Promouvoir et défendre le logiciel libre

23 February 2017

tnitot.png Tristan NITOT

Se croiser en vrai

Le 23 February 2017 à 05:11:00

Je vais faire quelques apparition publiques en mars, de Lyon à Bruxelles en passant par Paris. Les voici, et si vous souhaitez une dédicace de mon livre Surveillance://, pensez à venir me voir avec votre exemplaire, ne vous laissez pas impressionner, ça sera avec plaisir !

  • Lyon — 3 mars 2017 à 17:00 dans le cadre du salon Primevère (salle Orange) - conférence « Les libertés au défis du numérique » (il y aura bien sûr un stand Cozy) ;
  • Paris — 14 mars 2017 chez Mozilla Paris (merci les copains !) - Meetup Cozy Cloud avec la participation de l’excellent Benjamin Bayart !
  • Paris — 21 mars à 20:00 à l’IEJ (Paris) - « Face au numérique, sommes-nous tous Moutons ? » avec Philippe Vion-Dury, auteur de la nouvelle servitude volontaire
  • Paris - 25 mars 2017 - Salon du livre, stand Normandie / C & F Éditions.
    • 16:00 débat avec Olivier Ertzscheid (Affordance.info) : « Le rôle des plateformes internet dans la surveillance » (et comment y échapper ;-)
    • 17:00 séance de dédicaces sur le stand C & F Éditions
  • Bruxelles — probablement le 30/03/2017 (à confirmer) — RightsCon, « The Internet does not have to be centralized. Let’s explore how and why it should be decentralized » où je vais présenter l’approche Personal Cloud de Cozy

22 February 2017

ahily.png Antonin HILY

Sponsored: 64% off Code Black Drone with HD Camera [del.icio.us]

Le 22 February 2017 à 21:02:08

Our #1 Best-Selling Drone--Meet the Dark Night of the Sky!

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Le 22 February 2017 à 21:02:08

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Le 22 February 2017 à 19:02:27

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Le 22 February 2017 à 18:02:10

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Le 22 February 2017 à 16:32:06

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Le 22 February 2017 à 15:32:09

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Le 22 February 2017 à 14:02:08

april.png Nouvelles April

Informatique libre - Philosophie GNU - V. Bonnet

Le 22 February 2017 à 13:24:02


Véronique Bonnet

Titre : Informatique libre - Philosophie GNU
Intervenante : Véronique Bonnet
Lieu : Ubuntu Party - Paris
Date : Novembre 2016
Durée : 1 h 28 min 57
Visualiser la conférence webm
Licence de la transcription : Verbatim

Description

Richard Matthew Stallman, concepteur du projet GNU, a voulu très tôt faire le lien entre les quatre libertés de l’informatique libre et une approche large et complète de l’autonomie de l’être humain, essentielle, inaliénable, non négociable. Le propos de cette conférence sera donc de présenter les caractéristiques de la philosophie GNU, telle qu’on peut en lire les développements sur le site de la FSF. Et aussi montrer qu’une adhésion aux valeurs du free software est un engagement existentiel très fort. Le rapport à nous-même, aux autres et au monde, dans la philosophie GNU, prolonge par exemple les propos humanistes de La Boétie, dont le Discours sur la servitude volontaire, au moment de la Renaissance, dénonce les pratiques confiscatoires et rusées des tyrans d’alors. Les servitudes technologiques, économiques et politiques que dénonce Richard Stallman dans le philosophie GNU, par leur métamorphoses incessantes et les ruses renouvelées qui les installent, requièrent toute l’attention et les capacités d’analyse de la FSF et de l’April. La philosophie GNU donne des pistes pour rester vigilants.

Transcription

Bien. Alors je vous remercie aussi beaucoup de votre présence. Mon propos, aujourd’hui, était de faire le lien entre l’informatique libre et ce qu’on appelle la philosophie GNU. Philosophie GNU qui fait écho à ce projet GNU1 que Richard Matthew Stallman a commencé à lancer en 1983, dont il a fait un bilan trente ans après. L’April, dont le suis administratrice, va bientôt fêter ses 20 ans. 20 ans d’attention à une certaine montée en puissance du copyright qui a des effets assez délétères sur l’ouverture du savoir, sur l’invitation à étudier, interroger, distribuer, compléter, améliorer.

Il se trouve que le 11 octobre dernier, Richard Stallman, qui donc est cet initiateur du projet GNU, a été honoré, c’était dans le Grand Amphithéâtre de la Sorbonne et c’était l’UPMC, donc l’université Pierre et Marie Curie, qui, dans ce lieu qui rejoignait sa première vocation humaniste d’être à la fois un lieu pour la littérature et la science, là il y a eu donc une remise du diplôme honoris causa, qui montre à quel point, pour beaucoup de chercheurs, pour beaucoup d’universitaires et pour un public de plus en plus important, l’informatique libre est une notion dont on peut très mal se passer.

Si j’avais à ouvrir cette conférence par une citation de Richard Stallman, je dirais : « La vie sans liberté est une oppression et ceci est vrai aussi bien de notre pratique de l’informatique que de toutes les autres activités de la vie quotidienne ». Cette proposition est extraite d’un texte qui fait partie de la philosophie GNU, un texte qui s’appelle Pourquoi le logiciel libre est plus important que jamais2 et donc je vais essayer de faire le point sur ce qui peut pousser un programmeur, apparemment un mathématicien, apparemment un technicien extrêmement brillant, qui est en colère, qui s’aperçoit qu’il ne peut même pas utiliser ce de quoi il se sert, il ne peut même pas dépanner ce de quoi il se sert. Et donc je vais commencer par vous proposer de voyager au milieu du XVIe siècle, parce qu’il se trouve que dans l’histoire de l’humanité il y a eu des formes d’oppression, régulièrement de plus en plus insidieuses, régulièrement de plus en plus rusées, et un lanceur d’alerte – lien avec Snowden dont il a été question tout à l’heure – il se trouve qu’au milieu de la Renaissance, il y a un lanceur d’alerte qui s’appelle Étienne de La Boétie, qui s’aperçoit que dans cette montée des périls, juste avant les guerres de Religion, il y a, de la part du pouvoir, des formes d’oppression qui sont de plus en plus subtiles, qui passent de plus en plus inaperçues, et qu’il va essayer de dénoncer dans un texte qui s’appelle Le discours sur la servitude volontaire.

Il se trouve que tout à l’heure Genma a cité un ouvrage récent qui s’appelle La nouvelle servitude volontaire. Alors c’est très bizarre de parler de servitude volontaire, tout simplement parce que ceux qui servent, ceux qui sont asservis, alors aussi bien dans les nouvelles technologiques, aussi bien au moment de la Grèce antique, aussi bien à Rome, à la Renaissance, au moment des Lumières, il se trouve que ceux qui servent n’ont pas idée qu’ils le font et La Boétie est stupéfait. Pourquoi ? Parce qu’il s’aperçoit que la plupart du temps il y a un tyran, il y a un tyran qui opprime beaucoup, parfois tout un peuple – alors on pourrait peut-être parler aujourd’hui d’un tyran technologique, de forme assez monstrueuse de captation qui, après tout, passe inaperçu. On n’est pas toujours en train, lorsqu’on envoie un mail, de se représenter le caractère très violent de cette intrusion. Et déjà, donc au moment de la Renaissance, Étienne de La Boétie s’inquiète parce qu’il voit bien que si tous ceux qui servent, sans même savoir qu’ils servent, se liguaient contre celui qui les opprime, nécessairement, il n’y aurait pas photo, ils auraient le rapport de force en leur faveur. Et donc il se demande pourquoi ceux qui servent volontairement ne se révoltent pas – là c’est Étienne de La Boétie, un ami de Montaigne – pourquoi ceux qui vont même à l’encontre des caprices et des désirs de ceux qui les oppressent n’ont pas idée, à un moment, même de renoncer à des activités. Et cette absence d’activité pourrait, éventuellement, faire tomber directement le tyran sans qu’ils en aient à s’en prendre physiquement à lui.

Je vais essayer de retracer l’argumentaire de La Boétie. Il va mourir très jeune, La Boétie, il va mourir à 32 ans. Montaigne, son ami, va veiller sur ses derniers instants. On fait l’hypothèse que Le discours de la servitude volontaire est écrit comme premier jet par La Boétie lorsqu’il a une vingtaine d’années, il y revient un petit peu après, et c’est un texte qui est devenu un manifeste. Au début La Boétie ne l’a pas publié. Montaigne, étant donné le contexte religieux et politique très dur, n’a pas publié, lui qui était légataire des papiers de son ami, n’a pas non plus publié ce texte. Progressivement, il se trouve que ce texte a été publié à des titres tout à fait divers, par des militants tout à fait divers, à chaque fois pour dire qu’il en faudrait peu pour que la pyramide de la tyrannie s’effondre. Et La Boétie appelle « pyramide de la tyrannie » le fait que, en fait, un tyran s’entoure de tyranneaux, de petits tyrans, qui servent le tyran mais qui, en même temps, se font servir par d’autres qu’eux, puis par d’autres qu’eux, jusqu’à ce qu’une pyramide de l’effroi, une pyramide de la terreur, se trouve installée.

J’ai choisi de développer dans Le discours de la servitude volontaire d’abord un principe qu’on va retrouver dans la philosophie GNU, à savoir que la nature, donc cette bonne mère qui n’est pas une marâtre, là, mais qui est une instance sage, c’est bien sûr une métaphore. Vous avez chez La Boétie l’hypothèse que, par nature, les êtres humains ont une terre commune, un habitat qui est commun et non seulement ils ont un habitat commun, mais ils ont, parce qu’ils sont semblables les uns aux autres, la possibilité de se reconnaître, de se voir chacun dans chacun, du moins s’il n’y a pas l’irruption, la confiscation par telle ou telle instance politique ou religieuse de cette proximité qui est la leur. Naturellement, ça on va le retrouver beaucoup dans la philosophie GNU, par principe l’être humain a vocation à une liberté, liberté qui fait d’eux des compagnons, qui fait d’eux des êtres semblables qui non seulement peuvent se reconnaître, mais peuvent se parler.

Alors parole. Elle va nous donner, cette nature, la voix. Elle nous donne la parole qui nous permet de nous accointer, alors ça c’est un terme de l’époque, s’accointer ça veut dire trouver dans la conversation les uns avec les autres des synergies, la possibilité d’aller dans le même sens pour serrer, étreindre le nœud de cette alliance.

J’attire votre attention sur la conclusion assez exceptionnelle, magnifique de cet extrait, à savoir « la nature nous a mis en compagnie », elle ne nous a pas mis en servitude, mais en compagnie, ce qui veut dire que quiconque va briser ce lien, va tout faire pour que les hommes ne se parlent pas, ne s’accointent pas, ne soient pas dans une fraternité constructive, il se trouve que cette oppression-là est dénoncée en termes rigoureux, et je vais essayer de le montrer, subtiles, et ensuite je ferai des analogies avec la philosophie GNU, par La Boétie qui va parler, bien sûr, d’une ruse de ceux qui oppressent et qui ne vont surtout pas manifester d’une façon lourde qu’ils sont oppresseurs. Bien au contraire, ils vont s’y prendre par la séduction, ils s’y prennent par la ruse.

L’illustration qui est d’abord celle de La Boétie, beaucoup de références à Rome. Et à Rome, alors vous avez notamment Néron, Vespasien, vous avez donc différents tyrans, vous allez dire c’est souvent la République à Rome mais il y a aussi des dictateurs, des chefs d’armée qui essaient de minorer la fonction du Sénat et qui essaient de tourner à leur avantage le peuple, faire en sorte que le peuple acquiesce, en tout cas ne dise mot. Vous avez ici hypothèse que c’est du pain et des jeux, la formule est connue panem et circenses, par des images, par des belles images, par des festins, par toute une série extrêmement agile de dispositifs de séduction, l’oppresseur s’arrange pour ne pas apparaître tel.

Voyons les termes qu’utilise par exemple La Boétie : « comme la bouche est occupée à manger », et après il va dire « comme les yeux sont occupés à regarder les combats de gladiateurs, les combats de fauves », alors pendant ce temps-là la bouche ne va pas parler, elle sera trop occupée, tout fait bouche, elle ne pourra pas tenir une forme de langage, elle sera simplement occupée à se sustenter, à dévorer. C’est-à-dire que le tyran tient le peuple par l’appétit et même par une certaine survie, c’est-à-dire qu’on donne des festins à ceux qui alors ne vont pas prendre la parole pour dénoncer le contexte qui est le leur.

Je fais intervenir une dernière référence à La Boétie. Donc les Tibère, les Néron, ceux qui font du peuple absolument ce qu’ils veulent, vont donc donner des sesterces, vont donc payer un certain silence alors que, en réalité, si les opprimés regardaient bien ce qu’il en est du sort qu’on leur impose : « en réalité, il abandonne tout, il abandonne ses enfants, il donne son sang, alors qu’il est devenu comme une souche, il ne parle pas il ne se plaint pas, séduit par de belles images, séduit par des formes qui miroitent à ses yeux, œil qui n’a plus les moyens de se défendre, de fixer les ressorts de la tyrannie. »

Enfin, on a parlé tout à l’heure de festin, on a parlé tout à l’heure de manière dont les Tibère et les Néron achètent le silence, vous avez même chez La Boétie l’hypothèse que le peuple donne son œil et donne sa bouche à celui qui l’occupe d’une façon tellement habile qu’il ne voit pas, qu’en réalité, tous ses droits naturels à parler, à agir, à inventer, sont, par avance, neutralisés.

Il y a, dans la philosophie GNU, très tôt, une métaphore. Alors la philosophie GNU c’est donc la philosophie que Richard Stallman, une fois le projet GNU lancé, il faut écrire du code, il faut faire en sorte qu’il ne puisse pas y avoir de labellisation, qu’on ne puisse pas mettre sous copyright les lignes de code qui permettent de continuer à échanger, de continuer à mettre au pot commun des hypothèses et des savoirs. Très tôt, vous avez de la part de Richard Stallman, la décision de chercher des moyens pédagogiques, d’expliquer à ceux qui sont spoliés sans avoir une idée nette qu’ils le sont – et là vous voyez donc l’analogie avec ce Discours sur la servitude volontaire. Il va essayer, donc, de concevoir des moyens très simples pour expliquer ce qui se passe lorsque quelqu’un qui avait un logiciel, qui pensait pouvoir s’en servir longtemps, qui pensait pouvoir l’améliorer, le dépanner, continuer à lancer tel driver ou telle imprimante. Il propose d’imaginer ce qu’il en serait de la stupéfaction d’une cuisinière : que se passerait-il si on expliquait à une cuisinière qui, jusque-là, a réalisé des tourtes - ceci est une tourte lorraine - qui se passerait-il si elle s’apercevait, elle qui a réalisé, qui a amélioré, qui a affiné sa manière de procéder pour faire plaisir à ses amis, si elle s’apercevait que c’en est fini, la recette est sous copyright, que c’est terminé ; cette recette-là on ne peut plus s’en servir puisque quelqu’un va prétendre avoir eu l’idée de cette manière de procéder et va, d’une façon affective et d’une façon économique, revendiquer une appropriation qui exproprie les autres.

Alors effectivement, imaginons la surprise qui serait celle de ceux qui utilisent des recettes, parce que c’est vrai qu’un logiciel est très proche d’une recette, que se passe-t-il si ce plat-là, qu’on a progressivement appris à ne pas trop rater, auquel on a pensé, qu’on a essayé d’améliorer, peut-être en élargissant telle cheminée qui permet l’évacuation de la fumée, peut-être en relevant par cette épice un petit peu autrement cette réalisation-là, que se passerait-il si brusquement il était interdit de faire usage ce cette recette, tout simplement parce que quelqu’un a mis son nom dessus ? Alors est-ce qu’on va ne rien dire ? Est-ce qu’on va devenir une souche, pour reprendre les termes de La Boétie ? Est-ce qu’on va se laisser dépasser, intimider par cette mainmise ? Peut-être va-t-on devoir inventer la tourte « aprilienne » si la tourte lorraine est interdite ? Est-ce qu’on va essayer de se faire à l’idée que ce plat-là on ne pourra plus jamais le réaliser ? Est-ce qu’on va se mettre à plusieurs, comme l’ont fait les hackers au moment du projet GNU, pour essayer d’optimiser assez vite quelque chose qui n’est pas encore labellisé, qui n’est pas encore sous copyright et donc sous expropriation. Pourquoi cette image est-elle extrêmement forte ? Et là, il y a dans les propos de Richard Stallman une manière de rendre compte de la colère qui a été la sienne.

Donc supposons [je lis ce qui manque], « Supposons qu’il en soit des recettes de cuisine comme des logiciels, que se passerait-il si les deux étaient logés à la même enseigne ? » Alors effectivement, on pourrait se demander comment faire pour enlever tel ingrédient, comment faire pour améliorer, comment faire pour distribuer des copies améliorées ? Ironie. Dans ce cas-là, il faudrait s’adresser à celui qui détient la recette, de même que Richard Stallman a essayé de s’adresser à celui qui était détenteur de la licence du driver de l’imprimante Xerox. Et que répondrait le médecin ? Il dirait « Non », il dirait que sans doute il aurait mieux à faire qu’à ôter le sel : « Je serais heureux de le faire. Mes honoraires ne sont que de cinquante mille dollars et, de toutes façons, je n’ai pas le temps ! » Voilà ce que répondrait le détenteur de la recette. Analogie entre des brevets logiciels et des brevets culinaires qui feraient qu’on serait obligé de s’adresser à qui de droit pour exécuter ce que, d’une façon très innocente et très habituelle, on avait jusque-là l’habitude de faire.

Alors pourquoi cette image et que faire de cette image ? La philosophie GNU est effectivement une philosophie au sens où elle raisonne, au sens où elle analyse les raisons prétendues de celui qui dit non, donc de celui qui va dire que c’est tant et que, de toutes façons, il a autre chose à faire que ça. Entre temps il faut qu’il exécute telle commande du ministère de la Marine.

Il y a, dans les propositions de Richard Stallman, quelque chose de plus qu’une habileté à écrire du code, une habileté à lancer de lignes de commande, il y a une rigueur dans la manière dont ces raisonnements fallacieux sont interprétés.

C’est pourquoi je me suis permis de proposer ce détour par La Boétie parce que, de même que dans Le discours de la servitude volontaire de La Boétie vous avez un argumentaire, vous avez une décomposition de ce qui prétendument est un propos tenu de droit par quelqu’un qui ne veut surtout pas partager, et vous avez, chez Richard Stallman aussi, la décomposition de ce type de réaction en deux grands registres : ce qu’on appelle le registre affectif et ce qu’on appelle le registre économique. Autrement dit, que se passe-t-il lorsqu’une firme répond que non, cet accès au code source on ne peut pas le donner parce qu’on a besoin de monnaie sonnante et trébuchante, et parce que cette forme-là c’est sa chose et on y tient. Et donc, vous avez dans la philosophie GNU une recherche de la question qu’il faut poser. C’est exactement comme lorsqu’en philosophie on essaie de problématiser une situation : quel est exactement l’axe d’interrogation qui est à tenter et pour quelle raison ?

Ici Richard Stallman se réfère à l’effet sur la société : quel serait l’effet sur la société si on écoute celui qui veut tout frapper de copyright ? Quel est l’effet sur la société ? Quel est l’effet sur la société si on donne un accès au code source, si on permet aux utilisateurs d’exercer d’une façon plénière leurs droits ?

Ceci est extrêmement clair. Bien évidemment, s’il y a restriction de l’emploi d’un logiciel, peut-être que ceci est nuisible. Alors que pour la société, permettre un pot commun, permettre un accès au code source, permettre une forme d’exécution autonome qui accroisse l’accointance entre les humains – à la fois la reconnaissance qu’ils ont les uns envers les autres, cette parole qu’ils partagent les uns avec les autres – peut-être y a-t-il des effets sociaux intéressants.

Je vais parler de deux types d’arguments. « Si restreindre la distribution d’un logiciel déjà développé est préjudiciable à la société, alors un développeur ayant du sens moral rejettera cette activité. » On est ici, évidemment, dans l’ironie. Supposons que l’on démontre aux différents GAFAM que tel verrouillage est nocif pour la société, sens moral, au nom du respect qui est dû à chaque utilisateur, il faudrait bien sûr que ces verrous logiciels, que ces racketiciels, que ces portes dérobées s’effacent. On serait, bien évidemment, en plein rêve !

Développement des deux axes : l’axe sentimental et l’axe économique. Quel est le propos qui est tenu par telle entreprise qui veut maintenir son copyright en imposant ainsi à l’utilisateur de constamment acheter telle mise à jour, d’avoir recours à ses services pour réparer ? L’argument affectif – alors effectivement c’est très émouvant : « J’ai mis ma sueur, j’ai mis mon cœur, j’ai mis mon âme dans ce programme. Il vient de moi. C’est le mien ! »

Vous avez assez souvent, dans la philosophie GNU, la dénonciation d’une supercherie qui est celle de la propriété intellectuelle, comme si telle idée était née dans tel cerveau et absolument jamais dans les autres. Comme si ceci donnait à tout jamais une sorte de rente de situation. Faire d’un logiciel sa chose – ironie à nouveau – c’est oublier que lorsqu’il y a paiement, alors cet attachement viscéral, cet attachement affectif, en réalité, disparaît : « Considérons comment ces mêmes programmeurs cèdent volontiers leurs droits à une grosse entreprise ». Et là, on oublie que c’est sa chose, on oublie le rapport viscéral, sentimental, affectif à ce qu’on a constitué, « moyennant salaire ; mystérieusement l’attachement affectif disparaît. » Dont acte. Peut-être que le versant affectif, peut-être que l’alibi de l’attachement indéfectible, ne résiste pas longtemps lorsque telle propriété intellectuelle est rachetée et permet à l’acheteur de tirer rémunération de cela.

D’où l’examen de l’argument économique : « Je veux devenir riche – alors on dit souvent au lieu de je veux devenir riche, je veux gagner ma vie – et si vous ne me permettez pas de devenir riche en programmant, je ne programmerai pas ! » Donc là on est bien dans le parti pris théorique d’examiner les effets sur la société de telle déclaration ou de telle déclaration. Là, personne ne programmera. Si personne ne programme, alors menace : vous serez privés de tout, vous qui voulez accéder au code source en passant outre cet argumentaire économique.

Vous avez ici, évidemment, la forme de la démonstration par l’absurde : que se passe-t-il si on empêche les malheureux candidats à la richesse de tirer parti – rente de situation – de cette chose qu’ils ont contribué à créer ? Alors la société est privée de tout. Si vous regardez bien, c’est très exactement l’envers de ce qu’on appelle la théorie de la main invisible. Si des abeilles d’une ruche sont cupides, alors elles vont butiner beaucoup. Si elles butinent beaucoup, alors la ruche sera riche, la ruche sera prospère. Ici vous avez une réfutation qui passe par l’hypothèse que si l’informatique libre empêche les auteurs de logiciels de faire de leurs trouvailles une rente de situation, et même au-delà, alors la société sera proche de la misère et proche du néant. Vous avez ici donc cet argument qui est repris par Richard Stallman.

J’en viens à ce qu’il en est exactement de la philosophie GNU. Il se trouve que le mois dernier j’ai posé à Richard Stallman la question du rapport entre projet GNU et philosophie GNU et il m’a dit que ces deux aventures n’étaient pas coïncidentes, qu’il y avait eu tout un temps où il y avait eu une maturation et même qu’il avait initialement pensé à trois libertés seulement, pas quatre. Trois libertés de l’informatique libre, c’est-à-dire qu’à aucun moment, au début, il n’avait pensé que exécuter un programme – un utilisateur théoriquement utilise – jamais au début il n’avait pensé que cette liberté que donc il appelle 0 – il y a la liberté 1, liberté 2, liberté 3 –, il appelle cette liberté 0, parce qu’il l’ajoute après, avec un certain recul, étant donné que l’impossibilité pour l’utilisateur d’utiliser ne lui avait pas traversé l’esprit initialement.

J’ai ici choisi de projeter ce gnou qui est un peu différent des autres : c’est ce qu’on appelle le Philosophical GNU ; il est d’un certain Markus Gerwinski, qui l’a dessiné pour le site de la FSF, de la Free Software Foundation. L’accompagnement de ce dessin, si vous allez sur les pages Philosophie GNU de la FSF, c’est un gnou très rêveur, très réfléchi. Si vous regardez donc la délicatesse et la perplexité de ses sourcils, c’est un gnou qui est en train penser. Et c’est donc le gnou qui accompagne les différents articles de la philosophie GNU du site de la FSF.

C’est une boussole cette philosophie GNU et vous avez, en effet, Richard Stallman qui a eu besoin – alors environ deux ans après le lancement du projet GNU – de synthétiser, éventuellement d’expliquer, de systématiser, des principes qui étaient déjà bien présents, parce que c’est une sainte colère qui l’amène à constituer son groupe de programmeurs pour faire en sorte que du code soit disponible et que le code source ne soit pas verrouillé. Et donc vous avez cette décision de systématiser des principes, ce qui, lorsque vous allez donc sur la page d’accueil de la philosophie GNU du site de la FSF, vous avez d’abord des principes qui commencent par définir ce qu'il en est de l’informatique libre. Et on pourrait dire que la philosophie GNU c’est comme la boussole de l’informatique libre en tant que les contextes évoluent, des logiciels nouveaux apparaissent, de nouvelles formes séduisantes de spoliation sont mises en place et donc il importe de rappeler ce qui est absolument fondamental et, pour chaque occurrence historique – bon il y a un moment par exemple où Linus Torvalds libère le noyau qui va donner lieu à GNU/Linux – vous avez en fonction des intermittences, en fonction des événements qui vont ponctuer toutes ces époques de recherche, vous allez avoir progressivement des nuances. Vous allez avoir des considérations qui sont circonstancielles : que se passe-t-il si dans tel programme se glisse telle atteinte aux principes de l’informatique libre ? On commence donc par cette page d’accueil qui rappelle tout simplement une définition, que libre est à prendre au sens de disponible, qui respecte la liberté, et non pas de gratuit. « Nous avons développé le système d’exploitation GNU », donc on est bien dans une synthèse, on est bien dans un regard rétrospectif.

Vous avez un philosophe qui s’appelle Hegel, par exemple, qui a dit que la plupart du temps l’oiseau de Minerve, c’est l’oiseau de la déesse de la sagesse, ne prend son vol que le soir. Une fois qu’on a développé le système d’exploitation GNU alors on va pouvoir penser, on va pouvoir préciser les principes, les conditions, les clauses suspensives, comment dans tel contexte, alors on va faire jouer le principe de cette façon ou de cette façon.

Vous connaissez très certainement par cœur ces quatre libertés qui définissent l’informatique libre. Je me suis expliquée tout à l’heure sur le 0 : c’est tout simplement parce que cette quatrième liberté a été ajoutée après coup. Puisqu'au tout début du projet GNU, il n’y avait même pas d’indice permettant de faire l’hypothèse que l’oppression irait jusqu’à empêcher l’exécution, puisque sa colère c’était dans un contexte de dépannage, dans la nécessité d’un code source dans un contexte de dépannage. Et là, la liberté 0, elle est constituée lorsque Richard Stallman s’aperçoit qu’il y a des contextes dans lesquels la machine exécute non pas ce que l’utilisateur croit exécuter, mais autre chose.

Liberté donc d’étudier, de modifier le programme sous forme de code source. Redistribuer de copies exactes. Redistribuer des copies modifiées.

Précision. Pourquoi cette philosophie GNU est-elle fondamentale ? Parce que le logiciel – comme la recette de cuisine de tout à l’heure – est une forme qui est immatérielle. C’est une structure. C’est un ensemble d’opérations d’abord mentales qui, ensuite, sont implémentées, en essayant de permettre beaucoup d’opérations. Comme il y a un caractère immatériel, il va de soi qu’il est plus simple de copier un logiciel, de copier une recette de cuisine, que de réaliser des objets matériels comme une chaise, de l’essence, un sandwich. Autant la recette du sandwich est immatérielle, autant le sandwich ne peut pas être copié parce que c’est un objet qu’on crée. Et l’informatique libre a à voir certes avec des objets concrets, avec des tâches de la vie quotidienne extrêmement pragmatiques, mais travaille d’abord sur la question du droit à utiliser une structure mentale, une chose mentale, l’améliorer et la distribuer.

J’en viens à deux listes. Sur les pages Philosophie GNU de la FSF, vous avez d’abord une première liste3 qui est constituée d’articles qui installent l’informatique libre, qui installent des dispositions destinées à assurer l’autonomie de l’utilisateur. Et vous avez une seconde liste4 dont on pourrait montrer qu’elle est peut-être plus circonstancielle d’articles également écrits par Richard Stallman.

Si on regarde, là c’est la première liste de ces articles qui constituent la première phase de la philosophie GNU, vous voyez qu’on va d’articles très fondamentaux – Qu’est-ce que le logiciel libre ? – jusqu’à cette obligation morale qui a été la sienne puisque le « devons » n’est pas un « devons » au sens de « il serait avantageux de », mais nous devons, quitte à avoir à démissionner, quitte à avoir à renoncer à des avantages immédiats, parce qu’il en va de l’accointance des êtres humains, de leur fraternité et du partage.

Si on regarde, je vais simplement développer deux de ces articles, si on regarde la teneur de ces articles on s’aperçoit que, à la fois, on est bien dans une progression historique, c’est-à-dire qu’il y a un moment où GNU/Linux devient possible, il y a moment où l’, donc à la fin des années 90, se fait passer pour de l’informatique libre alors qu’elle vise essentiellement des résultats et pas des principes. Vous serez sensible au caractère très équilibré, très nuancé, et même très humble, donc « Vendre des logiciels libres ce n’est pas un problème », encore une fois free est à prendre au sens de libre et pas au sens de gratuit.

« Quand le logiciel libre, alors vraiment humilité là du théoricien, quand le logiciel libre n’est pas supérieur en pratique, lorsqu’il y a des logiciels privateurs qui sont techniquement supérieurs, que faire ? » C’est-à-dire que là on est bien dans l’examen de cas de figure qui peuvent être déconcertants, qui peuvent être même considérés comme des atteintes possibles, comme des objections possibles, mais qui sont d’une façon systématique examinés.

Je vais simplement donner idée de deux de ces articles qui constituent le premier versant de la philosophie GNU. Richard Stallman se situe dans un idéalisme pragmatique, à savoir il conçoit bien l’informatique libre comme certainement une démarche technique, mais une démarche technique qui repose sur des valeurs. Est-ce qu’on accepte, encore une fois, une vie sans liberté y compris dans ses pratiques informatiques ? Ou est-ce qu’on décide que cette vie n’est véritablement une vie que si on y est autonome, que si on peut savoir exactement ce qu’on fait quand on le fait, et que si on peut partager, ce qui est une démarche importante ?

Donc société meilleure. Il y a en effet un idéalisme. Il y a effectivement une dimension utopique au sens où le propos est de remplacer ce qui est et qui est inacceptable par ce qui devrait être, donc il y a bien cette ampleur-là, il y a bien cette intention-là. Mais pragmatisme, on ne se contente pas de dire « ah qu’est-ce que ce serait mieux si l’utilisateur pouvait utiliser », on écrit des lignes de code, on examine des objections possibles, on intègre des éléments qui sont des éléments émergents dans un contexte qui n’était pas le contexte initial. C’est-à-dire qu’on fait tout pour accompagner cette quête numérique d’autonomie.

Vous avez, dans ce premier moment de la philosophie GNU, une grande insistance sur l’école, sur la transmission du savoir, déjà pour une raison historique. Parce que, lorsqu'en 83, Richard Stallman s’aperçoit que les pratiques qui étaient celles des universitaires jusque-là sont des pratiques menacées puisque des chercheurs ne peuvent plus utiliser cette manière de faire extrêmement humaniste qui était la leur, ne peuvent plus facilement verser au pot commun, faire des suggestions, récupérer ces suggestions prolongées par d’autres. Il y a donc une raison historique de cet intérêt pour l’éducation et pas seulement une raison historique c’est que, lorsqu’un code source est verrouillé, on est dans une démarche de secret, alors que le propre de l’éducation, le propre de la transmission du savoir, c’est de permettre d’examiner, permettre de voir ce qui se passe lorsqu’on enclenche telle ligne de commande, voir comment on peut essayer d’implémenter ceci ou cela. Bon il va de soi que lorsque le code source est verrouillé, alors ces démarches ne sont pas possibles.

Ici vous avez un mot-clé : interdit. Interdit, parole qui s’interpose comme le logiciel privateur se met sur le chemin de ceux qui veulent avoir une pratique éducative évidemment aux antipodes d’une culture du secret, alors il faut adopter l’informatique libre dans l’éducation, et vous avez plusieurs articles de Richard Stallman qui le posent. Autrement dit, pas seulement un caractère technique, on ne va pas dire qu’il est préférable que l’éducation adopte l’informatique libre parce que ça marche mieux – ce qui est aussi le cas – mais on va dire que l’informatique libre regarde de très, très près le cœur même de ce que c’est qu’être humain, de ce que c’est qu’être un être parlant, à savoir les droits de l’homme, la liberté et la coopération, étant donné que partager est bon. Et si on ne partage pas dans un contexte scolaire, on ne voit pas très bien à quel moment on pourra partager.

Vous avez assez souvent, chez Richard Stallman, un caractère très imagé. Il n’hésite pas à donner la parole au logiciel lui-même : prosopopée, on va donner la parole à un objet, éventuellement à un contexte, pour rendre plus vivant l’interdit. Le logiciel privateur dit : « Le savoir est un secret ». Et effectivement le savoir est un secret. On a une ici une sorte de mainmise du pouvoir sur le savoir parce que partager le savoir rend des usagers très lucides, très à même de savoir ce qui a eu lieu lorsqu’il opère telle ou telle démarche.

L’expression qui est très intéressante ici, et c’est vrai que parcourir les articles de la philosophie GNU de la FSF est souvent très revigorant et très clair, « culte de la technologie », c’est quasiment un bouclier, culte, le terme est fort. Vous avez une sorte, ici, d’alibi mystique qui voudrait que le code source ne concerne que les très grands manitous qui peuvent y toucher sans catastrophe et sûrement pas les apprentis sorciers que sont ceux qui veulent apprendre. Donc vous avez de la part de Richard Stallman souvent des propositions qui sont assez proches de celles de Michel Foucault. Michel Foucault qui dit que, la plupart du temps, le savoir est la chasse gardée du pouvoir. De temps en temps, il arrive que le savoir soit un contre-pouvoir. Il se trouve que l’informatique libre est quelque chose comme un contre-pouvoir qui, notamment, lutte contre le culte de la technologie, sorte de rideau mystérieux qui a l’air de réserver l’informatique aux initiés pour que le grand public, surtout, ne s’en empare pas.

J’en viens ici à cette notion qui est celle des articles qu’on appelle plus circonstanciés. Vous avez un deuxième volet et c’est celui-là, donc je vais le faire défiler en plusieurs fois. Vous avez un deuxième volet sur le site Philosophie GNU, donc sur le site de la FSF. La raison pour laquelle on sépare la première liste de la suivante, on dit que ce sont ensuite des articles qui sont plus récents, qui sont encore tout chauds de la presse par laquelle ils sont passés, ceux qui viennent d’éclore. Et vous avez une liste assez impressionnante parce qu’en effet, quand on parle avec Richard Stallman, on s’aperçoit qu’il est au fait des moindres glissements du territoire de l’informatique. Que telle innovation dans Facebook, que telle signature de CETA, que telle nouvelle concernant ce qui va être un raz-de-marée pour des avancées, l’intéressent très précisément.

Donc je vais faire défiler. Attention au « soutien » contredit par les faits. Lorsque l’open source se met à se prétendre informatique libre, bijou optimisé, vous avez évidemment beaucoup d’articles à écrire, parce qu’il ne faudrait surtout pas que ce développement extrêmement intéressé, qui s’intéresse surtout à une culture du résultat ne vienne établir des contresens sur l’éthique du logiciel libre.

Vous avez donc beaucoup de moments où il y a une prise de plume avec humeur. Alors c’est quoi cette histoire de « Komongistan » ou comment faire voler en éclats l’expression « propriété intellectuelle » ? « Komongistan », il se trouve que certains entrepreneurs ont trouvé commode, dans le commerce qui était le leur, d’inventer une sorte de pays imaginaire, alors c’est fait de Corée, Mongolie et Pakistan et ça donne donc le « Komongistan », avec l’idée que certaines démarches sont absolument irrespectueuses aussi bien de l’histoire des peuples, aussi bien des formes symboliques, en inventant des constructions infâmes – bon d’ailleurs comme certaines constructions infâmes du logiciel privateur – dans une totale méconnaissance de ce qu’est telle dimension culturelle. Et donc vous avez à chaque fois des formes, alors je fais défiler ce deuxième volet de la philosophie GNU et je vais m’attarder sur deux de ces articles.

Swindle, Kindle. Swindle ça veut dire l’escroc. Au moment où le Kindle apparaît vous avez cet article de Richard Stallman qui va démonter les rouages qui cachent des procédures qui ne doivent surtout pas être soupçonnées par l’utilisateur. Et vous avez, à mesure que des initiatives sont prises, une grande vigilance de la FSF qui va se demander si telle pratique est compatible avec la définition du logiciel libre.

J’ai de plus en plus serré pour que la liste puisse tenir. On est vraiment dans une forme de lucidité, on va dire multiforme qui, à chaque fois, s’intéresse aux DRM, s’intéresse à telle nouvelle forme de brevet logiciel. Je signale que demain l’April, en la personne de Magali Garnero et de Galiléa, de Marie, vont faire à 15 heures une conférence sur l’overdose en matière de DRM.

Pour ne pas en rester donc à cette liste, si on regarde, par exemple, l’article « Quel niveau de surveillance la démocratie peut-elle endurer ? » – la conférence précédente était consacrée à Snowden – se pose en effet la question du seuil. Vous ne trouverez jamais sous la plume de Richard Stallman une sorte de manichéisme : ne pas surveiller du tout ; ne pas comprendre l’inquiétude de tel ou tel gouvernement. Il s’agit bien de déterminer un niveau de surveillance. Il s’agit de se demander à partir de quel niveau de surveillance intense il ne peut plus y avoir de lanceurs d’alerte, mais quel niveau de surveillance – trop de données tue la donnée – permet, en effet, de repérer certains comportements. Vous avez un caractère qui est non manichéen, qui est toujours très nuancé, circonstancié, parce qu’il s’agit, en effet, de réfléchir à quel seuil est tolérable. Dans cet article qui est très célèbre donc, de la philosophie GNU, vous avez de la part de Richard Stallman un raisonnement sur comment faire que les métadonnées ne soient pas pillées d’une façon très unilatérale et massive et vous avez le conseil d’essayer de disperser les données, les tenir dispersées, ne jamais les regrouper sur le même support, parce que les regrouper c’est, évidemment, faciliter la tâche.

Je pense que c’est toujours ce texte. « Les logiciels libres sont contrôlés par les utilisateurs ». Il se trouve que cet article est écrit trente ans après le lancement du projet GNU, c’est un article dans Wired, et vous avez dans ce texte une sorte de bilan et en même temps de rebond : étant donné ce qui a été déjà installé alors il faudrait aspirer à tel dispositif qui évite ce pillage, qui évite cette captation, ce siphonnage de métadonnées et de données.

Je termine par une loi, la loi de Stallman, qu’on peut lire d’une façon à la fois étonnée, peut-être, et en même temps convaincue : « Tant que les grandes entreprises domineront la société et écriront les lois, chaque avancée ou chaque changement de la technologie sera pour elles une bonne occasion d’imposer des restrictions ou des nuisances supplémentaires à ses utilisateurs ».

Le projet GNU, lancé en 83, a maintenant 33 ans. L’April, inventée au Bocal de l’université de Paris-Saint-Denis, va avoir 20 ans. Il semblerait que les principes, les principes non négociables, les principes considérés comme intangibles, posés dans la philosophie GNU, qui est comme une boussole pour le mouvement GNU, nous interpellent encore.

Je vous remercie de votre attention.

Applaudissements

Organisatrice : Merci. Est-ce qu’il y a des questions ? Des commentaires ?

Véronique : Ou bien alors j’ai été trop claire et je m’en excuse. Pardon ! Non, je plaisantais.

Organisatrice : Ah oui, il y en a. Une question.

Public : Oui. Bonjour. Moi je travaille dans le logiciel libre et c’est vrai que tous les jours, on va dire, là on parle beaucoup des producteurs, des informaticiens, mais quelle est la position de Richard Stallman par rapport, justement, aux consommateurs. La réalité des choses c’est que, toute la journée, en fait, on se bat, on a beau leur dire free is not free, le fait est que, à un moment donné, les gens sont consommateurs, ils n’ont pas envie de participer. L’hypothèse de base que moi je fais depuis le début des années 90, c’est : tout le monde participe. Le fait est que chacun est dans son métier, tout le monde ne peut pas forcément participer de la même manière. Je ne sais pas quelle est la position de Richard Stallman.

Véronique : Déjà, je pense qu’il utilise le terme utilisateur et pas consommateur, parce que si on dit consommateur et là ça renvoie à ce que La Boétie dit de la bouche, de l’usage de la bouche. C’est vrai qu’il y a, alors peut-être d’une façon délibérée de la part des GAFAM, une sorte de recours à des formes, à des belles images, des beaux emballages qui vont, bien sûr, dissuader de se préoccuper de ce qui passe. Lorsque, par exemple, Richard Stallman parle du SaaS [Software as a Service, NdT], c’est-à-dire un software qui consiste à utiliser des services, c’est-à-dire à déléguer, à ne pas même avoir idée de ce qui se passe lorsqu’on confie telle donnée à garder, par exemple, pour ne pas l’avoir chez soi. Il me semble que s’il évite – là en fait je ne vous réponds pas – s’il évite de parler de consommateur c’est qu’il a bien idée que la tentative de ces GAFAM c’est d’essayer de réduire l’utilisateur en consommateur, précisément. Et il dit bien, dans différents articles, que la programmation est peut-être la chose la plus difficile pour un intellect humain, ce qui, bien sûr est une opportunité de délester. Alors, avec la plus grande bonne conscience du monde, on va délester ces malheureux utilisateurs de s’interroger, de vérifier, de lire les conditions d’utilisation, de ne pas savoir qu’est indiqué en très petit que telle manière de poster telle photographie dans tel contexte c’est ne plus en être propriétaire, etc.

Donc il me semble qu’il serait, encore une fois on oppose ce qui est à ce qui devrait être, il serait pertinent, la plupart du temps, de parler de consommateurs et même de consommateurs qui absorbent ce qu’on veut bien leur faire absorber, mais l’idée pragmatisme, idéalisme pragmatique, l’idée c’est de faire des consommateurs des utilisateurs, me semble-t-il, en tout cas si j’ai bien compris la substance des différentes directions. Et vous, vous le percevez, bien évidemment, comme une consommation, comme une consommation qui va aller vers l’emballage le plus simple à utiliser, c’est ça ? Oui ?

Public : Moi j’appartiens à différentes communautés. On va dire que, globalement, il y a des communautés où, par exemple, les utilisateurs ont compris que la documentation, la traduction, la recette, il y a un certain nombre d’activités qui ne sont pas foncièrement informatiques et qui peuvent très bien être faites, justement, par des utilisateurs. Il y a des communautés où, justement ça, le message est très bien passé. Il y a d’autres communautés où non, on est vraiment plutôt dans la consommation au sens où « hou là, là, c’est de l’informatique », et donc cet aspect documentation à faire, eh bien c’est à vous de le faire, finalement.

Véronique : Oui. C’est le culte de la technologie. C’est à la fois le culte, c’est-à-dire on a idée qu’il s’agit d’une dimension extrêmement précieuse : pour certaines personnes, ce qui se passe dans un ordi est miraculeux. On ne comprend pas bien ce qui s’y passe mais c’est extraordinaire ! C’est un culte de la technologie au sens où seuls donc les grands prêtres, quelques geeks ; souvent quand on écoute assidûment LCP Public Sénat, on s’aperçoit que dans beaucoup de questions de société qui concernent le fichier TES [fichier des titres électroniques sécurisés, NdT] ou telle nouvelle mesure qui regarde la loi pour une République numérique, on s’aperçoit que ces débats sont des débats de geeks ; c’est ce que disent beaucoup de députés : « C’est une affaire de geeks ». Ces inquiétudes-là, ça peut concerner quelques communautés isolées, mais peut-être que le grand public lui, dans sa sagesse, n’est pas anxieux. Et là encore je ne sais pas si j’ai tout à fait répondu, mais c’est vrai que je ressens exactement cette mise à part de ceux qui savent, de ceux qui sont réputés savoir, de ceux qui sont informaticiens mais n’y comprennent rien parce qu’ils croient qu’il y a tel péril, ils ont telle paranoïa, et c’est vrai que se joue toujours la question du rapport entre le savoir et le pouvoir.

Il me semble que ce technicisme auquel on assiste de plus en plus, moi c’est récent, je l’ai découvert récemment. C’est vrai que lorsqu’il y a un débat sur une question d’actualité, maintenant on fait venir le spécialiste de cette question, l’expert indépassable. Et on a l’impression qu’une pratique généraliste de la pensée, une pratique globale de la pensée est comme empêchée, parce que c’est l’expert qui devra se prononcer dans la sagesse qui est la sienne sur ce point. Mais là, je partage une chose à laquelle je n’ai pas encore totalement réfléchi. À laquelle quelqu’un a beaucoup réfléchi, c’est Socrate, personnage de Platon dans l’Apologie de Socrate, puisque, effectivement, il essaie de savoir s’il y a à Athènes quelqu’un de plus sage que lui parce que l’Oracle de Delphes a dit qu’il était le plus sage, et il va voir les artisans, mais les artisans qui sont très, très forts sur un point en particulier qui est leur pratique, croient, parce qu’ils sont très forts sur ce point-là, qu’ils peuvent se prononcer sur quoi que ce soit à propos de quoi que ce soit. C’est la question du rapport entre l’expertise et la pensée encyclopédique, la pensée globale. Mais là, c’est un peu le professeur de philosophie qui s’exprime.

Public : Je n’ai pas compris. En fait, moi je me suis reconnu comme un utilisateur simple et je n’ai pas compris si tu voyais ça comme un problème qu’il y ait des utilisateurs simples qui ne contribuent pas. Ou si tu voyais ça comme une bonne chose. Je ne comprends pas ça dans ta question.

Public : Non. Moi c’est dans un usage professionnel. L’utilisateur, là je parle d’organisations de l’éducation qui « achètent » des softs libres entre guillemets et qui les achètent comme ils négocieraient avec Microsoft, ou voilà. Ils sont formatés à un certain type de rapport, on va dire, et ils veulent continuer à rester dans ce rapport. Le problème est le suivant, c’est que du coup, en interne il n’y a même pas de compétences pour discuter. Sauf que pour le logiciel libre on ne peut pas discuter comme si on vendait du Microsoft en boîte. Et pour eux, tout problème a une solution. Et donc on a beau leur refaire l’explication détaillée de la licence ! Voilà…

Véronique : Oui, d’où intérêt de pouvoir s’adosser à une communauté vigilante lorsqu’on n’est pas soi-même informaticien. Puisqu’à partir du moment où des informaticiens, c’est le cas dans le projet GNU, se constituent en communautés permettant d’utiliser les compétences – peut-être que untel va être très pointu sur cette question, tel autre sur telle question – ce qui est là extrêmement intéressant, c’est l’interface. C’est-à-dire comment on essaie de réagir au cloisonnement, cloisonnement alors pas seulement dans l’informatique. Il se trouve que Poincaré, début du XXe siècle, est le dernier mathématicien généraliste. Après il y en a qui vont faire de la topologie, il y en a qui vont faire de l’analyse, telle branche de l’analyse. Il devient, après Poincaré, très complexe d’avoir une perspective globale sur la mathématique. Donc l’informatique, n’en parlons pas !

Organisatrice : Bien. Est-ce qu’il y a d’autres questions ? Oui.

Public : Bonjour. Je suis utilisateur libre [individuel, NdT], donc je travaille sur Excel, Powerpoint, SketchUp, etc. Et j’aimerais, avec d’autres amis, on aimerait passer à Ubuntu, ou bien au logiciel libre. Et c’est vrai que, par exemple, on a cette barrière, on n’est pas informaticiens, on utilise les produits Microsoft, etc., Google, et il y a un cap à franchir. Le logiciel libre, monsieur fait remarquer que c’est à nous de faire de la programmation, etc. C’est peut-être une fausse image qu’on a. Mais peut-être que le logiciel libre devrait s’ouvrir avec d’autres outils. Ubuntu a commencé, de ce que j’ai pu voir, qui permettent à l’utilisateur lambda de ne pas avoir à programmer. Parce que ce qui intéresse l’utilisateur lambda c’est de quitter Microsoft, parce qu’il en a assez, de quitter les quatre, Google, etc., mais de ne pas avoir à faire de programmation. Parce que, d’abord, il travaille, ce n’est pas son métier l’informatique, et il a l’impression d’être un peu exclus par Linux, etc., parce que ce sont des geeks, c’est réservé, etc. Et ça, c’est dommage, parce qu’il faudrait faire une passerelle. Et je dis, à ce moment-là, c’est un petit peu aux utilisateurs de libre de créer des softwares qui permettent de ne pas avoir à programmer, comme par exemple SketchUp, on n’a pas besoin de programmer, on fait sa maison, on fait son plan, on fait un tas de choses, et je trouve que ça manque. C’est dommage parce qu’on pourrait faire le saut plus rapidement et là on est freinés. Et ça fait des années qu’on est freinés. Je suis là pour essayer de trouver une solution. J’ai parcouru les stands, je suis au regret de dire que je n’ai pas trouvé de solution. Je vous ai entendu et j’ai trouvé très intéressant parce que vous avez parlé, notamment, d’un peu d’élitisme sur la technicité. C’est l’élitisme, à chaque fois on fait appel à un expert, expert pour tout, politique, sur les conflits, etc. On en a ras le bol de tous ces experts et c’est pourquoi on cherche avec le logiciel libre, notamment, de ne plus avoir d’experts, mais d’avoir une liberté d’expression propre.

Véronique : Bien sûr. Oui. Je me permets une question en retour. Connaissez-vous l’existence du Premier Samedi du Libre5, où il y a beaucoup d’ateliers, c’est ici même.

Organisatrice : Moi j’aurais une autre question. Est-ce que vous êtes allé dans la salle de l’installation. Il y a une salle qui s’appelle la « install-partie » dans laquelle les utilisateurs potentiels viennent et peuvent installer Ubuntu dans leur ordinateur et peuvent s’initier. Ou bien peuvent voir une démonstration du fonctionnement pour s’approcher. Donc il y a effectivement des efforts qui sont faits au sein de cet événement même, pour aller vers les utilisateurs qui ne sont pas des informaticiens.

Véronique : Si je peux me permettre. Oui. Oui.

Public : Inaudible.

Véronique : Je comprends. Si je peux me permettre de vous faire part de mon expérience personnelle. Donc je ne suis pas du tout programmeuse. Il se trouve qu’il y a eu une installation, il se trouve que c’est Debian. Je vous promets que depuis que cette installation a eu lieu, j’effectue moi-même, toute seule, les upgrade update, je mets à jour, parce qu’il y a des logiciels qui sont conçus à cette fin. Je télécharge tous les paquets dont j’ai besoin en fonction de ce que je demande à mon ordinateur. Je m’initie actuellement à la programmation, mais je n’aurais pas eu les moyens de saisir ce qu’il en est. Il ne s’agit pas, dans la philosophie GNU, de dire que quiconque doit devenir programmeur, il s’agit de proposer, puisque des programmeurs ont fini par constituer GNU/Linux, il s’agit de proposer à la fois ce qui est ouvert, partagé et bon, et en même temps de faire référence à la vigilance de ceux qui étant programmateurs voient que dans telle branche du programme il peut y avoir tel bogue, tel élément privateur, qui va faire fonctionner autrement ce qui n’était pas prévu pour ça. Il me semble que l’on peut, me semble-t-il, en tout cas c’est mon cas depuis un certain nombre d’années, faire appel aux compétences là où elles sont. Mais je ne sais pas du tout si j’ai répondu à votre question. Oui ?

Public : Excusez-moi. Juste une petite question. Est-ce que, dans votre réflexion, vous avez intégré quelque chose comme l’évolution technologique par rapport aux besoins ? C’est un peu compliqué, mais en fait, je n’avais pas imaginé que la philosophie pouvait rencontrer les éléments comme la GPL [GNU General Public License, NdT], enfin tout ce qui était licences, en fait tout ce qu’a fait Richard Stallman, je n’avais jamais imaginé ça. Et en réfléchissant à ce que vous disiez, je me suis dit « mais, est-ce que tout ça c’est un débat qui reste vrai par rapport à l’évolution des besoins, la technologie ? Ce qu’on faisait dans les années 70, ce qu’on faisait dans les années 80, 90, etc., est-ce que ça reste toujours vrai par rapport aux besoins ? » Est-ce que vous avez intégré ça dans votre réflexion ? Par exemple, l’utilisation massive de réseaux, du coup les terminaux ont moins besoin de stocker. Peut-être qu’un jour, on aura juste une interface et qu’on sera relié à quelque chose de central et que ce sera matériellement sans intérêt pour les utilisateurs de ne pas être connecté au réseau.

Aujourd’hui, par exemple, pour obtenir les notes de son enfant, il faut utiliser le réseau pour avoir accès au cahier scolaire, enfin au cahier de textes, il faut avoir accès au réseau. Du coup, le réseau est une nécessité. Et du coup, le terminal de l’utilisateur n’est plus quelque chose d’autonome. Est-ce que dans cette réflexion, le fait qu’on n’ait plus d’autonomie dans le terminal de l’utilisateur, est-ce que ça rend caduque l’intérêt de développer une informatique autonome ? C’est un exemple parmi beaucoup d’autres. Est-ce qu’on peut toujours comparer l’informatique d’aujourd’hui avec l’informatique des années 80, et dans ses intérêts, et dans ses buts ?

Véronique : Oui. Je comprends. Vous avez pris l’exemple d’aller voir les notes de son enfant. Il se trouve, par exemple, que l’ENT Lilie, qui vient de changer de nom, c’est la ministre de l’Éducation nationale qui en décidé ainsi, maintenant je crois que ça s’appelle monlycée.com [monlycée.net, NdT], c’est un logiciel libre. Cahier de textes, il y a un logiciel qui s’appelle cahier de textes, qui permet, par exemple, à une équipe pédagogique, de mettre à la disposition des classes des pdf et autres choses de ce genre.

Concernant cette réflexion elle-même sur le devenir de l’infrastructure des usages de besoins qui étaient initialement insoupçonnables, il me semble, et là je me réfère à ce qui est ancien et je vais me référer après à ce qui est actuel, il me semble que chaque fois qu’il y a eu une mise en garde – les portables sont des ordinateurs – il me semble que lorsqu’il y a une réflexion sur la multiplication des DRM, là on se réfère à de nouveaux usages – les liseuses sont quand même assez récentes dans les bibliothèques publiques – il me semble qu’à chaque fois la communauté, alors qu’il s’agisse de la FSF, qu’il s’agisse de l’April. Actuellement l’April demande, à la suite de l’Envoyé Spécial sur le rapport entre le ministère de la Défense et Microsoft, demande que soit communiqué le document6 dont il a été question dans l’émission. Il me semble que, à mesure qu’il y a donc des accords, des changements de pratique commerciale, des changements dans la manière de poster sur des réseaux sociaux, il me semble qu’à chaque fois il y a toujours quelqu’un qui, sur une liste de diffusion, prend l'initiative de se demander si ce logiciel n’est pas privateur, si l’usage de telle permission, l’accord de telle permission à telle administration – ça s’est posé notamment avec les déclarations d'impôts en ligne, ça s’est posé à propos APB. APB c’est une pratique, Admission Post-Bac, qui a essayé de trouver des solutions aux flux d’étudiants et leurs désirs tout à fait légitimes de faire leurs études dans telle filière. Il me semble qu’à chaque fois qu’il y a soit un dispositif nouveau, soit une pratique qui s’intensifie, il me semble que la communauté libriste – alors ça peut être La Quadrature7 pour tel point, plutôt Framasoft8+ pour des questions d’édition, plutôt l’April qui peut faire telle pétition sur tel rapprochement qui lui paraît fâcheux – il me semble qu’à chaque fois en tout cas, il y a une tentative de se demander aussi bien technologiquement que d’une façon éthique si cette manière de procéder ne pourrait pas être remplacée par une autre.

Là je faisais référence à l’actualité. Il se trouve que j’ai pu parler donc avec Richard Stallman il y a un mois de ce qu’il est en train d’écrire à propos de Facebook. Il se renseignait, à ce moment-là, pour savoir ce qu’il en était exactement de tel mur, de telle permission. Il me semble que chaque fois que quelque chose bouge dans l’informatique, il y a toujours alors si ce n’est l’April, si ce n’est la FSF, si ce n’est telle autre communauté, il me semble qu’il y a, en tout cas, une enquête, une tentative d’aller voir dans le code, alors pas nécessairement en faisant de la rétro-ingénierie, mais de voir quelles sont les exécutions, quels sont les paramètres à éviter. Oui ? Non ce n’était pas tout à fait la teneur de votre propos.

Public : Inaudible.

Véronique : Oui, c’est vrai, qui sont des ordinateurs. Oui. Je vois. Il y a des facilitations de mécanismes. C’est un petit peu ce que les sociologues disaient dans les années 70. Les sociologues disaient que l’homme contemporain allait de la grande surface au petit écran. C’est un peu ce qui est en train de se passer, c’est-à-dire qu’il y a des installations culturelles qui deviennent triviales, qui ne font plus question. Et pour vous répondre à propos des laptops, c’est vrai qu’il y a, quand vous allez sur le site de la FSF, une réflexion qui est très nourrie, pas seulement sur le software mais sur le hardware. Ne serait-ce que pour la question des portes dérobées qui sont plus faciles à installer dans tel matériel que dans tel matériel. C’est-à-dire qu’il y a aussi une prise en compte de ce qui, étant fabriqué à tel endroit sans que telle vigilance puisse être exercée, peut induire tel comportement. Et c’est vrai que la disparition de l’ordinateur, puisque là les portables ont un accroissement d’usage tel qu’il y a de plus en plus – moi je vois bien il y a de plus en plus de collègues qui font tout avec une tablette ou même avec un portable – pose des questions qui sont d’autant plus fortes que les pièges, les malwares sont plus importants dans les smartphones. Mais là je ne sais pas si j’ai complètement, non plus, accompagné votre réflexion. C’est une réflexion éthique, c’est une réflexion sociologique qui n’est pas dissociable. Encore une fois le mouvement GNU, ce n’est pas une affaire de techniciens, c’est aussi une affaire de tout être parlant qui s’interroge sur ses pratiques et de la manière dont ses pratiques sont considérées comme intrusives par telle ou telle structure politique ou économique. C’est la loi de Stallman. Je pense que c’est la loi de Stallman qui, dans tous les textes qu’on a évoqués à l’instant, est la loi qui dit que finalement c’est l’entreprise, c’est telle firme, qui fait les lois. Et c’est vrai que la question de CETA, signé avant même d’être ratifié par chaque pays, la question de la suspension de TAFTA dont on ne sait pas si elle va être effective ou non, là entre, je crois, dans les préoccupations que vous exposez. Mais je vous en prie.

Organisatrice : Est-ce qu’il y a d’autres questions ?

Public : Les problématiques que vous posez par rapport au fait qu’on vit dans un monde moderne où le problème ne se pose plus, en fait le problème se pose tous les jours dans votre téléphone. Android typiquement, avec Google, il y a eu un procès Oracle/Google qui montre que le logiciel libre est vraiment quelque chose qu’on « pensait libre », entre guillemets,comme Java. Il s’est avéré que Java n’était pas libre et que derrière tout ce qu’on pensait particulièrement accessible et finalement ouvert, et on a eu la surprise de s’apercevoir que finalement c’était fermé, qu’il y avait des brevets et qu’il y avait des gens qui étaient capables de sortir des avocats pour voilà. Un objet de tous les jours qui est votre Android, qu’on pensait libre, n’est pas libre typiquement. Ça a posé un certain nombre de questions.

Deuxième élément, le logiciel libre, ce n’est pas simplement ce qu’il y a sur votre poste, c’est tout ce qu’il y a aussi à l’extérieur de votre poste. Typiquement, quand vous installez un Wordpress, c’est un logiciel libre. Vous pouvez très bien, entre guillemets, l’installer sur un serveur qui vous appartient, mettre vos données à vous, sans être obligé de passer par Facebook. Il y a tout un ensemble, comme ça, de softs. Effectivement se pose la question de la propriété des données, à savoir est-ce que c’est la vôtre ou est-ce que c’est celle de quelqu’un d’autre ? Ça, ça reste entre guillemets de votre responsabilité.

Et troisième élément, c’est que, au niveau de votre tablette, il y aura toujours la problématique du travail offline, le travail que vous allez faire sans connexion. Je suis dans le TGV, je veux travailler offline. Je suis dans le métro, je veux travailler offline. Je suis dans une zone, il suffit de naviguer en France il y a plein de zones où le réseau n’est pas particulièrement accessible, vous allez travailler en offline. La question c’est votre logiciel que vous allez utiliser, quel sera-t-il ?

Et le dernier point, je dirai, ce sont les formats ouverts. La problématique qu’il y a, c’est que, l’air de rien, avec les plateformes SaaS, c’est-à-dire les plateformes hébergées pour lesquelles on n’arrête pas, moi c’est un sujet que je connais d’autant bien que je travaille dans l’éducation, donc je mets en place des plateformes libres pour l’éducation, il y a toute la problématique des formats fermés. C’est-à-dire qu’il y a des écoles, il y a des universités, il y a des institutions où on se retrouve bloqué, parce qu’en fait on ne veut pas transférer leurs cours. Pourquoi ? Parce que le format dans lequel ils ont stockés leurs cours, ils ont stockés leurs informations est un format fermé.

Donc justement, ce que disait madame tout à l’heure, je pense qu’il faut bien le suivre. Stallman, ce sont les années 70. Dans les années 80, c’était toujours d’actualité, dans les années 90… En fait, c’est juste que la forme change, mais le sujet est toujours le même, c’est juste la forme qui change. Et on a toujours l’impression que, finalement, c’est un peu passé. Mais en fait non ! Ça revient sous une nouvelle forme. Le temps qu’on s’accoutume, le temps qu’on se fasse avoir, eh bien effectivement, ça a rechangé de forme.

Véronique : Oui. C’est ce qu’on appelle la technologie insidieuse au sens du soft power. C’est-à-dire autant un hard power, c’est-à-dire un pouvoir qui réprime et qui impose est visible, s’il ne ruse pas avec l’apparence, autant il va y avoir donc par les portes dérobées, par des dispositifs de captation, autant il va y avoir un pouvoir effectif dont on espère que la majorité d’individus ne le verra pas. Je crois prolonger votre proposition.

Je vous remercie beaucoup de votre présence et comme je suis administratrice de l’April, si vous avez des questions sur l’actualité de l’April. Donc c’est vrai que à part de cette commémoration bien sympathique et bien festive des 20 ans de l’April, qui a lieu sur novembre et sur décembre, il y aura un événement à Paris en février parce là, il faut une salle particulière, il faut vraiment qu’on puisse se voir, échanger, d’une façon un peu préparée, c’est vrai que l’April et je le disais tout à l’heure du caractère circonstancié, nuancé, non manichéen, lucide, chaque fois qu’il sort, aussi bien un projet de loi qu’un nouveau type de logiciel qui lui, étant inconnu, va pouvoir être séduisant un certain temps avant d’être analysé, c’est vrai qu’il est important d’être sur la brèche. Ce que l’April, je crois, fait, comme la FSF assez bien.

Je vous remercie beaucoup.

Applaudissements

21 February 2017

april.png Nouvelles April

Projet Signothèque - MOOC-LSF

Le 21 February 2017 à 13:48:06


 Laure Laffont et Sungja Riboul

Titre : Projet Signothèque - MOOC-LSF
Lieu : Capitole du Libre - Toulouse
Intervenantes : Laure Laffont (Sourde, Porteuse du Projet MOOC-LSF) - Sungja Riboul (Entendante, Porteuse du Projet Signothèque)
Date : Novembre 2016
Durée : 23 min 08
Visionner la vidéo
Licence de la transcription : Verbatim

Description

Les domaines d'application sont variés, ajouter des dessins signés permet de rendre accessibles : des supports pédagogiques, des jeux de société, des jeux vidéo, des livres, des applications, des sites, des affiches de bar, de festivals. Tout est permis : pourquoi pas des signes à la boulangerie du coin, chez le coiffeur, la création de supports papier de communication interne à l'entreprise pour aider à l'intégration des collègues sourds, etc.

Transcription

Emmanuelle : Bonjour à toutes et à tous. Merci d’être venus au Capitole du Libre. Donc je vais laisser la parole à Laure Laffont et Sungja Riboul, pour nous parler du projet MOOC-LSF et de la Signothèque1. Elles vont vous expliquer tout ça. Elles ont de l’association Arboré'Sign. Voilà. Merci.

Laure : Bonjour à tous. Donc je vais d’abord vous présenter le projet MOOC-Langue des signes. Tout d’abord, tout le monde ne sait pas forcément ce qu’est un MOOC. Donc un MOOC en anglais c’est (massive open online course. Ce sont des cours qui sont disponibles sur Internet, gratuits et libres accès. Et qui peuvent être fait soit par des universités, donc c'est ce qu’on appelle les X-MOOC, ce sont des MOOCs, on va dire officiels, créés par des universités, et diffusés par les universités notamment sur la plate-forme FUN]2, et des C-MOOC qui sont eux créés par des communautés et qui peuvent être disponibles par exemple sur Coursera3.

Quand on crée un MOOC, il y a plusieurs paramètres à prendre en compte.

  • Déjà massive dans quel sens ? Combien de personnes veut-on toucher ? 100 personnes, ou 100 000 personnes, ou plus ?
  • Ensuite open ça veut dire quoi ? Inscription gratuite ? Contenu gratuit ? Qu'on peut prendre et qu'on peut rediffuser ? Gratuit dans le sens où on peut le télécharger ? Ou ? Voilà.
  • Ensuite pour online est-ce que c’est en ligne ? On le pose et les personnes peuvent s’inscrire et le suivre ? Ou bien est-ce que c’est en ligne en temps réel ? Voilà.
  • Puis enfin les cours. Est-ce que ce sont des cours que l’on suit nous-même comme on veut ? Est-ce qu’on a une attestation derrière ? Est-ce qu’on a des badges ? Est-ce qu'il y a un temps limité pour les suivre ? Etc.

Tous ces paramètres doivent être choisis avant de créer un MOOC et vous pouvez aussi les choisir pour suivre ce MOOC-là.

Donc les deux plus grosses plates-formes en France : c’est FUN pour les universités - Coursera c’est plutôt international. Donc on trouvera des cours faits par des universités américaines, par exemple, ou faits par des personnes qui ne travaillent pas dans des universités. Et ensuite nous avons un site internet en France qui a été créé par le gouvernement qui s'appelle sup-numerique.gouv.fr4 qui recense tous les MOOCs existants en français. Donc ça regroupe FUN plus d’autres petits sites que l’on peut retrouver par-ci par là sur le Web.

Alors la question est « pourquoi faire un MOOC en langue des signes ? »

Déjà, il faut savoir que l’accessibilité de la culture, en général, et de l'enseignement pour les sourds est très faible. Notamment dans les universités, il n’y a à peu près que 120 heures de cours qui sont interprétées sur l’année. Donc lorsqu’une personne sourde veut suivre un cours universitaire, c’est très compliqué en sciences, en histoire. Par contre, évidemment, il existe des cursus de langues des signes, notamment par exemple traductions. Là les cours sont en langue des signes donc la question ne se pose pas.

Donc cette accessibilité, pour l’instant, elle n’est pas du tout, du tout présente. Du coup, grâce à ces MOOCs, on pourrait ouvrir cette accessibilité et faire, par exemple, de la formation à distance pour les sourds. Ces MOOCs, actuellement, sont valorisables sur le CV. C’est-à-dire qu’on a une attestation à la fin du MOOC qui nous permet de dire qu’on a validé cette formation, et on peut l’inscrire sur le CV ; donc c’est intéressant pour pouvoir valoriser une formation et, après, ça permet d’ouvrir vers des vraies formations diplômantes, celles-ci, et d’avoir une meilleure employabilité pour les personnes sourdes qui sont actuellement environ 30 % au chômage, ce qui est le double de la population normale.

Alors pourquoi le MOOC ?

Bien sûr, parce que c’est un support vidéo, donc on va filmer une personne qui signe. C’est gratuit, ça permet une grande diffusion donc on peut diffuser, par exemple, sur le territoire national et ce sont des vrais professionnels souvent qui les créent, donc des enseignants, des chercheurs ou des formateurs, etc.

Là je vous ai fais une capture d’écran d’un MOOC classique qui était le MOOC de « Lutte contre les discriminations "être acteur de la diversité" » qui était pour tout public. Donc là vous voyez, ça se présente avec une vidéo, une personne qui parle sur le côté, des sous-titres avec le texte de transcription de sous-titres et dans les vidéos nous avons des petits mots-clés qui apparaissent.

Ceci est un MOOC plus technique sur l’introduction à la statistique avec le logiciel R. Donc là c’est pareil, nous avons une petite fenêtre avec le chercheur qui explique, des graphes, des représentations liées à la statistique, puis les sous-titres ici et en bas.

Donc on pourrait se dire qu’il suffirait de prendre ces vidéos et de rajouter un interprète qui traduit, ici par exemple, qui traduit le texte de ce que dit la personne.

Le problème c’est que nous avons des phrases extrêmement complexes, avec des tournures un peu alambiquées, qui ne sont pas aisées déjà à traduire. En plus de ça, nous avons des mots hyper techniques qui n’ont pas forcément leur traduction en langue des signes. Par conséquent, ce n’est pas du tout adapté notamment pour ce type de MOOC très technique où là, il est impossible de rajouter un interprète, de traduire simplement le texte qui a déjà été fait.

Ça veut dire que, par conséquent, il faut créer des MOOCs en amont, en travaillant avec les personnes qui les créent.

Donc là, c’est un exemple de ce qu’on peut faire. Ici une personne qui signe, les sous-titres on peut les laisser, bien sûr, et une personne qui parle sur le côté avec surtout des événements visuels qui peuvent être pointés par l’interprète ou par la personne qui fait le cours.

Les vidéos doivent être très courtes, parce que c’est très difficile de se concentrer sur quelque chose de long en langue des signes, donc ça va être 15 minutes au maximum. De plus, le fond visuel doit être adapté par rapport aux signes. C’est-à-dire qu’une personne qui signe ne peut pas à la fois signer et pointer. Et une personne sourde ne peut pas à la fois regarder ce qu’il y a écrit sur la diapo et regarder la personne qui signe. Donc cela nécessite de faire un gros travail en amont avec les personnes qui veulent faire les MOOCs.

Donc là, il manque des flèches (sur la présentation, NdT), j’avais des flèches autour de « MOOC-Langue des signes ». Ça veut dire que les différents acteurs nécessaires pour la création de ce type de support sont déjà des interprètes ou des traducteurs qui connaissent la pédagogie adaptée et qui connaissent les signes techniques et la syntaxe en langue des signes, etc.

Un médiateur qui signe et qui connaît le sujet du MOOC, car les interprètes ne vont pas forcément trouver le signe adapté pour un terme technique. Donc moi ça m’est arrivé, par exemple au travail j'avais le terme « isotope » à traduire en langue des signes, donc j’ai discuté avec l’interprète pour voir lequel était le plus adapté avec lui. Voilà.

Bien sûr, les universités, ce sont elles qui créent le MOOC, le diffusent, font la validation notamment en formation continue et aussi, pourquoi pas, la mission handicap.

Et enfin les étudiants sourds, qui peuvent intervenir dans la vidéo, donc signer dans la vidéo, notamment si c’est leur domaine. Et aussi pour, par exemple, les étudiants qui sont en traduction qui peuvent en faire leur projet de fin d’études.

Alors voilà, tout ça pour moi, ce sont les acteurs nécessaires pour créer ce type de support. Voilà, je crois que j’ai terminé et je vais passer la parole à Sungja. Merci. Est-ce que vous avez des questions éventuellement ?

Public : Le but des MOOCs c’est de rendre gratuit l’enseignement pour les gens. Et du coup, avec le MOOC pour les gens sourds, je ne comprends pas comment avec autant d’interprètes et autant de personnes qui doivent se charger de tout, comment est-ce qu’on peut le rendre gratuit, en fait ?

[Sungja traduit la question à Laure]

Laure : En fait, déjà pour la création des MOOCs classiques dans les universités, il y a une demande de subvention, déjà à la base. Donc il suffit de faire cette demande de subvention adaptée, en incluant le budget pour les interprètes, pour les traducteurs ou pour les diverses personnes. Moi je pensais notamment utiliser, utiliser non, mais faire intervenir les étudiants sourds pour réduire, justement, le budget des interprètes. Et que les interprètes soient là surtout en support pour expliquer quel signe trouver, quelle syntaxe utiliser et les personnes sourdes, par contre, sur les vidéos, déjà pour avoir aussi une meilleure représentation des sourds dans l’espace public. Voilà.

Public : Bonjour.

Laure : Bonjour.

Public : Est-ce que ce MOOC existe déjà ? Ou est-ce qu’il y a une date, ou est ce que vous savez où est-ce qu’il en est dans sa conception ?

Laure : Non pas encore. En fait, là pour l’instant, j’ai fait les démarches auprès de l’université Paul Sabatier (à Toulouse, NdT) et j’ai rédigé le projet. Donc nous allons, d’ici décembre (2016, NdT), envoyer ce projet pour les demandes de subvention. J'ai réuni les interprètes, mission handicap et mission formation continue pour l’accessibilité et les personnes handicapées dans le travail. Et voilà. Pour l’instant, j’en suis là et je vais contacter certainement d’autres organismes comme le CNED ou AGEFIPH [Association de gestion du fonds pour l'insertion professionnelle des personnes handicapées,NdT]. Je sais pas. Voilà. Donc c’est un projet en cours.

Emmanuelle : Merci ! Donc on passe la parole à Sungja, pour la Signothèque.

Sungja : Bonjour à vous et merci d’être venus. Donc je vais vous présenter le projet de la Signothèque. C’est un projet qui est porté par l’association ArboréSign, qui est une association qui, dans les grandes lignes on va dire, a pour objectif de créer des espaces de rencontre entre les personnes sourdes et les personnes entendantes, via l’innovation numérique. Du coup voilà, c’est une association qui est présente beaucoup sur les Hackerspaces Festivals, sur les Fablabs, les choses comme ça. Parce qu’un des objectifs ce serait d’ouvrir l’accessibilité en fait, dans les espaces numériques.

Donc au niveau du projet de la Signothèque c’est un projet un peu, on va dire, c’est un peu un projet laboratoire, en fait, d’essai. Je vais d'abord vous expliquer ce qu’on entend par Signothèque :

  • dans Signothèque il y a « signe » qui correspond aux signes, qui sont des mots de la langue des signes, qui est la langue parlée, enfin, qui est la langue gestuelle des personnes sourdes. Donc c’est la langue qui leur permet de communiquer aussi.
  • et il y a le terme « thèque » qui vient du grec ancien, qui se rapporte à la boîte, au fait de ranger.

Donc la Signothèque, c’est un lieu où l’on range et on diffuse des signes. Donc la Signothèque, ce ne sera pas un dictionnaire, il ne faut pas confondre non plus avec un lexique ; ce ne sera pas des vidéos ; ce ne sera pas de la 3D non plus. Et du coup, le choix qu’on a fait, le choix numérique qu’on a fait c’est le dessin, le dessin vectoriel, parce que le dessin vectoriel offre des multiples possibilités : c’est un format qui est léger, modifiable, on peut changer la taille, la couleur, sans perte de qualité et donc on a aussi la possibilité d’y attacher des métadonnées. C’est-à-dire qu’après, toutes ces données peuvent être répertoriées et réagencées, en fait, par des développeurs sur des choses qu’ils auront établies avant.

Un des objectifs de la Signothèque est que les signes que l'on pourra trouver seront en licence libre et en open source. Donc un des gros objectifs, un des gros enjeux, ça va être de créer une communauté à la fois de contributeurs et d’utilisateurs. Ce qui ne va peut-être pas forcément être évident, mais qu’on essaye de faire, en fait, en se déplaçant sur les festivals.

Le principe de la Signothèque, c’est d’avoir un site Internet qui serait comme une Give Box. Je ne sais pas si vous connaissez le principe de la Give Box. Ce sont souvent, en fait, des armoires, qui sont dans des lieux, qui peuvent être dans une rue, qui peuvent être chez des habitants. Et dans cette armoire on va donner et prendre des choses. Des personnes n’ont plus besoin d’un livre, d’un vêtement, etc., vont le déposer dans la Give Box et quelqu’un d’autre va venir voir cette Give Box et se dire « ah ben tiens, moi ce livre je ne l’ai pas lu, donc je vais le prendre ».

Donc le principe de la Signothèque est un peu similaire. C’est-à-dire qu’il y a des personnes qui vont donner des signes pour alimenter la banque de données, et il y a des personnes qui vont prendre des signes pour les utiliser. Voilà. Donc quand on donne des signes, en fait, pour alimenter cette Give Box, on développe l’accessibilité ; on enrichit aussi donc les communs du numérique dans le sens où on permet à la langue des signes, en fait, de rentrer dans ces communs ; on encourage la création en langue des signes dans le sens où on donne la possibilité à des gens qui vont venir se servir dans cette Give Box de créer. Donc de créer des livres pour enfants sourds, des jeux, des cartes, des jeux de cartes, des jeux éducatifs, des supports pédagogiques. Ça peut être tout un tas de choses qui permettent de rendre visible la langue des signes.

« Prendre des signes » aussi ça peut permettre d’adapter des documents, des supports de rééducation alternatifs ou augmentatifs. Donc ça, ce sont des termes plus au niveau des orthophonistes et des rééducateurs pour les enfants sourds. Ça permet aussi, « prendre des signes », d’accueillir, par exemple, le public sourd avec de la signalétique. C’est-à-dire que là, sur un festival comme ici, on aurait pu donc télécharger un signe,le signe de bar, par exemple, ou le signe de accueil et le mettre à l’accueil.

Donc voilà, c’est une façon de dire aux personnes sourdes qu’on a conscience qu’elles existent et qu’on essaye de s’y adapter et c’est un moyen aussi de dire aux entendants : « Ah tiens, de les interpeller, tiens il y a un signe, ah ben oui il y a des personnes sourdes, peut-être qu’il y en a une à côté de moi ».

Et donc du coup, créer, adapter, accueillir, ça permet donc de diffuser la Langue des signes et de faire progresser l’accessibilité.

Donc on a conscience que la problématique d’avoir des signes en format vectoriel c’est que ça suppose d’avoir des personnes qui, à la fois, ont une compétence en langue des signes et à la fois une compétence en dessin vectoriel. Ce qui est peut être beaucoup. Donc on s’est dit qu'il serait peut-être intéressant aussi de réfléchir parallèlement à la création d’un éditeur de signes, qui permettrait, en fait, d’assembler des sous-parties. Donc d’avoir, je crois que ça existe, je ne sais plus trop comment ça s’appelle, mais d’avoir une espèce de petit programme qui permette de choisir, par exemple, une tête avec des cheveux blonds, roux, etc. Des yeux, puisque les yeux font partie de l’expression en langue des signes. Et de pouvoir choisir des configurations de main droite, main gauche, des positions de buste et des flèches qui vont donner une indication sur le mouvement. Voilà. Et de créer, du coup, de façon rapide, un signe et de pouvoir le mettre dans cette Signothèque. Ça permet du coup d’avoir une compétence en moins, c’est-à-dire qu’on enlève, on n’a plus besoin d’avoir la compétence, et le temps aussi, de créer le signe et de le dessiner en vectoriel. On a juste la volonté. en fait, de participer à un projet, et de l’alimenter. Et donc juste le fait d'avoir des compétences en langue des signes suffit.

Voilà. En fait, c’est quand même une belle idée mais c’est une idée qui reste, pour le moment, à l’état de projet. En fait, on cherche des personnes qui souhaiteraient s’investir avec nous, participer à l’aventure donc, pour continuer à designer des signes, développer l’éditeur de signes et puis, après, il y a tout un tas de choses à faire aussi en communication, etc. Ou le fait d’en parler aussi peut être intéressant. Voilà.

Donc si vous avez des questions, parce que je suis allée assez rapidement, il me semble.

Emmanuelle : Oui. En fait, il reste presque vingt minutes.

Sungia : Ah oui, d'accord. Donc je suis allée vraiment très, très vite.

Emmanuelle : Donc si tu veux rajouter des choses ou compléter. Ou si vous avez des questions on peut commencer une discussion autour de ces deux projets.

Sungja : Oui, voilà. Donc si vous avez des questions, n’hésitez pas.

Emmanuelle : Je peux poser peut-être une question, enfin une indication sur l’éditeur de signes. On a l’exemple de Simon Giraudot qui, d’ailleurs, fait une conférence pas très loin dans le même bâtiment. C’est un dessinateur de bandes dessinées et il a dessiné, il a fait un générateur de Comics.

Sungja : Qui s'appelle « GéGé »5 ?

Emmanuelle : Oui. Vous êtes déjà en contact avec lui ?

Sungja : Non, je ne suis pas en contact avec lui. Mais par contre, au THSF (Toulouse Hacker Space Festival, NdT), on avait fait une conférence comme ça. De là il y a un développeur qui était venu et qui avait commencé à le bidouiller, mais après on n’a jamais eu de nouvelles, en fait. Je lui avais fait passer, comme c'est en open source. Je sais pas comment ils font, car je ne connais pas mais du coup, il avait commencé à modifier des choses. Et puis, c’est vrai que je ne l’ai pas relancé, enfin on est restés en contact un peu, comme ça. Il m'a dit : « Oui, il faut que je fasse ci, il faut…» Et puis bon voilà.

Emmanuelle : Oui. Le quotidien aidant, on met tout ce temps.

Sungja : Le quotidien. Voilà. Du coup l’idée, parce qu’on avait rencontré liberté 0.

Emmanuelle : Oui. En 2014.

Sungja : Je ne me souviens plus. C’était sur le festival Résistance et la Liberté 0, je sais plus qui, c’était une fille…

Emmanuelle : C’était Armony Altinier. [Note d'Armony : je n'ai jamais rencontré ArboréSign, mais on m'en a parlé] - [Note de Kinou :c'est moi qui ai rencontré Sungja et je suis disponible pour aider à renouer des liens entre les deux projets]

Sungja : Oui, c’est ça.

Emmanuelle : Elle était venue ici en 2014. On avait reçu Liberté 0 ici. Ils ont fait pas mal de confs, ils avaient un stand. Et donc vous, vous l’avez rencontrée au Festival Résistance à Foix l’an dernier.

Sungja : Oui. Il y a 2 ans (2014, NdT). Donc elle nous avait parlé de ce générateur de signes, de bandes dessinées et que ça pouvait être quelque chose à modifier, ça pouvait être une base sur laquelle partir pour faire ce générateur. Donc après, y a quelques graphistes qui font partie du projet, quelques développeurs. Ce qui nous manque ce serait vraiment une cinquantaine de signes pour que les développeurs puissent vraiment commencer, en fait, à faire quelque chose de beaucoup plus concret. C’est de la matière. Ce que je dis c’est ça, on aurait besoin de matière pour pouvoir commencer. Là on cherche des graphistes en priorités.

Emmanuelle : Appel. C’est vrai que dans les libristes, il n’y a pas trop de graphistes.

Sungja : Oui. Après, toutes les bonnes volontés sont les bienvenues, bien sûr.

Emmanuelle : Est-ce qu’il y a d’autres questions ?

Sungja : C’était clair ? Eh bien je vous remercie. Voilà.

Emmanuelle : Bonne chance à ce projet. On va essayer d’en parler un peu plus. Merci.

Applaudissements

20 February 2017

april.png Nouvelles April

Revue de presse de l'April pour la semaine 7 de l'année 2017

Le 20 February 2017 à 17:55:21

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 7

[Silicon] Linus Torvalds remballe les discours sur l’innovation

Par Jacques Cheminat, le vendredi 17 février 2017. Extrait:
> Connu pour son franc-parler, le fondateur de Linux considère les discours sur l’innovation technologique comme des foutaises.
Lien vers l'article original: http://www.silicon.fr/linus-torvalds-remballe-les-discours-sur-linnovation-168971.html

[Presse Citron] L’amélioration de notre économie passe avant tout par la quête de notre Souveraineté Numérique

Par Gaël Duval, le vendredi 17 février 2017. Extrait:
> Comment reprendre la main sur notre indépendance technologique et numérique, et quels en sont les enjeux?
Lien vers l'article original: http://www.presse-citron.net/lamelioration-de-economie-passe-quete-de-souverainete-numerique

Et aussi:
[FrenchWeb] La France et l’Europe doivent conquérir leur souveraineté numérique

[Le Monde Informatique] La ville de Munich abandonne officiellement Linux pour Windows

Par Martin Bayer, le jeudi 16 février 2017. Extrait:
> Le conseil municipal de Munich, en Bavière, a voté hier un retour à Windows sur les postes de travail de la ville. Depuis deux ans, des critiques s'élevaient sur l'utilisation de Linux et d'applications open source sur une grande partie du parc informatique municipal, alors que de nombreuses applications spécifiques utilisées par la ville fonctionnent sous Windows.
Lien vers l'article original: http://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-la-ville-de-munich-abandonne-effectivement-linux-pour-windows-67387.html

Et aussi:
[ZDNet] Munich: vers un retour du parc Linux sous Windows?
[NewZilla.net] Munich sur le point d’abandonner l’open-source
[Programmez!] Munich: Microsoft Office vs The Document Foundation, match retour

[Centre Presse] Le FabLab, comment ça marche?

Par Élisabeth Royez, le mercredi 15 février 2017. Extrait:
> Le FabLab des Usines nouvelles, à Ligugé, est ouvert à tous les publics, des simples curieux aux professionnels, autour de l'impression 3D, les drones, l'informatique, l'électronique, le bricolage...
Lien vers l'article original: http://www.centre-presse.fr/article-510363-le-fablab-comment-ca-marche.html

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

19 February 2017

bsibaud.png Benoît SIBAUD

LinuxFr.org : première quinzaine de février 2017

Le 19 February 2017 à 21:49:58

Soixante sixième épisode dans la communication entre les différents intervenants autour du site LinuxFr.org : l’idée est tenir tout le monde au courant de ce qui est fait par les rédacteurs, les admins, les modérateurs, les codeurs, les membres de l’association, etc.

L’actu résumée ([*] signifie une modification du sujet du courriel) :

Statistiques

  • 1459 commentaires publiés (dont 1 masqué depuis) ;
  • 215 tags posés ;
  • 87 comptes ouverts (dont 3 fermés depuis) ;
  • 49 entrées de forums publiées (dont une masquée depuis) ;
  • 16 dépêches publiées ;
  • 23 journaux publiés (dont 0 masqué depuis) ;
  • 3 entrées dans le système de suivi (dont 0 fermée depuis) ;
  • 0 sondage publié ;
  • 3 pages wiki publiées.

Listes de diffusion (hors pourriel)

Liste linuxfr-membres@ — [restreint]

  • R.A.S.

Liste meta@ - [restreint]

  • R.A.S. (visiblement j'ai oublié d'y faire suivre le résumé de la seconde quinzaine de janvier)

Liste moderateurs@ - [restreint]

  • [Modérateurs] Rien de neuf…

Liste prizes@ - [restreint]

  • [Prizes] LinuxFr prizes recap du samedi 4 février 2017, 10:44:13 (UTC+0100)

Liste redacteurs@ - [public]

  • R.A.S.

Liste team@ - [restreint]

  • [team linuxfr] FI - Livret Numérique - Soirée de présentation - 17/02
  • [team linuxfr] Participation à LinuxFr.org

Liste webmaster@ — [restreint]

  • [webmaster] compte ferme?

Canal IRC adminsys (résumé)

  • Mettre plus en avant le https, avoir du CSP, passer en jessie, avoir du http 2 via le nginx de jessie-backports
  • Sept commentaires perdus en base de données ont refait surface sur le site
  • Stretch en approche
  • Soirée contribution au libre du 16 février. Voir pour le 2 ou le 9 mars ensuite ? Et la soirée déc-ouverte du 7 mars ?
  • Planification de l'intervention au DC pour changement de disque
  • LinuxFr.org cité dans le rapport moral de l'April
  • Bot scanneur bloqué
  • Discussion sur le salaire moyen pour les emplois Linux
  • Du mieux côté nombre de HTTP 500 : il reste les IPFuckers, les pipoteurs d'AuthenticityToken et ceux qui veulent afficher nos pages en JSON
  • Quels sont les sites web qui proposent de l'écriture collaborative de dépêches ?
  • Habituelles mises à jour de sécurité

Tribune de rédaction (résumé)

  • signalement d'un souci de flou sur les avatars sur une mauvaise taille affichée, non reproduit
  • signalement d'un souci sur les crochets d'un hyperlien Wikipédia visible dans le sommaire d'une dépêche en rédaction

Tribune de modération (résumé)

  • gestion du spam
  • collision d'URL en modération suite à la migration utf8mb4
  • première soirée déc-ouverte le 8 février

Commits/pushs de code https://github.com/linuxfrorg/

  • Merge pull request #209 from tsacha/master
  • Remove external asset in Spasibo CSS
  • Fix 500 when putting a space after ```
  • Fix OAuth2 app administration
  • Fix collation issue in admin

Divers

  • toujours un disque dur HS à remplacer sur un des serveurs ;
  • déjà trois Soirées de contribution au Libre (merci Parinux) où LinuxFr.org est présent. À quand la prochaine ?
  • toujours à lister les différences détectées entre les schémas de base de données de test, de prod et fraîchement installées

Lire les commentaires

17 February 2017

april.png Nouvelles April

Sciences, Internet & Logiciel Libre - Elzen

Le 17 February 2017 à 18:55:38


Elzen

Titre : Sciences, Internet & Logiciel Libre
Intervenant : Sébastien “Elzen” Dufromentel
Lieu : Ubuntu Party - Paris
Date : Novembre 2016
Durée : 1 h 02 min 30
Vidéo de la conférence webm
Support de la présentation PDF
Licence de la transcription : Verbatim

Transcription

Elzen : Bonjour tout le monde. Je crois que je vais faire beaucoup de bruit en soufflant dans le micro. Je suis désolé.

Public : Mets un peu plus bas. Pas trop !

Elzen : Comme ça, ça va ?

Public : Nickel !

Elzen : Je disais bonjour tout le monde. Je vais donc vous parler aujourd’hui de : « Sciences, Internet et logiciel libre ». Pour la petite histoire, c’est la deuxième fois que je fais cette conf parce qu’en fait, je l’ai préparée le mois dernier pour la Fête de la science. Et puis les gens de l’Ubuntu Party m’ont demandé de venir faire une conf ici ; je n’avais pas spécialement le temps de préparer, je me suis dis « Fête de la science, Cité des sciences, ça va à peu près ensemble, on va reprendre la même. » Donc voilà. Je vais vous parler de sciences, d’Internet et de logiciel libre.

De quoi on va parler un peu plus précisément que ça ? Je ne détaille pas le plan, on verra au fur et à mesure. C’est une conf dans laquelle je vais vous demander votre avis à plusieurs reprises en cours de route, assez rapidement. La dernière fois on a fait plein de discussions en cours de route et puis, finalement, la conf a pris deux heures. Là, on n’a qu’un créneau d’une heure, on va peut-être faire un peu plus court, mais ça devrait aller. Je vais vous demander votre avis pour la première fois sur qu’est-ce que le mot science veut dire d’après vous ? Le mot science, comment vous définiriez ça ? Il y a quelqu’un qui a envie d'essayer de répondre ?

Public : C’est tout simplement la recherche de nouveautés dans tous les domaines : médical, informatique ou autres, mathématique.

Public : Tout autre. Ça respecte la déontologie et puis, on va dire, structurer.

Elzen : C’est bien. Vous êtes déjà sur la même longueur d’onde que moi, tout va bien. En général, quand on demande la définition du mot science, il y a, à peu près, quatre définitions qui reviennent fréquemment. D’ailleurs, j’ai oublié de changer de tee-shirt, à ce moment-là :

  • ensemble des connaissances d’une personne et d’une société. Donc la science de telle région du monde, à telle époque. Par exemple quand on dit : « Arrête d'étaler ta science ? », ce genre de choses ;
  • l’ensemble des applications qui sont issues de cette connaissance ;
  • on peut aussi utiliser le mot science pour parler de l’institution scientifique. Donc l’ensemble des gens qui font de la science ;
  • et puis c’est une démarche d’obtention des connaissances. Normalement je porte un tee-shirt avec ce joli petit logo dessus Stand back, I'm going to try science. Donc ce dont je veux vous parler ici, c’est ce dernier point donc la démarche d’obtention des connaissances.

C’est une démarche, comme ces messieurs l’ont dit, qui est soumise à certaines règles de déontologie, entre autres, pour bien fonctionner. En particulier, il y a quatre piliers de la démarche scientifique qui sont, d’abord, le scepticisme initial sur les faits et leurs interprétations. C’est-à-dire qu’on ne prend rien pour définitivement acquis. Il est toujours possible que les découvertes ultérieures viennent remettre en cause ce qu’on connaissait avant. Donc le plus important est de ne jamais arrêter de se questionner, comme disait un certain monsieur Albert Einstein. Donc la science est, par nature, le contraire du dogmatisme. On remet toujours, systématiquement, en cause tout ce qui a déjà été fait, y compris par nous.

Le deuxième point, c’est le matérialisme de méthode. C’est-à-dire que la façon dont on fait de la science, faire de la science, le principe général, c’est appuyer sur les choses et regarder comment elles régissent. Donc, par définition, on ne peut faire de la science que sur les choses sur lesquelles on peut appuyer. On parle régulièrement des conflits possibles entre science et religion. La religion, le concept de dieu, par définition, c’est un truc sur lequel on ne peut pas appuyer. Donc, avec la science, on ne peut pas travailler avec. On ne s’y oppose pas, juste ce sont deux domaines différents.

Le troisième point c’est le réalisme. Le réalisme, c’est l’hypothèse selon laquelle il existe une réalité matérielle qui va se manifester de la même manière à tout le monde. C’est-à-dire qu’on travaille en appuyant sur les choses et on regarde comment elles réagissent et on fait le pari que quelle que soit la personne qui va appuyer sur la chose, si on appuie de la même manière, la réaction sera la même.

Et le dernier pilier, c’est le fait de se conformer à la logique et au principe de parcimonie. Donc on construit des raisonnements qui doivent tenir la route. Et le principe de parcimonie, c’est un principe d’économie d’hypothèse. Ça veut dire que si on peut expliquer la même chose, avec le même degré de fiabilité, de deux manières différentes, mais qu’il y en a une qui est plus simple que l’autre, on va préférer celle qui est la plus simple.

Voilà ! Donc ça ce sont les quatre piliers de la démarche scientifique. Et il y a un point aussi qui est important à souligner, c’est que la démarche scientifique sert à produire des données. Vous avez déjà un exemple que j’aime bien prendre. Vous avez déjà probablement tous entendu, quand vous étiez enfant, tout ça, qu’il ne faut pas laisser les bouteilles traîner par terre parce que le verre met 4 000 ans à se décomposer. Si vous vous êtes déjà demandé quel est le lien logique entre les deux propositions, vous avez tout à fait raison. On ne dit pas qu’il pas qu’il ne faut pas laisser les bouteilles traîner parce que le verre met 4 000 ans à se décomposer. Si on ne dit que ça, il manque un morceau. Le morceau qui manque c’est : on a l’intention que les gens qui passeront le lendemain ne trouvent pas les déchets. C’est un point extrêmement important ça, parce que c’est le point de la responsabilité citoyenne, de la démarche collective, et de l’usage qu’on fait de la donnée scientifique. Le point fondamental, dans cette histoire-là, c’est celui qu’on ne dit pas. C’est celui qu’on veut que les gens trouvent l’endroit dans le même état le lendemain. Le fait que le verre mette 4 000 ans à se décomposer, c’est une donnée. C’est un truc qu’on utilise pour prendre la décision, mais ce n’est pas ça qui motive la décision. Quand vous avez des gens qui viennent vous dire : « La science dit que machin, donc il faut faire comme ça », il manque toujours une étape et c’est cette étape-là qui est la plus importante. C’est : quel est l’objectif ? Pourquoi on prend cette décision-là ? La donnée scientifique est une donnée qui ne sert pas à prendre la décision par elle-même. On s’appuie sur les données pour prendre les décisions, mais les données sont le fruit d’une volonté politique qu’on met en plus.

Maintenant, la science au quotidien, comment ça marche ? L’exemple que je donne régulièrement, je pense que les gens qui étaient à ma conférence il y a six mois ont déjà dû voir ça. Ça c’est l’arbre de la vie tel qu’on le dessinait à l’époque de M. Charles Darwin, l’arbre des relations entre les différentes espèces, avec un tronc qui montait vers le haut, avec l’homme tout en haut, au sommet de l’évolution, et plein de branches, de trucs primitifs derrière. Ça c’est l’arbre de la vie comme on le dessine maintenant, qui part dans toutes les directions. Si vous cherchez l’homme, c’est un petit point quelque part par là, parmi plein d’autres. Il n’y a pas un sommet de l’évolution. Ça, c’est un exemple que je donne assez régulièrement pour montrer le fait que la démarche scientifique n’est jamais quelque chose de figé. On va perpétuellement travailler, retravailler ce qui a été fait. Donc l’activité scientifique au quotidien c’est lire ce que les autres scientifiques ont publié. Ils vont proposer des manips pour prouver ce qu’ils avancent, on va refaire les manips pour vérifier si c’est bon ou pas. On va trouver des trucs qui ne vont pas, qui peuvent être améliorés. Donc on va proposer des choses pour les améliorer. On va faire de nouvelles manips pour montrer, pour vérifier que les améliorations sont bien puis, ensuite, on va publier les résultats. Ça c’est l’activité de chercheur au quotidien.

Publier les résultats, à l’époque, enfin pendant longtemps ça se faisait sur papier. Maintenant on a un truc un peu génial qui s’appelle Internet, donc ça va être mon point suivant.

Est-ce que vous savez d’où vient Internet ?

Public : L’armée américaine.

Elzen : Alors, l’armée américaine. On entend souvent dire ça, que ça aurait été une invention de l’armée américaine. En fait, ce n’est pas vrai : ça a été commandité par l’armée américaine. Ça a été commandité par l’armée américaine qui voulait un réseau qui soit indestructible : le petit oiseau blindé, là, l’armure. Mais les gens qui ont vraiment fabriqué Internet c’étaient des scientifiques dans les universités américaines, c’étaient des gros hippies, et ce qui les intéressait là-dedans c’est qu’ils ont réfléchi deux secondes et qu’ils se sont dit que indestructible ça veut dire incontrôlable. S’il n’y a pas moyen de détruire la chose, il n’y a pas moyen de faire pression dessus pour faire des saletés avec. Et c’est ça qui est le point fondamental d’Internet. Ça a été réclamé par des militaires pour un truc indestructible mais, de fait, si c’est indestructible, ça a la possibilité de devenir un énorme espace de liberté.

Maintenant, comment est-ce que ça marche tout ça ? Alors pas comme ça. Ça c’est le réseau à l’ancienne, comme on en fait depuis qu’on a suffisamment d’ordinateurs pour les brancher les uns sur les autres. Je ne sais pas si ça se voit bien, ces petites machines-là sont des Minitels, parce que c’est exactement comme ça que ce réseau-là fonctionnait. Les réseaux à l’ancienne, on a un gros serveur au centre qui fait tout, qui gère tout, et tous les terminaux autour, tous les petits ordinateurs qu’on a en périphérie du réseau sont des trucs fondamentalement bêtes, qui ne servent qu’à se connecter au truc central. Ça, évidemment, sur le côté indestructible, c’est nul ! Il suffit d’attaquer le truc au milieu et il n’y a plus rien qui marche !

Donc, pour faire Internet, on a décidé de faire exactement le contraire et donc on a fait ça. Donc le principe d’Internet, c’est que toutes les machines intelligentes sont en périphérie du réseau et il n’y a pas de machine au centre. Au centre, il n’y a que des câbles. Ce n’est pas vrai. En vrai, il y a des machines au centre aussi, mais leur rôle est simplement de transférer l’information du point A au point B et d’être totalement transparentes. Le but du jeu est qu’on fait comme si ces machines n’existaient pas, comme si c’était juste des câbles. Le but, c’est juste de transférer l’information du point A au point B et toute l’intelligence est autour. Le réseau lui-même est bête. Ça, c’est ce qui change fondamentalement par rapport au réseau à l’ancienne et c’est ce qui fait qu’Internet est indestructible et donc incontrôlable. En théorie. Maintenant, on va voir sur le papier, il y a des choses à redire, mais on va en parler.

Maintenant comment ça marche ? Attention je vais vous montrer une slide super technique. Donc vous retrouvez mon bazar de câbles derrière, c’est devenu des rails, et toutes les informations qui doivent circuler sur ces rails donc sur les câbles d’Internet, [les gens qui sont derrière, si vous voulez venir vous asseoir il y reste des places], donc toutes les informations qui doivent circuler sont découpées en petits paquets et on envoie ces petits paquets sur le réseau. On a ce qu’on appelle des adresses IP. Ce sont des suites de nombres, comme ça, avec des points ou avec des deux points si on prend la version récente, qui servent à identifier les machines et on envoie des tas de paquets sur le réseau qui vont aller d’une machine à une autre. Voilà ! Internet, ça marche globalement comme ça. C’était une slide super technique, je vous avais prévenus.

Maintenant, qu’est-ce que ça apporte Internet au juste ? Je ne sais pas si cette slide-là passe très bien, on ne comprend pas toujours du premier coup d’œil. Mais là, ce que je vous montre, mine de rien, ce sont les trois grandes révolutions de l’humanité. La première, c’était il y a à peu près 5 000 ans, c’est quand on a inventé un truc qui s’appelait l’écriture. Vous savez, avant, quand on voulait des infos, on était obligé de tout retenir de tête et si je voulais transmettre l’info à quelqu’un, j’étais obligé d'aller lui parler et de m’assurer qu’il retienne tout, parce qu’il n’y avait aucun moyen de noter.

Première grande révolution, c’est quand on a commencé à pouvoir écrire des choses. Ce qui voulait dire que je pouvais mettre les choses sur papier, poser le papier quelque part et puis la personne qui venait après pouvait lire le papier, pouvait accéder à l’information sans que je sois présent. Ça, au niveau de notre rapport aux connaissances, ça change énormément de choses, déjà.

La deuxième grande révolution, alors c’était un peu plus récent, c’était il y a 500 ans – 5 000 ans c’est vieux on ne se rappelle pas forcément, 500 ans c’était hier, ça va – ça s’appelle l’imprimerie. Ce qui change fondamentalement, c’est que quand qu’on a inventé l’écriture, eh bien il faut quand même écrire, à la main ça prend du temps. Je ne sais pas si vous vous rendez compte, mais les bouquins qui circulaient le plus à l’époque c’était les trucs genre la Bible, c’est très long à recopier. L’imprimerie permet de produire des quantités phénoménales de texte en très peu de temps, donc permet de produire du texte en masse et ça, ça change fondamentalement les choses, parce que ça permet à l’ensemble de la population de lire. Ça permet à tout le monde d’accéder à l’information et de lire mais, il y a un mais qui est absolument capital, une presse à imprimer ça coûte cher, ce n’est pas à la portée de tout le monde, il n’y a que quelques personnes qui vont pouvoir décider ce qu’on va pouvoir écrire. Et donc ça, ça nous crée une société extrêmement verticale, qu’on va retrouver dans les autres modèles ensuite, y compris la télévision, surtout la télévision, où on a quelques personnes qui décident ce qui va être diffusé et toute la population, derrière, qui ne peut que accéder à l’information et qui n’a pas son mot à dire sur ce qu’on va diffuser. Donc ça, société très verticale : quelques personnes décident, tout le reste suit !

Ce qui change fondamentalement avec la troisième grande révolution de l’humanité qui est en train de se jouer en ce moment qui est le numérique et Internet, c’est que Internet, on l’a dit, l’intelligence est à la périphérie : tout le monde peut monter une machine et mettre du contenu à disposition. Internet, c’est donner la possibilité à tout le monde d’écrire. C’est-à-dire qu’un concept qui est assez intéressant qui s’appelle la liberté d’expression, avant le numérique, avant Internet ça n’avait pas de sens. Ça n’avait pas de sens parce qu’il y avait d’énormes barrières à l’entrée pour permettre aux gens d’écrire. Maintenant, si vous voulez tenir un blog, vous pouvez le faire sans problème. C’est ça la troisième grande révolution de l’humanité, c’est qu’on est en train de mettre en place un système dans lequel tout le monde a le droit à la parole. Donc un système qui va être beaucoup plus égalitaire. Qui va être, qui ne l’est pas encore, parce qu’on a encore les réflexes d’avant, on a encore beaucoup de choses à changer, mais on est dans la troisième grande révolution de l’humanité qui est en train de se jouer en ce moment. C’est assez intéressant à noter et ça permet des jolis trucs comme ça où se met à travailler tous ensemble, tout le monde travaille ensemble partout sur la terre – belles images de promo, je l’ai trouvée sur un moteur de recherche en deux minutes – mais, pour arriver à faire ce genre de choses, il y a quand même une nécessité c’est qu’il faut qu’on arrive à communiquer tous ensemble. Vous connaissez l’histoire de la tour de Babel : les gens ont commencé à construire leur truc, tout ça, et puis les dieux n’étaient pas d’accord. Alors ils ont dit : « On va leur faire parler plein de langues différentes, comme ça ils ne se comprendront plus, le projet va s’arrêter. »

Le principe c’est un peu le contraire, c’est que si on veut que tout le monde réussisse à faire les choses ensemble, il va falloir qu’on se débrouille pour que au moins les machines parlent la même langue. Les humains, on s’arrangera, mais les machines, au moins, doivent pouvoir se comprendre. C’est là qu’intervient notre troisième larron. Donc on a fait sciences, Internet, maintenant le logiciel libre.

Alors le logiciel libre, d’où ça vient ? À l’origine, l’informatique était une discipline universitaire. Les premières licences de systèmes d’exploitation, par exemple, c’était un truc qui coûtait un bras, mais c’était payé par votre labo parce que si vous vouliez bosser dessus, c’est que vous étiez dans une fac, donc le labo prenait en charge. Vous aviez toutes les infos dont vous aviez besoin, et puis voilà. Donc c’était comme ça que l’informatique s’est beaucoup développée au début. C’était ce qu’on appelle libre de fait, c’est-à-dire que ce n’était pas libre en droit, mais on faisait comme si c’était, donc tput le monde utilisait sans problème.

Et puis un jour, il s’est passé une petite chose, c’est que ce monsieur-là qui s’appelle Richard Stallman, c’est un informaticien américain, un jour il a eu un souci avec son imprimante. Il savait parfaitement ce qu’il fallait faire pour corriger la chose. Il avait juste à aller prendre un pilote, changer un bout de code et puis ça marchait. Donc il a essayé de le faire et il s’est rendu compte qu’il n’avait pas ce qu’on appelle le code source, donc les infos qui permettent de modifier la façon dont l’imprimante peut réagir. Et il s’est dit que ça c’était très grave. On lui avait vendu un matériel avec le logiciel qui allait avec, on ne lui avait pas donné les infos qui lui permettaient de modifier les choses comme il en avait besoin. Il s’est dit que ce serait bête si ça devenait le seul modèle possible et donc il a fondé la Fondation pour le logiciel libre1, dont le but est de faire en sorte que tous les usages qu’on puisse faire de l’ordinateur, on puisse y arriver avec du logiciel libre, donc en ayant complètement la main dessus.

Logiciel libre est-ce que vous savez ce que ça veut dire ? Est-ce que vous savez ce qu’on met derrière ce terme de logiciel libre ?

Public : Utilisation libre, bien sûr.

Public : le code !

Public : Le code source est libre.

Elzen : Ce sont quatre points, qu’on appelle les quatre libertés fondamentales qui sont ici présentées :

  • La possibilité d’utiliser le logiciel sans autres restrictions que celles qui sont posées par la loi. C’est-à-dire que ce n’est pas à la personne qui fait le logiciel de vous dire « ça vous avez le droit de le faire ou pas ». La seule personne qui a le droit de vous dire « ça vous avez le droit de le faire ou pas », c’est la personne qui fait les lois, c’est le législateur, c’est tout.
  • Deuxième liberté : étudier le logiciel, donc avoir accès au code source, pouvoir le lire, pouvoir voir comment ça marche pour progresser, pour vérifier qu’il marche bien, vérifier qu’il n’y a pas de saletés copiées dedans.
  • Liberté 2, oui 2, parce qu’en informatique on commence à compter à 0, c’est une petite habitude : modifier le logiciel. Vous repérez quelque chose qui ne va pas dans un logiciel, vous devez avoir le droit de le modifier vous-même. Et si vous n’avez pas les compétences pour ça, vous devez avoir le droit d’engager quelqu’un pour faire les modifications pour vous. Ça permet d’ajouter des fonctionnalités. Vous vous dites que ce truc-là il est génial, mais il manque un bouton pour faire ça, vous pouvez ajouter le bouton. Si vous trouvez, là il y a une faille, là il y a un gros souci de sécurité par exemple, vous avez le droit de la corriger.
  • Et puis, liberté 3 : partager le logiciel, donc soit le logiciel tel quel, comme vous l’avez eu, soit les modifications que vous avez dessus, vous avez le droit de les rediffuser.

Point important : il y a des gens qui ont souvent l’image du logiciel libre c’est forcément gratuit, ce n’est pas vrai. La liberté 3 dit explicitement : « Si vous avez le logiciel, vous devez pouvoir avoir le droit de le vendre ». Pourquoi ? Parce que mettre du logiciel à disposition, ça a un coût. Si j’imprime sur des CD et que je distribue les CD, ils m’ont coûté quelque chose. Donc j’ai le droit de demander… C’est pour ça qu’à la boutique là-bas, les DVD d’Ubuntu sont en vente pour un euro. C’est à peu près ce que ça nous a coûté, plus ou moins. Donc voilà. Ça ce sont ce qu’on appelle les quatre libertés fondamentales qui définissent ce que c’est qu’un logiciel libre. S’il y a un seul point qui n’est pas entièrement validé, le logiciel n’est pas libre et c’est un problème.

Donc ces quatre points : utiliser, étudier, modifier, partager, si vous avez suivi un peu ce que j’ai dit au début, ça doit vous rappeler un petit quelque chose. Non ? L’activité scientifique. On a dit : c’est important du fait que produire des données, c’est la société qui décide ce qu’on va en faire, tout le monde est libre de les utiliser. Et puis notre boulot quotidien, étudier les publications des autres, proposer des modifications et puis, ensuite, republier derrière. Ce n’est pas pour rien, en fait, que ce sont des universitaires qui ont inventé le concept de logiciel libre à la base, parce que c’est ce qu’on a déjà l’habitude de faire. Science et logiciel libre, ça marche de la même manière.

Ça marche pour la science, ça marche pour le logiciel libre, à votre avis est-ce que ça marche pour Internet ? Voilà. Vous avez un accès à Internet, normalement on n’a pas le droit de vous dire « sur ce site-là vous avez le droit d’aller, pas sur celui-là », par exemple. Ce n’est pas à la personne qui vous fournit l’accès à Internet de décider ça, normalement.

Vous devez pouvoir étudier comment marche Internet. Ouais !

Normalement vous devez pouvoir partager votre accès. Il y a des gens qui viennent chez vous, c’est bien de leur filer la clef de votre Wi-fi.

Modifier. Modifier l’état du réseau, qu’est-ce que ça veut dire ? Modifier Internet ? Quand vous montez votre blog, vous ajoutez du contenu qui va ensuite être accessible : c’est vrai, vous modifiez Internet ; vous ajoutez du contenu. Exactement de la même manière qu’on peut ajouter une fonctionnalité dans un logiciel. C’est quelque chose qui est absolument essentiel, ça, puisque c’est la façon dont Internet est censé fonctionner.

Public : Sauf si on veut enlever des trucs sur Internet. C’est un peu compliqué parfois !

Elzen : Enlever des choses sur Internet c’est un peu plus compliqué parce que quand c’est à d’autres endroits. On va en reparler juste après. Et voilà, ces quatre points-là, c’est la base et ça forme la base de ce qu’on va appeler la neutralité du réseau dont je vais vous reparler un peu après. Donc ce sont les points principaux. On voit que la logique de fonctionnement est la même dans les trois cas. Quand je vous dis « je fais une conf pour dire que c’est la même chose », voilà ! Je n’ai pas besoin d’aller chercher très loin.

Et puis pourquoi je vous parle d’Internet assez souvent dans un truc qui est dédié au logiciel libre ? Parce que Internet et le logiciel libre c’est la même chose. Internet est apparu parce qu’il y avait du logiciel libre et le logiciel libre est apparu parce qu’il y avait Internet. C’est un peu bizarre dit comme ça, mais si on ne peut pas avoir l'accès aux sources, pouvoir s’envoyer des logiciels et la façon dont ils fonctionnent d’un bout à l’autre du monde, eh bien c’est plus dur de pouvoir bosser ensemble. Si on doit recopier le code sur papier et l’envoyer par courrier postal, c’est beaucoup plus dur !

Et puis, de l’autre côté, Internet fonctionne parce que c’est basé sur des technologies libres et il faut savoir que c’est basé sur des technologies libres dans tous les systèmes. C’est-à-dire que même si vous utilisez Windows, si vous utilisez Mac OS, le bout de logiciel qui fait la couche réseau, c’est du code libre. C’est le même code qu’on va retrouver partout, partie langage, tout le monde doit parler de la même chose. Si ce n’était pas libre, ça veut dire si on nous mettait des freins pour comprendre la façon dont ça marche, ça ne pourrait pas marcher. Donc les deux marchent parce que les deux sont constitués de la même manière et sont complémentaires.

Quand on parle du concept de Libre, on est un peu sorti du logiciel depuis. Un exemple qui revient très souvent c’est celui de Wikipédia. Le but de Wikipédia c’est de prendre toute l’information et de la mettre à disposition de tout le monde. Faire l’inventaire de toutes les connaissances de l’humanité en ce moment et les mettre à disposition de tout le monde, l’idée n’est pas nouvelle. Est-ce que vous savez d’où vient cette idée-là ? Un des premiers grands travaux qui ont été réalisés dans ce domaine-là, de mon point de vue, c’est l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, c’est exactement le même principe. On prend toutes les connaissances actuelles et on les met à disposition de tout le monde.

Quand je vous parlais de la démarche scientifique, du fait qu’on relit ce qu’ont fait les autres et on repère s’il y a des erreurs et, s’il y a des erreurs, on propose des choses pour les corriger. Eh bien sur Wikipédia, c’est quelque chose qui est permanent. Toute personne a accès en lecture à Wikipédia et peut ensuite repérer des erreurs, s’il y en a, et venir les corriger. Donc d’un point de vue scientifique, c’est du peer review permanent. C’est remise en question permanente et vérification par tout le monde. Grande importance des sources. Oui, si vous affirmez quelque chose, il faut dire d’où vient l’affirmation, il faut dire sur quoi vous vous basez pour dire ça, et puis il y a un effort qui est fait de neutralité. Donc l’activité d’utilisation de Wikipédia et l’activité scientifique ça marche de la même manière. C’est le truc qui est assez impressionnant. Mais après, Wikipédia c’est un bon exemple mais ça ne fait pas tout.

Donc quelques petits exemples de choses qui peuvent être importantes à garder à l’esprit : vos petits réseaux de neurones pour avoir des informations sympas. Vous avez Wikipédia, vous avez OpenStreetMap2 qui fait de la cartographie en libre ; vous avez Open Food Facts3, ils ont un stand juste à côté, ce sont des gens qui font une base de données libre de tous les produits alimentaires qu’on trouve dans les magasins, qui vous permet de repérer, dans ce que vous achetez, de repérer les ingrédients, savoir ce qu’il y a dedans. C’est une chose assez intéressante. Ce joli petit logo-là c’est celui de Mémoire Politique, Memopol4, c’est un logiciel qui est développé par La Quadrature du Net, qui a son stand à côté aussi, qui sert à référencer l’activité de tous vos députés, tout ce sur quoi ils ont voté. Actuellement il y a le Memopol de La QuadratureMemopol de La Quadrature qui tourne, qui va s’intéresser à tous les sujets de La Quadrature. Le but du jeu ce serait que d’autres associations qui ont d’autres objectifs mettent en place leurs propres Memopols pour faire le même suivi sur leurs sujets à eux, pour qu’on puisse, comme ça, avoir beaucoup plus d’informations de la même manière que là, plein de petits neurones, et puis on collecte ensemble et puis on va chercher l’information qui va bien où il faut.

Les deux autres. Bons-constructeurs-ordinateurs5, c’est un site qui vous repère, qui vous indique, quand vous achetez un ordinateur, si vous allez pouvoir l’acheter sans Windows ou vous faire rembourser le Windows qui est dedans qu’on vous force à payer, c’est illégal, par exemple. Ça c’est RespectMyNet.eu6, c’est un site qui référence toutes les entorses à la neutralité du net donc, tout ce que font les fournisseurs d'accès à Internet qui n’est pas bien.

Et donc voilà, quelques exemples comme ça, piochés parmi beaucoup d’autres, et tout ça est en lien avec le concept général d’éducation populaire. C’est le truc principal. Pour les gens qui se demandent pourquoi j’ai mis un poireau à côté de l’éducation populaire, ça veut dire qu’il faut que vous alliez voir les conférences de Franck Lepage7. Je n’en dirai pas plus !

Mais donc ça, tout ça, c’est important de contribuer à ces choses-là, mais ça c’est aller contribuer ailleurs. On a dit le principe fondamental d’Internet c’est que ça vous permet aussi de diffuser de l’information vous-même. Donc un truc qui est important, ce n’est pas seulement d’aller contribuer aux réserves de savoir qui sont ailleurs, mais de monter la vôtre. Donc que chacun amène sa propre brique et tous ensemble on construise Internet.

Donc une Brique internet8, ce joli petit machin-là, en rouge ici, c’est un mini serveur, c’est quelque chose qui va vous permettre si vous voulez, vous achetez la Brique, vous la branchez juste, et dessus vous pouvez avoir vos mails qui arrivent directement là plutôt que d’être chez Google, chez Yahoo, chez machin, vos mails arrivent directement sur la brique ; vous pouvez les consulter là. Vous pouvez avoir votre blog qui est hébergé là-dessus. Donc ça c’est un truc qui vous permet d’héberger tout ce dont vous avez besoin, directement, super simplement. Si le truc vous intéresse, si vous êtes de Paris vous allez voir les gens de Franciliens.net9, je ne sais pas s’ils ont un stand à côté, mais il y a probablement des gens de Franciliens dans le coin. Donc ce petit truc absolument génial vous permet d’avoir un internet neutre sur lequel vous avez vos propres services qui sont mis à disposition directement. Voilà, ça c’était la minute pub, on pourra en reparler si vous voulez.

Qu’est-ce que je voulais dire après ? Pourquoi c’est important ce genre de truc ? Ça, c’est une version simplifiée de mon grand bazar de câbles de tout à l’heure. Cette fois-ci, j’ai fait apparaître quelques-unes des machines au milieu. Là vous avez les machines de votre réseau local : votre ordinateur fixe, votre portable, etc., qui sont tous, à priori, connectés à votre box, connectée à Internet. Votre box et toutes les autres box de votre fournisseur d’accès sont connectées à ses serveurs à lui, et puis ça, tout ça, ça fait un réseau. C’est le réseau d’un opérateur, de votre fournisseur d’accès. Ce réseau-là est connecté par ce qu’on appelle des points d’interconnexion, donc des points d’interconnexion, basiquement, ce sont de grosses multiprises, les différents opérateurs viennent se brancher les uns sur les autres. Donc les réseaux des différents opérateurs sont connectés les uns aux autres et c’est comme ça qu’on fait Internet.

Si vous vous êtes demandé ce que c’était que ce nom bizarre, Internet, c’est de l’anglais, ça veut dire interconnection of networks, c’est-à-dire une interconnexion de réseaux. À partir du moment où on prend plusieurs réseaux et qu’on les branche les uns sur les autres, ça fait Internet. Et ce qui est très important de voir sur cette slide, c’est que tout ça, là, c’est la partie dont je parlais tout à l’heure, du grand bazar de câbles qui est fait pour être totalement transparent et que l’information, une fois va passer par un côté, une fois va passer par un autre, etc. Mais il y a un point par lequel vous passerez toujours, c’est celui de votre fournisseur d’accès. C’est lui qui fait l’interface entre vous et le reste du monde. Donc si lui se met à faire des bêtises, forcément ça vous impacte. Et des bêtises, malheureusement, les gros fournisseurs d’accès à Internet, enfin les quatre gros, Orange, Free, Bouygues et SFR, eh bien des bêtises, ils en font plein !

Exemple de bêtise classique : les adresses IP. Je vous ai dit l’adresse IP c’est ce qui sert identifier une machine sur le réseau. Eh bien vous avez des fournisseurs, typiquement un dont le nom est une couleur, qui vous donnent une IP dynamique. C’est-à-dire que votre adresse IP, le truc qui sert à vous identifier sur le réseau, va changer régulièrement. Imaginez ce qui se passerait si on voulait vous envoyer un courrier et que votre adresse postale changeait tous les jours ! Ce ne serait pas très pratique ! Eh bien là, c’est exactement le même principe. Ça, ça avait une justification à une époque, qui était un peu bancale, mais qui pouvait tenir ; maintenant ça n’en a plus aucune. C’est un truc qui n’a aucune justification technique, mais qui vous empêche de faire des choses, typiquement d’avoir un serveur chez vous, parce que si le serveur a une adresse qui change, on ne peut pas le trouver. Donc ce sont des choses, ils n’ont aucune raison technique de les faire, mais ça pose problème à leurs abonnés. C’est quelque chose d’assez curieux.

Même chose, les ports bloqués. Si vous voulez monter un serveur mails chez vous, pour pouvoir envoyer des mails directement depuis chez vous, la machine qui les gère est chez vous, chez les gros fournisseurs d’accès du commerce, il y a un truc dans la box qui va vous dire « non, ça je ne laisse pas passer ». C’est assez problématique !

Un autre exemple de problématique : j’ai une petite boîte noire là-haut, les gros opérateurs ne s’en cachent pas en plus, surveillent l’activité de leurs clients. On a eu un exemple, il y a un an ou deux, de clients de SFR qui se posaient la question de savoir s’ils n’allaient pas passer chez un concurrent et justement, à ce moment-là, comme par hasard, ils reçoivent un mail qui leur dit : « Rengagez-vous pour tant de temps et on vous fait telle promo, machin tout ça ». Et en fait, ça a fuité, c’est devenu assez officiel que SFR a un petit robot qui surveille toutes les connexions de tous leurs clients et dès qu’il repère qu’il y a un client qui se connecte un peu trop sur le site d’Orange, sur le site de Free, etc., lui envoie le truc. Ce que vous faites sur Internet est surveillé par la personne qui… C’est problématique ça, quand même, concernant la vie privée, tout ça. Des exemples comme ça, j’en ai des tas, je n’ai pas le temps de tout détailler.

Un autre problème majeur, c’est celui de l’Internet à deux vitesses. C’est-à-dire que vous avez des trucs qui vont consommer énormément de bande passante, genre Netflix, tout le temps, genre Google, avec YouTube. Les fournisseurs d’accès, ça peut les gêner un peu d’avoir plein de trafic à gérer. Eh bien, une solution qu’ils ont trouvée, qui est assez originale, c’est de dire « on fait payer l’abonné d’un côté pour qu’il puisse accéder à ces sites-là et puis, de l’autre côté, on fait payer les gens qui gèrent ces sites-là pour qu’on leur garantisse du bon trafic ». Donc ils sont au milieu et ils se font payer des deux côtés. C’est assez intéressant comme position ! Ceux qui veulent produire de l’information sont obligés de travailler bénévolement ou de payer ou de faire des choses comme ça pour l’opérateur et ceux qui veulent accéder à l’information doivent payer aussi.

Ça c’est un truc qu’on connaissait déjà dans le monde scientifique, je vous dis je fais des parallèles entre les deux. Dans le monde scientifique, si vous voulez publier un article, on ne vous fait pas forcément payer la publication dans le journal, mais si vous publiez dans une conférence par exemple, vous payez pour aller à la conférence, et puis les gens qui relisent – activité de peer review permanente, tous les papiers qui sont publiés ont été relus et validés par d’autres scientifiques – eh bien les gens qui valident les papiers ne sont pas payés par les gens qui gèrent les journaux. Donc on travaille pour eux bénévolement d’un côté, et de l’autre, si on veut accéder à l’information, c’est-à-dire si on veut prendre le journal et le lire, on paye, très cher. Donc c’est exactement le même modèle de la personne qui est au milieu et qui, juste, fait passer l’info d’un côté à l’autre et se fait payer des deux cotés pour ça. C’est le même problème !

Cette image vient d’une petite vidéo que vous trouverez sur le site PHD Comics10, je vous passerai l’adresse après si vous voulez, c’est une petite vidéo qui explique la problématique de l’open access, donc l’accès ouvert à l’information scientifique, qui est un truc très lié au concept du logiciel libre et qui est extrêmement important. Voilà.

Et puis, tout ça pour dire que la grande question fondamentale qui est derrière, c’est : qui décide ? Parce que vous avez des gens qui ont une vision du monde dans laquelle il y a quelques entités, en haut, qui vont prendre les décisions et puis l’ensemble de la population n’aurait qu’à suivre. Un portrait vertical. Là-haut, dans les étoiles, il y a ces cinq-là qui gouvernent et puis nous, on ne peut que se se plier devant ça.

C’est marrant parce que ce modèle-là me rappelle quelque chose, aussi. Je ne sais pas. Il y a de gens, ici, qui lisent leur horoscope ? Je trolle un peu mais c’est exactement le même principe. Il y aurait des décisions qui se prendraient quelque part, là-haut dans les étoiles, et nous on ne pourrait que suivre.

Ça c’est l’horoscope tel qu’on le dessine. On ne voit pas bien du tout la slide sur l’écran, il faudra que je change ça, mais voilà ! Ça c’est pour vous dire l’horoscope, est-ce que vous savez ce que ça veut dire, ce qu’est censé représenter votre signe ?

Public : Les planètes.

Elzen : Pardon ?

Public: Les planètes.

Elzen : Non. Ça n’a pas à voir avec les planètes. En fait, il y a plein de constellations dans le ciel. Une constellation c’est un dessin qu’on va tracer des étoiles. Et donc il y en a un certain nombre qui sont à peu près dans le même plan que celui de la révolution de la terre autour du soleil et donc vous avez sur terre, à chaque fois, vous avez le soleil qui est devant une autre constellation. Ça tourne comme ça et normalement, votre signe du zodiaque, ça représente la constellation devant laquelle se trouvait le soleil au moment où vous êtes né.

Petit truc qu’on ne vous dit pas dans les horoscopes des journaux. On vous dit douze signes et puis qui durent, à peu près, chacun, il y a douze mois dans l’année, douze signes c’est très bien. En vrai, le soleil passe devant treize signes et passe des durées qui sont très variables. Typiquement, devant la Vierge, il reste 45 jours, je crois, un mois et demi, devant le Scorpion il reste dix jours. Donc voilà. C’est ce genre de petit détail-là, ce sont des trucs intéressants à prendre en compte quand on essaie de vérifier la validité de ce genre de système.

Autre petit point important, alors ce n’est pas une constellation du zodiaque, mais je l’aime bien celle-là, elle est facile à repérer, elle doit se lever vers minuit en ce moment, c’est Orion. Regardez ici les trois étoiles principales d’Orion, donc Bételgeuse, Rigel et Bellatrix. Si on essaie de repérer à quelle distance elles sont de la terre, vous savez on dit on va faire un beau dessin dans le ciel et puis ça représente ça et donc ça veut dire ça. Si on regarde la distance, Bellatrix est à peu près à 240 années-lumière de la terre, donc la terre est là, Bellatrix doit être là. Et puis Bételgeuse est là et Rigel est encore plus loin. Ce qui fait que si on se met à peu près là, on va voir deux d’un côté et puis l’autre qui va être plus près de la terre. Bellatrix est plus près de la terre que de Bételgeuse.

Tout ça pour dire, il faut bien vérifier l’information, c’est extrêmement important, parce qu’on repère des choses, on se monte tout un tas de croyances, de superstitions sur des trucs qui, en fait, quand on va regarder dans le détail comment ça marche n’ont pas de sens.

Un autre exemple. Est-ce qu’il y a des personnes dans cette salle qui se soignent par homéopathie ? Non ? Ça va. Pour information, quand vous prenez un médicament homéopathique, les médicaments homéopathiques les plus concentrés, les plus concentrés hein, vous prenez à peu près ça de produit, vous le diluez dans à peu près ça d’eau, et vous prenez un petit flacon. À votre avis, combien il reste de produit dedans ? Pas beaucoup !

Public : C’est très puissant ; c’est placebo.

Elzen : Ça ce sont les solutions homéopathiques les plus concentrées. Si vous prenez les solutions homéopathiques les plus diluées, vous prenez pas la piscine, même le lac derrière, il n’y a pas assez d’eau dedans. Les gens qui croient en ça vous expliquent que ça marcherait parce que l’eau aurait une mémoire, elle se souviendrait d’avoir été en contact avec la substance et donc elle reproduirait ses effets. Je vous rappelle qu’une bonne partie de l’eau qu’on boit vient de ça, à la base [Elzen montre le schéma du recyclage de l’eau]. Il a été prouvé que l’eau n’a pas de mémoire et c’est peut-être mieux ! Voilà, donc j’arrête de troller et je reviens à mes histoires. Ceci est un exemple d’une trentaine de produits qui ont été pris en pharmacie. Sur une étagère de pharmacie vous pouvez trouver tout ça de cette manière-là. Dans l’ensemble là-dedans, il y a une dizaine de ces produits qui sont des trucs homéopathiques, des produits de santé naturels, si vous voulez on pourra en reparler, et le reste qui sont des médicaments. Et-ce que quelqu’un est capable de faire la différence ?

Public : Aerius c’est un médicament non ?

Elzen : Moi, je ne sais pas. Si vous voulez des infos, vous allez voir sur le site du pharmachien11, très bon site sur tout ce qui concerne la santé. Quand on trouve ça en pharmacie, ce n’est pas indiqué clairement ce qui est un vrai médicament de ce qui est un placebo.

Public : Mais ça marche les placebos. Il faut laisser les gens les prendre parce que ça marche à 30 % le placebo !

Elzen : Tout à fait. L’effet du placebo a été prouvé.

Public : Exactement. Donc il faut les laisser. Parce que s’il n’y a pas de contre-indication et de machin, ça marche !

Public : Mais on ne peut pas laisser la Sécu payer pour ça !

Public : Eh oui, parce que ça marche à 30 % !

Public : Ah non ! 30 % ce n’est pas assez, pour que tu acceptes que la sécu rembourse. Je suis désolée !

Public : C’est de la médecine naturelle. Dans la médecine naturelle, il y a aussi la phytothérapie, par les plantes. C’est quand même efficace.

Elzen : C’est le degré de ce qui va… Je vous conseille d’aller voir cette BD12, là, justement sur les produits naturels. Ce qui va vraiment être important c’est à quel point ça a été testé, à quel point est-ce qu’on connaît les effets. Et en gros, les médicaments c’est un truc qui est hyper testé, et tout ce qui n’est pas médicament ce n’est quasiment pas testé. C’est ça le problème. Mais après, oui, le placebo a un effet tout à fait connu et validé et ça peut marcher aussi.

Public : Alors que des vrais médicaments ils auront des effets secondaires qui peuvent être négatifs.

Elzen : Ça dépend !

Public : Certains. En général, quand c’est actif, il peut y avoir des effets secondaires négatifs.

Elzen : On ne va pas non plus forcément épiloguer là-dessus, on pourra en reparler après si vous voulez. Je vous conseille vivement d’aller lire le blog du Pharmachien, c’est très intéressant. Globalement donc ce que je dis c'est qu'il y aurait besoin d’un encadrement important à ce niveau-là, au niveau de notre santé, pour savoir ce qu’on prend ce que c’est. Juste ça.

Il y a aussi besoin d’un encadrement dans plein d’autre domaines. Attention cette slide est piégeuse. Là je vous parle de l’activité scientifique. Je vous ne dis pas : si vous laissez Les scientifiques faire n’importe quoi, ça va faire ça. En fait, c’est exactement le contraire. La bombe nucléaire, ça a été inventé pendant la Seconde guerre mondiale, dans un contexte où il y avait énormément de sous qui étaient mis sur la table pour arriver à la faire ; il y avait énormément de pression parce qu’il fallait arriver à la faire avant les nazis, etc. Donc il y avait une énorme pression qui faisait que toute l’activité scientifique de l’époque était concentrée sur faire la bombe.

C’est là qu’on voit que c’est hyper important d’encadrer l’activité scientifique, parce que si on met autant de pression pour faire des trucs beaucoup plus intéressants, on va peut-être pouvoir y arriver. Les scientifiques sont comme tout le monde, ils font ce pourquoi ils sont payés. Donc si on ne met pas de sous pour les trucs intéressants et qu’on met plein de sous pour les trucs moches, c’est très moche. Comme disait à peu près Pierre Desproges : « Ce serait peut-être bien qu’un jour on prélève des impôts pour guérir les maladies, pour traiter la famine et tout ça, et que pour la guerre on se mette à faire la quête, plutôt que l’inverse, ça serait plus intéressant. » Voilà !

Donc il y a besoin d’un encadrement très fort de la société civile pour dire « nous le monde dans lequel on veut aller c’est celui-là. » Donc c’est là-dessus qu’il faut mettre les efforts, c’est là-dessus qu’il faut payer des gens pour chercher, voilà !

Besoin d’encadrement dans l’accès à Internet aussi. À Paris vous n’êtes peut-être pas extrêmement concernés, mais en ce moment on est en train de déployer de la fibre optique partout en France et normalement on devrait faire ça en priorité dans les endroits où ils n’ont pas encore Internet. Vous, ici à Paris, il y a de l’Internet qui marche bien un peu partout, donc c’est moins urgent. Mais il y a des endroits où il n’y a pas du tout d’Internet, donc ce serait peut-être là qu’il faudrait aller en mettre en priorité. Si vous regardez, chaque région a fait à sa sauce : ils ont des sous et puis chaque région décide. Il y a quelques régions qui ont fait les choses bien et elles vont déployer un beau réseau qui sera public sur lequel tout le monde pourra venir opérer, etc. La plupart des régions, ce qu’elles ont décidé de faire de leurs sous, c’est de les filer à Orange et de les laisser se débrouiller. C’est un peu problématique !

Public : À Paris, c’est ce qu’ils font.

Elzen : C’est le cas à Paris. Oui.

Public : En Île-de-France, c’est ce qu’ils montent alors.

Public : Si on veut que la fibre arrive chez nous avant les autres, il faut qu'on commence par là.

Elzen : Voilà. Donc ça fait partie des trucs sur lesquels dans la Fédération FDN on se bat, mais on est loin de ça.

Besoin d’un encadrement aussi au niveau de tout ce qui est logiciel. Cette image-là vient d’une BD de Gee13 donc sur grisebouille.net14, très bonne BD que je vous recommande chaudement, qui dit : « Les algorithmes est-ce qu’il faut en avoir peur, ou pas ? » Il y a énormément de choses dans notre vie qui sont gérées par des algorithmes et le point essentiel c’est qu’il faut savoir comment marchent ces algorithmes et donc il faut avoir l’accès au code. Et donc c’est une problématique de logiciel libre. Si on peut savoir comment ça marche, on peut savoir si on est d’accord ou pas et s’il faut se battre ou pas. Donc le premier truc qui est important à savoir c’est « est-ce qu’on sait comment ça marche ou pas et est-ce que la façon dont ça marche nous convient ? » Et si on ne sait pas, par défaut si on ne sait pas, c’est que la façon dont ça marche ne nous convient pas. Donc voilà.

Qu’est-ce qu’on peut faire pour tout ça ? Eh bien on peut militer. Quelques exemples d’associations assez connues, donc La Quadrature du Net15. Il y a la Fédération FDN16. Il y a un stand de La Quadrature là-bas, on pourra en parler. L’April17. Ça, cette jolie carte-là vient de l’opération Dégooglisons Internet18 qui est lancée par Framasoft19. Vous avez un stand Framasoft qui est là-bas. C’est extrêmement important de militer pour que la société aille dans le sens qu’on veut et puis, aussi, changer nos habitudes parce que si on se dit que les logiciels libres c’est génial, tout ça, et puis qu’on continue à utiliser des trucs qui ne sont pas libres, ce n’est pas très pratique. Enfin voilà !

Plutôt que Google aller sur Tonton Roger. Voilà, ce genre de choses. Utiliser Ubuntu, je ne vais pas vous dire le contraire ici, c’est sûr !

Donc il y a plein de logiciels libres qu’on peut utiliser. On peut prendre son accès à Internet chez un fournisseur d’accès associatif, militant pour la neutralité du net, ça fait avancer les choses.

Public : Inaudible.

Elzen : Vous pouvez passer le micro.

Public : En fait j’avais regardé pour pouvoir avoir un fournisseur associatif comme vous venez de le dire, je ne suis pas spécialement client. En fait, il fallait avoir une ligne qui était dégroupée, ou le contraire, et du coup, eh bien, moi, dans mon cas, je ne pouvais pas.

Elzen : C’est un énorme problème qu’ont les FAI associatifs. Alors ça dépend vraiment de la situation. En gros, on est toute une fédération, mais on est chacun petit opérateur local qui s’intéresse aux problématiques locales. Chez Franciliens ils doivent effectivement avoir besoin que ta ligne soit partiellement dégroupée, mais ils ne doivent pas encore faire le dégroupage total. C’est en cours, on y travaille. Les choses vont s’améliorer. Je sais que nous, chez Illyse20 à Lyon, ça y est, ça marche. Chez les autres, ça va venir quand ça pourra ; c’est en fonction des trucs locaux. Mais il faut aller parler aux gens qui s’occupent de ça, il faut leur filer un coup de main parce que c’est du taf de mettre ça en place. Simplement, je vais juste mettre ma petite dernière slide et puis on pourra parler après.

Tout ça pour dire que la science, le logiciel libre, Internet, ce sont des choses, fondamentalement ça va marcher de la même manière. C’est-à-dire que c’est une démarche de : étudier comment ça marche, modifier constamment - quand il y a un truc qui ne va pas on va essayer de l’améliorer, partager et permettre à l’ensemble des gens de l’utiliser. Et ce qui est extrêmement important c’est qu’il faut que nous, la société civile, on soit présents pour dire « on veut que les choses aillent dans cette direction-là ». C’était l’objet de ma conf. Maintenant si vous avez de questions, je vous écoute.

Applaudissements

50’ 55

Public : Je suis un peu surpris de me rendre compte que Amazon a un partenariat un peu particulier avec Ubuntu qui est, à la base, issu de la distribution Debian.

Elzen : Ubuntu, à la base est basé sur Debian, effectivement, mais l’histoire du partenariat ça ne concerne que Ubuntu. Il n'y a absolument pas ça dans Debian. L’histoire de ce truc-là c’était que, en gros les Canonical, donc les gens qui fabriquent Ubuntu se sont dit que leur objectif, à eux, c’est de faire en sorte que le plus de gens possible se mettent à utiliser Ubuntu et donc de s’adapter aux usages de l’utilisateur. Et comme une bonne partie de leur public utilise Amazon, ils ont dit « on va essayer de leur faciliter les choses ». C’est un choix avec lequel on est d’accord ou pas. Je ne vous cache pas qu’on est pas mal, dans Ubuntu-fr, à ne pas être d’accord. Il me semble que, alors je n’ai pas trop suivi les détails, il faut peut-être aller voir avec mes collègues là-bas, mais il me semble que c’est en train d’être désactivé.

Public : C’est désactivé par défaut.

Elzen : Voilà. C’est désactivé par défaut maintenant. Donc voilà. Après c’est le genre de choses, oui, auxquelles il faut évidemment faire attention. C'est ça le problème, c’est qu’il y a plein de domaines différents et il y a plein de choses qui vont aller plus ou moins dans un sens et dans l’autre et il faut voir avec quoi vous, vous êtes le plus en accord.

Public : Si un jour Amazon et Ubuntu veulent faire bande à part, Ubuntu s’est mis avec Windows. Dans Windows 10, il y a des fonctionnalités d’Ubuntu qui ont été ajoutées.

Elzen : Oui ! Alors ça, ce qui se passe dans Windows, à la limite, je dirais tant mieux pour les windowsiens. Nous, ça ne nous concerne pas trop. Mais oui, Il y a plein de choses bizarres. Oui ?

Public : Je vais essayer de parler fort. Est-ce que ce n’est pas dû à un fait, à cause de la pénurie d’adresses IPv4 qui fait qu’on ne peut pas distribuer d’adresses IPv6 à tout le monde.

Elzen : C’est pour ça que je disais qu’il y avait une justification bancale avant. C’était qu’il y avait cette justification-là qui était que comme il n’y a pas assez d’adresse IPv4 pour tout le monde, on allait en donner dynamiquement, c’est-à-dire quand on allume le modem on en donne une et puis voilà. Sauf que ça, ça se justifiait bien à l’époque où c’était des modems. On se connectait à Internet régulièrement, on allumait le modem et puis on l’éteignait quand on avait fini. Ça, ça pouvait se comprendre. Sauf qu’à cette époque-là il y avait encore suffisamment d’IP dispos. On se débrouillait.

Maintenant, tout le monde a une box qui est allumée en permanence donc tu ne rends pas d’IP. Tu n’as pas plus d’IP disponibles, vu que la box est toujours allumée en permanence donc elle a toujours une IP de toutes façons, donc ça n’apporte plus rien de la changer régulièrement. Maintenant, on est en train de passer à l'IPv621 en France, ça ne fait que vingt ans que ça existe, le temps que ça arrive.

Public : Ils n’arrivent pas à faire la transition !

Elzen : Mais Orange a mis en place un truc, c’est-à-dire qu’ils ont dû bosser pour mettre ça en place, enfin voilà ! Ils ont fait de l’IPv6 dynamique. C’est-à-dire qu’avec l’IPv6 on n’a plus du tout ce souci de on n’en a plus assez, on en a largement trop, eh bien ils ont quand même mis de l’IPv6 dynamique.

Public : D’ailleurs, même pour l’IPv4 ce n’est pas qu’il n’y en a pas assez, c’est qu’on les a distribuées en mode bourrin.

Elzen : Oui, on les a très mal distribuées aussi.

Public : Pour répondre à la deuxième question, ça fait des années que chez Free l’IP est fixe.

Elzen : Ça fait des années que c’était fixe.

Public : Moi la mienne, en tout cas, apparemment elle est fixe.

Elzen : Apparemment, ce qu’ils sont en train de faire chez Free parce que justement les IPv4 ont été distribuées un peu totalement n’importe comment et Free commence à ne plus en avoir assez et ce qu’ils ont décidé de faire c’est que, si j’ai bien suivi, ils vont faire des IP partagées. C’est-à-dire que tu auras un certain nombre de ports, donc un certain nombre de numéros, un port c’est comme un numéro à l’entrée d’un immeuble, vous sonnez eh puis voilà. Il y en aura quelques-uns pour un utilisateur, quelques-uns pour un autre, etc. Et donc ça, si tu veux héberger tes propres services, juste ça ne marche pas. Donc Free était dans les moins pires jusque-là, mais ils sont en train de commencer à mettre des choses très moches en place.

Public : J’aurais quand même une question, quand vous parlez de la liberté d’Internet, si on remonte au niveau 0, parce que ce que fait l’ICANN [Internet Corporation for Assigned Names and Numbers, NdT].

Elzen : Non ! C’est un truc, non !

Public : Ils ont un peu changé, mais bon !

Elzen : Ce n’est pas que c’est un peu changé, non ! Il y a beaucoup de gens qui disent énormément de bêtises là-dessus.

Public : Je ne dis pas de bêtises !

Elzen : L’ICANN est plus ou moins un genre d’asso, américaine, qui décide de la gestion des domaines de premier niveau. C’est-à-dire que la seule chose qu’ils gèrent, la seule chose que fait l’ICANN, c’est dire le domaine .com, c’est machin qui va le gérer, le domaine .fr ça va être l’AFNIC [Association française pour le nommage Internet en coopération, NdT]. Et l’ICANN décide de la façon dont les choses sont censées se passer au niveau du nom de domaine uniquement, et le nom de domaine est très utile sur Internet, mais ce n’est pas comme ça que ça marche en dessous. C’est très utile pour les humains, pour repérer les noms de machines mais c’est tout, parce que retenir les IP c’est un peu plus lourd, mais c'est la seule solution. Et l’ICANN, tout ce que peut faire l’ICANN, c’est de dire « nous on veut que ça marche comme ça » et c’est mis en place en pratique parce que tous les autres gens sont d’accord. L’ICANN a un pouvoir qui est uniquement… C’est le concept d’un législateur qui n’aurait pas de forces de police derrière. Ils n’ont aucun moyen de faire appliquer des lois.

Public : Il y a quand même des conflits entre les représentants européens, est-ce qu’il faut mettre plus de représentants américains ?

Elzen : Oui, ça oui, il y a plein de choses à discuter au niveau de la gouvernance.

Public : Et ce qu'il faut voir au niveau supérieur, au niveau 1, par exemple, il y a des pays contrôlent de façon très sévère les réseaux internet ? Donc on ne peut pas dire que la liberté internet est totale.

Elzen : Internet est ce qui permet une liberté. Après il faut qu’on se bouge pour que ça arrive en pratique. Et c’est tout à fait l’objet de ce que je voulais dire. Ça rend la chose théoriquement possible. Pour que la chose devienne vraie, c’est à nous de nous bouger.

Public : En Chine par exemple.

Public : Et en Corée du Nord, il n’y aurait que 28 sites internet.

Public : Attends ! Est-ce qu’ils ont des ordinateurs en Corée du Nord ?

Elzen : Il ne faut pas se moquer de la Corée du Nord. D’après eux, ce sont eux qui ont inventé le Coca-Cola.

Public : Le petit boîtier que j’ai vu passer, c’était quoi ?

Elzen : Ça c’est une Brique Internet. C’est un petit boîtier qui a deux fonctions de base : la première c’est que c’est un client VPN, donc ce qu’on appelle VPN – Virtual Private Network – c’est un tuyau qu’on va monter entre vous et un FAI associatif. L’avantage de ce truc c’est que vous avez juste à brancher la Brique Internet à votre box et elle émet un réseau Wi-fi. Vous vous connectez à ce réseau Wi-fi là plutôt qu’à celui de la box, et tout ce que vous ferez sur Internet, votre fournisseur d’accès qui gère la box, qui fait des saletés, qui surveille, qui tout ça, n’aura pas accès à ce que vous faites. Tout ce qu’il verra c’est que vous échangez avec le FAI associatif. Et ensuite, une fois que vous êtes au niveau du FAI associatif, la neutralité du net est respectée, il n’y a pas de souci. Ça c’est le premier usage, le premier truc chouette, c’est que ça vous permet de proprifier une connexion internet. Vous branchez la Brique à votre box, vous vous connectez à la Brique et vous avez du vrai accès internet, neutre, sur lequel on ne va pas pouvoir aller faire de bêtises.

Public : Ça ralentit Internet ça ?

Elzen : Ce qui ralentit c’est que c’est une connexion chiffrée, donc il faut le temps de chiffrer les messages, donc c’est limité par le processeur de la Brique qui a une puissance assez limitée pour ne pas que le prix soit trop déprimant. Mais selon votre usage, ça ne se sent pas forcément.

Public : On peut en faire un à partir d’un Raspberry Pi, ou pas ?

Elzen : On peut tout à fait le monter soi-même à partir d’un RaspPi, il n’y a pas de souci. Ça c’est du truc tout fait, ce n’est pas du RaspPi, c’est de l’Olimex, parce qu’en plus c’est du matos libre. Donc ça c’est le premier aspect. Ça vous fait un accès VPN, donc un Internet neutre direct et puis le deuxième aspect c’est que c’est un serveur ça vous permet d’auto-héberger super simplement. Vous voulez vos mails dessus, c’est de base. Vous voulez votre blog dessus, ça se fait en deux clics, etc. Tous les services que vous voulez, vous pouvez les avoir sur la Brique, sans problème.

Public : Ça s’appelle comment ?

Elzen : Une Brique Internet. labriqueinter.net. Ou vous allez parler aux gens de Franciliens, ils vous en parleront avec plaisir.

Public : Est-ce que ça fonctionne à peu près comme un Nas, Network Attached Storage ?

Elzen : C’est : vous branchez, vous vous connectez à un truc. Après un NAS.

Public : Quand on prononce NAS, c’est une apps,

Elzen : C’est un serveur, donc pour y accéder, vous avez une interface web pour y accéder et après vous pouvez régler des choses. Après, les détails de la façon dont ça fonctionne, je dois vous avouer que je suis en train de préparer ma soutenance de thèse, donc je ne suis pas grand-chose en ce moment.

Public : Vous la soutenez où ?

Elzen : À Lyon. Je suis au LIRIS, laboratoire d’informatique, je ne sais plus le sigle, informatique et traitement d‘image.

Public : Combien ça coûte ?

Elzen : Le matériel, on doit l’avoir entre 60 et 80 euros. On les vend à prix coûtant. Et, par contre, pour que ça fonctionne bien, il faut le VPN qui va derrière. Le VPN c’est un truc qu’on va payer tous les mois qui va être entre cinq et huit euros selon le FAI.

Public : Merci.

Elzen : Merci à vous. Et si vous avez d’autres questions, tout ça, je vais rester à la boutique à peu près tout le week-end, il ne faut pas hésiter à venir me poser des questions ou autre. Merci à vous.

Applaudissements.

13 February 2017

april.png Nouvelles April

Revue de presse de l'April pour la semaine 6 de l'année 2017

Le 13 February 2017 à 17:15:11

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 6

[Génération-NT] L'utilisation des logiciels open source encouragée dans les services publics

Par Christopher Potter, le dimanche 12 février 2017. Extrait:
> Jusqu’à présent, les collectivités et les administrations françaises utilisaient en grande majorité des outils Microsoft, notamment Office et Sharepoint. Aujourd’hui, dans un souci d’économie et d’efficacité, elles sont sont invitées à passer à l’open source.
Lien vers l'article original: http://www.generation-nt.com/logiciels-open-source-services-publics-actualite-1939112.html

[NewZilla.net] Munich abandonne l’open-source

Par Philippe Crouzillacq, le dimanche 12 février 2017. Extrait:
> La capitale de la Bavière devrait décider la semaine prochaine d’abandonner les solutions logiciels en open-source déployées depuis 2004 auprès de ses 15 000 collaborateurs et de repasser sous Windows 10, au plus tard en 2021.
Lien vers l'article original: https://www.newzilla.net/2017/02/12/munich-abandonne-lopen-source

[ZDNet France] L'April a 20 ans, et toutes ses dents pour défendre le logiciel libre

Par Thierry Noisette, le dimanche 12 février 2017. Extrait:
> L'association libriste (4.090 adhérents, dont près de 400 personnes morales) fait le point avec nous à l'occasion de ses 20 ans: interview de Frédéric Couchet, délégué général de l'April.
Lien vers l'article original: http://www.zdnet.fr/blogs/l-esprit-libre/l-april-a-20-ans-et-toutes-ses-dents-pour-defendre-le-logiciel-libre-39848430.htm

[RTBF Info] Bilan de santé: internet est malade et son avenir compromis

Par Jean-Claude Verset, le mardi 7 février 2017. Extrait:
> Il parait qu’internet va mal. De mauvaises langues prétendent même qu’il va mourir. Réalité, jalousie, stratégie ou simple crise d’internet bashing? C’est Mozilla qui lance le débat en publiant cette sorte de bulletin de santé de la situation d'internet.
Lien vers l'article original: http://www.rtbf.be/info/medias/detail_bilan-de-sante-internet-est-malade-et-son-avenir-compromis?id=9523958

[Journal du Net] L'évolution du modèle des logiciels libres, source d'inspiration pour la stratégie IT de l'entreprise

Par Romain Le Merlus, le mardi 7 décembre 2017. Extrait:
> Des tout premiers ordinateurs livrés avec leurs sources à la révolution numérique portée par le cloud, la puissance d’innovation du logiciel libre a toujours été l’un des terreaux les plus fertiles pour la mise en œuvre de stratégies IT innovantes et pertinentes.
Lien vers l'article original: http://www.journaldunet.com/solutions/expert/66315/l-evolution-du-modele-des-logiciels-libres--source-d-inspiration-pour-la-strategie-it-de-l-entreprise.shtml

[Libération] Logiciel libre: à la conquête du grand public

Par Amaelle Guiton, le lundi 6 février 2017. Extrait:
> Comme chaque année depuis 2000, les «libristes» se sont retrouvés ce week-end à Bruxelles. Même si des géants comme Microsoft ou Google s’y sont partiellement convertis, beaucoup reste à faire pour sortir de leur logique purement commerciale.
Lien vers l'article original: http://www.liberation.fr/futurs/2017/02/06/logiciel-libre-a-la-conquete-du-grand-public_1546749

Et aussi:
[Libération] Fosdem: la plaque tournante des logiciels libres

[Mediapart] Continuons à Dégoogliser Internet avec Framasoft

Par Jean-Pierre Favier, le lundi 6 février 2017. Extrait:
> En 2014, l'association Framasoft a lancé une initiative planifiée sur trois ans pour Dégoogliser Internet: proposer une trentaine d’alternatives «Libres, Éthiques, Décentralisées et Solidaires» aux services des multinationales GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft). Certains candidats à la présidentielle ont intégré cette thématique dans leur projet et parlent de logiciels libres.
Lien vers l'article original: https://blogs.mediapart.fr/jean-pierre-favier/blog/060217/continuons-degoogliser-internet-avec-framasoft

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

Libre en Fête 2017 : découvrir le logiciel libre à l'arrivée du printemps

Le 13 February 2017 à 10:38:13

Pour la dix-septième année consécutive, l'initiative Libre en Fête est relancée par l'April. Entre le vendredi 4 mars et le dimanche 2 avril 2017 inclus, dans une dynamique conviviale et festive, des événements auront lieu partout en France pour permettre au grand public de découvrir les logiciels libres. La thématique optionnelle de cette édition étant « la priorité au logiciel libre au quotidien ».

Libre en Fête

Depuis 2001, l'April invite les groupes d'utilisateurs de logiciels libres et les associations de promotion de ces logiciels à organiser, pour l'arrivée du printemps, des événements de découverte à destination du grand public.

Libre en Fête 2017 peut être notamment l'occasion pour la mise en place de partenariats réguliers entre les groupes d'utilisateurs de logiciels libres et les cyber-bases, les espaces publics numériques (EPN) et autres espaces d'initiation à l'informatique et ses enjeux. Ces groupes d'utilisateurs ont pour objectif de faire découvrir le logiciel libre et ses applications au grand public à travers des actions locales. Ces actions sont non seulement complémentaires aux activités d'un espace Cyber-base ou d'un EPN mais leurs objectifs est le plus souvent intégré à leurs missions.

Les logiciels libres sont des logiciels que tout un chacun peut utiliser, étudier, copier, modifier et redistribuer. Au travers des événements du Libre en Fête, le grand public est invité à découvrir tous les avantages de ces logiciels : des valeurs d'entraide et de coopération, un bien commun accessible à tous favorisant le partage des connaissances, une communauté vivante prête à aider les nouveaux venus.

Le référencement d’un évènement se déroule au travers de Agenda du Libre. Sur la page de soumission d’un évènement de l’Agenda du Libre, vous pouvez indiquer toutes les informations concernant votre évènement (date, lieu, horaires, description, etc.). Pour que votre évènement soit référencé dans le cadre du Libre en Fête 2017, il est nécessaire d’ajouter le mot-clé libre-en-fete-2017.

Proposer un événement pour le Libre en Fête 2017

Autour du 21 mars, de très nombreux événements auront donc lieu : ateliers de découverte, conférences, débats, fêtes d'installation1, projections, rencontres, etc. Le public découvrira ainsi des applications comme la suite bureautique LibreOffice.org, le lecteur multimédia VLC, le navigateur Web Mozilla Firefox, des systèmes d'exploitation (GNU/Linux, *BSD…) ou des projets tels que l'encyclopédie libre et collaborative Wikipédia, la cartographie libre collaborative OpenStreetMap et bien d'autres.

Pour cette édition 2017, les animateurs proposent aux organisateurs d'événements la thématique optionnelle de « la priorité au logiciel libre au quotidien ».

Une liste de diffusion a été mise en place pour que les organisateurs d'évènements puissent échanger leurs expériences et idées. L'inscription est ouverte à tous.

Faites circuler cette annonce, merci !

rhertzog.png Raphaël HERTZOG

Mes activités libres en janvier 2017

Le 13 February 2017 à 10:37:36

Mon rapport mensuel couvre une grande partie de mes contributions au logiciel libre. Je l’écris pour mes donateurs (merci à eux !) mais aussi pour la communauté Debian au sens large parce que cela peut donner des idées aux nouveaux venus et que c’est également un des moyens les plus effectifs de trouver des volontaires pour travailler sur les projets qui me tiennent à cœur.

Debian LTS

Ce mois-ci ce sont 10 heures de travail sur les mises à jour de sécurité pour Debian 7 Wheezy qui ont été subventionnées. Elles ont été consacrées aux tâches suivantes :

  • J’ai passé en revue de multiples CVE affectant ntp, et décidé de les marquer comme « no-dsa » (de manière identique à ce qui a été réalisé pour Jessie);
  • J’ai relancé les auteurs amont de jbig2dec (ici) et XML::Twig (par message privé) concernant les rapports de bogue n’ayant pas encore eu de retour de leur part;
  • J’ai demandé plus de détails sur la liste oss-security au sujet de la CVE-2016-9584, car le fait qu’elle ait déjà été remontée à l’amont n’était pas évident. Il s’est avéré que c’était bien le cas, j’ai donc mis à jour le suiveur de sécurité en conséquence;
  • Après avoir obtenu une réponse sur jbig2dec, j’ai commencé à rétroporter le patch désigné par l’amont, ce qui ne fut pas chose facile. Lorsque cela a été fait, j’ai également reçu le fichier permettant de reproduire le problème qui est à l’origine du rapport… et qui ne provoquait malheureusement plus le même problème avec la vieille version de jbig2dec présente dans Wheezy. Cela étant, Valgrind a tout de même identifié des lectures en-dehors de l’espace mémoire alloué. C’est à partir de cet instant que j’ai examiné avec plus d’attention l’historique Git, et découvert que les trois dernières années n’avaient vu principalement que des correctifs de sécurité pour des cas similaires n’ayant jamais été remontés en tant que CVE. En conséquence, j’ai ouvert une discussion sur comment régler cette situation;
  • Matthias Geerdsen a remonté dans le n°852610 une régression concernant libtiff4. J’ai confirmé le problème et passé de nombreuses heures à élaborer un correctif. Le patch ayant entraîné la régression était spécifique à Debian, car l’amont n’avait pas encore corrigé le problème. J’ai publié un paquet mis à jour dans la DLA-610-2.

Empaquetage Debian

La période de gel « fort » approchant, j’ai procédé à quelques mises à jour de dernière minute :

  • schroot 1.6.10-3 : correction de quelques problèmes anciens avec la manière dont les montages bind sont partagés, et autres corrections importantes;
  • live-boot 1:20170112 : correction d’un échec au démarrage sur système de fichier FAT, et autres corrections mineures;
  • live-config 5.20170112 : regroupement de plusieurs patchs utiles en provenance du BTS;
  • J’ai fini la mise à jour de hashcat 3.30 avec sa nouvelle bibliothèque privée, et corrigé en même temps le bogue critique pour la publication n°851497. Le travail avait été initié par des collègues de l’équipe pkg-security team.

Travaux divers

Parrainages J’ai parrainé un nouvel envoi de asciidoc abaissant une dépendance en recommandation (cf. le n°850301). J’ai parrainé une nouvelle version amont de dolibarr.

Discussions J’ai appuyé plusieurs modifications préparées par Russ Allbery sur debian-policy. J’ai aidé Scott Kitterman au sujet d’une incompréhension sur la manière dont les fichiers de service Postfix sont supposés fonctionner, en lien avec le rapport n°849584. J’ai discuté dans le rapport n°849913 d’une régression dans la compilation des compilateurs croisés, et fourni un patch afin d’éviter le problème. Guillem est finalement parvenu à une meilleure solution.

Bogues J’ai analysé le n°850236 concernant l’échec d’un test Django durant la première semaine suivant chaque année bisextile. J’ai créé le n°853224 afin de remonter plusieurs petits problèmes en lien avec les scripts mainteneur de desktop-base.

Merci

Rendez-vous au mois prochain pour un nouveau résumé de mes activités !

Ceci est une traduction de mon article My Free Software Activities in January 2016 contribuée par Weierstrass01.

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april.png Nouvelles April

Cybersécurité et collectivités territoriales - FIC 2017

Le 13 February 2017 à 10:16:12


FIC2017

Titre : Cybersécurité et collectivités territoriales
Intervenants : Général Marc Watin Augouard - Colonel Laurent Vidal - Gérard de Boisboissel, ingénieur - Delphine Sabattier - François Sorel
Lieu : FIC 2017 - Lille - 01netTV
Date : Janvier 2017
Durée : 22 min 38
Visualiser le plateau de 01netTV
Licence de la transcription : Verbatim

Description

Gérard de Boisboissel du CREC Saint-Cyr, Laurent Vidal du CREOGN et le général Marc Watin Augouard, fondateur du FIC étaient présents sur le plateau de 01netTV lors de l’édition 2017 du Forum international de la cybersécurité. Ils étaient interviewés par Delphine Sabattier, Directrice des rédactions de 01net, et François Sorel, Rédacteur en chef de 01netTV sur la question de la cybersécurité dans les collectivités territoriales

Transcription

François Sorel : Ce 9ème Forum international de la cybersécurité, ce 9ème FIC est à vivre sur 01Net TV durant ces 48 heures avec Delphine Sabattier, avec nos invités. Et puis je vous rappelle que nous sommes au Grand Palais, à Lille, donc si vous êtes dans les parages, n’hésitez pas à venir nous voir. Delphine, on va parler maintenant de cybersécurité, de collectivités territoriales et peut-être même, aussi, revenir sur la genèse du FIC.

Delphine Sabattier : Oui. Parce qu’on a un invité prestige autour de la table. Je commence par vous présenter colonel Laurent Vidal, vous êtes directeur adjoint du Centre de recherche de l’École des officiers de la Gendarmerie nationale.

Laurent Vidal : Bonjour.

Delphine Sabattier : Bonjour. À côté de vous Gérard de Boisboissel. Vous, vous êtes ingénieur au Centre de Recherche des écoles de Saint-Cyr Coëtquidan.

Gérard de Boisboissel: Tout à fait. Bonjour.

Delphine Sabattier : Bonjour. Et notre invité spécial, le général Marc Watin Augouard. Alors pourquoi je dis spécial, vous êtes général d’armée, mais surtout vous êtes le fondateur du FIC, donc l’endroit où on se trouve actuellement. Racontez-nous un petit peu comment est né ce Forum international de la cybercriminalité au départ et cybersécurité aujourd’hui.

Marc Watin Augouard : L’histoire du FIC est déjà ancienne, 2007. À l’époque, l’idée était de décloisonner. J’avais travaillé avec Thierry Breton qui était président de France Télécoms sur un groupe de travail et, affecté dans le Nord, à Lille, je me suis dit il faut impérativement mettre en application les conclusions de nos travaux. Et donc, j’ai créé ce forum pour décloisonner : que la France parle avec les pays voisins ; que le public parle avec le privé ; que les entreprises parlent avec les universités et les centres de recherche ; que la police, la gendarmerie parlent avec les autres acteurs ; que l’État parle avec les collectivités territoriales ; que ce soit un centre d’échanges, car nous savons bien que la cybersécurité, la sécurité de notre système internet, de nos échanges, du Web, ça passe par la coopération. Personne n’a la clef, n’a la réponse à la question, mais nous l’avons tous ensemble. Or, ce qui est intéressant dans le FIC, c’est de rassembler des personnes qui connaissent le sujet, mais chacune dans son domaine. Voilà, c’est une approche collégiale, une approche partenariale.

Delphine Sabattier : Il y a des choses qui ont changé ? Parce que là, c’est la 9ème édition. Je le disais, au départ ça s’appelait le Forum de la cybercriminalité, aujourd’hui c’est la cybersécurité. Qu’est-ce qui a changé ? Qu’est-ce qui a évolué ? Le nombre de participants déjà, peut-être, parce que c’est plutôt un beau succès.

François Sorel : Le premier FIC il y avait quoi ? Vous aviez 500 intervenants au premier FIC, c’est ça ?

Marc Watin Augouard : 250 intervenants, à peu près.

François Sorel : D’accord, 250.

Marc Watin Augouard : Oui, 250.

François Sorel : Et aujourd’hui plusieurs milliers ?

Marc Watin Augouard : Le premier FiC, le pré FIC, la numéro 0, c’était à peu près 250 personnes. Le premier vrai FIC c’était 500. Et nous fûmes 500 au commencement et nous fûmes une somme maintenant de 9 000 ou 8 000 en arrivant au port ! Voilà !

François Sorel : Vous devez être fier de la croissance exponentielle de ce FIC. Vous devez en être fier mon général ?

Marc Watin Augouard : Oui. C’est dû à deux choses. La première, bien évidemment, mais je ne le dirai pas, à la qualité de ce salon. La deuxième, c’est parce que le problème de la cybersécurité est de plus en plus un problème que chacun prend à son compte, s’approprie, que ce soit les entreprises, que ce soit les particuliers, que ce soit l’État. Ici, vous avez toutes ces entités représentées et chaque année on est de plus en plus conscients de la nécessité de faire quelque chose. Et vous voyez, on est dans une année électorale, la question sera « est-ce qu’on sera une France numérique » ou on ne sera pas ! C’est ça le vrai enjeu des cinq ans à venir, mais je ne fais pas de politique !

François Sorel : Très bien.

Delphine Sabattier : C’est vrai que c’est, aujourd’hui, la question de toutes les entreprises. Peut-être qu’avant c’était davantage la question des entreprises d’informatique, aujourd’hui, ça touche vraiment tous les secteurs et on va parler, aujourd’hui, d’une cible qui est de plus en plus fragile.

François Sorel : Oui, et sensible.

Delphine Sabattier : Ce sont les collectivités territoriales qui manipulent, finalement, énormément de données des citoyens et qui ne sont pas forcément les plus protégées ou les mieux armées.

Marc Watin Augouard : Les collectivités territoriales, c’est ce dont on va parler ce matin, tout à l’heure, c’est que, aujourd’hui, elles sont le témoin de notre vie quotidienne. Prenez une commune, un département. La commune c’est l’état civil ; c’est le cadastre ; c’est la bibliothèque municipale qui est maintenant numérisée ; ce sont souvent des dispensaires ; c’est un service social ; ce sont des établissements pour les personnes âgées dépendantes ; ce sont les transports scolaires ; ce sont les transports publics. Ce sont toutes sortes d’activités qui vont glaner, à un moment donné, collecter vos données et notamment vos données à caractère personnel. Et vous voyez bien que si on arrive à puiser dans cette richesse, dans ce réservoir, toutes ces données, eh bien on peut profiler les personnes. Il y a donc un enjeu majeur, parce que les communes sont souvent de petite taille, elles n’ont pas forcément de RSSI [Responsable de la sécurité des systèmes d’information, NdT], elles n’ont pas forcément de DPO [Data Protection Office, NdT], c’est-à-dire, en fait, de responsable de protection des données. Et donc aujourd’hui, il faut véritablement leur dire : « Attention, vous êtes directement concernées, ça n’arrive pas qu’aux autres ! » C’est par des petites communes qu’on peut avoir des soucis importants par rapport aux données à caractère personnel. Et vous voyez, je pense que les communes en ont pris conscience, hélas, en début janvier 2015, après les attentats à Paris, eh bien 19 000 communes ont vu leur site défacé, c’est-à-dire modifié.

Delphine Sabattier : C’est-à-dire la home du site était différente ? Il y avait des messages de propagande sur ces sites ?

Marc Watin Augouard : La propagande de Daech. Et là, elles ont pris conscience du fait que leur système était attaquable. Et ce sont parfois des petites associations communales ou des entités qui n’avaient pas une importance considérable qui ont vu leur site défacé.

François Sorel : Très bien. Gérard de Boisboissel, quels types de données peuvent stocker et collecter, comme ça, les collectivités territoriales, la mairie ?

Gérard de Boisboissel: Eh bien écoutez, je pense que le général les a déjà citées. Mais, grosso modo, c’est évidemment tout ce que sont les données qu’une mairie gère en priorité, donc les états civils qui définissent, pour chaque personne, un certain nombre d’informations de sa vie privée ; le recensement citoyen ; l’organisation aussi des élections. Tout ce qui est enseignement : les écoles primaires, les cantines. L’entretien et les protections de la commune aussi, ça va des travaux de voirie, mais aussi le cadastre, les permis de construire. L’aide sociale dont le général parlait. Le centre communal d’action sociale, avec tout ce qui est gestion du RMI, des logements sociaux.

Delphine Sabattier : Et tout est numérisé aujourd’hui ?

Gérard de Boisboissel: Énormément de ces données sont numérisées ou numérisables ou, en tout cas, stockées sur ordinateur, donc sous une forme numérique- Et effectivement, l’ouverture de la transformation numérique fait qu’il y a des incitations pour que ces données, ou certaines de ces données, puissent être ouvertes. Or les collectivités ont le devoir de préserver ces données parce qu’elles sont sensibles et, dans des mains mal intentionnées, elles pourraient avoir une valeur, une valeur qui soit même monnayable et qui puisse se faire rançonner à travers certaines techniques d’attaque. On en parlera peut-être plus tard, le ransomware.

François Sorel : C’est déjà arrivé ou pas ?

Gérard de Boisboissel: Pour des mairies, oui, tout à fait. En tout cas chez les individus, c’est quelque chose qui arrive maintenant de plus en plus fréquemment, chez vous. Vous avez certaines méthodes de ce qu’on appelle le ransomware : vos données sont chiffrées et si vous ne payez pas une rançon, vos données peuvent être détruites à distance. C’est quelque chose qui va se généraliser dans les administrations, et les mairies doivent vraiment faire très attention à ce genre de choses, tout comme les hôpitaux.

François Sorel : D’autant qu’elles sont responsables de ces données. Ce sont elles qui sont responsables ?

Gérard de Boisboissel: Absolument ! La mairie, notamment le maire, est responsable des données de sa collectivité et il a d’abord un devoir de, à la fois, les préserver et les sécuriser, et c’est une responsabilité assez lourde qu’il doit endosser. Et pour ça, il doit se donner des moyens pour pouvoir les protéger.

François Sorel : Colonel.

Laurent Vidal : En fait, les maires doivent considérer leur commune un petit peu comme un chef d’entreprise considère son outil de travail. Il conserve des données qui concernent non pas ses clients mais ses concitoyens, qui vont toucher des sphères très profondes de leur intimité – le général parlait des parents qui sont dans un établissement de santé ; il parle des enfants avec tout ce que ça implique pour la cantine, avec les particularités pour l’alimentation, liées parfois à la religion – toutes ces données sont extrêmement sensibles. Et comme un bon chef d’entreprise, le maire doit, finalement, prendre des mesures pour interdire ou éviter que quelqu’un d’autre se les approprie, parce que ces données elles ont toutes une valeur, elles peuvent être utilisées à des choses très diverses.

François Sorel : Est-ce que tous les maires sont sensibilisés à cette importance et ont conscience de la gravité de toutes ces données et de l’importance de ces données ?

Laurent Vidal : La sensibilisation, ça fait partie du travail notamment de la gendarmerie mais pas que. Je pense qu’il y a une prise de conscience qui se fait progressivement. Lors d’un congrès qui avait été organisé à Vannes conjointement par le Centre de Recherche des écoles de Coëtquidan, un professionnel nous expliquait qu’un maire avait découvert, grâce à l’intervention d’un professionnel, que le réseau Wi-fi ouvert au public qui alimentait la mairie, en fait, était une porte ouverte à l’ensemble des données, parce qu’il n’y avait absolument aucun pare-feu pour mettre à l’abri les données. Il le disait en termes de plaisanterie, mais le maire a vraiment réagi lorsqu’il a compris que finalement cette salle, qu’il prêtait également à son groupe d’opposition, permettait également à ce groupe d’accéder à l’ensemble des données de la mairie. Voilà ! Donc il y a une prise de conscience qui doit se faire. Je pense qu’elle est en cours.

Delphine Sabattier : En cours ? C’est-à-dire vous avez un état des lieux ? Vous avez une idée, à peu près, du pourcentage de communes qui ont conscience et qui sécurisent aujourd’hui leur site internet ?

Laurent Vidal : L’actualité nous aide, malheureusement, parce que le général parlait des cas de défaçage qui ont fait suite aux attentats. Mais on a également évoqué, dans la presse, le cas de ces hôpitaux américains qui se sont faits rançonner par le cryptage de leurs données. Ce sont des informations qui sont publiques et que les maires entendent comme tous nos concitoyens. Et je pense que, petit à petit, ils prennent véritablement conscience de leur responsabilité vis-à-vis de l’ensemble de ces données et ils commencent à réfléchir vraiment à la manière de s’organiser. Je pense qu’ils ont compris que de la même manière qu’on ne confie pas à son voisin le tractopelle de la commune pour faire des travaux de voirie parce que c’est quelqu’un de sympathique, eh bien c’est fini l’époque où on peut confier la sécurité informatique de la mairie à l’amie de la secrétaire de mairie parce qu’elle bidouille bien son ordinateur.

François Sorel : Ou parce qu’il s’y connaît en Wi-fi !

Laurent Vidal : Exactement.

François Sorel : Donc il faut quoi ? Il faut un DSI là ? [Directeur des systèmes d’information, NdT]

Laurent Vidal : Eh bien ça peut être une solution. Et si la mairie n’a pas les moyens pour engager en propre un DSI elle peut, peut-être, se regrouper avec d’autres communes pour payer ce professionnel et répartir, en fait, le service de ce professionnel entre diverses communes et collectivités territoriales. C’est quelque chose qui existe déjà pour les polices municipales, par exemple. Ça peut être tout à fait envisageable pour ce type de professionnel. Je pense qu’il y a vraiment un marché pour ce genre de choses et des possibilités financières, même pour les communes les plus petites.

Delphine Sabattier : Et ça, Gérard de Boisboissel, vous avez des conseils à donner pour les aider à mieux se protéger quand on sait qu’il y a des communes ou même des collectivités territoriales qui ont des problèmes de budget ? Et le budget de la sécurité peut s’avérer très, très élevé.

Gérard de Boisboissel : Effectivement. Je pense que la taille de la commune c’est quand même un facteur majeur dans l’organisation de cette réponse aux menaces. Je crois que les grandes communes ont les moyens de pouvoir avoir une politique précise et des moyens à disposition, humains notamment, et techniques pour résoudre ces questions. Les petites communes, elles, doivent se regrouper. Ceci étant, je souhaiterais ajouter qu’il y a tout de même dans chaque commune, quelle que soit la taille, une politique de sécurité à avoir. Donc c’est à la fois une sensibilisation, une formation des personnes. C’est une politique de sécurité d’accès aux données : tout le monde ne peut pas accéder aux données, donc il faut définir une politique. Une politique, aussi, de stockage des données : comment stocker les données ? Où ? Selon quels critères d’accès, également ? Et puis, se faire aider et se faire aider par des audits extérieurs, si les compétences ne sont pas dans la commune - ce qui est souvent le cas dans les petites communes - eh bien il faut aller les chercher à l’extérieur et, pourquoi pas, des partenariats externes avec des personnes qui sont expertes dans le monde privé. Et puis, on peut aller jusqu’aux tests, en final, effectuer des tests pour voir si les systèmes sont bien protégés.

François Sorel : 50 % des communes ont un site qui n’est pas à jour ? 50 % des communes ! C’est impressionnant !

Gérard de Boisboissel : Beaucoup de communes ont délégué ce fameux site à une connaissance qui leur a fait les choses de façon amicale et ça, dans notre monde technologique actuel, ça n’est plus un jeu, c’est une expertise qui est demandée.

François Sorel : Oui, évidemment !

Delphine Sabattier : Des outils qui ne sont pas tenus à jour, aussi, ça c’est un principe même dans le grand public et il n’y a pas de raison que ça ne se retrouve pas au niveau local.

Gérard de Boisboissel : Bien sûr.

Laurent Vidal : Le rôle des collaborateurs est également important. Je reprends l’exemple de l'entreprise. Dans une entreprise, on va développer un esprit de responsabilité, de sécurité, une hygiène informatique. Le directeur de l’ANSSI [Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information, NdT] c’est quelque chose qu’il essaye de promouvoir, cette hygiène informatique : bien se comporter de manière générale lorsqu’on agit dans l’espace numérique, eh bien, encore une fois, c’est vrai dans l’entreprise, c’est également vrai dans la mairie. Et les employés de mairie, quels qu’ils soient, les collaborateurs du maire, doivent également développer cette hygiène de vie informatique. Et, j’allais dire, ça concerne à la fois leurs activités professionnelles, mais également leur vie privée puisque, sur les réseaux sociaux, si on est indiscret, si on commente, si on explique des choses, eh bien ma foi, on ouvre la porte à des gens qui savent trouver l’information puisqu’elle est disponible quelque part dans le nuage.

François Sorel : Oui. Bien sûr. Il y a un travail de sensibilisation qui est énorme. D’autant que, à partir de mai 2018, il y aura donc un nouveau règlement européen. On parlait tout à l’heure de responsabilité, mais cette responsabilité va être accrue, alourdie pour ces collectivités. Mon général, qu’est-ce qui va se passer à partir de mai prochain, donc mai 2018 ?

Marc Watin Augouard : Oui, mai 2018 !

François Sorel : Mai 2018, ne stressons pas trop, on a encore un peu plus d’un an. C’est vrai que la responsabilité va être encore accrue pour les collectivités.

Marc Watin Augouard : Bien sûr leur responsabilité va être accrue. Il s’agit d’un règlement européen, et je rappelle qu’un règlement ce n’est pas une directive. La directive, on est obligé de la transposer : le Parlement va voter une loi de transposition. Le règlement s’impose automatiquement en loi française.

François Sorel : Voilà ! Et on ne discute pas.

Marc Watin Augouard : Simplement il s’agit de codifier, de mettre les articles dans le code qui convient. Ce règlement est autrement plus contraignant en même temps qu’il est aussi, je dirais, unitaire que possible, sachant qu’il a quand même fallu quatre ans pour arriver à sa négociation. Quatre ans, c’est important, parce que ça montre que tous les pays d’Europe n’ont pas forcément la même maturité en matière de protection des données. Mais il est là, il arrive, il sera là, présent, obligatoire, le 25 mai 2018. Ça implique, pour tous les détenteurs de données à caractère personnel, de prendre des mesures de précaution de protection exceptionnelle. Pourquoi ? Parce que les contraintes et les sanctions seront autrement plus fortes que celles qui existent aujourd’hui. On va renforcer les pouvoirs des CNIL européennes, le fameux G29, le groupe des CNIL européennes, va avoir plus de rôle à jouer a posteriori pour vérifier que les détenteurs de données à caractère personnel les ont protégées. Mais en même temps, c’est un règlement protecteur pour les individus, notamment le droit à la portabilité, c’est-à-dire, en fait, le droit de récupérer ses données, de les transférer et donc on est vraiment dans un changement complet de portage qui va concerner, bien sûr, les individus, les citoyens, les entreprises, l’État, et aussi les collectivités territoriales

Delphine Sabattier : Mais c’est plutôt une bonne nouvelle parce que, du coup, elles vont être obligées de prendre en compte cette problématique de la sécurité. C’est une bonne nouvelle ! C’est-à-dire qu’elles vont davantage vous écouter, vous entendre, sur la nécessité de protéger les données : avec ce règlement on n’a plus le choix. Ce n’est pas une prévention, c’est vraiment une obligation.

Marc Watin Augouard : Il y aura des obligations extrêmement strictes et vous voyez que le temps qui nous sépare de l’échéance est un temps court.

Delphine Sabattier : Très court !

Marc Watin Augouard : Qui oblige tous les acteurs à vraiment prendre conscience de leurs responsabilités. Et là, le mot est très fort, c’est le mot « responsabilité ». Jusqu’à maintenant on a eu des traitements de données à caractère personnel qui étaient respectueux de la loi, mais qui n’étaient pas, sans doute, aussi protégés que ce qu’ils devront être demain.

François Sorel : Gérard de Boisboissel, c’est bien gentil tout ça, mais ça va coûter beaucoup d’argent. Qui va payer ?

Gérard de Boisboissel : Eh bien, c’est probablement la mutualisation des efforts et des moyens qui permettra de payer pour, là encore, les communes qui ont peu de moyens. C’est à peu près la seule solution.

François Sorel : Il va y avoir des fonds ? Il y aura des aides ? Comment ça va se passer ?

Gérard de Boisboissel : Il y a quelques aides de l’État, mais dans l’accompagnement des solutions technologiques plus que dans les ressources humaines à trouver.

Delphine Sabattier : En termes de formation par exemple. Vous pourriez proposer des formations ?

Gérard de Boisboissel : Alors des formations, elles seront faites au niveau intercommunal, voire régional, et mises à disposition des collectivités. Je sais que sur la région Bretagne, c’est une réflexion qui a commencé à être menée pour l’ensemble des communes : quelles solutions apporter d’aide à ces communes qui se posent ce genre de question ? Je me permettrai d’ajouter, quand même, un point qu’on a omis. Là on est petit peu dans les responsabilités, les contraintes, les risques, mais il y a aussi des opportunités pour les collectivités territoriales à suivre cette transformation numérique. D’ailleurs, ne pas la suivre serait pour elles un risque de fracture numérique, fracture numérique qui fait qu’il y aurait celles qui auraient les moyens de pouvoir suivre la transformation numérique et celles qui ne le pourraient pas. Or, on peut rapprocher au niveau social, les individus des collectivités avec, justement, l’administration de ces collectivités par un accès plus facile aux données. Donc c’est aussi quelque chose qui doit encourager, les collectivités territoriales à prendre à bras le corps cette question, se donner les moyens de la sécurité, mais les moyens de la transformation qui accompagneront les nouveaux usages qui en découleront.

Delphine Sabattier : Il faut avoir accès aussi au réseau. C’est toute la question des infrastructures. Pour les collectivités territoriales, c’est un enjeu très important aujourd’hui. Et là, il y a des aides de l’État qui sont prévues, mais c’est très long.

Gérard de Boisboissel : Voilà. Et là effectivement, je laisserai peut-être le colonel compléter, mais il y a des choses que les communes ne peuvent pas faire par elles-mêmes. La diffusion du réseau de fibre optique sur le territoire, ça c’est quelque chose qui est vu à l’échelon de la région. En Bretagne, il y a un projet qui s’appelle « Bretagne Très Haut Débit » qui vise, pour 2030, à connecter toute collectivité avec de la fibre optique.

François Sorel : Donc 2030, toutes les collectivités françaises seront connectées ?

Gérard de Boisboissel : Non, non, en Bretagne.

François Sorel : En Bretagne.

Gérard de Boisboissel : En Bretagne, c'est le « projet Bretagne Très Haut Débit ».

François Sorel : Oui, parce que c’est bien beau de parler de tout ça, mais c’est vrai qu’il y a encore énormément de petits villages, même de petits hameaux, qui n’ont pas de connexion très haut débit qui, parfois même, sont dans des zones où il n’y a rien ou pas grand-chose. Donc c’est vrai qu’il y a du travail aussi à ce niveau-là.

Gérard de Boisboissel : Et justement je parlais d’opportunité. Pour éviter que ces territoires ne rentrent dans une sorte de situation de deuxième zone, leur donner un accès à la fibre optique, c’est le pari que fait la région Bretagne pour que ces villages redeviennent attractifs, en tout cas sur le plan des usages numériques de demain. Et les grandes villes c’est une solution. Le village connecté, à la campagne, c’est peut-être ce qui va leur permettre de survivre dans les années à venir.

Delphine Sabattier : Et le point d’entrée, aujourd’hui, dans les collectivités territoriales, c’est quoi ? Il y a un directeur des systèmes de sécurité ? Est-ce que vous avez un point de contact ?

Laurent Vidal : Ça peut-être effectivement cette personne qui est responsable de la sécurité informatique de la mairie. Si ce n’est pas le cas, si ça n’existe pas ou si ça n’est pas encore en place, le maire peut s’adresser lui-même, directement, à la gendarmerie. Il y a des référents sûreté qui existent et qui sont capables de fournir des conseils. La gendarmerie étoffe son réseau de spécialistes des nouvelles technologies, en matière d’investigation notamment judiciaire, et elle développe, maintenant, une capacité à aider et à, comment dirais-je, à conseiller les mairies qui en font la demande, de manière importante. Voilà. Donc il a cette aide-là aussi qui existe. On peut toujours demander conseil, au moins sur la fiabilité des installations telles qu’elles sont envisagées. On ne donnera jamais d’avis sur les matériaux eux-mêmes ou sur les matériels qui seront installés, on n’est pas là pour vendre tel ou tel produit, en revanche pour dire « voilà, il risque d’y avoir un vrai problème de sûreté », ça c’est possible de le directement.

Delphine Sabattier : Très bien. Merci beaucoup.

François Sorel : Très bien. Merci beaucoup au général Marc Watin Augouard d’avoir été avec nous, le papa du FIC, on peut le dire. Gérard de Boisboissel et le colonel Laurent Vidal, merci beaucoup.

Gérard de Boisboissel et Laurent Vidal: Merci à vous.

jzimmermann.png Jérémie ZIMMERMANN

Open letter to the MEPs: don't haggle over the right to privacy

Le 13 February 2017 à 09:09:12

Paris 13 February 2017 — Tonight the Members of the European Parliament (MEPs) of the Committee on Civil Liberties, Justice and Home Affairs (LIBE) will have to decide which political group will be in charge of the draft report and thus to supervise the negotiations over the future ePrivacy regulation concerning respect for private life and the protection of personal data in electronic communications. The choice of political group, and therefore of the rapporteur, is often neglected in following up a legislative dossier, and yet it has substantial implications for the negotiations to come, because this person will set the general orientation and have a preponderant weight in these negociations.

La Quadrature du Net wishes to remind Members of the LIBE Committee, that the ePrivacy rule's rapporteur should be aware of the text's importance so as to respond to the expectations of millions of Europeans.

Dear Members of the LIBE Committee,

The concept of "confidentiality of electronic communication" may seem abstract, yet it is crucial for each of us because it guarantees that only the participants in the communication know its contents and information about the communication, whether it be a call, an SMS, e-mail, an instant message, or through a social network. The ePrivacy rule seeks to guarantee that all the messages we send and receive cannot be intercepted, eavesdropped, surveilled or recorded.

In the context of widespread mass surveillance -- domestic and international -- and how individuals are tracked by companies, the future rule is of overriding importance. Europeans have responded powerfully to the many disclosures of state surveillance since the Snowden episode in 2013, which have come to general awareness. The Eurobarometer of ePrivacy published by the European Commission in December 2016 states that "More than nine in ten respondents say it is important that personal information (such as their pictures, contact lists, etc.) on their computer, smartphone or tablet can only be accessed with their permission, and that it is important that the confidentiality of their e-mails and online instant messaging is guaranteed (both 92%)." That also goes for surveillance and tracking by private companies, which are less and less accepted by European internauts. According to the same Eurobarometer: "A large majority of respondents find it unacceptable to have their online activities monitored, to have companies share information about them or to have to pay not to be monitored".

The use of tools that assure some confidentiality in our communication or some anonymity on line has grown, and a great many people are using them. It is time for European political decision-makers to act on this change in society and enact suitable legislation. If the private members of the sector don't seize the current opportunity to line up with society's needs, this new legislation will force them to open their eyes.

Civil society organizations have turned their eyes today toward the European Parliament, and more specifically toward you, members of the LIBE Commission. The choice of which political group to put in charge of writing the report, from which the choice of the rapporteur will follow, will be critical for the text's future, and you can't take that lightly. The assignment of the ePrivacy rule shouldn't be bartered irrationally. On the contrary, it should be a subject of serious reflection, and should be based on certain criteria in order to assure balanced negotiations.

Therefore La Quadrature du Net calls on you to choose a rapporteur who

  • has some knowledge of the subject as well as the political, societal, and technical matters;
  • recognizes Europeans' current aspiration to greater confidentiality in electronic communication and their private lives;
  • understands that the electronic communication sector needs special rules to protect them where what their content could disclose extremely sensitive personal information, and where the use is constantly growing;
  • is convinced the general data protection regulation adopted last April, and the coming ePrivacy regulation, can represent competitive advantages for European companies;
  • understands the decisions of European courts concerning metadata. 1

These demands are not ideological, they are are only the bare minimum needed to begin on a basis coherent with the general data protection regulation which you adopted by a very large majority last year. They are similarly the conditions needed so as not to come directly and frontally into conflict with the interests and expectations of millions of Europeans.

It does not matter which political side the future rapporteur will be from, as the right to respect for one's private life and for one's communications has no political color. Nevertheless, it would be neither reasonable nor acceptable to entrust with the task of overseeing this text a person who considers that these principles are ancillary or already sufficiently framed.

La Quadrature du Net remains attentive to the process of negotiation that will lead to choosing the rapporteur of the future ePrivacy regulation, and calls on you to take these few basic criteria into account during your discussions.

  • 1. Point 99 of the CJEU's decision on 21 December 2016 : Taken all together, these data can be used to draw very precise conclusions about the private life of persons whose data have been kept, such as the conduct of their daily lives, the places they stay permanently or temporarily, where they go, what they do, their social relationships and the social milieux they frequent (see, by analogy, the concerns of directive 2006/24, Digital Rights order, point 27). In particular, these data make it possible to establish, along with the General Counsel's report on points 253, 254, and 257-259 of its conclusions, the profiles of persons concerned, information just as sensitive -- with respect to law about the respect for privacy -- as the content of communications itself; and agrees about their personal nature and thus their specific need for protection.

12 February 2017

tnitot.png Tristan NITOT

En vrac du dimanche

Le 12 February 2017 à 11:28:00

En vedette :

Democracy_vs_Despotism.jpg

Hervé Le Crosnier, mon éditeur, me fait passer ce lien, Le despotisme, expliqué en 1946 par l’Encyclopedia Britannica. Cette vidéo explique en substance que le despotisme (on dirait plutôt dictature, aujourd’hui) peut être caractérisé par deux choses :

  1. un respect limité à quelques groupes de personnes et
  2. un pouvoir concentré dans les mains de quelques personnes.

Par ailleurs, la vidéo note qu’il y a deux conditions ont souvent permis l’arrivée du despotisme dans l’histoire :

  1. la distribution inégale des richesses et
  2. le contrôle de l’information.

Ces 4 points sont particulièrement saillants en ce moment :-( . Un critique de ce petit film relève très justement qu’en ce début de XXIe S., ce n’est pas tant l’information qui est contrôlée que dévaluée. Surabondante, contradictoire, bourrée de fake news et d‘alternative facts, fait qu’elle perd en qualité et en crédibilité alors qu’elle gagne en quantité. C’est Garry Kasparov (le champion d’échecs devenu défenseur des droits de l’homme) qui le dit très bien :

L’objectif de la propagande moderne n’est pas juste de vous désinformer ou de promouvoir des idées. C’est d’épuiser votre pensée critique, pour détruire la vérité.

En vrac


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Mise à jour: Le 24 February 2017 à 07:32:25