez de temps, soit il n’y a pas beaucoup d’alternatives. Ça aussi. Il faudra qu’on parle de la concentration aussi à un moment, on parlait de Gmail tout à l’heure, mais aujourd’hui, trouver une alternative à Gmail c’est Hotmail, il y a mieux ! Donc c’est compliqué.

Et ensuite, il y a ceux qui s’en foutent, ça c’est la troisième catégorie, elle existe aussi, il faut le dire.

Tristan Nitot : Tu veux faire un sondage dans l’audience ?

[Rires]

Philippe Vion-Dury : Ouais ! Je pense que voilà ! Effectivement la question de la servitude volontaire, elle est complexe à aborder parce que je pense que c’est un mélange de consentement non éclairé, et c’est pour ça qu’on est là aussi, c’est pour essayer – peut-être vous n’êtes pas tous au courant de tout ça, moi je ne l’étais pas avant d’écrire mon bouquin – d’apporter un éclairage satisfaisant pour que vous fassiez des choix souverains.

La deuxième chose c’est aussi que la critique soit suffisamment forte, la prise de conscience soit suffisamment forte, les problèmes suffisamment forts pour que vous fassiez l’effort de choisir autre chose. Et ça, ce n’est pas du tout gagné, puisque moi-même j’utilise encore Gmail, je suis sur Facebook, comme quoi ce n’est pas facile. Donc voilà !

Yaël Benayoun : Et du coup, on va dire, que sont devenues un peu les promesses du début d’Internet ? S’il y en avait c’est un peu « tout le monde a accès à tout, de manière libre pour tout le monde ». Est-ce que, finalement, ça c’est un modèle totalement révolu ? Oui, ça c’est pour toi ! [en s’adressant à Tristan Nitot] Ou est-ce que, justement, il y a des alternatives qui sont viables, c’est juste qu’on ne les connaît pas ?

Tristan Nitot : Il y a des promesses du Web qui fonctionnent encore. Enfin Wikipédia ça existe toujours et c’est toujours très bien. Ce n’est pas parfait, mais c’est vraiment très bien. C’est toujours gratuit, on l’améliore. Enfin bon, bref ! Disclaimer : je suis wikipédien, amateur. Et c’est génial. C’est un truc qu’on n’avait jamais fait avant, ça existe toujours.

Le Web aujourd’hui, je vais vous dire un gros mot, mais moi j’ai un blog depuis 2003. C’est-à-dire j’ai un endroit où je publie ; j’ai publié deux billets hier dont la recette du chou farci, c’est vous dire si c’est intéressant. Donc j’ai une espace de publication personnelle qui était un genre d’eldorado à une époque, à la fin des années 90, et ça existe toujours. Et vous pouvez toujours ouvrir un blog si vous le souhaitez. Donc ça n’a pas disparu. C’est juste noyé sous le tsunami facebookien. Aujourd’hui, les gens postent sur Facebook comme s’ils étaient chez eux, ce qui n’est pas complètement le cas. C’est-à-dire que mon blog, il est à moi ; Facebook n’est pas à vous, ou ni à moi d’ailleurs. C’est pour ça que je ne vais pas sur Facebook. C’est parce que je préfère publier chez moi et que les gens viennent. Mais ça fait de moi un vieux con, finalement !

Philippe Vion-Dury : Qu’est-ce que je voulais dire ?

Tristan Nitot : Donc ça existe toujours, mais c’est remporté par la facilité de services plus modernes.

Philippe Vion-Dury : Effectivement, sur les promesses du numérique, c’est un peu comme les promesses du capitalisme. Il y en a certaines qui ont été tenues, sinon on aurait arrêté. Évidemment que ça a tenu ses promesses. On peut faire un blog, on peut échanger plus rapidement, etc. Ça c’est une chose. Néanmoins, des problèmes ont émergé. Des nouvelles servitudes ou des nouveaux rapports de domination ont émergé avec. Et là je pense que – c’est une critique ouverte, ce n’est pas accusation – mais je pense que beaucoup de gens de l’époque, de ton époque [en s’adressant à Tristan Nitot], de l’époque, qui étaient un peu libertaires, voire libertariens pour certains, mais surtout libertaires, qui ont vraiment cru que le Web serait cet espace pas souillé par les géants de chair et d'acier qu'étaient les États, espace de pur esprit, etc., où les gens se rencontreraient dans un grand village mondial, sans leur chair, sans leur identité, sans rien, eh bien ils ont pêché par naïveté. Parce qu’en fait, ils appartiennent à une tradition qui est assez ancienne maintenant et qui, en France, aux États-Unis et ailleurs, libertaire, qui a beaucoup, qui a quasiment exclusivement focalisé sa critique sur l’appareil étatique et qui, malheureusement, a oublié les entreprises, tout simplement. C’est-à-dire qu’à force de critiquer l’État, capitaliste, bourgeois, autocratique et autres, il en a oublié que les entreprises étaient aussi des instruments de pouvoir ; étaient aussi des acteurs de pouvoir, et de plus en plus, et qu’on se retrouve, du coup, avec des États très faibles par rapport au numérique – même si, encore une fois, c’est à relativiser – et puis des tentatives aujourd’hui, boîtes noires, etc., on pourra en parler. Mais on voit des États surtout faibles par rapport au numérique et des entreprises incroyablement fortes. Voilà ! Et ça, ça ne se serait peut-être pas passé si on avait eu une critique plus globale à cette époque, une approche plus globale de ce que devait être Internet.

Yaël Benayoun : Et justement, sur ce basculement entre à l’époque, je pense au 18e siècle, où l’État s’est servi de la statistique pour, en fait, on va dire, essayer de normaliser les comportements de sa population dans le sens où, comme il avait l’idée de combien il y avait d’habitants sur tel territoire, c’était plus facile de pouvoir prédire telle production, par exemple ; et qu’aujourd’hui ce n’est plus l’État, finalement, qui gère ces comportements avec les statistiques, mais ce sont les entreprises qui essayent de normaliser ces comportements avec le big data, avec l’ensemble de toutes ces données, ces métadonnées qu’elles récoltent sur nous. Est-ce que vous avez une idée de ce basculement ou c'est juste qu’on a raté une étape à un moment ?

Philippe Vion-Dury : Tu vas vite en besogne, quand même !

Yaël Benayoun : Oui, je sais.

Philippe Vion-Dury : Je pense que ce n’est même pas de quoi on parle encore. On peut parler d’assurance, de police, etc. avant, parce que ! Oui, ce dont tu parles, c’est du vieux pouvoir. C’est l’idée que, ça ce sont les termes foucaltiens, Foucault, qui disait qu’en en gros on sort d’une société féodale, on arrive dans les sociétés disciplinaires qui sont celles du 19e siècle, et l’État devient l’acteur fondamental de la société et gouverne la production, gouverne les êtres afin qu’ils soient productifs, qu’ils donnent une économie qui permette de faire la guerre, qui permette de faire le commerce, d’enrichir une bourgeoisie ou une monarchie, etc. Et effectivement, le pouvoir était un instrument de pouvoir qui visait à contrôler la population en prédisant les récoltes, la production, etc. Et c’était une situation assez bâtarde, il y avait quand même une société féodale qui survivait un peu et ensuite qui s’est effondrée. Donc après une société bourgeoise, disciplinaire, et maintenant on arrive, effectivement, à des nouvelles formes de pouvoir où il est exercé de plus en plus par l’intermédiaire du numérique et des technologies, et par les acteurs nouveaux que sont les entreprises, qui se sont appropriées, réappropriées, cette capacité de contrôle des comportements, des individus, du collectif par les données, par le traitement des données.

Et aujourd’hui, je ne sais pas par où commencer, mais aujourd’hui il y a des tentatives, par exemple de police prédictive qui visent à mettre des scores de dangerosité sur les gens — ça s'est fait déjà aux États-Unis — qui visent à essayer de prédire là où le crime va se produire dans une ville en fonction de paramètres divers et variés comme la météo, l’éclairage public et la sociologie du quartier, etc. On a des assurances qui tentent de faire en sorte d’avoir accès à vos données biométriques, voire génétiques, pour ensuite faire des profils de dangerosité sur vous, enfin des profils à risque : est-ce que vous êtes une personne à risque ? Est-ce que vous êtes une personne saine ? Est-ce que du coup il faut vous faire payer plus cher, vous mettre des amendes, vous mettre des bonus parce que vous vous comportez bien et que vous faites votre footing le matin ? Donc là on est quand même !

Tristan Nitot : Ou un mauvais patrimoine génétique. Risque de cancer. Bim ! Surprise ! Juste à la naissance, quoi !

Philippe Vion-Dury : On avait vu ça avec 23andMe, qui était une entreprise qui tentait un peu de glisser là-dedans. Pour l’instant elle est stoppée par les pouvoirs publics, mais c’est quand même en marche, comme dirait l’autre !

[Rires]

Et donc voilà. Là ce sont deux exemples, on pourrait en donner beaucoup plus, et je pense qu’il faudrait quand même donner pas mal d’exemples, mais ce sont des exemples qui montrent que les acteurs privés, souvent, essaient d’avoir une vraie action sur nos comportements, sur la façon dont on détermine nos vies. Ça c’est le principe du pouvoir. Effectivement, c’est un nouveau type de pouvoir qui se fait à l’échelle de tous les individus puisque, aujourd’hui, tout le monde, enfin tout le monde, par exemple pour Facebook tout le monde va l’utiliser ou presque, pour YouTube aussi. Pour les acteurs de santé c’est déjà beaucoup plus limité, c’est surtout aux États-Unis pour l’instant dans certaines mutuelles, mais ça a vocation quand même — puisqu'il faut toujours dérouler une logique jusqu’à son terme — ça a quand même vocation à s’étendre, puisque, par exemple, un assureur n’est pas là pour vos beaux yeux, c’est un acteur privé qui veut optimiser ses recettes.

Tristan Nitot : C’est là pour qu’on ouvre notre porte-monnaie !

Philippe Vion-Dury : Voilà. Donc il faut étendre la logique et voir qu’il y a quand même une volonté d’étendre ça à une population entière et de faire en sorte de pouvoir nous contrôler, avoir un pouvoir sur nous.

Yaël Benayoun : Et du coup, pour revenir un peu à la place que l’État pourrait reprendre aujourd’hui, c’est-à-dire est-ce qu’il y a une place à prendre ? C’est vrai qu’on entend souvent le discours de dire que finalement l’État est un peu coincé entre d’un côté les acteurs locaux, de l’autre côté les acteurs qui le dépassent totalement. Est-ce que la solution peut venir de l’État ?

Tristan Nitot : Non !

[Rires]

Tristan Nitot : Non ! C’est la version courte. La version un tout petit peu plus longue c’est que l’État n’est pas dans une position facile. Déjà par sa taille : quand on est en France, réguler les GAFA, c’est quand même vachement compliqué. Parce que justement ils sont à l’extérieur et qu’ils sont finalement beaucoup plus importants. Il y a aussi une histoire de rythme de déroulement, en fait. C’est-à-dire que quand vous voulez mettre en place une loi ça va prendre beaucoup de temps et l’évolution technologique se fait beaucoup plus vite. On peut voir, par exemple, ce qui se passe avec Uber qui arrive, qui déboule sur un marché, qui met même en place des systèmes, c'est le système Greyball, je ne sais pas si vous avez suivi, c’est juste hallucinant ! En fait ils repèrent les policiers et les gens de la régulation et ils leur servent, ils leur envoient, une fausse application Uber que les policiers essaient d’utiliser ; et ça ne marche jamais, parce qu’en fait c’est une application Uber, comme l’application Uber, mais elle ne voit pas les VTC, quoi ! Ça ne marche pas ! En fait il intoxiquait les gens qui faisaient la régulation. Les gens d’Uber tournent autour du régulateur qui avance comme il peut quoi, et qui essaye de bien faire, mais qui part avec un handicap énorme, c’est-à-dire qu’il travaille sur un rythme qui est infiniment plus lent que la technologie.

Aujourd’hui on est capable, en fait, en technologie, de déployer des nouvelles versions d’une application plusieurs fois par jour. Ou sur un site web plusieurs fois par jour. Il y a une intégration continue qui est telle que quand vous corrigez un bug, vous pouvez sortir plusieurs versions d’une application par jour. Vous ne voyez pas la CNIL ou le G29, son équivalent européen, faire la même chose ! Ils ne peuvent juste pas, quoi !

Cela dit, ils ont quand même un pouvoir certain. Il y a un règlement européen qui s’appelle la GDPR4, ou la RGPD en français, Règlement général pour la protection des données, qui est en cours de mise en place, qui sera sur l’ensemble du territoire européen à partir du mois de mai 2018- Et là, ils ont quand même un certain nombre de choses importantes, dont la portabilité des données, qui va permettre aux gens de prendre leurs données et puis de les envoyer ailleurs, pour changer de fournisseur, en substance. Et un certain nombre de règles aussi pour lutter contre le piratage, contre la mauvaise gestion des données, etc. Et ils ont aussi une grosse massue qui est que si jamais quelqu'un se fait attraper, enfin une société se fait attraper, elle peut avoir une amende jusqu’à 4 % du chiffre d’affaires mondial. Ça, ça fait très très mal.

Donc ils avancent, ils peuvent faire des choses, mais c’est compliqué parce qu’il y a du lobbying à Bruxelles sur ces sujets-là, où on voit chaque mot et chaque article est négocié pied à pied. Ils font traîner des trucs, etc. C’est vraiment très intense et en même temps, il ne faut pas non plus que la puissance publique régule top vite, enfin avec précipitation, et qu’elle arrive à coincer quelque chose qui finalement serait peut-être une industrie très intéressante, qui pénaliserait les industriels locaux et pas les industriels étrangers.

Donc ce n’est vraiment pas facile d’être régulateur dans le monde numérique.

Yaël Benayoun : Je crois que tu as un autre point de vue Philippe sur la question ?

Philippe Vion-Dury : Effectivement, il ne pas tout jeter non plus de l’État.

Tristan Nitot : Ce n’est pas ce que j’ai dit ! J’ai dit qu’ils avaient un boulot super compliqué.

Philippe Vion-Dury : Sur la question aujourd’hui est-ce que l’État est complètement largué ou pas ? C’est vrai et pas vrai, il est largué. Néanmoins, on a hérité aujourd’hui de législations, par exemple en termes de santé qui font que notre système de protection des données de santé c’est quasiment l’un des meilleurs au monde et qui fait qu’aujourd’hui une application telle que je l’ai racontée tout à l’heure sur les assurances est impossible, encore maintenant. Donc pour l’instant on a quand même des protections héritées du système étatique qui fonctionnent encore. Néanmoins, depuis quelques années, on n’assiste pas à beaucoup de nouvelles innovations législatives ou autres qui protégeraient par rapport à l’innovation récente telle que Uber ou autres. Ça c’est un premier point.

Le deuxième point, qu’est-ce qu’il peut faire. Effectivement je ne pense pas que l’État soit la réponse à tout, très loin de là. Néanmoins, c’est une réponse quand même. Et l’incapacité aujourd’hui à réguler la société vient aussi du fait, par exemple, qu’on a délégué une partie de notre pouvoir à une instance qui est Bruxelles et sur laquelle on n’a pas mainmise et qui fait que, on parlait tout à l’heure des lobbies, c’est une instance qui est très sensible au lobbying qui fait que du coup les textes sont réécrits. Quand on voit les copiés-collés, c’est quand même fantastique : il y a des textes qui sont quasiment à 90 % copiés-collés des lobbies. Donc il y a une question de souveraineté, déjà, et puis une question plus large de qu’est-ce qu’on peut faire ? Je pense que nous aussi on vit dans des mythes autour de l’innovation, autour du progrès technologique qui est que c’est inarrêtable et qu’on ne peut rien faire. On a juste à s’y soumettre et point barre. On peut juste aménager les angles et faire en sorte que ça glisse mieux.

Moi, je n’ai pas de proposition particulière là-dessus, mais je suis assez hostile à cette vision, notamment parce qu’on nous réécrit un peu l’histoire à très long terme. On nous dit que ça a toujours été comme ça ; que l’humanité a toujours avancé dans un sens ; qu’il y a toujours eu du progrès, etc. ; que depuis Gutenberg et avant, depuis l’invention du papier, et avant l’agriculture, c’est allé comme une sorte de ligne. Or c’est faux ! Et sur la régulation de l’innovation technologique au quotidien, sur les innovations, en termes du textile par exemple : sous la France du 18e siècle, il y avait des compagnonnages, des guildes, qui se réunissaient sous l’autorité de juristes et de la puissance publique, et qui décidaient de quelle innovation – l’innovation était créée à l’époque par les artisans – de quelle innovation on devait appliquer ou pas. Et on pouvait écarter collectivement – à l’époque ce n’était pas une démocratie – et on pouvait choisir d’écarter l'innovation qui était jugée trop dangereuse pour l’économie du pays, etc.

Là, on a quand même un système qui vient – je ne dis pas que c’est souhaitable, je dis juste qu’on vient à contre-pied du mythe fondateur aujourd’hui – qui est que le progrès ça ne s’arrête pas ; que c’est le fait accompli ; que de toutes façons ça va trop vite ; que dans deux jours on a nouvelle version, dans trois ans on a un nouvel Uber qu’on n’aura pas vu venir, etc., ce qui est vrai, mais parce qu’on ne régule pas non plus : on ne met pas de barrières, on ne met pas de béton. Enfin ! Donc moi je pense qu’il faut aussi, peut-être, qu’il y ait une prise de conscience à ce niveau-là : c’est qu’on peut exercer notre désir d’agir, notre souveraineté, à ce niveau-là aussi, au niveau de la technologie. Sauf que c’est un truc qu’on a complètement oublié et qu’il faudrait peut-être retrouver.

Yaël Benayoun : Et du coup, Tristan, ce que tu mets dans ton livre ce sont toutes les réponses aussi individuelles qui sont finalement un premier pas pour, peut-être, justement avoir une prise de conscience plus globale, on va dire, pour après pouvoir faire bouger les choses à une autre échelle.

Tristan Nitot : Oui. Tout à fait. Mon livre a quatre parties. On va dire la première moitié, les deux premières, c’est expliquer le problème et la deuxième partie c’est expliquer plutôt les solutions. C’est-à-dire que pour moi c’était très important, je ne voulais pas créer de l’angoisse en décrivant un problème, je voulais arriver avec des solutions. Et les solutions, elles sont de deux ordres. La quatrième partie c’est pour les individus : qu’est-ce qu’on peut faire ? Par quoi je peux remplacer Gmail ? Est-ce qu’il faut que je choisisse Android ou iPhone ? Qu’est-ce qu’il faut que je fasse ? Donc c’est un peu de l’hygiène numérique, si vous voulez, des recommandations. C’est une partie qui était très désagréable à écrire, en fait, parce que je fais des recommandations de produits, et ça change très vite. Et donc, c’est vraiment la partie du livre qui va le moins bien vieillir, finalement. C’est sûr, parce que le reste est plus théorique et là c’est très concret sur des produits qui changent régulièrement. Mais c’était important pour moi que chacun se rende compte qu’il a du pouvoir d’agir, plutôt que de rester : « Ah, on ne m’a jamais expliqué ; c’est trop compliqué ; je n’y arrive pas ; de toutes façons je n’ai rien à cacher » – qui est un faux ; c’est un mensonge, on a tous quelque chose à cacher – mais qui est juste une façon de dire : « Bon ! Je suis impuissant, je vais me dire que ce n’est pas grave parce que c’est plus confortable. » Je n’en veux pas aux gens. Mais c’est qu’une fois qu’on a expliqué le problème il faut leur dire : « Regardez, vous pouvez agir, vous pouvez faire quelque chose. » Et donc j’ai listé un certain nombre de points sur quel navigateur utiliser, enfin vraiment des choses assez concrètes, mais, finalement, qui ne vont pas très loin. Elles ont comme principal intérêt, finalement, de sortir de la torpeur et de la résignation, mais pas tellement de changer le monde ou de résoudre le problème.

Et puis il y a une partie qui, elle, est vraiment faite pour les informaticiens et qui me paraît finalement plus importante, qui dit : « Puisqu’en fait le problème vient de la centralisation des données dans les mains de quelques géants, qu’est-ce qu’on peut faire ? » Eh bien en fait, les informaticiens, s’ils se décident, à mon sens peuvent inventer un internet alternatif qui est peut-être un peu plus proche. d’un point de vue architectural. de l’Internet des débuts, avec ce que j’appelle un cloud personnel qui est donc un endroit où on va stocker nos données personnelles, à nous, et après on s’en sert. Et on va même faire plus de choses et mieux que ce que peuvent faire aujourd’hui un Google et un Facebook.

Alors ces systèmes-là, il y a des embryons de systèmes qui existent. Moi je travaille là-dessus. Chez Cozy Cloud, c’est ce qu’on fait tous les jours avec trente employés pour essayer de construire ça, et on le distribue gratuitement. C’est-à-dire que le logiciel, vous pouvez le télécharger gratuitement et le mettre sur un ordinateur, chez vous, pour qu’il contienne vos données.

Si vous n’êtes pas un gourou de l’informatique, ce n’est pas la meilleure des solutions parce que ça va être compliqué et risqué. C'est-à-dire que vous avez vos données personnelles dedans et si jamais vous vous faites pirater parce que vous n’avez pas bien compris comment tout ça ça fonctionnait, c’est un peu dangereux. Mais néanmoins, on vous donne la capacité de le faire. Et derrière, le business modèle c’est de dire : « Bon, c’est vrai, c’est compliqué ; mais vous pouvez louer un espace chez un hébergeur dont c’est le métier de faire tourner ce logiciel et à ce moment-là, vos données sont chez l’hébergeur. Il y a un vrai business modèle qui ne repose pas sur la publicité ciblée, donc votre hébergeur ne va pas analyser vos données ; il y a une charte qui explique qu’il ne va pas le faire. Et vos données sont en sécurité chez un hébergeur que vous payez et qui utilise le logiciel de Cozy Cloud. »

Je pense qu’en fait la combinaison des deux ou même des trois, c’est-à-dire un, la sensibilisation des gens autour de la problématique des données personnelles, plus la création d’une solution qui est à la portée de tous et combiné avec un business modèle vertueux, je pense que c’est une approche. Mais j’avoue, c’est une approche d’entrepreneur, enfin c’est une approche d’informaticien.

On crache beaucoup sur le solutionnisme des informaticiens, mais, en fait, je prends le système à son propre jeu. Puisqu’en fait les entreprises créent des systèmes qui posent problème, eh bien on utilise le mécanisme de financement des start-ups pour créer une solution qui est une alternative à celles qui posent problème.

Philippe Vion-Dury : Moi je pense que ça ne suffit pas du tout.

Tristan Nitot : OH !

Philippe Vion-Dury : Parce qu’en fait quand tu parlais – on s’entend bien sinon – quand tu parlais de solutionnisme, il faut peut-être expliquer juste ce que c’est. En gros c’est Morosov5, qui est un penseur américain d’origine biélorusse, qui a parlé de solutionnisme. Il disait qu’en fait le grand défaut aujourd’hui de la pensée un peu critique sur le numérique était de répondre exclusivement à des problèmes techniques par d’autres réponses techniques. Et qu’en fait, là-dedans, on perdait toute la politique. Au final, ça capotait à chaque fois.

Et c’est un peu ma critique là-dessus. C’est que, par exemple les logiciels libres, c’est une initiative. Ça visait, en fait, à partager au plus grand nombre sous des licences ouvertes, claires, transparentes, etc., des logiciels que tout le monde puisse se réapproprier, soit du traitement de texte, des OS, etc. Très bien ! Mais ça en est où aujourd’hui ? Parce que le problème c’est qu’ils se sont mis en compétition avec des entreprises qui ont des moyens faramineux, que eux n’avaient pas, et qu’ils n’ont jamais reçus de la puissance publique, et du coup, on se retrouve avec des designs complètement hermétiques.

[Tristan Nitot se prend la tête dans les mains]

Ah je suis désolé, mais essaye d’expliquer à ma grand-mère Ubuntu.

Tristan Nitot : Ça clashe !

Philippe Vion-Dury : Mes parents ont pris Ubuntu, tout ce qui est Linux, etc., si vous essayez de faire ça avec vos parents, ou même tout seul, c’est un enfer ! Je suis désolé. Et pourtant, ouais. Donc voilà.

Donc moi je pense que ce n’est pas une approche suffisante ; mais ça ne veut pas dire qu’il faut évacuer la réponse technique complètement non plus. Par exemple, là je pensais, là on sort des données, on sort du traitement de données, on parle vraiment de l’innovation. Comme alternative à Uber, j’ai vu des expériences qui ont été faites, qui sont menées en ce moment en Europe du Nord, je ne sais plus exactement où, mais c’étaient des acteurs de la société civile qui développaient une sorte d’appli type Uber, qui géolocalisait les gens qui participaient à ça, et qui, en fait, visait à se projeter dans les zones où il y a très peu de transports publics, où il y aurait des navettes de petite taille qui iraient dans les zones très peu desservies, où les gens pourraient juste dire : « Je suis là, j’aurais besoin d’être pris » et un algorithme trace un tracé dynamique de la navette qui va prendre les gens, les déposer, etc. Et ça marche apparemment assez bien. Et là, on a quand même quelque chose qui est un peu différent puisque, effectivement, la structure technique elle est sur le modèle d’Uber, donc on a un peu « hacké » Uber, entre guillemets, mais derrière il y a une volonté de service public, d’utilité sociale, d’économie sociale et solidaire comme on dit maintenant ; il y a un respect, une transparence sur les données, et en plus, je crois que c’était aussi un format de coopérative pour les chauffeurs ; ça aussi c’est quelque chose qui émerge beaucoup, mais pour protéger les chauffeurs, contrairement à Uber où ils sont maltraités, on pourrait revenir là-dessus également.

Il y a aujourd’hui des gens qui réfléchissent comme, je pense à Trebor Scholz, je ne sais pas si tu connais, qui a théorisé le digital labor6 et qui, aujourd’hui, parle beaucoup de coopérativisme de plates-formes et comment refonder le modèle des plates-formes pour que les gens qui participent sur des petites tâches, des jobs journaliers, etc., qui sont revenus aujourd’hui à un système du 19e siècle : les gens sont pris à la journée, même des fois à l’heure ou à la tâche ; le Mechanical Turk de Amazon c’est à la tâche, on fait une micro tâche, on gagne trente centimes, juste pour donner le décor. Et aujourd’hui, trouver des formes de salariat, de propriété collective, etc., qui puissent répondre et protéger les gens, sans non plus freiner l’innovation, ou bénéficier au moins de ces nouvelles structures qui correspondent à un monde qui bouge, etc.

Donc voilà. Moi je pense qu’il faut plutôt chercher des solutions hybrides et là, par exemple, sur ces solutions-là, la puissance publique dont on parlait tout à l’heure, peut apporter son aide. C’est quand même triste de voir qu’à l’heure actuelle la puissance publique n’aide absolument pas l’ESS, ou presque pas, l’économie sociale et solidaire, aide très peu les projets alternatifs en termes d’OS, etc. On avait parlé à un moment d’OS made in France, operating system Android made in France avec Montebourg, ça, ça n’a jamais vu le jour. On n’a aucune puissance publique derrière tous ces projets. Et pourtant, c’est là qu’elle pourrait aussi jouer un rôle peut-être beaucoup grand qu’un truc planifié, complètement vers le haut, mais plutôt soutenir les initiatives vers le bas ; mais soutenir quand même la puissance verticale de l’État qui est quand même colossale. Et ça, c’est un problème éminemment politique. Donc je pense que si on ne conjugue pas déjà la pensée critique pour comprendre les problèmes, la nature des problèmes, la puissance publique, une approche politique, et une structure technique, effectivement, qui correspond quand même aux innovations auxquelles on est confrontés, on n’arrivera pas à des solutions satisfaisantes.

Tristan Nitot : Tu as vu, je suis resté super poli. Je n’ai rien dit du tout parce que je voulais que tu développes quand même ton propos qui est, malgré tout, intéressant, même si tu as dit une grosse bêtise. [Tristan Nitot donne une tape amicale sur l’épaule de Philippe Vion-Dury]. Sur le logiciel libre, le fait que ce n’est pas ergonomique, que ça ne touche pas les gens, etc., malheureusement c’est en partie vrai. Et donc, il y a beaucoup de projets de logiciels libres, c’est-à-dire des logiciels dont le code source est accessible à tous et fabriqués de façon coopérative souvent, c’est vrai que ça ne donne pas toujours des très beaux résultats. Mais il y a des choses qui fonctionnent. On en a déjà parlé. Par exemple Wikipédia, ce n’est pas vraiment du logiciel — quoique si, le moteur est du logiciel libre — mais l’encyclopédie est libre, c’est-à-dire qu’elle est faite par des contributions d’amateurs et, sans être parfaite, encore une fois, c’est une œuvre extraordinaire pour moi, Wikipédia. C’est parmi les sites les plus visités au monde et c’est du Libre. Donc on arrive à faire des succès autour du Libre. On nous dira : « Bon ce n’est pas du logiciel ! ».

Philippe Vion-Dury : C’est par Google aussi.

Tristan Nitot : Non !

Philippe Vion-Dury : Et les dons ! Et surtout c’est adossé.

Tristan Nitot : Non ! Il n’y a pas de publicité !

Philippe Vion-Dury : Attends ! Le référencement de Wikipédia fait que c’est Google.

Tristan Nitot : Oui, c’est vrai. C’est parce que Google sait que c’est le meilleur résultat quasiment à chaque fois.

Philippe Vion-Dury : Sans Google, il n’y aurait pas de Wikipédia. Peut-être !

Tristan Nitot : Oui, mais… Je ne sais pas. Je ne veux pas rentrer dans ce débat-là. Enfin il n’y a pas d’argent de Google. Google, à un moment, voulait donner de l’argent à Wikipédia et ils ont refusé ; ils n’ont jamais eu de publicité et ils ne fonctionnent que grâce à des dons, alors que moi j’étais prêt à ce qu’il y ait de la publicité dans Wikipédia, pour l’info. Mais bon ! Ç’aurait été encore une bêtise de ma part, mais, en l’occurrence, ils se débrouillent très bien sans publicité. Donc donnez à Wikipédia, c’est important !

Et il y a des succès de logiciels libres. Qui utilise, par exemple, VLC pour afficher des vidéos ? Levez la main. Voilà, OK. Eh bien c’est un logiciel libre, français accessoirement.

Firefox, il y a encore des utilisateurs de Firefox dans la salle ? Voilà, OK ! Merci, c’est gentil. Bravo ! Continuez ! Les autres, vous ne savez pas ce que vous loupez ! Essayez Firefox ! Firefox c’est du logiciel libre. Alors je ne suis pas complètement neutre parce que j’ai quand même passé 17 ans sur le projet. Mais c’est un logiciel où il y avait une vraie préoccupation de faire quelque chose d’ergonomique, de simple, etc. Et, quand même, il y a eu jusqu’à 500 millions d’appareils utilisant Firefox dans le monde, ce qui est quand même assez monstrueux. 500 millions ! Bon, évidemment, à côté des deux milliards d’internautes utilisant Facebook, c’est devenu de la rigolade, mais à l’époque, 500 millions c’était vraiment beaucoup, et ça a influencé tous les autres navigateurs, ce qui était l’objectif.

Donc le logiciel libre peut avoir un vrai succès populaire et peut avoir un vrai impact. C’est pour ça, d’ailleurs, que chez Cozy Cloud on fait du logiciel libre parce que c’est la condition, à mon sens sine qua non, pour avoir la confiance de l’utilisateur, pour avoir un anti effet boîte noire. C’est-à-dire que l’utilisateur puisse voir comment ça fonctionne à l’intérieur et ça c’est, à mon avis, essentiel. Il faut du logiciel libre pour avoir une société libre. Parce que le logiciel, maintenant, touche tous les compartiments de notre vie ; et si le logiciel n’est pas libre, si on ne peut pas l’auditer — Finalement, les algorithmes sont dans le logiciel — eh bien il faut que le logiciel soit libre pour qu’on puisse comprendre comment tout cela fonctionne et avoir la maîtrise dessus. Donc c’est important de faire du logiciel libre. Bam !

Yaël Benayoun : Eh bien écoutez merci beaucoup. Je vois qu’on arrive à la fin du débat. Du coup, maintenant je pense qu’on va passer la parole à la salle.

Tristan Nitot : Super. On va peut-être utiliser ton micro.

Yaël Benayoun : De toutes façons, il y a un micro ici.

Tristan Nitot : Non, non. On va utiliser celui-là.

Ariel Kyrou : Oui. Philippe, je voulais revenir sur un truc, parce qu’il me semble que tu sous-estimes l’adversaire. Je vais t’expliquer pourquoi. Je pense que quand on parle d’algorithmes, il faut expliquer que ça fabrique du conformisme, en fait. Ça fabrique du conformisme, notamment avec les algorithmes, c’est l’idée que lorsqu’on va quelque part on est tracé, on laisse des traces, on laisse des données, potentiellement, qu’on donne ou pas, et que tout ce qu’on fait, tout ce qu’on achète, tout ce qu’on donne, va être enregistré. Ces algorithmes vont même potentiellement s’inspirer de gens qui font comme nous pour nous orienter. Et l’un des problèmes majeurs, cette servitude volontaire comment elle se construit ? Elle se construit d’autant plus que ça va nous enfermer dans un circuit fermé. L’objectif ce n’est pas de nous contrôler. Tu parles de contrôle des GAFA. Ce n’est pas un contrôle à l’ancienne, c’est une volonté de faire en sorte que l’on reste dans le cocon, le cocon de Google, le cocon d’untel et d’untel, pour notre bien, pour notre confort et notre sécurité.

Et c’est bien pour ça qu’il y a encore chez Google des éléments d’open source. Ils ont leur grande conférence. Ce que je veux dire c’est qu’il ne faut pas sous-estimer l’adversaire et sous-estimer, guillemets, « ce qu’il fait potentiellement pour paraître bien ou pour faire le bien ». Et cette logique d’enfermement par les algorithmes elle est très pernicieuse, beaucoup plus que ce que tu décris parce que, justement, ils se contrefoutent de savoir qui on est vraiment tant qu’ils ont la case qu’il faut pour nous et tant que ce double statistique de nous-mêmes, eh bien ils fassent en sorte qu’on se prenne nous-mêmes pour lui, qu’on se confonde à lui, quelque part, pour notre bien. Ce que je veux dire c’est qu’il n'y a qu’un mode de fonctionnement, et c’est sur le long terme qu’il est surtout très dangereux. Parce que, quelque part, il abolit la logique d’inattendu, de surprise et, sans même que nous nous en rendions compte, nous enferme dans un système. Et je crois que c’est dangereux de parler comme tu le fais parfois de ces GAFA comme s’il s’agissait d’entreprises à l’ancienne, voulant contrôler à l’ancienne, ce qui n’est pas le cas et ce qui fait la différence par rapport à la logique de la NSA, à mon sens.

Philippe Vion-Dury : Merci Ariel, puisque je connais Ariel Kyrou.

Tristan Nitot : Bonne question !

Philippe Vion-Dury : Là je ne suis pas radical, parce je tiens à avoir une salle de gens, effectivement… Je t’encourage, du coup, à lire mon livre jusqu’au bout où je parle de big mother, justement pour reprendre cette idée d’enfermement permanent des individus dans un cocon de confort où ils sont orientés, guidés, etc., par des contrôles. Et je parle aussi de système contrôle qui succède au système disciplinaire.

Ariel Kyrou : C’est le terme de…

Philippe Vion-Dury : Oui. Terme de Foucault repris par Deleuze. Juste pour que les gens comprennent. Quand on parle d’enfermement, par exemple, le grand débat, récemment, ça a été la bulle de filtre sur Facebook. Parce qu’en gros, c’est une idée qui remonte déjà à un petit peu, c’est en 2011 que Eli Pariser7 l’a théorisée, je crois ; en gros, c’est l’idée que si Facebook vous classe à un moment parmi la catégorie de gens qui votent libéral ou conservateur, il le sait par rapport à plein de données, avec vos relations, vos lectures, etc., puisqu'il vous suit puisqu’en fait le petit bouton like sur toutes les pages dans le Web, c’est un traceur, qui renvoie à Facebook, sans que vous ne cliquiez, qui renvoie à Facebook l’information. Donc il sait où vous allez, il sait ce que vous regardez, etc.

Une fois qu’il vous a classé dans un parti, par exemple ça peut être la sexualité, l’orientation sexuelle, politique, ça peut-être les goûts musicaux, filmiques, etc., une fois qu’il a fait ça, l’idée c’est de vous proposer des contenus personnalisés, qui vous plaisent. Et donc, si on est de gauche on ne va avoir que des contenus de gauche. Bien sûr, ça ne sera jamais que des contenus…, sinon ça va se voir, ; on fait en sorte que ça ne se voit pas trop, donc ça sera un peu plus, voire beaucoup plus.

Tristan Nitot : Parfois tu as des « macrons » quoi !

Philippe Vion-Dury : Voilà, tu as un petit « macron » qui se glisse, quand tu es de gauche. Alors qu’en fait ! Voilà.

[Rires]

Et c’est pareil pour la musique sur Spotify ou Deezer, c’est pareil pour les films sur Netflix. Le patron de Netflix a quand même dit que son ambition ultime c’était que vous arriviez sur Netfix, que vous cliquiez sur le premier lien et que ça soit la vidéo que vous avez envie de regarder : c’est ça que vous avez envie de regarder, parce que vous avez été calculé, classé, etc.

Tristan Nitot : Et l’ambition de Google, expliquée par son patron, c’est : « Moi je veux que les gens, le matin, demandent à Google qu’est-ce que je dois faire aujourd’hui ? »

Public : Incroyable !

Philippe Vion-Dury : Ça c’est dit en interview, comme ça !

Public : Par qui !

Philippe Vion-Dury : Par Larry Page.

Tristan Nitot : Président de Google et l’ancien…

Philippe Vion-Dury : Donc cette idée vachement déterministe, elle est que, finalement, on peut vous résumer à quelques données, quelques caractéristiques de votre être, et que, après, on peut organiser un environnement qui simule la liberté, c’est-à-dire le choix : on a le choix entre ça, ça, ça et ça. En fait, tous ces choix sont calculés pour vous selon une matière statistique qui est vous comparer à des millions de personnes, puisqu’on bâtit le modèle à partir de millions de personnes. Naturellement ça produit du conformisme, forcément.

Ariel Kyrou : Ils se contrefoutent de savoir qui tu es réellement.

Philippe Vion-Dury : Oui. Ils s’en contrefoutent. Et du coup, dans cet idéal-là, ce n’est évidemment pas un contrôle dans le sens où on va faire une injonction : « Regardez ça, lisez ça, faites ceci, faites cela ! » Bien sûr que non ! Dans l’idéal, ce serait qu’on demande : « Qu’est-ce que je dois faire ? », ce serait vraiment super. Mais en attendant, c’est plutôt de l’injonction soft, un petit peu du nudging, on appelle ça, donc du paternalisme libertaire.On vous suggère, on vous fait une petite poussée dans le dos : « Regarde par là plutôt, c’est mieux que par là », etc. Donc c’est vraiment un mode de contrôle, on parlait de contrôle, mais ce n’est pas du tout le contrôle hiérarchique, paternaliste, etc. C’est vraiment big mother, enfin big brother, qui est enveloppant, qui est suggestif et qui fait que vous croyez que c’est vous qui avez le contrôle sur ce que vous faites, alors qu’en fait ceci a été plus ou moins prévu et calculé, dans un ensemble de variables prédéterminées. Je ne sais pas si…

Ariel Kyrou : Oui, oui. Il fallait pousser plus loin la réflexion parce que je pense que c’est important.

Tristan Nitot : Il faut juste préciser que sur YouTube ils ne nous entendent pas sans micro, donc… Je pense à nos… [auditeurs, NdT]

Organisateur : Est-ce qu’il y a d’autres questions, éventuellement ?

Tristan Nitot : On peut poser des questions plus basiques que je comprendrais, tout ça, donc n’hésitez pas !

Philippe Vion-Dury : On peut parler de l’actualité si vous voulez aussi.

Public : Bonsoir.

Tristan Nitot : Bonsoir.

Public : On m’entend là ?

Tristan Nitot : Ouais. Parfait.

Public : Déjà, merci pour ce débat. Personnellement, j’ai appris beaucoup de choses. J’aimerais juste revenir sur quelque chose, plutôt un questionnement par rapport à ce que vous avez dit en tout début de débat quand vous parliez des pionniers d’Internet qui avaient un esprit libertaire. Qu’est-ce que vous vouliez dire par là ? Parce que, de mon point de vue, j’ai plus l’impression justement, et vous en avez rapidement parlé, que c’était plutôt des libertariens que des libertaires et que ce n’est pas si étonnant que ça finalement qu’Internet ait pris cette direction vers toutes ces énormes entreprises, etc. Et par ailleurs, juste, dans ce que je connais du mouvement libertaire, je n’ai jamais eu l’impression qu’il y avait une concentration unique sur l’État, mais plutôt que justement, l’État était un moyen, enfin était un allié des entreprises, en fait. Du coup je m’interroge juste sur est-ce qu'il y a une spécificité des pionniers d’Internet, au point de vue idéologique ?

Tristan Nitot : Elle est pour toi celle-là.

Public : Ouais.

Tristan Nitot : En plus, je ne pense que c’en est une, mais je suis content que ce soit toi qui l’aies, en fait !

Philippe Vion-Dury : Libertaire, libertarien, pour moi ce n’est déjà pas la même chose, effectivement. Moi je pensais libertaire. Dans la Silicon Valley, il y a différents courants qui s’affrontent, qui se conjuguent d’ailleurs plutôt, dont l’évangélisme typiquement américain, dont les libertariens, dont le ?

Tristan Nitot : Libertarianisme.

Philippe Vion-Dury : Libertarianisme, voilà, pardon ! Beaucoup de mots. Le libéralisme économique. Il y a beaucoup de courants. Moi je pensais au libertaire, parce que la personne qui a rédigé la déclaration du cyberespace, John Perry Barlow, a été quand même le parolier de Grateful Dead.

Tristan Nitot : Grateful Dead.

Philippe Vion-Dury : Qui n’était quand même pas connu pour être, voilà ! C’était un groupe de rock, piqué, qui prenait beaucoup de substances interdites.

Tristan Nitot : À l’époque le LSD n’était pas interdit !

Philippe Vion-Dury : C’est vrai que ce n’était pas encore interdit. Après, là, moi je ne pourrai pas répondre très précisément à cette question-là.

Ariel Kyrou : Je peux y répondre si tu veux.

Philippe Vion-Dury : Juste un conseil.

Tristan Nitot : Mais pas trop longtemps, parce qu’il faut laisser la place pour les autres. Mesdames et messieurs, Ariel Kyrou.

Ariel Kyrou : Dans la contre-culture, il y avait deux tendances en fait. Il y a une tendance politique et une tendance communautariste quelque part. Stewart Brand, qui était l’un des créateurs du Whole Earth Catalog, un des grands personnages de la contre-culture, a été, avec beaucoup d’autres, à l’origine via le Whole Earth Catalog, de ce qu’était ce qu’on appelait « les babillards », un certain nombre de sites internet et de tout un imaginaire quelque part, avec Timothy Leary aussi, et pas mal de gens de la contre-culture qui ont construit ce passage de la drogue à l’informatique comme élément d’imaginaire, comme élément de construction d’une autre façon de voir le monde.

Et c’est en ce sens-là, via ces gens-là, via le Whole Earth Catalog, via après ce qu’on a appelé le WELL [Whole Earth 'Lectronic Link, NdT], qui a été un ancêtre du Net, une sorte de réseau, de micro réseau, un grand nombre d’anciens personnages de la contre-culture. Et la grande différence qu’il y a eu, c’était moins le rapport à l’État en tant quel tel, entre ces deux courants, que ceux qui considéraient que la politique devait être un vecteur du changement alors que d’autres c’était se changer soi-même ; collectivement que tout se change via des communautés, se transforme, pour changer la société. Et c’est cet héritage-là de la contre-culture, qui est l'une des deux facettes de la contre-culture, qui s’est retrouvé dans ce monde numérique, dans ces premiers réseaux, avant même le World Wide Web en 94, et c’est en ce sens-là, quelque part, c’est cet héritage-là qui est l’héritage libertaire de ces gens-là, y compris de Google qui participait à Burning Man notamment, à ce grand festival. Et donc c’est là que se situe l’héritage.

Et il y a un bouquin que je vous conseille là-dessus, c’est le bouquin de Fred Turner8. Il explique très bien et il décrypte très bien l’héritage de la contre-culture et ce en quoi, justement, c’est en partie un héritage libertaire.

Philippe Vion-Dury : Juste pour compléter ce qu’a dit Ariel Kyrou ici présent, c’est par rapport à la question que tu as posée sur les entreprises aussi. Effectivement si tu relis Chomsky, Howard Zinn, à l’époque déjà, le complexe militaro-industriel c’était la peur, la hantise, c’était l’ennemi. Effectivement les entreprises étaient vues comme un ennemi potentiel, même dans ces regroupements assez libertaires. Néanmoins il faut relativiser le fait que déjà Google, il y a 15 ans, c’était une start-up, ce n’était rien, c’était le truc limite du garage, limite !

Tristan Nitot : C’était même une société sympathique.

Philippe Vion-Dury : C’était sympathique. Quasiment tout a commencé dans un garage : c’était frais, c’était nouveau, l’avenir en gros. Ça ne faisait pas peur et ce n’est pas du tout la grosse…, et puis ils se sont tous vraiment adaptés au discours du réseau horizontal du « startupeur », du geek, etc. C’était cool ; ce n’était pas du tout le gros mastodonte militaro-industriel qui collabore avec la NSA, avec la CIA, etc. Ça l’est devenu, mais ça n’a pas été au début. Je pense que c’est aussi pour ça que beaucoup de gens n’ont tout simplement pas vu venir. C'est aussi simple que ça.

Tristan Nitot : Et donc, je vous recommande effectivement le bouquin de Fred Turner qui est édité chez C&F Éditions, très bon éditeur puisque c’est le mien. Non ! C’est un super bouquin.

Organisateur : D’autres questions.

Public : Merci. Oui juste moi je voulais avoir des précisions sur le cloud personnel qui me parait une bonne solution. Est-ce que vous avez des aides publiques ? Pourquoi pas ? Enfin comment vous cheminez ?

Tristan Nitot : C’est une bonne question. Des aides publiques, dans une certaine mesure oui. Aujourd’hui l’essentiel de l’argent vient d’investisseurs privés, mais des aides publiques par la Bpi, par exemple, Bpifrance, Banque publique d'investissement, donc investissement, innovation, banque, tout ça, et qui sont des gens très bien et qui font des prêts, qui font des concours, etc., qu’on a gagnés. Donc oui, dans une certaine mesure, on est aidés. Le fait qu’on produise du logiciel libre ne rentre absolument pas en compte, enfin pas de façon significative. C'est-à-dire que si on était une start-up pour faire de l’accumulation de données, de façon extrêmement propriétaire, je pense qu’on aurait à peu près les mêmes chances en termes de financement par la puissance publique quoi ! Voilà !

Public : Bonsoir. Merci pour vos interventions. J’ai une minuscule question qui serait pour montrer rapidement, factuellement.

Tristan Nitot : Donc vous êtes en train de préparer la deuxième…

Public : Une autre un petit peu plus. Voilà. L’un de vous deux, je ne me souviens plus lequel, mais je crois que c’était vous, Philippe, avez dit que fournir un profil Facebook et les services qui vont avec, ça coûte 5 euros à Facebook.

Tristan Nitot : Non, c’est moi.

Public : Comment on calcule ça ?

Tristan Nitot : Une partie de la comptabilité de Facebook est publique parce que c’est une société cotée en bourse. J’ai pris le dos d’une enveloppe et puis j’ai commencé à regarder combien ils dépensaient, combien ils avaient d’internautes et combien ils faisaient de bénéfices. J’ai retiré les bénéfices, et j’ai fait une règle de trois. C’est à peu près mon maximum en niveau de mathématiques, et j’en suis arrivé là. Donc c’est à la fois l’investissement dans le développement du logiciel et son amélioration, et puis le fait de le faire fonctionner. C’est probablement approximatif. C’est-à-dire que s’ils ont fait des placements et que ça rapporte de l’argent, je n’ai pas retiré le truc parce que je ne suis absolument pas comptable, encore moins que mathématicien.

Public : Moi non plus, d’où ma question.

Tristan Nitot : Mais ce n’est pas très compliqué. Ça, c’étaient les chiffres en 2014, parce que c’étaient les seuls disponibles à l’époque. Maintenant, il faudrait refaire le calcul, mais je pense que c’est à peu près du même ordre. C’est quelque part entre trois et sept euros, je pense.

Public : OK. Et je vais me faire un peu l’avocate du diable, mais je trouve que les discussions c’est hyper intéressant et c’est beaucoup centré sur la dangerosité ou les risques liés à l’utilisation des algorithmes vis-à-vis du développement économique et des choix économiques, voire philosophiques de l’utilisateur. Et j’ai été étonnée que la problématique de la surveillance et les problématiques sécuritaires ne soient pas plus abordées, dans la mesure où les algorithmes ont une vraie utilité. Alors est-ce qu’on parle d’algorithmes ou est-ce qu’on parle de données personnelles ? Je n’ai pas vraiment eu la distinction. Mais quand on voit qu’il y a des situations dans lesquelles la police américaine, la semaine dernière par exemple, a essayé de saisir les données vocales qui étaient, enfin les commandes vocales, en fait, à l’Amazon Echo pour obtenir des informations dans une enquête pour meurtre, on voit les avantages sécuritaires que ça peut avoir pour les forces de police et les agences de renseignement. On voit aussi, dans ces cas-là, les capacités de résistance des plates-formes telles qu’Amazon qui vont aller jusqu’à refuser de fournir ces données en disant : « La commande vocale elle-même est protégée par le premier amendement, donc protégée par la liberté d’expression. »

Tristan Nitot : Déjà il faut vite trancher un éventuel amalgame. Je ne suis pas en train de dire qu’il faut totalement « incapaciter » les forces de police, du tout. Je veux juste dire qu’il faut impérativement empêcher la surveillance de masse. De masse ! C’est-à-dire la surveillance de tout le monde, en fait. Il faut empêcher que chacun de nous se sente surveillé. Parce que si on se sent surveillé, on est poussé, on l’a déjà dit, à la conformité. Qui dit conformité dit absence de dissidence ; absence de dissidence c’est absence de progrès social. Ce ne sont pas les gens qui sont aux commandes qui font du progrès social. Les gens se servent, je ne parle pas de costumes ou de tout ça quoi ! Ou d’attaché parlementaire ! Mais quand vous êtes aux commandes, vous avez tendance à remplir vos poches. Ce n’est ni de droite ni de gauche, ça a été très partagé. Donc ce n’est pas d’eux que va venir le progrès social. C’est des dissidents. Et s’il n’y a pas de dissidents, c’est parce qu’il y a conformité et là, on arrive dans une société de clones.

L’image qui m’est venue tout à l’heure quand Philippe a parlé de cet assureur qui veut que vous ayez un bon comportement, finalement mon assureur qu’est-ce qu’il voudrait ? Il voudrait que je ne sorte pas de chez moi pour ne pas risquer un mauvais coup de froid ou un accident de voiture ou quoi que ce soit, mais en même temps, il voudrait que je marche toute la journée sur mon tapis de marche pour quand même rester en forme et que je regarde des vidéos pour me décérébrer. Et là, je serais un bon citoyen, ou un bon client plus précisément, et probablement un très mauvais citoyen.

Donc l’algorithmique et cette approche, en fait, marchande de l’individu, nous amèneraient à vivre finalement dans la matrice quoi, pour reprendre l’imaginaire de science-fiction.

Philippe Vion-Dury : Je complète la réponse. Moi, je n’ai pas travaillé sur ce terrain, c’est vrai qu’on n’en a pas trop parlé aussi, parce que c’est un terrain qui est déjà bien défriché, et puis il n’est pas question d’aller contre les flics, etc., même si ça pose quand même, ton exemple pose une question quand même qui est celle de l’espace intime. Jusqu’à maintenant, l’espace privé qui est celui de l’appartement, par exemple chez soi, était quand même un espace intime. On laisse quand même des traits technologiques qui peuvent être dans le cadre d’une enquête : on peut consulter tout ce que tu as fait chez toi, par exemple si tu as un Echo, ou une télé connectée, comme on a de plus en plus maintenant. Ça pose quand même des questions à ce niveau-là, ça c’est encore un autre débat.

Quand on reste sur l’espace public, on a vu des grands projets européens d’analyse prédictive sur tout l’espace public pour essayer de détecter des comportements suspects dans la rue. On a vu les boîtes noires du service de renseignement qui essayaient de détecter les signaux faibles dans la matrice, réseau français, pour essayer de faire remonter la petite clochette qui dit : « Hou là, là, cette personne se radicalise ». Tout ça, déjà, ça ne marche pas, pour commencer, ce sont des échecs à chaque fois. Mais on les installe quand même puisque ça justifie la mise en place d’un discours sécuritaire et de dispositifs sécuritaires.

Deuxièmement, quand bien même ça marcherait, ça pose des questions quand même assez immenses que personnellement, on pourrait encore une fois développer longtemps là-dessus, mais moi je pense que ce n’est pas du tout souhaitable, même si on peut sauver des personnes ou empêcher même un acte terroriste.

Troisièmement, je ne sais plus, juste pour revenir au deuxièmement, par exemple les services NSA ont dit en mentant que eux ils avaient, grâce au système de surveillance généralisée — très certainement les algorithmes qui marchaient, mais on n’a jamais vu les preuves exactes, etc. — ils ont réussi à arrêter deux cents attentats, ce qu'ils disaient au début. Un mois plus tard c’était cent, un mois plus tard c’était vingt, à la fin c’était deux, mais on n’est pas sûrs du deuxième, et au final c’est zéro. Je crois même, si, c’était un truc, mais c’était une dénonciation en fait, donc ça n’avait rien à voir avec l’analyse de données.

Tristan Nitot : Ils ont arrêté un chauffeur de taxi qui avait donné de l’argent à une association dans son pays quelque part au Moyen-Orient qui, indirectement, était liée à un groupe terroriste. Ils ont arrêté le mec.

Philippe Vion-Dury : Et je me rappelle de mon troisième argument maintenant, c’était qu’il faut quand même se mettre aussi dans la perspective, même si je n’aime pas beaucoup cet argument, mais il ne faut quand même pas non plus l’écarter, qui est qu’aujourd’hui on vit en démocratie libérale — on peut lui reprocher plein de choses — mais en vraie démocratie libérale, on a quand même des gardes-fous. Demain ce n’est pas sûr, et je parle pas de Marine Le Pen, je parle dans dix ans, dans quinze ans, dans vingt ans, d’une crise mondiale, d’un durcissement sécuritaire, même sous la forme d’une démocratie autoritaire ou tout simplement d’une dictature. Tous ces systèmes qui auront justifié plus ou moins des expériences, ou de la sécurité ou aujourd’hui ça va ce n’est pas trop dangereux, etc., demain ces dispositifs sont en place. Et s’ils sont en place on peut les utiliser pour d’autres fins qui ne sont pas les nôtres aujourd’hui. Donc ça pose quand même aussi le problème de voir loin dans le futur et de se dire est-ce qu’on est sûrs de la stabilité de notre régime aujourd’hui et des gardes-fous qu’on met en place ?

Tristan Nitot : Les Américains étaient très sûrs, les Anglais aussi. Bim ! Trump ! Brexit ! Voilà. Donc on n’est pas à l’abri d’un crétin qui arriverait au pouvoir.

Philippe Vion-Dury : À savoir dans la démocratie.

Organisateur : On a deux questions pour terminer.

Public : Moi j’ai juste une petite question, en fait, Philippe vous venez plus ou moins d’y répondre. C’est toute cette idée de pêche au chalut, de surveillance de masse, où on collecte des millions de données. Justement, vos parliez de John Perry Barlow tout à l’heure, lui, son avis c’est de penser que ça ne sert pas à grand-chose, en fait, parce qu’il y a trop d’infos et trop de données et qu’ils n’arrivent pas à les analyser et, en plus de ça, qu'ils sont un peu complètement cons et qu’ils n’arrivent pas à trouver les bons outils pour les utiliser. Alors il y avait Xkeyscore, des trucs comme ça, pendant le scandale de PRISM, dont on avait parlé. Mais après, est-ce que aujourd’hui ça a changé ? Est-ce qu’ils sont capables d’analyser vraiment les données. Parce que collecter des données pour la NSA c’est une chose, mais est-ce que, aujourd’hui, ils sont réellement capables de les analyser ?

Philippe Vion-Dury : C’est même d’autant plus inquiétant, je trouve, qu’ils n’y arrivent pas. Alors juste pêche au harpon, pêche au chalut. Pêche au chalut c’est qu'on ramasse tout, et après on traitera les données, on verra bien. Pêche au harpon, c’est la tradition française, soi-disant jusqu’à maintenant. C’était qu'aussi on fait du renseignement humain et quand on y va, c’est vraiment qu’on a repéré une personne parce qu’il y a un travail derrière ça.

Pêche au chalut ça ne marche pas. Et c’est inquiétant de voir qu’ils continuent, qu’ils vendent ces services coûte que coûte et qu’ils sont prêts même à souiller l’honneur de l’État, à protéger le truc, à passer des lois qui ne sont pas du tout populaires, etc., et à affronter les médias et l’opinion citoyenne, etc., alors que ça ne marche pas. Ça veut dire qu’il y a quand même quelque chose qui justifie ça. Moi ça m’intrigue quand même, alors je ne veux pas faire de complotisme, ni rien ! Mais si ça ne marche pas, n’importe quel spécialiste dit qu’on est très loin d’y arriver. Rien que les faux positifs, il y a 1 % de faux positifs, c’est-à-dire 99 % de certitude, à chaque fois, d’arriver à détecter la bonne personne, etc. 1 % sur 66 millions de français ça fait 660 000 personnes qui sont détectées à tort. C’est une proportion tellement énorme ! Enfin, on est très loin d’y arriver. Ça veut dire, pour moi, que ça justifie — toutes ces techniques-là, ils n’espèrent pas qu’elles marchent, pas aujourd’hui, pas avant longtemps — mais ça permet de justifier un discours sécuritaire et d’intensifier, puisque par ailleurs il y a les IMSI-catcher, il y avait tout plein d’autres technologies développées à côté, et du coup ça passe un peu à la trappe parce qu’on ne met pas tout dans des boîtes noires. Soit c’est une diversion. Soit, tout simplement, c’est pour instaurer un discours sécuritaire qui justifie l’état d’urgence et d’autres choses. Et dans les deux cas, on y perd aussi.

Tristan Nitot : Il y a un problème aussi c’est qu’on ne sait pas. C’est-à-dire que d’un côté les États nous disent : « Si, si, ne vous en faites pas, ça marche, on est dessus » ; il y a des start-ups, genre Palantir, dont c’est le métier qui disent : « Oui, c’est bien, grâce à nous c’est formidable, etc. » On est quand même dans une posture, pas dans une vérité, parce que personne ne communique les vrais résultats. Ils sont trop honteux, enfin ce n’est pas bon pour le business et ce n’est pas bon pour les élections. Donc on va rester dans une posture : « Ne vous en faites pas, tout va très bien ; ça fonctionne. » Et je pense que, pour revenir à tout à l’heure, c’est un peu la démarche d’Amazon.

Quand Amazon dit : « Vous n’aurez les données d’Alexa et de l’Echo que from my colds dead hands, vous le prendrez de mes mains après m’avoir tué, c’est du business ! Parce qu’ils ne veulent pas, comment dire, ça ne se vend plus. Enfin Echo et Alexa, etc., ça va être lancé en France prochainement. Si jamais on dit : « C’est un truc, c’est un micro qui est branché en permanence », déjà on va essayer de vous faire oublier, mais si en plus si les flics le demandent, ils peuvent avoir les données, c’est super mauvais pour le business. Donc pour moi, c’est juste une posture business que de dire « ne vous en faites pas nous résistons, nous faisons barrière de notre corps pour votre vie privée. » ! Enfin si j’étais patron d’Amazon je ne ferais pas autrement, mais je ne le suis pas ! Je suis un peu de l’autre bord, quoi !

Philippe Vion-Dury : Apple avait le même argument aussi, à un moment.

Tristan Nitot : Pour Apple, je leur laisserai le bénéfice du doute. Pour avoir étudié la protection d’Apple, je pense qu’Apple fait énormément. Déjà en termes de business modèle, Apple n’est pas dans un modèle de publicité ciblée, donc ils ne sont pas dans un modèle d’accumulation de données. Donc le , votre iPhone, il accumule des données, c’est vrai, mais ce n’est pas leur business modèle. Ils vous vendent des iPhones qui sont extrêmement chers. Il faut voir que Apple récupère 105 % du bénéfice généré sur le marché du smartphone. C’est plus de 100 % parce qu’il y en a qui perdent des sous donc Apple les gagne, dessus. Ils gagnent l’argent que les autres perdent. Donc Apple gagne beaucoup d’argent avec l’iPhone ; ils n’ont pas besoin de vous espionner pour gagner de l’argent en plus. Et ils ont un trésor de guerre écœurant, c’est plusieurs centaines de milliards. Ce n’est pas le problème et, en plus, technologiquement, ils mettent en place un certain nombre de systèmes qui sont plus respectueux de votre vie privée que chez Android. Chez Android, le ver est vraiment dans le fruit. C’est structuré pour être un cheval de Troie. Chez Apple c’est moins le cas.

Public : Ça ne les empêche pas de fabriquer des iPhones, des machins comme ça, et de bien polluer la planète.

Philippe Vion-Dury : Des gens qui ont des principes, qui font travailler Foxconn ! Et voilà !

Tristan Nitot : Mais il y a plein de choses. Pour être très clair, quand on me demande est-ce qu’il faut acheter un iPhone ou un Android, je dis c’est peste ou choléra. Donc il n’y en pas. Mais sur la vie privée, l’iPhone a un avantage que l’Android n’a pas. Maintenant, si vous voulez parler d’Apple, on va boire un coup et j’en dirai beaucoup de mal.

Public : Dernière question. Déjà merci pour vos interventions, c’était super intéressant. Je voudrais revenir sur la surveillance généralisée, donc c’est peut-être plus pour toi Tristan, sur, je t’appelle Tristan, c’est bon ?

Tristan Nitot : Eh bien c’est comme ça que je m’appelle en plus !

[Rires]

Public : OK ! Tous les dispositifs qui existent pour passer un peu entre les mailles du filet généralisé, on a cité Firefox par exemple, on peut citer Qwant, etc., tout ça c’est très bien. Mais comment on peut espérer vraiment passer entre les mailles du filet alors que tous les sites sur lesquels on va nous traquent, par le petit bouton par exemple Facebook, par tous les services Google qui peuvent être activés sur ces sites, etc. ? En fait, pour résumer ma question avec peut-être une petite une petite image, c’est combien de personnes parmi les gens qui ont levé tout à l’heure pour dire qu’ils utilisaient effectivement Firefox, combien utilisent Firefox pour aller sur Facebook ?

Tristan Nitot : Oui ! Ça c’est sûr que c’est un vrai problème. Pour ma part, par exemple je vais très peu sur Facebook. Je n’ai pas installé l’application Facebook sur mobile parce que c’est vraiment le cauchemar quoi !

Public : Moi non plus !

Tristan Nitot : Bravo ! Par contre je suis accro à Twitter. J’utilise Firefox avec des extensions qui vont bloquer tout ce qui est pistage. Donc déjà ! Je suis un personnage assez public donc je laisse forcément beaucoup de traces, j’utilise mon vrai nom, je n’utilise pas de pseudonyme, etc. Mais je comprends comment ça fonctionne, et j’accepte ce prix. Mais je pense que je laisse beaucoup moins de données que 90 % des gens, en fait, sur Internet, des gens qui utilisent Internet.

Public : Est-ce que ton profil chez les GAFA n’est vrai, du coup, qu’à 96 % au lieu de 98 ? Enfin est-ce que ça vaut vraiment le coup ?

Tristan Nitot : Oui. Peut-être que c’est vrai ! Je pense que mon profil Facebook il est bien pourri par contre. J’ai je ne sais pas combien de milliers d’amis que je n’ai jamais vus, que je ne connais absolument pas. Je pense qu’il y a beaucoup de bruit dans mon profil Facebook qui est alimenté uniquement par ce que je mets sur Twitter. Donc finalement très peu, parce que Twitter collecte peu d’informations. En plus j’utilise Twitter depuis le navigateur et pas depuis de l’application, donc il y a en plus un sand boxing dessus. Enfin bon ! Et encore je ne suis pas 1 % parano par rapport à mes collègues.

Public : Donc du coup j’avais une deuxième mini question, pour conclure, sur ordre de monsieur là-bas.

Tristan Nitot : Il a une veste, ça doit être le chef !

Public : C’est ça. Sinon il m’attend à la sortie, il me tape dessus. Du coup, par rapport à ces questions, je sais bien que ça ne sort pas trop dans le débat public, si on pense, par exemple, au débat d’hier sur TF1, si vous deviez choisir un candidat pour porter ces questions, vous choisiriez ? Désolé !

[Tristan Nitot si cache le visage derrière la main] [Rires]

Tristan Nitot : Je sors mon joker !

Public : Vous avez le droit ! Est-ce qu’il y a un candidat qui défend ? Un candidat ou une candidate ? Qui a un discours, je ne sais pas. Mais bon ! Vous n’êtes pas obligé de répondre. Sauf s’il y a un avis.

Philippe Vion-Dury : Il y a effectivement un discours de la part de Hamon sur la taxe des robots, etc., ; ça c’est le seul truc dans son programme qui est un petit peu sur le numérique. Il y a de l’open data, mais bon tout ça, ça ne m’intéresse pas. Je trouve que c'est de la théorie. Sinon, il y a aussi une page, sur 125 je crois, dans le programme de Mélenchon, donc ça dit la place qu’il accorde à ça. Sinon après on est sur de l’épiphénomène, on est sur de la taxation, de la régulation, mais pas de mesures, de projet ou de vision qui se dégagent aujourd’hui de la part les candidats, à ma connaissance.

Tristan Nitot : D’autant que sur Mélenchon, on parlait tout à l’heure de l’éventualité de subventionner du Libre par la puissance publique, ce qui me paraît une idée intéressante, peut-être sûrement imparfaite mais à explorer. Et Mélenchon a déclaré récemment qu’il voulait taxer les communs informationnels, donc c’est-à-dire le contraire de la subvention du Libre, quasiment comme s’il voulait taxer le Libre en substance. Eh bien là ma mâchoire s’est décrochée, et puis j’ai éteint le poste quoi !

Organisateur : Du coup, on ne va pas éteindre, mais on va devoir s’arrêter là. Après ça n’empêche pas, vous le savez, il y a un bar juste à côté à-bas, je vous encourage à y aller. Ce n’était même pas fait exprès !

Tristan Nitot : Merci à tous en tout cas.

Yaël Benayoun : Merci à vous.

Applaudissements


Powered by Planet!
Mise à jour: Le 23 May 2017 à 08:32:26