Promouvoir et défendre le logiciel libre

23 June 2018

bsibaud.png Benoît SIBAUD

LinuxFr.org : première quinzaine de juin 2018

Le 23 June 2018 à 11:28:03

Nonante-huitième épisode dans la communication entre les différents intervenants autour du site LinuxFr.org : l’idée est tenir tout le monde au courant de ce qui est fait par les rédacteurs, les admins, les modérateurs, les codeurs, les membres de l’association, etc.

L’actu résumée ([*] signifie une modification du sujet du courriel) :

Statistiques

Du 1er au 15 juin 2018

  • 1528 commentaires publiés (dont 8 masqués depuis) ;
  • 248 tags posés ;
  • 80 comptes ouverts (dont 6 fermés depuis) ;
  • 35 entrées de forums publiées (dont 0 masquée depuis) ;
  • 20 liens publiés (dont 1 masqué depuis) ;
  • 21 dépêches publiées ;
  • 25 journaux publiés (dont 1 masqué depuis) ;
  • 3 entrées nouvelles, 1 corrigée dans le système de suivi ;
  • 1 sondage publié ;
  • 0 pages wiki publiées (dont 0 masquée depuis).

Listes de diffusion (hors pourriel)

Liste webmaster@ - [restreint]

  • R.A.S.

Liste linuxfr-membres@ — [restreint]

  • [membres linuxfr] Bouffe des 20 ans le 28 juin à Paris

Liste meta@ - [restreint]

  • [Meta] Incident du jour sur SSL/TLS
  • [Meta] Quel avenir pour la tribune ?

Liste moderateurs@ - [restreint]

  • [Modérateurs] certificat linuxfr expiré
  • [Modérateurs] Incident du jour sur SSL/TLS
  • [Modérateurs] Certificat SSL
  • [Modérateurs] où se trouvent les CSS de Linuxfr [*]
  • [Modérateurs] forum - bug pour s'inscrire ?

Liste prizes@ - [restreint]

  • [Prizes] LinuxFr prizes recap du samedi 9 juin 2018, 13:35:23 (UTC+0200)
  • [Prizes] J'ai gagné un livre!

Liste redacteurs@ - [public]

  • [Rédacteurs] Incident du jour sur SSL/TLS

Liste team@ - [restreint]

  • [team linuxfr] Certificat SSL du site linuxfr.org expiré
  • [team linuxfr] Tweet de Laurent Jouanneau (@ljouanneau)
  • [team linuxfr] Incident du jour sur SSL/TLS
  • [team linuxfr] Purge du compte X [*]
  • [team linuxfr] réouverture de compte
  • [team linuxfr] Organisez des événements dans le cadre de la Fête des Possibles, du 15 au 30 septembre 2018

Liste webmaster@ — [restreint]

  • R.A.S.

Canal IRC adminsys (résumé)

  • certificat X.509 périmé (encore merci à tous ceux qui l'ont signalé), passage à Let's Encrypt et communication post-incident
  • renouvellement du domaine (encore merci Yann)
  • dernière version de Jessie (8.11) prévu le 23 juin, et ensuite passage en fin de vie
  • question relative à la configuration DMARC de la liste Sympa des modérateurs qui change le From de l'émetteur dans certains cas
  • rachat de GitHub par Microsoft et dépôts LinuxFr.org. Faut-il bouger et pourquoi.
  • Let's Encrypt et HTTP en clair pour le renouvellement ? Voir par exemple la discussion
  • discussion sur les aspects sécurité de l'affichage distant d'images sur la tribune
  • « 20 ans le bel âge pour mourir », ah non ça parle de Yahoo Messenger, pas de nous
  • 20 ans du site et POSS en décembre ?
  • courriels envoyés pour préparer les entretiens des 20 ans
  • peu de présents aux RMLL dans l'équipe. Snif. Me laissez pas tout seul.
  • travaux en cours pour nettoyer le dépôt git d'admin (avec des fichiers générés par ansible notamment). Sans oublier de finaliser la partie Let's Encrypt…
  • toujours un conteneur à migrer en Jessie, et ensuite trois en Stretch. Et aussi un hôte Trusty à mettre à jour.

Tribune de rédaction (résumé)

  • idée de dépêche : NetHammer (finalement parue sous forme de lien)
  • avis de grand calme

Tribune de modération (résumé)

  • peu de présents aux RMLL dans l'équipe. Snif. Me laissez pas tout seul.
  • du spam
  • améliorations de CSS proposées par voxdemonix
  • les admins du site ont des facilités techniques pour traquer les spammeurs et les multis, par rapport aux modérateurs
  • retour des Geek Faeries

Commits/pushs de code https://github.com/linuxfrorg/

  • (springcleaning) admin-linuxfr.org en cours de conversion vers Ansible
  • Allow users to choose the source for their tribune smileys in prefere…
  • Add a border for missing title on images
  • Fix max height for image on computer screen

Divers

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LinuxFr.org : seconde quinzaine de mai 2018

Le 23 June 2018 à 10:57:18

Nonante-septième épisode dans la communication entre les différents intervenants autour du site LinuxFr.org : l’idée est tenir tout le monde au courant de ce qui est fait par les rédacteurs, les admins, les modérateurs, les codeurs, les membres de l’association, etc.

L’actu résumée ([*] signifie une modification du sujet du courriel) :

Avertissement

Ceci est un second message pour prévenir certains de nos visiteurs qui nous transmettent inutilement des infos sensibles via leur lecteur de flux RSS/Atom, infos qui se retrouvent stockées dans nos logs web.

Format par défaut d'un log du serveur web Nginx (source) :

log_format combined '$remote_addr - $remote_user [$time_local] '
                    '"$request" $status $body_bytes_sent '
                    '"$http_referer" "$http_user_agent"';

Certains utilisateurs nous transmettent leur nom d'utilisateur distant (pas forcément gênant, mais inutile).

Par contre, certains nous transmettent leur nom d'utilisateur ET leur mot de passe. On a ainsi leur nom d'utilisateur dans le champ remote_user mais aussi leur nom d'utilisateur et leur mot de passe en clair dans le champ http_referer, sous la forme http://login:pass@linuxfr.org/journaux.atom ou https://login:pass@linuxfr.org/news.atom. Cela concerne 6 utilisateurs différents (tous utilisateurs de FreshRSS), dont 1 a été identifié et contacté en privé. Pour les cinq autres, à savoir Jeoffrey, jm, lionel, SVNET et titoko, je vous suggère d'arrêter de nous envoyer votre mot de passe, puis de changer de mot de passe étant donné qu'il a fuité, et aussi d'utiliser préférentiellement la version HTTPS du flux souhaité. N'hésitez pas à me contacter en privé si vous avez des questions (oumph CHEZ linuxfr.org).

La version FreshRSS 1.11.0 du 2018-06-03 corrige ce problème Strip HTTP credentials from HTTP Referer in SimplePie #1891.

Statistiques

Du 16 au 31 mai 2018

  • 1371 commentaires publiés (dont 11 masqués depuis) ;
  • 344 tags posés ;
  • 99 comptes ouverts (dont 9 fermés depuis) ;
  • 33 entrées de forums publiées (dont 1 masquée depuis) ;
  • 32 liens publiés (dont 1 masqué depuis) ;
  • 26 dépêches publiées ;
  • 30 journaux publiés (dont 1 masqué depuis) ;
  • 3 entrées nouvelles, 1 corrigée dans le système de suivi ;
  • 0 sondage publié ;
  • 2 pages wiki publiées (dont 1 masquée depuis).

Listes de diffusion (hors pourriel)

Liste webmaster@ - [restreint]

  • R.A.S.

Liste linuxfr-membres@ — [restreint]

  • R.A.S.

Liste meta@ - [restreint]

  • R.A.S.

Liste moderateurs@ - [restreint]

  • [Modérateurs] Dépêche Refaire linuxfr
  • [Modérateurs] contenu problématique
  • [Modérateurs] nfsw
  • [Modérateurs] URL d'une dépêche

Liste prizes@ - [restreint]

  • R.A.S.

Liste redacteurs@ - [public]

  • R.A.S.

Liste team@ - [restreint]

  • [team linuxfr] Optimize MySQL
  • [team linuxfr] Login/mot de passe envoyé en clair dans une URL HTTP sur LinuxFr.org
  • [team linuxfr] Login/mot de passe envoyé en clair dans une URL HTTP sur LinuxFr.org
  • [team linuxfr] Login/mot de passe envoyé en clair dans une URL HTTP sur LinuxFr.org
  • [team linuxfr] Test passage en Jessie
  • [team linuxfr] Joker.com: Your domains are about to expire (expiration report)

Liste webmaster@ — [restreint]

  • R.A.S.

Canal IRC adminsys (résumé)

  • mises à jour de sécurité
  • le support sécurité normal pour Debian GNU/Linux 8 Jessie s'arrête au 17 juin
  • expiration du certificat au 3 juin et discussion sur le renouvellement
  • deux conteneurs mis à jour en Jessie, en attendant le passage en Stretch
  • le conteneur de développement redirige tout le trafic en HTTPS désormais
  • une boucle de courriels entre un système de ticket et notre gestionnaire de liste de diffusion
  • travaux en cours pour nettoyer le dépôt git d'administration système (avec des fichiers générés par l'outil d'automatisation Ansible notamment)

Tribune de rédaction (résumé)

  • Migration de GIMP vers GitLab ajoutée dans la dépêche sur la 2.10.2
  • Demande de retours sur la dépêche GrafX2 par le développeur principal
  • Une correction post-publication

Tribune de modération (résumé)

  • du spam (dont un robot réutilisant des extraits de phrases)
  • modération d'une image déplacée
  • expiration de notre certificat X509 Gandi Wildcard au 3 juin
  • évocation du renouvellement du CNNum (on aurait pu mentionner les entrées au comité de prospective de la CNIL)
  • migration de deux conteneurs en Debian Jessie

Commits/pushs de code https://github.com/linuxfrorg/

  • Merge pull request #222 from fredplante/master
  • Fix typo
  • (svgtex) fixes duplicate xlink attribute on svg result
  • (epub) Use https for LinuxFr.org URLs

Divers

  • Geek Faëries du 1 au 3 juin : conférence « LinuxFr.org, 20 ans que ça geeke » et table ronde « Ces plates‐formes du Libre qui soutiennent les communautés » avec l'Agenda du Libre et En Vente Libre. Plein de mercis à Bookynette pour le Village du libre, à l'équipe organisatrice des GF, et à Marco et Marius pour l'hébergement.
  • Proposition de conférence soumise + table ronde + demande de stand pour les RMLL 2018 Strasbourg

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22 June 2018

april.png Nouvelles April

La place du logiciel libre dans la société - Capitole du Libre 2017

Le 22 June 2018 à 14:21:21


David Keribin

Titre : La place du logiciel libre dans la société
Intervenants : Adrien Blind - Sébastien Dinot - Pierre-Yves Gosset - Jean-Baptiste Kempf - Christophe Sauthier - David Keribin - Lionel Porcheron
Lieu : Toulouse - Capitole du Libre
Date : novembre 2017
Durée : 1 h 35 min
Visionner la vidéo
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : copie d'écran de la vidéo
NB : transcription réalisée par nos soins. Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Transcription

David Keribin : Allez, c’est parti. Bonjour à tous. Je suis heureux d’être là avec vous aujourd’hui. Je me présente très rapidement et on va surtout laisser la place aujourd’hui aux intervenants sur cette table ronde. Je vous rappelle le thème de cette table ronde, c’est donc « La place du logiciel libre dans la société ». Je m’appelle David Keribin, je suis le fondateur d’une société qui s’appelle CityMeo et, dans mon quotidien, j’utilise Android, Tyson, Microsoft Office, Mac OS X, Slack, Google Apps, mais aussi VLC. Donc je suis un peu un utilisateur du Libre, mais aussi là pour faire réagir les intervenants autour de cette table et je vais laisser Christophe Sauthier se présenter.

Christophe Sauthier : Merci. Vous pouvez l’applaudir quand même.

[Applaudissements]

Il faut en profiter parce qu’après, ses questions, on ne va pas les aimer. Donc Christophe Sauthier : je suis le fondateur d’une société qui s’appelle Objectif Libre]1. Comme le nom l’indique on travaille dans le logiciel libre avec uniquement, quasiment, de la transformation vers le cloud. J’ai un passif et un passé de libriste convaincu puisque j’ai été président d’Ubuntu-FR pendant huit ans et je suis un des cofondateurs de Capitole du Libre.

[Applaudissements]

Jean-Baptiste Kempf : Ils ne vont pas applaudir à chaque fois ! Donc moi je suis, comme vous voyez, avec le chapeau ; je suis le président de VideoLAN2 ; je bosse sur VLC depuis 12 ans et j’ai géré le projet et guidé le projet. Je suis plutôt geek, mais, pour survivre dans le Libre, moi j’ai monté une start-up autour du Libre.

[Applaudissements]

Adrien Blind : Pour ma part je m’appelle Adrien Blind, je travaille dans une grande banque comme Thought Leader, en gros un évangéliste technologique. À côté de ça, je suis Docker Captain et j’anime plusieurs meet-up ou co-anime comme les meet-up Docker, Kubernetes, Serverless sur la place parisienne.

[Applaudissements]

Sébastien Dinot : Bonjour. Sébastien Dinot. Au niveau professionnel, je conseille mon entreprise, une ESN, qui s’appelle C-S, sur le Libre dans ses quatre dimensions technique, économique, juridique et communautaire. Et, au niveau privé, j’ai été pendant 13 ans au conseil d’administration de l’April3.

[Applaudissements]

Pierre-Yves Gosset : Je suis le dernier. Donc Pierre-Yves Gosset ; je suis directeur et délégué général de l’association Framasoft4, qui promeut le logiciel libre et la culture libre, et coordinateur des campagnes « Dégooglisons Internet » et de la campagne « Contributopia ».

[Applaudissements]

David Keribin : Pierre-Yves, on va profiter que tu aies le micro, tu l’as déjà c’est bon, tu viens juste de le retrouver. Pour commencer, tout d’abord, on va parler logiciel libre. Inévitablement le terme va être à définir. On va parler aussi open source pendant ce moment. Est-ce que tu peux rapidement nous donner, toi, ta définition de l’open source, du logiciel libre, pour qu’on commence à discuter dessus ?

Pierre-Yves Gosset : Du coup la définition pour moi va être très simple. Le logiciel libre c’est l’open source plus des valeurs éthiques et sociales. Ce qui veut dire que l’open source c’est du logiciel libre moins des valeurs éthiques et sociales.

David Keribin : Très bien. On va continuer avec Jean-Baptiste. Jean-Baptiste, tout à l’heure tu me disais que VLC c’était bien parce que personne ne sait que c’est libre. Est-ce que je peux te lancer dessus pour qu’on commence à parler de qu’est-ce que c’est que le logiciel libre vraiment dans la société avec le nombre d’utilisateurs que peut avoir VLC ?

Jean-Baptiste Kempf : Tu tapes directement tout de suite, toi ! Cash ! En fait, ouais, c’est vrai que je dis ça souvent. En fait, les gens utilisent VLC parce que VLC c’est bien et après, ils savent que c’est libre ou, la plupart du temps, ils ne savent pas du tout. Je pense que 99,9999 % de nos utilisateurs n’ont aucune idée que c’est libre. Et c’est vraiment important, c’est qu’il faut qu’on ait un niveau de qualité qui ne soit pas aussi bien mais au moins assez proche. Aujourd’hui il manque beaucoup d’alternatives à plein de logiciels propriétaires, logiciels qui sont parfois juste des services internet complètement propriétaires. Et surtout, pire que propriétaires, il y a les propriétaires dans lesquels on n’a pas nos données et on n’a pas accès à nos données. C’est parfois difficile de vivre de logiciels libres, mais je pense que c’est vraiment important d’aller vers plus de logiciels libres, comme ça, et surtout de faire comprendre aux gens l’utilité du soft. Mais pour arriver à une comparaison avec l’utilité du soft, il faut vraiment qu’on arrive au moins à un niveau de performance qui soit aussi bon. Et ça, c’est vraiment galère !

David Keribin : Et du coup, la sécurité des données c’est quelque chose qui est le plus important, qui pousse à faire du Libre ? Ou est-ce que c’est juste indépendant et un des volets ?

Jean-Baptiste Kempf : Pour moi c’est indépendant. Parce qu'en fait, aujourd’hui, il y a plein de gens qui font du Libre, qui utilisent du Libre dans du cloud et c’est encore pire parce qu’ils utilisent le travail des gens du Libre, ils font tout contre la philosophie ; ils n’ont pas les valeurs comme on venait de dire et on ne peut pas récupérer les données. Et puis, comme en fait tu récupères juste le service, ils trichent complètement. C’est-à-dire que tu te fais complètement avoir et, en plus, tu ne peux pas récupérer tes données, je pense à Google, mais ils ne sont pas les seuls.

David Keribin : Tout à l’heure, Christophe, tu me parlais du paradoxe du pro avec les données libres. Est-ce que tu peux étayer ça parce que ça va dans ce sens ?

Christophe Sauthier : C’est un peu ça. Je trouve qu’aujourd’hui on n’a jamais eu autant d’utilisation du logiciel libre en entreprise. Toutes les entreprises utilisent du logiciel libre ou même en produisent pour beaucoup, mais pourtant, d’un point de vue utilisateur final, plus personne ne s’y intéresse. La majorité des utilisateurs finaux, aujourd’hui, délaissent complètement le côté libre et le côté éthique par simplicité, parce qu’ils se disent de toutes façons j’ai un logiciel, j’ai Chrome aujourd’hui, ça marche bien ; je l’ai sur ma tablette, je l’ai sur mon téléphone, je l’ai sur mon ordinateur, ça me va ! Alors que c’est tout sauf libre aussi et c’est le vrai problème qu’on peut rencontrer pour tous les utilisateurs qui n’utilisent, eux, plus de logiciels libres en tant qu’utilisateur final, alors que tous ces logiciels qu’ils utilisent sont eux bâtis sur des briques open source et beaucoup de logiciel libre.

David Keribin : Avant d’être un utilisateur pro on est un utilisateur particulier. Sébastien, tout à l’heure tu m’expliquais que, à titre personnel, tu étais militant mais que dans ta société, toutes les données ne se reflétaient pas. Est-ce que tu peux détailler ça ?

Sébastien Dinot : Disons que je distingue ma position personnelle, qui est une motivation éthique, de ma motivation professionnelle où là, j’ai un devoir de conseil et je suis un mercenaire dans le niveau professionnel. Donc je ne vais pas forcément forcer les gens qui ne veulent pas faire du Libre à en faire. Je veux qu’ils aient une expérience positive du Libre. Si je sens une volonté, si je sens une ouverture, je vais leur montrer que c’est une carte à jouer et puis, quand je sens que les gens ne veulent pas, je ne vais pas les contraindre ; ça serait un échec, ils auraient une mauvaise expérience parce qu’ils auraient, finalement, tous les mauvais côtés sans bénéficier, puisqu’ils ne joueraient pas pleinement le jeu, ils n’auraient pas les côtés positifs. Donc je saisis toutes les opportunités, mais quand je sens que ce n’est pas la peine, je ne joue pas cette carte-là.

David Keribin : OK ! Comment on lutte sans pour autant générer sa propre mort ? On parlait tout à l’heure de communiquer sur les réseaux sociaux. On évoquait le cas de Diaspora et notamment de Framasoft qui communiquait dessus. Comment aujourd’hui on arrive à communiquer, à rendre pérenne le logiciel libre tout en communiquant sur ce type de réseaux ?

Pierre-Yves Gosset : Je fais une réponse violente : on n’y arrive pas ou très difficilement. Non. Le logiciel libre est un bien commun et donc il faut en prendre soin. Évidemment, on est beaucoup moins nombreux sur un réseau social comme Diaspora. Framasphère qui est notre instance de Diaspora, il doit y avoir à peu près 40 000 inscrits et en gros 10 000 utilisateurs actifs qui viennent vraiment régulièrement poster des informations et échanger dessus. Évidemment c’est peanuts par rapport aux 2 milliards 500 millions d’utilisateurs de Facebook. La question, après, c’est est-ce qu’on fait bien de continuer ou est-ce qu’on laisse tomber ? Et ma réponse est on doit continuer, même si on n’est pas très nombreux, même si c’est plus difficile parce que, encore une fois, sinon on part du principe que Facebook, qui est un énorme contributeur à l’open source et non pas au logiciel libre, propose à travers React et compagnie des solutions libres qui fonctionnent et donc autant tous aller chez Facebook quand bien même c’est un captateur de données absolument monstrueux au niveau planétaire. L’intérêt c’est que chacun va pouvoir choisir quelles vont être les plateformes qui l’intéressent suivant les sujets qui l’intéressent, suivant ce qu’il veut mettre dessus. Et finalement, c’est ce qu’on a tendance à dire à Framasoft, que dans le logiciel libre on s’en fiche que le logiciel soit libre, mais il faut que l’utilisateur le soit et l’utilisateur, sur un réseau social libre, est beaucoup plus libre de ses paroles, de ce qu’il peut dire, dans les échanges qu’il va avoir avec les autres, que sur un réseau tiers comme Facebook. Même si on n’est pas nombreux, venez, rejoignez-nous, pas forcément sur Framasphère mais sur d’autres réseaux et c’est comme ça que, petit à petit, on fera en sorte que le Libre fonctionne.

Christophe Sauthier : Tu rejoins un petit peu ce que disait Sébastien tout à l’heure, c’est de dire quand il rencontre, et j’ai la même position que toi Seb là-dessus, quand je rencontre des gens qui ne vont pas être convaincus ou pour qui le logiciel libre ne serait pas adapté, parce qu’il y a des cas dans lesquels ce n’est pas adapté, il ne faut pas leur imposer. Parce que, au contraire, tu vas les dégoûter !

Pierre-Yves Gosset : Je propose aux gens de venir. Nous sommes une association d’éducation populaire, nous n’imposons aucun choix et même, nous ne jugeons pas. Je veux dire, les gens qui sont sur Facebook, ils peuvent être sur Facebook. L’idée n’est pas du tout de les insulter et de leur dire « quittez Facebook ». On essaye de mettre en valeur quels sont les mécanismes de l’économie de l’attention, de ce qu’on appelle le capitalisme de surveillance, qui font fonctionner Facebook, de façon à ce que les gens puissent avoir un choix éclairé. Après ils viennent sur Framasphère ou ils viennent sur Mastodon ; ils font ce qu’ils veulent. On ne force pas.

Sébastien Dinot : Juste, si je peux me permettre, toi je sais que je ne vais rien t’apprendre, mais le logiciel libre c’est une condition nécessaire, ce n’est pas une condition suffisante. Parce qu’on peut imaginer qu’un jour tous les grands opérateurs, les GAFAM et compagnie, utilisent tous du logiciel libre. Il y a la notion de qui héberge la donnée : est-ce que c’est moi ou est-ce que c’est un opérateur de confiance ou est-ce que c’est une entité que je ne connais absolument pas ? Et ce sont des questions différentes et vous luttez sur ce point-là à Framasoft ; vous invitez les gens à s’auto-héberger. ce n’est pas qu’une question de… [logiciel libre, NdT]

David Keribin : Et comment on arrive à atteindre la masse critique qui va permettre d’être une société qui va compter et qui va permettre de devenir pérenne et vraiment d’amener les utilisateurs sur notre réseau ?

Pierre-Yves Gosset : Je peux être radical ? Je peux dire il ne faut pas atteindre une masse critique, il faut atteindre des masses critiques et les mettre en réseau. C’est-à-dire que si on veut lutter contre la centralisation des données, si un Google du Libre qui arrive demain ou si Google, même, libère l’ensemble de ses outils, ça ne changera rien vu que son modèle, enfin son business modèle, est basé sur un modèle de captation et d’exploitation financière des données ; je ne vois pas comment est-ce qu’on pourrait avoir un Google du Libre ; ce serait absolument stupide. L’idée est plutôt d’utiliser l’intelligence collective des personnes qui sont dans cette salle et ailleurs, et qui sont volontaires et militantes dans le milieu du logiciel libre, pour construire plein de petits réseaux fédérés. Si c’est pour faire un Airbus numérique du Libre, si je comprends le sens de ta question, comment est-ce qu’on fait pour avoir un acteur qui atteindrait une telle taille ? Je ne crois pas dans l’Airbus numérique du Libre. Je pense qu’il faut plutôt plein de petits acteurs qui sont capables de fonctionner ensemble. Ça gagnera sans doute beaucoup moins d’argent, mais je suis très content : Christophe et Jean-Baptiste sont la preuve vivante qu’on peut être fondateur de société de logiciel libre et vivre ainsi.

David Keribin : Justement, sans parler de Google, qui va avoir énormément de braquets et d’activités, un VLC aujourd’hui qui pour a pour principale activité un lecteur vidéo, comment on devient aujourd’hui pérenne et comment on continue à grossir ?

Jean-Baptiste Kempf : C’est la blague que je fais habituellement, notamment quand je vois des politiques en France, je me présente en disant que je suis l’éditeur du logiciel français le plus utilisé au monde et le moins rentable.

[Applaudissements]

Si on parle en termes d’art pur, c’est absolument une catastrophe. Et en plus on a la difficulté, il n’existe pas de business model B to C open source et libre. Ça n’existe pas. Il y a juste un exemple qui était Mozilla, qui a réussi à faire de la pub pour Google pendant dix ans et récupérer 400 millions d’euros par an ; à part ça, ça n’existe pas. Donc résultat, tu fais des trucs B to B et résultat, tu fais des briques technologiques et donc, finalement, le Libre est invisible. Donc c’est très difficile aujourd’hui. Moi j’ai trouvé des solutions. Elles marchent parce que VLC ; elles marchent parce que j’ai profité un petit peu de la partie start-up et donc, auprès de pouvoirs publics, etc., je dis que je suis une start-up alors qu’en fait, ce que je fais, je suis un éditeur de Libre. Ce n’est pas toujours marrant mais ça ne marche pas trop mal et surtout j’ai des services qui sont B to B autour. Mais c’est très compliqué et en plus, quand on est dans le multimédia où il y a des gens, d’autres méchants qui sont encore plus méchants que les GAFAM et mes potes d’HADOPI, c’est encore plus dur quoi !

Sébastien Dinot : Non, mais ils vont nous voir ! HADOPI !

Jean-Baptiste Kempf : Très bien, ça réveille tout le monde.

David Keribin : Ça marche HADOPI ? Et quand le logiciel commence à grossir, est déjà relativement gros et très gros même, comment on recrute des gens qui ont envie de bosser et de continuer à développer un produit comme VLC ?

Jean-Baptiste Kempf : Mais on ne le fait pas ! En fait, VLC ça date de bien avant moi, même s’il y a des gens qui aiment bien dire que je suis le créateur. Le problème c’est que moi, quand je suis arrivé, j’ai créé l’association pour sortir du projet étudiant qui était à l’école, justement parce que c’était déjà trop gros pour juste des étudiants. En fait, le modèle a marché de 2008 à 2012 et après on a eu le même problème, c’est-à-dire comment on passe à l’étape d’après, parce qu’il faut des gens professionnels. Et donc c’est ça qui est difficile. Moi, jusqu’à il y a quelques années, avant j’allais faire des conférences, j’allais voir des étudiants et ils me disaient : « Ah c’est trop bien VLC, etc. » Je dis « Eh bien, venez ». Moi, quand j’étais étudiant, les cadors c’étaient les mecs qui faisaient du Libre mais c’étaient des gros tueurs ! Et quand je vais voir, dans plein d’écoles ce qu’ils veulent c’est faire le nouveau Flappy Bird parce que, tu comprends, ils vont faire un million d’euros par jour, ou alors le Uber de la farine. Ça peut marcher ! Ou le Uber des pierres tombales, je pense que ça marche encore mieux ! On peut en parler, après, s’il y a des gens qui veulent discuter. Bref, pour revenir au sujet, c’est hyper difficile. Et donc moi, c’est vrai qu’on fait des trucs techniques et il faut payer, etc. Mais des mecs qui bossent sur VLC, quand ils vont chez Facebook ou chez YouTube, on multiplie le salaire par six, huit, dix. Les étudiants n’ont pas envie d’aller se faire chier !

David Keribin : Du coup est-ce qu’il faut une société systématiquement derrière un logiciel libre pour y arriver ? Je prends le cas de Docker par exemple.

Adrien Blind : Je ne sais pas s’il faut nécessairement une société, mais je pense qu’il y a de bonnes synergies, en fait, qui peuvent se créer entre ces mondes-là parce que, du coup, ça permet d’une part de faire en sorte d’avoir une structure qui permette d’avoir de l’animation et qui permette de sortir un produit qui va séduire un public complémentaire dans les entreprises, parfois, mais aussi au-delà. Je pense surtout que cette complémentarité va permettre, finalement, d’aller au-delà, justement, d’un produit fermé d’entreprise, de lui donner beaucoup plus de valeur, de lui trouver un public plus large et puis voilà !

Christophe Sauthier : Dans ce cas-là, est-ce que la description que tu as faite de la société, est-ce qu’elle ne pourrait pas être remplie par une fondation ? Parce que ce que tu décris de la société, par exemple par rapport à Docker, dans le monde dans lequel j’évolue, OpenStack, c’est la fondation OpenStack qui fait ça, qui va après s’appuyer sur les différentes sociétés qui peuvent participer, mais c’est une fondation qui le fait.

Adrien Blind : Je ne dis pas que ça soit impossible. Le cas de Docker est un peu particulier parce que son histoire c’est celle, au départ, d’un hébergeur de solutions de pass, de cloud et finalement, un jour, ils se sont mis à partager leur outil et je trouvais que déjà la démarche était très intéressante, justement, d’open sourcer le code et ils se sont rendu compte qu’ils avaient un asset de grande valeur et je trouve que c’était une très bonne chose de l’ouvrir, de ne pas le garder pour eux et d’en faire une solution éditeur traditionnelle. Après, la réalité c’est que Docker, dans leur cas, ils étaient déjà une entreprise. Ils se sont rendu compte que leur outil avait plus de valeur que leur business historique. Donc ils ont pivoté, ils se sont recentrés sur l’outil. Après, vu que c’est une entreprise, elle a besoin de trouver un public, de gagner de l’argent parce qu’elle n’a pas les mêmes attendus ; elle ne s’est pas construite autour de la même finalité au départ. Pour autant, ce que je trouve intéressant, autant je suis d’accord avec ce que tu dis sur le fait que des fondations remplissent très bien ce genre de rôle et tu le cites, avec grande justesse, sur OpenStack, autant là c’est intéressant de voir que finalement une entreprise s’est mise, justement, à changer de paradigme, à s’ouvrir, mais après, vu qu’elle part du principe qu’elle était déjà une entreprise, elle a besoin de continuer à fonctionner, à gagner de l’argent pour vivre.

Sébastien Dinot : Si vous permettez, je ne suis pas tout à fait d’accord avec vous. Parce qu’on a l’impression que d’un côté il y a des fondations, comment dire, qui essaieraient de faire évoluer, créer et d’entretenir les communautés, et des entreprises qui se soucieraient essentiellement de marketing, à la limite. Or, par exemple, l’entreprise pour laquelle je travaille développe certains de ses logiciels et les publie sous licence libre et ce dont nous nous rendons compte au fil du temps, c’est que notre trésor, ce qui est le plus précieux, c’est notre communauté. Et donc actuellement, nos efforts visent à entretenir cette communauté, à se montrer bienveillants, à lui permettre de se développer. Dans dix jours, il y a une rencontre à Toulouse qui va réunir tout un tas d’acteurs, utilisateurs et contributeurs du monde entier. Et même pour les entreprises, la communauté, quand vous avez vraiment compris ce qu’est le Libre, la communauté devient une valeur centrale.

David : Je pense que la question que tu poses, Christophe, c’est est-ce que, aujourd’hui, supporter un logiciel par une société c’est systématiquement être mauvais éthiquement parlant ?

Sébastien Dinot : Non. Non, parce que si vous êtes mauvais éthiquement, vous avez la sanction. Il y a plein d’histoires dans le Libre d’entreprises qui ont commencé à faire du Libre et puis, tout d’un coup, qui ont trouvé qu’elles avaient un problème économique : « Et puis si on refermait un petit peu ? Oui, on va refermer, et ça on va le vendre en propriétaire. » Et tout de suite qu’est-ce qui se passe ? La réaction de la communauté est violente, parce qu’elle se sent flouée. Elle a contribué à un projet qui était annoncé comme communautaire et, tout d’un coup, elle se retrouve avec des composants qui sont fermés. Et ça, c’est la mort des projets.

David Keribin : Est-ce que, pour autant, ça suffit à être la mort des projets ?

Christophe Sauthier : Je ne suis pas d’accord avec toi Seb. J’ai une société en tête clairement, que je ne citerai pas. J’ai une société en tête. Non c’est vrai, Oracle était une hypothèse aussi, mais non, j’ai une société en tête où moi j’ai été clairement menacé par le PDG de la boîte parce qu’il me disait : « Attends, tu fais du logiciel libre, tu vends des services sur les logiciels libres que nous on édite ». J’ai dit : « Ouais, d’ailleurs je respecte ta marque et compagnie. » Il dit : « Non, mais ce n’est pas pareil, c’est mon gagne-pain ! » Voilà ! Je veux dire il y a des boîtes, et ils ont toujours pignon sur rue et ils continuent à le faire. Non, non, le côté éthique, ce n’est pas parce que tu fais du Libre que tu as une éthique derrière.

Sébastien Dinot : Oui ! Dans ce cas-là, je rejoins. Il faut faire la distinction entre les margoulins de l’open source et les gens qui essayent d’être dans le mouv' et qui ont compris les défis, mais qui ont aussi compris la richesse et les codes, ce qu’on doit faire et ce qu’on ne doit pas faire.

David Keribin: Vas-y Adrien.

Adrien Blind : Je pense aussi, si on reprend l’exemple de Docker, c’est une structure qui est partie en ouvrant finalement son outil au départ et qui, ensuite, a commencé à chercher un business modèle pour pouvoir, justement, fructifier autour de ça. À un moment donné, je me souviens, elle commençait justement à se recentrer beaucoup plus fortement sur ces aspects-là et puis la communauté a commencé à être moins derrière elle, à moins suivre, et ils ont fait pas mal de choses, notamment autour du projet Moby pour relancer de la dynamique, pour remettre l’open source au premier plan parce qu’il y a de grosses synergies évidemment ; parce que quand eux ils entretiennent cette ouverture, cette porosité, évidemment ils peuvent profiter de tout l’essor des communautés pour faire vivre ces projets sur lesquels ils adossent leurs produits. Mais dans l’autre sens, ça permet aussi à ces produits d’entretenir plus de dynamique et, peut-être, avec un peu plus de force aujourd’hui.

Christophe Sauthier : Dans le cas de Docker, est-ce qu’ils n’ont pas été, quelque part je dirais, poussés et forcés à le faire, effectivement pour continuer cette dynamique, parce que, justement, il y avait d’autres je dirais entités bien plus grosses qu’eux qui ont créé une dynamique, un petit peu parallèle à la leur et donc ils ont trouvé cette alternative de dire « eh bien finalement on va pousser notre ouverture un peu plus loin, on va relancer une dynamique » parce qu’en fait ils la perdaient ?

Adrien Blind : Peut-être. Après, moi je ne suis pas le porte-parole de Docker, mais le fait est que je pense que ce qui est intéressant c’est que c’est une entreprise qui est très jeune. Contrairement à des acteurs très établis, qui avaient une force de frappe pour comprendre le marché dans lequel ils évoluaient, se positionner, je pense que ce qui a été intéressant c’est qu’ils ont dû plusieurs fois évoluer et changer de stratégie. Et justement, effectivement au début, il n’y avait pas forcément l’Open Container Initiative qui s’est créée par le jeu d’un certain nombre d’acteurs qui sont intervenus à un moment donné aussi. Et je pense qu’aujourd’hui il y a différentes phases qui ont évolué. Le projet Moby en est peut-être le dernier aboutissement avec, finalement, la « componétisation » en différents projets de Docker, procédure d’autant de communautés de ce produit qui peuvent en ressortir. Mais ce qui est intéressant là-dedans, je pense, c’est que justement ça évolue et c’est une entreprise qui essaye de se chercher pour trouver une bonne interaction avec les communautés. Et je pense qu’il n’y a pas de recette toute faite et qu’il n’y a pas de cas de solution absolue. Tu citais le fait que ça peut être porté par des fondations comme chez OpenStack. Oui, bien sûr que ça marche très bien ! Docker est une entreprise, elle essaye de trouver sa voie avec d’autres acteurs et je trouve que c’est intéressant parce que, pour moi, c’est une espèce de laboratoire, j’ai l’impression, où on peut voir, justement, un petit peu différents modèles, différents types d’interactions avec les communautés émergées et je pense que ça va continuer à évoluer.

David Keribin : Et pour reprendre un peu, pour remonter un tout petit peu, un peu plus haut, sur la place du logiciel libre dans la société et revenir sur le thème de départ ; je me permets de remonter un peu d’un cran, pas le niveau évidemment, on l’a compris.

Sébastien Dinot : Non, non. Je pense qu’on mettra les quotes.

David : C’est quoi la barrière militante à laquelle je dois m’arrêter quand je veux utiliser du Libre ? Est-ce que c'est l’OS de mon téléphone ? L’OS de mon ordinateur ? Ça c’est facile de changer, mais ça devient quoi aujourd'hui quand c’est dans notre domotique, dans notre maison, dans des enceintes connectées ?

Sébastien Dinot : Je vais me risquer à une réponse. Je suis un militant du Libre. J’en voudrais partout, à tous les étages, à toutes les sauces. J’ai même acheté, à une époque, une carte mère parce qu’on pouvait mettre un firmware libre dessus, et puis je me suis aperçu que pour flasher la carte mère il fallait que je dessoude un composant. Dessouder un composant, non ! Finalement, j’ai dit je vais faire avec un firmware proprio. Il y a un moment il faut être pragmatique. On peut porter des valeurs mais il faut transiger ; nous avons tous des besoins. Aujourd’hui, vous pouvez faire quasiment tout ce que voulez avec du Libre. Ça ne s’est pas créé du jour au lendemain. Au début il y a eu un compilateur, puis il y a eu un éditeur ; il y a eu différentes briques. Il faut toujours avoir en vision la direction. Le Libre on en veut toujours plus, partout, mais à un instant donné il faut savoir faire avec la réalité et c’est valable aussi pour les systèmes de communication.

Typiquement oui, il y a du décentralisé. Oui, il y a Diaspora. Oui, il y a tous ces outils mais, à un moment, si vous voulez communiquer et attirer du monde à vous, eh bien vous allez dire peut-être que les gens communiquent sur Twitter, ils communiquent sur LinkedIn ou sur Meetup.com. Bon, eh bien allons chercher des gens sur ces plateformes, ayons l’intelligence de les ramener vers nous.

Pierre-Yves Gosset : Évidemment, c’est une démarche. Nous, on rapproche ça souvent de la métaphore avec l’écologie : on peut être militant écologiste et prendre sa voiture quand il faut faire 90 bornes un jour ; on peut les faire en vélo, mais c’est un peu compliqué ; des fois c’est plus simple de prendre une voiture. Il n’y a pas de barrière. En fait l’important c’est, effectivement, une démarche et c’est une conviction et c’est pour ça que nous on affirme que le logiciel libre est quelque chose de politique – l’open source n’est pas politique, l’open source c’est la qualité, l’efficacité, la transparence ; c’est très bien ; ce sont des qualités tout à fait valables ; c’est quelque chose de politique.

Maintenant le logiciel libre, le problème c’est qu’on est indigents. Je parle du logiciel libre pas de l’open source. Je suis content de savoir que Docker se porte bien, que VLC se porte bien, qu’OpenStack se porte bien. C’est évidemment une base importante pour que de plus en plus de gens utilisent du Libre. Mais il y a un pote, Lunar, qui prenait cet exemple et qui disait : « Ça sert à quoi si jamais il y a un drone qui balance des bombes dans un pays quelconque et que ce drone tourne sous Linux ? Est-ce qu’on a fait avancer le sujet ? » Encore une fois, je suis très content que l’open source se porte très bien, mais le logiciel libre se porte très, très mal. VLC qui est le logiciel libre le plus utilisé dans le monde, quasiment – je pourrais dire Apache, etc., mais le logiciel grand public utilisé dans le monde avec Firefox, à peu près équivalent en termes d’utilisateurs, pas très loin en tout cas­ –, du coup c’est quoi ? Dix développeurs. Alors pas tous dans ta boîte, il y a des contributeurs, j’imagine, bénévoles. Le corps c’est dix développeurs.

Jean-Baptiste Kempf : Le corps c’était cinq.

Pierre-Yves Gosset : Est-ce que vous savez combien il y a de gens ? Par exemple qui, ici dans la salle, a déjà utilisé du Pad, que ça soit Framapad ou un autre ? Levez la main. Merci. Donc quasiment tout le monde. Est-ce que vous savez combien il y a de développeurs qui ont fait plus de 50 contributions sur les 12 derniers mois sur Etherpad ? Zéro ! C’est vite fait ! Combien il y a de développeurs, du coup, qui ont travaillé sur Gimp et qui ont fait plus de 50 contributions ces 12 derniers mois ? Il y en a quatre. Bénévoles.

Si on parle de la place de l’open source dans le logiciel libre, je pense que globalement, Christophe ouvrait là-dessus, effectivement, ça se porte bien et c’est chouette. Le problème c’est qu’on voit la part de l’éthique et des valeurs sociales du logiciel libre se réduire, parce que finalement les logiciels que vous, vous utilisez en tant qu’utilisateurs finaux et en tant que logiciels finaux, eh bien ils ne se portent pas très bien. Et c’est pour ça que nous on a lancé une campagne qui s’appelle « Contributopia ». On essaye de favoriser, on veut essayer de favoriser la contribution au logiciel libre, parce que, excusez-moi, mais c’est la merde !

Jean-Baptiste Kempf : Nous on est un peu schizophrènes là-dessus. C’est-à-dire que ça c’est un vrai truc : VideoLAN, on utilise uniquement du logiciel libre, sur tout, tout, tout ! Et ça, c’est un truc qu’il y a plein d’autres communautés open source et libres ne font pas. Ouais ce n’est pas grave d’utiliser Slack, c’est pas grave d’utiliser plein d’autres softs. Par exemple CoD, qui est une communauté qui est proche de VLC, eux ils n’utilisent que des logiciels pas libres. Ils n’en ont rien à péter !

Pierre-Yves Gosset : Ils utilisent Framateam.

Jean-Baptiste Kempf : Ils utilisent Framateam, peut-être. Mais en tout cas, ils font vraiment… Nous on a toujours forcé à faire ça, mais souvent nous, on nous a reproché l’inverse. C’est-à-dire que nous on utilise Windows pour tester VLC ; c’est con ! On compile tout sous Linux, évidemment même les versions en Mac et Windows. On nous a reproché en fait « oui mais vous n’aidez pas la cause du logiciel libre en ayant VLC qui tourne sur des plateformes non libres ». C’est peut-être stupide mais tu vois, c’est un peu embêtant. Nous on dit toujours on n'utilise que du tout libre, à part les plateformes de communication Twitter et Facebook, ça c’est vrai et c’est difficile. Et c’est une question à laquelle il n’y a pas de bonne réponse. Moi je peux leur dire non, moi j’introduis les gens au Libre, mais en même temps ce n’est pas vrai : comme je disais, personne ne sait que VLC est open source, est libre. Donc c’est très compliqué, en fait, sur ce point-là.

David Keribin : Tout à l’heure, Sébastien, tu disais quelque chose d’intéressant, tu disais : « On peut tout faire avec du Libre ». La question c’est à quel prix on peut tout faire avec du Libre et à quel moment, en fait, on a une rentabilité nécessaire ? Parce que quand on parle du monde du particulier, on est peut être, à ses temps perdus, heureux de perdre quelques minutes pour faire gagner la cause du Libre. Quand on est une entreprise et qu’on ne fait pas que de l’humanitaire et du social, à quel moment, en fait, on doit utiliser du Libre ?

Sébastien Dinot : Ça c’est très intéressant comme question, parce que est-ce que la rentabilité doit être la mesure de toute chose ? Y compris pour une entreprise ?

[Applaudissements]

Je connais une entreprise que je ne citerai pas, qui est un opérateur minier, opérateur minier donc il exploite des ressources premières. Combien y a-t-il eu de guerres, combien y a-t-il de coups fourrés pour des ressources, pour des matières premières ? Eh bien cette société, j’ai rencontré récemment un de ses informaticiens qui m’a dit : « C’est super : on a migré toute la messagerie sur Google. On utilise Office 365, ce sont des clouds, on ne s’occupe plus de rien ! » Non seulement j’ai trouvé ça étrange parce que j’ai trouvé qu’il sciait un peu la branche sur laquelle il était : « c’est bien, bientôt ton patron va comprendre qu’il n’a plus besoin de toi ». Mais surtout ça m’a choqué : il est content, enfin ils sont contents, ils ont transféré toutes leurs données à des entreprises américaines, sachant que le Patriot Act contraint les entreprises américaines à collaborer avec le gouvernement. Donc si à un moment il y a un enjeu géopolitique, le gouvernement américain dira aux entreprises en question : « Donnez-nous accès aux données, nous voulons savoir quels sont leurs plans. » Ça c’est grave ! Dans mon entreprise, l’utilisation des moyens fournis par Google est interdite, est proscrite. Les gens peuvent se prendre un avertissement et, s’ils ne comprennent pas, ça peut aller plus loin. « S’il y a des besoins, dites-le-nous et nous montons en interne des outils. Ils ne seront pas aussi sexy, ils ne seront pas aussi intégrés, ils vous demanderont peut-être plus d’efforts, mais nous maîtriserons l’information ». Et ça, pour l’entreprise dans laquelle je travaille, c’est crucial.

Christophe Sauthier : Vous avez un côté défense, dans la boîte ? À minimum.

Sébastien Dinot : Il y a un côté défense. Il y a un côté, aussi, enfin concurrence économique, voilà !

Christophe Sauthier : Tu parles d’éthique. Pierre-Yves tout à l’heure en parlait. On en a parlé tout à l’heure. Je connais une des plus grosses boîtes en Europe qui fait du logiciel libre et qui se vante, justement, de faire du logiciel libre par rapport à tout ça. Ils sont en train de basculer toute leur messagerie à Google, moi ça me choque ! Moi ça me choque !

Pierre-Yves Gosset : Du coup tu posais la question de la rentabilité. Je rejoins Sébastien, tout n’a pas à être rentable économiquement, mais admettons qu’il faille l’être parce qu’il y un business à faire tourner, pour moi ça peut complètement s’entendre. Mais du coup, pourquoi est-ce que le logiciel libre pour les utilisateurs finaux est moins rentable ? C’est parce qu’il y a des coûts, du coup, de formation ; il y a des coûts d’adaptation, mais il y a aussi des coûts d’installation, de maintenance qui peuvent être potentiellement plus élevés. Si, encore une fois, il y avait des gens qui contribuaient ! Par exemple, si vous travaillez avec des graphistes ils vont vous dire « oui mais Inkscape, Gimp, la couche CMJN pour le print, machin – ce qui n’est pas vrai mais admettons –, c’est compliqué pour imprimer des documents avec Gimp, etc. » Mais forcément, ils sont quatre ! Bénévoles ! Ils font ça quand ils ont couché les enfants ! Ou ils sont au RSA depuis des années ! Si on contribuait un petit peu plus, tous, au logiciel libre, potentiellement il ferait plus de choses et il deviendrait économiquement beaucoup plus intéressant d’utiliser du logiciel libre pour tout le monde, y compris l’utilisateur final. Vas-y.

Jean-Baptiste Kempf : Oui, mais les gens s’en foutent quoi !

Pierre-Yves Gosset : Non, non !

Jean-Baptiste Kempf : Ça c’est un truc.

Pierre-Yves Gosset : C’est une très bonne question.

Jean-Baptiste Kempf : Moi, j’ai le problème régulièrement, quand je dis que VLC d’abord ce n’est pas américain et que c’est français, et ensuite qu’on n’est pas une grosse boîte avec plein de gens derrière, les gens regardent avec des gros yeux. Parce que, aujourd’hui, sur Internet, ça c’est un des vrais problème, les gens ils n’en ont rien à péter du business modèle. Ils te disent : « Mais de toutes façons Facebook c’est gratuit ; Google c’est gratuit ; Twitter c’est gratuit ; VLC c’est gratuit ! Donc eux ils sont 10 000, vous devez être 500 ! » Les gens, en fait, ils ne veulent pas payer sur Internet parce que tout est gratuit et ils ne comprennent pas comment ils payent aujourd’hui.

Pierre-Yves Gosset : Justement, nous notre boulot, en tant qu’association et en tant qu’entreprise, c’est peut-être de leur expliquer que ce n’est pas gratuit. Effectivement, tu ne payes pas pour accéder à Twitter, mais ça ne veut pas dire que c’est gratuit pour autant. Tu ne payes pas pour accéder à Facebook, sauf qu’on voit bien qu’avec 100 000 dollars tu peux influencer une élection américaine. Il y a un moment donné où il faut peut-être être conscient du coût caché. Si on n’explique pas aux gens quels sont ces coûts, les coûts cachés de ces plateformes, évidemment ils vont avoir cette impression-là. Je suis d’accord que l’immense majorité s’en fout ! Ça c’est évident, je te rejoins complètement là-dessus. Maintenant, est-ce qu’on n’a pas intérêt à travailler avec la minorité qui ne s’en fout pas et à s’intéresser et nous on essaye. Framasoft a été pendant longtemps porte d’entrée du logiciel libre, on veut devenir porte de sortie pour permettre aux développeurs et aux militants du logiciel libre de se mettre au service, de mettre leurs compétences et leurs savoirs au service de ce que nous on appelle la société de contribution. C’est-à-dire des gens qui ont envie de changer la société et de faire que si tu t’en fous, eh bien ce n’est pas grave, tu peux utiliser Twitter ou tu peux utiliser Diaspora, tu es le bienvenu des deux côtés, tant mieux. Mais si tu t’intéresses vraiment à vouloir changer des choses, eh bien viens plutôt à la fois nous aider à travailler avec le logiciel libre et nous on va aller essayer d’écouter quels sont tes besoins. Moi je passe mon temps à faire des conférences dans des MJC, des bibliothèques, etc., les gens ne s’en foutent pas du tout du logiciel libre. C’est juste que c’est trop compliqué pour eux de comprendre ce que c’est et de venir contribuer. Et si on travaillait un petit peu ces points-là, peut-être qu’on arriverait à faire plus de choses.

[Applaudissements]

Christophe Sauthier : J’attends. Je ne t’enlève pas tes applaudissements. Je pense, Pierre-Yves, que les GAFA aujourd’hui, en fait, le côté gratuit qu’ils ont rendu sur tous leurs services, ça donne bonne conscience aux gens qui n’ont plus besoin de pirater quelque chose pour avoir quelque chose de gratuit.

Public : Il y a quelqu’un qui voulait intervenir pour poser une question.

David Keribin : On reviendra tout à l’heure sur les questions d’ici 20 minutes. Je crois que, au-delà de la question du prix, il y a un moment où on veut utiliser nous, simples mortels, un logiciel qui est, ergonomiquement parlant, utilisable, qui est simple d’utilisation, qui est facile et peu importe, en fait, la question gratuite.

Pierre-Yves Gosset : Même s’il est non éthique ? C’est une question.

David Keribin : C’est la vraie question aujourd’hui.

Pierre-Yves Gosset : Il faut répondre oui ou non.

David Keribin : Et à quel moment et comment on mesure l’éthique aujourd’hui ? Comment on sait qu’un FastMail, par exemple, est plus éthique qu’un autre et pourquoi on veut aller sur ce type de service. On parlait tout à l’heure, l’exemple de FastMail, à quel moment, en fait, et comment on mesure nous, l’éthique d’une société ?

Pierre-Yves Gosset : Justement, chacun peut avoir ses propres critères. En tout cas, est-ce qu’aujourd’hui on se pose la question ? Non. Et nous, ce qu’on souhaiterait, c’est que la question de l’éthique revienne au cœur de ça. Je ne dis pas que c’est simple. Je n’ai pas une solution aujourd’hui, magique, pour vous dire tiens, tel logiciel c’est éthique ou tel logiciel ce n’est pas éthique. Mais est-ce qu’on ne peut pas réfléchir ensemble, justement, à des critères ? On vient de publier un article sur le Framablog – j’en parle beaucoup plus simplement puisque ce n’est pas nous qui l’avons écrit – d’un professeur d’informatique qui s’appelle Daniel Pascot, qui a fondé une association qui s’appelle FACIL au Québec, qui est un petit le pendant de l’April au Québec, et il disait : « À un moment donné on a peut-être intérêt à écrire une charte éthique du logiciel libre et 98 % de la population s’en foutra, mais les 2 % qui comptent, eh bien ils comptent ! »

Adrien Blind : Ouais, mais moi ce que je pense c’est qu’effectivement ces 2 %, tu en parles très bien ! Mais je pense que c'est très important d’aller chercher ces 98 %. Effectivement les gens, aujourd’hui, cherchent quelque chose d’ergonomique et quelque chose qui leur rende service, qui fonctionne. Et c'est sur ces leviers que les Facebook, les Twitter et les Google prospèrent. Ils engagent beaucoup de moyens, justement, pour trouver des solutions séduisantes pour capter du public.

Je pense qu’il y a un vrai enjeu, plutôt, à aller chercher l’éducation mais pour répondre à des problématiques égoïstes des gens. On disait tout à l’heure c’est gratuit, mais ça ne l’est pas ! Je pense que ce qui est intéressant c’est de bien, justement, mettre en perspective aux gens ce qu’ils donnent en réalité, sans s’en rendre compte, en contrepartie de ces services. Parce que ce n’est pas gratuit, c’est vrai, et peut-être que s’ils comprennent ce que eux, égoïstement, ils perdront, les data qu’ils donnent et ce que peuvent en faire ces structures à posteriori, je pense que, finalement, ça les amènera aussi à évoluer et peut-être commencer à se dire peut-être qu’il faut que je me tourne vers d’autres solutions dans lesquelles j’ai plus de visibilité dans l’offre, dans lesquelles j’ai plus de capacités à maîtriser ma donnée. Parce que les gens, aujourd’hui, ne se rendent pas compte de l’impact de perdre leurs données. Ils s’en foutent, ils disent « je raconte ma vie sur Twitter ce n’est pas grave ! » Je pense que si on commence à leur expliquer ce que les gens peuvent en faire, ça fait réfléchir !

Je me souviens, il y a quelques années, je crois que c’était une expérimentation ou une étude, je crois chez Google, qui avait démontré qu’ils savaient prédire qu’une femme était enceinte avant qu’elle-même le sache par la nature des recherches qu’elle faisait. Je trouve que c’est un exemple marquant parce qu’on va au-delà, en fait, du cas d’usage à la con, de raconter un petit peu sa vie sur Twitter, d’aller faire des recherches sans intérêt. On se rend compte qu’on touche à l’intimité des gens à la fin. Et ça, peut-être que si les gens commencent à bien comprendre à quel point, finalement, ça peut les impacter eux, peut-être qu’ils feront ce pas-là.

David Keribin : Pierre-Yves, tu disais tout à l’heure que le manque d’ergonomie que pouvaient avoir des logiciels du Libre venait tout simplement du fait que pas assez de personnes contribuaient et donc qu’il fallait aller chercher des contributeurs. Aujourd’hui est-ce que, pour aller chercher des contributeurs, le moyen le plus simple, ce n’est pas de payer des gens ? D’avoir des salariés ? Alors salariés, pas forcément sous une forme de société, ça peut être une fondation et pourquoi aujourd’hui Framasoft ne le fait pas ? Parce que ça permettrait peut-être d’être un peu plus utilisé que ça ne l’est aujourd’hui.

Pierre-Yves Gosset : Framasoft le fait. Framasoft vient d’embaucher un développeur. Merci.

[Applaudissements]

David Keribin : Pardon. Je ne parlais pas d’embaucher, je parlais du modèle payant.

Pierre-Yves Gosset : Du coup j’ai deux niveaux de réponse. Le premier c’est que Framasoft le fait. On vient d’embaucher un développeur qu’on va donc salarier, qui est salarié au sein de Framasoft pour développer un logiciel qui s’appelle PeerTube qui sera, on l’espère, enfin, qui permettra de briser l’hégémonie de YouTube. C’est-à-dire un YouTube qui serait fédéré, décentralisé et pair à pair. Voilà ! Il faut payer, à un moment donné, pour l’avoir, parce que si on attend que ça soit fait de façon bénévole il y en a pour dix ans. Ça c’est une réponse, donc on peut payer les gens et je suis pour qu'on le fasse.

La deuxième chose c’est qu’il ne faut pas qu’on aille chercher des contributeurs, des designers et autres ; il faut qu’on aille leur parler ; il faut qu’on boive des coups avec eux. Parce qu’aujourd’hui on ne parle pas leur langue et ils ne parlent pas la nôtre.

David Keribin : Je pense que je me suis mal exprimé.

Pierre-Yves Gosset : Juste, je termine là-dessus. Pour nous c’est un point important, on est enfermés. Pour moi on est dans une ornière technique du Libre où, effectivement, entre nous ça marche bien ; c’est chouette ! Mais il y a un moment donné où, si on n’est pas capables d’aller parler à quelqu’un qui fait du développement durable, quelqu’un qui fait du journalisme citoyen, voilà ! Il y a des choses qui se mettent en place ; une Chiffrofête permet d’expliquer à des journalistes comment protéger ses mails, etc. C’est chouette ! Mais pourquoi est-ce qu’on ne fait pas ça dans d’autres domaines ? Donc il faut aller chercher les contributeurs, mais ce n’est pas pour les faire venir à nous ; c’est juste pour qu’on discute et qu’on se mélange.

David Keribin : La question portait plus sur le business modèle, en fait, du produit direct. Ça veut dire qu’aujourd’hui pourquoi ne pas faire payer, ne serait-ce qu’un euro par mois, l’utilisation d’un outil type Framasoft, des outils de Framasoft, parce que ça, ça génère du business modèle qui permet d’embaucher des gens, qui permet de développer plus rapidement les outils ?

Pierre-Yves Gosset : Des entreprises peuvent le faire. On a monté un collectif qui s’appelle CHATONS5 pour Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires — bravo pour l’acronyme quand même, miaou — et dans ce collectif vous avez Framasoft. Framasoft est une association d’éducation populaire à but non lucratif. Notre objectif n’est pas de gagner de l’argent ; on vous demande des dons régulièrement et on vous fait chier à vous demander des dons parce qu’on veut pouvoir payer des développeurs ; parce qu’on veut pouvoir payer aussi les gens qui travaillent pour vous au quotidien, notamment. Aujourd’hui, Framasoft c’est 400 000 personnes qui visitent tous les mois et il y a un admin sys. Je vous laisse envisager ce qui se passe s’il se pète un bras !

Nous ce n’est pas notre business modèle. Par contre, dans CHATONS, il y a des entreprises. Et moi je souhaite qu’il y ait de plus en plus d’entreprises qui se montent et qui proposent du logiciel libre avec des solutions à la Google Apps, concrètement, qui proposent du Nextcloud, du Pad, du Collabora Online, enfin du LibreOffice on line par exemple, et qui proposent ça à des entreprises à un tarif ! Évidemment ce sera payant mais, du coup, il n’y aura pas d’exploitation des données personnelles. Nous c’est quelque chose qu’on pousse, mais ce n’est pas Framasoft qui le fera. Jamais !

David Keribin : C’est étonnant parce que du coup, ce que tu dis, le seul moyen c’est de le faire de manière à aller voir les gens avec notre bâton de pèlerin ; c’est la seule façon que nous on veut utiliser pour capter les utilisateurs ? Parce que, aujourd’hui, vraiment rendre le modèle payant c’est la capacité, enfin, d’avoir les capacités financières d’avancer ? Et ça ce n’est pas un sujet qui se pose pour vous ?

Pierre-Yves Gosset : Non, pour nous ce n’est pas ça. Framasoft c’est comme une AMAP, les associations de maintien de l’agriculture paysanne, sauf qu’au lieu de fournir des paniers de légumes avec des carottes, on fournit du service libre. C’est bien, mais notre objectif ce n’est pas de devenir l’AMAP qui fournit la France entière, sinon c’est contradictoire avec ce qu’on porte comme valeurs. On essaye de promouvoir et d’expliquer notre modèle pour que d’autres le reprennent, y compris s’il y en a qui veulent vendre du service. Donc ça n’est pas le rôle que s’est fixé Framasoft. Le succès de « Dégooglisons Internet » c’est presque une erreur : on était là au bon moment, au bon endroit. Youpi ! On est très contents – enfin on peut être fiers de ça, je parle au nom de mes collègues et de toute l’association – on peut être fiers d’avoir réussi à montrer que le logiciel libre était une solution qui était une véritable alternative. Ça n’est pas concurrentiel, on en est conscients, vis-à-vis de Google Apps. Mais ça prouve ! Maintenant est-ce qu’on pourrait faire mieux. Si ce « on » ce sont toutes les communautés du logiciel libre, la réponse est oui. Si ce « on » c’est Framasoft, la réponse est non, parce que ce n’est pas notre boulot. Nous, notre boulot, c’est d’aller expliquer aux gens ce que c’est que le capitalisme de surveillance, c’est d’aller expliquer ce que c’est que le logiciel libre ; ce n’est pas d’en produire.

Sébastien Dinot : Notre responsabilité, en tant que membres de communautés, elle est double. D’une part, effectivement, il faut porter le discours auprès des utilisateurs pour qu’ils comprennent l’intérêt d’utiliser des solutions telles que celles que nous décrivons, mais aussi, vous parliez tout à l’heure de forces vives pour développer ces logiciels – tu as donné des chiffres qui sont assez effarants où on sent un danger. Ce matin il y avait, peut-être que certains d’entre vous y ont assisté, il y avait une réflexion en ce sens. Kevin Ottens a fait une conférence, qui est technique sans l’être trop, mais il expliquait que nous avions un problème c’est que le coût d’entrée dans les projets était trop élevé et que les différentes communautés n’étaient pas assez éveillées à ce sujet-là, à ce problème-là, et ne veillaient pas à faciliter l’arrivée de nouveaux contributeurs. Donc il expliquait ce qui était en cours au sein de KDE, notamment, pour que des gens puissent beaucoup plus facilement contribuer ; que la mise en place de l’environnement soit simple et tout ça. Et je pense que c’est une des difficultés que nous avons actuellement, c’est que nos projets se complexifient comme l’informatique se complexifie et il faut vraiment veiller à faciliter, c’est notre responsabilité, veiller à faciliter les contributions.

David Keribin : Jean-Baptiste, d’après toi qu’est-ce qui va aider à amener le logiciel libre dans la société ? Est-ce que ça peut passer le gouvernement ? L’État doit-il aider ?

Jean-Baptiste Kempf : Pour moi, Christophe ne va pas être d’accord, mais moi je ne suis absolument pas content sur les 150 millions qui ont été dépensés sur Numergy et Cloudwatt. Alors il paraît que finalement ce ne sont pas 150 millions. Quand on voit avec quels moyens, avec peu de moyens, on peut faire des choses bien et puis, comme je connais pas mal le monde des start-ups, vu le pognon qui est investi dans certaines start-ups, quand on regarde ce qu’on pourrait faire avec cet argent : on peut faire beaucoup de choses. Le problème c’est que la politique, en tout cas les hommes politiques ne comprennent vraiment rien à ça. Et les seuls qui pourraient un peu comprendre, style Mounir [Mahjoubi], il a cinq personnes dans son cabinet et il n’a aucune direction derrière. Mounir, si tu me regardes ! Il est top mais il ne peut rien faire quoi ! Et l’argent qu’il faut est très important et, je pense, il y a un problème de souveraineté numérique sur les données. Et tu vois j’investirais plus, désolé, sur un concurrent d’un Google Apps qu’on puisse auto-héberger, qu’on puisse fédérer, plus que sur des logiciels libres de bureau aujourd’hui ; c’est triste à dire.

Christophe Sauthier : Le problème, si tu vas là-dessus ! OK, le montant on n’est pas tout à fait d’accord, mais à la limite…

Jean-Baptiste Kempf : Je trollais un peu, j’ai le droit, non !

Christophe Sauthier : Tu as le droit ! On en a déjà parlé tout à l’heure. Le montant, on n’est pas forcément d’accord. Je pense que là-dessus, ni l’un ni l’autre on aura le réel montant. Le problème aujourd’hui que je vois c’est que le gouvernement s’il doit investir, eh bien il investira sur ses copains. Ça n’ira pas sur les start-ups innovantes. Ça ira sur des boîtes qui ont déjà une taille minimale, qui sont capables de faire un lobbying assez intensif et qui, au final, ne produiront rien.

David Keribin : Ce n’est pas ce qui s’est pourtant passé avec un Qwant6, par exemple, au niveau européen ?

Jean-Baptiste Kempf : Qwant, c’est une exception. Mais je te rappelle qu’avant Qwant, il y avait eu un autre projet de moteur de recherche européen dont j’ai oublié le nom. Quaero, c’est ça, un truc franco-allemand, à plein de pognon, et ça n’a rien donné. Et c’est pareil. Moi je pense que c’est très difficile, justement, que le gouvernement ne mette pas du pognon dans ses potes.

Sébastien Dinot : Il y a un vrai problème, si vous permettez, par rapport ça, c’est que nos ministères ne savent pas gérer le Libre avec le code actuel des marchés publics. Par exemple vous prenez le ministère de l’Environnement. Le ministère de l’Environnement, avant, utilisait des systèmes SIG [système d’information géographique] de bureau, propriétaires, qui lui coûtaient une fortune. Il y a quelques années, ils se sont dit « mais une large partie de mes besoins, QJIS fait parfaitement l’affaire. QJIS fait parfaitement l’affaire ! Donc adoptons massivement QJIS ! » Et maintenant, dans le ministère de l’Environnement, vous avez QJIS sauf si vous démontrez qu’il y a une fonction dont vous avez absolument besoin et qui n’est pas fournie par QJIS. Est-ce que pour autant le ministère de l’Environnement a contribué, a financé des choses sous QJIS ? Non ! Non et pourquoi ? Parce que si, à la limite, ils savent qu’il y a des opérateurs commerciaux derrière, ils vont peut-être pouvoir lancer un appel d’offres, mais demander une prestation sur QJIS, là encore il faut qu’ils en aient le réflexe – après tout c’est gratuit, pourquoi je paierais pour quelque chose ! C’est grave, mais ils en sont là ! Et puis il y a tout un tas de projets où il n’y a pas d’opérateur commercial derrière, et là, quand vous êtes agent de la fonction publique, vous dites bon, là, quand même, on économise des millions grâce à ce logiciel donc ce serait bien qu’une partie de l’économie… Vous vous souvenez de la directive Ayrault de 20127, un super vœu pieux : les ministères, les collectivités doivent privilégier le logiciel libre, à qualité égale elles doivent privilégier le logiciel libre et elles devraient reverser une partie des économies réalisées aux logiciels libres en question, les logiciels qui permettent ces économies. Expliquez-moi aujourd’hui, comment, sans être poursuivi ensuite, quand vous êtes agent de la fonction publique, vous décidez de filer 100 000 euros, comme ça, de votre pochette, parce que vous avez économisé 50 millions d’euros, comment vous filez 100 000 euros à un projet libre ?

Jean-Baptiste Kempf : Oui, mais même sans les projets libres. Tu as quand même plein de SS2L [sociétés de services en logiciels libres], Smile, Linagora, des gens comme ça qui pourraient faire du développement qui reparte dans le Libre après.

Sébastien Dinot : Il y a vraiment un problème de culture au niveau des ministères et il faut travailler à ce niveau-là ; parce que c’est quand même compliqué actuellement pour les agents de la fonction publique.

David Keribin : Je crois qu’il y a deux problèmes : le premier c’est qu’il n’y a pas assez d’argent qui arrive, en fin de compte ; et le deuxième c’est : quand il arrive, il est mal utilisé.

Pierre-Yves Gosset : Je reviens là-dessus et sur les ministères. Enfin, je veux dire qui est dupe ? Qui équipe le ministère de la Défense ? Qui équipe le ministère de l’Éducation nationale ? C’est quoi les partenariats ? C’est qui les entreprises ? Bizarrement ! Enfin je parle de l’Éducation nationale parce que Framasoft c’était français-mathématiques au départ, on vient quand même de là. En dehors des partenariats ministère de l’Éducation nationale et Microsoft, qu’on peut évidemment critiquer et qu’on critique d’ailleurs. Je rappelle que les GAFAM sont les cinq plus grosses capitalisations boursières mondiales. Est-ce que vous croyez que c’est une bonne trois félos qui viennent à Toulouse et qui disent on n’est pas contents, qui vont aller lutter contre les 100 milliards de trésorerie d’un Apple. Non mais sérieusement ! Les ministères je ne dis pas qu’ils sont corrompus. Je veux dire qu’il y a une forme de lobbying qui est très, très forte des entreprises qui sont extrêmement fortes et sur lesquelles elles vont laisser des miettes au logiciel libre parce que voilà, il faut qu’il y ait une pseudo-concurrence. Nous, on nous a dit, je tiens ça de quelqu’un qui travaille au ministère, « on veut mettre en tension le logiciel libre et le logiciel propriétaire ». Sauf que nous on le regarde avec des grands yeux ,on lui fait : « Mais on ne veut pas nous, être mis en concurrence avec le logiciel propriétaire et on ne peut pas, vu comment est-ce qu’on fonctionne ». Encore une fois Thunderbird qui est un logiciel utilisé par des millions d’utilisateurs sur la planète, on est à moins de dix contributeurs par an. C’est juste ! On est dans une situation qui est catastrophique. On se base sur des logiciels qui ont parfois 20 ans, type Sympa, par exemple. Sympa c’est un logiciel qui permet de créer des mailings-listes et d’envoyer à des listes, c’est un super logiciel mais qui n’était pas maintenu ces dernières années et qui est hyper compliqué à installer, etc. Juste on oublie c’est quoi nos outils de production et on n’en prend pas soin. Si vous avez une pelle et que le manche est cassé vous allez vous péter le dos, donc réparez le manche ! Donc à un moment donné, forcément, il y a Google qui arrive avec une super tractopelle et qui vous dit : « Allez-y, servez-vous-en, c’est gratos ! » Évidemment qu’ils vont le prendre. Et les ministères ne sont pas dupes, ils ont de moins en moins d’argent et, forcément, ils vont choisir un Google qui va leur dire « OK, tu as une fac de 40 000 étudiants, plutôt que de payer deux gonzes à maintenir le mail pour ces 40 000 étudiants, envoie-moi la liste dans un fichier texte des 40 000 étudiants », le lendemain Google te file les 40 000 adresses gratos. Aujourd’hui, quasiment toutes les rédactions de journalistes sont sur Gmail !

Christophe Sauthier : Sur les ministères !

Sébastien Dinot : Question ambiance, t’es nul ! L’année prochaine ne le réinvitez pas ! C’est une cata ! Regardez comme il nous plombe tout le monde ! On pourrait t’envoyer en stage.

Christophe Sauthier : Seb, sur les ministères, j’ai un discours un petit peu différent puisqu’on a quelques ministères, notamment un qui nous a dit, on est en train de discuter avec eux, on voudrait cette fonctionnalité sur OpenStack et on voudrait que vous le fassiez pour nous et que vous le reversiez, que vous fassiez en sorte que ça soit incorporé dans la version, après dedans. Donc il y en quelques-uns qui sont quand même sensibles à ce discours-là ; c’est un petit peu différent. Mais je pense que tout ce qu’on dit là, en fait, on revient tous au niveau de la même chose : le logiciel libre va mal, par contre l’open source et l’open source professionnelle ne s’est jamais aussi bien portée. C’est juste ça ! Et c’est ça qui est dommage, c’est qu’en fait le côté éthique va mal !

David Keribin : Je ne comprends pas trop parce que tu dis effectivement on se retrouve face à du Google, on ne peut pas lutter, et ça je l’entends très bien vu la capitalisation qu’ils ont aujourd’hui. Maintenant un Slack, il y a trois ans ça n’existait pas. Ils sont devenus hégémoniques, pourquoi, en fait, personne ne lutte aujourd’hui ? Est-ce que le gouvernement, en mettant 100 euros dans une start-up, ils n’arriveraient pas à faire un Slack ?

Pierre-Yves Gosset : Si, ils auraient parfaitement pu le faire. Oh, là, là, je vais rentrer dans un discours, j’ai peur que ça fasse peur aux gens politiquement. Mais à un moment donné ! En plus, Framasoft est assez a-partisan, donc du coup, puisque je représente le côté association militante du Libre, je vais essayer de dire ça calmement, mais évidemment que le gouvernement pourrait le faire ! Évidemment ! Pourquoi est-ce que tu veux qu’il sorte 100 euros de sa poche quand il se dit en fait on peut laisser les citoyens et les entreprises se débrouiller. On revient à quelque chose qui est beaucoup plus vaste comme problème, c’est que vous aviez, normalement, une espèce de triptyque entre les entreprises, la société civile au sens large et l’État. Et aujourd’hui, c’est un discours que je tiens en mon nom propre, l’État est soumis à l’économie. Et surtout, à aucun moment, l’État ne va vouloir faire d’ingérence dans la façon dont fonctionnent les entreprises et donc l’État ne va pas vouloir investir sur des logiciels alors qu’il y a des entreprises qui peuvent vivre parce que des ventes de ça. Et donc Slack se crée. Slack, pour ceux qui ne voient pas ce que c’est, c’est un chat d’équipe ; ça permet à des équipes que ça soit de développeurs ou pas de développeurs, d’ailleurs, de travailler entre eux de façon relativement efficace. Il y a des alternatives dans logiciel libre, Rocket.Chat et Mattermost par exemple, qui sont deux logiciels libres alternatifs à Slack, mais il est évident que Slack ayant un business modèle relativement agressif et évolutif – au départ c’était tout gratuit et puis maintenant, si vous avez échangé plus de x messages c’est tant d’euros et puis dans trois mois ce sera encore plus cher – et donc forcément eux gagnent de l’argent et il y a une espèce de bouche à oreille qui se fait sur ces solutions-là ; mais il ne faudra pas grand-chose comme moyens pour améliorer Mattermost ou Rocket.Chat.

Et j’en reviens au problème de la contribution, Jean-Baptiste en parlait tout à l’heure, il faut réussir à attirer des bons développeurs et forcément, si Slack propose à un développeur qui sort de l’ENSET un salaire à, je ne sais pas, on va dire 7 000, 8 000, 10 000 euros par mois et que les développeurs de Mattermost lui proposent un salaire à 1 800 ou 2 500 euros, ça va être compliqué de lutter. Donc encore une fois, pour moi le logiciel libre est un bien commun, ce n’est pas vraiment un service public mais c’est un bien commun et si on n’en prend pas soin, il ne faut pas s’étonner qu’il se porte mal.

Jean-Baptiste Kempf : Moi on m’a déjà sorti, c’est un peu différent, mais je me souviens avoir eu une discussion avec le cabinet à l’époque de Le Maire où le mec m’a dit : « En fait, le problème c’est que vous êtes trop efficace. Parce qu’en fait, vous détruisez la concurrence. Nous, on est intéressés un petit peu par des boîtes qui font de l’économie ». Et en fait, oui, tu veux dire, ce n’est pas normal qu’avec une petite équipe on soit capables de faire aussi bien. Ça m’a un peu embêté, mais c’est aussi vrai. C’est que ce n’est pas forcément facile d’aller voir l’État pour lui dire je vais faire un truc quasiment aussi bien qu’une capitalisation boursière de plusieurs milliards. Il va dire mais moi, plusieurs milliards c’est de l’économie alors que vous, vous n’êtes rien, vous faites chier quoi !

Sur Slack, juste comme ça, c’est aussi parce qu’on est des gros nuls et là je parle des libristes. On n’a vraiment aucune projection, aucune projection produit et on est vraiment tous très mauvais là-dessus. Je veux dire ça fait 20 ans qu’on fait de l’IRC.

Pierre-Yves Gosset : C’est vrai.

[Applaudissements]

Jean-Baptiste Kempf : Slack c’est un IRC web dans lequel on a eu la capacité, en plus c’est un bouncer IRC web, dans lequel on a rajouté le support des GIF, une API [Application Programming Interface] pour faire des bots — mais c’est vrai, vous rigolez, mais c’est vrai — et accepté une extension IRC, pour lquelle les gens se sont battus, qui est celle d’édition de messages. Et tu arrives, tu cliques et tu as ça. Et c’est complètement de notre faute, parce qu’on utilise tous Slack !

Public : Inaudible.

Jean-Baptiste Kempf : Non ! Pas du tout, mais c’est du pipeau, la visio est arrivée hyper tard ; et puis la visio et les chats, c’est Mumble, ce sont les trucs de gamers et ça c’était open source avant Slack. Slack est arrivé. On n’est pas bons en vision produits, et ça il faut l’accepter qu’on ne soit pas bons !

Pierre-Yves Gosset : Il ne faut pas l’accepter.

Jean-Baptiste Kempf : Il faut faire quelque chose, OK ! Mais il faut le reconnaître quoi !

Christophe Sauthier : Ouais, reconnaître, vous parlez mieux français que moi.

David Keribin : Alors c’est quoi la solution, du coup, à être mauvais en vision produit ? On s’en achète une ?

Pierre-Yves Gosset : Déjà il faut penser à l’utilisateur avant de penser à soi-même.

[Applaudissements]

Et pour nous, vraiment la solution à relativement court terme qu’il faut mettre en place dans le logiciel libre, ça va être de favoriser les contributions, sinon, si on ne fait pas prendre conscience aux utilisateurs de ce que c’est qu’un logiciel libre et que donc il faut en prendre soin, pourquoi est-ce que vous voudriez qu’ils viennent en prendre en soin ? Nous, dans les solutions qu’on promeut, il y a rapprocher les utilisateurs et les développeurs ; ça va être compliqué ; ça va être essayer de trouver des moyens de financement pour que les logiciels… Tu parlais de Slack, l’exemple que je vais prendre demain dans ma conférence c’est celui de Mumble. Mumble8, pour ceux qui ne voient pas ce qu’est, c’est une alternative, un petit peu, on va dire à Discord ou à Teamspeak. En gros, c’est un logiciel qui permet de faire de la voix, à plusieurs voire à plusieurs dizaines et nous on a souvent la question d’associations qui nous disent : « Nos membres sont répartis partout en France, on voudrait faire une conférence audio à 40 personnes. Qu’est-ce que vous proposez ? » Il y a un logiciel qui s’appelle Mumble, qui fonctionne très bien. Mais allez voir le site ! Il est dégueulasse ; c’est un wiki, il n’y a pas une image, il n’y a pas un screenshot, c’est juste horrible ! On vous dit : « Qu’est-ce que tu veux télécharger ? La version x 64 pour AMD machin et tout. » Nous on sait ce que ça veut dire mais pour le grand public non, c’est clair ! Le logiciel est développé en technologie qui s’appelle GT4 3, qui rappelle les années 90, voilà ! Et, en face de ça, vous avez du Discord ou du Teamspeak, qu’utilisent notamment les gamers et qui marchent super bien. Et forcément, je n’ai même pas été vérifier, mais je suis sûr que si je reprends mon petit calcul il y a zéro développeur qui fait plus de 50 contributions à Mumble par an ; je suis à peu près prêt à en mettre ma main à couper. Donc si on n’est pas fichus de dire ceci est un point important, il faut qu’on le travaille pour répondre au besoin de Jean-Baptiste qui dit : « Moi ce que je voudrais c’est une alternative à Google Apps qui juste marche et dont je n’ai pas à m’occuper parce que moi, en tant que chef d’entreprise, ce n’est pas mon boulot de gérer une Stack bureautique cloud. » ; il a tout à fait raison !

Jean-Baptiste Kempf : D’ailleurs, j’aimerais bien que ce soit Framasoft qui le fasse !

Pierre-Yves Gosset : Jamais ! Jamais ! Non, mais concrètement ! Du coup, moi je fais un appel à des entreprises numériques libres : coucou, si vous nous regardez à la télé. À ce moment-là, montez des boîtes qui vont proposer ça comme services parce qu’il y a une vraie demande et que tant qu’on n’investira pas pour que, par exemple, une solution comme NextCloud soit encore plus performante, etc., on n’aura pas de solutions à proposer à des gens comme Jean-Baptiste et c’est catastrophique ! Aujourd’hui il résiste et je l’en félicite, mais ça lui coûte, quoi ! Ça lui coûte financièrement, ça lui coûte en temps, ça lui coûte en productivité : il pourrait être plus efficace ailleurs. Et si c’est le cas déjà pour quelqu’un qui est libriste, je vous laisse imaginer pour le plombier du coin.

Sébastien Dinot : Là on est en train de monter un plan d’action. On va rapprocher les utilisateurs des développeurs, sachant que les utilisateurs ce ne sont pas eux qui vont faire le premier pas, donc c’est aux contributeurs, aux développeurs d’aller vers les utilisateurs. Deux, on va faciliter les contributions et c’est quoi après la suite ?

David Keribin : Il y a une question de marketing aussi je crois parce que aujourd’hui VLC est bien « markété », pourquoi le reste ne l’est pas ? Le reste du logiciel libre ?

Jean-Baptiste Kempf : Une des premières choses que j’ai faite quand je suis arrivé à bosser sur VeoLAN, c’est refaire le site web. Aujourd’hui, quand tu regardes le site web de VeoLAN, alors il y a plein de choses à dire, mais il est responsive ; il pèse moins de 400 kilooctets ; quand tu as arrives, tu as un gros bouton « télécharger ». C’est marrant j’ai parlé une fois à une conférence de web « marketeux » qui font de l’optimisation pour que les gens restent le plus longtemps possible et moi je leur ai montré comment on faisait pour que les gens restent le moins longtemps possible.

[Applaudissements]

En particulier parce que, à l’époque, on avait un serveur et demi et en fait, chaque requête coûtait cher, quoi ! Donc nous on fait un peu l’inverse. En tout cas, nous on a fait énormément de travail, surtout moi personnellement parce que les autres n’en avaient rien à foutre, mais VideoLAN, franchement, alors pas l’interface graphique de VLC, d’ailleurs qui a une très bonne UX [User eXperience] et une très mauvaise UI [User Interface], c’est-à-dire que ça juste marche ; il y a quelques boutons ça fonctionne, c’est très moche ; ça, ça va être réparé et d’ailleurs, sur le mobile on a fait beaucoup d’efforts. Mais rien que le premier look, le wiki, etc., ça prend beaucoup de temps, mais nous on a fait ça. Et ce marketing qui marche aussi avec le cône. C’est une blague le cône parce que personne de sain d’esprit n'utiliserait un cône pour un lecteur vidéo, mais résultat, en fait c’est super fort et on en joue énormément. Et ça, c’est hyper important, parce que le marketing aujourd’hui c’est fort et la marque VLC c’est important.

Jean-Baptiste Kempf : Je crois que Docker il y a une question de marketing aussi derrière ?

Adrien Blind : Vous êtes durs !

[Sifflements de Sébastien Dinot]

Adrien Blind : Oui, je pense que l’entreprise Docker, en tant que telle, elle a une question et elle a un enjeu de marketing pour effectivement se placer, mettre en avant ses produits. Ce qui est très intéressant, je trouve, c’est que finalement Docker, il y a l’entreprise qui propose toute sa palette de services et une version entreprise du produit, bien sûr, mais ce que je trouve intéressant dans cette logique de synergie c’est que l’image de Docker, parce que les gens parlent de Docker, Docker, Docker, mais derrière, en fait, maintenant, tous les morceaux de Docker on les retrouve dans des projets open source qui sont gérés justement avec l’Open Container Initiative de façon indépendante de Docker. Et je trouve que ce qui est intéressant, bien que tout ça, ça peut vivre sans Docker, ça bénéficie aussi de l’aura de Docker. Et je trouve qu’il y a une certaine synergie qui s’installe dans laquelle, finalement, on a des projets qui sont complètement open source et vous pouvez tout à fait monter votre propre solution de « contenairisation » en toute indépendance de Docker si vous le voulez, puisque, finalement, un Docker Community, ce n’est plus finalement aujourd’hui que l’assembly de référence, en fait, du projet Moby dans les grandes lignes. Ce qui est intéressant c’est que, du coup, vous pouvez faire ça de votre côté, mais il y a de la dynamique autour des communautés, il y a de la dynamique autour de ce sujet, parce qu’il y a aussi cette image de Docker. Et l’entreprise, finalement, elle est porteuse de cette dynamique, de cette image ; elle a une force de frappe, elle organise ses conférences, ses événements, bien sûr, mais, du coup, je pense que c’est une synergie qui est gagnante-gagnante. C’est un peu comme ça que je le vois : je ne sais pas si c’est une bonne réponse.

Sébastien Dinot : Tout à l’heure j’ai lancé deux premières actions mais comme personne n’a donné suite, je vais donner une suite moi-même. Donc je répète : les développeurs doivent s’intéresser aux utilisateurs pour savoir ce qu’ils peuvent faire de sympa pour eux. Ensuite, il faut faciliter la contribution, pour que plus de gens contribuent. Mais ensuite, il y a un autre problème, il faut garder les contributeurs et garder les contributeurs, ça veut dire quoi ? Ça veut dire être bienveillant envers eux, voir s’ils ont besoin d’aide. Christophe, un de mes collègues et ami qui est, comme moi, très actif sur OpenStreetMap me racontait il y a quelques jours que dans les zones dont il s’occupe, lorsqu’il voit qu’un contributeur a fait une modification, eh bien s’il voit que la modification n’est pas parfaite et que ce contributeur est plutôt jeune, il lui envoie un message bienveillant disant « ah tiens, j’ai vu que tu as contribué. C’est bien ! Regarde, alors ça on ne le fait pas comme ça ; ça on le fait comme ça et puis, bon si tu as besoin d’aide, dis-moi, je te file un coup de main. » Voilà ! Et le gars ou la fille qui a contribué reçoit un message sympa qui l’invite à améliorer sa pratique en lui proposant du support, en lui proposant du conseil et ça, c’est génial ! C’est un super réflexe ! Et le problème c’est que plus souvent dans le Libre, j’entends des gens dire « oh purée, il y a un boulet qui vient de me pousser du code ! Mais je ne comprends pas comment on ose écrire du code comme ça ! Alors lui, avant que j’accepte sa pull request ! » Non ! Ce n’est pas ça ! Il faut prendre soin. La chose la plus importante que nous ayons, la chose vraiment la plus précieuse pour le Libre, c’est la contribution et il faut être bienveillant envers les nouveaux contributeurs ; il faut les aider ; s’ils ont faux au début, il faut les accompagner. Et ça vous permettra d’augmenter la masse.

Christophe Sauthier : CGM [Consumer-generated content]

[Applaudissements]

Christophe Sauthier : J’ai une vision beaucoup plus noire que toi ! J’ai géré le mentoring sur Ubuntu pendant trois ans, au niveau mondial. On a dû avoir un développeur qui est resté. Trois ans ! Un développeur qui a été vraiment et qui a passé plein d’étapes et qui a fini core et tout ce que tu veux ; mais un en trois ans ! Et on a mis un effort dedans énorme. On faisait des rappels, on faisait des re-rappels, on faisait des re-re-rappels. On disait aux gens tout ce que tu veux. Le problème c’est que les gens, au bout d’un certain temps ! Quand on a lancé le mentoring il y a plein de gens qui sont venus, plein de gens qui ont dit : « Ah je veux participer, je veux participer ! » Mais au bout d’un certain temps, le produit Ubuntu marchait plutôt bien, on était la « distro » la plus utilisée, et puis plus personne ne voulait contribuer. En fait, les gens prenaient le produit tel quel et ça marchait. Qu’est-ce qu’ils en avaient à faire ! Plus personne ne voulait participer. Donc je suis un peu plus mitigé que toi sur la facilité qu’on pourrait avoir à attirer de nouveaux développeurs parce que je pense que tout simplement les gens sont, comme on le disait tout à l’heure, dans une culture du « j’ai quelque chose qui fonctionne, ça me suffit ». Tu sais c’est du temps de cerveau disponible. Ils ne vont pas passer du temps à travailler dessus alors qu’ils peuvent avoir la même chose, qui marchera aussi bien, que quelqu’un d’autre fera à leur place.

Adrien Blind : Après, je pense aussi qu’il y a de nouvelles formes de contribution qu’on peut aller chercher. Souvent, effectivement en entreprise ou dans les gouvernements, on a tendance à associer le Libre ou l’open source au gratuit, à la facilité, finalement, de capter quelque chose sans avoir de contrepartie. Je pense qu’on peut faire des choses un peu plus smart que ça. Dans une des entreprises dans lesquelles j’ai bossé, à un moment donné on voulait se tourner vers une solution qui était justement libre. Et ce que j’expliquais, j’expliquais que eh bien finalement, certes, en apparence c’est gratuit tout ça, il n’y a plus de frais de licences, ce genre de choses, il n’y a plus de support, mais justement, j’avais joué sur la fibre du support pour essayer de chercher quelque chose d’autre, en expliquant que si on ne paye plus de support, les entreprises et les décideurs, parfois, se retrouvent un petit peu apeurés : ils se disent comment je vais m’en sortir si je commence à avoir des problèmes. Et ce que leur avait expliqué c’est de se dire qu’une autre façon d’aborder la question c’est que ce que tu payais en licences ou que tu investissais dans du support à un tiers, pourquoi tu ne l’investirais pas dans la formation, dans la capitalisation de tes équipes ? Et pourquoi tu ne ferais pas en sorte qu’un certain nombre de personnes, chez toi, commencent à commiter du code, à participer, à s’investir. Parce qu'en s’investissant dans ces projets c’est une façon de gagner en compétences, de s’approprier l’expertise pour utiliser ses outils et finalement de rendre quelque chose aussi en contrepartie. Donc je trouvais que c’était un modèle assez intéressant à explorer et ce sont des choses qui parlent parce que, en fait, il y a des bonnes intentions, il y a plein de choses qu’on peut vouloir faire, mais souvent, et particulièrement en entreprise, il y a un enjeu, c’est de faire raisonner une fibre qui parle aux dirigeants et leur expliquer que pour un modèle pour des entreprises qui avaient l’habitude d’être, finalement, dans une position de confort en disant : je paye du support, tout ça ; les entreprises qui me fournissent, finalement, devront assumer si jamais j’ai des problèmes. Ah oui, mais si on prend du Libre, si on prend d’autres choses, il va falloir qu’on se débrouille. Eh bien capitalisons et une façon de capitaliser c’est d’apprendre, c’est de donner, c’est de contribuer pour, justement, être un acteur et pas simplement un consommateur passif. Et on y gagnera notre compte. Et ça, ils comprennent leur propre intérêt et c’est quelque chose qui peut marcher.

David Keribin : On se rapproche de la fin de cette table ronde. Ce que je vous propose, on va passer aux questions, mais avant de passer aux questions, je vais vous laisser chacun une toute petite minute pour donner un dernier point. Le thème c’était « La place du logiciel libre dans la société ». Je pense que la question que je vous poserai sur la toute fin, c’est une solution qui existerait – Adrien tu viens de griller ta cartouche –, une solution qui existerait pour améliorer cette place du logiciel libre ? Et Christophe je te laisse commencer.

Christophe Sauthier : Une solution qui existerait ? Que les gens prennent conscience de l’éthique qu’il y a derrière. Que les gens s’engagent en fait ! Qu’il y ait un peu plus d’engagement « citoyen », entre guillemets, et qu’on ne prenne pas pour acquis et se dire : oui, les autres le feront à ma place. Je pense que c’est quelque chose qui est valable pour le logiciel libre ici, puisque c’est notre propos, mais c’est valable pour beaucoup de choses. Si les gens s’engageaient un peu plus, on ferait un peu plus avancer les choses. Mais il n’y a pas de solution miracle pour moi. On le disait tout à l’heure, le côté pro marche parfaitement bien dans l’open source aujourd’hui. C’est le côté éthique qui pèche. C’est l’engagement personnel qu’il peut y avoir par rapport à ça. Et cet engagement personnel se retrouvera au niveau des entreprises aussi, se retrouvera au niveau des particuliers, au niveau des gouvernements, parce que je pense que les gouvernements, malheureusement, le côté éthique du logiciel libre, il s’en moquent un peu.

David Keribin : Merci.

Jean-Baptiste Kempf : Moi je n’ai pas de solution. Je n’ai pas de solution miracle. Je pense, évidemment, ce que vous avez dit et vous avez bien recouvert, je pense juste qu’il faut vraiment que nous, en tant que contributeurs, on pense un peu plus produit ; je sais que c’est un gros mot, on pense un peu plus marketing. Mais aussi il faut que, alors là je vais taper sur toutes les associations du Libre en France, mais c’est imbitable. Im-bi-ta-ble. Franchement entre l’AFUL [Association Francophone des Utilisateurs de Logiciels Libres], l’ADULLACT [Association des Développeurs et Utilisateurs de Logiciels Libres pour les Administrations et les Collectivités Territoriales], la FSF [Free Software Foundation], la FSFE [Free Software Foundation Europe], l’April [Association pour la promotion et la défense du logiciel libre], le machin, etc., il y en plein qui font plein de boulot. C’est imbitable. Résultat, on n’arrive pas à parler à des gros acteurs et on n’arrive pas à parler au gouvernement en soi et ça, je pense qu’il y a un vrai souci !

Adrien Blind : Moi je l’ai grillée ma cartouche, je pense qu’effectivement c’est un axe important, mais je pense qu’il faut aussi beaucoup faire résonner les intérêts des entreprises ou de chacun, parce que l’éthique, c’est un relais, c’est une motivation supplémentaire, mais ça ne rentre pas, malheureusement trop souvent, dans le radar des objectifs de court terme. On est toujours dans des questions de rentabilité, d’optimisation et souvent j’ai tendance, personnellement, à essayer de ramener des objectifs très terre à terre l’intérêt de pouvoir contribuer, de pouvoir s’investir dans le Libre. Parce que, justement, je crois assez peu au fait que la plupart des entreprises aient vocation à être sincèrement éthiques, en fait. Ce n’est pas la finalité d’une entreprise, c’est la finalité d’une fondation et je pense que, pour la plupart des entreprises, ça peut être du marketing, ça peut être de la communication, ça peut être des actions, mais ce n’est pas un levier profond. Elles sont beaucoup plus portées par de la rentabilité ou des choses beaucoup plus terre à terre, malheureusement, et leur servir des centres d’intérêt qui peuvent résonner chez elles, pour faire avancer des bonnes causes, au fond, c’est une façon, je pense, de trouver un autre tableau pour essayer de faire avancer les choses.

David Keribin : Merci.

Sébastien Dinot : Je pense qu’il y a des solutions locales. Enfin il y a des solutions, on va dire, qui concernent certains écosystèmes. Par exemple, pour OpenStreetMap, les gens ne comprennent pas pourquoi par exemple en France nous perdons notre temps à créer des cartes alors qu’il y a déjà Google Maps et qu’il y a l’IGN. Et c’est très dur de leur expliquer, comme ça, pourquoi nous faisons ça. Par contre nous avons un super projet qui s’appelle HOT, Humanitarian OpenStreetMap Team9. C’est la cartographie de crises. Quand il y a un événement, une catastrophe naturelle, les contributeurs se mobilisent et créent pour les ONG qui sont sur le terrain des cartes, en quelques heures ou quelques jours, et après les ONG ne veulent plus que ces cartes. Et ça, c’est une mission noble, que nous devrions plus mettre en avant pour que les gens comprennent l’intérêt qu’il peut y avoir à faire des cartes comme ça.

Mais après, de manière plus globale, si on cherche des solutions globales, je pense qu’il faut utiliser ce qui pour les libristes est un vilain mot : le marketing. Tu parlais de produit, mais au-delà du produit il y a le marketing. Il y a, vraiment, oui, savoir vendre nos solutions et les rendre sexy.

David Keribin : Merci.

Pierre-Yves Gosset : Je suis 100 % d’accord avec Christophe sur le côté engagement. Je suis 100 % d’accord avec Jean-Baptiste sur le côté il faut pouvoir penser produit et penser utilisateur. Sur le côté dialogue avec le gouvernement, les associations qui essayent de dialoguer avec le gouvernement c’est parfois compliqué, je pense notamment à La Quadrature du Net10 qui vient de lancer sa campagne, donc faites un don, et qui s’épuisent là-dessus.

Sur le côté éthique je suis d’accord et pas d’accord. C’est-à-dire que je ne crois pas que quand on est coupé en deux, c’est-à-dire quand on est entrepreneur, quand on a créé une start-up ou autre, on est une seule personne, on n’est pas deux dans sa tête, et donc on peut être entrepreneur et éthique – ce qui n’est pas forcément le cas de tout le monde, chacun fait ce qu’il veut, mais voilà –, on peut être les deux à la fois ; même si un objectif c’est la rentabilité, on peut ne pas vouloir une rentabilité maximum. Et nous, ce qu’on essaye de promouvoir c’est, au début on disait « convergence des luttes » et du coup Pouhiou m’a dit : « Convergence des buts, ça sonne mieux ! » Effectivement, je pense qu’on doit essayer de trouver ce qui fait qu’on a un but commun, quels sont les gens avec qui on partage des valeurs. Et essayer de faire en sorte qu’on décloisonne ces différents secteurs et qu’on n’ait pas d’un côté les informaticiennes et les informaticiens et de l’autre le bas peuple qui galère à utiliser Thunderbird ou d’autres logiciels ; et c’est pour nous une solution à mettre en œuvre ; je ne sais pas si c'est la solution, mais c’est celle qu’on veut essayer de promouvoir pendant les trois prochaines années, en tout cas.

David Keribin : Merci Pierre-Yves. On va donc passer aux questions. Mais avant, je pense qu’on peut applaudir les participants.

[Applaudissements]

Et un micro va passer pour les personnes qui lèvent la main, qui souhaitent poser des questions.

Public : Bonjour. Vous avez commencé cette table ronde avec une définition qui était très belle, qui m’a beaucoup plu, qui était que le logiciel libre c’était de l’open source avec une éthique. Moi je veux juste faire un petit point d’histoire. Au tout début d’Apple, quand les deux Steve étaient des Babas-cool, ils ont mis, dans les licences de leurs ordinateurs, l’interdiction pour les pouvoirs publics d’utiliser leurs ordinateurs ; ceci dans l’optique d’empêcher que la police et l’armée s’en servent. La contrepartie, et ce pourquoi ça a été retiré, c’est que ni l’éducation publique n’y a eu accès, ni les hôpitaux publics, bien évidemment. En fait, moi ce qui m’inquiète c’est que quand vous faites cette définition, j’ai surtout l’impression que le logiciel libre, pour vous, c’est de l’open source moins une liberté. Et moi, ça m’inquiète tout simplement parce que ça veut dire que, peut-être, on est en train de réduire, avec ce mode de pensée aussi, la diffusion du logiciel libre ; ça m’inquiète !

David Keribin : Qui est-ce qui souhaite répondre ? On essaie de répondre rapidement pour avoir un maximum de questions.

Pierre-Yves Gosset : Oui. Comme c’était ma définition qui n’engage que moi, je vais me permettre la réponse. Dans les licences vous avez différents types de licences. Vous avez des licences qu’on va dire avec copyleft et des licences sans copyleft ; c’est-à-dire est-ce qu’on doit conserver les attributs au fur et à mesure des modifications du logiciel libre – je caricature, je vais extrêmement vite, je suis désolé, mais on est pris par le temps. Je ne pense pas que le copyleft soit une liberté en moins par rapport à d’autres types de licences type BSD [Berkeley Software Distribution License]. Et donc pour moi dire qu’il y a de l’éthique dans le logiciel libre c’est potentiellement un frein à sa diffusion, je l’entends, je peux le comprendre. Tout comme le copyleft c’est moi, personnellement, quelque chose que je peux défendre.

David Keribin : Merci.

Public : J’ai un souci. En tant que développeur j’ai l’impression que quand je développe un logiciel pour aider les gens, parce que j’aime beaucoup le Libre, j’ai écrit un livre, et on a Google, Facebook, Apple, qui écrivent des très bons livres et que quand je propose à mon entourage de contribuer, eh bien je demande à une société d’illettrés d’écrire des livres, parce que personne ne sait coder. Personne ne sait programmer. Pour pas mal de gens, c’est de la magie ! Du coup, comment régler ce problème de demander au Libre, de dire « contribuez ! », mais ils ne savent pas coder !

Jean-Baptiste Kempf : Ouais mais ça s’apprend !

Public : Oui, mais tu peux utiliser Google à la place de l’apprendre.

Jean-Baptiste Kempf : Ouais, mais tu vois, ça s’apprend. Moi j’ai commencé sur VLC je ne savais pas coder. J’ai appris à coder en codant VLC. Donc ça se fait, mais il faut éduquer. Et donc tu demandes à Framasoft de le faire !

[Rires]

Public : D’accord !

Christophe Sauthier : Juste pour te répondre, ton entourage peut contribuer aussi sans coder. Il peut parler de ton logiciel. Il peut dire « regarde, ce logiciel je l’utilise et je fais ça ». Ton entourage peut te dire « ta fonctionnalité, là, elle ne marche pas ! » ; il peut tester. Tout ça c’est contribuer à un logiciel ; le faire avancer.

David Keribin : Vas-y, prochaine question.

Public : Moi j’avais une question c’est que le monde du soft, que ce soit open ou libre ou pas libre d'ailleurs, en fait il a quand même pas mal « shifté » ces dix dernières années, pour se transformer en des plateformes de run. Et d’ailleurs je pense que le succès des plateformes Framasoft est aussi lié à ça. C’est-à-dire que quand vous parlez d’open source, tout le long de la table ronde qui était très intéressante, vous parlez de l’open source installée sur un poste, de l’open source locale ou du logiciel libre local. Un des gros problèmes, de mon point de vue aujourd’hui, qui se pose au logiciel libre, c’est qui le run, en fait ? Qui le run ? Où est-ce qu’il tourne ? Qui maintient les serveurs sur lesquels il tourne et qui en a la gouvernance ? Ce qui peut être d’ailleurs un axe, comment dire, un axe d’amélioration au niveau économique. Puis qu’aujourd’hui, avec les plateformes de paiement communautaire, on a la capacité, en fait, de procéder à une économie militante par rapport à ça et moi je trouve que, justement, la démarche de Framasoft par rapport à cette gestion du logiciel libre au niveau de la plateforme qui le run, c’est finalement un modèle qui peut s’avérer vertueux et vers lequel il faudrait tendre.

Pierre-Yves Gosset : Évidemment, oui, je suis d’accord avec toi, il se pose cette question-là. Maintenant encore fois, qui le fait tourner ce logiciel, nous on préfère que ça soit des milliers de petites structures plutôt qu’une seule. Et donc nous on ne souhaite pas, encore une fois, avoir une position de silo et être le Google du Libre. S’il y en a qui veulent essayer lancez-vous, moi ça ne me dérange pas plus que ça. Encore une fois, on a essayé de répondre à cette question-là via CHATONS. L’idée de CHATONS c’est de dire « on veut essayer de résoudre cette problématique-là en buvant des coups ». On veut essayer de sauver l’informatique en buvant des bières.

David Keribin : On s’en rapproche, ça sera juste après.

Pierre-Yves Gosset : Et du coup, le fait de boire un coup avec la personne qui fait tourner ton serveur te redonne confiance, quelque part. Qui est le tiers de confiance ? Aujourd’hui, le tiers de confiance c’est Google ou c’est Facebook, etc. Et donc, le fait de dire eh bien moi je vais monter une asso à Toulouse qui va accueillir les associations ou des entreprises toulousaines qui ne veulent pas aller chez Facebook, Google et compagnie, c’est un modèle économique parce que tu peux le vendre et tu diras aux gens « eh bien vous pouvez me rencontrer, etc. » Donc pour ça, pour moi encore une fois, ce qui fait la différence et pourquoi est-ce que ça a marché avec Framasoft ? Je rappelle que Framasoft c’est uniquement à titre de démonstration. Si vous utilisez Framasoft sur le long terme ne venez pas vous étonner, ne venez pas pleurer si à un moment donné on coupe l’accès. On s’est donné ça à travers les conditions générales d’utilisation de Framasoft de pouvoir vous virer ou de pouvoir couper le service du jour au lendemain. Donc quand vous venez utiliser nos services, ça peut être coupé.

Par contre, on prend l’engagement éthique de ne pas exploiter vos données, de ne pas mettre de publicité, de chiffrer au maximum les données qu’on va héberger et ça, n’importe qui peut le faire à son niveau. Nus on est pour l’auto-hébergement, mais je ne crois pas que l’auto-hébergement soit là à court terme. Il y a La Brique Internet11, par exemple, ça fonctionne, mais ce n’est pas demain que mon frère ou ma sœur vont utiliser La Brique Internet. On est là uniquement en tant qu’intermédiaires sur cette démarche de savoir qui fait tourner le logiciel. Voilà ! En faisant de la proximité et du local, on espère que ça sera compréhensible pour le grand public.

David Keribin : Merci. On va prendre encore deux questions. Au milieu là. Allez-y. Voilà, son micro.

Public : Merci. Donc voilà. Bonsoir, je suis Frédéric ***. Je vous dis déjà bonsoir les gars, parce que sur le podium il n’y a que des garçons. La seule femme c’est la traductrice LSF et elle a beaucoup de mérite d’ailleurs. Bravo ! Les deux, deux traductrices.

[Applaudissements]

Je me suis beaucoup amusé et ça fait longtemps que j’ai envie de réagir parce que je vous entendais tout à l’heure parler d’éthique et de gratuité. Et je me suis dit merde, j’ai regardé ma montre, on est en 2017, j’avais l’impression d’être aux RMLL en 2000. C’est-à-dire que je vais vous parler de moi. De l’éthique, je n’en ai aucune. Mais vraiment aucune ! C’est très important. Ma banque c’est N26, elle est en Allemagne et que les banques françaises crèvent mais tant mieux quoi ! Elles se font du fric sur le dos des pauvres. Mon fournisseur de billets de train c’est Trainline, anciennement Capitaine Train. Merde ! La SNCF va souffrir, mais tant mieux ! Tant mieux ! Vous avez vu ce que c’est la SNCF ? Je ne vais pas développer.

Aujourd’hui vous continuez à débattre donc d’éthique et de gratuité. Mais le Libre, s’il veut encore avoir un avenir, il ne doit pas seulement être gratuit : il doit être simple. Vous l’avez un petit abordé. Sébastien l’a dit le plus. Je crois que c’est un de ceux qui a bien compris ; Framasoft aussi. Mais la simplicité c’est essentiel ! Il a aussi parlé Sébastien, qui ne dit que des bonnes choses, de la bienveillance. C’est sûr que ce n’est pas pareil quand on va dans OpenStreetMap et quelqu’un vous dit : « Oh tu as fait une erreur je vais t’expliquer » que : « Putain ! Il y a un mec qui a fait une contrib, j’ai tout effacé parce que c’était encore merdique quoi ! » Il y a la même chose dans Wikipédia, qui a le même problème avec les contributeurs, donc la bienveillance c’est essentiel. Maintenant j’arrive à…

David Keribin : La question.

Frédéric du public : La question c’est comment est-ce qu’on fait marcher le Libre ? Je continue à parler de moi justement. Pourquoi est-ce que moi je fais du Libre ? Ce n’est pas par éthique, je vous ai dit que je n’en ai aucune. Ce n’est pas pour la gratuité, parce que, de toutes façons, ça ne me rapporte pas beaucoup de tune. Mais il y a quand même des choses intéressantes dans le Libre. C’est que dans le Libre, déjà, on peut s’amuser et c’est une raison essentielle. J’espère que dans la salle, vous partagez ça, sinon, vous vous êtes un peu plantés. La deuxième des choses c’est que dans le Libre on peut s’instruire. Je parle encore de moi, moi j’ai appris à programmer dans Hebdogiciel. Il y en a dans la salle qui connaissent Hebdogiciel ?

[Cris du public : oui]

Frédéric du public : Ouais !

David Keribin : Si on peut arriver à la question, ce serait top !

Frédéric du public : Dans le Libre on rencontre aussi des gens sympas et je pense aussi dans la salle ; les gars sympas levez-vous ! Les filles aussi, les filles sympas ; tous les gens sympas levez-vous ! Voilà !

David Keribin : Ils sont sept.

Frédéric du public : C’est bien ; ça me suffit. Ce sont eux qui nous font avancer tous. C’est le taux de contribution qu’il y a à VLC, c’est la même chose, en fait.

David Keribin : C’est un grand remerciement, en fait, général.

Frédéric du public : Non, non ! J’arrive au dernier point. Moi je vous dis pourquoi, le point fondamental, pourquoi est-ce que je fais du Libre, c’est que le Libre me donne du pouvoir. C’est que, avec du Libre, je suis capable dans mon garage, avec ma petite connexion de merde, de faire la même chose que Google, en fait. Et ça, c’est juste en ayant appris dans Hebdogiciel, juste en ayant fait des réunions avec des gens sympas.

Pierre-Yves Gosset : Je n’ai pas compris ta question. Par contre, en tout cas ce qui est clair, c’est que tu n’es pas le public qu’on cherche aujourd’hui à Framasoft.

Frédéric du public : Mais heureusement !

[Applaudissements]

Frédéric du public : Ma question c’est : l’avenir du Libre est dans la simplicité. Et tant que vous n’aurez pas compris ça ! Si aujourd’hui il y a dans la salle des gens qui bossent sur du Libre et que leur logiciel est libre mais compliqué, ils peuvent arrêter tout de suite ; il n’a aucun avenir.

Jean-Baptiste Kempf : En fait, je suis désolé, mais on parle de questions. Il n’y a toujours pas de question dans ta question, donc ce n’est pas cool ! Ça c’est la première remarque. La deuxième c’est que tu n’as pas écouté ce qu’on a dit donc en plus c’est gênant. Justement, j’ai dit plusieurs fois que l’important dans VLC c’est qu’il y avait du marketing, un bon produit, que c’était simple, qu’il y avait une bonne UX et que les gens l’utilisaient parce que c’était mieux que le reste. Donc en fait, tu n’as pas écouté ou tu n’as pas bien écouté. Ensuite si tu poses une question, on te demande de vraiment poser une question. Et la question ce n’était pas vis-à-vis de toi, vis-à-vis des gens de la salle, mais la question c’est dans la société et malheureusement on n’est pas juste la société. Voilà ! Est-ce qu’il y a quelqu’un qui a une vraie question ?

David Keribin : Allez, merci pour la dernière question s’il vous plaît. Merci Jean-Baptiste. Celle-là doit se finir par un point d’interrogation si c’est possible.

Public : J’ai une question : quand je vais dans un magasin et que je veux acheter un ordinateur avec des logiciels libres dedans, quel que soit l’ordinateur, ils ne sont jamais, en fait, implémentés dans l’ordinateur. C’est compliqué pour les utilisateurs, en fait.

David Keribin : Du coup on va répondre aux deux questions qui sont pourquoi ? Et comment faire pour que ça change ?

Pierre-Yves Gosset : Comment faire pour que ça change ? Ça a été un combat du logiciel libre pendant quasiment quinze-vingt ans de lutter contre les « racketiciels », de lutter contre les logiciels pré-installés. On a échoué. Je ne sais pas répondre aujourd’hui. Pour moi la réponse elle est, encore une fois, dans la capitalisation boursière de ces entreprises qui sont tout à fait capables, aujourd’hui, de payer des tombereaux d’avocats payés des milliers d’euros chaque mois, et qui vont faire en sorte que des lois qui permettraient que le logiciel libre soit pré-installé d’office et qu’on puisse se faire simplement rembourser le fait que quand on achète un ordinateur avec Windows, on va se faire se rembourser son Windows ; c’est possible mais c’est un parcours du combattant ; on en revient à la question de la simplicité. Et du coup, aujourd’hui, non ça n’est pas simple. Je n’ai pas d’autre réponse et solution à ça que d’y aller à plus nombreux que ce qu’on y a été. Je pense que Sébastien connaît bien le sujet parce que ça a été traité aussi à l’April. C’est un combat qui n’est pas perdu. Aujourd’hui on peut acheter des ordinateurs avec du Ubuntu, Debian, pré-installé dessus. Mais ça ne représente pas la majorité de l’informatique. À la fois j’en suis désolé et, à la fois, c’est un combat qu’on a perdu. Est-ce qu’on avance ou est-ce qu’on reste ?

David Keribin : Est-ce qu’aujourd’hui on n’est pas capable de le remporter avec l’avènement des solutions cloud ? Est-ce que aujourd’hui avoir un logiciel installé, de toutes façons il ne va pas être utilisé et tout va se passer dans le cloud ? Alors ce sera un navigateur qui ne sera peut-être pas libre, mais est-ce que, en fait, les solutions du Libre ne sont pas là ?

Pierre-Yves Gosset : Qui peut aujourd’hui proposer, moi je suis pour, mais on la brique technique. Par exemple on pourrait dire qu’OpenStack permet, entre autres, de proposer à du grand public un déploiement d’une infrastructure libre à laquelle on pourrait accéder de la même façon dont on accède à du Office 365, à du Google Apps, etc. Mais c’est pareil ! Je refais mon appel, coucou la caméra : « entreprises du Libre, si Framasoft a réussi avec un adminsys et entouré, quand même, d’une équipe de bénévoles, de salariés, de contributeurs et de contributrices, à proposer du service à 400 000 personnes, qu’est-ce qui vous empêche de monter une boîte et de vendre ce service auquel les gens accéderont ? » Du coup ils achèteront un ordinateur. J’espère qu’il y aura un navigateur libre dedans et depuis ce navigateur libre ils accèderont à du contenu libre. Mais aujourd’hui ça n’est pas le cas et on n’a pas d’offres. Que ça soit clair, ça n’est pas la faute de Framasoft !

David Keribin : Merci. Juste avant de repasser la main à Lionel, j’aimerais bien qu’on félicite, une nouvelle fois, les intervenants de la table ronde, mais également toute l’équipe qui a permis à cette table ronde d’exister ; les traductrices en langue des signes ; toutes les équipes techniques. Je suppose qu’il y a TVn7 et CAn7 derrière, donc spéciale dédicace à TVn7. Et en règle générale à toute l’association qui a permis à cette journée d’exister. Et je passe la main à Lionel [Porcheron], avant que vous ne partiez, s’il vous plaît.

[Applaudissements]

Sébastien Dinot : Juste un petit remerciement à l’animateur qui n’a pas été trop méchant avec nous !

[Applaudissements]

Lionel Porcheron : Merci à tous. Merci David. Quelques mots pratiques. Du coup, vous êtes tous conviés à un pot qui se déroule dans le foyer des étudiants qui est offert par l’association Toulibre.

Sébastien Dinot : Tu vois, lui il s’y connaît en ambiance !

Lionel Porcheron : C’est simple. C’est tout droit.

Sébastien Dinot : Je vous rappelle c’est l’action numéro 4 dans le plan d’actions. Tu grilles un peu les étapes.

[Indications pratiques]

Public : Merci beaucoup.

L'April présente à Pas Sage En Seine 2018

Le 22 June 2018 à 13:24:19

28 Juin 2018 - 00:00
1 Juillet 2018 - 00:00

Le festival Pas Sage en Seine (PSES) organisé par l'association White Rabbit - PSES en partenariat avec la ville de Choisy-le-Roy, est une rencontre consacrée aux logiciels libres, au hacking et sa culture. La 10e édition du festival aura lieu du jeudi 28 juin au dimanche 1er juillet 2018 à Choisy-le-Roy (en Val-de-Marne). Un riche programme de conférences, ateliers et animations est prévu.

L'April y tiendra un stand, n'hésitez pas à passer nous voir.

Thierry ARNULF

Parution du RGPD au JO

Le 22 June 2018 à 07:14:44

Le RGPD (01) vient de paraitre au Journal Officiel (02). Cette information a été relayée par les médias : NUMERAMA – RGPD : la loi sur la protection des données personnelles est parue au Journal officiel (03) LIBERATION – Protection … Lire la suite

20 June 2018

Thierry ARNULF

Faille de sécurité découverte sur des matériels

Le 20 June 2018 à 17:24:11

Une faille de sécurité a été découverte dans le fonctionnement de programmes sur divers matériels portables tels que Google Home (01), Google Chromecast (02), Roku ou Sonos (03). Linformation a été relayée par plusieurs médias : NUMERAMA – Google Home … Lire la suite

april.png Nouvelles April

Directive droit d'auteur : mise en place d'un filtrage généralisé et automatisé sur Internet ; vote décisif en juillet

Le 20 June 2018 à 12:22:30

Communiqué de presse du 20 juin 2018.

La commission des affaires juridiques (JURI) a adopté ce matin la proposition de directive sur le droit d'auteur et notamment son article 13 qui impose aux plateformes d'hébergement la mise en place d'un filtrage généralisé et automatisé des contenus que nous mettons en ligne sur Internet. Les plateformes de développement de logiciels libres sont exemptées de ces exigences de filtrage1 mais l'idée même de ce principe est désastreuse. L'April appelle les parlementaires européens à rejeter la proposition de directive dans sa globalité lors de la plénière de juillet.

Ce matin s'est tenu au Parlement européen un vote crucial pour la sauvegarde d'un Internet libre et ouvert. La commission des affaires juridiques a notamment adopté l'article 13 qui impose aux plateformes d'hébergement la mise en place d'outils de censure automatiques. Cette disposition a pourtant été très largement critiquée, par des organisations de défense des libertés sur Internet, des auteurs, des entreprises du logiciel libre… mais aussi par le rapporteur spécial des Nations Unies sur la promotion et la protection de la liberté d’opinion et d’expression.

Sur la question des forges de logiciel libre plus spécifiquement, la commission JURI a fait un pas dans le bon sens en les excluant du champ d'application de l'article 13, qu'elles soient ou non à but lucratif. Malgré cette avancée, l'April considère que le principe même d'un filtrage généralisé est à proscrire.

La Commission a également adopté la décision d’entrer en négociation avec le co-législateur, le Conseil. Lors de la plénière qui commence le 2 juillet, les parlementaires pourront contester cette décision et demander à cette occasion qu'un vote ait lieu sur le lancement ou non des négociations. L'association appelle les parlementaires européens à rejeter le projet de directive.

« Une importante mobilisation a permis d'exclure les forges de logiciels libres des dispositions de l'article 13. Mais ce patch est insuffisant, l'article 13 reste dangereux et doit être supprimé. La mobilisation doit encore s’intensifier d'ici le vote en plénière pour que ce projet de directive rejoigne ACTA dans les poubelles de l'Histoire » a déclaré Frédéric Couchet, délégué général de l'April.
« On nous parle de compromis ; le texte est pointé comme liberticide par les plus grandes sommités. On nous parle de lutter contre le pouvoir des GAFAM et d'instaurer un marché unique numérique ; on renforce les silos. On nous parle d'auteurs et d'autrices ; on brime un des plus importants outils de création et de partage jamais créé. Au-delà de la disposition elle-même, c'est tout le procédé qui est désastreux. L'unique chose à faire est de rejeter intégralement ce texte et de repartir sur des bases saines, avec un véritable débat public de fond » ajoute Étienne Gonnu, chargé de mission affaires publiques pour l'April.
  • 1.

    L'amendement de compromis dit « CA 2 » adopté ce matin (voir page 2 de ce document PDF (en anglais)) a introduit l'exclusion des forges de logiciel libre en modifiant l'article 2 qui précise la définition de « online content sharing service providers », terminologie qui est ensuite utilisée dans la nouvelle version de l'article 13 :
    « Providers of cloud services for individual use which do not provide direct access to the public, open source software developing platforms, and online market places whose main activity is online retail of physical goods, should not be considered online content sharing service providers within the meaning of this Directive ».

    La nouvelle version de l'article 13 étant page 14 du même document (amendement CA 14).

jzimmermann.png Jérémie ZIMMERMANN

Copyright Directive: Let's Fight Automated Filtering... and Web Centralisation!

Le 20 June 2018 à 08:44:03

12 June 2018 – On 20 June, the European Parliament will make its decision regarding the Copyright Directive, symbol of a new era of Internet regulation. La Quadrature is calling on you to call the Members of European Parliament and demand they act against automated censorship in the name of copyright protection and, more broadly, against centralisation of the Web.

To understand the complex ruling which will take place on 20 June, we first need to revisit the basics of the regulation of content distributed over the Internet.

An Uncertain Equilibrium

The eCommerce Directive, adobted by the European Union in 2000 laid down the foundations for content regulation on Internet. It created the following principle: if you host and distribute text, images, or videos provided by third parties and if this content is illegal (because of copyrigt infrigment, sexist or racist content, apology of terrorism, etc.), you are not accountable. This lack of accountability however requires two things: that you did not have an active role in the distribution of the content (organising the content to promote some of it, for example) and that, if a content is reported as "illicit", you remove it "promptly". If you fail to respect those conditions, you can be considered as the publisher of the content.

This equilibrium, of a particularly uncertain nature – evaluating "illicit" and "promptly" has proven to be difficult –, has applied indiscriminately to all hosters for twenty years. Those who rent us server space to host and distribute our websites (the French company OVH is a good example); forums and wikis where we share our experiences and knowledge; the non-centralized networks such as Mastodon or PeerTube; and, of course, the giants of the Web – Facebook, YouTube and others who seems to have locked in their hands the majority of our public exchanges.

This equilibrium progressively fell appart as these giants gave up on the idea of nemaining neutral: assuming nowadays their active role, they prioritize all the content that they distribute according to economic criteria (highlighting the advertisements of those who pay them, as well as the content that will make us stay longer on their platforms), or political criteria (Facebook for example has a strong censorship policy towards nudity).

In theory, as we have seen, this generalized filtering of the public debate – which often rests on automatically applying economic and political criteria – should make them accountable for all the content they distribute. In practice, however, one can understand why this principle isn't really applied: it would encourage these giants to censor all potentially illegal speech, drasticly limiting the capacity of self expression of the millions of people who still use, more or less willingly, these platforms to engage in the public debate. The law thus appears here to be imperfect: too strict in theory to be put into practice.

Automatic Filtering

In September 2016, to address part of this problem, the European Commission proposed a "Copyright directive".

Article 13 of this text aims to create new rules for big content providers, those who distribute "large amounts of works". These providers would have to enter into agreements with the copyright holders of the works they distribute, in order to define how to share the revenue (from advertisment or subscriptions) with them or take measures to prevent the distribution of content signaled by copyright holders.
The text mentions "effective content recognition technologies", clearly refering to Content ID which has been deployed on Youtube for 10 years – a tool that enables Google to automatically identify the works published on their site so their rightsholders can prevent or allow their distribution (and if so, in return of remuneration).

The Commission's proposals must face the same criticism than those made to YouTube for years: they delegate the subtleties of regulation on automated tools, presented as miracle solutions. Ignoring all the subtleties of human behaviour, these tools censor anything and everything depending on technical bugs, miscalibrated criteria and absurd rationales, and prevent at the same time the legitimate exercise of copyright exceptions (right to quote, parody, ...).

To comprehend the importance of this debate, one should understand that automated filtering is already widely deployed and praised by Facebook or Google, beyond the matter of copyright, to fight against any type of illegal content, or so they claim. Many governments are also tempted to follow this path.

The Copyright directive must not legitimate and generalise this technological solutionism that automates our social relationships and treats humans as mere machines controlled by a few private companies. Instead, the current debate should be an opportunity to limit how the giants of the Web use it and to deny the control they hold onto our world.

A New Distinction

On 25 May, the European Union's Member States declared their position on the Copyright Directive. This position includes a crucial amendment which clearly creates a new category of actors, i.e any person who, while hosting and distributing a large number of works, organises and promotes them for profit – that is, they have an "active role" in their presentation.

This new category is being implemented to circumvent the protection offered by the "eCommerce" directive of 2000, all the while not being threatened by systematic liability regime. Thus, it is an intermediate category, between "all" and "nothing", which could potentially solve numerous problems that have arisen in the past twenty years or so. Let us call "platforms" this new category of actors. While the term is both generic and vague, practice and official discourses seem to coalesce around it.

The position of the Members States is that these platforms should be responsible for the works they distribute without the authorization of rightsholders, if the platforms did not set up a system which – proportionately to their capacities – could have prevented their distribution. The idea of automated filtering such as “Content ID” is not set aside but its use is less explicitely suggested.

For its part, the European Parliament will declare its position on 20 June, through the committee on Legal Affairs (JURI). After long debates, the rapporteur of the directive Axel Voss (EPP, Germany), seems to want to include the additions put forward by the Member States (see his latest published proposals), as well as add a new precision: the censorship operated by the platforms should not lead to filtering content that does not breach a copyright nor should it lead to the deployment of a generalised oversight of content uploaded. The difference made with generalised automated filtering is slowly appearing more clearly. However, it is crucial that it appears explicitely in the final text, as well as a a clear threshold (of works distributed, subscribed users, etc.) in order to be certain that the mechanism will specifically deal with the issue of centralisation.

Finally, Axel Voss's proposals specify some guarantees against abusive or arbitrary censorship: a mechanism to quickly challenge the platform's decision, as well as the possibility to bring the matter before a judge in order to enforce copyright exceptions that would make the filtering unjustified. One should however go a lot further, as asking of Internet users to request a ruling from a judge to enforce their rights is too burdensome, given the unbalance between the interested parties. It would be better to turn the rules around in case a removal request is challenged: censored content should come back online when a user considers to be within their rights and it would be up to rightsholders to take things to court to obtain a final "stay down" notice, under the control of a judge.

A Disapointing Compromise

Rather than legitimise the automated regulation model on which is the basis of the power of giants of the Web, these proposals could begin to oversee it and limit its effects. But let's not rejoice too quickly: automated regulation, rather than being weakly overseen should be dismantled and banned, which isn't on the cards for now. Furthermore, the European Parliament's decision is still in the making, and could fall back onto the technological solutionism that was the at heart of so many recent decisions.

La Quadrature du Net calls on you to call the MEPs until 20 June included to demand:
- that new obligations regarding copyright only affect hosters who organise content with a for-profit goal and who reach a certain clearly determined threshold;
- that these new obligations never turn into automated filtering, which must be clearly forbidden;
- that the responsibility to take matters to court to enforce one's rights in the case of a removal request fall onto rightsholders and not Internet users.

If the text settles on this compromise, the worst might be avoided, but this Copyright directive will still be a failure, as once again the debate focused on repressive and retrograde measures when it was initially intended to provide thought on the balance needed in copyright in the digital age. This ambition was abandonned with the European Parliament's rejection of the proposals, which were already lighter than La Quadrature du Net's proposals for copyright reform.

A New Balance

As said, this debate goes far beyond copyright. It concerns the overall regulation of hosters, in the fight against “fake news”, against the spread of hate, against terrorist propaganda, etc., which we see discussed more and more. It concerns the way each and everyone of us can take part in the public debate, to express ourselves as much as to access information.

All these challenges have a common enemy: centralisation of the Web, which has locked the vast majority of Internet users under one-way, rigid rules that don't care much for the quality, the tranquility or relevance of our exchanges, and only exist for a few companies' search for profit.
One of the main causes of this centralisation is the legal difficulty that has long made the existence of its cure, non-centralised hosters, precarious. Not supporting themselves financially by mas surveillance and regulation, they can't take the risk of expensive lawsuits in case of a failure to “promptly” remove each “unlawful” content they wouldd be informed of. Hosters which, most of the time, can barely take the risk of existing.

The necessary condition for the development of such services is for the law to, at last, stop imposing on them rules which for twenty years have been thought out for nothing but a few giants. Creating a new category for them offers the hope of freeing the non-centralised Web from the absurd legal framework into which judges and lawmakers have slowly trapped it in.

19 June 2018

april.png Nouvelles April

L'April participe à la Fête des possibles, du 15 au 30 septembre 2018

Le 19 June 2018 à 16:42:29

Image de la Fête des Possibles

Du 15 au 30 septembre 2018, nous participons avec plus de 120 autres organisations et réseaux de la transition à la Fête des Possibles (nouveau nom de la Journée de la Transition). Plus de 3 000 rendez-vous sont prévus en France et en Belgique pour rendre visibles les milliers d’initiatives locales qui embellissent la société et construisent un avenir plus durable et solidaire.

« C’est possible » est le mot d’ordre de la Fête. C’est possible de manger bio et à moindre coût, c’est possible de se déplacer au quotidien sans polluer, c’est possible d'utiliser des logiciels libres, etc.

Nous appelons les artisans et artisanes du changement, en d’autres termes celles et ceux qui agissent au quotidien, à organiser un rendez-vous pour valoriser leurs initiatives. Tous les formats d’événements sont possibles : atelier participatif, balade urbaine, repas partagé, rassemblement public…

Les rendez-vous 2018 peuvent d'ores et déjà être saisis sur le site de la Fête des Possibles.

Préparez dès maintenant votre événement et rendez-vous du 15 au 30 septembre dans toute la France et en Belgique pour découvrir et agir !

Voici une vidéo de présentation de la Fête des possibles (2 minutes 23 secondes).

Découvrez le site de la Fête des Possibles

La réforme du droit d'auteur éclairé par une conférence de Nina Paley sur ce qu'est la culture - Décryptualité du 17 juin 2018 - Transcription

Le 19 June 2018 à 09:57:02


Luc - Manu - Magali

Titre : Décryptualité du 17 juin 2018 - La réforme du droit d'auteur éclairé par une conférence de Nina Paley sur ce qu'est la culture
Intervenants : Luc - Manu - Magali
Lieu : April - Studio d'enregistrement
Date : juin 2018
Durée : 16 min
Écouter ou télécharger le podcast
Revue de presse pour la semaine 24 de l'année 2018
Licence de la transcription : Verbatim
Illustration : GLAM camp NYC 2011 Wikimedia Commons, licence Creative Commons Attribution-Share Alike 3.0 Unported
NB : transcription réalisée par nos soins. Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

Description

La réforme du droit d'auteur met en danger internet. Décryptualité s'appuie sur la conférence de Nina Paley qui décrit brillamment ce qu'est la culture, pour dénoncer l'absurdité de ce que sont devenus le droit d'auteur et le copyright et sur ce qu'ils menacent de devenir.

Transcription

Luc : Décryptualité.

Voix off de Nico : Le podcast qui décrypte l’actualité des libertés numériques.

Luc : Semaine 24. Salut Manu.

Manu : Salut Mag.

Mag : Salut Luc.

Luc : Revue de presse.

Manu : Revue de presse : cinq articles principaux.

Mag : On commence par Numéro Magazine, « Portrait de l’artiste en hacker qui détourne les nouvelles technologies », par Ingrid Luquet-Gad.

Manu : Il semblerait qu’au Centre Pompidou ils sont en train de faire toute une exposition, où ils détournent, ils retournent des concepts à partir du hacker notamment. Donc il y a des choses ; il va peut-être falloir qu’on aille jeter un œil.

Mag : France Culture, « Que reste-t-il du logiciel libre ? », par Hervé Gardette.

Manu : Ça reprend toute une interview qu’il y a eue cette semaine avec pyg, le responsable de Framasoft.

Mag : Pierre-Yves Gosset.

Manu : Exactement. Je ne l’ai pas encore écoutée, il va falloir parce que c’est plutôt intéressant il semblerait, d’après ce que j’ai entendu. Et c’est France Culture, donc un gros média quand même.

Mag : RFI, « Software Heritage, la grande bibliothèque du logiciel », par Dominique Desaunay.

Manu : Un grand projet qu’on soutient et qu’on apprécie. Il y a des gens très motivés à l’Inria qui ont décidé de stocker tous les logiciels et notamment les logiciels libres, parce qu’on a légalement le droit de les stocker avec leur code source, pour l’avenir.

Mag : Numerama, « Open source : qui sont les bons élèves et les cancres parmi les géants de la tech ? », par Victoria Castro.

Manu : Ça parle des géants de la tech, c’est-à-dire les GAFA. Là ils en prennent six et ils essayent de lister, de faire un classement des plus sympathiques vis-à-vis du logiciel libre et des plus salauds.

Mag : Tu as dit GAFA.

Manu : Oui.

Mag : Et puis tu dis six ! Alors ?

Manu : N’est-ce pas. Alors ils ont aussi mis Oracle, par exemple, dedans et Microsoft bien sûr. Donc il faudrait voir comment l’acronyme se défend dans ce cas-là.

Luc : Les GAFAMO !

Manu : Un truc dans ce genre. Un truc un peu compliqué.

Luc : Oracle ne rentre pas la catégorie des GAFAM.

Manu : Traditionnellement non. Donc là ils parlent des géants mais, effectivement, Oracle est dans le classement tout en bas.

Luc : Ils vendent du service aux entreprises et des bases de données, etc. Les GAFAM sont plutôt orientées vers le grand public et prennent leurs données. Et Oracle, je pense, se contrefout des données des utilisateurs.

Mag : Mais c’est vrai qu’on a déjà entendu parler d’Oracle qui faisait soi-disant de l’open source et qui bloquait, qui fermait ses logiciels.

Manu : Il semblerait que ce soit considéré comme un trou noir de logiciels libres ; ils en utilisent plein en interne et ils en récupèrent plein, mais ils interdisent à leurs employés, semblerait-il, de contribuer au logiciel libre en tant qu’employés d’Oracle. S’ils veulent le faire, ils le font chez eux avec leurs adresses e-mail personnelles.

Mag : BFMtv, « Pourquoi les mèmes sur Internet sont en danger », par Elsa Trujillo.

Manu : Ça reparle de l’article 13 d’une directive européenne en cours d’écriture. Donc un sujet assez important et l’April est vent debout ainsi que d’autres associations parce que c’est quelque chose qui pourrait vraiment être très embêtant pour tout Internet.

Luc : On en a parlé il y a quelques semaines. Le sujet est vraiment très important et c’est là, d’ici la fin du mois de juin, dans les jours qui viennent, que ça va se voter. Donc il y a dans cette campagne menée par tout un tas d’associations dont l’April, des incitations à écrire aux députés, à leur téléphoner, à les harceler, en leur disant « il faut arrêter les conneries ! » On en a déjà parlé mais on va en reparler cette semaine parce que c’est très important et c’est maintenant qu’il faut se bouger les fesses. Pour un petit résumé, ce projet de loi, là, qu’est-ce que ça va avoir comme conséquences ?

Manu : La plus essentielle c’est celle de mettre en place des filtres automatiques pour que chaque fois qu’on partage sur Internet des contenus, c’est pour ça que les mèmes sont mis en avant dans les articles et dans les médias.

Luc : Les mèmes il faudra nous expliquer ce que c’est pour qu’on comprenne.

Manu : Ce sont des contenus, mais des contenus très viraux qui vont être souvent diffusés entre chacun. C’est un peu du buzz, ce sont tous les petits trucs un petit peu marrants, les petits chatons, les trucs un peu rigolos.

Luc : Ouais. On prend une image un peu connue, on met un commentaire dessus.

Manu : On la détourne.

Luc : On prend un petit GIF animé, une petite séquence vidéo, on la détourne, etc.

Manu : Et donc tous ces mèmes sont super fun, sont super sympas ; ils sont diffusés en grande quantité. Eh bien là, si on met des filtres sur Internet, des filtres automatiques, par exemple sur YouTube et d’autres, eh bien les filtres vont regarder à chaque fois qu’on partage un contenu, ils vont regarder si ça correspond à un contenu déjà existant et protégé par le droit d’auteur et ils vont, en tout cas c’est la proposition, les bloquer.

Mag : Moi j’appelle ça de la censure, quand même !

Manu : Mais c’est carrément de la censure, mais c’est de la censure qui s’appuie sur des règles, sur des lois et sur le droit d’auteur. Les ayants droit ont l’air de pousser vraiment très fort pour que toutes les plates-formes de partage de contenus mettent en place automatiquement ces filtres.

Mag : Mais techniquement c’est impossible !

Manu : Alors même si c’est impossible, ça n’empêche pas qu’ils essayent de le faire.

Luc : Le problème qu’il y a derrière, c’est que c’est un traitement automatique. Donc c’est un filtre. Traditionnellement on a dans notre système juridique des institutions qui sont censées juger si c’est oui ou si c’est non, avec des humains qui sont censés faire preuve d’intelligence.

Mag : Je sens que tu vas parler de faux positifs !

Luc : Je vais parler d’abord de cette notion qu’on évoque très souvent qui est Code is Law, notion visionnaire qui avait été exprimée par Lawrence Lessig, donc un juriste, il y a de ça 20 ans je pense maintenant, à peu près, au moins.

Manu : Oui. Juriste américain.

Luc : 15-20 ans et qui là prend toute son ampleur. C’est-à-dire que peut-être le contenu en question ne méritait pas d’être filtré, mais comme c’est un robot qui l’a fait, de toutes façons ! Pff ! C’est lui qui décide. Donc du coup, on est dans une situation où le filtrage est fait.

Manu : Par l’architecture. La route est bloquée, il n’y a pas même moyen d’essayer, de toutes façons l’architecture bloquerait, en tout cas c’est le but du truc, bloquerait toutes les choses qui contreviennent théoriquement.

Luc : Voilà ! Mag tu avais raison, ce sont bien les faux positifs. Donc ça c’est un vrai souci et, en plus, ça pose un autre problème c’est que s’il fallait, effectivement, à chaque fois qu’il y a un contenu supposé illégal qu’on aille devant le tribunal, ce ne serait matériellement pas faisable.

Mag : Ça encombrerait les cours de justice qui sont déjà bien encombrées et donc, et donc c'est franchement totalement inutile !

Luc : En plus il y en a des milliards, ça coûte quand même de l’argent d’avoir un avocat, donc c’est juste pas possible.

Mag : Ça relancerait les avocats.

Luc : Oui. Alors voilà !

Manu : Ils ont besoin d’être relancés ? C’est nouveau !

Luc : Oui ! Ça les relancerait très fort !

Mag : Non ! Mais du coup, ils se retrouveraient confrontés à des sujets auxquels ils ne sont pas habitués, comme les licences, comme le droit d’auteur, peut-être que ça ne leur ferait pas de mal de poser les bonnes questions.

Manu : On sait qu’il y a des avocats qui sont un peu spécialisés là-dedans. On se rappelle, quand on parlait des brevets notamment, il y avait des gars qui, à chaque fois, mettaient en avant leurs compétences sur le sujet, c’est hyper pointu et ils sont assez rares finalement.

Luc : Le problème c’est que tu ne peux pas faire un procès à chaque fois que quelqu’un envoie un mème ou une image à la con sur Internet.

Manu : Mais si Monsieur ! C’est la loi Monsieur ! En fait, c’est pour défendre les revenus de ces ayants droit, ces pauvres ayants droit.

Luc : Non, non, après tu as des systèmes. Quand tu as trop d’infractions, tu prends par exemple les infractions de la route, il y a un système avec la police, etc., mais il y a quand même des systèmes de contestation. Quand on prend un PV, on peut écrire un recommandé en disant « ah non, vous vous êtes trompés. »

Manu : Mais là tu n’es pas en train d’envisager un système complet. On peut imaginer que ces filtres automatiques aient un petit système pour dire « oui, mais non, vous m’avez bloqué à tort ! »

Luc : Oui.

Manu : Et qu’on puisse essayer de demander à quand même faire passer les contenus qu’on veut diffuser.

Mag : Ça me rappelle une photo qui avait été mise sur un site de réseau social, qui avait été censurée. Je vous rappelle, la photo c’était une petite fille qui levait sa jupe ou sa robe et on voyait un téton. La personne qui l’avait postée ne comprend pas pourquoi on lui a enlevé son contenu, le reposte et se fait bannir !

Luc : On lui dégage toutes ses photos, tout son compte.

Manu : Eh bien effectivement, si le filtre est un peu vache et qu’il y a une plainte, il pourrait te bannir. Après tout ce sont des entreprises privées. Oui, c’est vrai !

Luc : Tous les gens qui se sont fait dégager sur YouTube ou ce genre de choses, quand ils ont dit : « Hé, mais pourquoi ? », il n’y a personne en face. Pas nécessairement. Actuellement, juste maintenant au moment où on enregistre, il y a une histoire super marrante.

Manu : Ah ! De quoi il s’agit ?

Luc : Avec la fondation Blender ?

Manu : Ah ! La fondation Blender ?

Luc : On rappelle : Blender c’est un logiciel libre de 3D1, logiciel fabuleux. Il faudrait qu’on fasse une émission un jour là-dessus.

Manu : Fabuleux mais compliqué !

Luc : Compliqué, mais voilà, vraiment exemplaire dans son développement.

Mag : Ils font de très belles choses Big Buck Bunny, Sintel.

Luc : Ils font des choses superbes. Voilà ! Et ils ont d’autres films et leurs films sont sous licence libre également. Donc c’est vraiment le truc qui est fait pour être partagé, absolument.

Mag : Qu’on ne retrouve pas sur YouTube.

Luc : En fait ils ont leur chaîne YouTube.

Manu : Si, si, ils acceptent !

Luc : Et il s’avère que, aujourd’hui, il y a eu, des trucs qui ont été mis sur Twitter là-dessus par le type qui est à la tête de ce projet, eh bien quand on se connecte sur la chaîne YouTube de la fondation Blender, ils ont peut-être réparé à l’heure à laquelle on enregistre !

Mag : On leur souhaite !

Luc : Ça dit : « Ah ! Vous n’avez pas le droit de voir ce contenu dans votre pays », alors que c’est du contenu sous licence libre et que c’est l’archétype même du truc qui devrait être diffusé partout et jamais bloqué.

Mag : Mais c’est un DRM ça ! C’est un DRM2 qui dit : « Vous n’avez le droit de voir ce contenu dans ce pays-là ».

Manu : C’est une forme de… C’est un blocage.

Luc : Donc là on a la parfaite illustration que de toutes façons ils arrivent.

Manu : C’est un faux positif. C’est normal ?

Luc : C’est un faux positif, et de bonne taille en plus !

Mag : Là c’est extraordinaire ce que nous a fait YouTube : interdire une licence libre, interdire quelque chose qui est fait pour être partagé ! Il faut être très fort !

Manu : Mais en fait on ne peut pas garantir comme cela de base, que des contenus originaux ne vont pas être bloqués par exemple aussi, au nom d’un produit dérivé. Tu pourrais imaginer qu’il y a des gars qui dérivent quelque chose, qui sont très connus et qui vont te faire des blocages, parce que toi tu es l’original mais personne ne le sait.

Luc : On ne peut pas espérer, en fait, qu’un système automatique soit subtil. C’est juste pas possible ! Il y a un autre truc qui est également le fait que sur les liens qu’on peut mettre vers Internet, quand on veut mettre un lien par exemple vers un site ?

Manu : Eh bien normalement il va falloir demander, en tout cas c’est ce qu’ils proposent, il va falloir demander l’autorisation de pointer, de mettre ce pointeur, parce que, effectivement, mettre un pointeur ça peut en soi avoir une valeur pour les ayants droit et ils espèrent, c’est l’idée, en extraire des revenus.

Luc : Donc si tu veux faire un lien sur mon site, tu me payes !

Manu : Exactement ! Et ça c’est un peu la taxe typiquement Google parce qu’ils veulent que Google paye pour référencer tous leurs sites et faire pointer tous les résultats de recherche vers leurs sites.

mag : C’est d’autant plus stupide que si Google doit payer ce genre de choses-là, ils vont tout simplement arrêter de mettre des liens et plus personne n’ira sur leurs sites !

Manu : C’est une possibilité, mais si c’est au niveau européen, est-ce que Google peut se retirer de tout le marché européen et ne pas payer cette taxe ? C’est compliqué.

Luc : Le truc c’est que ça peut toucher n’importe qui. J’ai une page quelque part sur Internet où je mets tous les articles de presse qui m’intéressent. C’est une page qui est publique.

Manu : Eh bien les gens de la presse qui ont ces articles, et c’est l’idée, peuvent te demander de payer parce que tu as mis des liens qui pointent vers eux.

Luc : Voilà ! Tout ce truc-là moi me fait penser à une conférence de Nina Paley et là on sort du domaine de l’informatique pour aller dans le domaine de l’art, qui est une conférence qu’on retrouve notamment sur le Framablog3, le titre est en anglais mais la vidéo est sous-titrée, qui est Make Art Not Law, donc faites de l’art pas la loi et c’est assez brillant. Alors elle est radicale dans sa position, mais elle a tout un développement où elle dit qu’on est des …

Mag : Des machines à information, on récupère de l’information et on transmet de l’information.

Luc : Je ne suis pas sûr qu’elle dise machine mais en gros qu’on process de l’information, qu’à chaque fois qu’elle passe au travers de nous, on la modifie un petit peu et que c’est ça la culture. Et qu’à partir du moment où on a du copyright et des systèmes qui nous interdisent de, eh bien dans ce cas-là, ça bloque ce processus naturel et tout se met à stagner, etc., et donc du coup on arrête de créer, on arrête d’innover. Et que l’on soit dans la culture ou dans l’informatique, c’est cette même idée : dans l’informatique libre c’est qu’on partage le code, on partage la culture. Chacun se l’approprie, se la ré-exprime et c’est parfaitement naturel. Et aujourd’hui, on est dans un mouvement qui veut aller contre la nature des choses. Et du coup c’est très violent.

Mag : Parce qu’en plus, là, on ne parle plus de censure ; on parle d’autocensure : les gens ont peur de faire des choses qui les mettraient face à des ennuis et elle traite les ennuis de violence, d’amendes, de prison, de punition. Elle va assez fort. Elle est contre les licences, elle est contre le copyright. Elle n’est pas pour non plus pour les licences libres parce qu’elle les assimile à juste un combat parallèle au copyright ; elle voudrait juste qu’il n’y ait pas de licences. En gros tout est ouvert, tout est open. Tu dois adorer ça Manu !

Manu : Moi j’apprécie. Je pense que toutes ces règles qui sont des règles dites de propriété intellectuelle, donc le droit d’auteur, les brevets, le droit des marques, le droit des secrets, tous ces trucs-là sont des trucs absurdes qui ont été rajoutés souvent au 19e siècle, dont on paye le prix aujourd’hui. C’est un contrôle qui est vraiment horrible sur la culture complète.

Luc : On rappelle que les licences libres, mises en œuvre par Stallman et les gens avec qui il travaillait au début des années 80, ont été rendues nécessaires par le fait que l’informatique propriétaire est arrivée alors qu’avant c’était des trucs qu’ils partageaient entre universitaires et ils ne s’étaient pas vraiment posé trop la question des licences. Ils partageaient le code et c’était naturel. Donc ils ont été obligés de prendre une sorte de contre-mouvement. Et si le monde était merveilleux, effectivement on n’aurait pas besoin de licences, on partagerait.

Manu : Sachant qu’il y a des petits gars aux États-Unis qui adorent le droit d’auteur au point que, en ce moment même, il y a des discussions pour l’étendre.

Mag : Je ne suis pas sûre qu’ils l’adorent. Je pense qu’ils sont bien payés pour.

Manu : N’est-ce pas !

Luc : Oui. C’est un mouvement de lobbyistes qui disent : « Actuellement le droit d’auteur c’est jusqu’à 70 ans après la mort de l’auteur et en fait, ça ne serait pas mal de passer à 140 ans ! »

Manu : Oui, parce que vous comprenez, l’auteur il en a besoin !

Luc : Oui.

Manu : Pour produire des œuvres c’est nécessaire d’imaginer que 140 ans après la mort de l’auteur il puisse encore, eh bien recevoir l’argent.

Mag : Déjà 70 ans ça me perturbait, mais alors 140 ! Là on est carrément dans du vol public quoi ! On vole le domaine public des œuvres qui auraient dû y monter.

Luc : Jean-Michel Jarre qui, à part faire de la mauvaise musique !

Mag : Ah non !

Manu : Ah ! Tu es dur !

Luc : Si !

Mag : Tu connais les goûts de Luc.

Luc : A été chef d’un machin qui est, en gros, une sorte d’organisation, un petit peu la SACEM mondiale en quelque sorte, en tout cas une organisation4 qui les chapeaute, où ils discutent entre eux et il a dit : « Mais le domaine public devrait cesser d’exister. On devrait être propriétaire jusqu’à la fin des temps de ces choses-là. »

Mag : Ça me fait saigner les oreilles quand j’entends ça !

Luc : L’argument peut se tenir. Il dit : « C’est à moi ! »

Manu : C’est de la propriété. Dans son esprit, c’est de la propriété.

Luc : Est-ce que quelqu’un vient te voler ta maison ou à tes descendants parce que tu l’as achetée ?

Mag : Oui, mais on ne la démonte pas ta maison quand tu es mort. On n’est pas en train de l’enlever pierre par pierre pour la mettre dans ton cercueil ! Quoi ! Il ne faut pas déconner ! Elle a une vie ta maison, elle a le droit d’évoluer, de changer, de s’améliorer.

Luc : Oui ! Mais l’idée c’est que tu as cette propriété. C’est l’idée qu’il y a derrière et qui est difficile à démonter de dire « il l’a fait, il y a de la propriété, alors pourquoi on lui retirerait, etc. ? »

Manu : Parce qu’une fois qu’elle est dans notre esprit, elle nous appartient aussi. Les idées et les œuvres sont partagées et elles apparaissent comme des copies dans l’esprit de chacun. Et dire que cette copie appartient à quelqu’un d’autre, alors qu’elle est dans mon esprit, moi je suis Nina Paley, je trouve que c’est perdre de la souveraineté de mon esprit.

Luc : D’autant plus que tout ce contenu copyrighté, on n’a, pour une bonne part, pas choisi qu’il rentre dans notre esprit. Et ça, c’est quelque chose qu’elle fait remarquer également qui est très juste.

Mag : Elle parle des chants de Noël. Moi j’ai une autre chanson, Joyeux anniversaire qu’on se chante tous, à toutes les occasions et qui n’est pas dans le domaine public.[Dans le domaine public aux États-Unis et en Europe, suite à une action en justice5, NdT]

Manu : Droit d’auteur !

Mag : Voilà, qui a cette licence-là alors que c’est totalement rentré dans la tradition. Quoi ! Ça appartient au peuple !

Luc : Et puis depuis tout petit on mange ces trucs-là, on ne nous a pas demandé notre avis. Et donc, quelque part, ça doit nous appartenir et ça n’est que de l’information, on le rappelle. La maison, il n’y en a qu’une, elle est localisée, c’est de la matière. Les informations ne disparaissent pas quand on les partage et on ne parle pas du même objet du tout. Et une culture c’est quelque chose de vivant, c’est quelque chose qui s’approprie, qui se « re-digère », et c’est comme ça qu’on fait une société dynamique.

Manu : Et là, le droit d’auteur, ça devient quelque chose qui bloque la culture. Ça veut interdire la transmission au nom du droit ; alors ce ne sont plus les auteurs, ce sont les ayants droit, puisque les auteurs sont morts dans beaucoup de cas.

Luc : Et en plus de ça dans tous les systèmes quand on est dans le domaine de l’art – on ne va pas s’étendre dessus parce qu’on n’est pas experts de toutes façons disent –, mais aujourd’hui le système est très largement cassé ; je veux dire les gens qui écrivent des bouquins n’en vivent pas, à part une poignée de gens. Et pareil dans la musique, il y a une poignée d’élus qui ont gagné au loto.

Manu : Les grandes stars mondiales.

Luc : Et les autres donnent des cours de musique quoi !

Manu : Madonna utilise, j’imagine bien, le droit d’auteur, mais effectivement les petits groupes n’en recevront jamais rien.

Luc : Voilà. C’est l’argument. C’est toujours la création, la création ! Aujourd’hui les artistes tirent la langue très fort.

Mag : Ce que je ne comprends pas c’est pourquoi les ayants droit réclament autant d’argent et de droits à l’encontre du reste de la population ?

Manu : Parce qu’ils ont l’impression de ne voler personne. Quand on vole le public, ce n’est personne. Il n’y a personne qui défend le public, il semblerait.

Luc : . Pour moi c’est une capitalisation. On est dans l’ordre du capital. C’est que c’est un nouveau terrain où on peut s’approprier des choses. Il y a le bouquin de Piketty Le capital au 21e siècle qui a fait un certain tabac, qui était assez connu et où il dit que le capital a repris beaucoup d’ampleur et qu’on est revenu au niveau qu’on avait au début du 20e siècle. Et pour moi, cette appropriation de la culture fait partie de ce truc-là. Et quand on dit culture, en plus de ça, on n’est pas uniquement dans le domaine artistique : le code c’est de la culture, enfin la technique, ce genre de choses, on n’a pas de valeur à faire, chacun a ses préférences, mais l’idée c’est que collectivement on s’appauvrit et on devient plus faibles quand la culture n’est pas diffusée et partagée.

Manu : Donc au nom du partage, eh bien il va falloir se battre contre cette directive, l’article 13, qui est en train d’être écrite, d’être proposée au niveau de l’Union européenne. Je crois qu’il suffit de la repousser de quelques semaines, parce que la présidence tournante va changer et que c’est la présidence actuelle de l’Europe qui est en train de pousser pour ce genre de directive. Donc juste quelques semaines ça va peut-être suffire à faire que ça tombe à l’as. On peut espérer.

Mag : En tout cas on croise les doigts !

Luc : Donc allez sur le site de l’April, c’est en bannière plein écran april.org6 et prenez quelques minutes de votre temps, au moins pour signer la pétition, éventuellement envoyer un petit mail.

Manu : Amical.

Luc : Amical. Il y a des propositions, des paragraphes proposés et si vous avez du bagout, vous n’avez pas peur du téléphone, appelez votre député !

Luc : À la semaine prochaine.

Mag : Salut.

Thierry ARNULF

Internet sera-t-il libre et ouvert ?

Le 19 June 2018 à 07:21:40

Une nouvelle législation s’apprête à voir le jour en Europe, dès demain et aussi après demain, avec de nouvelles règles, entre autre sur les plateformes d’hébergement et de partage, dont le très contesté article 13 dans la version originale de … Lire la suite

18 June 2018

april.png Nouvelles April

Revue de presse de l'April pour la semaine 24 de l'année 2018

Le 18 June 2018 à 21:39:05

La revue de presse de l'April est régulièrement éditée par les membres de l'association. Elle couvre l'actualité de la presse en ligne, liée au logiciel libre. Il s'agit donc d'une sélection d'articles de presse et non de prises de position de l'association de promotion et de défense du logiciel libre.

En podcast.

Sommaire de la revue de presse de l'April pour la semaine 24

[Numéro Magazine] Portrait de l'artiste en hackeur qui détourne les nouvelles technologies

Par Ingrid Luquet-Gad, le jeudi 14 juin 2018. Extrait:
> Algorithmes, codage, datas, hardware… comment les artistes détournent-ils les nouvelles technologies? C'est la question vertigineuse à laquelle répond une double exposition au centre pompidou, avec l'artiste japonais Ryoji Ikeda en invité d'honneur.
Lien vers l'article original: http://www.numero.com/fr/art/japonais-ryoji-ikeda-portrait-hacker-artiste-invite-honneur-centre-pompidou-nouvelles-technologies

[France Culture] Que reste-t-il du logiciel libre?

Par Hervé Gardette, le mercredi 13 juin 2018. Extrait:
> Microsoft vient de racheter la plateforme de création collaborative de logiciels Github. Est-ce vraiment une bonne nouvelle pour le logiciel libre? Et quelles conséquences pour les utilisateurs? La philosophie du libre a-t-elle gagné ou s’est-elle fait manger?
Lien vers l'article original: https://www.franceculture.fr/emissions/du-grain-a-moudre/que-reste-t-il-du-logiciel-libre

Et aussi:
[ZDNet France] Rachat de GitHub par Microsoft: une victoire pour la fondation Linux

[RFI] Software Heritage, la grande bibliothèque du logiciel

Par Dominique Desaunay, le mercredi 13 juin 2018. Extrait:
> La plupart des activités humaines dépendent exclusivement des programmes informatiques qui permettent, par exemple, aux internautes de consulter leurs réseaux sociaux ainsi que de surfer sur n’importe quelle page web. Des logiciels fragiles qui contrairement aux hiéroglyphes gravés dans la pierre peuvent s’altérer avec le temps et disparaître à jamais. C’est la raison pour laquelle les informaticiens de l'Institut national de recherche en informatique et en automatique ont développé une immense bibliothèque en ligne dénommée Software Heritage.
Lien vers l'article original: http://www.rfi.fr/technologies/20180613-internet-informatique-software-heritage-patrimoine-bibliotheque-logiciel

Et aussi:
[les-infostrateges.com] Software Heritage: une bibliothèque au service de l'archive universelle des logiciels
[Industrie et Technologies] Software Heritage: les logiciels ont leur bibliothèque d'Alexandrie

[Numerama] Open source: qui sont les bons élèves et les cancres parmi les géants de la tech?

Par Victoria Castro, le mardi 12 juin 2018. Extrait:
> Tout le monde dit aimer l'open source, mais qu'en est-il vraiment? Nous avons dressé un classement de 6 géants de la tech, du plus grand sympathisant de l'ouverture au plus propriétaire d'entre eux.
Lien vers l'article original: https://www.numerama.com/politique/328556-open-source-qui-sont-les-bons-eleves-et-les-cancres-parmi-les-geants-de-la-tech.html

[BFMtv] Pourquoi les mèmes sur Internet sont en danger

Par Elsa Trujillo, le lundi 11 juin 2018. Extrait:
> L'article 13 d'un projet de directive européenne sur le droit d'auteur entend limiter drastiquement la réutilisation de contenus protégés.
Lien vers l'article original: https://www.bfmtv.com/tech/pourquoi-les-memes-sur-internet-sont-en-danger-1468454.html

Et aussi:
[Usbek & Rica] Adieu mèmes et parodies? Pourquoi «l’article 13» menace Internet
[RTL.fr] Un projet de loi européen voté le 20 juin va-t-il changer la face du Web?
[Konbini France] Les gifs et les mèmes sont-ils en danger de mort?

Voir aussi
Sauvons le partage de code! Appel à signature de la lettre ouverte «Save Code Share»
Campagne "Save Your Internet" (agir avant le 20 juin 2018)

Note

Les articles de presse utilisent souvent le terme « Open Source » au lieu de Logiciel Libre. Le terme Logiciel Libre étant plus précis et renforçant l'importance des libertés, il est utilisé par l'April dans sa communication et ses actions. Cependant, dans la revue de presse nous avons choisi de ne pas modifier les termes employés par l'auteur de l'article original. Même chose concernant l'emploi du terme « Linux » qui est généralement utilisé dans les articles pour parler du système d'exploitation libre GNU/Linux.

Article de Glyn Moody dans « boingboing.net » : Du foutoir, de l'Article 13, et de la déconstruction de mythes

Le 18 June 2018 à 08:23:56

Photo d'illustration de la campagne Save Your Internet

Ce texte est une traduction d'un article rédigé par le journaliste Glyn Moody et publié sur le site boingboing.net le 7 juin 2018. Traduction : etienne, Mannik, rms'assist, mo, Maestox, April.

Comme quiconque ayant suivi la triste saga de la réforme du droit d'auteur européen, les éléments-clefs — les articles 3 sur la fouille de texte, 11 sur la « taxe des liens » et 13 sur le filtrage des contenus par des robots censeurs — sont en train de devenir comme le repas du chien dans le proverbe anglais, un foutoir complet. Les critiques justifiées de la proposition législative se sont accumulées à un niveau encore jamais atteint, obligeant les politiciens derrière à des subterfuges répétés. Les arguments successifs contre chacun des trois articles mentionnés ont conduit à ajouter des précisions pour tenter de faire face à ces critiques, mais cela a juste empiré les choses et réduit le texte initial en bouillie, le tuant

Il suffit de regarder la dernière version du texte (PDF, en anglais) en cours de discussion au Parlement européen, dont le rapporteur est le député européen Axel Voss pour la commission au fond JURI (affaires légales) : c'est un ramassis à peine alphabétisé d'idées mal digérées. Et ceci avant que quelques-uns des 1000 amendements (PDF) proposés pour le rapport final de la commission JURI ne soient votés et balancés dans le texte pour le massacrer encore plus.

Les péripéties législatives sont assez normales pour une loi complexe. Ça ne serait pas très grave si (a) le résultat final était bon et (b) le public n'était pas trompé par certaines des affirmations d'un texte en constant changement. Mais incapables de répondre aux critiques fondées à l'égard des propositions, il semble que certains des défenseurs de la directive droit d'auteur essayent de brouiller les cartes. Le plan étant évidemment de dissimuler ce qui se trame réellement – la destruction de l'Internet que nous connaissons dans l'Union européenne — jusqu'à ce qu'il soit trop tard pour réagir.

Une fois la directive bel et bien finalisée, l'industrie culturelle pourra tranquillement célébrer l'adoption d'une loi qui diminue l'espace public en ligne tout en renforçant les entreprises fainéantes, qui on refusé de rentrer de plein pied dans l'ère numérique. Même lorsque les conséquences néfastes des articles 3, 11 et 13 seront devenues évidentes quand ils seront entrés en vigueur, il n'y a aucune chance que la directive droit d'auteur soit corrigée ou réétudiée avant de nombreuses années. Peu importe que la campagne en faveur de la directive droit d'auteur soit trompeuse voire clairement mensongère : une fois qu'elle sera adoptée, elle sera adoptée.

Ce caractère en pratique irréversible de la loi européenne rend le combat contre les pires éléments de la directive copyright d'autant plus vital. Si nous ne les arrêtons pas maintenant, nous ne les arrêterons jamais. L'action clé est de contacter les euro-député⋅es et de leur expliquer pourquoi les propositions des versions des articles 3, 11 et 13 sont si néfastes, et quelles seront les conséquences pour l'Union européenne et son territoire numérique si ces articles ne sont pas abandonnés ou du moins grandement modifiés.

Déconstruire les mythes, source de désinformation, concernant l'article 13 et les robots censeurs

Le nouveau site SaveYourInternet (Sauvez Votre Internet en français) possède de nombreuses ressources pour aider le public à agir, notamment des outils pour contacter facilement les euro-député⋅es via des courriels, des appels téléphoniques ou des messages Twitter. Ces ressources traitent du fond du problème. J'aimerais ici examiner une partie des mythes qui entourent ce texte, parce qu'ils participent à l'atmosphère toxique de désinformation calculée et pensée pour rendre difficile tout vrai débat concernant la directive droit d'auteur avec les parlementaires.

Le processus législatif européen, et pourquoi nous devons agir maintenant

L'un des problèmes est que la plupart des gens comprennent mal le processus législatif européen. Il ne s'agit pas de critiquer ces personnes : le travail fait par l'UE pour expliquer son fonctionnement a été désastreux. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que le grand public ait des difficulté à comprendre comment la machine administrative passe les propositions à la moulinette pour recracher de nouvelles lois.

Par conséquent, les gens ne se rendent sans doute pas compte de l'importance qu'aura au final le texte adopté par [la commission] JURI, qui sera voté à la fin du mois. Actuellement le texte JURI est vraiment similaire à celui du Conseil (PDF, en anglais) arrêté sous la présidence bulgare. Cela signifie que quand la discussion législative entrera dans les négociations appelées « trilogue », en présence des représentants de la Commission européenne, du Conseil et du Parlement européen, le résultat final sera inévitablement très proche du très mauvais texte du Conseil et de la commission JURI.

Il faut que les euro-député⋅es agissent pour les citoyens et citoyennes de l'Union européenne pour introduire des alternatives fortes, particulièrement pour l'article 13 qui est l'article le plus pernicieux du texte actuel. En l'état, la seule solution acceptable est son retrait complet.

Ce n'est parce que vous n'utilisez pas le mot « filtrage » que ce n'est pas du filtrage

Il est frappant que les différentes versions de la directive droit d'auteur ont toutes assidûment évité d'utiliser le terme révélateur de « filtrage ». Mais il est clair, au vu des obligations imposées par l'article 13, qu'un filtrage généralisé et constant est la seule technologie capable de repérer les fichiers que les « entreprises » du droit d'auteur veulent voir retirés automatiquement. Afin d'être sûr qu'il n'y ait pas de copies de contenus [ndt : soumis au droit d'auteur] sur un site, il est évident que chaque téléversement doit être inspecté, comparé à une liste de contenus « interdits », et filtré si nécessaire. Il n'y a tout simplement aucun autre moyen de le faire, donc il est entièrement faux d'affirmer que l'article 13 n'impose pas une obligation de filtrage généralisé aux entreprises. Il le dit clairement, même si pas explicitement. Et un filtrage général et omniprésent c'est de la surveillance et cela mène inévitablement à la censure - c'est pourquoi la proposition de directive évite d'utiliser le terme de « filtrage ».

Cela va beaucoup plus loin que le signalement et retrait

Il y a un autre malentendu à propos des filtres à contenu automatisés. Il arrive que des gens affirment que ces filtres n'ont rien de spécial ou d'onéreux puisque c'est exactement le même système de retrait mis en place par le Digital Millennium Copyright Act (en anglais) aux États-Unis et par la directive e-commerce (en anglais) dans l'UE. Mais la différence cruciale est que ces systèmes ne s'appliquent qu'aux contenus prétendus contrefaits ; la directive droit d'auteur permettrait aux entreprises d'envoyer de longues listes de contenus et de demander que chaque téléversement soit filtré en fonction de ces listes.

Le texte du Conseil rend cela clair : « il pourrait ne pas être proportionné d'attendre des petites et très petites entreprises qu'elles appliquent des mesures préventives, donc dans ces cas ces entreprises ne devraient pas être obligées de promptement retirer des contenus spécifiques non-autorisés après signalement par le titulaire de droit d'auteur ». Les autres entreprises, en revanche, seront tenues d'appliquer des « mesures préventives » — c'est-à-dire de filtrer et retirer préventivement tout ce que l'industrie culturelle aurait envie de lister. Non content d'être une obligation complètement disproportionnée, cela confirme également la nécessité d'opérer un filtrage généralisé des contenus puisque c'est le seul moyen d'espérer atteindre cet objectif.

Il n'existe pas de filtre magique pour tous les types de contenus

Certains affirment que ce massif effort de filtrage de chaque contenu téléversé n'est pas un problème. Après tout, comme certains le font remarquer, Google le fait volontairement pour les contenus téléversés sur YouTube. Cela montre, selon eux, que la technologie existe déjà et donc qu'il est simple de l'étendre davantage. Ce raisonnement ignore un certain nombre de points.

La technologie de filtrage vidéo de Google, Content ID, a nécessité 50.000 heures de codage, et a coûté 60 millions de dollars de développement (en anglais). Ce n'est pas seulement un projet énorme, c'est un projet propriétaire, ce qui signifie que Google ne voudra sans doute pas le partager avec ses rivaux. Et s'il le voulait, ce serait, sans l'ombre d'un doute, au prix de très lourds frais de licence. Si d'autres entreprises voulaient proposer une technologie de filtrage, elles devraient probablement dépenser une somme similaire à celle de Google. Les coûts très élevés et la taille relativement petite du marché pour ces logiciels spécialisés — des solutions complètement distinctes et différentes doivent être développées pour la vidéo, la musique, les images, du texte et le code informatique, rendant un tel investissement encore moins attractif – font que seules des entreprises avec de très grosses trésoreries seraient intéressées.

Par conséquent, ces technologies seraient probablement basées aux États-Unis, comme Audible Magic (en anglais). Cette entreprise offre un système de filtrage pour la musique, et sera en bonne place pour gonfler ses affaires grâce à la directive droit d'auteur. Cela signifie que l'Internet de l'UE serait non seulement censuré de manière automatique par des boîtes noires utilisant des logiciels opaques, mais, qui plus est, les règles qui codifieront cette censure seront probablement décidées par des entreprises américaines. L'UE pense-t-elle vraiment que c'est le meilleur moyen d'encourager une économie numérique locale et innovante ?

Le RGPD est un allié, pas un ennemi

Finalement, une des affirmations les plus absurdes que l'on peut entendre est que l'opposition à l'article 13 n'a rien à voir avec des préoccupations de surveillance et de censure au moment du filtrage des téléversements. Certains disent que c'est plutôt simplement une nouvelle attaque de la part des grandes entreprises américaines qui détestent la manière dont l'UE aborde son rôle de régulateur. C'est particulièrement le cas avec le RGPD (en anglais) qui impose une protection de la vie privée contraignante à des services en ligne qui autrement fonctionneraient en roue libre. S'il est certainement vrai que les services en ligne américains comme Facebook ou Google n'apprécient pas le RGPD et continuent à agir pour qu'il soit interprété de la manière la moins contraignante possible, cela n'a pas de rapport avec la lutte contre l'article 13.

En effet, la constante surveillance requise pour que le filtrage des téléversements puisse fonctionner n'est pas seulement l'antithèse du RGPD, mais est une violation de ses dispositions. L'article 22 du RGPD dispose : « La personne concernée a le droit de ne pas faire l'objet d'une décision fondée exclusivement sur un traitement automatisé ». Le filtrage est un processus automatisé qui a d'importantes conséquences négatives pour les citoyens de l'UE, particulièrement en limitant leur droit à la liberté d'expression. Puisque les algorithmes de filtrage ne peuvent saisir la riche complexité des lois de l'UE sur le droit d'auteur — même les tribunaux trouvent ça compliqué — ils sont inévitablement incapables d'assurer la « sauvegarde des droits et libertés et des intérêts légitimes de la personne concernée » comme requis par le RGPD, et ils sont donc illicites au regard de cette loi. Donc, loin d'être une réaction contre le RPGD, l'opposition à l'article 13 agit pour son respect.

S'il vous plaît, essayez de sauver votre Internet

Même si certains des points mentionnés plus haut peuvent paraître triviaux, les discussions au sujet de la directive droit d'auteur en général, et de l'article 13 en particulier, s'articulent très souvent autour de ces points très subtils. La connaissance est une arme et être en mesure de contrer des points tendancieux potentiellement soulevés par les parlementaires européens — que ce soit par calcul ou simplement par défaut d'information — devrait aider à avoir une conversation plus constructive avec eux, et donc une plus grande chance de succès. Essayez s'il vous plaît.

Participez à la campagne Save Your Internet

Lucas CIMON

Traduction du Temple du Non, une histoire interactive Twine du studio Crows Crows Crows

Le 18 June 2018 à 07:00:00

Crows Crows Crows est un studio de jeu vidÊo crÊÊ en 2015, à l'origine entre autres du jeu complètement dÊjantÊ Dr. Langeskov, The Tiger, and The Terribly Cursed Emerald: A Whirlwind Heist et le crÊateur du studio, William Pugh, est Êgalement un des auteurs de The Stanley Parable.

En 2016 ils ont sorti une courte "histoire dont vous ĂŞtes le hĂŠro", Le Temple du Non.

Le Temple Du Non
Illustration de Dominik Johann

Ce court jeu - une dizaine de minute suffit pour le finir - est gratuit, jouable en ligne et a ĂŠtĂŠ rĂŠalisĂŠ avec Twine. DĂŠtail important ĂŠgalement : l'intĂŠgralitĂŠ des sources du jeu sont open-source et sont sur GitHub.

J'ai adorĂŠ cette histoire loufoque et drĂ´le, dans les lignĂŠes des autres jeux du studio. L'ĂŠcriture, tant des dialogues que de l'histoire gĂŠnĂŠrale, est absolument gĂŠniale.

Le 8 mai dernier, j'ai appris par la newsletter de Crows Crows Crows qu'ils avaient fait une petite mise à jour du jeu, pour introduire une fin cachÊe, avec même une petite vidÊo bande-annonce pour l'occasion. Ça a ÊtÊ l'occasion de remettre le nez dedans, et je me suis alors mis en tête de traduire ce jeu en français.

Après plusieurs jours Ă  m'arracher les cheveux pour traduire des rĂŠfĂŠrences intraduisibles (Where's the trigger ?), et après plusieurs relectures de valeureux testeurs (merci LaĂŤtitia, Alexandre et ma maman đŸ™ đŸ˜‰), je suis fier de vous prĂŠsenter : Le Temple du Non ! (cliquez sur le lien)

J'espère que le jeu vous plaira ! Tout le mÊrite revient à ses gÊnialissimes crÊateurs : Dominik Johann, William Pugh, Joe Finegold & Tom Schley. N'hÊsitez pas à laisser un commentaire si vous avez apprÊciÊ, ou si vous avez repÊrÊ une maladresse dans la traduction.


Techniquement, comme le moteur des jeux Twine 1 est en Python, et qu'il n'inclus pas de mĂŠcanisme de localisation, j'ai ĂŠcrit quelques scripts Python pour y ajouter le support de fichiers de traduction au format standard "gettext" .po. Voici un example d'utilisation :

twine1_localizer.py translate the-temple-of-no.tws l10n/fr-FR.po the-temple-of-no_fr-FR.tws

Le fichier l10n/fr-FR.po contient toutes les traductions en français des phrases utilisÊes dans le jeu, en utilisant comme clef l'identifiant de passage Twine. Le fichier .tws en sortie est ainsi localisÊ, et peu être exportÊ en HTML pour le rendu final.

Enfin, je souhaite encore faire quelques amĂŠliorations pour mettre le jeu aux normes d'accessibilitĂŠ du web, afin qu'il puisse ĂŞtre jouable uniquement Ă  l'oreille par exemple. Je vous en reparlerai bientĂ´t :)


PS: J'ai dĂŠcouvert qu'il y avait un secret dans le jeu, mais je ne l'ai pas encore dĂŠchiffrĂŠ. Des idĂŠes ?? :)

17 June 2018

april.png Nouvelles April

Decryptualité du 17 juin 2018 - La réforme du droit d'auteur, éclairé par une conférence de Nina Paley sur ce qu'est la culture

Le 17 June 2018 à 22:50:59

Écouter ou télécharger le décryptualité du 17 juin 2018 (16 minutes)

    La réforme du droit d'auteur met en danger internet. Décryptualité s'appuie sur la conférence de Nina Paley qui décrit brillamment ce qu'est la culture, pour dénoncer l'absurdité de ce que sont devenus le droit d'auteur et le copyright et sur ce qu'ils menacent de devenir.
    Générique – La prose du pépère – Les Barons Freaks – Licence Art Libre (LAL)

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15 June 2018

Lucas CIMON

Customizing Notepad++ autocompletion with Python

Le 15 June 2018 à 12:00:00

When I migrated this blog to Pelican, I noted one thing that I missed from Ghost: tags autocompletion, to help reusing tags I already defined in other articles.

Because nowadays I mostly use Notepad++ or vim to write my blog posts, I found out an easy solution that works for both: using a Ctags file.

Notepad++ logo

Quoting Wikipedia:

Ctags is a programming tool that generates an index (or tag) file of names found in source and header files of various programming languages. These tags allow definitions to be quickly and easily located by a text editor or other utility.

First off, I wrote a simple Pelican plugin to generate a file containing all articles tags and following the Ctags format spec.

vim natively supports Ctags, however Notepad++ does not. I tried all Notepad++ plugins that provide support for Ctags, and while some work fine (CCompletion Ctags parser however is a bit picky / limited), none really blended with Notepad++ native autocompletion as well as I wanted.

Then I discovered Dave Brotherstone awesome PythonScript plugin for Notepad++.

Once installed, the following short code snippet is enough to parse a Ctags file and trigger the editor autocompletion:

import os
ctags_filepath = os.path.join(os.path.dirname(notepad.getCurrentFilename()), 'tags')
if os.path.exists(ctags_filepath):
    with open(ctags_filepath) as ctags_file:
        ctags = set(line.split('\t')[0] for line in ctags_file.readlines() if not line.startswith('!'))
editor.autoCShow(0, ' '.join(sorted(ctags)))

You can for example bound this script to CTRL+SHIFT+C in Settings > Shortcut Mapper > Plugins Commands > Run Previous Script. It will show a typical Notepad++/Scintilla autocompletion list, but based on the content of the tags file in the current file directory.

This script will also work if the tags file simply contains one word per line.

This PythonScript plugin can make Notepad++ really powerful, able to perform IDE-style refactoring easily.

For example, one could combine it with code refactoring tools like python-rope/rope, PyCQA/redbaron, google/pasta or even code style autofixers like ambv/black, to modify the code you just selected in Notepad++ on a simple keystroke.

Customizing Notepad++ autocompletion with Python

Le 15 June 2018 à 12:00:00

When I migrated this blog to Pelican, I noted one thing that I missed from Ghost: tags autocompletion, to help reusing tags I already defined in other articles.

Because nowadays I mostly use Notepad++ or vim to write my blog posts, I found out an easy solution that works for both: using a Ctags file.

Notepad++ logo

Quoting Wikipedia:

Ctags is a programming tool that generates an index (or tag) file of names found in source and header files of various programming languages. These tags allow definitions to be quickly and easily located by a text editor or other utility.

First off, I wrote a simple Pelican plugin to generate a file containing all articles tags and following the Ctags format spec.

vim natively supports Ctags, however Notepad++ does not. I tried all Notepad++ plugins that provide support for Ctags, and while some work fine (CCompletion Ctags parser however is a bit picky / limited), none really blended with Notepad++ native autocompletion as well as I wanted.

Then I discovered Dave Brotherstone awesome PythonScript plugin for Notepad++.

Once installed, the following short code snippet is enough to parse a Ctags file and trigger the editor autocompletion:

import os
ctags_filepath = os.path.join(os.path.dirname(notepad.getCurrentFilename()), 'tags')
if os.path.exists(ctags_filepath):
    with open(ctags_filepath) as ctags_file:
        ctags = set(line.split('\t')[0] for line in ctags_file.readlines() if not line.startswith('!'))
editor.autoCShow(0, ' '.join(sorted(ctags)))

You can for example bound this script to CTRL+SHIFT+C in Settings > Shortcut Mapper > Plugins Commands > Run Previous Script. It will show a typical Notepad++/Scintilla autocompletion list, but based on the content of the tags file in the current file directory.

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14 June 2018

april.png Nouvelles April

Libre à vous ! Radio Cause Commune - Transcription de l'émission du 5 juin 2018

Le 14 June 2018 à 10:01:10


Frédéric Couchet et intervenants de la deuxième émission

Titre : Émission « Libre à vous ! » diffusée mardi 5 juin 2018 sur radio Cause Commune
Intervenants : Frédéric Couchet - Étienne Gonnu - Marc Rees - Léa Chamboncel - Anne-Catherine Lorrain - Marie-Odile Morandi
Lieu : Radio Cause Commune
Date : 5 juin 2018
Durée : 1 h 30 min
Écouter ou télécharger le podcast
Page des références utiles concernant cette émission
Licence de la transcription : Verbatim
Illustrations : Bannière radio Libre à vous - Antoine Bardelli ; licence CC BY-SA 2.0 FR ou supérieure ; licence Art Libre 1.3 ou supérieure et General Free Documentation License V1.3 ou supérieure. Logo radio Cause Commune, avec l'accord de Olivier Grieco
NB : transcription réalisée par nos soins. Les positions exprimées sont celles des personnes qui interviennent et ne rejoignent pas forcément celles de l'April.

logo cause commune

Transcription

Voix off : Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Frédéric Couchet : Bonjour à toutes. Bonjour à tous. Vous êtes sur la radio Cause Commune 93.1 en Île-de-France et partout ailleurs sur le site cause-commune.fm. C’est donc parti pour Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre.

Je suis Frédéric Couchet, le délégué général de l’April ; d’autres personnes de l’équipe interviendront dans l’émission et nous avons aussi trois invités. Nous allons faire, bien sûr, un tour de table de présentation avant d’aborder les sujets.

C’est notre première émission en direct — la précédente était enregistrée — donc dans les conditions du direct nous comptons une fois de plus sur votre indulgence et bienveillance. Je vous rappelle le site web de l’April, april.org, a, p, r, i, l point org, et vous y trouvez d’ores et déjà une page consacrée à l’émission d’aujourd’hui avec tous les liens et références utiles, les détails sur les pauses musicales et toute autre information utile en complément de l’émission. Évidemment, cette page sera mise à jour après l’émission s’il manque des éléments.

N’hésitez pas à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu mais aussi des points d’amélioration. Et nous vous souhaitons une excellente écoute.

On va commencer par un petit tour de table rapide des personnes présentes en studio. Déjà bonjour Léa Chamboncel.

Léa Chamboncel : Bonjour.

Frédéric Couchet : Marc Rees.

Marc Rees : Bonjour.

Frédéric Couchet : Étienne Gonnu.

Étienne Gonnu : Bonjour.

Frédéric Couchet : Et nous allons avoir bientôt Marie-Odile par téléphone, d’Italie, parce que nous allons faire une petite interview, et nous aurons ensuite la chance d’avoir Anne-Catherine Lorrain en direct du Parlement européen, donc de Bruxelles, Anne-Catherine qui travaille pour le groupe des Verts européens.

Je vous rappelle l’objectif de l’émission Libre à vous ! de l’April, qui est principalement animée par l’équipe salariée de l’April mais aussi par des membres bénévoles : cette émission se veut une émission d’explications et d’échanges concernant les dossiers politiques et juridiques que nous traitons, autour des libertés informatiques et bien sûr, en priorité, le logiciel libre. Nous espérons donner ainsi à chacune et chacun, de manière simple et accessible, les clefs pour comprendre les enjeux, mais aussi proposer des moyens d’action. Donc aujourd’hui on va vous donner des clefs de compréhension sur la directive droit d’auteur et aussi quelques moyens d’agir. Et une partie de l’émission est également consacrée à nos dossiers de type sensibilisation. Donc aujourd’hui, par exemple, ce sera une interview sur le groupe de travail Transcriptions. Tels sont les objectifs de cette émission qui est une émission mensuelle, diffusée en direct chaque premier mardi du mois de 15 h 30 à 17 h. Et je rappelle le site web de l’April, april.org, sur lequel vous pourrez retrouver une page avec toutes les références.

Maintenant on va passer au programme du jour. Aujourd’hui notre dossier principal est un dossier assez important ; j’en profite pour saluer Oliver Grieco qui est en régie. D’ici une quinzaine de minutes nous allons aborder la révision de la directive sur le droit d’auteur et principalement son article 13 et aussi son article 11 qui pourraient affecter, notamment, les plateformes de développement logiciel mais pas que, globalement qui affectent l’Internet libre et ouvert tel que nous pouvons encore le connaître.

Avant cela, nous allons vous proposer un entretien avec Marie-Odile Morandi qui va présenter le groupe de travail Transcriptions de l’April. Mais juste avant ça, je vais faire trois petites informations.

  • La première : dans la première émission nous avions discuté déjà avec Marc Rees, de Next INpact, du dossier « Open Bar » Microsoft/Défense. On avait cité un documentaire fait par la télévision allemande, qui était disponible uniquement en allemand. Eh bien aujourd’hui, ce documentaire est disponible en anglais. Vous retrouvez la référence sur le site de l’April et on espère que bientôt cette émission sera disponible évidemment en français. Vous y retrouvez notamment des interviews de la sénatrice Joëlle Garriaud-Maylam et de mon collègue Étienne Gonnu.
  • Deuxième petite information : cette émission est consacrée au logiciel libre, mais ce n’est pas la première émission de radio qui existe sur le logiciel libre. Donc je voulais saluer l’Echo des gnous qui est une émission consacrée au logiciel libre et à la culture libriste, diffusée depuis 2010 chaque dimanche soir de 19 h à 20 h sur Radio Campus à Lille. Le podcast est disponible chaque semaine. Là, pareil, les références vous les retrouvez sur le site de l’April.
  • Et pour finir, un podcast qui s’appelle Décryptualité, qui est fait par des membres de l’April. C’est un format court, une quinzaine de minutes : chaque lundi trois à quatre personnes se réunissent pour, en fait, essayer de commenter de façon simple et accessible au grand public un sujet d’actualité. Je crois que le dernier sujet c’est le rachat de GitHub par Microsoft. Le podcast est généralement disponible le mardi matin, pareil, sur le site de l’April vous allez voir, vous avez la référence, c’est Décryptualité ; c’est fait notamment par Luc Fievet, Emmanuel Charpentier et Nicolas Vinot [et Magali Garnero, NdT].

Après ces petites annonces on va passer au premier sujet, l’interview de Marie-Odile qui normalement est en direct depuis l’Italie. Marie-Odile est-ce que tu nous entends ?

Marie-Odile : Oui je vous entends parfaitement. Est-ce que vous m’entendez ?

Frédéric : On t’entend parfaitement. Déjà bonjour Marie-Odile. Merci de prendre de ton temps pour répondre à quelques questions. Pourrais-tu déjà te présenter en quelques mots, ton parcours et comment tu as découvert l’April ?

Marie-Odile : Bonjour Frédéric. Bonjour aux auditeurs et aux auditrices de l’émission Libre à vous ! sur radio Cause Commune. Je peux me présenter. Je suis Marie-Odile Morandi. J’ai enseigné pendant de nombreuses années au lycée Stendhal de Milan qui est un des lycées français à l’étranger ; j’enseignais la technologie au niveau du collège. Actuellement je suis à la retraite et, pour ne pas laisser mes neurones en jachère, je participe activement au groupe Transcriptions de l’April.

J’ai découvert l’association en 2009-2010 en furetant sur le réseau. Bien entendu ce que j’ai lu m’a plu. J’ai voulu apporter ma pierre, participer, m’impliquer, et mon choix s’est porté vers le groupe Transcriptions puisque c’est là que je me sentais le plus à l’aise pour agir avec l’April.

Frédéric : Merci Marie-Odile pour cette présentation. Tu vas nous permettre de faire découvrir ce groupe Transcriptions qui semble effectivement animer ta passion. Depuis quand ce groupe existe-t-il et puis quels sont les objectifs de ce groupe Transcriptions ?

Marie-Odile : En faisant des recherches, j’ai trouvé que le groupe existe depuis 2006. Personnellement j’avais commencé à participer de façon ponctuelle depuis 2011, puis de façon de plus en plus intensive — bien entendu la retraite arrivant — et en 2015 j’ai accepté d’animer ce groupe. Actuellement on compte à peu près 80 inscrits sur la liste de discussion dédiée.

Pourquoi un groupe Transcriptions à l’April ? Personnellement j’adhère à l’idée que sur le Web, désormais, on trouve de nombreuses conférences, de nombreuses émissions qui traitent de logiciel libre, de libertés informatiques en général, et j’ai toujours pensé qu’il était vraiment dommage de n’y avoir accès que sous la forme audio ou vidéo. Donc la mission que s’est fixée le groupe Transcriptions c’est de repérer sur le Web, justement, ces enregistrements, ces vidéos de conférences, d’interviews, qui traitent évidemment des thèmes chers à l’April, afin de mettre noir sur blanc, d’écrire tout ce qui se dit, tout ce qu’on entend : on obtient un texte de cet enregistrement, on obtient un fichier texte et à partir de ce fichier texte on crée un fichier HTML qui est ensuite publié sur le site de l’April.

Frédéric : D’accord. C’est une bonne présentation effectivement ; qu’on comprenne bien l’objectif de ce groupe, je crois me souvenir qu’il y a trois mots-clefs dans le groupe de travail, c’est indexation, réutilisation et accessibilité. Est-ce que tu peux entrer un peu plus dans le détail là-dessus, s’il te plaît ?

Marie-Odile : Tout à fait. Ce sont les trois mots-clefs qui sont utilisés dans le groupe Transcriptions ; ce sont les finalités du groupe. Le premier mot-clef c’est le mot indexation. Je pense que les choses s’améliorent en utilisant des moteurs de recherche, mais il reste quand même de temps en temps difficile de retrouver un enregistrement, une vidéo ; on se souvient que ça existe, on a des difficultés à retrouver, alors que le texte, grâce aux mots-clefs, sera plus facilement repéré, indexé par les moteurs de recherche. Donc il faut retenir ce premier mot : indexation.

Le deuxième mot à retenir, c’est le mot réutilisation. En fait, les transcriptions sont publiées sous une licence qui est la licence Verbatim. Verbatim, ça signifie que les propos des conférenciers et des conférencières sont reportés très fidèlement. Donc grâce à ce travail de transcription fidèle, en cas de nécessité, on pourra retrouver exactement les propos qui ont été tenus lors de cette conférence par les intervenants et les intervenantes et on pourra les réutiliser sans trahir leur pensée et, bien entendu, en citant la source exacte puisque c’est ce qu’on nous demande, de citer les sources exactes dès qu’on avance quelque chose. Donc le deuxième mot à retenir c’est le mot réutilisation.

Et puis, bien entendu, le troisième mot qui est peut-être le plus important c’est le mot accessibilité. Une cible importante de nos transcriptions ce sont les personnes handicapées, porteuses de handicap, et des observateurs affirment que chacun d’entre nous, nous ferons partie un jour ou l’autre de cette catégorie de personnes. Je pense en particulier aux personnes malentendantes, aux personnes sourdes. Il y a une autre chose aussi, quand on réalise une transcription, c’est qu’on essaye, en plus de reporter les paroles des intervenants, on essaye d’indiquer entre parenthèses, entre guillemets [entre crochets, Ndt] ce qui se passe : soit ce qu’on entend, soit ce qu’on voit en regardant la vidéo. Par exemple une personne qui élève le ton ; par exemple une personne — ça m’est arrivé il y a quelque temps — qui imite la voix d’une autre personne ; quand on regarde la vidéo, on peut voir les mimiques des personnes, leur gestuelle. Et tout cela, on essaye de le reporter pour renforcer les propos, pour bien comprendre les idées que les orateurs veulent transmettre. Donc c’est un plus qui est offert par la transcription et là, je pense particulièrement aux personnes non-voyantes ou aux personnes aveugles.

Donc effectivement accessibilité, réutilisation et indexation, ce sont les trois maîtres mots du groupe Transcriptions.

Mais on a aussi des retours, par exemple de personnes qui ont un temps très restreint disponible pour regarder des vidéos, qui savent qu’une vidéo est disponible sur le réseau mais qui n’ont pas le temps de la regarder. Alors on a eu des retours de personnes qui nous disent : « C’est bien les transcriptions parce que comme ça je lis en lecture rapide ; si ça m’intéresse j’approfondis ; si ça ne m’intéresse pas, si je connais le sujet, eh bien je passe à autre chose ». Donc c’est un plus aussi pour les personnes qui sont dans le plein de leurs capacités. Je vais rajouter quelque chose qui est peut-être quelque chose de personnel.

Frédéric : Vas-y Marie-Odile.

Marie-Odile : Toutes ces finalités que je viens d’énoncer concernent les autres, si on peut dire. Je pense que dans ma vie je n’ai jamais fait des choses qui ne me plaisaient pas et si je continue à transcrire c’est parce que j’éprouve aussi une certaine satisfaction : quand on commence une nouvelle transcription, on a une feuille blanche et puis, petit à petit, on commence à la remplir, on s’imprègne de la pensée des orateurs, on approfondit ; c’est en quelque sorte une communication avec les personnes qui interviennent ou l’orateur si c’est une personne seule qui fait une conférence. Peut-être que c’est un cas particulier des participants au groupe Transcriptions, mais je pense que mes prédécesseurs éprouvaient la même satisfaction.

Frédéric : C’est une explication très claire à la fois sur l’intérêt pour les autres et pour ceux qui participent au groupe Transcriptions. Je te remercie. D’ailleurs je précise que la transcription de la première émission de Libre à vous ! sera bientôt disponible. Tu parlais du groupe de travail Transcriptions, comment ce groupe fonctionne ? Combien de temps prend une transcription mais aussi une relecture, parce qu’une contribution possible c’est une relecture ? Est-ce que tu peux nous expliquer, en quelques mots, comment fonctionne ce groupe et combien de temps prend une transcription ou une relecture ?

Marie-Odile : Le groupe fonctionne en utilisant deux outils principaux qui sont la liste de discussion Transcriptions sur laquelle il faut s’inscrire, et puis le wiki sur lequel il faut créer un compte pour pouvoir communiquer une information. Le wiki est un emplacement du site de l’April ; les liens seront indiqués, ils sont peut-être déjà indiqués sur le document qui sera en ligne.

Frédéric : Ils le sont déjà !

Marie-Odile : Donc sur le wiki, vous vous connectez, vous créez une page de la nouvelle transcription et puis on peut insérer des informations en respectant la syntaxe dans les diverses rubriques du wiki. Les diverses rubriques c’est : suggestions, en cours, à relire ou publié.

Évidemment, quand on commence une nouvelle transcription, il est de bon ton d’avertir, d’envoyer un message sur la liste de discussion ; ce message sera distribué à tous les colistiers et toutes les colistières. Il est de bon ton de l’indiquer aussi sur le wiki. Voilà la façon dont le groupe fonctionne.

Quand la transcription est terminée, même chose : un message est envoyé à la liste de discussion et un message est envoyé aux intervenants et aux intervenantes pour les avertir de l’existence de cette transcription et pour leur demander l’autorisation de publier ultérieurement la transcription finalisée sur le site de l’April.

Une fois que la transcription est faite premier jet, le texte doit être relu, avec et sans le son, pour corriger la grammaire, l’orthographe, corriger les mots redondants qui sont utilisés par certains intervenants parce qu’on a tous quelques habitudes, on répète plusieurs fois les mêmes paroles, donc tout ce qui est en double est supprimé. Puis des liens vers des sites qui permettent de compléter les propos de l’orateur sont insérés. Ensuite la transcription est finalisée, comme vous dites à l’April « drupalisée », une illustration est ajoutée et la transcription, c’est-à-dire un fichier HTML, est publiée sur le site de l’April.

Les relectures prennent aussi du temps parce qu’il faut effectivement tout contrôler, s’assurer qu’il n’y a aucune erreur, s’assurer que l’orthographe et la grammaire sont correctes.

Combien de temps prend la transcription premier jet ? Cela est difficile à dire, parce que ça dépend de l’orateur, ça dépend de sa vitesse d’élocution, ça dépend aussi de la qualité de l’enregistrement et puis, concernant le transcripteur ou la transcriptrice, ça dépend aussi de la connaissance que la personne possède du sujet qui est traité. Si on compte, une heure d’enregistrement, effectivement, peut nécessiter plusieurs heures de transcription pour le premier jet et après on passe à la relecture.

Frédéric : OK, c’est très clair. Quand tu parlais de « drupaliser », à l’April ça veut simplement dire, en fait, que le gestionnaire de sites qu’on utilise c’est Drupal ; donc c’est publier sur le site de l’April de façon officielle la transcription, je le précise pour les personnes qui écoutent. Dernière question maintenant que tu as fait partager effectivement l’intérêt des transcriptions à la fois pour les personnes qui vont lire et pour les personnes qui font les transcriptions, comment une personne peut contribuer à ce groupe Transcriptions ?

Marie-Odile : Pour contribuer, il faut déjà savoir qu’il n’est pas nécessaire d’adhérer à l’April : n’importe qui peut contribuer. Par exemple nous avons beaucoup d’intervenants, quand ils reçoivent le message que la transcription existe, avec le lien, ils se créent un compte, ils font les corrections qu’ils jugent nécessaires. Donc il n’est pas nécessaire d’adhérer à l’April.

Une première participation qui peut-être très simple et qui n’engage pas beaucoup la personne : récemment on a quelqu’un qui a indiqué une conférence qu’il appréciait et pour laquelle il aimerait pouvoir lire la transcription. Donc voilà une forme de participation qui est tout à fait simple et qui n’engage pas beaucoup mais enfin, qui pour nous est utile, parce que de temps en temps on peut manquer quelques vidéos qui seraient intéressantes pour les thèmes traités par l’April et puis ça encourage aussi à poursuivre le travail parce que ça veut dire qu’on est suivis.

Si on veut s’impliquer de façon un petit peu plus approfondie, je pense que la première chose à faire c’est de visiter la page wiki du groupe ; les adresses vous seront indiquées. Peut-être commencer par une relecture pour se mettre un petit peu dans le bain ; vous vous rendez à l’onglet correspondant, vous faites votre choix. On a un relecteur, il y a quelque temps, qui a envoyé un message ensuite disant : « J’ai relu ! C’était passionnant ! ». Tout le monde devrait pouvoir se passionner pour des relectures !

Si vous voulez vous impliquer davantage, vous pouvez vous inscrire à la liste de discussion, vous faire connaître, poser des questions, on y répondra — si vous en avez — et puis vous lancer, commencer un enregistrement de votre choix.

S’il y a des gens qui sont intéressés, qui se sentent motivés, on avait essayé aussi d’insérer des sous-titres. De toutes façons il faut d’abord que la transcription soit faite pour ensuite commencer à insérer des sous-titres sur des vidéos sur lesquelles il est permis de le faire.

Bon ! Si des personnes sont intéressées, n’hésitez plus, rejoignez-nous, nous vous attendons avec plaisir.

Frédéric : Écoute, j’espère que plein de personnes vont répondre à cet appel. Je précise que les références que tu as citées, notamment la page wiki sur laquelle il y a les transcriptions en attente et la liste de diffusion pour s’inscrire, sont sur le site de l’April dans la page citée en référence. Merci Marie-Odile pour toutes ces explications et aussi je te remercie du fond du cœur pour toutes ces transcriptions et je crois que toutes les personnes qui ont été transcrites par ce groupe et par toi te remercieront. À bientôt Marie-Odile.

Marie-Odile : Au revoir à toutes et à tous. À la prochaine.

Frédéric : N’hésitez pas, surtout, à rejoindre ce groupe Transcriptions. Avant d’aborder le sujet de la directive droit d’auteur, on va faire une petite pause musicale. Et c’était un oubli lors de la première émission, parce que je tenais absolument à ce qu’il y ait un morceau de Rico da Halvarez qui est un compositeur et artiste bordelais qui, notamment, est l'une des personnes à l’origine du site Musique-libre. Donc on va passer un de ses morceaux, assez ancien, qui s’appelle Complete lobotomy et on se retrouve juste après.

Voix off : Cause commune 93.1 – La voix des possibles

Pause musicale : Complete lobotomy par Rico da Halvarez.

Voix off : Cause commune – cause-commune.fm – Partage ta radio

Frédéric : Vous êtes de retour sur Cause Commune 93.1 en Île-de-France et sur cause-commune.fm. Vous venez d’écouter notre ami Rico da Halvarez avec son morceau Complete lobotomy et la référence est évidement sur le site de l’April. Nous allons passer au deuxième sujet, on va dire le gros sujet du jour, qui est la directive droit d’auteur et notamment les article 13 et article 11. Ça va me donner l’occasion de refaire un tour de paroles des personnes présentes. Donc Léa Chamboncel vous êtes de la campagne Create.Refresh. En une phrase Create.Refresh ?

Léa Chamboncel : En deux mots, ouais, tout à fait.

Frédéric : Mais en une phrase, la description ?

Léa Chamboncel : Alors deux mots : Create.Refresh et en une phrase la description. En gros, Create.Refresh c'est un mouvement de promotion de la liberté de création sur Internet, qui donne la voix aux auteurs et aux créateurs qui se servent de l’outil internet, de pouvoir parler un peu de ce qu’ils aiment faire sur Internet, de pourquoi Internet est un outil fondamental pour eux et comment il faut conserver cet Internet libre et ouvert pour qu’ils puissent continuer à travailler correctement et à partager leurs créations.

Frédéric : D’accord. Merci Léa. Donc Marc Rees, toujours rédacteur en chef de Next INpact ?

Marc Rees : Aux dernières nouvelles oui.

Frédéric : Donc en une phase, Next INpact ?

Léa Chamboncel : En deux mots !

Marc Rees : Next INpact, en deux mots et une phrase. C’est un site d’actualité qui existe depuis bien longtemps, qui est totalement indépendant et autofinancé avec l’aide des lecteurs. Moi, de part ma formation, je suis spécialisé dans le droit des nouvelles technologies et la question de la responsabilité des intermédiaires techniques, qui est le cœur de l’article 13 justement, qu’on va dérouler tout à l’heure, fait partie de mes sujets de prédilection.

Frédéric : D’accord. Normalement nous avons au téléphone Anne-Catherine Lorrain qui est conseillère politique à la commission parlementaire affaires juridiques au Parlement européen pour le groupe des Verts européens. Anne-Catherine, est-ce que tu es en ligne ?

Anne-Catherine Lorrain : Oui, je suis là. Bonjour à tous.

Frédéric : Voilà. La description que j’ai faite est exacte ?

Anne-Catherine Lorrain : C’est bien, parfait ; ça me va.

Frédéric : OK. En tout cas merci de ta présence depuis Bruxelles.

Anne-Catherine Lorrain : Merci à vous, avec plaisir.

Frédéric : Et pour finir mon collègue Étienne Gonnu qui est chargé de mission affaires publiques à l’April et qui va faire, on va dire, l’introduction, le délicat travail d’introduction sur ce sujet de la directive droit d’auteur et des article 13 et article 11.

Étienne : Tout à fait. Bonjour à tous à nouveau. Effectivement, en octobre 2016, donc il y a près de deux ans maintenant, la Commission européenne révélait son grand projet de réforme du droit d’auteur dans le cadre de ce qu’on appelle le paquet pour un marché unique numérique.

La réforme était attendue. Il faut quand même avoir à l’esprit que la directive précédente, qui est toujours en vigueur, date de 2001, donc dans un contexte technologique très différent : il faut quand même avoir à l’esprit qu’en 2001 YouTube et Facebook n’existaient pas encore, donc un contexte technologique très différent. Donc réforme très attendue mais malheureusement, loin de proposer une réforme très ambitieuse qui adapterait le cadre juridique aux nouveaux usages, une réforme qui serait issue d’un large débat de fond, ouvert, sur des perspectives nouvelles, qui sortirait finalement des représentations du siècle dernier, qui nous sortirait de cette distinction devenue obsolète entre création et consommation passive de contenus, le texte de la Commission entend créer des rustines finalement, des rustines juridiques au texte de 2001, pour contenir voire contredire les évolutions techniques de ces dernières années et les usages qui se sont construits autour.

On verra d’ailleurs que quasiment toutes les voix qui se sont élevées depuis, des voix d’associations, du secteur académique, d’entreprises, ont globalement été copieusement ignorées.

En gros et en caricaturant un peu, à peine, le texte propose d’escamoter tout ce qui fait d’Internet un réseau libre et ouvert, neutre et a-centré, pour en faire un espace d’échange marchand des informations et du savoir, construit autour de silos bien identifiés, contrôlés par l’industrie culturelle et des grands groupes de presse. Tout cela évidemment présenté comme étant l’unique manière de protéger les auteurs et la liberté de la presse.

Là, je dessine volontiers à gros traits, mais le danger est bien réel, d’où la nécessité d’une mobilisation large et importante.

Concrètement, ce que je décris se traduit dans la proposition de directive par deux points en particulier qui sont donc l’article 13 et l’article 11.

L’article 13, qui concerne plus directement le logiciel libre – on y reviendra plus en détail –, mais en somme, il s’agit de rendre les plateformes responsables des contenus que leurs utilisateurs et utilisatrices vont mettre en ligne et, pour ce faire, de leur imposer la mise en place de filtres automatisés, enfin de la censure en somme.

L’article 11, quant à lui, veut donner un droit d’auteur aux éditeurs de presse pour leur permettre de faire payer, voire d’interdire, pourquoi pas, les liens vers leurs articles. On parle souvent ici d’une taxe sur les liens, de Tax Link, pour décrire cette idée. Ceux qui suivent peut-être ces sujets sauront qu’en Allemagne et en Espagne ils ont tenté le coup et ça a été catastrophique, pour la presse d’ailleurs en particulier.

Dans les deux cas on voit que la cible c’est bien notre capacité collective à partager, à diffuser, voire à modifier et à contribuer à l’information, au savoir dans toutes ses formes.

Je pense qu’il serait intéressant de savoir comment on est arrivé là et comme on a la chance d’avoir quelqu’un qui travaille directement sur ces sujets dans le cadre du Parlement européen, je pense que…

Frédéric : Tout à fait, effectivement. Pour résumer, en fait l’article 13 c’est le filtrage des contenus, la mise en place de filtrages de contenus, et l’article 11 c’est l’instauration d’un droit voisin pour les éditeurs de presse. Effectivement, nous avons la chance d’avoir Anne-Catherine Lorrain au téléphone qui suit ces dossiers depuis longtemps, donc en direct du Parlement européen. Anne-Catherine est-ce que tu peux revenir un petit peu sur le contexte de cette réforme ? Le rapport de Julia Reda en 2015, la proposition de la Commission et puis où on en est actuellement au niveau du Parlement européen ?

Anne-Catherine Lorrain : Oui. D’abord je serais peut-être un petit peu moins sévère vis-à-vis de la Commission parce que, déjà, ils proposent une directive qui est l’un des axes législatifs les plus généraux, disons, que l’Union peut produire. Vous savez peut-être que parmi tous ses actes législatifs, la Commission peut proposer une directive ou alors un règlement par exemple ; la directive étant l’acte le plus général et les États membres ont beaucoup de liberté quant à l’application de cette directive qui consiste, en fait, en des grandes lignes générales.

Donc je serais un petit moins sévère parce que la Commission, ayant l’initiative législative, ils ont quand même osé proposer certaines choses qui n’étaient pas du tout courantes en droit d’auteur au niveau européen comme le text data mining, la fouille du texte des données ; ils ont osé aborder l’activité des institutions culturelles, la préservation du patrimoine numérique, qui étaient quand même des sujets très peu abordés jusqu’à présent. L’article 13, on est d’accord, c’est quelque chose d’extrêmement sensible et qui nous cause beaucoup d’arrachage de cheveux en ce moment dans les négociations internes au Parlement, mais tout n’est pas si négatif que ça.

Pour revenir sur le calendrier un petit peu. En 2001, la Commission avait proposé sa directive sur le droit d’auteur dans la société de l’information, c’était le titre, qui, pour la première fois adaptait les règles du droit d’auteur qui existaient dans les différents États membres à la dite société de l’information. À l’époque, on parlait plus de ça que du numérique ou du digital. Et avant cela, dans les années 90, il y avait eu plusieurs instruments législatifs qui abordaient différentes thématiques du droit d’auteur comme le droit de location et de prêt, la câblodistribution câble et satellite d’œuvres du visuel, la durée des droits voisins, ce genre de choses. Depuis 2001, c’est sûr qu’il y avait un fort besoin d’adaptation ; la société de l’information a beaucoup évolué depuis 2001 comme vous le savez très bien.

En 2015 j’étais à l’époque assistante parlementaire de Julia Reda et donc j’ai beaucoup travaillé sur son rapport qui n’était pas un rapport législatif à proprement parler. Il s’agissait d’un rapport, en fait, qui donnait de la part du Parlement des objectifs dirigés vers la Commission, dont on savait qu’elle allait proposer des pistes législatives très bientôt. On ne savait pas quand ce serait, mais c’était une espèce de rapport parlementaire intermédiaire pour inciter la Commission à explorer certaines pistes dans sa prochaine révision du droit d’auteur à l’ère numérique. C’était très difficile parce que, déjà, le fait que Julia Reda ait eu le rapport c’est quelque chose d’un peu inespéré. La seule députée Parti pirate du Parlement européen ! C’était un peu un cadeau empoisonné. « OK ! Elle veut le rapport sur le droit d’auteur, on lui donne, bon courage ! » Et effectivement, ça a été difficile, mais Julia Reda est quelqu’un d’extrêmement compétent et qui a brillamment réussi, quand même, à avoir un rapport sur lequel elle a pu garder son nom. Il y avait des déceptions, il y a eu des compromis un petit peu difficiles à concéder, néanmoins on était assez satisfaits du résultat.

Vous vous rappelez peut-être qu’il y avait un aspect qui avait occupé les premières lignes de la presse, c’était la dite liberté de panorama, Freedom of Panorama  ?

Frédéric : Tout à fait.

Anne-Catherine Lorrain : C’est-à-dire la liberté, enfin liberté ! la clémence, si on veut : on autorise les utilisateurs à publier en ligne des photos d’œuvres qui sont présentes dans l’espace public, typiquement une photo de la Tour Eiffel. Mais, en France, la photo de la Tour Eiffel la nuit est soumise en fait à des droits d’auteur. Donc en principe vous n’avez pas le droit de mettre en ligne cette photo de la Tour Eiffel qui s’illumine la nuit ; en Autriche c’est autre chose, en Allemagne c’est autre chose, sur d’autres genres d’œuvres, dans tel espace public. Donc il y avait un besoin d’harmoniser et de créer une exception au droit d’auteur pour cet usage particulier. Alors que c’était un aspect très petit, finalement, de ce qu’on proposait ou des exceptions au droit d’auteur en général, mais ça a attiré beaucoup l’attention du public et de la presse – c’était très bien d’ailleurs – et c’est passé à la trappe, en fait, au niveau du vote final du rapport. Il y a eu une consultation publique ensuite de la Commission qui a vu que le sujet intéressait beaucoup de monde. Beaucoup de réponses publiques ont été reçues par la Commission, mais la Commission a décidé de ne pas aborder le sujet ; donc, comme vous le savez, ça ne fait pas du tout partie de sa proposition de directive. Et ça c’est très critiquable parce que c’était dans la version du rapport de Reda du Parlement en 2015 jusqu’à ce que ça tombe à la trappe au dernier moment, et il y a eu beaucoup de réponses à la consultation publique ; donc ils savaient très bien qui c’était un sujet crucial. Donc au niveau du Parlement, maintenant, on va peut-être essayer de le réintroduire, dans des compromis alternatifs par exemple.

Frédéric : D’accord. Ça c’était pour la liberté de panorama et pour le reste, donc, des sujets qui nous intéressent, finalement qu’est-ce qu’il y a dans la proposition de la Commission et où en on est d’un point de vue parlementaire pour savoir, justement, à quel niveau on peut agir ?

Anne-Catherine Lorrain : Oui. Déjà, pour vous situer un peu au niveau de la procédure : le Parlement doit de toutes façons être impliqué dans la procédure législative quand il s’agit de directive, c’est la procédure législative ordinaire et la Commission des affaires juridiques est compétente au titre du droit d’auteur d’emblée, d’office. Donc la commission dite JURI doit faire un rapport législatif et le rapporteur sur cette directive est, en fait, désigné en fonction du poids politique, plus ou moins ; c’est un peu négocié. Donc là il s’agit d’un rapporteur, monsieur Voss, qui est du parti le plus important, le plus gros au Parlement, qui s’appelle le PPE, plutôt de droite.

Frédéric : Parti populaire européen.

Anne-Catherine Lorrain : Voilà c’est ça, Parti populaire européen. Ensuite, chaque groupe politique existant au Parlement doit désigner un rapporteur fictif qui va discuter : chacun de ces rapporteurs fictifs va discuter avec le rapporteur des amendements de compromis. On dépose tous des amendements sur la proposition de rapport de monsieur Voss, en l’occurrence, et ensuite monsieur Voss doit organiser des réunions. Là on en a eu peut-être dix ou quinze, déjà, dont peut-être cinq uniquement sur l’article 13 pour discuter de compromis, savoir comment on peut se mettre d’accord étant donné tous les amendements que chacun a déposés. Le rapporteur fictif, pour le groupe des Verts, c’est Julia Reda et on est donc impliqués dans chacune de ces réunions de compromis.

D’autres commissions parlementaires peuvent aussi donner un avis. Par exemple on a la commission du marché intérieur et de la protection des consommateurs, IMCO, qui d’habitude intervient sur tous les dossiers législatifs qui concernent le marché intérieur, le marché unique numérique en général, et on a obtenu, sous notre impulsion disons, qu’ils aient une compétence partagée sur l’article 13, parce qu’on savait que la commission IMCO est un petit peu plus raisonnable sur ces questions, plus pratique, moins dogmatique et moins conservatrice que la commission JURI. Étant donné cette compétence partagée sur cet article et sachant que l’avis IMCO, en fait, est positif sur cet article 13, c’est tout à fait acceptable le compromis qui a été adopté, on essaye de forcer le rapporteur à le prendre dûment en compte et la commission IMCO a le pouvoir, en vertu des règles parlementaires, de pousser pour l’adoption de son propre compromis en déposant des amendements au niveau de la plénière. Parce que le 21 juin, on va voter en commission des affaires juridiques et ensuite, plus tard, on votera en plénière. C’est-à-dire c’est tout le Parlement en son entier, à Strasbourg, qui votera le texte final ; ce sera la position du Parlement, finale.

Mais avant cela, entre le vote de la commission JURI et ce vote final, il y a ce qu’on appelle des négociations de « trilogue » qui vont prendre place. Il s’agit, comme le nom l’indique, « trilogue », de trois institutions qui discutent autour d’une table au niveau le plus haut politique et aussi au niveau technique, tout le staff, donc j’en ferai partie, entre Commission, Conseil et Parlement.

Frédéric : Donc le « trilogue » c’est Commission, Conseil et Parlement européen.

Anne-Catherine Lorrain : Oui, c’est ça. Sachant que ce triptyque, là, il existe d’emblée : la Commission fait sa proposition en ayant déjà un peu parlé avec certains parlementaires, en sachant déjà un peu la position de certains États membres. Et le Conseil fait pression aussi. Vous avez entendu parler que le COREPER, c’est-à-dire le conseil des représentations permanentes : tous les représentants des gouvernements nationaux compétents sur le droit d’auteur, en l’occurrence, se réunissent régulièrement et ils sont parvenus à produire une position commune le 25 mai et là, ça nous met une pression supplémentaire, surtout au rapporteur parlementaire monsieur Voss qui sait que le Conseil est prêt. Et pour nous aussi c’est très utile parce qu’on sait où on peut aller dans les compromis parlementaires en ayant une idée un peu de levier de négociation qu’on peut avoir avec le Conseil. Donc c’est une très bonne chose qu’ils soient arrivés à une position commune déjà.

Frédéric : D’accord. Merci Anne-Catherine pour cette introduction. On va revenir, évidemment, sur ce qui va passer en JURI et au niveau du « trilogue » ultérieurement. Je vais repasser la parole rapidement à Étienne et puis à Marc Rees pour entrer un peu plus dans le détail de la menace que fait peser l’article 13 plus globalement sur Internet. Donc Étienne.

Étienne : Oui. Donc l’article 13 ! L’article 13 qu’est-ce qu’il raconte ? Déjà il faut voir effectivement, comme Anne-Catherine le disait, qu’il y a plusieurs textes qui sont parallèles ; donc le but final ça va être de trouver le compromis entre ces différents textes dans le cadre du « trilogue ». Il y a des variations, mais la dynamique, finalement, reste la même.

Déjà c’est quand même plutôt un texte assez technique, je trouve, et il n’est pas forcément évident, en première lecture, d’en comprendre les tenants et les aboutissants. En gros, je parle sous le contrôle d’experts, j’ai cette chance-là, dans un premier temps je pense qu’on peut voir qu’il y a plus ou moins une obligation pour les plateformes de partage de contenus de passer des accords avec ce qu’on appelle les titulaires de droit, autrement dit, finalement, les sociétés de gestion de droits d’auteur, type SACEM, pour parler par exemple d’une des plus connues – au passage on pourra noter qu’à priori ça renforcera ce modèle en renforçant la position de ce genre de structures – et des accords dont le but sera, quelque part, de gérer l’utilisation des œuvres soumises au droit d’auteur qui sont dans l’escarcelle de ces sociétés de gestion.

Et dans un deuxième temps, pour assurer que ces accords se passent bien ou, si aucun accord n’est obtenu, que ça se passe bien aussi du point de vue des sociétés de gestion, eh bien obliger ces dites plateformes à mettre en place des filtres automatisés, de la censure automatique si on veut, sobrement appelés dans les textes « mesures de reconnaissance de contenus ».

Ce genre de mesures, on en connaît une ; il y en a une qui est en place, qui existe dans YouTube, celle qu’on appelle Content ID. Elles sont très largement décriées déjà parce qu’elles sont très chères à mettre en place, très compliquées à développer et peu fiables. Ne serait-ce qu'intrinsèquement peu fiable parce qu’on imagine bien qu’un algorithme est incapable de discerner ce qui va relever d’une exception autorisée au droit d’auteur, par exemple la parodie pour prendre une des plus célèbres.

Je parlais de Content ID qui est régulièrement pointé du doigt pour ce qu’on appelle les « faux positifs » ; ça veut dire que ça va considérer qu’il y a une violation du droit d’auteur alors qu’il y a une exception légitime qui est en place, et parfois avec des conséquences dramatiques pour les créateurs ou les créatrices. D’ailleurs je pense qu’on peut noter, finalement, un relatif paradoxe d’une directive qui est clairement construite pour s’attaquer aux plateformes, enfin à YouTube, et qui impose finalement des règles pour imposer la mise en place d’un système que YouTube met déjà en place !

En fait, tout ça traduit un vieux rêve des industries culturelles qui est de rendre les intermédiaires techniques responsables des contenus mis en ligne par leurs utilisateurs et utilisatrices. Pour bien comprendre cet enjeu il est utile, je pense, qu’on s’arrête un instant sur une autre directive, la directive e-commerce qui date de 2 000 et qui inscrit dans le droit européen des principes qui paraissent assez sérieusement remis en cause par l’article 13. D’une part, ce qu’on peut appeler l’irresponsabilité par défaut des hébergeurs par rapport aux contenus que leurs utilisateurs mettent en ligne, on parle aussi d'un régime allégé, et une interdiction aux États d’imposer aux hébergeurs une surveillance généralisée des contenus. Marc, je sais que ça fait longtemps que tu travailles ces sujets-là. Est-ce que tu pourrais nous en dire un peu plus ?

Frédéric : Marc Rees, de Next INpact, qui grognait un petit peu, donc on te laisse intervenir.

Marc Rees : Parce que je n’aime la notion d’irresponsabilité parce qu’elle n’est pas exacte, pour ne pas dire fausse !

Frédéric : Marc, fais-nous un petit rappel sur tout ce qui est directive e-commerce, loi dans la confiance sur l’économie numérique, et les industries culturelles que tu fréquentes depuis très longtemps, malheureusement !

Marc Rees : Oui. Pour essayer de résumer les choses. Dans la vraie vie — on va se tutoyer — quand tu fais une bêtise, eh bien tu en es responsable : tu fais une bêtise, tu répares cette bêtise. Voila ! Sur Internet, c’est un peu plus compliqué. Tu peux faire une bêtise sur Internet directement, une diffamation ou autre, à ce moment-là tu assumes tes actes. Quid des plateformes ? Plateformes qui techniquement s’appellent des hébergeurs ou des intermédiaires techniques. Pour prendre des exemples on va parler de YouTube, Facebook, ou alors le petit blog qui a un espace de commentaires, etc. Sur ces espaces-là, on peut faire des bêtises et il y a une alternative qui est assez simple, comment on fait pour traiter cette bêtise au regard de la plateforme ? Il serait inique de déresponsabiliser la plateforme au regard de ces faits illicites, mais il serait tout aussi inique de la responsabiliser directement parce qu’on a un individu, Jean-Kévin, qui a publié des grosses bêtises sur une zone de commentaires ou qui a mis en ligne l’intégrale d’Annie Cordy sur un espace d’hébergement disponible à tous.

Donc le législateur européen, puis le législateur de chaque État membre, a opté effectivement, comme Étienne le disait tout à l’heure, pour un régime qui a été fixé, forgé en 2 000 avec la directive e-commerce qui fonctionne comment ? Eh bien le principe c’est que, par défaut, les plateformes ne sont pas directement responsables des bêtises commises par les internautes ; c’est-à-dire je mets en ligne un fichier illicite, par exemple sur une plateforme quelconque, mais si la plateforme en question est alertée de la présence de ce fichier et qu’elle ne fait rien, à ce moment-là celle-ci rentre dans la boucle de la responsabilité. Donc voilà ! C’est un régime qui est tout en finesse, qui a généré une épaisse jurisprudence.

Effectivement ça remonte à 2 000, mais on a plein de lois qui sont très anciennes, qui sont toujours d’actualité, donc ce n’est pas forcément problématique. Ça a généré une épaisse jurisprudence mais avant tout, là-dessus, je pense qu’il faut souligner un élément ultra-important, c’est que cette responsabilité conditionnée des intermédiaires techniques qu’on utilise tous les jours, tous les jours, que ce soit des plateformes d’hébergement de code, de vidéos, de musique, de texte, ou des zones de commentaires, des tweets, des messages Facebook, donc tout ce régime-là a été charpenté pour protéger une chose, c’est avant tout la liberté d’expression. Parce que imaginez bien que si vous responsabilisez directement un petit acteur comme un géant, les fameux GAFA, pour des contenus mis en ligne par des tiers, eh bien le premier réflexe qui va être constaté ça va être un réflexe d’autocensure. C’est-à-dire plutôt que moi m’embêter, pour ne pas dire plus, à prendre un risque et à me voir pénalement ou civilement poursuivi parce que telle personne a publié telle bêtise sur Internet, eh bien ce que je fais c'est que soit je ferme la zone de commentaires, soit je fais un contrôle à priori de tout ce qui est posté et donc c’est juste invivable. En plus de quoi, certes la propriété intellectuelle est un droit fortement honorable, mais on a aussi la liberté d’entreprendre qui est un droit d’égale valeur constitutionnelle et qui doit être également protégé. Donc tout ça c’est un équilibre subtil. Et là, en l’occurrence aujourd’hui, quelques années, 17 ans après la directive e-commerce, on arrive à un texte où, finalement, on va industrialiser des mesures de filtrage avec ce fameux article 13 qui est diablement technique, effectivement, qui va lui aussi générer une épaisse jurisprudence, mais qui va surtout générer de nouvelles atteintes à la liberté d’expression.

Et c’est là où je trouve ça totalement absurde c’est que finalement un texte qui est là pour protéger la création, qui est quand même le cœur du cœur de la liberté d’expression, eh bien on va arriver à un texte qui va menacer la liberté d’expression, si ce n’est l’amoindrir terriblement.

Frédéric : Merci Marc. Ça me donne l’occasion de passer la parole à Léa Chamboncel de la campagne Create.Refresh en deux mots. Pourquoi cette campagne ? D’où vient-elle et concrètement quels problèmes vous avez avec cet article 13 ?

Léa Chamboncel : En fait, cette campagne a été mise en place par un certain nombre d’associations qui sont en faveur de la liberté d’expression et de création sur Internet. Je peux en citer quelques-unes, à titre d’exemples, qui sont à l’initiative du mouvement : on a Copyright for Creativity, Center for Democracy & Technology, Communia, OpenMedia, Kennisland, qui se sont regroupées au lendemain de la proposition de la Commission en voyant qu’effectivement l’article 13 allait poser un problème en termes de liberté d’expression comme tu le disais à très juste titre Marc, mais aussi que l’Internet était finalement un outil essentiel, voire indispensable pour énormément de créateurs aujourd’hui. C’est-à-dire que c’est vraiment toute la web culture, il y a plein d’exemples, enfin il y a un tas d’artistes qui ont pu émerger grâce à Internet et qui, avec l’application de l’article 13, en fait se retrouveraient privés de leur outil de travail principal et n’auraient plus la possibilité de communiquer avec leur audience aussi facilement qu’ils peuvent le faire aujourd’hui.

Donc en fait, forts de ce constat, que surtout la Commission avait bien fait en sorte de ne pas les mettre au cœur du débat, je parle là des créateurs, on s’est rendu compte qu’il était assez important de les sensibiliser, ne serait-ce que leur apporter l’information ; qu’ils sachent, en fait, ce qui était en train de se tramer à Bruxelles car eux, naturellement, n’avaient pas été sollicités et à aucun moment leur avis n’avait été pris en compte.

Donc l’idée, en fait, du mouvement Create.Refresh dans un premier temps, je veux dire à très court terme, c’est de faire en sorte que cet article 13 ne soit pas adopté, donc c’est essayer de faire beaucoup de bruit à travers les créateurs. Donc on a plein de créateurs qui ont créé leur contenu : on a des écrivains qui ont fait des textes ; on a des photographes qui ont fait des petites photos ; on a des DJ qui ont fait des vidéos ou encore des musiques spécialement pour la campagne ; on a une danseuse, enfin on a vraiment tous types d’acteurs qui sont représentés sur la plateforme, il y a plus d’une centaine d’artistes et une trentaine d’associations qui nous ont rejoints et qui nous soutiennent. À titre d’exemples, il y a plein d’associations : on a La Quadrature du Net qui nous a rejoints, qui nous soutient en tout cas ; on a Wikimedia, enfin on a beaucoup d’acteurs, car il est essentiel, en fait, que l’information circule un maximum.

Donc nous aujourd’hui, notre priorité effectivement, c’est de faire en sorte que l’article 13 ne soit pas adopté. Mais dans un second temps, ce qui est aussi très important, c’est aussi ce pourquoi on se bat, c’est que les créateurs reviennent au centre du débat et qu’il n’y ait pas uniquement les sociétés d’auteurs ou les majors qui puissent, en fait, faire valoir leurs intérêts auprès des décideurs publics. Donc l’idée c’est aussi d’impliquer les créateurs dans ce qui est, finalement, le droit qui sera applicable demain pour eux.

Là on met en place une campagne de mobilisation sur une journée avec d’autres associations, justement pour faire un maximum de bruit. Le vote par la commission JURI est prévu le 20 ou 21 juin. Donc la campagne de mobilisation commence à partir d’aujourd’hui. Il y a une grosse journée de mobilisation qu’on a appelée le Take Action Day, qui sera donc le 12 juin et là je vous invite tous à participer, à vous mobiliser pour sauver Internet.

Pour ce faire il y a un site dédié qui a été mis en place, qui s’appelle saveyourinternet.eu. Donc là vous pouvez vous connecter directement et il y a des outils pour twitter, en fait, les parlementaires européens, leur envoyer un mail ou même les appeler pour justement les interpeller ; donc ça c’est quelque chose de très important. Il faut vraiment essayer de se mobiliser. En fait, on s’est rendu compte en discutant avec d’autres acteurs que les créateurs – nous ce sont les personnes qu’on défend naturellement –, mais finalement cette disposition touche beaucoup d’autres secteurs : c’est-à-dire qu’il y a le secteur universitaire, ils sont vraiment touchés de plein de fouet, les chercheurs sont vent debout aussi contre cette directive ; il y a les codeurs, naturellement. Là il y a peut-être un moyen de fédérer. En fait, on se rend compte que finalement il n’y a pas de consensus auprès des acteurs qui sont concernés de plein fouet par cette disposition. On ne comprend pas pourquoi, pourquoi les décideurs publics continuent dans cette direction !

Frédéric : Effectivement, comme tu le signales, il y a de nombreuses personnes qui sont mobilisées. Tu parlais effectivement des gens qui font de la programmation. Alors pourquoi on parle de ce sujet aujourd’hui, notamment sur une émission consacrée au logiciel libre ? Eh bien déjà, le logiciel libre et le logiciel en général est régi par le droit d’auteur. Donc une directive qui révise le droit d’auteur nous concerne au premier chef et quand tout à l’heure Marc parlait, ou Étienne, je ne sais plus, de mise en place de filtrage automatique sur des dépôts d’œuvres, sur des plateformes qui permettent de téléverser des œuvres avec des suppressions, éventuellement, automatiques, eh bien il faut savoir que parmi les plus grosses plateformes qui existent dans le monde il y a ce qu’on appelle les forges logicielles ; ce sont des plateformes de partage de code de logiciel libre, où les développeurs et développeuses publient du code. Ils pushent aussi dessus des fichiers images, des fichiers vidéos, textes, ou tout autre ressource utilisée par le logiciel. Par exemple en France, il y a une plateforme qui s’appelle Framagit, de nos amis de l’association Framasoft ; il faut savoir que par exemple l’État français utilise Framagit – il vient de publier récemment Parcoursup, le code source de Parcoursup sur Framagit – et très clairement ces plateformes, demain, seront sous la même menace que les autres plateformes ; c’est-à-dire qu’en fait, par défaut, toute personne qui voudra contribuer sur cette plateforme sera considérée comme un contrevenant potentiel ; il y a un renversement du droit de la preuve. Il y a un risque considérable de voir des codes disparaître par ces machines à censurer, ces robots censeurs ; et imaginez qu’une partie du logiciel est automatiquement supprimée, eh bien le logiciel ne fonctionne plus ! Évidemment, c’est pour ça qu’on est très impliqués par cette directive et je pense d’ailleurs que globalement, aujourd’hui, on peut se poser la question d’une personne qui veut contribuer au logiciel libre : est-ce que la personne va prendre le risque de se considérer comme contrevenant potentiel en publiant du code sur une plateforme de code comme Framagit ou autre ?

Et je voulais faire une citation d’une tribune de Roberto Di Cosmo qui est professeur d’informatique et qui s’occupe notamment d’un projet magnifique qui est Software Heritage, c’est-à-dire de permettre, en fait, d’avoir une conservation du patrimoine logiciel mondial. Dans une tribune publiée récemment sur Le Monde, il dit : « Il y a des millions de logiciels construits par des auteurs qui ont choisi d’en faire des logiciels libres… On estime que 80 à 90 % d’une application informatique moderne est issue de cette réutilisation. Et la suppression de chacun de ces composants peut avoir des conséquences imprévisibles », alors des conséquences sociales et évidemment économiques. Cette tribune, le lien vous allez le retrouver sur le site de l’April.

On va bientôt faire une petite pause musicale, d’ailleurs tout de suite, avant d’aborder la suite et notamment le point JURI et la mobilisation. La pause musicale c’est Kolyma de-Gulag de Matt Reeta Pawone et on se retrouve juste après.

Voix off : Cause commune 93.1 – La voix des possibles

Pause musicale : Kolyma de-Gulag de Matt Reeta Pawone.

Voix off : Cause commune – cause-commune.fm – Partage ta radio

Frédéric : Vous écoutez toujours l’émission Libre à vous !, l’émission pour comprendre et agir avec l’April, l’association de promotion et de défense du logiciel libre. Nous venons d’écouter Kolyma de-Gulag de Matt Reeta Pawone et évidemment la référence est sur le site de l’April.

Juste avant la pause musicale, nous parlions notamment des plateformes de code logiciel. Étienne, il y a une campagne qui a été lancée qui s’appelle « Sauvons le partage de code ! » justement. Est-ce que tu peux nous en dire quelques mots dans le cadre d’un futur vote en JURI et en plénière ?

Étienne : Bien sûr. Donc « Sauvons le code ! », Save Code Share! pour son nom anglais. C’est une campagne qui a été lancée en septembre 2017. Parce que là, cette crainte qu’on exprime, on n’est bien sûr pas les seuls à l’avoir eue et donc deux associations – qui ont vocation plus à une action européenne – se sont saisies du sujet, la Free Software Foundation Europe, FSFE, et l’OpenForum Europe, OFE, et elles ont lancé, donc en septembre 2017, cette campagne Save Code Share!.

Elle est basée sur deux choses : déjà une lettre ouverte qui résume les enjeux qu’on exprimait jusqu’à maintenant et qui appelle, finalement, à la suppression de ce texte. Et elle s’accompagne d’un livre blanc qui propose en plus grands détails – livre blanc qui, il me semble, n’est disponible qu'en anglais. La lettre ouverte, vous trouverez un lien : avec des bénévoles de l’April nous avons traduit cette lettre ouverte et elle est disponible sur le site, je pense, dans la liste des références utiles que vous pourrez trouver donc sur notre site.

On vous appelle vraiment à signer cette lettre ouverte parce que ça montre aussi, finalement, qu’il y a un engagement ; ça crée un rapport de force pour montrer qu’il y a une inquiétude réelle pour les développeurs et les développeuses par rapport aux conséquences que pourrait avoir le texte en cause, l’article 13 et, notamment, avant le vote en commission JURI du 20 ou 21 juin.

Frédéric : Merci Étienne. On va d’ailleurs revenir sur le vote en commission JURI et puis, peut-être, sur les évolutions du texte, notamment sur l’article 13, la place des logiciels libres. Anne-Catherine Lorrain qui travaille au groupe les Verts européens, est-ce que tu peux nous faire un petit point de la situation, s’il te plaît ?

Anne-Catherine Lorrain : Oui. Déjà j’aimerais revenir sur la question du logiciel libre. Au bout de la septième version du compromis sur l’article 13 qu’on a obtenue, qui a été en fait partagée par le rapporteur le 30 mai, il y a quand même une amélioration, parce qu’on a obtenu que les plateformes de partage de logiciels libres soient clairement exclues du champ d’application de l’article 13. En fait, le rapporteur avait ajouté dans l’article 2 sur les définitions, une définition des fournisseurs de partage de contenus numériques qui permet justement de clairement limiter, en quelque sorte, le champ d’application de l’article 13. Mais c’est toujours problématique, on est d’accord, parce que, pour nous, c’est toujours trop vaste. Mais maintenant, ce que dit cet article 2, justement qui définit ces services concernés par l’article 13, c’est que ces plateformes de logiciel libre sont exclues. Donc c’est tout de même un point positif.

Ce que j’ai entendu, je suis tout à fait d’accord. D’ailleurs je salue Create.Refresh parce que c’est très bien ce qu’ils font et ils étaient présents au Parlement européen, je crois le mois dernier ou il y a quelques semaines, et ils ont fait une exposition très bien, en invitant des parlementaires à y participer.

Léa Chamboncel : Merci.

Anne-Catherine Lorrain : Toutes les campagnes sont bienvenues. Mais, en revanche, je ne suis pas sûre que la suppression de l’article 13 soit vraiment la meilleure option. Et je reviens à ce que je disais tout à l’heure dans l’introduction, la longue introduction que j’ai donnée tout à l’heure, la commission IMCO et aussi la commission LIBE sur les libertés publiques ont un texte sur l’article 13 qui est raisonnable et satisfaisant. Il faut savoir que l’article 13 est le plus dogmatique de tous les articles de cette directive et qu’il est pratiquement impossible d’y échapper ; c’est la raison d’être de cette directive d’une certaine manière. Et le rapporteur et tout son groupe politique, qui occupe la majorité du Parlement, veulent cet article. Donc on fait des maths, ça va être très difficile de passer à côté au niveau des votes. Il vaudrait mieux pousser pour quelque chose qui est raisonnable et acceptable, qui prend en compte la directive e-commerce d’une façon raisonnable, plutôt que d’avoir quelque chose, au final, qui ne sera vraiment pas acceptable. C’est pour ça qu’on est très actifs dans les discussions de compromis pour essayer de trouver quelque chose d’acceptable.

Et sachant, donc, que c’est très dogmatique, les solutions proposées sont souvent très mauvaises. En tant que législateur on doit avoir à l’esprit trois choses principales ; c'est :

  • la sécurité juridique ; il faut que le système soit prévisible pour tout monde, pour les plateformes, les sites, les consommateurs, les ayants droit aussi. Il faut que le risque juridique pour les plateformes, c’est-à-dire ne pas avoir un risque de procès sur le dos dès qu’un contenu est téléchargé, il faut que ce risque soit limité ;
  • deuxième chose, c’est la proportionnalité : il faut que le système soit faisable, qu’en pratique ce soit réaliste et souvent, eh bien la relation entre le problème exposé, sur lequel on est d’accord ; l’article 13, en fait, a vocation à trouver une solution au problème du value gap comme on dit en anglais, du transfert de valeur, c’est la traduction générale qu’on donne en français, qui est un problème véritable ; c’est vrai qu’il y a des ayants droit dont les contenus sont téléchargés illégalement et ils perdent une rémunération à cause de cela. Mais la solution proposée n’est pas la bonne. L’article 11 aussi, c’est un petit peu toujours ce même problème entre problème et solution qui est disproportionnée ;
  • la troisième chose c’est la protection des droits fondamentaux, Marc en parlait tout à l’heure, et malheureusement c’est quelque chose qui n’est pas suffisamment pris en compte. L’article 13 maintenant, dans sa version de compromis au Parlement actuellement, a un paragraphe qui dit évidemment « les droits fondamentaux doivent être respectés. Il ne doit pas y avoir une obligation générale de surveillance de contenus », comme le dit l’article 15 de la directive e-commerce. Mais cette déclaration de principe ne suffit pas quand on lit ce que le reste de l’article 13 dit, c’est-à-dire le contraire.

En fait, ce que dit l’article 13 maintenant, selon la version du rapporteur parlementaire, c’est que tous les sites de partage de contenus en ligne font un acte de communication au public, ce qui fait qu’ils ont l’obligation d’obtenir des licences auprès des ayants droit et, s’il n’y a pas de licences, ils sont responsables. Donc l’articulation avec la directive e-commerce est là, de toutes façons. Et la Commission avait très bien conscience que l’articulation entre ces trois éléments – acte de communication au public, licence, responsabilité – était extrêmement délicate d’où, ce qui est assez amusant à voir, le nombre de considérants, ce qu’on appelle des considérants ce sont des…

Marc Rees : Des explications.

Anne-Catherine Lorrain : Des dispositions législatives dans la directive qui complètent les articles principaux. Donc à l’article 13 il y a un très grand nombre de considérants qui essayent d’éclairer l’intention des législateurs, qui vont servir à la Cour européenne et aux cours, aux tribunaux nationaux, pour interpréter l’article 13, pour justifier, justement, tout ce nouveau mécanisme. Et la difficulté était tellement grande qu’il y a quatre considérants par la Commission et, dans la position du Conseil du 25 mai, il n’y a pas moins de dix considérants pour expliquer comment ça marche, pour tourner un peu autour du pot, pour dire « oui mais c’est vrai que la directive e-commerce s’applique, mais bon ! il faut prendre ceci en compte et cela et cela », ce qui rend le système extrêmement illisible et ce qui n’aide pas à la sécurité juridique.

Frédéric : Merci Anne-Catherine pour ces précisions. Avant de repasser la parole pour peut-être qu’il commente, effectivement, ce point-là. Je comprends effectivement ce que tu expliques sur les amendements de compromis, sur le fait que de toutes façons le texte sera voté, il faut obtenir le meilleur. Mais je crois que tu te souviens, sans doute, qu’en 2005 il y avait une directive très dogmatique dite « brevet logiciel » qui a été rejetée ; plus récemment, en 2012, l’accord commercial anti-contrefaçon, pareil, a été rejeté au niveau du Parlement européen. Donc nous sommes des éternels optimistes, nous pensons qu’un texte mal fagoté peut être repoussé, mais effectivement, s’il n’est pas repoussé, il faudra essayer d’obtenir le meilleur via les amendements. Donc je vais repasser la parole à Marc. Peut-être qu’il a quelques commentaires sur ce qui vient d’être dit.

Marc Rees : Non c’était très complet. Si, peut-être un commentaire sur le rôle de la France dans ce dossier, puisque la France a été… Enfin plutôt que parler de la France, plutôt parler des sociétés de gestion collective qui ont une puissance de frappe qui est juste extraordinaire en France, un pouvoir politique.

Frédéric : Gestion collective de quoi ? Est-ce que tu peux préciser ?

Marc Rees : Gestion collective des droits d’auteur.

Frédéric : D’accord.

Marc Rees : Donc c’est prélever de l’argent, le redistribuer aux producteurs, aux artistes, etc., moins une dîme liée aux frais administratifs notamment. Ces sociétés de gestion, type la SACEM ou la SACD, l'ADAMI et la SPEDIDAM, etc., ont une puissance de frappe extraordinaire et elles ont un objectif en vue : c’est la fin de ce qu’elles présentent comme étant une irresponsabilité des plateformes sur les contenus mis en ligne par les internautes, que ce soit de la musique, des films, du code, du texte, de la photo, que sais-je. Donc l’idée c’est d’accentuer la responsabilité des YouTube, des Twitter, des Facebook, des machins, des trucs, pour soit pouvoir engager la responsabilité directe de cette plateforme-là soit, justement, négocier avec un pistolet sur la tempe un accord de licence qui sera dûment rémunéré afin d’autoriser de manière localisée tel ou tel échange.

Et la France, là-dessus, a été pionnière et c’est clairement sa cible. L’origine de ce lobbying des industries culturelles se situe au CSPLA, au Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique, qui est gorgé d’ayants droit et de quelques intermédiaires techniques, mais ils sont huit ou neuf. Et cette antichambre du ministère de la Culture est taillée, ces derniers mois, pour faire tomber le régime de l’hébergement. Et là, actuellement, en l’état de l’article 13, avec cette mise en responsabilité directe des YouTube, des Twitter, des Facebook, etc., eh bien ils ont gagné une étape décisive. Donc c’est pour ça que les jours qui suivent, là, et notamment ce vote en commission JURI, commission des affaires juridiques au Parlement européen, sont cruciaux. Puisque finalement, c’est le sort de la liberté d’expression sur Internet, la liberté d’entreprendre, de la sécurité juridique, de la prévisibilité, de la liberté d’expression, qui est entre les mains de ces quelques précieux euro-parlementaires.

Frédéric : Ce que tu es en train d’expliquer c’est que sur tous ces sujets essentiels, en France la position est finalement dictée par le ministère de la Culture et en fait, par les ayants droit. Donc finalement les autres ministres, je pense notamment au secrétaire d’État au numérique, je pense au ministre en charge de l’administration publique [Fonction publique, NdT], je ne me souviens plus du titre, de son titre officiel, mais ce que tu expliques c’est que depuis des années, en fait, c’est le ministère de la Cculture qui décide tout et les ayants droit.

Marc Rees : Oui. On aurait pu peut-être attendre de Mounir Mahjoubi un discours un peu plus pro-économie numérique ou autre. Eh bien non ! Pour autant j’ai souvenir : il y a quelques mois j’étais à Lille, au Forum international de la cybercriminalité [Forum international de la cybersécurité, NdT] et celui-ci défendait des thèses qui n’étaient pas extraordinairement éloignées de celles entendues au CSPLA. Pour moi, le capitaine de ce bateau c’est effectivement le ministère de la Culture qui pousse à cette responsabilité accrue des intermédiaires techniques, peu importe les effets !

Frédéric : Léa.

Léa Chamboncel : Si je puis me permettre, je rebondis sur ce que Marc est en train de dire : j’ai fait récemment un podcast où j’ai interpellé des députés français pour savoir s’ils étaient effectivement au courant de cette question. Parce qu’on se rend compte que, finalement, le ministère de la Culture est en train de le faire en catimini, c’est-à-dire que quand on avait interrogé, on a eu la chance de croiser la vice-présidente de la commission de la culture [commission des affaires culturelles et de l’éducation, NdT] qui est, par ailleurs, présidente du groupe d’études droit d’auteur à l’Assemblée nationale [groupe qui n’est pas actif et n’apparaît pas sur le site de l’Assemblée nationale, Note de l’oratrice], qui semblait quand même assez peu au courant de cette question.

Frédéric : Elle s’appelle comment ?

Léa Chamboncel : Elle s’appelle Frédérique Dumas. C’est une députée LREM. Et on se rend compte que, finalement, il y a une espèce de gros flou, d’énorme opacité sur ce qui est effectivement en train de se passer dans les couloirs du ministère de la Culture et qui est en train de se passer également dans les couloirs des instances européennes, où même les parlementaires français que j’ai pu interroger n’étaient pas au courant de ce qui se passait. C’est-à-dire que j’ai interrogé des parlementaires de tous bords – LREM, Nouvelle Gauche, Les Républicains – qui n’étaient absolument pas au courant de ce qui se passait et qui, par ailleurs, trouvaient que c’était absolument absurde. Tous les députés LREM qui ont été interrogés trouvaient ça parfaitement absurde, mais il n’y en a aucun qui est prêt à élever sa voix contre le gouvernement sur cette question-là. Donc il y a vraiment quelque chose qui est un peu curieux de voir qu’il y a autant de flou parce que, finalement, c’est une question qui concerne, comme on l’a très bien dit, un tas de professionnels sur Internet, etc., mais ça concerne aussi le simple utilisateur lambda d’Internet que je suis, que vous êtes, que tout le monde est aujourd’hui, que les députés sont aussi, pareil. Ils sont tous absolument au fait que les algorithmes ne sont pas en capacité de venir apprécier toutes les particularités qui peuvent relever, effectivement, d’exceptions au droit d’auteur comme le disait Étienne tout à l’heure, néanmoins il n’y en a aucun qui prend publiquement position sur cette question. C’est quand même assez curieux ! Donc j’imagine que les directives qui ont été données au sein du groupe des parlementaires doivent être assez claires et il est quand même assez surprenant qu’effectivement Mounir Mahjoubi n’ait pas de position un peu plus, comment dire, moderne, peut-être, sur cette question.

Frédéric : Marc tu voulais ajouter quelque chose ?

Marc Rees : Oui. Pour bien comprendre à nouveau, parce que je sais que le sujet est technique, juridique, etc., donc ça peut être assez opaque d’un œil extérieur. Mais on a entendu dans la presse, ou lu, ces multiples cas où Facebook a censuré des œuvres d’art, notamment je pense à L’origine du monde ou alors une photo d’une maman qui donnait le sein à son enfant. Ça c’est un traitement algorithmique et un traitement algorithmique, excusez-moi du terme mais c’est très con ! Très con ! Parce que c’est un ordinateur, ce n’est pas un filtre humain qui va agir avec une sensibilité. Donc une sensibilité dans un algorithme ! Un algorithme, on a s'approche du grille-pain plutôt que d’être humain. Bon ! Eh bien oui !

Mais là, il faut bien comprendre qu’avec cet article 13 de la directive, on va inscrire dans le marbre de la loi et généraliser dans l’ensemble de l’Europe des systèmes de ce type-là, mais pour taper sur du contenu, au prétexte que tel extrait de code, tel morceau, telle reprise de musique dans un remix, telle photo qui va faire du collage, etc., à partir de plusieurs œuvres, eh bien va exciter un algorithme parce que lui va matcher une pattern, etc., eh bien il va y avoir censure. Donc on va industrialiser à l’échelle de l'Europe ce qui aujourd’hui fait bondir pour « quelques œuvres d’art », entre guillemets, qui sont toujours trop, sur Facebook.

Frédéric : Il nous reste quelques minutes. Le temps passe très vite, on n’aura pas l’occasion, malheureusement, d’aborder l’article 11 en détail mais peut-être, sans doute, lors d'une prochaine émission. Étienne est-ce que tu peux nous rappeler un petit peu, concrètement, ce qu’on peut faire ? Est-ce que les personnes qui nous écoutent peuvent agir, parce que bon ! visiblement ce que nous raconte Marc a l’air d’être un poids de lobbies très puissants, mais il y a sans doute des moyens d’action ?

Étienne : Tout à fait. Déjà, comme on parlait, il y a la pétition Save Code Share! qu’on vous invite vivement à aller signer pour donner du poids à cette campagne, à cette mobilisation. Ce n’est pas la seule campagne d’ailleurs. Léa parlait de Create.Refresh ; vous avez la campagne Fixcopyright ; Save the link, là c’est sur l’article 11 ; Save the meme, tous ces liens sont sur notre site. Et Léa mentionnait Save your internet, donc nous on relaiera, effectivement, l’appel à contact, l’appel à mobilisation Take action du 12 juin, car, comme Fred tu en parlais plus tôt, finalement le lieu, l’espace d’action, la cible principale où on peut avoir un poids, c’est le Parlement européen qui va d’abord voter au niveau de la Commission puis en plénière et c’est vraiment ici, je pense, qu’on peut espérer avoir un impact réel. Je pense que c’est le sens de ce que tu disais Save your internet.

Puisqu’on parle de mobilisation — on pourra revenir sur les moyens d’action —, on peut quand même signifier, remarquer à quel point elle a été très large, elle a concerné énormément d’acteurs différents, j’en parlais, que ce soit au-delà des associations comme peut l’être l’April, c’est-à-dire défense des libertés fondamentales notamment des libertés en ligne, les académiques, énormément d’entreprises se mobilisent contre ce texte pour tous les risques qu’il fait porter, pour un Internet libre et ouvert, tout simplement.

Léa Chamboncel : Donc c’est pour ça, je me permets de rajouter une petite couche, mais il est vraiment important que tout le monde se mobilise le 12 juin, soit à travers, effectivement, le site dédié qui s’appelle www.saveyourinternet.eu ou encore sur notre site aussi Create.Refresh où vous aurez des éléments à partager ; on a créé un toolkit pour les réseaux sociaux à destination, effectivement, des personnes qui ont envie de se mobiliser ce jour-là. Donc c’est www.createrefresh.eu. N’hésitez pas, vraiment, à nous contacter ; on est là pour ça et c’est un peu notre dernière chance, donc allons-y à fond tous ensemble. Mobilisez-vous pour conserver l’Internet tel qu’on le connaît aujourd’hui ! Merci.

Frédéric : Anne-Catherine Lorrain, est-ce que tu veux ajouter quelque chose ?

Anne-Catherine Lorrain : Oui, juste l’article 11, je sais qu’on ne va pas en parler en détail.

Frédéric : Vas-y.

Anne-Catherine Lorrain : Pour dire que tout ça c’est un contexte et la négociation de compromis qu’on a sur l’article 13 c’est aussi en considérant les autres articles et notamment l’article 11 qui est tout aussi sensible. Donc ça dépend de ce qu’on va obtenir là-dessus aussi.

Frédéric : Est-ce que éventuellement, c’est compliqué, est-ce qu’en une phrase ou deux tu peux rappeler ce qu’est l’article 11 ?

Anne-Catherine Lorrain : C’est de donner, de créer un nouveau droit exclusif au bénéfice des éditeurs de presse pour l’utilisation en ligne d’extraits ou de liens peut-être. Ce n’est pas très clair justement. Donc le lobby des éditeurs a très bien fonctionné !

Frédéric : Donc si je comprends bien, ça vise principalement, je suppose, les moteurs de recherche qui proposent des actualités, mais ça pourrait aussi cibler directement Wikipédia.

Anne-Catherine Lorrain : Tout le monde. Ça peut viser tout le monde finalement ! Ou alors la Commission ou le rapporteur ne le veut pas, mais dans ce cas-là l’article ne le dit pas, donc il faudrait le préciser. Mais on est très inquiets ; je pense qu’il n’y aura pas de compromis possible, honnêtement, donc on votera contre, de toutes façons.

Frédéric : Étienne tu veux ajouter quelque chose ?

Étienne : Je pense que l’article 11, comme l’article 13, on voit qu’ils s’inscrivent finalement dans cette même logique c’est-à-dire d’avoir d’un côté – je parlais vraiment d’une distinction obsolète –, d’un côté ceux qui seraient capables de fournir une création pertinente, que ce soit de l’information brute, du traitement de l’information ou de la production culturelle et, d’un autre côté, des consommateurs passifs qui vont recevoir ces informations. Justement là où Internet, en terme d'outil, nous permet de briser ces lignes, de briser ces distinctions : on est tous à la fois consommateurs et producteurs et on peut collaborer et ça à travers le partage et ce qu’on défend à travers le logiciel libre et les licences libres.

Frédéric : Tu voulais ajouter quelque chose Marc ?

Marc Rees : Oui, sur l’article 11.

Frédéric : Vas-y.

Marc Rees : Je suis un peu concerné puisque nous on édite un site de presse. Oui, là encore il y a un grand danger d’arriver à une solution absolument absurde où, finalement, ce sont des liens vers des sites de presse qui drainent pourtant du public qui va les lire, qui va générer un droit à rémunération pour certaines personnes, en particulier une société de gestion collective, mais dont les retombées financières pour ceux qui sont derrière le clavier ne seront pas forcément évidentes. Donc les grands gagnants là-dedans, là encore dans ce système-là, ça va être les sociétés de gestion collective et pas forcément « les petites mains » entre guillemets, sans être péjoratif.

Frédéric : D’accord. Eh bien écoutez j’ai l’impression que c’est très clair. Ce sujet sera forcément ré-abordé parce que déjà il y a des votes qui arrivent. En tout cas je vous remercie toutes et tous d’avoir donné ces explications sur l’article 13 en détail un petit plus, moins en détail sur l’article 11. Je vous rappelle que toutes les références citées sont sur la page dédiée à l’émission sur le site de l’April ou en tout cas, si elles n’y sont pas encore elles vont être rajoutées. Il nous reste quelques minutes pour parler un petit de l’actualité à venir, du monde du logiciel libre et de l’April.

Il y a, comme vous le savez, on l’avait expliqué à la première émission, tous les jeudis soir à la Fondation pour le progrès de l’homme à Paris, les Soirées de contribution au Libre, qui sont ouvertes vraiment à toute personne qui souhaite contribuer, ce ne sont pas forcément des gens qui développent, toutes les contributions sont utiles.

Bientôt il y a le Congrès de l’Association des Développeurs et Utilisateurs de Logiciels Libres dans l’Administration et les Collectivités Territoriales, c’est-à-dire l’ADULLACT. De plus en plus de collectivités utilisent du logiciel libre et de plus en plus produisent du logiciel libre. Ça aura lieu les 14 et 15 juin 2018 à Montpellier et je crois que c’est aujourd’hui le dernier jour pour s’inscrire. Ce congrès est un lieu d’échanges et de rencontres pour toutes les collectivités et établissements publics qui ont choisi la voie du Libre et il y en a de plus en plus.

À la fin du mois, il y a deux gros événements qui arrivent. L’un est à Choisy-le-Roi, près de Paris dans le Val-de-Marne, c’est Pas Sage En Seine. C’est un festival qui aura lieu du 28 juin au 1er juillet 2018 autour des thématiques du logiciel libre, de la protection de la vie privée, de la bidouille informatique et, globalement, pour favoriser l’appropriation autonome par tous et toutes de son informatique. Je vous encourage vraiment à y aller ; il n’y a pas besoin d’inscription pour se rendre à ce festival, je crois. Donc c’est Pas Sage En Seine, et le site web c’est passageenseine.fr tout attaché. Le site, évidemment, est référencé sur la page de l’April.

Ensuite à Strasbourg, alors là c’est un peu les vacances pour la communauté du Libre, mais ce sont aussi des conférences, des ateliers ; ce sont les Rencontres mondiales du logiciel libre qui se dérouleront donc à Strasbourg du 7 au 12 juillet 2018. J’espère que dans la prochaine émission, d’ailleurs, nous aurons quelqu’un de l’organisation pour nous expliquer un petit peu ce que sont ces Rencontres. Là ce sont des Rencontres qui sont vraiment ouvertes à tout le monde, c’est-à-dire qu’il y aura des personnes qui développent, il y a des personnes qui utilisent, il y a des personnes qui découvrent le logiciel libre. Le week-end du 7 et 8 c’est plutôt orienté grand public, c’est directement sur une place de Strasbourg, alors je n’ai pas en tête le nom de la place, et ensuite ce sont des conférences et des ateliers un peu plus techniques ; en tout cas je vous encourage fortement à y aller. Et malgré le terme mondial, ça ne parle pas que anglais, ça parle beaucoup français, donc rassurez-vous toute personne est la bienvenue. Ça ce sont des événements pour découvrir, pour contribuer, etc.

Il y a aussi, évidemment, les célèbres apéros parce que c’est important d’échanger autour d’un verre. Donc dans les apéros April, le prochain, il y en a un à Montpellier le 21 juin. Les apéros April à Montpellier c’est assez simple de s’en souvenir : c’est le troisième jeudi de chaque mois, donc le prochain c’est le 21 juin. Et à Paris, donc au local de l’April, le prochain c’est vendredi 29 juin ; là il n’y a pas une récurrence précise, on fixe la date quelques semaines avant ; ça c’est le 29 juin.

Et évidemment vous allez aussi sur le site de l’Agenda du Libre sur lequel vous retrouvez tous les événements qui se passent partout en France autour du logiciel libre, il y a aussi quelques autres pays, qui vous permettent à la fois de découvrir le logiciel libre éventuellement de contribuer. Donc vraiment n’hésitez pas aller sur le site de l’Agenda du Libre. Et je rappellerai d’ailleurs aux structures, aux personnes qui organisent ces événements, de soumettre ces événements sur l’Agenda du Libre parce que c’est quand même l’endroit qui centralise les événements. Vous y trouvez aussi un annuaire des groupes d’utilisateurs et utilisatrices de logiciels libres. C’est-à-dire que si vous voulez découvrir le logiciel libre mais que vous voulez être accompagné, n’hésitez pas à aller sur l’Agenda du Libre et vous avez un annuaire de référence, vous marquez votre région et vous trouvez l’annuaire.

On va bientôt terminer cette émission. Déjà je rappelle que sur le site de l’April vous avez une page qui récapitule toutes les références. Assez rapidement il y aura le podcast en ligne. Comme l’a expliqué au début de l’émission Marie-Odile, il y aura assez rapidement, d’ici quelques jours, une transcription de l’émission, donc n’hésitez pas à aller la lire, effectivement en lecture rapide comme elle l’a expliqué. Je voulais remercier en tout cas toutes les personnes qui sont intervenues, déjà Marie-Odile qui nous a quittés mais en tout cas vraiment je la remercie encore une fois. Toute personne, je crois Marc que tu as eu l’occasion d’être transcrit par Marie-Odile, c’est un travail vraiment incroyable qu’elle fait donc je la remercie pour son travail.

Marc Rees : Je crois qu’on peut la féliciter. Oui, c’est un travail énorme ; je fais ça assez souvent, les retranscriptions d’interviews, et quand je vois ce qu’elle abat, c’est juste extraordinaire. Donc bravo !

Frédéric : Étienne.

Étienne : À titre personnel, je veux faire un grand merci à Marie-Odile qui, en plus de son travail de transcription, m’aide énormément par son excellente qualité de travail de relecture lorsqu’on publie des actualités sur notre site et c’est un vrai confort d’avoir son aide. Merci beaucoup.

Frédéric : Effectivement j’avais oublié, c’est une bonne remarque. Marie-Odile fait aussi un travail de relecture. J’en profite pour faire un petit message à Agnès Le Béon qui est aussi une autre relectrice bénévole pour l’April.

Frédéric : Je remercie Anne-Catherine Lorrain, qui était présente depuis Bruxelles et je lui souhaite bon courage pour les dernières semaines ou peut-être mois de négociations. Merci Anne-Catherine.

Anne-Catherine Lorrain : Merci.

Frédéric : Merci également à Léa Chamboncel de Create.Refresh.

Léa Chamboncel : Merci beaucoup.

Frédéric : La prochaine émission sera diffusée mardi 3 juillet 2018 de 15 h 30 à 17 h en direct. Nous reviendrons sans doute sur le vote en commission des affaires juridiques concernant la directive droit d’auteur, évidemment ; on fera un petit point. Nous parlerons sans doute de l’organisation des Premier Samedi à la Cité des sciences à Paris. Vous savez, chaque premier samedi du mois, il y a des événements autour du logiciel libre avec des conférences et des ateliers. Et on parlera assez longuement des Rencontres mondiales du logiciel libre qui se dérouleront à Strasbourg pour essayer de vous convaincre d’y aller.

Notre émission se termine. Vous retrouverez sur le site de l’April, april.org, toutes les références utiles. N’hésitez pas, évidemment, à nous faire des retours pour indiquer ce qui vous a plu, mais aussi des points d’amélioration. Si vous avez des musiques libres que vous voudriez que l’on diffuse n’hésitez pas aussi. Nous vous souhaitons de passer une belle fin de journée. On se retrouve le 3 juillet 2018 et d’ici là portez-vous bien. Nous allons finir cette émission avec Wesh Tone de Realaze.

Pause musicale : Wesh Tone, Realaze.

Voix off : Cause commune – cause-commune.fm – Partage ta radio

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